Bonjour

Voici le chapitre 37 en temps et presque en heure.

Dean doit affronter l'absence de Castiel. Heureusement Sam est là.

Merci pour votre fidélité et vos messages

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Let her go de The Lumineers

Chapitre 37 : Solitude

« La solitude est une sorte de tare : elle a un subtil parfum de tristesse, quelque chose qui n'attire, ni n'intéresse personne, et on en a un peu honte »

Charlie Chaplin

Après avoir rejoint le bureau d'Henriksen sans rencontrer le moindre garde sur son passage, Dean demanda à ce que Benny vienne le chercher au plus vite. Il resta avec le directeur jusqu'à l'arrivée de son coéquipier. Il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer. Ce que Castiel avait fait pour lui. Les risques qu'il avait acceptés de prendre pour lui sauver la vie.

Car c'était bel et bien ce que le criminel – le monstre comme Benny le surnommait – avait fait pour lui. Un agent du FBI venu le tromper et dont la seule mission était de le séduire pour ensuite le faire chuter. Il aurait eu toutes les raisons d'être en colère et de vouloir se venger. Il aurait dû laisser Gabriel le frapper puis lui ordonner de le tuer. Il avait toutes les raisons de le haïr. Mais il lui avait pourtant sauvé la vie.

Quand Dean l'avait vu entré dans la pièce et rejoindre Gabriel, il avait cru que sa dernière heure avait sonné. Il était convaincu que Castiel allait lui dire tout le mal qu'il lui avait fait puis lui expliquer qu'il n'avait d'autre choix que de le tuer. Il n'avait alors eu plus qu'une seule chose en tête. La sécurité de ses proches. Les menaces de Gabriel l'avaient terrifié. Il se fichait de mourir. Il avait accepté ce risque en rejoignant le FBI et en étant volontaire pour cette mission. Mais ses proches … sa famille n'avait rien à voir dans tout ça. Ils n'étaient coupables de rien. Ils ne méritaient pas de mourir. Dean s'était senti coupable de les avoir trainés dans cette histoire. D'avoir fait peser une menace sur eux qu'ils n'auraient jamais eu à affronter s'il ne s'était pas entêté sur cette mission.

Il avait alors tenté de plaider sa cause. Castiel ne semblait pas réceptif à ses supplications. Il semblait déterminé à lui faire du mal. Et il le connaissait suffisamment pour savoir que tuer sa famille était le meilleur moyen de le détruire entièrement.

Il avait alors changé d'angle d'attaque. Il avait cherché à se montrer totalement honnête. Il l'avait fait en désespoir de cause. Il avait expliqué à Castiel comment il avait cru pendant un temps qu'il était le monstre que le FBI lui avait décrit avant de réaliser qu'il existait un autre Castiel. Avant de tomber amoureux de cette autre personnalité. Il n'avait rien caché. Il n'avait retenu aucune information. Si cela ne changeait rien, il aurait au moins la satisfaction d'avoir essayé. Et d'avoir vidé son sac une bonne fois pour toute. Un peu comme une dernière confession qu'un condamné à mort fait pour soulager sa conscience.

Castiel l'avait écouté sans avoir eu l'air de le croire. Puis il avait donné l'ordre à Gabriel de le tuer. Pendant une courte seconde, Dean avait vu sa vie défiler devant ses yeux. Il avait vu le visage souriant de Sam à sa remise de diplômes, la fierté dans le regard de son père quand il lui avait annoncé son entrée au FBI et la joie de Bobby quand ils échangeaient des balles sur le terrain non loin de sa maison.

Il avait réellement cru qu'il allait mourir. Puis tout s'était accéléré et Dean avait regardé Carlos entrer dans la pièce et assommer Gebriel. Il avait entendu Castiel lui dire qu'il était libre. Il s'était alors demandé s'il n'était pas mort sans s'en rendre compte et si tout ceci n'était pas une hallucination. Il n'avait pas pu réagir immédiatement. Castiel avait dû le faire se lever et répéter qu'il pouvait partir avant que Dean ne le croie pour de bon.

Il aurait pu alors prendre la fuite immédiatement et sans se retourner. Castiel lui offrait une chance unique et il était dans l'obligation de la saisir. Mais il avait eu besoin de comprendre pourquoi. Il avait besoin de savoir ce qui avait motivé l'homme qu'il avait trahi à lui sauver la vie une nouvelle fois.

Ils avaient parlé et s'étaient avoués leurs sentiments une nouvelle fois. Ils avaient échangé des baisers d'adieux comme on en voit que dans les films. Dean avait supplié Castiel d'accepter le marché mais s'était heurté à un refus. Il lui avait alors avoué qu'il allait lui manquer et qu'il était prêt à l'attendre. Puis il était parti.

Il ne se souvenait pas du chemin jusqu'au bureau d'Henriksen. Il ne se souvenait même pas réellement de ce qu'il lui avait dit. Les hématomes et la plaie sur son visage avaient semblé parler d'eux même. Henriksen l'avait fait s'asseoir pendant qu'il appelait Benny. Dean n'entendait rien d'autre que les battements de son cœur dans sa poitrine. Il était probablement en état de choc.

