Les motivations de ma dame….Qu'étaient-elles vraiment ? J'en connaissais les grandes lignes, mais j'ignorais véritablement de qui ou de quoi elle avait peur en ce monde. Qu'étaient ses projets ? Quelles étaient vraiment les mesures prises par ma dame pour assurer la protection de ce qu'elle avait de cher… ? Je n'en avais qu'une vague idée. Poursuivre ma dame au travers des époque aurait pu paraître insensé pour n'importe qui, mais c'était la seule façon pour moi de pouvoir garder la motivation nécessaire pour continuer à avancer. Ma dame, qui était la leader de Yume-Nikki, nous pria de la suivre pour nous rendre tous les trois dans un endroit qui m'était encore inconnu jusqu'alors.

Sortant de la guilde, nous prîmes un véhicule spécial duquel ma dame Laila était la conductrice. Elle nous emmena moi et Hakaze sur les routes de Satellite, nous rapprochant d'une destination dont je n'avais pas connaissance. Ne voulant pas briser l'ambiance, ni moi, ni mon frère ne prononçâmes le moindre mot à l'intention de ma dame. Nous nous contentions de regarder Hakaze, qui, de par sa présence, nous aidait du mieux qu'elle le pouvait alors qu'elle n'y gagnait rien au change. Cela nous toucha, Arata et moi, au plus profond de notre cœur commun. Elle n'avait pas la lumière d'Erika, mais les émotions qu'elle affichait étaient clairement authentiques, il suffisait de la regarder pour le comprendre. J'étais reconnaissant envers Hakaze, et je pense qu'Arata l'était aussi à ce moment puisque tout ce qu'il me renvoyait était une chaleur me prenant tout le corps.

Nous roulâmes en voiture pendant une quarantaine de minutes avant de sortir de satellite pour déboucher dans un coin de campagne. Ce coin reculé de la ville s'avérait être le quartier dans lequel devait s'être installé Soichiro Namatame quelques années plus tôt. J'y reconnus la forêt dans laquelle je m'étais rendu pour stopper Cécilia, mais aussi pour chercher les informations nécessaires afin de connaître ma dame.

Notre itinéraire ne me surprit donc plus une fois que j'avais réalisé cela. Nous nous engouffrâmes dans une petite rue isolée et calme dans laquelle s'alignaient des petites maisons pouvant sûrement accueillir des familles de trois à cinq personnes. Quelques-unes de ces maisons étaient encore en construction, mais la plupart étaient déjà bien installées. Ma dame se gara au bout de la rue, elle se retourna et nous fit signe de descendre.

Hakaze descendit, puis je fis de même. Ma camarade du jour connaissait cet endroit, elle y avait quasiment grandi. Sans nous laisser le temps de relever, ma dame prit la parole à notre intention, comme une guide de voyage l'aurait fait.

– C'est agréable n'est-ce pas ? Nous dit-elle avec enthousiasme et détachement. C'est un joli quartier qu'ils sont en train de construire. C'est en total contraste avec Satellite.

– Laïla, qu'es-tu venue faire dans ce quartier ? La questionna Hakaze qui n'avait toujours pas réalisé ce que ma dame venait faire ici. Je connais ces lieux, c'est ici qu'habitent –

– C'est ici qu'habite Shinichi Yamada. La coupa-t-elle. Autrement dit, c'est ici qu'habite mon père. Il était médecin à Domino City, mais depuis la mort de ma mère il a décidé de quitter les lieux par prévention.

– La mort de votre mère….Faites-vous mention de cette nuit où des hommes inconnus sont venus chez vous ma dame ?

– Je ne sais pas comment tu es au courant de tout ça, mais cela me facilitera la tâche Kôsei ~ En effet, suite à cet incident tragique, mon père s'est retranché sur lui-même. Nous avons d'abord voulu continuer à vivre ensemble, mais les hommes revinrent et nous échappâmes à la mort de justesse. Ainsi, pour me protéger de ceux qui en voulaient à notre quotidien paisible, il me confia à son meilleur ami qui avait une dette envers lui pour le sauvetage de sa femme. Il me confia à Soichiro Namatame en prenant le soin de me donner le nom de ma mère, et ce fut ainsi que j'intégrai la guilde Yume-Nikki. De son côté, il s'est retranché de plus en plus dans le désespoir en essayant de préserver sa propre vie le plus longtemps possible.

