Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 37

Les jours suivants se déroulèrent dans une sorte de brouillard pour tous ceux qui avaient été mêlés, de près ou de loin, à l'expédition du Ministère de la Magie.

Ombrage n'avait pas encore quitté l'infirmerie, mais McGonagall revint de Sainte-Mangouste, très affaiblie mais toujours combative. Son retour contribua à faire revenir le calme à Poudlard et elle fit en sorte que les élèves qui n'avaient pas subi les BUSEs ou les ASPICs aillent en cours comme ils en avaient l'habitude, même pour les derniers jours de l'année scolaire.

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Emilie passa le week-end dans les cachots, mais prit ses repas dans la grande salle parmi ses camarades qui demandèrent de ses nouvelles avec gentillesse et une bonne dose de curiosité de la part de ses voisines de dortoir. Elle n'eut pas besoin de beaucoup se forcer pour feindre d'être malade, ayant encore du mal à trouver de l'appétit : malgré ses efforts, elle n'arrivait pas à se rassurer sur les dangers qui menaçaient son père. La vision de celui-ci étendu sur le sol et inconscient ne cessait de la hanter et elle passait près d'une heure chaque soir à tenter de vider son esprit. Quelques mois plus tôt, la Serdaigle aurait sans doute été très fière d'avoir réussi plusieurs potions difficiles dans des conditions précaires, mais elle était en réalité bouleversée de réaliser à quel point Snape comptait pour elle et avait encore du mal à accepter ses sentiments.

Elle avait assisté Snape pour la réalisation des potions dont avait besoin Hermione Granger. Apparemment, son ami Ron Weasley était aussi à l'infirmerie, mais son état était moins préoccupant et pouvait se satisfaire de préparations plus courantes. Potter, en revanche, demeurait presque invisible. Snape avait raconté à Emilie l'essentiel de ce qui s'était passé au Ministère et elle avait ainsi appris la mort de Sirius Black. Le seul souvenir qu'elle aurait de cet homme accusé à tort et condamné à douze ans de prison, gardé par les Détraqueurs, serait celui d'un homme aigri et malveillant qui l'avait délibérément insultée en apprenant sa filiation avec Snape. Elle plaignait cependant Potter qui, en plus de n'avoir pas connu ses parents, avait perdu l'une des rares personnes qui comptait pour lui. En effet, la perte qu'avait subi Potter la renvoyait inconsciemment à cette nuit où elle avait cru que son père mourrait devant elle, mais c'était une ligne de pensée qu'elle s'interdisait de suivre.

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Alessandro Gabelli, quant à lui, apprit ce qui s'était passé au Département des Mystères un peu avant tout le monde, comme les autres Slytherins.

Malefoy avait pris des airs supérieurs (un peu plus que la moyenne) depuis quelque temps et les enfants de Mangemorts proéminents qui se trouvaient à Poudlard avaient naturellement formé une sorte de garde rapprochée autour de lui. Le lendemain de la disparition de Potter et de ses amis, lorsque Dumbledore refit son apparition et surtout quand parut la première édition de LaGazette du Sorcier, l'arrogance se mua en une inquiétude palpable. Il était évident que son père avait trempé dans l'affaire, mais il ne fut nommé que dans l'édition du week-end du quotidien. La chute de la famille Malefoy était désormais programmée et l'équilibre des forces en présence se modifia quelque peu. Malefoy n'était pas le seul étudiant à subir les conséquences de ce qui s'était passé au Département des Mystères car le père de Theodore Nott avait été fait prisonnier sur place. Dans le dortoir que partageaient Alessandro, Walter et Galaad avec Nott, l'atmosphère était irrespirable, aucun des trois garçons n'ayant osé aborder le sujet avec leur voisin taciturne. Nott, quant à lui, restait littéralement muet du matin au soir et tenait à distance tous les membres de Slytherin, sans exception.

Le samedi après-midi, lorsque Alessandro et les « Conjurés » comme ils se désignaient eux-mêmes désormais, se retrouvèrent sous la volière, la discussion tourna en partie autour de ce qui s'était réellement passé. Les autres attendaient des éclaircissements car, sans vouloir dire les choses de façon crue, chacun savait que l'Italien était très ami avec la fille de Snape. Si personne ne pouvait vraiment déterminer où se situait la loyauté du professeur de Potions, il y avait en revanche fort à parier que sa fille savait quelque chose. Mais Alessandro, lui, ne savait rien.