Tout s'accéléra quand Benny arriva finalement. Il était accompagné de deux autres agents et avait apporté le mandat du juge avec lui. Dean leur expliqua qu'il avait réussi à prendre la fuite après avoir été attaqué par Gabriel. Il garda l'implication de Castiel pour lui. Il en ferait mention plus tard. Il refusait de le faire devant deux agents qu'il connaissait à peine.

On lui couvrit les épaules avec une veste et on le félicita longuement pour sa réussite. Dean ne répondit rien. Il ne pouvait que penser à Castiel qui devait être allongé inconscient au sous-sol. La seule chose qui occupait son esprit était le fait qu'un homme qu'on s'apprêtait à condamner à perpétuité lui avait sauvé la vie. Qu'il l'avait fait par amour uniquement.

Ce ne fut que lorsqu'il franchit les portes de la prison et retrouva le monde extérieur qu'il sortit enfin de sa torpeur. Il regarda longuement autour de lui, épaté par la beauté du monde qui l'entourait. A force de vivre entre quatre murs gris et de ne sortir qu'une petite heure par jour, il avait fini par oublier combien le simple fait de pouvoir respirer l'air frais et regarder le mouvement du vent dans les branches des arbres étaient magique. Castiel n'aurait sans doute plus jamais l'occasion de l'observer. Et tout était de la faute de Dean.

Il se laissa guider jusqu'à la voiture de Benny et s'assit sans broncher à l'arrière du véhicule. On lui posait des questions mais il n'était pas capable de répondre pour le moment. Heureusement pour lui, son coéquipier semblait en avoir conscience puisqu'il demanda à ce qu'on le laisse un peu tranquille. Il allait être conduit à l'hôpital pour qu'on traite ses blessures puis au FBI afin de faire sa déposition. Dean ne savait pas encore ce qu'il allait leur dire. Pour le moment, il était incapable de réfléchir. Incapable de penser calmement. Il revoyait sans cesse le visage de Castiel juste avant son départ. Les mots échangés et qui l'avaient entièrement bouleversé résonnaient toujours à ses oreilles. Il allait avoir besoin de temps pour être capable de fonctionner correctement à nouveau. Il espérait qu'on serait suffisamment patient pour le lui accorder.

Le médecin l'examina rapidement. On recousit sa blessure à la joue puis on lui prescrivit des antidouleurs et une crème pour les bleus sur son visage. Il passa une radio et un scanner pour s'assurer qu'il n'avait pas d'hémorragie cérébrale. Durant chacun de ces examens, il resta parfaitement silencieux. Personne n'exigea de lui qu'il parle. Benny resta avec lui jusqu'à la fin.

Le médecin finit par le relâcher deux heures plus tard. Dean avait envie de rentrer chez lui pour se glisser sous sa couette et dormir. Il avait toutefois encore plusieurs choses à faire. Benny aurait aimé lui épargner la visite au FBI mais il avait des ordres et pas d'autre choix que de le suivre. Dean ne protesta pas. Il savait que son coéquipier était de son côté et c'était en fin de compte la seule chose qui avait de l'importance à ses yeux.

Ce fut Rufus qui l'accueillit en personne. Dean pouvait sentir le regard de ses collègues sur lui quand il entra dans le bâtiment. Il y avait une certaine admiration chez la plupart d'entre eux. Dean aurait aimé leur dire qu'ils se trompaient. Il avait effectivement fait son devoir. Mais il n'en tirait aucune fierté. Bien au contraire. Il se détestait d'avoir fait tomber l'homme qu'il aimait et qui lui avait sauvé la vie.

Jo le prit dans ses bras et le serra contre elle durant de longues minutes en lui répétant qu'elle le détestait de lui avait fait subir tout ça et qu'il lui avait atrocement manqué. Dean enfouit son visage dans son cou et retira un maximum d'énergie de leur étreinte. Jo était comme sa petite sœur. Il l'aimait de tout son cœur. Il le lui fit savoir sans réellement se souvenir des mots qu'il employa pour faire passer le message.

Benny l'informa ensuite qu'on avait prévenu son frère et qu'il viendrait le chercher après son interrogatoire. De toute évidence, on estimait qu'il n'était pas en état de conduire. Ce n'était probablement pas entièrement faux. Il n'avait toujours pas les idées claires.

Benny s'autodésigna pour mener l'interrogatoire. Tout était filmé et Dean choisit de s'en tenir à l'essentiel. Il raconta son incarcération. Expliqua rapidement comment il avait obtenu l'enregistrement. Il dut revenir sur les détails de sa relation avec Castiel. Il savait que Benny ne lui posait pas toutes ces questions pour l'ennuyer ou le mettre à l'aise. Il ne faisait que suivre la procédure. Il expliqua donc qu'il avait couché avec Castiel à de multiples reprises et qu'il avait fini par gagner sa confiance. Il garda pour lui le fait qu'il était tombé amoureux de lui. Il ne voyait pas l'importance que cela pourrait avoir dans l'enquête. Quand on l'interrogea sur sa sortie, il resta volontairement vague. Il expliqua que Gabriel était venu pour le tuer mais qu'un autre détenu avait réussi à l'assommer et qu'il en avait profité pour s'échapper. Il ne donna aucun nom. Il n'était pas sûr que Castiel voulait que Carlos soit impliqué.

Rufus finit par lui donner le feu vert pour rentrer chez lui en lui ordonnant de prendre quelques jours de vacances. Dean accepta sans rechigner. Il était épuisé et incapable de faire quoi que ce soit d'autre que de dormir pour le moment.

