Titre : L'homme qui murmure à l'oreille des animaux.

Source : Gundam Wing AC.

Auteur(e) : Lysanea

Genre : yaoi, romance, UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf les secondaires et les "figurants" ; les

Pairing : 1x2, 3x4

Personnages : Duo Maxwell, Trowa Barton Maxwell, Quatre Raberba Winner, des persos secondaires dont Sarah, Watifen, Katen, le chameau...

Résumé : on continue avec Trowa et Quatre qui marchent tranquillement sur le chemin de leur destinée et remontent aux sources de leur histoire.

Notes de l'auteure : Bonjour à tous et merci d'être là pour lire ce nouveau chapitre, qui a pas mal tardé je m'en excuse. Je vous remercie pour vos messages et vos reviews, ainsi que les mails. Ma fic vit ses dernières semaines, enfin, si j'arrive à reprendre le rythme d'un chapitre par semaine, il y en aura encore quatre ou cinq, et cette fois, pas de rallonge. Il faut savoir s'arrêter avant de lasser ses lecteurs, j'ai dû déjà en semer en cours de route ! Mais pour vous qui êtes encore là, je me donnerai à fond pour chacun des quatre ou cinq chapitres qui restent.

J'ai privilégié l'écriture du chapitre aux réponses aux mails reviews et MPs, je m'en excuse, mais encore une fois, je ne vous oublie pas et je vous remercie une première fois, ici.

Sur ce, je vous laisse à ce chapitre, espérant qu'il me fera pardonner l'attente et le retard, et je vous souhaite une bonne lecture.

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Chapitre Trente-huit : Retour aux sources.

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Aden, Villa de Quatre Raberba Winner.
Dimanche 21 octobre.

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C'est un bruit de vaisselle se fracassant sur le sol qui tire Trowa et Quatre de leur profond sommeil, ce dimanche matin-là.
Un simple coup d'œil leur révèle la situation, ainsi que les excuses de l'employée, qui a lâché le plateau contenant le petit-déjeuner en entrant dans la chambre de Quatre.

- Je suis sincèrement désolée, Maître Quatre, répète-t-elle en empilant les morceaux de céramique sur le plateau. Je... Non, non ! Je vous en prie, restez dans votre lit ! supplie-t-elle presque en ne jetant qu'un rapide coup d'œil vers eux.

Devant sa gêne, Quatre fronce les sourcils.

- Sarah...

- Je reviens nettoyer le reste, surtout, ne touchez à rien, Maître Quatre... lui dit-elle encore avant de s'enfuir pratiquement de la chambre.

Elle a bien veillé à ne pas regarder plus d'une fois vers le lit.
Trowa s'étire, puis se rallonge contre Quatre, le nez dans son cou et son bras autour de sa taille.

- C'est plus efficace que de simplement ouvrir les volets, en tout cas, marmonne-t-il d'une voix encore ensommeillée.

Quatre sourit et frissonne sous la pluie de baisers qu'il dépose à présent lentement dans son cou.

- La pauvre, elle a été surprise...

- Par... ?

- Par nous, mon chéri. Elle était en congés, elle a repris son service ce matin. Les employés qu'elle a dû croiser l'ont certainement prévenue de mon retour, ainsi que de ta présence, mais ils n'ont pas dû songer à préciser que nous partagions désormais mes appartements... et mon lit. Il n'y avait qu'une tasse, sur le plateau.

- Pourtant, Duo a déjà dormi avec toi et t'as eu des amants, aussi...

- Pour mes amants occasionnels, ils dormaient dans les appartements réservés au invités et je les rejoignais, le plus souvent. Seule Manâh restait ici. Et puis Rashid entrait toujours en éclaireur, avant de laisser les autres employés venir faire leur travail, aussi bien dans mes appartements que dans les autres. Quant à Duo...

- Hummm ?

- Et bien Duo, c'est Duo ! Premièrement, nous étions beaucoup plus habillés, nos jambes n'étaient pas nues ni entremêlées, elles ne dépassaient pas du drap aussi indécemment que les nôtres. Et pas besoin d'un zoom pour voir qu'ils s'agit de quatre jambes d'hommes...

- C'est un fait, reconnaît Trowa, en remontant justement une de ses jambes le long de l'une de celles de Quatre, relevant encore le drap. Et deuxièmement ?

- Deuxièmement, reprend Quatre après avoir savouré en silence la douce caresse quelques secondes, tu sais comment tout le monde voit Duo, ici. Pour eux, c'est un esprit, un djinn bienfaisant et bienveillant (1), qui n'a de l'humain que l'apparence. Alors cela ne choque vraiment personne de nous voir si proches. C'est à peine si ça surprend encore quelqu'un, aujourd'hui !

- C'est aussi parce que tu es spécial, pour eux, en tant que Raberba et en tant qu'empathe.

- Aussi, répond-il en réprimant un bâillement.

- Je me suis toujours demandé si cette manière que ton peuple a de voir Duo avait un rapport avec ce qu'ils pensent tous être sa couleur d'yeux.

- Pas uniquement, répond Quatre en passant tendrement sa main dans les cheveux de Trowa. Ça a commencé avec notre rencontre et la manière dont il m'a aidé à développer mon don. Mon empathie devenait de plus en plus forte, mais de plus en plus difficile à gérer, surtout. Les Anciens n'arrivaient à rien, il a suffit de deux jours avec Duo pour me guider sans vraiment en avoir conscience. Pour tout le monde, il a fait appel à un savoir, une mémoire ancestrale, telle que seuls les djinn possèdent et gardent à travers les âges. Ensuite, il y a son caractère, sa personnalité, qu'il a révélé de séjour en séjour. Il est tellement ouvert...

- Ce qui n'était pas évident, à notre première rencontre, il était encore en plein deuil. Notre traversée du désert l'avait apaisé, mais ce n'est que plus tard que vous avez connu le Duo tel qu'il était, avant la mort de maman et de Solo. Même s'il ne redeviendra jamais totalement comme avant.

- Ça, c'est impossible. Mais celui qu'il est devenu, endurci par cette épreuve, doit permettre de ne pas regretter celui qu'il était.

- C'est aussi ce qu'on pense, dans ma famille. Je sais que c'est quelqu'un de véritablement exceptionnel. Parfois, le regard que je pose sur lui se brouille et je vois autre chose que Duo, mon frangin adoré. Il est tellement plus... Et je me rends compte que tout en restant égal à lui-même, il est différent pour chaque personne, comme s'il était capable d'être ce que chaque personne attend de lui. C'est étrange, comme sensation.

- Il y a véritablement quelque chose en lui, tu sais, que je ne saurais définir. Mais il a aussi et surtout quelque chose de parfaitement analysable, cette incroyable capacité à révéler la nature profonde des êtres qu'il croise. Certains pensent, à tort, qu'il peut changer les gens, mais ce n'est pas du tout ça. Il met simplement en lumière leur nature réelle, bonne ou mauvaise, comme ce fût le cas avec Sabri ou encore Loki, à Asgard.

- Oui, c'est exactement ça.

- Et pour en revenir à cette idée qu'ils ont de lui ici, les rares fois où Oliver a eu à intervenir, il a fait preuve d'une force presque surhumaine et c'est aussi une caractéristique des djinns. Enfin, il faut reconnaître aussi qu'il parle relativement bien l'arabe, quel que soit le dialecte, de manière naturelle et spontanée. Ce qui renforce encore leur impression qu'il fait partie de ce monde.

- C'est sûr qu'il n'a pas mes hésitations !

- Tu te débrouilles très bien aussi, mon Trowa, le rassure Quatre, avant de lui relever le visage pour pouvoir lui voler un rapide baiser.

- Je sais bien. T'en fais pas, je ne fais pas de complexes par rapport à mon frère, j'en serais mort depuis longtemps ! Duo est extrêmement doué pour les langues... comme toi, mon ange... ajoute-t-il contre ses lèvres.

Quatre mordille les siennes en réponse, avant de s'écarter légèrement.

- Pour Duo, ça m'a toujours impressionné.

Trowa reprend sa place contre lui et repose sa tête sur son épaule, contre son cou.

- Moi aussi. Mais je crois que le plus impressionné, c'est Heero. Je doute qu'il s'en soit encore remis, aujourd'hui. Je sens qu'il va encore faire des siennes au Japon, en plus...

- La langue d'Asgard, je devrais plutôt dire les langues qu'on y parle, sont très difficiles, ça se comprend. Je suis aussi impressionné par ta capacité à tenir une conversation, tu sais.

