Retour de personnes pas vues depuis un moment, et quelques surprises :)
Cette année-là, Tetsu passa les fêtes de Noël à Ôsaka en promettant de revenir pour le Nouvel An. Yukki pensait au départ être seul avec Kiara, puis Yume lui proposa de venir chez elle en invitant sa sœur en même temps. Le batteur apprit à cette occasion que la jeune fille risquait d'être accompagnée par son petit ami du moment, ce qui entraîna beaucoup d'interrogations. Cependant, l'étudiante refusa d'en parler et préféra dire à Yukki qu'il comprendrait lorsqu'il verrait l'homme en question, rencontré à un concert.
- Tu es sûre qu'accueillir cinq personnes ne sera pas trop ? demanda-t-il le lendemain à son amie, quand il lui fit part de son envie d'inviter Ken.
- Mais non, plus on est de fous plus on rit ! Et puis, ça serait dommage que ton pote guitariste reste cloîtré chez lui parce que ses vieux lui font la gueule !
Le soir du 25, il récupéra donc Ken à la station de métro menant jusque chez Yume. Jinta l'accueillit avec un grand sourire et présenta son chien à Kiara. Les deux enfants chaudement habillés gagnèrent ensuite le jardin où Kiara décida de construire un bonhomme de neige. Ken proposa son aide à Ueda dans la cuisine, et Yukki parla à son amie des projets musicaux du groupe.
- Tu pourras t'occuper d'elle pendant mon déplacement aux États-Unis ?
- Évidemment, je vais pas laisser ta gamine livrée à elle-même ! Faudra juste que tu me dises comment ça se passe avec son école, et les règles établies sous ton toit.
- Oui, bien sûr. J'ai fait une photocopie de son dossier scolaire au cas où. Comme l'école ouvre à huit heures trente, je la dépose à l'arrêt de bus une demi-heure avant. Je te montrerai où il se trouve si tu ne peux pas la conduire directement, c'est à quelques minutes à pied de chez moi. Quant au reste... Elle est allergique aux fraises, alors ne cède pas si elle essaie de te soudoyer. Et si tu as la possibilité de l'emmener au concert de Hatsune Miku au Zepp d'Odaiba, tu auras sa reconnaissance pendant des semaines.
- Pas de souci, Yuchan. Tu sais à quelle heure ta sœur arrive ?
- Vers vingt et une heures. Son copain est dans la musique, il avait un petit live avec son groupe ce soir, expliqua l'Animagus.
Yume hocha la tête.
- Dans ce cas, je te suggère de faire manger les petits, les mettre au lit et commencer l'apéro ensuite.
- Ça me va.
Si Jinta accepta facilement d'aller dormir, ce ne fut pas le cas de Kiara encore bien éveillée à cause du rythme des vacances. Il fallut que Yukki la menace de conserver ses cadeaux pour qu'elle obtempère enfin.
- Mais c'est pas juste... Pourquoi je ne peux pas rester ?
- Parce que tu as cinq ans, et qu'à cette heure-ci les enfants de ton âge dorment déjà.
Yukki fit ensuite un passage rapide à son appartement le temps de disposer les cadeaux sous le sapin, puis revint s'installer à table avec ses amis.
- Prêts pour le premier déplacement du groupe à l'étranger ? demanda Yume en piochant dans le bol de chips.
- Et comment ! s'exclama Ken. Ce sera aussi l'occasion pour Hyde et moi de voir autre chose que le Japon. Alors oui, j'ai hâte en ce qui me concerne.
Yukki garda le silence, montrant ainsi qu'il ne souhaitait pas s'étendre sur le sujet. Il annonça qu'il sortait fumer, et le guitariste l'accompagna sans lui poser la moindre question. Adossés contre l'appui de la fenêtre, ils profitèrent du calme nocturne jusqu'à ce qu'un bruit de pas attire leur attention. L'instant suivant, Yukki laissa tomber sa cigarette tandis que sa sœur le saluait.
- Je suppose que je n'ai pas besoin de te le présenter, Oniichan.
- ... Pas vraiment, non.
Ken qui affichait une mine ravie bouscula presque l'Animagus pour serrer le nouveau venu contre lui.