Il retrouva Sam à l'extérieur du bâtiment, appuyé contre sa voiture. Son frère avait jugé bon de venir avec l'Impala. C'était probablement pour lui faire plaisir. Dean apprécia grandement le geste.

Il aimait sa voiture parce qu'elle avait longtemps été sa maison et l'endroit où il venait se réfugier avec Sam quand son père était trop ivre pour qu'ils soient dans la même pièce que lui. John la lui avait donnée pour son seizième anniversaire. Dean avait toujours refusé de la vendre depuis. Il la garderait jusqu'au bout. Peu importait qu'elle soit vieille et couteuse. Il n'envisageait pas de s'en débarrasser un jour.

Il n'avait pas fait trois pas à l'extérieur que Sam était déjà sa hauteur. Il l'attrapa par le cou et l'attira à lui aussitôt. Dean avait rêvé de ce moment depuis le début de sa mission. Il aurait du être heureux. Et s'il était bien sûr, il n'arrivait pas à s'en réjouir complètement. Car Castiel n'était pas là.

- Dean, tu m'as tellement manqué. Je n'en reviens pas que tu sois là … que tout soit fini, souffla Sam dans son cou.

Le jeune agent sentit alors les larmes lui monter aux yeux sans qu'il ne puisse rien faire pour les empêcher de couler. Il ne put pas non plus retenir les sanglots qui s'échappèrent de sa bouche. Les mots que Sam venait d'employer étaient atrocement douloureux. « Que tout soit fini ». Cela résumait parfaitement la situation. Dean avait la sensation d'avoir perdu quelque chose d'important. Son histoire d'amour était bel et bien finie et il avait le cœur brisé.

Son frère dut comprendre pourquoi il pleurait parce qu'il le serra un peu plus fortement contre lui et se mit à murmurer des mots réconfortants contre le sommet de son crâne.

- Je sais que c'est difficile mais ça finira par aller mieux … je suis là pour toi Dean et je peux te promettre que tout finira par s'arranger.

Dean voulait le croire. Il avait besoin de le croire. L'espoir d'aller un jour mieux était la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher pour le moment. Il ne pouvait pas laisser ce qu'il avait vécu le briser complètement. Sa famille avait besoin de lui. Et Dean refusait de les abandonner. Il allait se remettre pour être là pour eux. Même s'il devait jouer un rôle pour donner le change. Après tout, c'était quelque chose pour laquelle il était visiblement doué.

Sam le garda contre lui pendant de longues avant de le relâcher finalement. Il lui ouvrit ensuite la portière de la voiture et l'invita à s'installer côté passager. Dean s'exécuta rapidement.

Une fois assis, il caressa le cuir des sièges de la main puis le tableau de bord. Sa voiture lui avait manqué. Sam lui avait manqué. Et maintenant qu'il les avait retrouvés tous les deux, c'était Castiel qui lui manquait. C'était un cercle vicieux qui semblait ne pas avoir d'issue pour le moment.

Sam prit place derrière le volant puis mit le moteur en route. Dean ferma les yeux et se concentra sur ce son si familier qu'il aimait tant. Il le laissa le bercer quelques minutes avant que Sam ne finisse par rompre le silence.

- Jess a insisté pour faire des courses et remplir ton frigo. On a également nettoyé ton appartement et changé tes draps. Si tu as besoin de quoi que ce soit d'autre, n'hésite pas à nous le demander. Je vais rester avec toi pendant quelques jours.

- Il m'a sauvé la vie, lança Dean finalement.

Ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Il avait uniquement voulu remercier son frère d'avoir visiblement pensé à tout. Mais ce fut pourtant ce qui sortit de sa bouche naturellement. Il avait besoin de le dire à quelqu'un. Besoin qu'un autre que lui sache ce que Castiel avait fait. Qu'il lui devait la vie.

- Comment ça ? demanda Sam en s'arrêtant à un feu rouge.

Dean pouvait sentir son regard se poser sur lui mais il garda le sien rivé droit devant lui. C'était déjà suffisamment difficile de parler. Il ne voulait pas en plus avoir à regarder son frère dans les yeux.

- Castiel, il … Gabriel allait me tuer. Il attendait juste qu'il lui donne l'ordre de le faire. Mais Castiel a … il avait monté un plan pour l'en empêcher et … il m'a libéré. Sans lui, je serais mort Sammy.

- Dean, pourquoi Gabriel voulait te tuer ? Je ne suis pas sûr de comprendre. Je pensais qu'ils ne se doutaient de rien.

De toute évidence, Benny ne lui avait pas tout dit. Il s'agissait d'informations confidentielles. Mais Dean avait confiance en son frère et il avait besoin de parler. Il savait que Sam n'irait pas tout raconter ensuite.

- Gabriel avait tout découvert sur moi. Il … il en a parlé à Castiel et … il s'est senti trahi alors il a … pour se protéger, il a pris la décision de me tuer. Leur plan était de m'emmener au sous-sol pour le faire mais … au moment de donner son feu vert à Gabriel, Castiel a renoncé. Il m'a détaché et il m'a dit de partir. Il m'a sauvé la vie.

- Il voulait te tuer ? jeta Sam.

