Chapitre 35
Quelque part dans New-York, aux environs de 6h du matin ...
Tout en grignotant quelques biscuits en guise de petit-déjeuner, Nora allait et venait entre sa chambre et le salon pour préparer son sac pour la journée, et ne rien oublier. Elle était réveillée depuis une petite demi-heure, et le temps de prendre une douche rapide, elle était maintenant fin prête à reprendre son investigation.
Dimanche soir, elle avait lamentablement échoué à capter la moindre information intéressante au Savannah Motel. Certes, elle avait rencontré Gladys, qui avait confirmé ses présomptions sur le réseau d'esclaves sexuelles qu'elle observait depuis un moment, mais concrètement, elle n'avait aucune image exploitable, et elle n'avait pas pu voir grand-chose de ses propres yeux, si ce n'est l'homme de main de Chang Bao. Elle avait aussi compris à quel point Chang Bao faisait régner la terreur, achetait le silence des témoins potentiels et éliminait tous ceux qui pouvaient vouloir parler. Mais à part ça, rien de concret. Elle avait fui le motel, terrorisée quand elle avait réalisé que le risque était vraiment trop grand. Elle savait que ce serait dangereux, mais le récit de Gladys l'avait fait paniquer. Chang Bao et ses hommes ne rigolaient pas. Ils lui feraient la peau s'ils tombaient sur elle.
Depuis, elle s'était terrée chez elle, morte d'angoisse à l'idée qu'on puisse la traquer, et vouloir l'éliminer. Elle n'avait donc pas mis le nez dehors depuis lundi, et avait même annulé son rendez-vous avec son amie Deborah. Elle devait l'accompagner interroger William Tanner et la fille qui l'avait accusé de viol, Emily Myers, dans le cadre de son enquête sur Red Sword. Mais elle avait prétexté être malade pour échapper à cette corvée. Elle se fichait bien de Red Sword. Elle avait d'autres chats à fouetter, et surtout sa peau à sauver. Deborah l'avait appelé dès le lundi soir pour se plaindre qu'à cause d'elle elle n'avait rien pu tirer de ses interviews. Histoire de se rattraper, elle lui avait promis qu'elle viendrait bien aujourd'hui interviewer Red Sword avec elle. Deborah avait rendez-vous à quatorze heures avec le prétendu super-héros, dans un coin sordide de la ville. Nora se demandait si ce n'était pas un canular toute cette histoire, et si le véritable Red Sword allait vraiment se pointer à cette interview. Mais Deborah était confiante, persuadée de détenir bientôt le scoop du siècle. Et si vraiment elle parvenait à l'interroger, ce serait un vrai scoop. Il semblait que les flics soient incapables d'identifier ce gars. Les médias en faisaient un nouvel héros moderne et s'impatientaient de le voir récidiver. Elle verrait bien tout à l'heure.
Depuis deux jours, elle avait ruminé son échec, sa déception, ses désillusions. Elle avait l'impression d'avoir échoué lamentablement dimanche soir et elle se retrouvait dans une impasse concernant son enquête. Mais la veille au soir, elle avait enfin reçu une bonne nouvelle. Son ami Danny, à la scientifique, avait pu nettoyer certaines des photos et images vidéo qu'elle lui avait transmis, et il était parvenu à identifier certaines personnes. Quatre des hommes de main de Chang Bao, sur les douze qu'elle observait depuis des semaines, étaient fichés et avaient donc un nom. Ils étaient chinois, identifiés comme membres de la triade Wo Shing Wo. Danny lui avait expliqué qu'il s'agissait d'une société secrète séculaire, née à Hong-Kong, et devenue une mafia puissante en Europe, en Amérique du Nord et en Chine. Sa branche new-yorkaise était connue sous le nom de « Fédération Wo », et surveillée par la brigade anti-gang, mais une grande partie de ses activités demeuraient secrètes, et la plupart de ses membres n'étaient pas identifiés. Les quatre hommes en questions étaient fichés pour coups et blessures, et tentatives d'extorsions. Ils étaient, comme Nora avait pu l'observer, de simples exécutants, et par conséquent, ils ne l'intéressaient pas en tant que tels. Elle voulait remonter à la tête du réseau, trouver celui qui dirigeait et qu'on appelait la « tête de dragon », comme le lui avaient appris ses recherches nocturnes sur la toile. Mais elle allait pouvoir enquêter sur les quatre hommes, les pister et peut-être, en les suivant, trouverait-elle où étaient détenues ces pauvres femmes. Elle appellerait son ami Jin Tao dans la journée pour en savoir plus sur la triade Wo Shing Wo, et lui faire part des progrès dans son investigation.