– Nous allons donc voir ton père ? S'étonna Hakaze face aux sombres déclarations de ma dame.

– Mon père a finalement pu refaire sa vie. Sourit notre guide. En reprenant son activité, une femme est venue le consulter, et ce fut le coup de foudre entre eux deux. Il a bien tenté de la repousser, de lui faire comprendre qu'il n'était pas possible pour quelqu'un comme elle de fréquenter quelqu'un comme lui, mais elle a tenu à cette relation et a sorti mon père de sa dépression.

– C'est une belle histoire. Répondis-je d'un ton léger. Et je suppose que votre motivation s'y trouve.

– Vois par toi-même, nous sommes arrivés ~

Nous nous arrêtâmes devant une maison, le numéro 23 de la rue. C'était une petite maison banale qui n'avait rien de plus que les autres. Hakaze connaissait cette maison. Cela se voyait à son regard.

– Les voisins sont un peu embêtants. Soupira ma dame. Ce sont des anciens duellistes professionnels qui étaient connus du temps de Domino City. Leur couple est houleux, mais si vous voulez mon avis, la femme porte totalement le pantalon dans le couple. La dernière fois que je suis venue, ils réglaient leurs comptes dans un duel et l'homme s'est fait exploser par une dame harpie…Enfin, je suppose que mon père est bien plus bizarre que ces gens.

Ma dame nous lança un sourire, puis, devant nos airs dubitatifs, s'avança vers la porte derrière laquelle se trouvait cette fameuse motivation. Elle y sonna, laissant retentir une petite mélodie classique de porte. Alors que nous attendions sur le pas de la porte, une voix aigüe nous parla depuis derrière cette fameuse porte. C'était une voix semblant appartenir à un petit garçon, même si j'avais des doutes sur l'âge de l'enfant qui parlait de la sorte.

– C'est qui ? Demanda la voix provenant de derrière.

– C'est moi. Répondit ma dame d'une voix douce. C'est Laila.

Quelques secondes passèrent sans que l'on n'obtienne une réponse. Mais alors que nous pensions que nous n'allions pas recevoir de réponse, la porte s'ouvrit brusquement et quelque chose de rapide se rua sur ma dame. Lorsque je vis ce qui s'était jeté sur elle, je me rendis compte que c'était un petit garçon aux cheveux noir corbeau et au teint mat. Il s'était jeté sur ma dame afin de l'étreindre avec tout l'amour qu'un enfant pouvait avoir en lui.

– Grande sœur tu es revenue ! Exulta l'enfant qui s'accrochait à ma dame.

– Evidemment que je suis revenue, tu le sais que je reviendrai toujours. Lui répondit paisiblement celle que l'on accompagnait. Alors Hiroki, tu as été sage ?

Le garçon ouvrit ses yeux, laissant apparaître deux grands yeux bleus qui portaient la même lumière que portaient ceux du Hiroki que l'on connaissait, et pour cause, l'enfant devant nous était cet homme plus attaché à l'espoir qu'à toute autre chose dans le présent. Hakaze eut un sursaut en le voyant, et pour cause, elle semblait intimement lié à l'homme à notre époque alors que le petit garçon en face nous ne semblait avoir que neuf ou dix ans.

– Kôsei, Hakaze, reprit ma dame en se tournant vers nous, je vous présente mon petit frère Hiroki. Hiroki, je te présente Kôsei et Hakaze, ce sont des amis de la guilde qui sont venus m'accompagner.

– Enchanté ! Sourit le petit garçon. Je suis content que grande sœur ramène des amis de la guilde !

– Enchantée aussi ~ Lui répondit Hakaze de la même intonation. Dis donc, je ne savais pas que Laila avait un aussi beau petit frère ~

Hiroki se contenta d'afficher un sourire niais en se grattant la nuque, apparemment gêné par le compliment de celle qui était pour lui une femme beaucoup plus âgée. Arata pouffa de rire à l'intérieur tandis que Hakaze, elle, regardait le petit garçon qui allait devenir bien plus pour elle avec tendresse. Je pouvais la comprendre….Puisque malgré tout, moi aussi, j'étais attendri par l'innocence se dégageant de lui.

