Merci Loupiote, pour ta review ! Voici une lumière de plus éclairant mon monde de hits obscurs ! C'est vraiment très sympathique d'avoir répondu. Et non, je ne tape pas... je m'interroge.


Je vais donc prendre les choses comme elles viennent : remercier chaudement les auteurs de reviews, passés et à venir, consulter les stats. D'ailleurs, je devrais demander l'avis de Mayuri pour interpréter les chiffres : il mènerait l'enquête chez vous ! Cela vous effraie ? Hé, hé ! Alors, review, please...

Allez, place au chapitre :


Chapitre 37

D'une dimension à l'autre

Soul Society, première division

Des ombres sans visages, des voix surgies de toutes parts. Même sa légendaire concentration ne pouvait permettre à Genryûsai Shigekuni Yamamoto de suivre le débat qui se déroulait autour de lui.

Les mots circulaient dans l'air, portés par des courants de reiatsus puissants, des mots sans lien les uns avec les autres, leurs sens tenant dans les envolées d'énergie qui les accompagnaient. C'était un langage qui n'appartenait qu'aux sphères supérieures d'existence.
De son long rapport et de la question qui en découlait : « Irait-on jusqu'à souiller la pureté du Roi Spirituel pour rétablir l'équilibre des mondes ? », il ne restait que ces sons désincarnés.

Ici, dans cette extension du palais royal, qui n'existerait que pour un bref moment entre les murs de la première division avant qu'elle ne retournât dans les confins des territoires royaux, c'était une autre dimension, un autre espace, un autre temps. Les heures qui défilaient ne seraient que des secondes dans la Soul Society, les voix des élus ne seraient entendues de personne d'autre qu'eux, pendant qu'ils argumentaient en pesant le pour et le contre.

Envisager les conséquences de la décision à prendre était hors de la portée du commandant en chef des treize armées de la cour, l'actuel responsable de la Soul Society.
Ses certitudes vacillaient. L'introduction d'une énergie maléfique dans la fondation de leur monde spirituel n'était-elle pas synonyme de l'effondrement de ce monde ? N'entraînerait-elle pas, elle aussi, l'anéantissement des humains, le cas échéant ?

« Il y a une possibilité que ce ne soit pas le cas », se rendait-il compte, perplexe. Car, s'il n'en avait pas été ainsi, il ne serait pas là, à attendre, depuis ce qui lui semblait des heures, une réponse qui aurait été évidente.

Malgré ses nombreuses années de service, malgré sa longue expérience, la Soul Society lui restait mystérieuse. Que savait-on de l'origine des âmes, de l'existence des zanpakutôs ? Hollows et Shinigamis étaient-ils deux branches d'un même arbre ? Il se récita le quinzième verset des prophéties de l'Autre Monde : « "Les racines des trois mondes ; Le pilier soutiendra. Ébranlé, il subsistera ; Lumière et ténèbres, il mêlera." ».

« Notre connaissance du monde va changer », songeait-il, « Le combat que nous menions jusqu'alors à l'extérieur, c'est en nous-mêmes à présent que nous allons le mener. Dès le moment où Sôsuke Aizen a rejoint le Hueco Mundo, rien n'a plus été sûr ».

Genryûsai serra le poing autour du pommeau de sa canne de bois.

Le silence se fit soudain. Puis une voix s'éleva en face de lui, alors qu'une silhouette sombre se matérialisait :

« Genryûsai Shigekuni Yamamoto sôtaichô, avis a été rendu. Il a été reconnu que la seule priorité doit être accordée à la sauvegarde des âmes. En conséquence de quoi, tous les moyens seront mis en œuvre pour restaurer l'équilibre des mondes, au mépris de leurs conséquences. »

La forme s'effaçait déjà, ne laissant pas le temps à Genryûsai pour d'éventuelles questions. Il n'arrivait pas à s'habituer au mode de communication des instances royales, si frustrant pour quelqu'un qui avait l'habitude de commander. L'air autour de lui ondula, et tout disparut brusquement dans un nuage lumineux, ne laissant que les murs blancs de la salle et le vide des lieux.

Le capitaine de la première division sortit de la chambre inter-dimensionnelle. Derrière la porte, l'attendait son fidèle lieutenant, Chôjirô Sasakibe.

« Convoque les capitaines, Chôjirô.

— À vos ordres, taichô ».

Comme toujours, le sôtaichô était laissé dans l'ignorance, l'obscurité lui était imposée. Il ne savait rien des raisons de la décision ni de ses répercussions. Pourtant, c'était à lui qu'incombait la tâche d'éclairer le chemin que les Shinigamis allaient prendre.
Déjà, se formulaient dans son esprit les problèmes auxquels ils allaient faire face, s'esquissaient quelques réponses suffisantes pour éviter les premières angoisses.