- C'est super de te revoir !
- À qui le dis-tu, mon grand ! Bonsoir Yukihiro.
- Salut... Sakura.
Comme les retrouvailles s'éternisaient, Erina fut parcourue d'un frisson. Sakura retira aussitôt son blouson et le déposa sur les épaules de la jeune fille, stupéfiant en même temps ses voisins.
- J'aimerais bien qu'elle rentre si ça ne vous gêne pas, déclara-t-il. Elle va finir par choper un rhume, et ce serait dommage en pleine période de fêtes.
- Merci Yasunori, répliqua l'étudiante avec un sourire.
Yukki lui ouvrit la porte en prévenant qu'il rentrerait sous peu et se tourna vers Sakura.
- Tu es avec Erina juste pour le physique ?
Son interlocuteur fronça les sourcils.
- Mais pourquoi tu penses tout de suite au sexe ? Ce n'est pas parce que ta sœur est vraiment mignonne qu'on ne fait que partager le même lit !
Il reçut immédiatement un regard noir.
- À une certaine époque, reprit Yukki, je t'ai pourtant entendu dire que je n'étais pas mal du tout et que le fait que je me débrouille bien m'autorisait une faveur.
- Ça fait presque six ans ! protesta Sakura. Si tu crois que je me suis fixé comme challenge de me taper ta sœur pour "collectionner" la fratrie, tu te trompes ! Et puis d'ailleurs, c'est elle qui m'a sauté dessus la première, pas l'inverse ! Elle ne m'a dit son nom de famille qu'au bout de trois semaines !
- Parce que vous avez déjà couché plusieurs fois ?!
- Qu'est-ce que tu t'imagines ? On se fréquente depuis fin septembre ! Tu pensais qu'Erina était une nonne ?
- ...
À quelques mètres de là, Ken qui ne perdait pas une miette de la conversation devait se mordre la lèvre pour ne pas rire.
Parmi tous les musiciens de la ville, il fallait que ce soit lui qu'elle choisisse ! Je sens que je vais bien me marrer quand ils seront réunis tous les trois...
- Et sinon... Comment ça se passe entre le tyran et toi ?
HA HA HA !
- Très bien, se contenta de répondre Yukki, en jetant un coup d'œil à Ken en train de s'étouffer. Ça fait quatre mois et demi, et c'est bien parti pour durer.
Sakura hocha pensivement la tête puis sortit une cigarette de sa poche.
- Tant mieux alors. Erina se fait du souci pour toi, elle sera rassurée d'apprendre que tu n'as pas de problèmes. Comme ça, je m'inquièterai moins pour elle. J'apprécie ta sœur et je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit.
... C'est bien le Sakura porté sur la chose qui vient de parler ?
Les yeux écarquillés du batteur firent réaliser à Ken qu'il avait bien entendu.
- Je n'aurais jamais cru que tu puisses être sentimental.
- Ah ça... Les gens changent, Yukihiro.
- Il semblerait, oui...
- Les gars, vous venez manger avant de vous changer en glaçons ? lança soudain Yume depuis la porte.
- Bien, maman, on arrive !
La moquerie de l'Animagus lui valut une tape à l'arrière du crâne lorsqu'il passa à côté de son amie, et il s'installa avec un air faussement vexé.
Assis l'un en face de l'autre pendant le repas, Erina et Sakura échangeaient parfois des sourires sous le regard amusé de Ken. De son côté, Yukki se détendit à mesure que la soirée passait. Après tout, si la relation entre le batteur et l'étudiante durait bien depuis plusieurs mois, elle était un minimum sérieuse.
Un peu plus tard, l'Animagus se retrouva finalement seul avec sa sœur pendant que Yume aidait Ueda pour le dessert et que les deux restants fumaient dans le jardin.
- Tu me racontes comment ça a démarré entre vous ?