Comme pour échapper à la pression de nos regards, le gamin alla chercher son père en nous criant de rentrer à notre tour. Nous suivîmes ma dame qui nous servit de guide, mais alors que nous pensions y retrouver l'homme, ce fut un autre petit garçon que nous croisâmes. Il semblait avoir cinq ans de moins que son grand-frère, et son teint à lui était un peu plus clair. Ses deux grands yeux verts étaient tout aussi rayonnants que ceux de l'autre garçon. Pas de doute, ce petit garçon était Reisuke. Tout comme l'autre il se jeta dans les bras de sa sœur, s'exprimant dans un langage un peu moins fluide que son aîné. Il alla chercher son père également, nous laissant seuls dans le vestibule de la maison.

– Je donnerais ma vie pour eux. Lâcha alors ma dame en plongeant son regard au-delà de ce vestibule. Je serais prête à tout si cela pouvait leur permettre de vivre heureux.

– Je te comprends Laila. Renchérit Hakaze. Je sais ce que c'est que de se battre pour quelqu'un qu'on aime. Kôsei, je suppose que tu le comprends aussi n'est-ce pas ?

– En effet. Répondis-je d'un ton glacial, gardant en moi le souvenir et la mémoire de mon grand-frère.

– Toute cette innocence…Je l'avais aussi. Reprit ma dame d'un ton détaché. Cependant….Tout cela est arrivé…Et on m'a volé mes rêves de vie paisible. Je ne veux pas que ça leur arrive. Tant que j'oeuvrerai pour le désespoir, ils vivront heureux.

– Pourquoi dois-tu répandre le désespoir pour assurer leur vie tranquille ? La questionna Hakaze. Ne peux-tu pas être tranquillement avec eux toi aussi ?

– Je donnerais tout pour en être capable. Soupira ma dame. Je donnerais tout…

Ma dame se perdit dans ses pensées l'espace de quelques secondes. Sur son visage dont l'expression était effacée commença à se dessiner une expression de tristesse, non, de regret. Je n'eus cependant pas le temps de lui demander les détails que son père, le quinquagénaire Shinichi Yamada, nous rejoignit en compagnie de sa femme. Elle semblait plus jeune que lui, dix ans plus jeune même. Cela se voyait à son visage qui était moins attaqué par le temps que celui de l'homme. Elle était une brune au teint plutôt clair aux traits plutôt fins. Ses yeux verts n'étaient pas spécialement expressifs mais étaient soulignés par un fin maquillage noir qui les faisait ressortir. Elle était plutôt banale en comparaison avec Mélissa, la mère de ma dame.

– Papa, Belle maman, je suis heureuse de vous revoir. Sourit ma dame face au couple.

– Comment te portes-tu mon enfant ? Lui répondit la brune avec chaleur. Tu as un peu maigri, tu devrais mieux te nourrir, cela t'apportera des soucis plus tard.

– Ne t'en fais pas, je me nourris correctement. Le leadership de Yume me prend cependant pas mal d'énergie.

– Ca c'est ma fille hahahaha ! Renchérit le père. Une fille d'action comme son père !

– Il fume toujours autant ? Reprit la fille, ignorant le père.

– Toujours. Je lui ai dit qu'il n'était pas crédible en tant que médecin mais il ne m'écoute pas.

– Eh, c'est mon procès ou quoi !? Râla l'homme. Vous êtes agaçantes ! D'ailleurs, tu as ramené des contacts Laila ?

– Excusez notre impolitesse. M'inclinai-je devant l'homme. Je suis Shuuei Masumi et voici ma camarade Hayase Shirayuki. Nous sommes la garde personnelle de Dame Laila.

– Enchantée. S'inclina Hakaze.

– Papa, je voudrais que l'on parle sérieusement. Il ne faut pas que les garçons entendent.

– Bien. Reprit-il avec sérieux. Suis-moi.