Mais ce n'était pas tout. Danny avait aussi une petite idée concernant l'identité d'un des clients qu'elle avait filmé, en compagnie de son épouse, entrant au Wyfield Motel, vendredi soir. Les images n'étaient pas très nettes, et il pouvait difficilement les améliorer, mais selon lui il s'agissait de Brett et Hortensia Fisher. Brett Fisher était une personnalité new-yorkaise, propriétaire et directeur général du Harper's Magazine, un des principaux mensuels américains. Il était avec son épouse une figure connue des dîners mondains, réceptions et autres soirées très en vue. Nora avait confronté ses images avec les photos de Brett et Hortensia Fisher, qu'on pouvait trouver sur Internet, et elle n'avait plus aucun doute. Cet homme et son épouse étaient bien entrés au Wyfield Motel, à Brooklyn, dans la nuit de vendredi à samedi, pour en ressortir environ deux heures plus tard. Et c'était une truculente information. Car le Wyfield Motel était bien loin du type d'endroit que fréquentait ordinairement le couple plutôt BCBG. Elle n'avait pas de preuve concrète qu'ils soient des clients du réseau de Chang Bao, mais elle ne voyait pas d'autre explication à leur présence en pleine nuit dans ce motel, au moment même où des prisonnières chinoises s'y trouvaient.
Elle avait donc chaleureusement remercié son ami Danny, qui lui avait redonné espoir, et après avoir passé une partie de la nuit à effectuer des recherches sur les Fisher et sur la Fédération Wo, elle avait décidé, dès l'aube, d'aller sur le terrain, et d'enquêter sur le couple Fisher.
Elle fourra donc dans son sac à dos appareil photo, caméscope et micro, son précieux carnet, un stylo et un dictaphone, un paquet de biscuits et une bouteille d'eau, puis attrapa son imperméable prête à filer. Mais son téléphone sonna sur le pas de la porte, alors qu'elle était sur le point de sortir, la coupant dans son élan.
- Allo ? fit-elle en décrochant, ne reconnaissant pas le numéro entrant.
- Nora Pedersen ?
- Oui. Qui est-ce ? demanda-t-elle à la voix inconnue.
- Gladys. On s'est rencontrées dimanche soir.
- Oui. Mais ... comment as-tu eu mon numéro ? lui fit-elle surprise
Elle s'attendait à tout sauf à recevoir un appel de Gladys, encore moins aussi tôt le matin. Elle lui avait donné son nom, oui, au cas où. Mais elle n'imaginait pas vraiment que Gladys puisse en avoir l'usage. Elle ne lui avait pas dit qu'elle était journaliste et enquêtait sur cette affaire. Elle en était restée à son mensonge initial, prétextant fuir un mari violent.
- Je sais qui tu es, répondit Gladys, ignorant sa question.
- Comment ça ? s'inquiéta Nora, se demandant si Gladys était de son côté ou non finalement.
- J'ai fait des recherches. Tu es journaliste. Tu enquêtes sur tout ça ? C'est pour ça que tu étais au motel dimanche ? demanda Gladys, comme pour vérifier ce qu'elle supposait déjà.
Nora ne répondit pas, ne sachant pas si elle devenait reconnaître les faits, ou s'empêtrer dans son mensonge. Mieux valait se taire, sans doute. Gladys avait dû trouver facilement son nom sur Internet, et certains de ses anciens articles.
- Ne t'inquiète pas, ajouta Gladys. Je ne dirai rien. Je dois te transmettre quelque chose.
- Où es-tu ? Quelqu'un pourrait t'entendre et ..., s'inquiéta Nora, soucieuse que Gladys se mette en danger, et ne la mette en danger.