Il était un commandant. Que ce fût dans les rebondissements d'un champ de bataille, ou face à la multiplicité des futurs possibles, il avait toujours assumé la responsabilité de choix pour lesquels il n'avait pas toute la clairvoyance voulue.
Avancer vers un avenir incertain n'était pas une nouveauté pour lui. Ses convictions lui tenaient lieu de repères, sa force lui apportait les moyens nécessaires, son autorité naturelle relayait l'assurance qui permettait à ses équipes de le suivre avec détermination.

Le sôtaichô grimaça soudain. La vision qu'il avait eue de la Soul Society il y a si longtemps évoluait au contact des jeunes générations. La situation dans laquelle ils se trouvaient tous provenait de leur désir de découvrir, de leur désir d'imprimer, elles aussi, leurs empreintes sur ce monde, de leur désir de jouir de chaque moment de leur existence, de ce même désir qui lui avait permis de faire de sa vision une réalité.
C'était inévitable. Quand bien même l'éternité semblait régner sur ce monde, le temps n'y était pas figé. Les générations passaient et rafraîchissaient les principes et les règles qui régissaient le Seireitei.

Comme un père pourvu d'une nombreuse famille, son rôle était de leur fournir un exemple, de les guider vers les réponses qui s'offraient à leurs pas, de juger de leurs erreurs, de les accompagner dans le danger. Il ne pouvait pas choisir à leur place. Là était la limite de son influence.

Kisuke Urahara. Aizen Sôsuke. L'un avait créé avec légèreté, poussé par la curiosité, puis, conscient du risque encouru, avait reculé. L'autre avait créé dans un dessein établi, poussé par la malignité. Il était allé jusqu'au bout de son désir.

Le Hôgyokû était né, et le monde allait changer.


Entre Terre et Hueco Mundo,

Renji courait devant Byakuya, à l'intérieur du tunnel qui traversait l'univers obscur reliant la Terre au Hueco Mundo, appelé garganta. Il prenait soin de tracer sous leurs pieds une passerelle stable et large au-dessus des précipices sans fond, un chemin sûr de particules spirituelles, et digne d'un fukutaichô ouvrant la voie pour son taichô.
Parfois, il sentait la présence de son capitaine s'éloigner. Il ralentissait alors, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule sans trouver de raison à cette lenteur.

Ce n'était pas comme s'ils avaient tout le temps du monde, se disait Renji, mais Byakuya ne semblait pas pressé d'arriver. Il ne pouvait s'empêcher de trouver un décalage entre l'attitude du capitaine Kuchiki et l'urgence de leur mission. Cette inadéquation, il l'avait déjà remarquée alors qu'ils étaient encore au Seireitei.

La plupart des vice-capitaines s'étaient réunis dans une antichambre de la première division pour attendre la fin de la deuxième session de la matinée de l'assemblée des capitaines. Là, Renji avait bien vite dû mettre de côté l'euphorie qui l'avait accompagné depuis son départ du manoir Kuchiki.
Les lieutenants n'avaient pas été informés de la situation au Hueco Mundo, ni de la raison du retour des membres de la sixième et de la douzième division. Leur curiosité était grande. Sous le feu de leurs questions, auxquelles il s'était efforcé de répondre le plus clairement possible, le temps avait passé relativement vite.
Puis, les capitaines les avaient rejoints, plus tôt qu'ils ne s'y étaient attendus.

À l'unanimité, sôtaichô et taichôs avaient décidé de taire les implications de la clôture des brèches concernant le Roi Spirituel et de s'en tenir à une explication d'ordre général. Les fukutaichôs remarquèrent cependant les visages graves de leurs supérieurs. Toutefois, celui du capitaine Kuchiki s'était démarqué. Contrairement à ses collègues, qui arboraient une mine soucieuse, il portait un masque serein et parfaitement tranquille, presque doux.
L'impression avait été fugitive, chacun s'étant bientôt concentré sur les informations qu'on leur donnait. Mais Renji s'était laissé longtemps absorber par la vision qu'offrait Byakuya.

Les capitaines avaient relaté à leurs seconds la possibilité de l'émergence, peu probable mais non négligeable, de pouvoirs tolérants la présence de pressions spirituelles de nature opposée. Ils recommandaient, dès lors, la plus grande vigilance.
Mayuri Kurotsuchi avait aboyé un appel et Nemu s'était excusée, se ruant derrière lui en direction de la douzième division.
Enfin, un renforcement des patrouilles dans toute la Soul Society avaient été déclaré, par crainte de l'ouverture de failles de même type que celles du Hueco Mundo.

Les lieutenants avaient reçus leurs ordres et s'étaient dispersés.