Dean savait que son frère devait être en colère. Il l'aurait été à sa place. Mais il n'avait pas compris ce qu'il cherchait à lui dire. Il ne voulait pas qu'il retienne uniquement le fait que Castiel avait envisagé de le tuer. Ce qu'il voulait que son frère entende, c'était qu'il lui avait sauvé la vie. Au péril de la sienne. Parce qu'il n'était pas le monstre que tout le monde voulait qu'il soit. Il ne l'avait jamais été avec Dean.

- Pendant une courte seconde oui. Mais il ne l'a pas fait. Il ne pouvait pas. Il me l'a dit. Il ne pouvait pas me tuer parce qu'il m'aime. Et … Sammy, je l'aime aussi. Je l'aime plus que je ne le voudrais et plus qu'il n'est raisonnable d'aimer quelqu'un comme lui. Je l'aime et je l'ai perdu pour de bon.

Sam le regardait toujours et ce ne fut que lorsque quelqu'un klaxonna derrière eux pour leur signifier que le feu était vert qu'il se reconcentra sur la route devant lui. Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes avant que Sam ne reprenne finalement la parole.

- Je sais que ce n'est sans doute pas ce que tu veux entendre mais … cet homme mérite ce qui lui arrive. Tu n'as fait que ton travail et … c'est quelqu'un de dangereux. Il doit être maintenu en prison.

Dean savait déjà tout ça et il n'avait définitivement pas besoin que son frère le lui rappelle. Il avait besoin que Sam le réconforte et lui dise à nouveau que tout finirait par s'arranger. Il avait besoin que son frère lui confirme qu'il avait raison d'avoir le cœur brisé et qu'il n'était pas honteux d'être amoureux de Castiel. Il avait juste besoin qu'on le rassure.

- Oui j'ai fait mon travail. Je l'ai fait sans hésiter. Je sais qu'il a fait du mal à des innocents et je sais qu'il est dangereux. Mais il … il est aussi l'homme que j'aime. C'est irrationnel et sans doute un peu stupide mais c'est comme ça. Je l'aime et je l'ai perdu. Il me manque. J'ai le cœur brisé et je ne sais pas … je ne sais pas comment je vais faire pour m'en sortir cette fois.

Mettre des mots sur ses craintes et sur ses doutes l'aidait à faire le bilan de sa situation. Ce n'était pas glorieux et c'était incroyablement douloureux. Mais c'était aussi nécessaire pour qu'il puisse commencer à se reconstruire. C'était en tout cas ce que tous les psychologues disaient. La première étape de la guérison était d'admettre son problème. Ce que Dean était suffisamment adulte pour faire.

- Tu vas commencer par rentrer chez toi et par dormir parce qu'il est évident que tu es épuisé … aussi bien nerveusement que physiquement. Ce qui est normal après le choc reçu. Demain, quand tu te réveilleras, tu auras les idées un peu plus claires et surtout … tu auras ton formidable petit frère pour t'aider à faire le point et à prendre les bonnes décisions. Je pense que retrouver tes repères et ton appartement t'aideront à y voir plus clair.

- Tu n'es pas en colère ? demanda Dean d'une toute petite voix.

Une des choses dont il avait eu le plus peur en retrouvant son frère et en lui avouant ce qu'il ressentait était sans nul doute qu'il se mette en colère contre lui. Qu'il lui reproche de continuer à avoir des sentiments pour Castiel. Il avait été terrifié que Sam renonce à l'aider parce qu'il ne pouvait pas comprendre. Et il avait besoin de l'entendre lui dire clairement qu'il ne lui en voulait pas d'aimer un homme que beaucoup considérait comme un monstre.

- Dean, je ne suis pas en colère. Je ne suis pas en colère contre toi et même si je devrais probablement l'être contre Castiel, je ne le suis pas non plus. Je suis triste et je déteste l'idée que tu puisses souffrir. Probablement que si je croyais au destin, je serais en colère contre lui … ou contre Dieu mais certainement pas contre toi.

- J'aurais préféré ne pas tomber amoureux de lui. J'aurais voulu qu'il soit réellement le monstre qu'on m'a décrit avant le début de ma mission.

- Les êtres humains sont complexes Dean. Personne n'est tout blanc ou tout noir. Castiel n'est pas quelqu'un de bien mais on ne sait rien de son passé ou de ses motivations. La seule chose qu'on sait de lui c'est qu'il t'aime et qu'il t'a sauvé la vie. Honnêtement, je lui en suis reconnaissant.

Dean hocha la tête, soulagé que son frère saisisse enfin son point de vue. Il ne le partageait peut-être pas entièrement mais il avait compris l'essentiel. Si Dean était en vie aujourd'hui, Sam le devait à Castiel. Il en avait conscience.

- Ce dont je suis sûr, c'est que les choses finiront par s'arranger. Je ne dis pas ça uniquement pour te faire plaisir ou pour te réconforter. J'en suis convaincu. Parce que tu es la personne la plus forte que je connaisse et que tu n'as jamais rien laissé te détruire. Tu as le cœur brisé et à cet instant précis, tu ne vois pas d'issue. C'est pour ça que je suis là comme tu étais là quand tout s'est arrêté avec Ruby.

- Je ne sais pas ce que je ferais sans toi Sam.

- Peu importe … la question ne se pose pas.