Elle n'avait côtoyé Gladys qu'une vingtaine de minutes, dimanche soir, mais Gladys avait été fort sympathique, et sans même s'apitoyer sur son sort, elle la trouvait touchante et attachante. Et elle se faisait du souci pour elle, pour toutes ces femmes. Désormais, cette enquête obsessionnelle qu'elle menait avait pris une dimension humaine. Il ne s'agissait plus seulement d'écrire l'article du siècle. La situation de ces femmes la peinait, sincèrement. Celle de Gladys aussi.
- Dans la rue. Sous la flotte. Il n'y a pas un chat ..., répondit-elle. Je suis sortie pour t'appeler justement, et faire la sortie du Pacha's House accessoirement ... Il y a toujours un gars ou deux bien éméchés qui traînent et de quoi se faire un peu de blé ...
- Ok ... mais qu'est-ce qu'il se passe ? Ils s'en sont pris à toi dimanche ?
- Non. Je vais t'envoyer des photos, et ensuite, tu n'entendras plus parler de moi.
- Mais ...
- Si un jour quelqu'un t'interroge sur l'origine de ces photos, ça ne vient pas de moi, ok ? On ne s'est jamais reparlées.
- Gladys, je ne comprends rien, répondit Nora, en soupirant.
- Ecoute. Fais quelque chose de ces photos. Si tu enquêtes, fais quelque chose pour toutes ces femmes, expliqua Gladys, touchée par le drame qu'elles vivaient, si près d'elle.
- Mais quelles photos ?
- Tu vas les recevoir. Les Asiats ont vérifié si tu bossais pour Freddy. Et ils savent que non. Ils m'ont interrogée pour savoir qui tu étais. Je leur ai raconté l'histoire avec ton mari.
- Mon Dieu ... et s'ils me retrouvent ... et ..., s'angoissa à nouveau Nora.
- Je ne leur ai pas dit ton nom. Je n'ai rien dit, la rassura Gladys. Ils ne savent pas. Ils ne peuvent pas te retrouver. Ce gars t'a à peine vue deux minutes dans un couloir sombre. Ils vont laisser tomber, je pense.
- Ok ... mais ... c'est quoi cette histoire de photos ?
- Lundi matin, en descendant pour sortir à l'aube, comme d'habitude, j'ai trouvé un morceau de papier tout chiffonné coincé entre la rambarde de l'escalier et le mur. Il y a des écritures en chinois je suppose. Et un dessin. Des femmes, des enfants, dans une sorte de cave. Une des prisonnières a dû le déposer là ...
- Une des femmes a lancé une bouteille à la mer, on dirait ...
- Oui, c'est ce que je me suis dit. Mais ce n'est peut-être qu'un dessin. Je ne sais pas. Je l'ai planqué vite fait. Peut-être que ça peut t'aider. Peut-être qu''il y a moyen d'aider ces femmes.
- Tu dois t'en débarrasser, Gladys, l'avertit-elle, consciente du danger. Si jamais ces hommes trouvent ce dessin sur toi ...
- Oui. Justement. J'ai fait des photos. Je vais te les envoyer. Ensuite, je le brûle. Et j'efface tout. Il n'en restera pas une trace.
- Ok. Merci ... Je vais voir ce que je peux faire.
- Ne prends pas de risque. Tu ne peux pas le donner aux flics, surtout. S'ils débarquent au motel pour vérifier, Chang Bao va déplacer le trafic ailleurs, ou éliminer ces femmes ... et moi, je vais finir comme ma pauvre Becka, une balle dans le crâne.
- Non. Pas de flics. Promis. Je vais trouver quelqu'un pour déchiffrer ce qui est écrit. Ok ? Ensuite, je verrai.
- Sois prudente.
- Oui. Ne t'inquiète pas.
- Et ne me rappelle pas. Jamais. On ne doit plus avoir de contact après cet appel, l'avertit Gladys, qui ne voulait plus prendre de risque.
- Ok. Prends soin de toi. Je vais faire mon possible.
- Merci.
- Merci à toi.
Elles raccrochèrent en même temps, et un instant, Nora resta interdite, scrutant l'écran de son téléphone, attendant de voir arriver le message contenant les photos de ce dessin. Elle se disait que depuis hier soir, sa chance était en train de tourner. Sans doute, oui. Certainement même. Elle n'avait jamais autant progressé que depuis la veille. Peut-être que ce dessin allait l'aider. L'une de ces femmes avait peut-être risqué sa vie pour tenter de lancer un appel au secours. Elle devait faire son possible pour découvrir où elles étaient détenues. Elle devait faire quelque chose. L'écran de son téléphone s'éclaira, et le bip annonça l'arrivée du message. Elle ouvrit aussitôt la première photo, découvrant le dessin, qui ne prêtait pas à confusion, et les idéogrammes indéchiffrables qui l'accompagnaient.
