Chapitre 34 - Trois générations, deux groupes, une famille
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Nathan regarde attentivement autour de lui.
- Je crois qu'on est perdu, dit-il.
Will fait lui aussi un tour d'horizon.
- On n'est pas perdu, le contredit-il, c'est juste qu'on ne sait pas où on est.
- Je vois pas trop la différence.
- Moi non plus, avoue Ally, mais je sais où on est.
- Vrai ?
- Oui, on est quelque part entre le bâtiment très très grand et celui tout petit, en face d'un café.
- C'est bien ce que je disais, on est perdu, déplore Nat.
- Oui, mais au moins on a le ventre plein !
- Willy, soupire-t-il.
- Quoi ? C'est vrai ! Ça a rattrapé notre petit dej plutôt moyen dans la cabane.
- Le repas de midi n'est pas celui du matin, rappelle sa sœur. Tu ne peux pas comparer des gâteaux et une pizza.
- Une pizza excellente !
- Et là je comprends pourquoi Abby se désespère parfois de Papa.
Elle secoue la tête de dépit tout en le gratifiant d'un sourire.
- Puisqu'on ne sait pas où on est, on prend un taxi ? propose Nat.
- Ça me va, répond son frère. Lily ?
- Aussi.
- Alors on fait comme ça.
- Hep, taxi ! appelle aussitôt Will en s'approchant du bord de la route.
Nathan se rapproche de sa sœur.
- Moi aussi je comprends Abby, dit-il en regardant son frère se démener pour attirer l'attention d'un véhicule jaune.
- Et ?
- T'as raison, désespérant.
- Vous venez ou vous campez là ? demande Will à côté du taxi qu'il vient d'arrêter.
Ally et Nathan se concertent.
- Irrécupérable, déclarent-ils de concert avant de le rejoindre le sourire aux lèvres.
oOo
Tony se laisse tomber sur le banc contre la maison. Ses yeux s'égarent sur la cour impeccable, la grille, les jardinières disposées avec harmonie dont les plantes, régulièrement arrosées, présentent des feuilles d'un vert éclatant. Tout respire le calme ici. Cela donne une drôle de sensation quand on est soi-même sans dessus dessous.
Gibbs s'installe à ses côtés, en silence comme toujours. Ça tombe bien, il n'est pas d'humeur à parler. La confrontation houleuse avec les Jorensen lui est restée en travers de la gorge.
- On va les retrouver, annonce Jethro.
Tony retient un soupire. Pour une fois, il aurait vraiment aimé que son patron se taise. Et dire que d'habitude il essaye par tous les moyens d'obtenir quelques mots de sa part.
- Arrête de ruminer, continue celui-ci, ça ne sert à rien.
- Tu veux que je fasse quoi ? rétorque-t-il.
- Te calmer d'abord.
Ben voyons, comme si c'était si facile.
- DiNozzo, ne m'oblige pas à te frapper.
Ravalant une remarque acerbe, il s'exécute. Il ferme les yeux et inspire calmement. Il se concentre sur sa respiration, inspirer, expirer. Rapidement les battements anarchiques de son cœur se calment.
- Bien, commente Jethro.
Il se tourne vers lui. Il ne dit rien, mais le « Et maintenant ? » se lit aisément sur son visage.
- Ils vont téléphoner si ils veulent connaître leur décision. Il faut être patient.
Il reporte son attention vers la grille. Patienter alors que ses enfants peuvent être n'importe où et dans n'importe quelle situation ? Il en a de bonne !
- Il ne va rien leur arriver Tony, assure l'ancien marine comme si il lisait ses pensées.
- Qu'est-ce-que tu en sais ?
- Ce sont des DiNozzo, répond-il sur le ton de l'évidence.
Tony reste silencieux. Jethro continue.
- Des DiNozzo miniatures, je te l'accorde, mais des DiNozzo quand même et pas des moitiés. On peut dire que tu ne les as pas ratés !
- Ils t'ont fait craquer on dirait.
- Tu t'attendais à ce que ça ne soit pas le cas ?
- Non.
Un ange passe.
- C'était la photo de Maya dans l'entrée, n'est-ce-pas ?
Tony affiche un pâle sourire avant de répondre.
- Oui.
-Tu l'aimais ?
- Oui, mais pas dans le sens amoureux.
