Chapitre 35
Le crépuscule trouva la Conquérante toujours assise sur le lit de Gabrielle. La jeune oracle n'avait pas reprit conscience depuis qu'elle avait été blessée. Xena et les guérisseurs s'étaient occupés de ses blessures, les nettoyants et les pansant avec des plantes médicinales. La seule chose qui restait à faire était attendre. De longues années sur les champs de batailles lui avaient apprit une chose concernant les blessures au ventre: elles vous tuaient rapidement ou vous, vous en remettiez lentement.
Un coup à la porte fut ignoré par la Conquérante.
La porte s'ouvrit tout de même mais lentement et Palaemon entra dans la pièce. "Majesté, comment va-t-elle?"
"Je devrais mettre Babylone à feu et à sang pour ce qu'ils lui ont fait. Je devrais démolir cette ville brique par la brique et ne rien laisser de vivant en guise de réprimande."
Palaemon hocha la tête et passa sa large main dans ses cheveux courts, essayant de se débarrasser du sable babylonien qui lui collait au cuir chevelu. "Je vous aiderais volontiers, Majesté."
"Comment va Novan?" La Conquérante joua avec les doigts délicats de Gabrielle, les remuants doucement, souhaitant qu'ils s'agrippent aux siens.
"Gravement blessée, Conquérante. Elle a prit bon nombre des coups d'épée qui étaient destinés à Reine Gabrielle. C'est le bas de son dos qui en a le plus souffert.
"Quand pourra-t-elle voyager?"
"Les guérisseurs protesteront, mais, si nous avons la médication appropriée et des lits adéquats sur le bateau, demain."
Xena hocha la tête, "il en sera ainsi. Je m'en occuperai." Elle regarda l'obscurité par delà la fenêtre. "Fais-moi un rapport sur les autres."
"Majesté, Minon est mort. On l'a retrouvé pendu au mât du bateau, une flèche dans la poitrine. Eward va bien, tout comme le Commandant Éponin. Tamara et Lari sont mortes. Kelryn est sous bonne garde. Wynn est de retour à la cour du Roi. La princesse Simoa est en état d'arrestation, comme l'est le Seigneur Allemane. Le Triumvir Pompey est traité pour ses blessures. Lao Ma s'occupe de Pei-cha, elle s'attend à ce qu'il survive."
La Conquérante secoua la tête. "Rien que des mauvaises nouvelles, hein?"
"J'ai vu le léopard tuer plusieurs soldats qui ont essayés de s'en prendre à la Reine Gabrielle, Majesté."
"Je suppose qu'elle voudra que je le ramène en Grèce avec nous," se plaignit Xena, souriant à l'intention de son amante, souhaitant qu'elle se réveille et confirme ce désir. Se penchant elle déposa un baiser sur les doigts qu'elle tenait puis se leva. "Restes avec elle, Palaemon. Personne ne passe cette porte, sinon moi."
"Oui, Majesté."
"Et je veux être avertit immédiatement du moindre changement de sa condition."
"Bien sûr, Majesté, sur ma vie."
La Conquérante marcha vers Palaemon et prit son menton dans sa main, tournant son visage d'un côté puis de l'autre, l'étudiant attentivement. Elle le libéra brusquement, et passa la porte avant de s'éloigner à grands pas
Un serviteur conduisit la Conquérante à l'endroit où l'on traitait Pompey pour ses blessures. En entrant, elle trouva un guérisseur en train d'appliquer du baume sur les plaies du Romain. "Sors," lui ordonna-t-elle, son ton indiquait qu'elle ne tolérerait aucune forme de protestation.
"Je-" ce que s'apprêta à dire le guérisseur mourut aussitôt sur ses lèvres. "Oui, Conquérante." Il s'inclina légèrement avant de disparaître derrière la porte.
Xena se tint debout immobile devant le corps endormit du triumvir et le détailla tranquillement. La ressemblance de son ennemi juré et Palaemon était si étrange. Et, elle était sur le point de le devenir encore davantage.
Elle se dirigea vers la cheminée qui était la source principale d'éclairage dans la pièce. En s'accroupissant, elle retira le poignard de sa botte et tint la lame dans le feu. Elle attendit qu'elle soit d'un rouge incandescent. Elle attrapa ensuite une bougie tandis qu'elle retournait aux côtés du triumvir et la posa pour se faire un peu plus de lumière.
Un point de pression rapide à la gorge de Pompey lui obtint la garantit qu'il resterait bien endormi tandis qu'elle travaillait; quoiqu'elle ne le fit pas par compassion, mais afin d'éviter qu'il bouge et lui fasse faire une erreur. Avec minutie, Xena prit la lame encore rouge et se mit à reproduire avec exactitude la cicatrice de Palaemon dans le visage de Pompey.
Une fois satisfaite de son labeur la Conquérante nettoya la lame du couteau ensanglanté sur les draps du lit. "Nous nous reverrons, Pompey. Quoique, je doute que tu seras heureux de me voir." Elle enleva le point de pression et quitta la pièce à l'instant ou les hurlements perçants de Pompey retentissaient.