Loft, New-York, aux environs de 6h ...
Kate s'éveilla doucement, sentant qu'elle avait assez dormi. Sa nuit avait pourtant été hachée, mais elle était parvenue à trouver rapidement le sommeil dans les bras de Rick, deux heures plus tôt, et maintenant elle se sentait pleinement d'attaque pour cette journée. Il faisait encore bien sombre dans la chambre et elle devinât qu'elle avait anticipé la sonnerie du réveil. Par acquis de conscience, elle tendit néanmoins le bras vers la table de chevet pour vérifier l'heure sur son téléphone, et par la même occasion, s'assurer qu'elle n'avait pas raté un appel nocturne éminemment important. Mais tout allait bien. Il restait encore une petite demi-heure avant que le réveil ne sonne, ou qu'Eliott ne pointe le bout de son nez à la porte de leur chambre. Il était le plus matinal de la famille, se réveillant même parfois bien plus tôt qu'elle, au grand dam de Rick. Eliott était maintenant assez grand pour ouvrir seul la barrière de protection en haut de l'escalier et par conséquent, il était de plus en plus fréquent qu'il vînt les réveiller à l'aube. Quant à Léo, si son frère était réveillé, il se réveillait aussi, comme s'il avait un sixième sens. Mais lui ne pouvait pas descendre l'escalier tout seul, Dieu merci.
Elle constata donc, réjouie, qu'elle avait encore un peu de temps pour savourer le plaisir de rester au lit, même si elle était impatiente d'attaquer cette journée qui serait plus que remplie. Son stress de la nuit avait comme disparu, et elle avait hâte désormais de se rendre à l'Académie, de découvrir ses élèves, et de se jeter à l'eau pour faire son premier cours. Elle était ainsi, capable de se faire du souci à n'en pas dormir, pour ensuite prendre le taureau par les cornes, passer à l'action et embrasser la vie avec positivisme et détermination. Il y avait des soucis à gérer oui, un rendez-vous avec le Chef Johnson et l'affaire « Red Sword » qui l'exaspérait, mais elle n'allait pas laisser tout cela la tourmenter davantage.
Le cœur un peu plus léger ce matin, elle avait envie d'un de ses réveils gourmands qu'elle aimait tant : sentir son corps s'éveiller sous les caresses de son homme, prendre plaisir à l'aimer charnellement, et débuter la journée par ses enivrantes sensations, d'extase et de plénitude. Délicatement, elle se tourna entre les bras de Rick, pour lui faire face. Il grogna légèrement, et bougea à son tour pour se mettre sur le dos, tirant sur la couette jusque sous son menton, comme pour lui signifier qu'il n'avait pas envie de se réveiller. Amusée par l'air grognon qu'il pouvait avoir même endormi, elle se blottit au plus près de lui, glissant sa main sous son tee-shirt.
Elle caressa avec tendresse, lentement, presque du bout des doigts son torse, effleurant son ventre, sa poitrine, si sensuellement qu'elle pouvait sentir qu'il s'éveillait au rythme de ses caresses. Sur sa joue, dans son cou, elle déposa quelques petits baisers.
- Hum ..., chuchota-t-il, d'une voix rauque et ensommeillée, mais néanmoins comblée.
- Hey ..., répondit-elle, souriante.
- Réveil ... pas sonné ..., marmonna-t-il, sans ouvrir les yeux.
- Justement ... On a un peu de temps ..., lui fit-elle remarquer, d'un air mutin, avant de venir embrasser ses lèvres.
- Du temps pour ? ronchonna-t-il, l'esprit encore embrumé par le sommeil.
- Eh bien ... cette journée va être longue et difficile ... Je crois que j'ai besoin d'être parfaitement détendue pour l'aborder avec sérénité, expliqua-t-elle, sans cesser de jouer à caresser son torse du bout des doigts.
Elle le vit ouvrir les yeux d'un seul coup, avec un air réjoui, comme s'il venait de réaliser ce qu'elle suggérait, ce qui la fit sourire plus largement encore.