L'homme demanda à sa femme de s'occuper de ses deux fils, ce qu'elle accepta avec le sourire. Nous montâmes ensuite tous les quatre à l'étage jusqu'à arriver dans le grenier de la maison. A notre grande surprise, l'endroit était propre et aménagé, comme s'il servait de repère pour parler lorsque ces choses n'avaient pas à être entendues. Shinichi nous invita à nous asseoir, nous obéîmes à sa sollicitation. Une fois tous installés, je laissai ma dame prendre la parole à l'intention de son père.

– Yuki est charmante Papa. Maman serait fière de voir que tu as réussi à tourner la page.

– Tu sais très bien qu'il est impossible pour moi de tourner la page. Cela ne sera jamais possible tant que vous serez tous dans cette situation. Autant les garçons que toi.

– Excusez-moi, l'interpella Hakaze. Je voudrais juste savoir une chose….Quelle est « cette situation » à laquelle vous faites mention ?

– Hakaze évite d'être intrusive. Lançai-je, glacial.

– Ce n'est rien. Me rassura l'homme. Si Laila vous a amené ici, c'est qu'elle comptait parler de cela devant vous. Avant de vous raconter la situation dans laquelle nous sommes ma famille et moi, je dois remonter des millénaires en arrière. C'était au temps de l'ancienne Egypte. Tandis que l'empire Egyptien prospérait grâce aux objets du millénium, une autre menace était en train de prendre pied, loin du croissant fertile. C'est en Australie que se déroule notre histoire, pas si loin de là où nous sommes aujourd'hui lorsque l'on y regarde de plus près.

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Un homme est arrivé de nulle part. Personne ne l'avait remarqué lorsqu'il était enfant, ni lorsqu'il était jeune homme. Cet homme était déjà un adulte accompli, et avait déjà dans son esprit une mission qui allait à jamais changer le destin du pays dans lequel il était. En effet, son seul et unique but était de prendre le pouvoir. Il avait mûri avec cet objectif, et il le fit vite savoir puisqu'il s'avança comme le prochain leader du pays. Comme seule et unique arme, il utilisait un sentiment assez abstrait et insaisissable : le désespoir. Ce désespoir qu'il était le seul à ressentir de manière aussi pure selon lui, il en avait créé tout un monde. Des terres arides et sinistres sur lesquelles on ne pouvait sentir aucune forme de vie, de bonheur ou de malheur, mais que de l'indifférence.

– Comment avait-il réussi à créer ce monde ? Demandai-je froidement à l'homme racontant l'histoire.

– Il n'avait pas créé ce monde à proprement parler. Reprit l'homme. Mais comme il était le seul capable de faire passer les hommes dans l'autre monde, on pensa qu'il en était le créateur. Avec ce pouvoir, il rassembla les personnes qui trouvaient que la vie était injuste envers eux. Toutes ces personnes aux sentiments négatifs avaient un point commun : leurs sentiments menaient à l'aboutissement ultime du désespoir. Et leurs souffrances, leur désarroi, devenait nul lorsqu'ils pénétraient ce monde d'ombre et de désolation.

– Comment des hommes et femmes ont-ils pu aimer un tel monde…. ? Soupira Hakaze qui semblait déjà avoir expérimenté l'indifférence que j'aimais tant en ce monde.

– Il existe des peines bien plus difficiles à supporter qu'un monde fait d'indifférence et d'obscurité. Répondis-je glacialement, même si Arata essayait de me faire dire le contraire.

– Tout est une question de point de vue j'imagine. Répondit le père de ma dame avec mélancolie. Quoiqu'il en soit, il commença d'abord par rassembler des gens, puis il monta en puissance jusqu'à devenir une présence politique influente. Connu sous le nom de Zetsubô, il soumettait de plus en plus de personnes par la force de ce sentiment de désespoir qui n'avait selon lui aucune limite. Et lorsqu'il fut enfin au pouvoir, il déclara le chaos total en coupant les vivres à son peuple.