- Je baragouine, mon ange et parfois, je dois m'y reprendre à deux fois pour me faire comprendre. Duo n'a besoin que de très peu de temps pour assimiler et reproduire un mot, un son, et surtout, se débarrasser de cet accent effroyable qu'on ne peut éviter d'avoir, quand on prononce certains mots pour la première fois. Tu avais commencé à t'y mettre, d'ailleurs.

- Oui, je voulais essayer d'échanger quelques mots avec les habitants, ne serait-ce qu'au Manoir, pour pouvoir être plus proches d'eux. Un merci dit dans la langue natale fait encore plus plaisir, celui qui le reçoit comprend ton effort et le respect que tu lui témoignes.

- C'est tout toi, ça.

Quatre le sent sourire contre sa peau.
Il se détache légèrement, et Trowa lève le visage vers lui, l'interrogeant du regard.

- On a commencé une conversation, mais on a oublié quelque chose.

- Quoi ?

- C'est notre premier réveil ensemble depuis presque deux semaines, alors... bonjour, mon amour, murmure-t-il en se penchant sur lui.

Trowa sourit.

- Bonjour, mon ange, a-t-il encore le temps de répondre, avant que ses lèvres ne soient capturées par celles de Quatre.

Ils s'embrassent longuement en se serrant l'un contre l'autre, mais Quatre s'écarte avant qu'ils n'aillent un peu trop loin.

Pas qu'il aurait été contre, mais...

- Sarah revient, s'excuse-t-il en se relevant pour passer sa robe de chambre. Au lieu de me regarder comme ça, tu ferais mieux de mettre la tienne, mon cœur, ou au moins de te glisser vraiment sous les draps. Le plateau risque de ne pas survivre à la vue que tu t'apprêtes à offrir à la personne qui le tient.

Trowa baisse les yeux vers son corps, qui n'est effectivement couvert que très partiellement par le drap, jeté négligemment sur ses reins.
Il se relève donc et enfile une robe de chambre également.

A peine la ceinture nouée, on frappe à la porte.
Sarah entre sur l'invitation de Quatre et pose le plateau - pour deux personnes - sur la table près de la fenêtre, dont elle ouvre totalement les volets, rapidement.

- Voici, Maître Quatre. Je vous présente encore toutes mes excuses, ajoute-t-elle en nettoyant le sol, gardant les yeux rivés dessus.

Quatre s'avance jusqu'à elle et lui prend le bras pour la relever, avec une grande douceur.

- Sarah, regarde-moi, s'il te plaît.

Le jeune femme lève timidement ses yeux noirs vers Quatre.

- Oui, Maître Quatre ?

- Est-ce que tu es gênée par la présence de Trowa ?

- Non, non, répond-elle en tournant son regard vers Trowa, qui lui sourit gentiment. Je n'ai pas eu l'occasion de vous souhaiter la bienvenue, Mr Trowa, je le fais à présent en toute sincérité : soyez le bienvenu dans notre pays, puisse votre séjour être des plus agréables.

- Merci, Sarah.

- Merci, répète Quatre. Je ne doute pas que tu sois sincère, mais tu sembles... mal à l'aise. Trowa n'est pas n'importe qui, tu le sais.

- Oui, Maître Quatre, je sais qu'il est l'acheq el moktar.

- Exactement. Mais cela n'empêchera jamais certains de ne pas être à l'aise et cela ne doit pas non plus obliger mon personnel à l'être. Si tu le souhaites, je peux demander à Ahmed de te donner d'autres responsabilités que mes appartements.

- Non, Maître Quatre, ça ira. Vraiment, je vous en prie, je veux continuer à exercer mes fonctions à ce poste. Je suis sincèrement désolée pour mon attitude, sachez que je suis simplement gênée, mais pas mal à l'aise par rapport à vous.

- Tu n'as rien contre les relations entre hommes ? continue Quatre en lui souriant avec bienveillance, l'encourageant à dire le fond de sa pensée.

Le jeune fille rougit légèrement, mais ne baisse pas les yeux.

- Je n'avais jamais vu de... couple d'hommes, avant vous. Nous savons le lien qui vous unit à Monsieur Trowa depuis toujours, mais nous n'avons jamais eu de... démonstrations physiques.

- Vous n'en aurez pas, en dehors des appartements privés. C'est pourquoi, si cela vous gêne, nous vous affecterons ailleurs, pour que vous ne vous retrouviez pas dans la même situation que ce matin.

- Tout va bien, Maître Quatre. Cela m'a surpris, je l'avoue, mais... la vérité est que je vous ai trouvé très beau, ensemble... Maître Quatre, puis-je disposer, à présent, s'il vous plaît ? demande-t-elle, de plus en plus rouge et embarrassée.

- Fais donc, ma chère Sarah. Merci à toi.

- C'est moi qui vous remercie, Maître Quatre. Bon appétit.

- Merci, Sarah.

- Merci, lui dit également Trowa, alors qu'elle lui adresse un timide sourire, tout en faisant demi-tour pour sortir.

Quatre reste un moment à fixer la porte refermée, jusqu'à sentir les bras de Trowa l'entourer et le ramener contre son torse, contre lequel il se laisse aller.

- Quand elle dit qu'elle nous a trouvé beaux, murmure-t-il en posant son menton sur son épaule, elle parlait de nos corps ou de notre couple, à ton avis ?

- Vue la rougeur de ses joues et les battements de son cœur, je crois qu'il y avait un peu des deux.

- C'était mignon de la voir osciller entre embarras et assurance, sa volonté de ne pas te manquer de respect et sa peur de ne plus pouvoir occuper son poste actuel.

- Les personnes qui travaillent ici sont très ouvertes et tolérantes et il vaut mieux. Ceci dit, entre savoir et voir, il y a une limite que beaucoup préfère ne pas franchir.

- Et entendre, aussi... Savoir, entendre, et voir.

- Oui. C'est vrai que depuis hier et nos retrouvailles dans le Salon privé, rares sont ceux qui ignorent encore que nous sommes à présent unis par le cœur, l'âme et le corps.

- Et ça ne va pas tarder à se savoir, même si ton personnel n'a pas l'air du genre à faire de commérage. Sinon, Sarah aurait su.

- C'est ce que j'apprécie, chez eux. Ils ont conscience d'à quel point les rumeurs peuvent créer des problèmes et blesser les gens. Ils sont d'une grande discrétion.

- C'est une bonne chose. Dis, mon ange, avant que je n'oublie, ça voulait dire quoi, "l'acheq el moktar" ?

Quatre sourit et se tourne vers lui, tout en restant dans ses bras.

- "Acheq" est un terme qui a plusieurs sens : il peut désigner le soupirant, l'amant, l'amoureux, le bien-aimé, mais aussi le cavalier. "Moktar" est l'élu, celui qui a été choisi. Autrement dit, être "l'acheq el moktar", c'est être "le bien aimé qui a été choisi", "l'amant qui a été élu".

- Par toi, oui, mais je n'ai pas encore passé l'ultime épreuve du désert.

- Le désert n'est là que pour confirmer ce que nous savons tous, même ceux qui le refusent encore, même mon père. Aies confiance, ajoute-t-il en posant sa main sur sa joue et l'autre à plat sur son torse, au niveau du cœur.

Trowa le serre plus fort contre lui d'une pression sur ses reins, sur lesquels il a posé ses mains.

- En toi et en nous, à jamais, assure-t-il en déposant un baiser sur son front.

- En toi aussi. Tu dois avoir confiance en toi, mon Trowa. C'est une très bonne qualité d'être humble, mais ne bascule pas dans la mauvaise estime de ta personne. Ça, le désert ne te le pardonnera pas.

- Je sais, mon ange.

- Bien. Allons petit-déjeuner, il nous reste pas mal de choses à préparer. Nous partirons vers 17h.

- Aussi tard ?

- Nous n'allons pas loin, dans un premier temps, simplement à une petite heure de la ville. Il y a un endroit où j'aimerais que nous passions la première nuit de notre voyage. Un lieu où je voudrais que nous retournions en tant qu'amants.

Trowa le regarde un moment, réfléchissant, puis sourit, ayant deviné où il voulait en venir.

- Les citernes (2).

- Tu es d'accord ?

- Bien sûr. J'espérai que nous y passerions, je me doutais que tu l'avais envisagé, mais je n'ai pas été jusqu'à imaginer qu'on y passerait notre première nuit. C'est parfait.

- Je savais que cette idée te plairait.

Il se détache doucement, mais Trowa le retient et le serre contre lui.

- On peut rester encore un peu comme ça, s'il te plaît ?

- Bien sûr, sourit-il en lui rendant son étreinte, avec un véritable et profond soupir de bonheur. Tout va bien ?