- Je comprends.
- J'ai des doutes.
- Disons que je vois ce que tu veux dire. Parle-moi d'elle.
- Qu'est-ce-que tu veux savoir ?
- Comment elle était, ses goûts, ses envies...
- Physiquement, tu l'as vue sur la photo. Niveau caractère, elle ressemblait à Ally et Nat. Elle pouvait rester des heures sans parler, simplement à écouter les autres, ou alors devenir encore plus bavarde qu'Abby. Elle était adepte du système D. Elle adorait bricoler et était très douée de ses mains. Elle disait qu'il fallait vivre comme si chaque jour était le dernier, mais préparer l'avenir comme si on allait vivre éternellement. Elle adorait les couleurs, la natation et trouvait que même si le monde allait mal, la Terre était une planète magnifique. Elle aurait aimé passer sa vie à la parcourir. Avec l'arrivée des enfants, elle a décrétée qu'on attendrait qu'ils grandissent un peu avant de partir tous ensemble pour le faire ce tour du monde. Et...
- Et ? l'encourage Gibbs.
- Elle était la seule personne au monde à m'appeler AJ, sourit Tony.
- AJ ?
- Anthony Junior Gibbs, je te rappelle que c'est mon prénom complet. Il n'y a jamais eu que mes parents pour m'appeler Junior et Ducky pour Anthony. Je préfère Tony, mais Maya adorait dire AJ. Et moi j'adorais l'appeler Maya. On avait ça en comment des prénoms composés et on les avait en horreur.
- Mon père est le seul à m'appeler Leroy, se contente de répondre son compagnon.
- Et LJ, ça t'es jamais arrivé ?
- Ma mère une ou deux fois.
- Sinon c'est Gibbs ou Jethro, hein !
- Ouais.
- Et Shannon ?
- Gibbs. C'est comme ça qu'elle a décidé de m'appeler à notre première rencontre.
- Jamais Jethro ?
- Quelques fois.
- Jet ?
- Personne.
- Ça risque de changer.
Gibbs le regarde sans comprendre. Tony lui fait un grand sourire.
- Ally a opté pour Papy, dit-il, Will a choisi Gibbs, Nathan a opté pour les deux et ils ont décrété qu'il leur fallait une appellation en commun qui ne soit pas déjà prise. Ils ont choisi Jet.
- Trois Tony, tu ne pouvais pas faire moins, grogne-t-il.
- Ça aurait été beaucoup moins drôle, avoue-le.
Gibbs lève les yeux au ciel.
oOo
Les Tripl's ont quitté leur taxi depuis cinq minutes déjà. Ils avancent sur le trottoir dans un des quartiers chic de la ville. Les imposants buildings du centre ville ont laissé la place à de grandes maisons bourgeoises d'un tout autre style que celle où ils ont vécu jusqu'à présent.
- J'espère qu'il pourra nous aider, déclare Ally alors qu'ils s'arrêtent devant l'une d'elle.
- Moi c'est plutôt qu'il nous apprécie, dit Will.
- Faut déjà qu'il soit là, expose Nat.
- Il l'est, assure son frère, j'ai vérifié quand on était chez Gibbs. Venez, on y va.
Il les entraîne jusqu'à l'entrée. Il n'y a pas de sonnette, Will se charge de taper à la porte. Il réitère son geste plusieurs fois avec force pour être certain qu'on l'entende. Enfin, la poignée tourne. Ils lèvent la tête quand le propriétaire apparaît dans l'encadrement.
- Bonjour, dit-il avec un sourire malgré sa surprise de les découvrir.
- Bonjour, répond Ally.
- Je peux vous aider ? demande l'homme au costume impeccable qui leur fait face.
- Oui, répond Will. On peut entrer ? C'est vraiment important !
Le garçon devant lui ne manque pas de toupet juge l'homme. Il aimerait cependant bien comprendre qui sont les trois enfants qui lui font face et ce qu'il peut faire pour eux. Ils comprennent son interrogation et Nathan se charge des explications.
- Moi c'est Nathan, et voici Will et Ally, présente-t-il. On est là à cause de notre père. Il faut qu'il récupère notre garde !
- Mais je ne suis pas juge enfin !
- Non, vous êtes son père à lui. Et nous, on est vos petits-enfants.