Le pays s'embrasa en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire. Les forts détruisirent les faibles tandis que les faibles détruisirent les encore plus faible. Les vices cachés de chacun ressortirent et étaient au service total du désespoir. Ce sentiment qui résultait d'autres ressentis négatifs était une arme de contrôle de masse qui permettait de faire faire n'importe quoi à l'individu, souvent même sans que l'individu en question ne sache vraiment ce qu'il fasse. Et c'est avec ce chaos total qu'il établit une dictature. Les hommes du pays devinrent des troupes tandis que les femmes devinrent des mères productrices de soldats, et tous ensemble réunis sous la bannière de la folie, du désespoir, ils s'en remirent à Zetsubô.

Au final, son royaume dura pendant une décennie. 10 ans se sont passés sans que personne ne s'oppose à Zetsubô qui avait gagné l'Océanie d'aujourd'hui ainsi qu'une grosse partie de l'empire asiatique. L'Inde, le Japon ainsi que la Chine d'aujourd'hui étaient sous son emprise totale tandis que ceux qui formaient la Russie telle que vous la connaissez étaient les seuls résistants à l'emprise de Zetsubô. Cependant, alors que tout l'empire oriental allait bientôt être le témoin de la plus grande guerre de l'époque, un mouvement de résistance s'éleva dans l'Australie d'aujourd'hui, siège du royaume de Zetsubô.

Ils étaient des personnes refusant l'asservissement total que Zetsubô exerçait sur la population. Ils avaient décidé de combattre la force principale de Zetsubô à tout prix et donc de vaincre le désespoir qui était son moteur principal de puissance. Ainsi, ils se mirent en recherche d'un moyen de briser l'emprise et ils le trouvèrent par le biais du sentiment opposé au désespoir : l'espoir.

Jusqu'alors, personne n'avait pensé à en faire une arme, mais tout comme Zetsubô s'était servi du sombre ressenti, ses opposants allaient matérialiser le sentiment d'espoir en une arme tangible capable de renverser le pouvoir de Zetsubô.

Les quelques personnes devinrent ainsi cinquante, puis cent, puis deux cent et une hiérarchie s'installa au sein de leur groupe. Ils se donnèrent un nom : La fondation du futur. Armés par l'espoir, ils agirent en tant qu'organisation marginale qui allait renverser le pouvoir en cours. Ils contaminèrent des tas et des tas de personnes avec le sentiment d'espoir, tout comme Zetsubô l'avait fait avec son désespoir, et au final une guerre idéologique démarra. Quiconque croyait en l'espoir se battait pour récupérer la terre, quiconque croyait en le désespoir se battait pour la destruction.

Le combat fit rage et des pertes humaines considérables s'établirent dans les deux camps. Il s'étendit à tous les royaumes conquis par Zetsubô, l'Inde, la Chine, le Japon, mais aussi la Russie fraîchement conquise, tous virent des mouvements résistants naître afin de combattre ce que l'on appelait la tragédie….Et alors que les cadavres s'amoncelaient, le conflit fit parler de lui dans le monde entier, et bien au-delà puisque le monde des esprits du duel de monstre avait lui aussi posé son œil sur cette guerre entre les deux camps. Le juge du sanctuaire céleste de l'époque était frustré car la haine provenant de l'affrontement perturbait l'équilibre stellaire du monde des esprits, recouvrant le ciel de ce monde par un voile de sang. Ainsi , pour faire cesser ce conflit, il chargea le gardien des étoiles de faire cesser ce conflit.

Le dragon gardien des étoiles descendit du monde des esprits du duel de monstre afin d'utiliser son pouvoir, mais afin de pouvoir le faire, il devait s'allier avec un humain afin de pouvoir matérialiser sa force dans le monde réel. Ainsi, il choisit la personne qui possédait le plus d'espoir et le plus de détermination, et s'alliant avec elle, il donna naissance à la lignée chargée de garder la porte des étoiles. Cette personne, une femme guerrière qui combattait dans l'espoir de protéger ses enfants, devint la partenaire du gardien des étoiles et affronta Zetsubô en puisant dans la force du dragon. Elle affronta Zetsubô dans un face à face sanglant qui allait se solder vers sa victoire certaine, cependant, lorsque Zetsubô fut à terre, il lui rappela la cruelle vérité.

– Une cruelle vérité ? M'étonnai-je. Qu'est-elle donc ?