Pendant deux jours il avait régulièrement activé le charme de Protée lui permettant de contacter Emilie, mais elle n'avait pas répondu. Au début, il avait pensé qu'elle était occupée et ne pouvait répondre, mais au fur et à mesure que la soirée avançait, il avait commencé à douter, d'autant qu'il ne l'avait pas vue à dîner. Elle avait finit par lui envoyer un message laconique le matin même en l'informant qu'elle avait été malade, mais allait mieux. Lorsqu'il l'avait entraperçue au petit déjeuner, il avait songé qu'effectivement, elle avait l'air souffrante, mais un rapide coup d'œil vers la table des professeurs l'avait conduit à se poser d'autres questions. En effet, si la jeune fille n'était pas dans son état normal, Snape, qui avait aussi été invisible pendant deux jours, avait lui l'air d'un cadavre tout juste revenu à la vie. De même, l'échange de regards qu'il avait surpris entre Malefoy et leur chef de maison avait de quoi laisser songeur : le jeune homme avait eu, l'espace d'un instant, le visage voilé par le ressentiment et le soupçon, tandis que Snape l'avait dévisagé sans ciller avec sa face la plus inexpressive. Alessandro était sûr que Snape était mêlé à l'affaire qui allait certainement envoyer Malefoy senior en prison, mais se demandait encore de quel côté.

Peu de temps avant la fin de la semaine, Alessandro et Oriana avaient repris à zéro leurs recherches sur le Fidelius, en s'aidant des notes prises par Emilie et des renseignements qu'elle avait glanés auprès de Flitwick. Ils avaient désormais une base théorique solide sur laquelle s'appuyer, et étaient certains de pouvoir créer un sortilège sur le même principe mais qui ne serait pas limité à la dissimulation d'un lieu. Tous deux prirent la décision de continuer à travailler sur la question pendant les vacances et de correspondre avec régularité.

Si tout se passait comme ils l'espéraient, ils pourraient développer leur petit groupe l'année suivante sans prendre de risques inutiles. Chacun des conjurés avait d'ailleurs constitué une petite liste d'élèves qu'ils estimaient dignes de confiance et que l'on pourrait peut-être recruter.

ooooo

Quelques jours après, dans un couloir abandonné du troisième étage, deux élèves profitaient des derniers moments qu'ils pourraient passer ensemble avant de se retrouver peut-être en septembre.

Le garçon était assis le dos calé contre le mur, les jambes croisées en tailleur. Sa compagne se trouvait en face, les jambes étendues devant elle. Entre eux était posé un verre contenant un liquide ambré et un sachet de cellophane craquant contenant des biscuits épais aux amandes. La conversation s'était interrompue depuis quelques minutes, lorsqu'Alessandro avait expliqué le rituel à Emilie : tous deux s'étaient en effet rendu compte qu'il était très difficile de maintenir une conversation intelligente tout en avalant des morceaux de biscuits trempés dans un vin blanc très sucré. Ils se bornaient donc à échanger des regards de connivence et des petits sourires satisfaits, en se contentant de remplir de nouveau le verre quand le liquide avait été absorbé par les biscuits.

Alessandro attendait avec anxiété les résultats des BUSEs : il savait que s'ils étaient bons, il serait définitivement accepté à Poudlard, son dossier ayant été retenu. Emilie, quant à elle, avait longtemps craint de demander à Snape si elle resterait l'année prochaine. Les évènements des derniers jours et l'inquiétude que Snape avait manifestée en la voyant mêlée à tout cela, laissait craindre qu'il ne la renvoie en France. Cependant, quand elle avait enfin pris son courage à deux mains pour poser la question fatidique, il lui avait répondu qu'il avait finalisé le transfert dès le mois de décembre, peu de temps après l'avoir reconnue, profitant de sa place dans l'équipe professorale et de l'appui de Dumbledore au conseil d'administration.

Alessandro prit la petite bouteille de vin et entreprit de verser le reste du contenu dans le verre mais sursauta en entendant tout d'un coup une voix grave à proximité :

« Monsieur Gabelli, Emilie, puis-je savoir ce que vous faites ? »

Une partie du vin s'était répandue par terre et Alessandro jura.

« Pas de grossièretés, monsieur Gabelli, cela sied mal à un Slytherin. Et bien ?

-C'est une spécialité florentine : on trempe des biscuits secs dans du vin sucré », intervint précipitamment Emilie.

Le sachet de biscuit était vide et Snape leva un sourcil interrogateur en direction d'Alessandro.

« Hum, quand il n'y a plus de biscuits, on boit le reste du verre », avança Alessandro en baissant la voix, mal à l'aise.

Snape se campa fermement sur ses pieds, croisa les bras et déclara avec sévérité :

« Evidemment, il n'y en pas un pour rattraper l'autre. Monsieur Gabelli, je crois que vous avez vos bagages à terminer. Alessandro se leva en saisissant le sachet vide, tandis que Snape poursuivait : cinq points en moins pour avoir fait entrer de l'alcool à l'école et cinq autres points en moins pour avoir entrainé un élève plus jeune que vous dans une action illicite. Il regarda ensuite sa fille d'un air moqueur : quant à toi, tu as été suffisamment malade et je crois qu'il est encore trop tôt pour que tu puisse déjà manger des sucreries ou boire une boisson alcoolisée. »

Emilie lui lança un regard outré et tendit le verre à son ami, mais Snape s'interposa et fit disparaître sachet, verre et bouteille.