- Oui. C'est juste que tu m'as tellement manqué, mon ange. Te tenir enfin contre moi, après ce vide atroce des dernières semaines, me rend presque faible.

- Je n'ai pas vécu notre séparation de la même façon, mais sache qu'elle m'a aussi été pénible, bien que j'ai eu le soutien de ma terre natale.

- Il faudra que je pense à l'en remercier.

- C'est une excellente idée, qui ne pourra que jouer en ta faveur, mon Trowa.

- Je réfléchirai sérieusement à un moyen de le faire, dans ce cas.

Quatre ne répond rien et ils savourent tous les deux, en silence, leur tendre étreinte.
Ils se séparent ensuite pour gagner la salle de bain et faire une rapide toilette, avant le petit-déjeuner, puis y retournent pour une véritable douche, une bonne heure après.

Rafraîchis et rassasiés, ils se consacrent enfin à leurs préparatifs...

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Le soir même,
Anciennes citernes d'Aden

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Quatre vérifie que leur chameau, qui porte le nom d'Afouane, "le calme, l'imperturbable", est bien attaché et qu'il a tout ce qu'il faut, avant de rejoindre Trowa, qui s'occupe du feu.
Le soleil est en train de se coucher et la température chute rapidement, bien qu'on ne soit pas encore en plein désert et au contraire, encore proche des côtes.

- Tu n'as pas eu le temps de me raconter ta conversation avec Duo, tout à l'heure.

- C'est vrai, j'ai juste pu te rassurer parce que j'avais réussi à l'avoir. Je ne pensais pas qu'ils m'auraient envoyé un mail.

- C'était prévu, non ? Pourquoi, d'ailleurs ?

- L'idée était qu'ils achètent une nouvelle puce pour un de leur portable et qu'ils ne l'utilisent qu'avec nous, mon père et Odin. Comme mon portable ne passe pas ici, on avait convenu qu'ils m'envoient un mail, au plus vite, avec leur numéro, qu'on puisse les joindre au moins une fois avant de partir.

- Ils veulent vraiment qu'on les laisse tranquille !

- L'article de Lady Une va paraître lundi, mon ange. Et crois-moi, vu l'impact qu'il va avoir, c'était vraiment une excellente idée d'attendre qu'ils aient pris quelques kilomètres de distance pour le sortir. Odin est parfaitement capable d'avoir la paix à Asgard, mais mon père, à Eldeux, aura plus de tranquillité, une fois que les autres journalistes verront que Duo n'y est pas. Et moi non plus, d'ailleurs.

- Il est prévenu, au moins ?

- Oui, ne t'en fais pas pour lui.

- Bien. Et pour notre couple people, tout s'est bien passé, ils sont bien arrivés ?

Trowa sourit en repensant à sa conversation avec son frère.

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Flash back, quelques heures plus tôt.
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- Allo ?

- Salut, Dun'.

- Hey, Big Brother ! Comment ça va ?

- Bien, écoute. Je te réveille pas ?

- Mais tu crois qu'il est quelle heure, au juste ?

- Vu qu'on est en début d'après-midi ici, ce doit être le soir, de votre côté. Mais je disais surtout ça à cause du décalage horaire.

- Non, t'inquiète pas, j'ai l'habitude des voyages. Heero, moins, mais il a suivi mes conseils, donc ça va aussi. Il est à peine 19h, ici, on se préparait pour notre petite soirée d'anniversaire.

- Oui, joyeux premier mois à votre couple. Qu'il puisse y en avoir encore plein, en années, surtout.

- Merci ! Alors, rapidement, quelles sont les nouvelles ? T'as retrouvé ton chameau ? Ou plutôt, t'es remonté sur ton chameau ?

- Duo, si tu continues avec ton humour douteux, je raccroche.

- Oh ! Allez, c'est bon ! Il est là ?

- Non, il est un peu occupé, on part ce soir, déjà.

- Ok. Ca se présente bien ?

- Oui.

- Trowa...

- Ca va, t'inquiète pas.

- Je suis inquiet parce que je te sens inquiet. Y a eu un problème avec sa famille ou t'appréhende juste le désert ?

- Pas de réel problème, un peu d'appréhension, seulement.

- Si ce ne sont pas de réels problèmes, c'est quoi, au juste ?

- Plus tard, Duo, on ne peut pas vraiment en parler, comme ça. On aura pas mal de choses à se dire, lorsqu'on se reverra.

- Ok, je reconnais que c'est pas l'idéal, là, tout de suite, même si tu as piqué ma curiosité.

- C'était pas le but. Je voulais juste être sûr que vous étiez bien arrivés et vous rassurer sur mon arrivée à moi.

- Pour nous c'est ok, mais j'avoue que tu ne m'as pas tant rassuré que ça...

- Promis, Duo, fais-moi confiance, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

- Ok, mais alors dans ce cas, toi aussi, fais-toi confiance, pour la traversée. On l'a fait, avec papa, on s'y est perdu, on s'en est sorti. Tu as su avoir les bons gestes, il y a six ans et tu as Quatre avec toi, aujourd'hui. Quand je te dis que c'est un chameau, c'est pas à cause de son physique ni de son caractère, là-dessus, j'ai rien à lui reprocher ! C'est juste qu'il se repère comme personne dans le désert. Tout ira bien.

- Je sais, mais j'avoue que ça me fait du bien de l'entendre de ta bouche. Merci, Dun'.

- Bah de rien ! Heero est sous la douche, je peux pas te le passer, mais tu as quelque chose à lui dire, que je pourrais lui transmettre après ?

- Juste de profiter et de prendre soin de toi...

- C'est trop gentil...

- ... et de ne pas se laisser faire...

- Hey ! Méchant !

- C'est aussi valable pour toi.

- Bien rattrapé... T'en fais pas, tout va très bien et s'annonce bien aussi. Je suis vraiment heureux, Big Brother.

- Tant mieux, mon grand. Ça va couper, je ne sais pas quand je pourrai te rappeler, mais...

- Ca ira, j'ai confiance. Je t'aime fort, grand frère. Profitez-bien, tous les deux et embrasse Quatre pour nous deux. Et salue aussi ses furies de sœurs de ma part.

- Je garde le qualificatif ?

- Euh non, ça me dirait bien de revenir là-bas, un de ces jours.

- Y a du progrès. C'est noté. Embrasse Heero pour nous, aussi. A très bientôt, frangin et oublie pas les photos.

- Promis. Bye !

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Fin du flash back.

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Quatre arrive doucement à reprendre son calme et essuie les larmes de rire qui s'échappent de ses yeux.

- Sacré Duo ! Qu'est-ce qu'il me manque... soupire-t-il. Je suis content, plusieurs étapes ont l'air de s'être véritablement bien passées et il a l'air heureux.

- Il l'est. Et je ne t'ai pas raconté la moitié de tout ce qui s'est passé, à Eldeux.

- On a le temps, même si je suis aussi un peu pressé d'en savoir plus, puisqu'il s'agit de moments déterminants pour eux deux.

- On en reparlera, mais j'avoue que là, tout de suite, j'ai envie de savourer notre présence en ce lieu, et de ne penser qu'à nous.

Leurs deux mains s'entrelacent, alors que le silence se fait, uniquement perturbé par le crépitement des flammes et les bruits du chameau, lorsqu'il se couche, un peu plus loin devant eux.

Ils ont beau être perdus dans leurs souvenirs, ils savent qu'ils sont remontés au même moment dans leur passé, dans leur mémoire commune, celle de leur histoire, qui a vraiment commencé ici.

- Tu sais, mon ange, reprend Trowa dans un murmure, ça me bouleverse vraiment de me retrouver ici, avec toi.

Quatre pose sa tête sur son épaule.

- Moi aussi. Je savais que ce jour arriverait, pourtant, mais je n'imaginais pas que ce serait si fort.

Trowa sourit et dépose un tendre baiser sur sa tempe, toute proche, alors que Quatre se blottit plus fort contre lui.

- J'ai souvent repensé à ce jour, ces six dernières années. A tes mots, la force de tes certitudes.

- J'ai bien vu que tu étais impressionné.

- Il y avait de quoi. Nous nous étions rencontrés cinq jours plus tôt, en plein désert. Cinq jours, c'est le temps qu'il a fallu à ton campement, que nous avions rejoint, pour regagner Aden.

- La caravane était assez lente, les animaux venaient d'être soignés et sauvés par Duo, nous ne pouvions pas aller trop vite.

- J'aurais voulu ne jamais arriver, tu sais.