– Si Zetsubô était la passerelle entre le monde du désespoir et le monde réel, sa mort condamnerait toutes les personnes étant prisonnières de ce monde à rester dans le tourment jusqu'à mourir eux-mêmes. Cela empêcha la femme de finir sa mission puisqu'elle allait commettre un génocide si elle le faisait, et cela n'allait que jeter de l'huile sur le feu, exactement ce que voulait Zetsubô qui avait même envisagé sa propre mort. La leader du mouvement de l'espoir prit alors une alternative. Par le pouvoir du gardien des étoiles elle enferma Zetsubô dans une prison temporelle se trouvant entre le monde réel et le monde des esprits, et suite à cela, peu à peu, l'influence qu'il avait sur le monde s'estompa. Il fallut un an pour qu'elle ne disparaisse complètement et que la partie conquise par le despote ne revienne aux mains de la fondation du futur qui devint une organisation assurant la prospérité du royaume d'Océanie dans l'envers du décor. Quant aux personnes prisonnières du monde de Zetsubô, la plupart purent s'en échapper grâce aux recherches de la fondation du futur tandis que les plus âgés d'entre eux moururent de vieillesse dans ce monde de tourments.

– C'est horrible….S'horrifia Hakaze face au cruel récit du père.

– En effet. Reprit-il avec compassion. Ce conflit a été l'un des plus cruels de l'histoire, mais il fut aussi celui dont on ne parla dans aucun manuel. Tout a été camouflé au maximum par la fondation du futur. Tout, à une exception près. Zetsubô avait engendré une descendance, et avec cette descendance le pouvoir du désespoir avait perduré. Ainsi, quelques générations plus tard, des descendants de l'homme tentèrent de continuer son œuvre, mais ils n'avaient pas la persuasion ni la noirceur d'âme assez profonde pour le faire. Ainsi, les générations suivantes arrivèrent à une conclusion : délivrer Zetsubô était la seule façon de ramener son empire à la vie. Zetsubô lui-même avait laissé des instructions pour le ramener de la prison temporelle. Il avait d'une façon ou d'une autre parvenu à contacter sa descendance afin de leur demander les clés : Construire un bâtiment similaire à la prison temporelle et amener un descendant de la famille dont l'énergie spirituelle était assez puissante pour briser les barrières entre les deux mondes. Ainsi, ses futures générations commencèrent à bâtir l'équivalent de la prison temporelle, mais ils furent surpris par la fondation du futur qui les stoppa, n'hésitant cette fois pas à tuer les membres de la famille du despote.

L'homme s'arrêta quelques secondes, se levant de table pour aller boire une gorgée d'eau. Lorsqu'il revint à nous, il afficha un sourire gêné devant nos visages.

– Désolé c'est une très longue histoire hahaha ! Ne vous inquiétez pas, nous entrons dans la dernière partie. Face à la détermination de la famille de Zetsubô à vouloir rétablir l'empire de ce dernier, la fondation du futur a gardé l'œil sur eux de générations en générations, tuant toute personne portant le nom de famille de Zetsubô : Les membres de la famille Yamada. Notre famille. Nous sommes les descendants directs de Zetsubô.

– Je vois. Repris-je, intéressé par le changement de scénario. Vous êtes donc les personnes capables de ramener Zetsubô à la vie.

– En effet. Reprit ma dame, soulageant son père de la fin du récit. Seulement, contrairement à nos ancêtres nous n'avons aucune intention d'amener de nouveau un terrain de désolation sur ce monde. D'ailleurs, la fondation du futur nous avait lâché il y a des siècles lorsque notre connexion directe avec Zetsubô s'est estompée au fil des générations, cependant, il y a un siècle de cela, le secret de famille qu'est Katsuo Yamada, le despote, donna des idées à l'un des nôtres qui tenta d'ouvrir la prison de Zetsubô de lui-même. La fondation du futur qui gardait malgré tout un œil lointain sur nous fut immédiatement avertie et reprit son attaque contre les nôtres, assumant en conséquence que tout parent même éloigné de Zetsubô portait le sang du désespoir en lui et était une menace pour le monde. Ainsi, notre famille est condamnée à se faire détruire par la fondation du futur.