Dean sourit alors tristement. Heureusement pour lui, il n'était pas seul pour faire face à cette nouvelle épreuve. Il pouvait compter sur Sam et il allait avoir besoin de lui. Car il savait qu'il ne parviendrait jamais à remonter la pente sans le soutien de son petit frère. Ils firent finalement le reste du chemin en silence.

Dean avait l'impression que parler avec son frère l'avait vidé du peu d'énergie qui lui restait et Sam semblait vouloir le laisser tranquille. Le jeune agent ferma les yeux en espérant s'endormir pour oublier la situation dans laquelle il se trouvait mais à chaque fois il revoyait le visage de Castiel, le chagrin dans ses yeux et le petit sourire triste qu'il lui avait adressé juste avant qu'ils ne se séparent. Et il rouvrait aussitôt les yeux pour lui échapper.

Sam trouva une place pour garer la voiture juste en bas de l'appartement de Dean. Ils sortirent de la voiture toujours en silence puis pénétrèrent dans le bâtiment.

Le jeune agent avait acheté cet appartement quelques mois après avoir rejoint le FBI. Il avait eu le coup de foudre pour le quartier animé où se mêlaient tous types de gens. C'était un quartier où toutes les cultures, tous les âges et toutes les catégories sociales se mêlaient sans problème. Il y avait des petits commerces auxquels Dean était fidèle et un bar où il aimait venir boire une bière après une journée compliquée.

Son appartement n'était pas immense mais il était suffisamment grand pour une personne seule. La cuisine était ouverte sur le salon et de grandes baies vitrées ouvraient sur une petite terrasse qui surplombait les autres immeubles. Il n'y avait qu'ne seule chambre mais Dean n'avait pas besoin de plus. Tout avait été refait récemment mais le bâtiment était ancien et l'appartement tenait son charme des poutres apparentes et des pierres sur le mur.

Dean l'adorait. Il s'y sentait bien. Mais quand il y pénétra à nouveau, pendant une courte seconde, il eut la sensation d'étouffer.

Il se reprit toutefois rapidement et prit ensuite quelques secondes pour se familiariser à nouveau avec les photos sur les murs, avec ses livres rangés sur la bibliothèque et son canapé en cuir qu'il aimait tant. C'était comme revenir de longues vacances. Quand on finissait par rentrer chez soi, tout nous paraissait un peu étrange. Dean avait juste besoin de quelques minutes pour se faire à l'idée qu'il était de nouveau chez lui.

- Est-ce que tu veux boire quelque chose ? De l'eau peut être ? demanda Sam depuis la cuisine où il sortait deux verres.

Dean, quant à lui, était occupé à observer les photos de la remise de diplôme de Sam qu'il avait encadrées et accrochées au mur à l'entrée. Son frère souriait largement dessus. John semblait fier de lui. Et Dean était également heureux. C'était une jolie photo qui symbolisait la famille qu'ils formaient à nouveau après quelques années difficiles. Le jeune agent l'adorait.

- Un verre d'eau s'il te plait, répondit-il finalement à son frère.

Il le rejoignit ensuite et sortit les antidouleurs de sa poche. Il avait un début de migraine dont il voulait se débarrasser rapidement pour tenter de dormir. Sam le regarda l'avaler sans discuter. Dean savait que son frère se faisait du souci pour lui. Il allait probablement continuer à veiller sur lui pendant quelques jours. Il ne lui en voulait pas. Il en aurait fait autant si les rôles avaient été inversés.

- Tu devrais essayer de dormir un peu. Tu tiens à peine debout, commenta finalement Sam.

Dean était effectivement épuisé. Mais s'il avait très envie de dormir, il avait toutefois peur d'être assailli de cauchemars en tout genre dès qu'il fermerait les yeux. Ce dont il avait besoin, c'était d'une distraction. De quelque chose qui l'aiderait à ne pas penser à Castiel et au fait qu'il serait bientôt interrogé par le FBI. La télévision pourrait aider. Mais Dean savait que ce ne serait pas suffisant.

- Je pense que je vais m'allonger sur le canapé un moment. Peut être mettre un film pour me changer les idées.

- Un nouvel espoir ?

Dean sourit. C'était le film qu'il mettait pour Sam à chaque fois qu'il n'allait pas bien quand ils étaient enfants. C'était devenu une tradition pour eux. Quand l'un d'eux était triste ou préoccupé, l'autre se chargeait de lui mettre le premier Star Wars à la télévision. Ils s'amusaient ensuite à parler en même temps que les personnages. Ils faisaient toujours les mêmes blagues et les mêmes commentaires. C'était rassurant. C'était réconfortant. Et Dean en avait cruellement besoin à cet instant précis.

Il finit par hocher la tête. Sam partit alors chercher le DVD. Dean, de son côté, rejoignit le canapé et se laissa tomber lourdement dessus. Il entreprit d'enlever ses chaussures et sa chemise. Il attrapa ensuite le plaid qu'il laissait toujours sur le dossier et s'enroula dedans. Il s'allongea enfin puis posa la tête sur un coussin.

Sam revint avec le DVD quelques secondes plus tard. Il était occupé à le mettre dans le lecteur quand le téléphone de Dean se mit à vibrer sur la table basse. Il n'avait pas envie de décrocher. Il n'était pas encore prêt à affronter le monde extérieur. Il voulait juste passer deux heures avec son frère devant leur film préféré à penser à tout sauf à Castiel. Mais le nom de Benny clignotait sur son écran et il ne pouvait pas l'ignorer.