- On s'est rencontrés dans un live house fin septembre, expliqua Erina. Je savais déjà qui il était, bien sûr. Il n'y avait pas beaucoup de présents, alors tous les spectateurs ont pu participer à un after. J'ai discuté un moment avec lui, et il m'a demandé mon numéro avant que je parte. Même en sachant ce qu'il voulait vraiment de moi, je le lui ai donné à la condition d'avoir aussi le sien. Je l'ai revu chaque samedi soir d'octobre, et à la mi-novembre j'ai accepté qu'on passe enfin à l'acte.
- D'accord, marmonna l'Animagus pas vraiment convaincu par la sincérité de Sakura.
- Oniichan, je sais ce qu'il y a eu entre vous, déclara sèchement la jeune fille. Crois-moi, c'est bien différent de ce que je vis. Yasunori n'a plus dix-neuf ans mais vingt-cinq ! Et si tu veux un argument convaincant, il est allé doucement quand je lui ai dit que j'étais toujours vierge.
... Incroyable...
- De toute façon, ce n'est pas comme si on habitait ensemble. Il a son appart' près du parc Yoyogi, et le mien est à Shinagawa puisque j'ai fini par quitter Chiba. Ça nous permet de ne pas être collés l'un à l'autre en permanence même si je dors parfois chez lui. En fait, je... J'appréhende le jour où il viendra me chercher à l'école pour qu'on passe le weekend à deux, reprit-elle après un silence. Parce qu'un tiers des élèves de ma classe apprécie le groupe, et quelques-uns regrettent le départ de Yasunori malgré ton talent.
- Tu veux que je lui en parle ? proposa Yukki.
- Non, ça ira. C'est quelque chose qui concerne seulement notre couple.
- Comme tu voudras.
Quelques secondes de mutisme, et Erina prit à nouveau la parole.
- J'ai entendu dire par Yasunori que tu n'es plus célibataire... C'est vrai ? Tu sors avec qui ?
Yukki rougit aussitôt.
- Oui, c'est vrai... Tu connais son visage d'ailleurs, c'est mon "chef" dans le milieu de la musique.
- Noooon ? Tetsuya et toi êtes en couple ?!
L'Animagus se contenta d'acquiescer.
- Puisqu'on en est aux révélations, autant continuer... Il y a deux semaines, j'ai appris que j'avais une fille de cinq ans. Elle s'appelle Kiara, et pour l'instant, elle dort à l'étage.
La surprise passée, Erina se leva et quitta la pièce en courant.
- Ça... ça fait pas mal de surprises, Oniichan, avoua-t-elle en revenant quelques minutes plus tard. Voir son visage m'a prouvé que tu ne plaisantais pas. Ta fille va faire tourner bien des têtes à l'avenir ! Dis-moi... Elle est comme toi ou pas ?
- Aucune idée. Yume est allée consulter la liste des futurs élèves de l'école et elle n'y figure pas. Ça arrive quand la magie n'est pas encore éveillée chez un individu, alors je vais devoir attendre pour être fixé, conclut Yukki. Maintenant, à mon tour de te poser une question : est-ce que Sakura connaît mon secret ?
Scandalisée, Erina s'exclama :
- Évidemment que non ! Pas que je n'ai aucune confiance en lui ceci dit... Je pense qu'il réagirait positivement, mais on ne sait jamais. Je préfère éviter de lui en parler pour ne pas avoir à choisir entre vous deux.
- Tu ne serais pas amoureuse, par hasard ? demanda malicieusement le batteur.
Ce fut au tour de la jeune fille de rougir.
- J'aime bien être avec lui, on a pas mal de points communs. Et aussi... Yasunori est le premier à me mettre suffisamment à l'aise pour que je veuille passer à l'acte. Donc au final... je ne suis pas sûre de ce que je ressens. Je peux juste te dire que c'est différent des flirts que j'ai eus au lycée.
- Tant qu'il ne te fait pas de mal, je ne vois pas pourquoi j'aurais quelque chose à dire sur votre relation.
Ravie, Erina lui sauta au cou.
- C'est vrai que je n'ai pas besoin de ton accord pour sortir avec une personne qui me plaît, mais ça fait quand même du bien !
Peu de temps après, Yume sortit de la cuisine en portant le plateau avec les bûches, et les discussions dérivèrent sur des banalités. À la fin du repas, Yukki tendit un paquet à sa sœur qui s'apprêtait à prendre congé.