- J'avoue que j'ai aussi énormément profité de ce temps, auprès de Duo et toi. Cinq jours, c'était bien peu...

- Je l'ai aussi pensé très fort. Il ne m'avait déjà fallu que cinq secondes pour être complètement envoûté, lorsque Manâh m'a conduit jusqu'à toiet ces cinq jours n'ont fait que confirmer ça. Mais on est arrivé trop vite à Aden et je repartais déjà le lendemain pour Eldeux, sans savoir si je te reverrais vraiment, un jour. Il me restait une impression d'irréalité, de rêve, dont je ne parvenais pas à me défaire...

- C'était peut-être un peu trop, le désert, la perte de votre guide durant la tempête de sable, le fait d'avoir erré plusieurs jours avant que Manâh ne vous ramène au camp, notre rencontre, ce qui s'est passé, si vite, si fort, entre toi et moi, au premier échange de regards... Puis ces cinq jours de retour.

- Et enfin, ce moment passé ici, tous les deux. Tu as raison, ça faisait beaucoup, je pensais que tout s'évanouirait à mon retour, que mes sentiments n'étaient que poussières dans ce désert immense, indignes de toi. Et tu m'as lancé cet incroyable regard en me demandant de te suivre. Ce que j'ai fait. Je t'aurais suivi n'importe où, tu sais.

- Mais je ne comptais pas t'emmener plus loin qu'aux citernes, mon Trowa...

- Où sur le chemin de notre destinée.

- C'est vrai qu'elle empruntait, alors, la même route. Mais je pensais surtout à m'éloigner de la ville. J'avais besoin d'être totalement seul avec toi, mais pas dans l'espace clos des appartements, chez mon père. Je voulais encore partager la vision de ma terre natale, avec toi. Que la nature et tous les éléments soient témoin de ce que j'allais te dire, de ce lien que j'allais confirmer.

- Ca a été l'une des plus belles soirées de ma vie, même si je n'en ai compris le sens que plus tard.

Quatre se détache pour préparer leur repas, une soupe épaisse qu'ils ont juste à réchauffer ; lors des prochains jours, ils devront cuisiner et il a bien l'intention d'apprendre à Trowa... quels que soient les risques.

- Tu t'es souvenu de notre discussion ? demande-t-il en acceptant son aide.

- Je n'ai jamais oublié tes mots, mon ange...

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Flash back.

Environs d'Aden.
Anciennes citernes d'Aden.
AC 196.

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Deux jeunes hommes de dix-sept et dix-huit ans sont assis, côte à côte, sur les vielles pierres des marches menant à l'une des grandes citernes et regardent la nuit envelopper doucement la ville et le port d'Aden, en contrebas.

- J'aurais aimé rester plus longtemps, murmure le plus âgé.

- J'aurais aussi aimé que tu restes, Trowa, mais...

- ... mais nous sommes assez forts, à présent, pour reprendre nos vies sans maman et Solo. Au moins, pour essayer.

- Tu as trouvé ce que tu es venu chercher, ici : la force d'être un pilier pour ton frère. Duo va avoir besoin de toi, Trowa. Sa blessure est un gouffre, tu sais. Venir ici lui a permis d'arrêter de le creuser, mais c'est une ouverture béante qu'il va falloir apprendre à gérer, pour pouvoir la combler.

- Je ne sais pas encore si j'en serais capable, mais j'ai trouvé en moi, grâce à mon séjour ici, les ressources nécessaires. Je ferai tout pour aider Duo.

- J'ai confiance en toi, assure Quatre en posant sa main sur la sienne, son doux regard et son tendre sourire sur lui.

Trowa lui rend son regard et esquisse un léger sourire ; c'est plus qu'il n'en a fait depuis la mort de sa mère et de son frère, un an plus tôt.

- Il y a quelque chose que je voudrais te dire, Quatre.

- Je t'écoute.

Trowa reporte son regard vers la ville, dont les lumières commencent à s'allumer.

- Emotionnellement, j'ai vécu des choses très fortes, ici. Mais la plus intense a vraiment été notre rencontre. J'ai l'impression qu'on est lié, conclut-il en baissant les yeux.

Il remarque alors que la main de Quatre est toujours posée sur la sienne, que c'est de là que vient cette chaleur qui persiste alors que partout ailleurs, elle est comme avalée par la nuit qui tombe et s'installe.

Il relève les yeux vers Quatre, qui sourit toujours avec autant de douceur.

- Nous sommes liés, Trowa. Rien de ce qui se passe dans le désert n'arrive par hasard. Le jour de notre rencontre fut un jour du Destin.

- Alors tu n'en veux pas à l'homme que je suis de ressentir ce que je ressens pour toi, un prince du désert ?

Le sourire de Quatre s'élargit, tandis qu'il glisse ses doigts entre ceux de Trowa pour pouvoir nouer leurs mains, qui se pressent l'une contre l'autre.

- Non, je ne t'en veux pas. Et je ne me sens pas coupable non plus, puisque c'était écrit ainsi.

Encouragé, enhardi par ses gestes et ses mots, Trowa pose sa seconde main sur sa joue et se penche sur lui pour poser ses lèvres sur les siennes. .
Il va lentement pour laisser la possibilité à Quatre de le repousser, mais il ne lit aucune hésitation ni aucun doute dans son regard, alors il va au bout de son geste et l'embrasse.

Mais après avoir accepté ce premier contact si doux, si tendre, Quatre s'écarte avant que Trowa ne puisse seulement songer à approfondir ce baiser ou en changer sa nature chaste.
Même si, dans cette partie du monde, un baiser lèvres contre lèvres n'a déjà plus rien de chaste...

- Je suis désolé, s'excuse Trowa. Je ne suis qu'un occidental brusque et sans manières.

Quatre serre un peu plus fort sa main, qui n'a pas lâché la sienne, et pose la seconde sur sa joue, toujours aussi souriant.

- Ca n'a rien à voir, Trowa. C'est seulement que...

- Tu n'as pas à te justifier, je... Désolé ! Je t'ai coupé la parole, s'excuse-t-il devant son froncement de sourcils désapprobateur.

- Oui, comme un occidental brusque et sans manières, le taquine-t-il. Trowa, reprend-il avec sérieux, je veux seulement que tu comprennes qu'on ne peut pas encore être ensemble.

- Je comprends. Tu nous as dit que tu viendrais à Eldeux, l'an prochain, pour étudier et dans le même temps, t'occuper de vos implantations en occident, c'est bien ça ?

- Oui, c'est prévu depuis longtemps.

- Je t'attendrai, Quatre, lui assure-t-il en prenant sa deuxième main pour la serrer aussi fort que la première et appuyer ainsi sa promesse.

Quatre pose sa tête sur son épaule un moment, mais avant que Trowa n'esquisse le moindre geste pour entourer les siennes de son bras, il se détache et se lève, puis descend de quelques marches.

Trowa admire son profil, tandis qu'il se tient debout face aux montagnes qui se dressent au nord.

Alors qu'il s'apprête à parler, à le rassurer sur ses mots, sur sa détermination à l'attendre quoi qu'il arrive, Quatre le devance encore une fois en se tournant vers lui, le clouant presque sur place avec son regard, si intense qu'il fait s'accélérer les battements de son cœur.

- Trowa, nous serons ensemble, un jour, je le sais, si tu acceptes aussi d'y croire. Mais il se passera peut-être beaucoup de temps, avant que ce jour n'arrive.

- Quatre... commence-t-il en se levant.

- Tu ne dois pas m'attendre, Trowa.

- Je ne comprends pas...

Quatre pose sa main sur la vieille pierre, comme pour puiser en elle le courage d'aller au bout et réaffirmer sa foi.

- Nous devons vivre nos expériences chacun de notre côté. Et un jour prochain viendra le moment pour nous de nous unir.

- Est-ce que tu es en train de me demander de reprendre ma vie comme si rien de tout ça n'était arrivé, comme si on ne s'était jamais rencontré ? Tu n'es pas un rêve, Quatre, même si tu as tout d'un ange et ce que je ressens pour toi... Tu penses que c'est trop tôt et qu'une fois rentré, je vais t'oublier, c'est ça ? C'est déjà arrivé, peut-être, mais ça n'arrivera pas avec moi, assure-t-il en descendant les marches pour se rapprocher de lui.

- Tu ne m'as pas écouté, Trowa.

- Tu as dit que nous serions ensemble, un jour, si j'acceptais d'y croire. J'ai l'impression que c'est toi qui ne crois pas en moi.