– Je comprends mieux tes motivations Laila…. Déclara Hakaze avec tristesse. Vous subissez les erreurs de vos générations précédentes alors que vous n'avez aucune intention de nuire…C'est cruel….

– Ce n'est pas que notre propre bonheur qui est en cause. Reprit ma dame. Ma mère qui ne portait pas le sang des Yamadas a été foudroyée par la fondation du futur parce qu'elle avait donné naissance à l'un d'eux. Toute personne qui s'implique trop dans les affaires de notre famille et surtout qui la prolonge devient une cible pour la fondation du futur. Etant les derniers survivants de ce génocide, le nombre de leurs cibles s'élève ainsi à 5 : Mon père, moi, Yuki, et les deux garçons.

– Yuki est-elle au courant de cela ? Demandai-je toujours sans afficher mes émotions.

– Elle l'est évidemment. Me confirma le père. J'ai bien tenté de lui dire qu'elle était condamnée si elle s'impliquait dans ma vie…Mais elle a dit qu'elle ne pouvait faire autrement, qu'elle sentait qu'elle y était destinée…Et j'ai fini par céder.

– Mais maintenant, reprit ma dame avec sérieux, nous avons bien plus à protéger que nos deux seules vies, mon père et moi. J'ai donc décidé d'agir de mon côté. Si nous n'avons pas le pouvoir de rétablir une catastrophe similaire à celle de Zetsubô, tant mieux, ce n'est pas ce que nous voulons. Par contre, je ne laisserai pas cette fondation du futur prendre la vie de gamins qui n'ont rien demandé et qui sont uniquement le fruit de l'amour de mon père et de sa femme. J'ai donc embrassé le pouvoir de notre famille dans le seul but de détruire la fondation du futur une bonne fois pour toutes et en finir avec cette malédiction !

Les mots de ma dame étaient lâchés. Nous connaissions désormais les véritables raisons de son combat, Arata et moi. Nous comprenions désormais pourquoi elle avait bâti cette équipe sur les pierres du désespoir, pourquoi elle avait été aussi loin en utilisant la peine de tout le monde. Elle utilisait le pourquoi sa famille était condamnée à la souffrance pour la sauver de cette épée de Damoclès. Elle utilisait notre souffrance dans le futur pour en finir avec la sienne. Je ne pouvais pas blâmer ma dame. Je la comprenais à vrai dire, j'aurais fait pareil si cela avait été un moyen de ramener Arata avec moi. Mais à ma grande surprise, alors que j'allais me joindre à sa cause, elle se tourna face à moi, me regardant d'un air compatissant.

– Kôsei, reprit-elle avec empathie. Je suis désolée de t'annoncer que tout cela est un combat personnel alors que j'ai sûrement utilisé ta peine pour pouvoir bénéficier de ton soutien….Et je suis complètement coupable.

– Ce que ma fille ne te dit pas, reprit le père avec le sourire, c'est qu'après avoir détruit la fondation du futur, elle compte vouer le restant de sa vie à permettre aux personnes l'ayant aidée de résoudre les problèmes personnels auxquels ils font face. Elle est trop fière pour le dire cependant hahaha !

– Je…Je n'ai jamais dit ça clairement….Rougit ma dame face aux dires de l'homme. Arrête de transformer mes nuances de gris en noir ou en blanc…Ca m'insupporte….

– Je le sais que vous aiderez les personnes vous suivant dans votre quête, dame Laila. Depuis notre rencontre, j'ai toujours cru en vous, je vous ai toujours aimée pour votre bonté d'âme, et vos antécédents ne changeront pas celle que vous êtes à mes yeux.

Regardant ma dame naturellement, je ne réalisai pas la portée que mes mots avaient eu sur elle…Du moins pas tout de suite, puisqu'il ne fallut que quelques secondes pour que l'expression sérieuse de celle envers qui j'étais reconnaissant se décompose pour ne laisser qu'une jeune fille bouche bée, affichant une expression déconcertée face à mes paroles. Mais elle n'était pas la seule puisque son père et la fille qui m'accompagnait semblaient tout aussi choqués par mon attitude. Je ne comprenais pas vraiment ce qui les choquait, mais ce fut lorsque je remarquai mon reflet dans le miroir de l'armoire de la pièce que je compris. En effet, mon visage était assez inhabituel. Je ne savais pas si c'était le reflet de mon âme , ou de celle d'Arata, mais c'était un sourire sincère qui était affiché sur mon visage. Ce que je pensais être mon expression naturelle était en fait mon visage marqué d'une profonde chaleur, ce qui me surprit moi-même. Quand avais-je trouvé l'énergie nécessaire pour afficher une telle expression ?