"Roi Vedtrilan, la Conquérante de Grèce demande une audience."
Au même moment sans attendre que l'annonce soit terminée, Xena entra à grands pas dans la salle du trône, sa cape sombre se gonflant derrière elle. À son entrée, les serviteurs du roi reculèrent. Elle s'arrêta au centre de la salle attirant toute l'attention sur elle, imposante, par la seule force sa présence. "Je veux connaître votre jugement au sujet de Simoa et je veux qu'Allemane me soit livré." Elle fit une pause quand personne ne se mit immédiatement en action. "Maintenant!"
Vedtrilan changea de position sur son trône comme si ce dernier était trop grand pour lui. "Conquérante Xena, je suis attristé de vous informer que ma soeur a pris sa propre vie ainsi que celle de son enfant. Se suicider est une transgression épouvantable contre la providence et la justice de Marduk. C'est un-"
"Épargnes-moi ta dissertation religieuse, Vedtrilan. Je n'ai pas besoin de vos dieux ni d'aucuns dieux que ce soir." La Conquérante croisa les bras sur sa poitrine. "Je veux voir les corps. J'ai avalée suffisamment de vos traîtrises babylonienne pour me remplir la panse et cela pour toute une vie."
Le jeune roi était sur le point de protester contre ses commentaires quand il retrouva un peu de bon sens. Ses conseillers avaient fortement insisté pour qu'il s'abstienne de provoquer la dangereuse femme. Un long doigt se souleva du bras du trône et indiqua une petite alcôve qui donnait sur une pièce attenante.
Le regard de Xena suivit la direction vers laquelle il pointait et vit deux corps enveloppées dans des linceuls, reposant côte à côte sur le sol. Ses pas étaient lourds tandis qu'elle traversait la salle, ses bottes martelaient le sol à chacun de ses pas. Du bout de son pied, elle repoussa le tissu recouvrant le visage de la plus grande des deux formes. Le visage de la jeune femme ressemblait beaucoup à celui de Nebuharin. Elle repoussa ensuite le drap du petit corps. L'enfant avait la peau plus pâle que sa mère et les cheveux bouclés d'Allemane.
La Conquérante regarda derrière elle vers la salle du trône et découvrit Wynn debout parmi les serviteurs. "Viens ici."
Wynn obéit sur-le-champ, sans se donner la peine de demander la permission à Vedtrilan. Elle se posta aux côtés de la Conquérante et inclina la tête. "Votre majesté?"
"Est-ce Simoa et son garçon?"
L'artiste regarda les deux cadavres dont elle avait récemment fait les portraits. "Oui, Conquérante."
"Très bien." Xena retourna dans la salle du trône. "Amenez-moi Allemane."
"Conqu-" le nouveau roi retint immédiatement son objection en voyant son visage se durcir. "Obéissez!"
Tandis qu'ils attendaient que les gardes introduisent le Gaulois, Xena s'approcha de Vedtrilan. Elle lui parla à voix basse afin de ne pas être entendu, "ne t'imagines pas que le pire est passé maintenant, Vedtrilan. L'idiotie de ton père, à savoir, d'invité neuf chefs d'États à Babylone résulte en la mort de cinq d'entre eux."
"Cinq?" Répéta Vedtrilan, pourtant lui n'en comptait que quatre Kulam, Dokov, Farza et Gregor.
"Cinq," Affirma de nouveau la Conquérante. "La Perse et la Syrie ne te lâcheront pas ils exigeront que ton sang soit versé en rétribution. Ne crois pas, non plus, que j'ai oublié l'insulte et le déshonneur qu'à fait subir ton pays à moi ainsi qu'a la Reine des Amazones. J'ai la mémoire longue et ma fureur sera inextinguible si les tributs versés à la Grèce ne devaient cesser. Tu me donneras un quart de tes profits chaque année et ce tant que la Grèce sera la Grèce. Saches que tu gouvernes selon mon bon plaisir et si jamais tu devais me déplaire, je mettrai fin à ton règne."
"Je sers selon la volonté de Marduk."
Xena secoua la tête légèrement et rit tranquillement. "Je connais le cérémonial de Marduk, Vedtrilan, et la possibilité d'expier tes péchés et ceux de ton peuple. Ne crois pas que j'hésiterai à te punir moi-même avec ou sans le consentement de Marduk, juste là pendant que tu t'entretiendras avec la prêtresse d'Ishtar." Xena entendit les pas des gardes et du prisonnier. "Comme je suis sur le point de le démontrer, la colère de la Grèce est inextinguible. Et seulement satisfaite par un tribut de sang."
Harib, le Marshall de la garde babylonienne força Allemane à s'agenouiller. Sans doute les forces de Vedtrilan devaient-ils déjà l'avoir interrogé, puisqu'il avait la lèvre fendue et le visage gonflé.