- Je te crois, Trowa, je crois en toi et en nous. Je sais que notre amour n'est pas né subitement, mais qu'il était en nous et que notre rencontre l'a simplement fait éclore, comme il était écrit. A présent, il est libre. Alors laissons-le grandir, mûrir, être éprouvé et c'est ainsi que nous lui donnerons la force de nous réunir, un jour.

Trowa réfléchit quelques instants à ses mots.

- C'est insensé, Quatre. Ce que tu me demandes revient à me dire "rentre chez toi et oublie-moi".

- C'est un mode de pensée différent du tien, je le sais, alors si c'est ainsi que tu le comprends, aujourd'hui, peu importe. Car je sais qu'un jour, tu y verras plus clair, ajoute-t-il en prenant ses mains entre les siennes.

Trowa ne dit rien un moment, se contentant de le regarder longuement.

- Venant d'un autre, j'aurais pensé qu'il voudrait se débarrasser de moi.

Quatre vient se blottir dans ses bras, sa joue posée sur son cœur qu'il entend battre à une allure folle, sûrement plus à cause de ce geste que de ses mots, bien qu'ils l'aient aussi troublé.

- C'est vrai que ça y ressemble, je le reconnais. Mais moi, je veux juste donner une chance à notre amour de devenir la force qu'il sera, dans le futur.

- Mais le futur n'est pas encore là, tout peut arriver. Je sais, aujourd'hui, que le bonheur peut nous être arraché le temps d'un battement de cœur... ou d'un crissement de pneus.

- Trowa... murmure-t-il en s'écartant pour le regarder dans les yeux, ayant senti la douleur qui l'a traversé.

Mais Trowa pose un doigt en travers de sa bouche et sourit vraiment, cette fois.

- Malgré tout, je respecte ta volonté et ta décision, Quatre. J'attendrai le temps qu'il faudra. Parce que je sais, au fond de moi, que ce sera toi ou personne d'autre.

- Tu commences déjà à comprendre, sourit Quatre, en posant sa main sur sa joue, la caressant du pouce. Nous pouvons rentrer à présent. Il se fait tard et ta famille t'attend.

Trowa acquiesce en silence.

Ils profitent encore un moment de leur douce étreinte, puis redescendent dans la vallée, main dans la main.
Arrivés en bas, ils se retournent et regardent les citernes, dont ils ne voient plus que des ombres qui se découpent dans la nuit bien éclairée par les étoiles.

- Nous reviendrons un jour, Trowa et je t'accorderai ce baiser que j'ai dû te refuser.

- C'est une promesse ? demande-t-il avec un petit sourire.

- Une certitude, répond-il de la même façon.

Après un dernier long regard, ils regagnent Aden.

.
Fin du flash back.

.

- Encore une fois, tu avais raison, mon ange. Tes certitudes se vérifient toujours... ou presque.

- Là, en l'occurrence, je ne t'ai pas encore embrassé, remarque Quatre en vérifiant la soupe qu'ils ont mis à chauffer pour leur dîner.

- C'est à moi de le faire et à toi de me le rendre, cette fois-ci.

- Qu'est-ce que t'attend ?

- Que tu laisses cette soupe finir de chauffer seule, peut-être ? Ce serait dommage qu'elle se renverse...

- Approche... répond Quatre en reposant sa louche.

Finalement, c'est plus un bouillon qu'une soupe épaisse qu'ils mangent, ce soir-là...

.

Six jours plus tard.
(27 octobre)
Quelque part dans le désert, aux environs de Marib. (3)

.

- Qu'est-ce que tu fais, mon ange ?

Quatre se pousse un peu pour que Trowa puisse voir ce qu'il fait, assis en tailleur et penché sur le sable chaud.

- Je confie notre amour au désert, explique-t-il en continuant d'esquisser de somptueuses calligraphies. J'écris ton nom, le mien, l'amour qui nous lie, sa pureté et l'harmonie qu'il y a entre nous, telles ces arabesques et ces figures avec le sens des mots qu'elles dessinent.

Trowa admire le travail de son ange du désert, mais grimace rapidement de dépit.

- C'est beau, mais éphémère... Le vent les efface déjà et le sable roule le long des dunes. C'est un peu triste.

Quatre se redresse et fait face à Trowa ; il abaisse son chèche (4) sur son menton pour pouvoir poser ses lèvres sur les siennes en un tendre baiser, auquel Trowa répond sans se faire prier.

- Rien n'est effacé, mon amour, répond-il ensuite. Le vent emporte ce témoignage pour que pas un seul grain de sable et pas une seule créature présents dans le désert n'ignore ce qui nous lie, tous les deux. Si tu écoutes le murmure du vent, tu l'entendras te dire combien nous nous aimons.

Trowa sourit, ému.

Après avoir déposé un doux baiser sur le nez de Quatre, puisse sa coiffe cache son front, il s'assoit sur le pull que Quatre a posé sur le sable.
C'est une chose que Trowa a appris six ans plus tôt : ne jamais s'asseoir à même le sable, on ne sait jamais quel être vivant y est enfoui ; il faut particulièrement être vigilant avec les scorpions et autres serpents.

- Apprends-moi, demande-t-il à Quatre, resté debout.

- Je t'apprendrai, mon Trowa, mais sous la tente et sur du papier, dans un premier temps. Le désert n'est pas un brouillon.

Trowa se relève, un peu honteux.

- Désolé...

- C'est rien, le rassure Quatre en glissant ses bras autour de sa taille. Les erreurs que l'on commet et que l'on reconnaît une fois ont moins de risques d'être commises à nouveau, contrairement à celles que l'on veut cacher et nier. Rentrons au camp, ajoute-t-il en lui prenant la main.

Ils s'accordent une petite pause sur le chemin du retour pour échanger un long et tendre baiser, avant de reprendre la route du campement bédouin qu'ils ont rejoint, la veille et qu'ils ont quitté en début d'après midi pour une longue balade.

Durant ces quelques heures de marche, Quatre a fait découvrir à Trowa les merveilles naturelles que cache cette partie du désert, qui s'ouvre parfois sur les plaines verdoyantes avant de reprendre ses droits, ainsi que les vestiges des civilisations anciennes, préservés par cette même nature.

Arrivés dans les abords du campement, ils se lâchent la main.
Les bédouins savent et acceptent même leur lien, mais ils préfèrent ne pas avoir de démonstration physique, ce que Trowa et Quatre respectent, bien évidemment.

La tente qu'ils leur ont généreusement prêté comporte deux lits, même s'ils n'en utilisent qu'un seul et que personne n'y rentre sans y être invité, sauf quand elle est grande ouverte, en journée.

Le respect de l'intimité est une valeur sûre, dans le camp, ainsi que la notion de propriété collective ; au camp, rien n'appartient à l'individu, seulement à la communauté et dans l'absolu, au désert...

Ils n'ont pas fait une dizaine de pas à l'intérieur du campement qu'une femme vient les aborder.

- Mon Prince, accepteriez-vous de m'accompagner au puits ? Samira est très occupée avec les légumes, cela m'éviterait de faire plusieurs allers-retours.

- Bien sûr, Warifen, répond-il immédiatement en tendant le bras pour prendre un de ses bidons.

- Merci, sourit-elle en le lui donnant.

Elle se tourne ensuite vers Trowa pour lui tendre le second, en souriant.
Il le prend et accepte l'invitation à se joindre à eux ; il comptait faire le tour du campement pour proposer son aide, en attendant le retour de Quatre, mais puisqu'il est aussi sollicité...

Après avoir rapidement déposés leurs sacs à dos, ils retrouvent Warifen et ils prennent ensemble la direction du puits, à dix minutes de marche.

Une fois sortis du camp, Quatre se tourne vers la jeune femme.

- C'est si grave que ça ? lui demande-t-il.

- Tu jugeras par toi-même, mon Prince. Mais pour éviter que ça ne le devienne encore plus, nous devons être discrets.

Quatre se tourne vers Trowa.

- Tu as compris la situation ?

Trowa, qui est en train d'y réfléchir, hoche la tête.

- Je pense qu'elle avait besoin de te parler plus que de ton aide. Elle aurait pu prendre un âne pour porter les bidons, comme je l'ai vu faire, hier. A moins qu'il n'y en ai pas de disponible, mais deux dormaient à l'entrée du camp, je ne pense pas que ce soit ça... Elle a également tenu à ce que je vienne, peut-être pour ne pas éveiller les soupçons.

- Exact, tu as bien observé et conclut, sourit-il, très fier, avant de regarder de nouveau Warifen. Que se passe-t-il, alors, ma chère amie ?

- Ce que je vais te demander est compliqué, mon Prince, mais il n'y a qu'à toi que je puisse confier ça.