Lorsque tout avait été organisé à la sixième division, Renji et Byakuya s'étaient retrouvés devant le senkaimon. Ils étaient les derniers à partir.

Le capitaine Kurotsuchi, ainsi que sa vice-capitaine, les avaient précédés avec un chariot rempli des nouvelles machines indispensables à la suite de l'opération.
La vice-capitaine Isane Kotetsu rejoignait l'expédition avec une équipe médicale complète. Les renforts de la quatrième division avaient déjà franchi le portail.

Byakuya avait regardé Renji avant qu'il ne pénètre dans le passage entre les mondes, de ce même air presque doux, auquel personne ne s'attendrait de sa part, surtout dans les circonstances actuelles.

« Allons-y, Renji », avait-il dit, comme s'il se fut agi d'une simple promenade.

Sans s'arrêter de courir, Renji secoua la tête, chassant ses récents souvenirs et se demandant encore pourquoi il s'étonnait que Byakuya ne fît jamais rien comme les autres.

« Taichô, on ne devrait pas se presser ? se renseigna-t-il, par acquis de conscience.

— Nul ne peut nous entendre, Renji »

« C'est la réponse à ma question, ça ? Pauvre de moi, le capitaine-amant est de retour ! », s'exclama Renji en son for intérieur, alors qu'un rose délicieux envahissait ses joues.

« Vous savez que vous êtes infernal ? On est en mission », reprocha-t-il, refusant de le suivre dans cette direction-là, « Et votre grand-père qui nous a recommandé la discrétion ! Comme voulez-vous que je fasse pour ne pas m'emmêler les pinceaux ? Je ne suis pas comme vous, moi, je n'ai pas d'interrupteur pour basculer en mode lieutenant d'une seconde à l'autre ! ».

Renji eut la surprise d'entendre Byakuya rire tout bas. Il ne revenait pas du changement survenu en Byakuya, depuis qu'à mots couverts, son grand-père leur avait donné sa bénédiction. La situation était pourtant loin d'être idyllique. À la moindre bavure, ils étaient faits comme des rats. Mais Byakuya se comportait comme si une charge lui avait été retirée des épaules. En comparaison avec son humeur habituelle, on pouvait même aller jusqu'à dire qu'il rayonnait.

« Il vous fait si peur que cela, votre grand-père ? »

Byakuya reprit son sérieux. Encore une fois, Renji sautait d'un sujet à l'autre, et n'exprimait que sa dernière pensée, comme si son interlocuteur était capable de le suivre dans son esprit, ce qu'il préférait ne jamais avoir à faire.

« Par quel obscur raisonnement en es-tu arrivé à cette conclusion ?

— Ce n'est pas une conclusion puisque c'est une question ! râla Renji, dont les interrogations restaient trop souvent sans réponse.

— Je ne crains point mon grand-père, coupa court Byakuya.

— Ah ! Évidemment... Je voulais dire... Son avis est important pour vous, n'est-ce pas ?

— Oui. »

Renji allait exploser de frustration ! « Dire que je me suis imaginé qu'il serait plus accessible... Décidément, il y aura toujours des côtés de lui qui resteront les mêmes. »

« On dirait que vous êtes heureux, tenta-t-il encore.

— Cela t'étonne ?

— Oui. Normalement, que vous le soyez ou pas, on ne s'aperçoit de rien, sauf quand nous... Enfin, bref, qu'est-ce qui vous rend si heureux ?

— À part toi ?

— Ah ! Euh... ».

Le rosé des joues de Renji s'accentua : il n'avait pas encore l'habitude de ce Byakuya-là, de celui qui lui exprimait clairement son amour, surtout quand ils n'étaient pas à l'abri des murs de sa chambre.

« Oui, reprit-il, qu'est-ce qui vous rend si heureux, depuis qu'on est sortis de chez votre grand-père, au point qu'un bleu, tout juste sorti de l'académie, ne serait pas impressionné en vous voyant ? »

Byakuya se remit à rire doucement. Renji s'enchanta de ce son si rare, résonnant limpidement dans le vide du tunnel. Par deux fois, en quelques minutes, ses éclats avaient retenti.

« Oui, Byakuya est heureux », se dit-il.

« Je suis tombé amoureux de toi. J'ai aperçu des lendemains radieux. Mais je n'y avais pas droit. Lorsque le seigneur Ginrei nous a surpris, je me suis désespéré. "Je suis ce que je représente et rien d'autre", me suis-je rappelé. Je ne voulais pas t'entraîner avec moi dans un monde qui refuse d'accorder à quelqu'un une valeur sous le prétexte de sa naissance, ou une vie, sous l'excuse du devoir. »

Byakuya fit une courte pause, l'esprit encore saisi par ces sombres réminiscences. Il reprit son souffle, et dans cette inspiration, Renji entendit tout le poids que sa position opposait à son bonheur.