- Benny, lança t-il une fois qu'il eut décroché.

Sam lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Dean lui fit signe de continuer ce qu'il faisait avant de se tourner sur le dos et de fixer le plafond.

- Dean, je suis désolé de te déranger alors que tu viens tout juste de rentrer chez toi mais … je voulais juste te dire qu'ils vont commencer à interroger Castiel demain.

- Qui s'en charge ?

- Jody.

Dean sourit, soulagé par le choix de Rufus. Jody était l'une des meilleures. Elle était intelligente et suivait le règlement à la lettre. Elle n'avait jamais levé la main sur un suspect ou malmené un délinquant récalcitrant. Elle était le meilleur choix pour tenir ce rôle.

Dean l'appréciait beaucoup. Quand il était entré au FBI, elle était l'une des rares à ne pas l'avoir jugé sur son jeune âge ou sur ses préférences sexuelles. Elle l'avait accueilli à bras ouvert et s'était chargée de lui présenter des gens et de l'aider à prendre ses marques. Dean avait énormément d'admiration pour elle et pour sa partenaire Donna. Il savait que ça n'avait pas toujours été facile pour elles. Deux femmes dans un monde d'hommes devaient faire leurs preuves. Mais plus personne ne doutait d'elles maintenant.

- Est-ce que Rufus t'a parlé du marché ?

- Ils vont lui proposer de ne faire que dix ans en échange de son témoignage. Il serait conduit dans une prison sur l'autre côte où il serait plus en sécurité.

- Parfait.

- Dean, il pourrait dire non.

Le jeune agent sentit sa gorge se nouer. Il savait exactement ce que Castiel allait répondre quand ils lui feraient cette proposition. Il le lui avait dit clairement avant qu'ils ne se séparent. Il espérait toutefois qu'il ait changé d'avis depuis. Qu'il ait pris en compte ses supplications. Il en doutait mais tant qu'il n'en avait pas la confirmation, il se raccrochait à cet espoir.

- Il pourrait dire non mais il pourrait dire oui. Benny, je … merci de m'avoir appelé pour me prévenir mais je suis fatigué et Sam est là. J'ai besoin de dormir. Je te rappellerais demain.

- Bien sûr, je suis désolé. J'aurais dû attendre mais je pensais que tu voudrais savoir et … j'avoue que j'avais également envie de savoir comment tu allais. On n'a pas vraiment eu le temps de parler depuis que tu es sorti … enfin pas seul à seul.

Dean savait qu'il avait dû inquiéter son ami par son comportement et son mutisme. C'était probablement un peu injuste envers lui mais il n'avait pas pu faire autrement. Il se passa une main sur le visage avant de soupirer longuement.

- J'étais sous le choc et … tout est allé très vite. Si tu es libre demain soir, on pourrait sortir boire une bière ensemble. Je te dirais bien d'emmener Andrea avec toi mais je pense qu'elle sera mieux chez vous. On pourra discuter à ce moment-là.

- Ce sera avec plaisir Dean.

- Parfait alors je … je vais te laisser. On se parle demain ?

- On se parle demain.

- Merci pour tout Benny.

Dean allait devoir prendre le temps de le remercier le lendemain. Il lui devait beaucoup. Il lui avait causé du souci et ne s'était pas forcément montré tendre avec lui. Benny avait pourtant été de son côté depuis le début. Il l'avait soutenu et l'avait aidé. Il continuerait à le faire d'ailleurs. Dean lui en était reconnaissant.

- Ne me remercie pas … ou plutôt si … fais-le en reprenant des forces et en payant ma bière demain soir.

- Promis. Et de ton côté, arrête de te faire du souci. Je suis en sécurité chez moi et je vais bien.

Ils savaient tous les deux que ce n'était pas vrai. Mais il était inutile de le dire. Ils pourraient en discuter plus longuement quand ils seraient seuls.

- Passe le bonjour à Sam pour moi, conclut Benny après quelques secondes.

- Ce sera fait. Embrasse Andrea de ma part.

- Promis.

Dean raccrocha alors et éteignit ensuite son portable. Il ne voulait plus être dérangé par qui que ce soit. Il savait qu'il avait beaucoup de monde à contacter mais il avait besoin d'un peu de temps avant de le faire. Il allait devoir appeler son père et Bobby. Jo insisterait aussi sans doute pour s'assurer qu'il allait bien. Mais Dean voulait reprendre des forces avant de les affronter. Il savait que Sam avait dû les contacter pour les rassurer et leur demander de le laisser tranquille jusqu'au lendemain.

- Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda son frère en prenant place sur le fauteuil juste à côté du canapé.

Dean jeta son téléphone sur la table basse et se tourna à nouveau sur le côté pour voir l'écran de télévision.

- Me prévenir qu'ils vont commencer à interroger Castiel. C'est Jody qui s'en charge.

- Et c'est une bonne nouvelle ? demanda Sam.

- C'est une bonne nouvelle oui. Elle est douée.

Dean espérait qu'elle le serait suffisamment pour convaincre Castiel d'accepter le marché. Il le garda toutefois pour lui. Sam n'insista pas pour en savoir plus et enclencha le film avec la télécommande qu'il tenait dans la main.