- Je t'écoute.

- Il y a un mois, mon frère, Kalden, a conduit un groupe d'amis étrangers qui faisaient du tourisme dans la région. Il leur a servi de guide sur les différents sites qu'ils voulaient voir, autour de Marib, durant deux jours. Ensuite, il a réussi à les convaincre de faire la traversée jusqu'à Sa'yun en chameau plutôt qu'en 4x4, afin de mieux apprécier les paysages, comme tu le sais.

- Où veux-tu en venir, Warifen ?

La jeune femme soupire, puis regarde Quatre un moment de ses grands yeux noisette, avant de les rebaisser pudiquement.

- Durant ces cinq jours à faire le guide, il s'est beaucoup rapproché d'un membre de ce groupe.

- Une femme ?

- Un homme.

- Continue.

- Il ne m'a pas donné les détails, mon Prince, mais je le soupçonne d'avoir échangé plus que des mots, avec lui. Ça aurait pu n'être qu'une petite aventure, mais depuis son retour, il va de mal en pis.

- Se sent-il coupable ?

- Non, mon Prince, il est seulement éperdument amoureux de cet homme, qui est reparti à l'occident du ciel en emportant son cœur avec lui.

- Je vois. Et que penses-tu que je puisse faire pour lui ? Espères-tu que je puisse retrouver cet homme ?

- Je voudrais que tu permettes à Kalden de le retrouver.

- Warifen...

La jeune femme s'arrête brusquement et lui fait face.

- Prends-le avec toi, lorsque tu retourneras en occident ! Tu peux lui trouver quelque chose à faire dans l'un de vos nombreux bureaux, même si c'est juste balayer !

- Es-tu bien consciente de ce que tu me demandes, mon amie ?

- Oui !

- Imagine qu'effectivement, je l'emmène avec moi sous un prétexte ou un autre et que je lui permette de retrouver cet homme. S'il était rejeté, comment crois-tu qu'il réagirait, dans ce pays étranger si différent d'ici, si agressif ? Warifen, c'est réellement un très grand risque.

La jeune femme reprend sa marche, ils sont arrivés au puits, heureusement désert.
Mais d'autres personnes peuvent arriver.

- Mais peut-être cela lui permettrait-il de tout oublier ?

- C'est bien trop risqué, je te le répète. Qu'en pense Kalden ?

- Je ne lui en ai pas vraiment parlé, je préférais ne pas lui donner de faux espoirs, si tu refusais.

- Ce n'est pas que je refuse, je veux bien essayer, je ferai tout pour l'aider. Mais avant, je veux vérifier qui est cet homme et ses dispositions, par rapport à ton frère. S'il ne l'a considéré que comme une distraction, il appréciera moyennement de le voir débarquer dans sa vie. Tu peux comprendre ?

- Oui, mon Prince.

- Bien. Ton frère n'est pas au camp, en ce moment ?

- Il est prévu qu'il revienne dans la soirée, il a quitté Sa'yun en début d'après-midi...

- D'accord. Dans ce cas, je lui demanderai de nous faire la visite de Marib et des alentours, demain.

- Il sera très content. Pour lui, ce sera comme si tu l'évaluais. Et comme tout le monde sait que tu n'as pas besoin de guide, ça expliquera que tu aies souhaité qu'il t'accompagne, au cas où certains se poseraient des questions.

- Effectivement.

- Merci, mon Prince.

Quatre profite qu'ils soient seuls pour poser un court instant sa main sur la sienne.

- Tu es vraiment une bonne sœur pour Kalden. Tout le monde n'aurait pas eu cette démarche.

Leurs bidons pleins, ils reprennent la route du campement.

- Nos parents se retournent probablement dans le sable du désert, mais je n'ai pas le sentiment de trahir leurs mémoires. A leur mort, ils m'ont bien demandé de prendre soin de Kalden et de veiller à son bonheur. En agissant ainsi, j'ai l'impression d'être en accord avec leurs dernières volontés, avec mon cœur et mon âme. Même si je suis sûre qu'eux auraient tout fait pour lui faire oublier cet homme.

- Si tu es en paix avec toi-même et je sens que ton cœur l'est, en tout cas, tout va bien, Warifen. Il faudra être patients, parce que je ne suis pas encore prêt à retourner à Eldeux, Trowa et moi avons encore des choses importantes à faire, ici. Une fois rentrés, je vais encore devoir retrouver cette personne et le temps que ça prendra dépendra des informations que m'aura donné Kalden. Ensuite, je devrai prendre contact avec lui. Puis, avec vous. Tu comprends que tout ceci risque de prendre du temps.

- Je le comprends, mon Prince. Peu importe le temps que cela prendra, si c'est pour avoir l'assurance de pouvoir rendre à mon frère ce sourire qui a certainement contribué à séduire cet homme.

- D'accord. Je t'informerai autant que possible.

- Je suis prête à me rendre tous les jours à Marib pour y attendre tes messages, tu sais, mon Prince.

- Nous verrons comment nous organiser, lorsque nous serons plus avancés.

- Je serai patiente, assure-t-elle en souriant. Merci encore du fond du cœur, mon Prince.

Ils n'échangent plus que quelques banalités jusqu'au campement, en pleine préparation du repas.

Bien plus tard, après un agréable et convivial repas, terminé par un thé délicieux aromatisé à la cardamome et une démonstration des plus appréciés de musique et de chants bédouins, Trowa et Quatre retrouvent l'intimité de leur tente.

Ils écoutent encore la musique qui continue de leur parvenir, mais ce sont à présent plus des chants nostalgiques, voire tristes, à la beauté des plus poignantes.

- Si nous nous arrêtons à Marib, demain, je pourrais passer certains coups de fil pour obtenir des informations sur l'homme que recherche ton amie, murmure Trowa, alors qu'ils sont tous les deux allongés sur l'un des lits, une carte dépliée devant eux.

- Ce serait bien, vraiment. J'ai peur que si je mets mes propres sources à contribution, l'information finisse par filtrer. Surtout si je ne suis pas sur place pour surveiller.

- Je suis content de pouvoir être utile.

- Merci, mon Trowa.

Trowa dépose un baiser sur sa tempe, puis se penche un peu plus sur la carte.

- On peut savoir où on est, exactement ?

- Exactement, non. Ici, c'est Marib. Nous avons passé l'après-midi de ce côté, le campement est dans ces environs-là.

- Et où comptais-tu m'emmener, demain ?

- Là, dans cette région, répond-il en lui désignant l'endroit sur la carte, tout près de là où se trouve approximativement le campement bédouin. Comme je te l'ai expliqué en arrivant, hier, c'est à Marib que débute le domaine des tribus bédouines. Les traits que tu vois ici, sur la carte, sont les wadis (5) au bord desquels se sont greffés quelques villages et qui descendent se perdre dans le désert. Au moment de repartir, c'est cette piste que nous allons suivre jusqu'à Shabwa.

- Shabwa... répète Trowa en fronçant les sourcils. Ce n'est pas dangereux ?

- Ces territoires sont contrôlés par les tribus bédouines du Nord, mais si tu ne te mêles pas de politique, tu n'as rien à craindre. Des étrangers ont été enlevés, c'est vrai, mais ce n'est qu'un moyen de pression, ils n'ont jamais blessé ou tué quelqu'un. Même si ça ne justifie pas les enlèvements, ça, je te l'accorde.

- Je te fais confiance, de toute façon.

- C'est réellement la plus belle route, parmi les itinéraires possibles. Le désert t'offre de multiples visages. J'en ai jamais vu d'identique, de toute ma vie, mais chacun est époustouflant. Tu verras. Les alentours de Shabwa sont très peu peuplés, mais il y a de magnifiques paysages et des sites historiques encore importants. C'est à partir de là qu'on pénètre dans Ramlat as Sab'atayun, le désert de sable. Jusque là, on navigue entre roches, montagnes et sable.

- Et après Shabwa ?

- L'idée est de rejoindre Say'un, dans un premier temps.

- L'une des plus belles villes anciennes du Wadi Hammraout.

- Pour moi, c'est la plus belle. Mais nous en reparlerons une fois que nous aurons atteint Shabwa. Et nous n'y sommes pas encore. Il faut trouver l'équilibre entre prévoir par prudence et faire confiance au désert. C'est Lui qui reste le Maître, nous ne pouvons pas lui imposer nos choix. Nous lui faisons part de nos voeux, il décide ou non de les réaliser.

- Nous devions voir les alentours de Marib seuls, nous avons finalement un guide, alors que tu es l'un des meilleurs... Je comprends ce que tu veux dire.