- Je ferai tout mon possible pour t'aider à te détendre ..., sourit-il lui-aussi, glissant sa main dans son cou et effleurant sa joue d'une caresse pour attirer son visage au sien et l'embrasser.
- Je n'en doute pas ..., souffla-t-elle, contre ses lèvres. Tu es un mari tellement dévoué.
- En effet ..., le plus dévoué des maris ..., lui fit-il, tout content, glissant sa main sous son tee-shirt pour caresser sa peau. Tu as pu dormir un peu ?
- Oui. Je me sens en pleine forme ce matin.
- Tu as de la chance ... moi je me sens comme un ours sortant de six mois d'hibernation.
- Comme d'habitude ..., constata-t-elle, avec un grand sourire amusé, tout en appréciant le plaisir de sa main cajolant son ventre et son dos.
- Hey ! s'offusqua-t-il, la faisant rire. Je te trouve bien joyeuse et taquine ce matin ... Fini le stress de ton premier cours à l'Académie ?
Tout en discutant, sa main courait sur sa peau, sous son tee-shirt, caressait son ventre, effleurait son sein, jouait à titiller sa pointe, ou disparaissait dans son dos en une longue caresse de sa nuque à la naissance de ses fesses. Elle, lascive contre lui, savourait l'éveil de leurs désirs. Elle jouait, coquine, du pouvoir de sa bouche et de son corps pour le rendre fou d'elle. Des baisers voluptueux. Le frôlement de ses lèvres ou de sa langue sur la sienne. Ses jambes mêlées aux siennes, ses pieds chatouillant les siens. Ses doigts glissant sur son torse, venant effleurer son bas-ventre, son sexe, comme pour s'enorgueillir fièrement de l'excitation qu'elle faisait naitre en lui. Ensemble, ils jouaient de leurs regards, complices et souriants, tendres et coquins, basculant lentement dans l'ivresse de ce qu'il y avait de plus intense entre eux : le besoin de se faire l'amour, de s'aimer charnellement.
- Toujours un peu de stress, mais c'est excitant aussi. Je suis impatiente ...
- Super, sourit-il. Je préfère ça ... Tu es surprenante ...
- Pourquoi ?
- Parce que cette nuit tu t'abreuvais de potion magique ...
- De tisane au tilleul, Rick ...
- C'est la même chose ... Tu t'abreuvais de potion magique pour surmonter le stress, et ce matin, tu es souriante et zen ...
Il aimait quand elle le réveillait ainsi, mue par son envie de lui, gourmande et sensuelle. Il aimait les réveils coquins. Il n'y avait rien de tel pour commencer la journée que de goûter aux plaisirs des sens dans les bras de sa femme. Mais s'il était heureux de la trouver si joyeuse et détendue au petit matin, il s'en étonnait aussi, après ces inquiétudes de la nuit, et des derniers jours.
- A tous les coups, c'est la faute de tes hormones, ça ... ajouta-t-il, relevant la tête pour la regarder.
- Oublie mes hormones tout de suite ..., l'avertit-elle, feignant un ton menaçant, tant elle détestait qu'il fasse allusion à ses humeurs typiquement féminines.
- Tu es sûre que tu n'es pas enceinte ? continua-t-il, avec un petit sourire.
- Enceinte ? Ne dis pas de bêtises ...
- Ce serait trop cool ...
- Non, ce ne serait pas « trop cool » ..., Pas maintenant.
- Pas maintenant ? Mais un jour ? Tu as envie ? demanda-t-il, réalisant en posant la question que ce n'était vraiment pas le moment d'aborder le sujet « bébé numéro trois », sujet de discussion qu'évitait soigneusement Kate.
- De toi, oui ..., J'ai envie de toi ..., répondit-elle tendrement, éludant sa question. Alors tais-toi donc, et fais-moi l'amour, mon cœur ...
- Des ordres ? Hum ... J'adore !
Elle sourit, amusée par la fougue avec lequel il se jeta cette fois sur ses lèvres pour l'embrasser, mais l'interrompit aussitôt, songeant à un détail qui avait toute son importance.
- La porte, Rick ..., lui fit-elle, entre deux baisers. Elle n'est pas fermée.