Pendant les premières minutes, ils se contentèrent de le regarder en silence. Dean le connaissait par cœur. Sam aussi sans doute. Ils auraient pu refaire tous les dialogues. C'était en partie pour cette raison qu'ils aimaient tant le regarder quand ils n'allaient pas bien. Ils n'avaient pas à se concentrer dessus pour réussir à suivre. Ils pouvaient se contenter de regarder les images sans prêter attention aux dialogues.

Luke Skywalker était en train de chercher Ben Kennoby en compagnie des deux droïdes quand Dean se souvint ce que Castiel lui avait confié un jour. Il n'avait jamais vu ce film. Dean avait trouvé cela complètement dingue. Il ne connaissait personne qui n'avait pas au moins vu un des films de la saga et qui ne connaissait pas l'histoire. Il en avait alors plaisanté avec Castiel et s'était gentiment moqué de lui sur ce point. Il lui avait ensuite promis de le lui montrer quand ils seraient libres tous les deux. Cela faisait bien sûr parti du rôle qu'il jouait. A l'époque déjà, il savait parfaitement que ce ne serait pas possible. Mais il avait aimé l'idée de regarder son film préféré avec l'homme qu'il aimait. De lui expliquer pourquoi George Lucas était un génie et pourquoi Star Wars était aussi important pour lui. Il s'était imaginé installé sur son canapé dans les bras de Castiel, la télévision allumée en face d'eux et le film défilant sur l'écran. Il s'était imaginé tentant d'empêcher Castiel de le distraire en l'embrassant pendant les meilleurs moments. Il avait voulu croire que cela était possible tout en sachant que ce n'était bien évidemment pas le cas.

Repenser à tout cela maintenant était incroyablement douloureux. Il jeta un coup d'œil à Sam mais son frère semblait totalement absorbé par le film. Il n'avait pas envie de le déranger et de lui raconter comment il avait songé un jour à partager une tradition sacrée avec quelqu'un d'autre que son petit frère.

Il remonta le plaid un peu plus encore contre lui jusqu'à ce qu'il soit sous son menton. Il pouvait sentir sa gorge se nouer à nouveau et ses yeux le brûler. Il n'aimait pas ne pas être capable de contrôler ses émotions. Il aurait voulu pouvoir contenir son chagrin et ne pas le laisser l'envahir constamment.

Il avait appris très jeune à se montrer fort et solide. Quand son père était trop occupé à boire, il devait être là pour Sam. Il n'avait pas le droit de se laisser aller à son propre chagrin quand il avait celui de John et de son frère à gérer. Il ne s'autorisait pas à pleurer devant eux. Et il avait toujours réussi même s'il avait du parfois se réfugier dans la salle de bains avec le robinet allumé pour camoufler ses sanglots.

Il réalisa alors qu'il pouvait utiliser la même tactique pour ne pas montrer à son frère combien la situation l'affectait. C'était peut-être un peu puérile et enfantin de sa part mais c'était la seule solution qu'il voyait. Il se leva donc du canapé et prit aussitôt la direction de la salle de bains en informant son frère qu'il devait aller aux toilettes. Sam le suivit des yeux mais ne tenta pas de le retenir.

Dean ferma la porte de la salle de bains derrière lui et s'assit aussitôt sur le rebord de la baignoire. Il se prit la tête entre les mains et se pencha en avant jusqu'à pouvoir coller sa bouche contre ses cuisses. Il laissa ensuite échapper quelques sanglots. Il ne considérait pas que pleurer était une faiblesse. Il l'avait souvent expliqué à son frère quand leur père lui reprochait d'être triste. Il ne voulait toutefois pas pleurer devant Sam. Pas parce qu'il en avait honte mais parce qu'il savait que son frère s'inquiéterait pour lui. Il lui avait déjà causé suffisamment de soucis comme ça.

- Dean, est-ce que ça va ?

Le jeune agent releva la tête. Il n'avait aucune idée du temps qui s''était écoulé depuis qu'il avait quitté le salon.

- Ça va. Retourne dans le salon. J'arrive dans une minute.

Il se remit sur ses pieds puis s'approcha du lavabo. Il l'alluma puis jeta un coup d'œil à son reflet dans la glace accrochée au-dessus. Il avait les yeux rouges et les joues baignée de larmes. Si Sam le voyait dans cet état, il saurait aussitôt qu'il avait pleuré. Dean se passa rapidement de l'eau sur le visage. Ce n'était pas miraculeux mais cela avait au moins l'avantage de lui faire gagner un peu de temps.

- Dean, laisse moi entrer, jeta Sam depuis l'autre côté de la porte.

- Juste une minute ! répliqua Dean en reportant son attention sur son reflet.

L'idée d'affronter son frère dans cet état le paniquait. Il savait que Sam ne le jugerait pas. Il serait là pour le réconforter et pour le soutenir. Mais Dean était fatigué de se sentir aussi malheureux. Cela ne faisait que quelques heures et Castiel lui manquait déjà cruellement. Il avait envie de le voir. Envie de le prendre dans ses bras et de lui répéter qu'il l'aimait. Il voulait s'excuser et le supplier d'accepter le marché. Il voulait sentir son odeur et sentir son souffle sur son visage. Il avait la sensation qu'on lui avait arraché un membre. Il ne se sentait pas capable de fonctionner sans lui.

Un nouveau sanglot lui échappa et quelques secondes plus tard, il entendit son frère tenter d'ouvrir la porte malgré le fait qu'elle soit fermée.