Quatre sourit.

- J'avais déjà l'intention de demander à Katen de nous prêter son 4x4.

- Nous y allons en voiture ?

- Oui. Les routes sont goudronnées, dans cette partie-là et pour voir tout le site, il faut faire une boucle d'une trentaine de kilomètres, environ.

- Ils ont goudronné le site ? J'en reviens pas !

Quatre se redresse pour pouvoir le regarder dans les yeux, surpris par l'étonnement qu'il manifeste.
Sans se douter que Trowa est plutôt d'humeur taquine, ce soir-là...

- Mais enfin, Trowa, c'est le site le plus important du pays ! C'est dans cette région que naquit le prestigieux royaume de la Reine de Saba !

- C'est qui, celle-là ? Je plaisante, mon ange ! ajoute-t-il rapidement devant le regard courroucé de Quatre, même s'il n'est pas vraiment en colère. Je sais tout ça, je connais l'existence du site du trône de Bilqis, qui est le nom que les musulmans donnent à la Reine de Saba. Je connais l'existence du temple de la Lune, du temple du Refuge aussi et des controverses qu'ils suscitent. Mais je n'y suis jamais allé et même si je savais que tout était concentré dans la même région, je n'imaginais pas qu'on avait relié les sites en créant des routes goudronnées.

Quatre se rallonge contre lui, radoucit et surtout conscient qu'il l'a taquiné affectueusement.

- Et bien voilà l'occasion, mon amour.

- J'en suis ravi, surtout avec deux guides.

- Un vrai luxe. Nous en aurons vraiment pour une journée entière à tout voir, remarque-t-il avant de replier la carte. Nous partirons à 8h, nous ferions mieux de dormir, il commence à être tard.

- Je suis plutôt d'accord. Les chants et la musique se sont tus.

- Raison de plus, répond Quatre en se levant pour éteindre la lampe à pétrole. Bonne nuit, mon Trowa ajoute-t-il en revenant s'allonger dans ses bras, l'embrassant tendrement.

- Bonne nuit, mon ange.

.

.
Trois jours plus tard
(30 octobre)
Quelque part dans le désert du Ramlat as Sab'atayun.

.
« Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du
vent, de la lumière, de la nuit.
Ils étaient apparus,
comme dans un rêve, en haut d'une dune, comme s'ils étaient nés du ciel sans nuages, et qu'ils avaient dans leurs membres la dureté de l'espace.
Ils portaient avec
eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la lueur de la Voie lactée, la lune.
Ils avaient avec eux leur ombre géante
au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés touchaient, l'horizon inaccessible.
Ils
avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux. » (6)

- Tu as gardé ça ? s'étonne Trowa.

Quatre sourit et range la feuille jaunie par les années.
Trowa avait accepté de lui recopier ce court texte, extrait du journal qu'il avait tenu durant leur voyage dans le désert avec son père et Duo, six ans plus tôt.

Quatre avait été si touché par ces mots qu'il avait demandé à Trowa d'en avoir une copie, qu'il a toujours gardé sur lui, depuis.
Il l'a même fait plastifier pour que le pliage ne fasse pas tomber la feuille de papier en morceaux...

- Et toi, tu as toujours ton premier journal ?

- Bien sûr. Les enfants que nous adopterons pourront ainsi tout savoir de notre rencontre. A commencer par tes jumeaux.

- Nos jumeaux, tu veux dire.

- Je ne m'en sens pas encore le droit d'en parler de cette façon, Quatre, ça n'a rien à voir avec le fait de les accepter ou non. Je suis très heureux, vraiment.

- Je comprends. C'est aussi encore un peu abstrait, pour moi. On en reparlera.

- Bien sûr.

- Et pour en revenir au journal... tu en écris un nouveau.

- Que tu peux lire quand tu le souhaites, mon ange.

- Merci, mon Trowa, répond-il en se rallongeant contre lui. Tu nous vois toujours de la même façon que tu le décris, dans ce texte ?

- Oui, rien n'a vraiment changé. Chaque fois que je suis venu ici, même si c'est à Aden, qui est une ville portuaire et plutôt occidentalisée, j'ai pu constater que certains portent encore cette lumière, qui m'a frappé. Toi, en premier lieu. Tu es différent, ici, tu rayonnes, tu es si calme et en accord avec ton milieu... Te voir à Eldeux me le faisais parfois oublier, alors que tu dégages pourtant continuellement cette sorte de paix intérieure.

- Il a fallu que je m'adapte à Eldeux et à l'occident, ça n'a pas été simple, pour moi.

- On l'oublie trop souvent.

- Je suis né et j'ai grandi ici, la moitié du temps dans le désert, l'autre entre Aden et Sanaa. Avec mon père et quelques unes de mes sœurs, j'ai aussi parfois été voir mon grand-père maternel qui vivait non loin d'Eldeux, avant qu'il ne nous quitte, quand j'avais quatorze ans. Mais c'était une toute petite ville de campagne, nous ne traversions même pas de grandes villes, en sortant de l'aéroport d'Eldeux. Que je voyais d'ailleurs aussi grand que celui de Sanaa, avec mes yeux d'enfant. La première fois que je me suis retrouvé au cœur d'une grande ville avec ses immenses tours de verre et d'acier, tu n'imagines pas le choc que j'ai eu...

- Je ne peux en avoir qu'une idée, ayant senti la différence et un choc en passant d'une grande ville au désert, il y a six ans. Cet espace immense et infini, ce silence qui avait quelque chose de terriblement angoissant, au départ, même si c'était ce que nous étions venus chercher... C'est d'ailleurs rapidement devenu apaisant,et même vivifiant. Ce qui était un paradoxe, dans nos esprits bourrés de clichés.

- Pour moi, c'était différent. J'ai continué longtemps d'éprouver une forte angoisse, une impression d'étouffer. Mon horizon était bouché, les trop nombreux sentiments que je percevais m'agressaient. Ce qui m'a le plus étonné, tu sais, c'est de constater à quel point vous pouviez être fascinés et craintifs, face au désert, alors que les vôtres sont pires.

- Les nôtres ?

- Oui, Trowa. Vos déserts sont effrayants. Le vide de certains êtres, de certaines vies, est plus terrifiant que le vide que vous pensez être celui du désert. Or, il n'est pas vide, la vie y est sensible, pour peu qu'on y soit attentif. Je t'ai appris à l'être entièrement, même si tu l'étais déjà beaucoup. Mais ça ne m'étonne pas que ceux qui vivent dans de grandes villes ne le sentent pas. J'ai moi-même toujours un peu peur de me perdre.

- Comment ça ?

- Vous n'avez plus de repères, vos sens sont brouillés. Trop de bruits vous ont rendu sourds, trop de lumière artificielle et de préoccupations vous empêchent de voir les étoiles et vous ont rendu aveugles. Je pourrais facilement me laisser entraîner. C'est pourquoi j'ai besoin de revenir au désert, régulièrement, pour ne jamais oublier d'où je viens, pour que mon lien avec la nature et le désert ne soit jamais ni rompu, ni corrompu. Je veux être capable d'entendre à jamais ce silence qui me parle tant, de voir la beauté de ce ciel qui n'en finit pas.

- Je ne pense pas que tu perdras cette capacité, un jour, murmure Trowa, gagné par l'émotion de Quatre, ses yeux également rivés au ciel étoilé. Tu es fort, Quatre et je t'aime et t'admire aussi pour cela.

- Nous sommes par nécessité humbles pour survivre et forts pour nous défendre. C'est pourquoi on dit que le désert se vit et ne se raconte pas. Personne ne pourrait comprendre ça, autrement.

Ils se serrent un peu plus l'un contre l'autre dans leur grand sac de couchage fabriqué par Iria à partir de leurs deux duvets individuels ; ils peuvent ainsi se tenir bien au chaud l'un contre l'autre et se protéger des 4° habituels en cette saison, dans cette région.

Après un tendre baiser, ils reprennent la contemplation du ciel au millier d'étoiles, dont ils ne se lassent pas.

- Qu'est-ce que je pourrais désirer de plus, en cet instant ? murmure Quatre après un silence. Je m'endors dans les bras de l'homme que j'aime, sous un ciel magnifique et protecteur, qui nous fait don de ses étoiles pour illuminer nos rêves...

- J'ai l'impression qu'on pourrait rester comme ça, à jamais. Je me sens tellement bien, Quatre. Comme si on était hors du temps, comme si le désert était éternel et qu'il nous offrait cette éternité.

- Il est éternel, à nos yeux, bien sûr. Il était là avant nous et sera encore là bien après nous. Et oui, il offre l'éternité à l'homme qui sait s'y attacher.