Avec Eliott qui déambulait maintenant dans le loft à sa guise, il avait été nécessaire d'instaurer quelques règles afin de préserver leur intimité. Leur petit garçon savait que si la porte de la chambre était fermée, c'était que Papa et Maman dormaient profondément, et qu'il ne fallait pas entrer pour ne pas les réveiller, sauf en cas d'urgence, bien entendu. Du moins, c'était le discours officiel. Dans la réalité, la porte close au petit matin signifiait que Papa et Maman faisaient des câlins. Il était arrivé plus d'une fois que pris dans leur élan, ils en oublient d'ailleurs de fermer cette porte, mais jusqu'à présent, jamais Eliott n'avait pointé le bout de son nez au mauvais moment.
- Mince ..., constata-t-il. Je m'en occupe.
Il se leva d'un bond, pour, d'un geste, aller fermer doucement la porte, prenant soin de ne pas faire de bruit. Puis profitant d'être debout, il se débarrassa de son tee-shirt et de son pantalon de pyjama, sous le regard contemplatif de sa femme.
- Tu es bien réveillé tout à coup, s'amusa Kate, le regardant rejoindre le lit.
- Toujours pour toi ..., sourit-il, se glissant sous la couette, et constatant qu'elle-aussi était désormais nue.
Elle le laissa s'allonger, puis aussitôt, sans rien dire, elle l'enjamba et vint s'asseoir à califourchon sur ses cuisses. Il afficha une mine réjouie, prenant sa taille entre ses mains, savourant la vision sublime de son corps nu sur le sien. Elle lui sourit, consciente de l'intensité de son désir et posa les mains à plat sur son torse, se penchant pour venir l'embrasser. Elle joua à déposer des baisers furtifs sur ses lèvres, tout en caressant son torse du bout des doigts. Il glissa les mains sur ses cuisses, remontant sur ses fesses pour la serrer contre lui.
- Tu sais comme j'adore quand tu as envie de moi comme ça, au réveil ... enfin tout le temps, j'adore tout le temps ... mais ...
- Chut ..., souffla-t-elle contre sa bouche, y déposant un baiser avant de se redresser.
Se cambrant, elle commença à onduler doucement contre son sexe, sans le quitter du regard. Il la laissa prendre toute l'initiative, soumis à son envie matinal, et comblé d'être l'objet de son désir. La fermeté de ses cuisses autour de son bassin, la sensualité du mouvement de son corps sur lui, ses regards, tellement tendres et coquins à la fois, la vision de toute sa féminité qu'il pouvait, dans cette position, contempler à loisir le rendaient fou de désir. Une main sur sa hanche, l'autre caressant son sein, jouant à titiller sa pointe, ou glissant vers son sexe pour la sentir frissonner de plaisir sous ses doigts, il savourait l'instant, leur bulle coquine et sensuelle.
A nouveau, elle se pencha vers lui, ses seins venant effleurer son torse, et sa bouche happer ses lèvres, fiévreusement. Il sentit avec plaisir les mains de Kate glisser dans ses cheveux. Enivré, il répondait à son baiser brûlant avec la même ferveur qu'elle, tout en couvrant son corps de caresses.
Puis, calmant un instant le jeu de leurs baisers, il capta son regard, empoigna ses hanches pour, d'un mouvement lent et doux se glisser en elle. Ses yeux dans les siens, elle soupira de plaisir, et accompagna son mouvement pour le sentir pleinement et profondément en elle.
Corps contre corps, ils n'étaient désormais plus que caresses, murmures et gémissements. Il la contemplait, savourait les mouvements félins de sa femme sur lui. Quand elle se cambrait sous l'effet du plaisir, il la trouvait si belle et excitante qu'il peinait à contrôler son propre désir. Elle aimait le rendre complètement fou d'elle, jouer de ses charmes, de sa sensualité. Aguicheuse, provocante, elle jouait avec son sexe en elle. D'un mouvement de rein, d'une ondulation du bassin, presque d'un regard, elle pouvait l'emmener au septième ciel. Lui, comblait son corps de caresses, et sa main caressant son sexe, sa bouche happant la pointe de son sein quand elle se penchait sur lui, étaient sur le point de lui faire perdre totalement pied.