« Tu t'es rebellé en mon nom. Ainsi, tu m'as offert la possibilité d'être "moi". Grand-père a permis que je m'en saisisse. Comment pourrais-je ne pas être heureux, alors que je pensais ne plus rien pouvoir tenir entre mes mains ?

— Je suis content de pouvoir être à vos côtés. »

C'était un millième de ce que Renji ressentait. Mais il avait conscience qu'il ne pouvait en dire plus à cette noble personne, si facilement emportée, de son point de vue, dans des complexités inutiles lorsque sa vie affective était en jeu. Il l'avait toujours su : Byakuya manquait du bon sens le plus commun et il était là pour le lui apporter.

« J'aurai pu vous en vouloir, déclara Renji, après un moment.

— Pourquoi ? voulut clarifier Byakuya.

— D'avoir choisi le clan, plutôt que moi.

— Non, je ne le crois pas.

— Quel toupet !

— Quel homme serais-je, si je n'étais pas Byakuya Kuchiki, membre d'une honorable famille de la Haute-noblesse et chef de son clan ? Serais-je celui que tu aimes ?

— Votre façon de voir n'est pas la bonne. Vous confondez l'homme avec son rang. Dites-moi : pourriez-vous vivre sans votre position, sans vos honneurs ?

— Les honneurs qui me sont rendus vont de pair avec ma vocation de mener mon clan. Je suis responsable de ma Famille. Je ne pourrais point l'abandonner. »

Byakuya fronçait les sourcils : « Où veut-il en venir ? ».

« Ce qui fait de vous un homme d'honneur et de devoir existe en l'homme, et non pas dans le chef de clan ou le noble, ne le voyez-vous pas ? Moi, j'aime l'homme. Il se trouve qu'il est chef de clan. Jamais je ne pourrais vous demander de trahir cette qualité, qui fait partie de l'homme que j'aime. Je ne sais pas si je suis très clair, mais... c'est différent, n'est-ce pas ?

— Oui, effectivement. »

Les paroles de Renji atteignaient Byakuya au plus profond de lui. L'éducation qu'il avait reçue ne faisait pas la différence entre la personne qu'il était et son état. Le respect que Renji avait pour lui prenait une signification particulière, qui n'avait rien à voir avec celui dont ses familiers l'entouraient. Ses qualités personnelles, distinguées de son rang, lui appartenaient en propre. L'idée était nouvelle.

« Cela veut donc dire que tu ne m'en veux point, tint-il à s'assurer.

— Je vous en veux d'avoir renoncé si vite, d'avoir considéré que je ne serais pas de taille à supporter quelques offenses.

— Que tu en sois capable n'était point en question, je voulais faire ce qui était en mon pouvoir afin d'éviter que du mal te soit fait.

— Mais pourquoi avez-vous renoncé si vite ? Un moment, vous étiez pourtant prêt à lutter.

— J'ai vu un avenir sombre et sans espoir. Je voulais te l'épargner.

— Vous n'avez pas à me protéger. Je peux le faire moi-même.

— Oui, cela est vrai. »

Renji apprécia cette reconnaissance tardive. Byakuya apprendrait, peu à peu, à compter sur lui, même dans des aspects de sa vie jusqu'ici hors d'atteinte.

Ils cheminèrent encore dans le silence partiel de cette dimension inter-mondes. Les particules spirituelles grésillaient légèrement lorsqu'elles se désagrégeaient après leur passage. Le temps s'écoulait interminablement. En l'absence de repère, la distance qu'ils parcouraient n'en finissait pas. Le néant menaçait de les engloutir.

Mais peu importait. L'un derrière l'autre, ils se suffisaient pour créer un monde.

Enfin, l'extrémité du tunnel fut en vue. « Déjà? » s'étonna Byakuya avec une pointe de regret.

Il regardait courir Renji comme s'il ne l'avait jamais vu jusqu'à présent. Cette incroyable tignasse rouge, rassemblée au sommet de sa tête ; Zabimaru qui balançait à sa hanche ; ses chevilles parfois visibles au détour d'une foulée ; la semelle de ses sandales qui battait la cadence sur le sol éthéré... Devant lui était son lieutenant, son amant, son amour... Devant lui était un futur à la réalité sans équivoque, devant lui était une force vainquant l'insurmontable, devant lui était un compagnon qui marcherait à ses côtés.

S'il pouvait faire durer, ne serait-ce que d'une seconde, cette course ; s'il pouvait jouir, ne serait-ce que pour quelques pas encore, de cette impression si douce ; alors son cœur, à chaque battement, deviendrait de plus en plus fort.

fin du chapitre 37


Prochain chapitre : Le capitaine Kuchiki et l'opération Dominos