- Dean, laisse moi entrer, exigea Sam.

Le jeune agent ne pouvait pas se cacher dans sa salle de bains indéfiniment. Il prit donc une grande inspiration et ouvrit la porte à son frère. Ce dernier lui jeta un simple coup d'œil avant de le prendre aussitôt dans ses bras. Dean sentit alors ses jambes céder sous son poids. Il serait tombé à genoux si Sam n'avait pas été là pour le retenir. Il resserra son étreinte autour de ses épaules et guida son visage jusqu'à ce qu'il soit enfoui dans son cou. Dean laissa alors livre court à son chagrin et explosa en sanglots.

- Tu es idiot tu sais … t'enfermer dans la salle de bains … c'était déjà stupide quand on était gosse mais ça l'est encore plus maintenant qu'on est adulte. Je suis là pour toi Dean. Je ne vais pas te juger parce que tu es triste et je ne vais certainement pas te laisser tout seul quand tu as clairement besoin de moi.

Dean fut surpris que Sam soit au courant de sa petite tactique pour ne pas pleurer devant lui. Il aurait dû le deviner. Son frère le connaissait par cœur et avait toujours été très observateur. Le fait qu'il ne l'ait pas dit jusque là était la preuve qu'il avait toujours voulu lui laisser de l'espace quand il en avait besoin. Mais ce dont il avait besoin à présent était de la présence de la deuxième personne qu'il aimait le plus au monde. Ça aussi Sam l'avait compris avant lui.

- Il me manque tellement Sammy. Je ne sais pas quoi faire sans lui, expliqua t-il alors.

- Je sais combien c'est douloureux Dean mais … crois-moi … ça finira par passer. Ce ne sera pas facile mais le temps aide.

- Je ne pourrais jamais cesser de l'aimer. Je ne pourrais pas … je lui ai fait tellement de mal. Il doit me détester.

- S'il te détestait, il ne t'aurait pas sauvé la vie.

Sam avait probablement raison. Mais Dean s'en voulait trop pour le prendre en considération à cet instant précis. Il avait trop de chagrin pour réfléchir clairement.

- J'ai l'impression d'avoir tout perdu … j'ai l'impression de manquer d'air et … j'ai l'impression que ça n'ira jamais mieux.

- Ça ne fait que quelques heures Dean. C'est trop tôt. Tu dois te laisser du temps.

Dean le savait. Il avait vu Sam se remettre de sa rupture avec Ruby. Cela avait pris de longues semaines mais il avait fini par reprendre le dessus. Il pouvait croire qu'il finirait lui aussi par aller mieux. Mais il redoutait la douleur qu'il ressentirait en attendant. Il avait du mal à penser à la suite quand il avait la sensation qu'on lui avait arraché le cœur de la poitrine. Il ne pouvait pas en vouloir à qui que ce soit. Il ne pouvait pas être en colère contre quelqu'un d'autre que lui-même. Tout aurait été plus simple s'il avait eu quelqu'un à blâmer.

- Il n'a jamais vu Star Wars tu sais … il ne regardait jamais la télévision. Il préfère lire. Et je me suis moqué de lui parce que personne ne fait ça. Je lui ai promis qu'on le regarderait ensemble à notre sortie. Je lui ai promis tellement de choses que je savais pourtant fausses. Je lui ai menti Sammy. Il devrait me détester.

- Tu préfèrerais qu'il te déteste ?

- Ce serait plus simple. Si c'était le cas alors au moins je saurais que tout est fini.

C'était sans doute ce qui rendait la situation aussi douloureuse pour lui. Si Castiel avait été incapable de lui pardonner, cela aurait mis un terme définitif à leur histoire. Dean aurait été malheureux mais il aurait pu clore ce chapitre et tenter d'avancer. Maintenant qu'il savait que Castiel l'aimait toujours et n'était pas en colère contre lui, il ne pouvait que penser au fait qu'ils auraient pu avoir un avenir s'il ne l'avait pas dénoncé. Ils auraient pu être ensemble s'il s'était montré honnête avec lui et avait renoncé à sa mission.

- Tu veux qu'on regarde autre chose ? demanda finalement Sam qui semblait à court d'idée quant à la manière de réconforter son frère.

Dean secoua la tête contre son cou. Il ne voulait pas gâcher cette tradition. Il ne voulait pas que son film préféré devienne une source de chagrin pour lui. C'était injuste envers Sam. Il avait juste besoin de quelques minutes pour reprendre le dessus avant de retourner dans le salon.

- Non je veux juste … je veux juste rester là quelques minutes.

- Alors je reste avec toi, assura Sam sans hésiter une seconde.

Dean hocha la tête et ferma les yeux. Ils auraient sans doute été plus à l'aise dans le salon. Mais il était incapable de bouger pour le moment. Il ne voulait pas non plus mettre un terme à une étreinte qui était la seule chose qui le maintenait debout. Il avait besoin des bras de son frère pour ne plus penser à ceux de Castiel. Il avait besoin que quelqu'un le soutienne pendant quelques minutes après avoir porté le poids de sa culpabilité et de son chagrin seul pendant plusieurs jours. Juste quelques minutes de plus pour retrouver un peu de calme et d'énergie. Heureusement pour lui, Sam le comprenait. Son frère était définitivement quelqu'un de bien.