Ralentissant doucement leur étreinte, elle vint se blottir sur lui, lovant sa tête dans son cou. Bougeant lentement en elle, il caressa son dos, ses fesses, embrassant son épaule.
- Je crois que c'est mon tour d'avoir le dessus, maintenant ..., chuchota-t-il contre son oreille.
- Tu crois ...
- Hum ... Oui ... Diablesse coquine ..., répondit-il, en la faisant, d'un geste vif, basculer sur le dos. A mon tour de de maîtriser la danse ...
Elle lui sourit, soumise cette fois-ci à l'envie de son homme. Et appréciant le poids de son corps pesant contre elle, elle remonta ses cuisses, impatiente de l'accueillir à nouveau en elle.
- Tu as entendu ? chuchota-t-elle, l'interrompant dans son élan.
- Quoi ?
- Il y a du bruit dans le bureau, murmura-t-elle, tendant l'oreille.
Elle était sûre d'avoir entendu quelque chose. Eliott probablement. Ce ne pouvait qu'être leur petit bonhomme, malheureusement déjà réveillé, qui s'aventurait jusqu'à leur chambre pour venir voir si eux-aussi étaient réveillés.
- Mais non ..., il n'y a rien, la rassura-t-il, embrassant sa bouche.
Au même moment, la petite voix d'Eliott leur parvenait, depuis derrière la porte.
- Papa ? Maman ?
- Chut ..., murmura Castle, maudissant déjà son fils. Ne répond pas ...
- Rick ... Il va s'inquiéter.
Il lui répondit par un soupir, sachant qu'elle avait raison, bien-sûr, mais égoïstement, il pensait surtout à leur moment qui allait être gâché.
- On arrive, trésor ..., répondit Kate, en haussant le ton pour qu'Eliott l'entende.
- Va jouer avec tes Légos en attendant, fiston ! ajouta Rick.
Eliott ne répondit pas, si bien qu'ils se dirent qu'il avait suivi les conseils de son père.
- Sérieusement ? lui fit Kate, perplexe.
- Chut ..., ne fais pas de bruit ... Il va aller jouer. Juste quelques minutes ..., souffla-t-il, reprenant ses baisers dans son cou et son épaule, alors qu'elle le serrait contre elle.
- Rick ..., mon cœur, on ne peut pas ... On ne peut pas faire l'amour avec Eliott juste à côté.
- Pourquoi pas ? demanda Castle, que l'idée ne dérangeait pas le moins du monde.
- Parce que c'est ... bizarre ..., grimaça-t-elle.
- Maman ? Papa ? Vous êtes là ? insista alors Eliott, d'un ton plaintif.
- Enfer et damnation, grogna Rick, quittant les bras de sa femme pour se laisser retomber sur le dos.
Il eut juste le temps de remonter la couette sur leurs corps nus quand la porte de leur chambre s'ouvrit, faisant apparaître leur petit garçon, bien réveillé, et en pyjama, tenant à la main son épée en plastique.
- Eliott ! s'exclama Kate. La porte était fermée, trésor ...
- Mais vous êtes réveillés, Maman.
- Oui ..., mais ..., tenta-t-elle d'expliquer, réalisant qu'elle était incapable d'expliquer qu'elle ne voulait pas qu'il débarque dans leur chambre alors qu'ils étaient nus au lit.
- Leo a disparu ! annonça-t-il. C'est très grave ! Vous avez dit que si c'est grave, je peux ouvrir la porte !
- Disparu ? Comment ça ? s'étonna Kate, pas vraiment inquiète, tant il était fréquent que Léo se cache.
- Papa, pourquoi ton pyjama est par terre ? demanda Eliott, dont l'attention avait été attirée par les vêtements éparpillés sur le sol de la nuit. Tu dors tout nu ?
- Euh ... oui ..., ronchonna Rick, qui tentait de reprendre ses esprits, et laissait Kate gérer le petit intrus. J'avais chaud.
Il ne savait pas ce qui était le pire : ce délicieux câlin interrompu, ou Eliott qui avait failli les surprendre et débarquait ainsi dans leur chambre.
- Bon sang, grogna-t-il, à nouveau. C'est le plus mauvais timing de tous les temps.
- Qu'est-ce qui se passe avec Léo ? demanda Kate, alors qu'Eliott s'avançait à petits pas pour venir près d'eux.