- Tu crois que j'ai une chance ?

- Je t'ai dit que le désert se vivait, car il vit, lui aussi. Si tu ne le respecte pas, il te tue, c'est aussi simple que ça. Je sais que tu ne crains rien.

- Grâce à toi.

- Non, grâce à toi, Trowa, grâce à ton âme, à ton cœur, à ta conscience. Tu vis le désert depuis neuf jours, à présent et pour la neuvième nuit. Tu en es plus proche, de jour... non, d'heure en heure.

- Il nous reste encore de la route, n'est-ce pas ?

- Je peux te le dire, à présent que nous avons quitté Shabwa et que nous approchons de Sa'yun : notre destination finale, c'est la province d'Al-Mahra. Ceux qui y vivent sont issus des plus anciennes tribus d'Arabie, ce sont essentiellement des bédouins. Nous serons au bout du pays, à la frontière ; cette région est tout juste annotée sur les cartes. Ce sera notre ultime étape : rencontrer les plus anciens Raberba.

Trowa soupire.

- Là, j'ai envie de prendre mes jambes à mon cou, t'en es conscient ?

- C'est naturel, comme première réaction, mon cœur.

- Tu...

- Oui ?

- J'allais te demander si tu allais me préparer à cette rencontre, mais je viens de comprendre que c'est le but de ce voyage et que quelque part, le désert m'y prépare.

Quatre se redresse, les yeux brillant.

- Je n'ai vraiment rien à craindre et toi non plus. Plus les jours passent et plus tu me surprends par la rapidité de ta compréhension. L'Amrar Raberba (7) est terrifiant, mais il pliera devant notre lien et notre destin, j'en suis sûr, dit-il en se blottissant de nouveau contre lui.

- Tout comme j'ai confié ma peine, mes angoisses, mes doutes, mon chagrin au désert, il y a six ans, pour qu'il les transforme en force, je lui confie aujourd'hui mon angoisse profonde, pour qu'il la transforme en assurance. Puisse-t-il m'exaucer.

- Puisse-t-il t'exaucer, répète Quatre, en toute confiance.

Sur ces dernières prières, toujours étroitement entrelacés sous leur duvet, baignés par la lumière presque irréelle des étoiles, surtout lorsqu'on sait que beaucoup d'entre elles sont déjà mortes depuis des millions d'années, ils finissent par s'endormir.

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A suivre...

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Notes générales :

1) Djinn : pour les Arabes, les djinns représentent une autre race habitant la terre, ce sont des esprits qui habitent les endroits déserts, les points d'eau, les cimetières et les forêts. Pour se manifester, ils prennent diverses formes (métamorphe), dont celles de l'homme ou des animaux, couramment des serpents. Le mot djinn ou 'ifrit désigne d'ailleurs à la fois ces esprits ainsi que certaines variétés de serpents. Leurs noms, paroles ou comportements, qui demeuraient étranges, permettaient de les discerner des humains quand ils en prenaient la forme. Certains de ces esprits étaient, selon les légendes pré-islamiques, les muses des poètes : ce sont les hawajis Comme les hommes, ils sont organisés en royaumes, États, tribus, peuples, ils ont des lois et des religions (dont celles de l'homme puisque les prophètes de tout temps sont envoyés par Dieu pour les djinns et les hommes.
Dans la tradition populaire des pays musulmans, on ne dit pas "avoir une mémoire d'éléphant" mais une mémoire de djinn.
On peut d'ailleurs noter que le mot « génie » (au sens merveilleux comme dans le conte d'Aladdin) est une francisation du mot « djinn ». La confusion avec le mot génie au sens commun (personne dotée d'une habileté intellectuelle remarquable) est semble-t-il intentionnelle. Il convient aussi de remarquer que dans l'arabe moderne le mot désignant un génie au sens commun du terme est 'abqari qui vient de 'abqar un oued de l'ancienne Arabie réputé comme étant un repaire de djinns.
Dans l'Islam, les djinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d'un maillage/tissage de "lumière d'une flamme subtile, d'un feu sans fumée" (comme l'être humain l'a été à partir d'argile), ils sont appelés à croire et subiront le jugement dernier.
Les appellations spécifiques des djinns sont : les Efrits (djinn de feu) les Maritins (djinn d'eau) les Sylphes (djinn d'air)
Les Šayin Šayan équivalant de Satan dans les langues indo-européennes sont de mauvais djinns.
Comme l'Homme, ils se reproduisent et vivent partout sur terre (même dans le désert ou les mers) et au milieu des hommes. Mais contrairement à l'homme qui a été créé avec la tendance à oublier (en arabe phonétique "l'insan" traduit en français donne "l'homme" mais aussi "l'être qui oublie", le Djinn ne peut oublier quoi que ce soit et se rappelle tout ce qu'il a pu vivre, voir, entendre, etc. et ce, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. De plus, leur force est qualifiable de surhumaine.

(2) Les anciennes citernes, au nombre de 13, furent redécouvertes par le lieutenant anglais Playfair en 1854 et restaurées en 1856. Leur datation n'est pas encore certaine, mais il semblerait qu'elles datent du Ier s. . Elles se situent sur les hauteurs, au sud-ouest du Crater. Le Crater fut, jusqu'au siècle dernier, le seul endroit habité d'Aden. Situé dans le fond du cratère d'un ancien volcan éteint il y a plus de 5 millions d'années, le " Crater " est long de 15km pour une largeur de 8km. La partie habitée n'en recouvre que 30. Le quartier était occupé au siècle dernier par les anglais en garnison et par les riches négociants juifs et indiens. On y trouve la maison de Rimbaud qui est devenue aujourd'hui le Centre Culturel Français et le Centre international de la poésie. Cet maison accueillit Rimbaud de 1880 à 1891. Inaugurée en novembre 1994, elle fut malheureusement fermée en juillet 1997.)

(3) Marib : Quatre en dit assez sur cette ville du Yemen. Tout est vrai, même quand il s'énerve ; les yéménites sont susceptibles quand il s'agit de leur histoire, qui est leur plus grande fierté.

(4) Le chèche est une sorte de turban d'environ 4 à 8 mètres de long, porté notamment par les Touaregs (ndla : mais pas uniquement, sauf qu'ils le quittent moins souvent que les bédouins ; pour les bédouins de la péninsule arabique c'est plutôt le kefieh, mais depuis qu'il a été récupéré pour symboliser la résistance palestinienne, ils utilisent également le chèche ; la différence est que le chèche est toujours uni, le kefieh est à motif). Il s'enroule sur la tête pour se protéger du soleil, du vent, de la pluie, du sable, du froid, etc. Son nom vient, comme pour la chéchia, de la ville de Chach en Sogdiane, l'actuelle Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan.

(5) Wadi : terme se rapportant aux mondes égyptien et oriental. En arabe, cours d'eau temporaire, le plus souvent à sec, mais qui peut soudainement charrier de grandes quantités d'eau lors de pluies violentes.

(6) Extrait du livre Désert de J. M. G. Le Clézio (1980). Pour info, la sclérotique est la membrane externe, blanche et fibreuse, qui enveloppe la partie postérieure du globe oculaire . La majeure partie de la surface de l'œil est recouverte par la sclérotique.

(7) l'Amrar est le titre qui désigne le chef d'une tribu, l'Amenokal est le chef de plusieurs tribus. Ce terme est plutôt utilisé dans les hiérarchies touarègues. C'est un chef traditionnel élu par les sages à l'issue des palabres. Il est choisi selon des critères moraux et dans des familles nobles. C'est le chef de guerre, le chef suprême. Il détient l'ettebel (tambour de guerre), symbole de son pouvoir.

Notes de l'auteure :

Merci d'avoir lu ce chapitre et peut-être aussi mes notes.
J'espère qu'il vous a plu.

Au prochain chapitre, Heero et Duo reviennent, puisqu'ils rentrent du Japon, ils seront rejoint un peu plus tard par Trowa et Quatre, qui ont de bonnes nouvelles, sûrement, mais les vacances sont quand même finies et chacun va devoir reprendre son boulot et sa vie...

Les moments que j'ai prévu d'évoquer pour les derniers chapitres sont (après le prochan chapitre qui est celui des retrouvailles) l'anniversaire d'Heero (vous vous souvenez peut-être encore du pendentif acheté par Duo (?)), Noel, le Jour de l'An, et certainement un épilogue.

Voilà où nous sommes en sommes, ma fic et moi, et vous, si vous continuez à lire.

A suivre, donc, pour ceux qui le souhaitent.

Bon week end.

Lysanea.

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