La Conquérante se mit à tourner autour du prisonnier, l'étudiant telle une lionne examinant sa proie. "Confesses-toi, Allemane."
Des yeux sombres, insolents se levèrent et se fixèrent sur elle au travers de boucles emmêlées.
"C'est la seule chose qui peux te garder en vie pour l'instant."
"Sale pute."
Xena se mouilla les lèvres lentement, comme si elle dégustait chaque mot. En inclinant la tête vers les cadavres dans l'alcôve, elle murmura, "Est-ce une façon de parler devant ton amoureuse? La mère de ton sale bâtard d'enfant?" Elle entendit Vedtrilan se racler la gorge, il était sur le point de dire quelque chose, Xena leva une main pour le faire taire. "Tu es un lâche, Allemane. Il y a très peu de choses je méprise davantage qu'un homme sans colonne vertébrale ou sans couilles."
D'un geste rapide elle referma une main de fer autour de ses testicules et serra, elle sentit la chair se rompre. Aussi rapidement, elle s'éloigna tandis qu'il tombait en position fœtale en poussant des hurlements assourdissants. "Tu semble pourtant avoir toute les parties nécessaire, mais je suppose que dans ton cas elles ne ce sont pas bien développés." Xena haussa les épaules et essuya sa main sur sa cape. "Avoue et tu pourras vivre. Parles-moi de ce que font les lâches."
"J'aurais dû te tuer la première," cracha-t-il entre ses dents.
Xena retroussa les lèvres. "Oui, tu aurais dû, si tu voulais réussir. Au lieu de ça, dans ta couardise, tu as tué notre hôte en l'empoisonnant. Toi, un invité dans sa maison, tu as osé porter atteinte à sa vie. Tu n'as aucun honneur."
"J'en ai plus que toi, Destructrice."
"Ne te leurres pas toi même. Chaque dirigeant que j'ai tué, je les ai tués en combattant. Mes intentions étaient clair; je me suis déclaré en tant qu'ennemi, leur ai donné une chance de s'armer et peut-être de survivre. Je ne suis pas venu en tant qu'invité. Je n'ai pas bu leur vin et mangé leur nourriture. Je n'ai pas accepté leur hospitalité. Je n'ai pas menti."
"O pardonnez-moi," Vint la réponse sarcastique.
"Je ne pense pas, non. Que croyais-tu retirer de cette sottise? Prévenir l'invasion de la Gaule par Rome en assassinant Pompey? Mais, tu t'attendais que ce serait César qui viendrait, non? Retirer une carte et c'est tout le château qui s'écroule." Elle fit un geste de la main. "Cela n'a plus aucune importance désormais. Ton plan était irréfléchi, mal conçu. Pareil que ton enfant mort."
"Je regrette seulement de ne pas avoir tué ta putain."
"Oh, dans quelques instants la seule chose que tu regretteras c'est qu'elle ait été blessée. Tu prieras tous les dieux du ciel pour qu'ils abrègent ton supplice." Lentement, Xena retira de sa botte le poignard qu'elle avait utilisée pour dévisager Pompey et le jeta sur le sol devant Allemane. "J'exige de toi une quantité de chair égale à ses blessures. Si tu peux te la prélever toi-même sur-le-champ, je te laisserai partir."
Le Gaulois resta immobile pendant un moment, regardant fixement le couteau devant lui. Il se redressa sur les genoux et il le considéra attentivement, comme si ce dernier aurait pu prendre vie sous ses yeux.
"Je suggère que tu commences par tes 'innommables', tu ne semble pas beaucoup t'en servir."
"Tu vas devoir me tuer, chienne."
De larges épaules se soulevèrent et retombèrent. "Si c'est ce que tu souhaites."
Il sembla y avoir quelques déplacements d'air devant lui et ensuite Allemane regarda vers le bas. Ses deux poignets étaient proprement entaillés de bord en bord et du sang s'écoulaient de ces derniers.
Xena s'accroupit à côté de lui et regarda le sang gicler sur le sol de marbre, un son mélodieux à ses oreilles, lui sembla-t-il. "Comment te sens-tu Allemane?"
"C'est un soulagement de savoir que je n'en ai plus pour très longtemps à supporter ta présence."
"Laisses-moi alors hâter ton voyage." Le couteau taillada de nouveau sa chair, cette fois de l'intérieur de son coude jusqu'à son poignet.
"Puisse ta putain mourir!" Se força-t-il à articuler, le visage pâle.
Un messager entra dans la salle du trône et fit une brève révérence devant Vedtrilan. Il se tourna vers la Conquérante pour transmettre son message, il hésita un instant devant l'horrible scène. "Majesté, la Reine Gabrielle vous demande."
De brillants yeux bleus se tournèrent vers le Gaulois. "Oh, ta dernière volonté est refusé, Allemane." Comme Xena se redressait, elle lui ouvrit la gorge d'une oreille à l'autre. "Et la mienne, est accordé."