- Il n'est pas dans son lit. Je crois que des Aliens l'ont enlevé, expliqua Eliott, en faisant une petite moue perplexe.
- Ce n'est pas possible, mon trésor, sourit Kate, se demandant, comme souvent, si elle devait se réjouir qu'Eliott vénère autant les histoires fantastiques que son père. Vous faites une fixation sur les extra-terrestres tous les deux, ma parole ...
- Ce n'est pas une fixation, se défendit Castle. C'est possible les enlèvements par les Aliens, d'abord.
- Castle, soupira-t-elle. Ne lui raconte pas n'importe quoi, il va avoir peur.
- Je n'ai pas peur des Aliens, maman ! s'exclama Eliott, avec un grand sourire, brandissant son épée. J'ai mon épée ! Mais je ne veux pas qu'ils enlèvent, Leo ! Ils vont nous le rendre ?
Kate se tourna vers Rick, en lui disant du regard que c'était à lui de prendre les choses en main, car cette histoire d'Aliens l'exaspérait.
- Bonhomme, même s'il y a une infime probabilité que des Aliens aient effectivement enlevé Léo, je crois que ton petit frère doit juste se cacher quelque part, expliqua Rick.
- J'espère. Ce n'est pas drôle si Léo n'est plus avec nous ..., répondit Eliott, avec une petite mine déconfite.
- J'arrive, trésor. On va le retrouver, le rassura Kate, avec un sourire, se disant que Léo jouait probablement à cache-cache dans un de ses placards. Tu peux aller m'attendre au salon ?
- Oui. Toi aussi tu dors toute nue maman ? demanda-t-il, constata le petit garçon, en regardant ses épaules dénudées et la couette qu'elle serrait contre sa poitrine.
- Euh ... non, non, bien-sûr que non ... Allez, file ...
Eliott n'en demanda heureusement pas davantage et s'exécuta, disparaissant dans le bureau.
- Tu crois qu'il a vu quelque chose ? s'inquiéta Kate.
- A part qu'on est tous nus, non ..., marmonna Rick, d'un air grognon.
- Et s'il demande ce qu'on faisait ? S'il pose des questions ? Je ne suis pas prête à lui expliquer les câlins des grands et tout ça ...
- Ne t'inquiète pas, je lui expliquerai, moi, qu'il nous a empêchés d'atteindre le nirvana à deux minutes près ! s'exclama Rick, esquissant un sourire malgré tout.
- Ce n'est pas drôle ..., soupira-t-elle, en se levant.
- Tu crois que j'ai envie de rire ? bougonna-t-il, en la regardant. Il n'y a pas pire frustration, franchement ...
- Allez, lève-toi ..., sourit-elle, en enfilant son tee-shirt. On va retrouver Leo.
- Je ne peux pas sortir du lit comme ça ..., lui fit-il remarquer.
- Ok, s'amusa-t-elle. Je te laisse reprendre tes esprits ...
- Hum ..., marmonna-t-il, alors qu'elle remettait son shorty.
Attendri par son air totalement désabusé, elle vint s'asseoir de son côté du lit, et se pencha pour déposer un baiser sur ses lèvres.
- C'était super, mon cœur ..., chuchota-t-elle, avec tendresse, caressant doucement son nez du sien, et sa bouche d'un nouveau baiser. Torride à souhait ...
- Oui, murmura-t-il, avec un petit sourire. Mais sans le final ce n'est pas pareil ...
- C'est frustrant pour moi-aussi ..., mais c'était bon ..., très bon ..., sourit-elle, caressant ses cheveux, et embrassant son front.
- Oui ..., sourit-il, franchement cette fois, content que ce câlin un peu trop court à son goût, lui ait plu malgré tout.
- On se rattrapera plus tard, et cette frustration rendra le prochain câlin encore meilleur.
- J'aime quand tu es philosophe ...
- Allez, je vais voir où est passé notre petit monstre ...
- Ok ..., répondit-il, alors qu'elle s'éloignait. J'espère que les Neptuniens de mon rêve ne l'ont pas capturé ... Remarque, ils ne seraient pas déçus avec notre Léo ... Un phénomène pareil.
Kate se retourna juste le temps de le dévisager avec sa mine lassée de ses bêtises, ce qui l'amusa et le fit rire, tout ravi qu'il était de l'embêter.