L'homme avait terminé son histoire. Il nous laissa avec ma dame, mais alors qu'il partit, Hakaze le suivit, laissant sûrement bon de me laisser un moment d'intimité avec ma dame. A peine furent-ils partis que ma dame s'approcha de moi. Elle passa sa main derrière ma tête et approcha ma tête de son corps jusqu'à la poser contre elle. M'étreignant ainsi comme une sœur aurait étreint son frère, elle reprit la parole tandis que moi et mon propre frère étaient subjugués par son attitude soudaine.

– Merci pour tes mots, Kôsei. Me dit-elle avec amour. En te voyant me soutenir envers et contre tout, je me dis que j'ai fait les choix justes et que j'ai réussi à entretenir les nuances de gris de mon âme plutôt que de laisser le blanc ou le noir prendre le dessus sur mes objectifs. Je ne suis devenue ni une pacifiste, ni une sorcière, et cela me rassure…

– Vous êtes restée la même, dame Laila. Mon frère et moi savions pertinemment qu'au fond de vous se cachait bien plus qu'une femme obscure.

– Alors la Laila du futur doit vraiment être agaçante ~ Tu sais Kôsei, je vais te révéler quelque chose que tu ne devras jamais dire à autrui. Au fond de moi, j'ai peur. J'ai peur d'échouer et des conséquences de mes échecs. Ma vie n'a plus d'importance, mais celle de mes frères n'a pas le droit d'être détruite par les erreurs de ma famille…Je ne veux plus revivre ce que j'ai vécu lorsque ma mère s'est faite tuer alors qu'elle n'avait rien demandé à personne. Dis-moi Kôsei, toi qui lutte à mes côtés, as-tu peur parfois ?

– Evidemment que j'ai peur. Répondis-je. J'ai toujours peur de ne pas être à la hauteur pour protéger ce qui m'est cher, comme je n'ai pas pu le faire il y a cinq ans. Mon meilleur ami – que dis-je mon frère – s'est donné la mort sans que je ne puisse faire quoi que ce soit. Ce sentiment d'impuissance, ce visage gravé dans mon esprit…Si je le pouvais, je voudrais empêcher le monde entier de vivre ça…Mais à défaut de pouvoir le faire, je veux vous soutenir pour vous aider à briser votre malédiction. Je serai toujours à vos côtés, dame Laila.

Mes actions, mes sentiments, tout devenait imprévisible lorsqu'il s'agissait des personnes que j'aime. Je ne pouvais pas dire si c'était moi ou mon frère qui prit l'initiative de cette action, mais je ne me rendis compte que trop tard de ce que je faisais pour faire machine arrière. Je venais de braver tous les interdits, je venais de laisser parler mes désirs les plus enfouis et j'avais franchi des barrières pour atterrir dans des contrées d'où l'on ne pouvait revenir. Je venais de poser mes lèvres sur celles de ma dame qui avait mon âge à cette époque, ne me souciant guère des conséquences de mes actes. Elle me résista en premier lieu, avant de finir par accepter mon acte et y participer sans se retenir, à ma grande surprise. Je ne contrôlais plus mes mains qui passèrent d'elles-mêmes dans la chevelure de ma dame tandis que les siennes firent de même avec moi, et ensemble nous partageâmes un baiser brûlant de désir.

Mes lèvres se détachèrent de celles de Laila tandis que mes bras perdirent leurs forces. Je reculai mon visage de celui de ma dame qui me regardait avec tendresse, acceptant totalement l'instant que l'on venait de partager. Masquant la gêne qui me rattrapait, je repris la parole en détournant les yeux.

– Je sauverai votre famille dans le futur, je vous le promets. Dis-je en partant de la pièce à mon tour.