- Merci beaucoup, je l'ouvrirai chez moi, dit-elle avec un sourire. Yasunori, on y va ?
- Si tu veux.
Ken les suivit puisqu'il passerait également la nuit chez son ami, et Yukki les regarda s'éloigner en remarquant que l'étudiante tenait la main de Sakura dans la sienne. Il aida Yume à débarrasser, vérifia que Kiara dormait toujours, puis s'installa sur le canapé du salon en saisissant son portable.
Joyeux Noël, Tet-chan.
À toi aussi... Je reprends le Shinkansen demain vers midi, donc arrivée aux environs de quinze heures chez toi.
Je t'attendrai à la maison avec Kiara. Bonne nuit...
Bonne nuit, Yukki.
Un message d'Erina le remerciant pour la tablette graphique arriva peu après, faisant sourire le batteur et entraînant ensuite un froncement de sourcils.
J'avais oublié ton cadeau et je l'ai donné à Ken pour qu'il fasse l'intermédiaire. Ce n'est pas grand-chose, mais je pense que ça te fera plaisir quand même.
Intrigué, Yukki réfléchit un moment. L'étudiante avait juste assez d'argent pour le loyer, les factures et les courses, ça ne pouvait donc pas être un objet hors de prix...
Je verrai bien quand on sera réunis pour le Nouvel an, se dit-il finalement en éteignant la lumière.
Une semaine plus tard, il fondit en larmes dans les bras de Tetsu qui s'efforça de le réconforter. Les responsables de son bouleversement : la dernière photo d'Erina et lui ensemble, avant qu'il parte à Mahoutokoro. Une boule de poils noirs s'était nichée dans son cou, et Yukki entendait encore les ronronnements du petit félin.
Je pense que cette photo te revient plus qu'à moi. Elle date du jour de tes onze ans, tu te rappelles ? Ça en fait quinze , et pourtant j'ai encore en tête ton visage ravi quand tu as découvert Kuro... Même si je ne l'ai pas vu grandir, je reste persuadée qu'il n'aurait pas eu de meilleur maître que toi.
Joyeux Noël.
- Ça va aller ? demanda le bassiste après quelques minutes.
- Oui... Juste des souvenirs qui remontent à la surface. Ma sœur disait vrai, c'est sa valeur sentimentale qui rend la photo importante.
- Je peux te laisser seul si tu en as envie.
- Non, reste... J'ai besoin de ta présence.
- D'accord, d'accord. Je ne t'abandonnerai pas.
Yukki esquissa un sourire, puis l'étreinte s'approfondit quand ils s'installèrent sur le canapé. Kiara dormait depuis un moment, les deux amants ne seraient donc pas dérangés s'ils restaient silencieux.
Les mois suivants filèrent sans que le groupe, occupé à finaliser l'écriture des albums, faire quelques apparitions télé et recevoir des récompenses, ne les voie s'écouler. De son côté, Yukki dont l'horaire s'était allégé avec la nouvelle rentrée puisqu'il enseignait la métamorphose avancée, avait appris qu'il donnerait en plus des cours à des élèves étrangers à la reprise de septembre. Être face à un groupe d'adolescents venus des quatre coins du monde l'angoissait, et il comptait bien profiter du mois d'août pour s'y préparer. Enfin, s'il lui restait du temps libre puisqu'il préférait évidemment passer du temps avec Kiara, sans oublier les concerts prévus.
Le dernier weekend d'avril, il resta enfermé chez lui avec sa fille qui se mit à pleurer lorsque l'heure d'aller chez Yume arriva.
- Tu vas partir longtemps ? demanda-t-elle en se frottant les yeux.
- Regarde, tu vois cette case sur le calendrier ? C'est aujourd'hui, expliqua le jeune homme. Et je reviens à cette case-là.
- Un, deux, trois, quatre... Ça fait beaucoup, papa !
- Je sais... Je te parlerai avec l'ordinateur si j'en ai l'occasion. Qu'est-ce qui te ferait plaisir comme cadeau Disney ?
- Mh... Une peluche de Pocahontas, ou bien un grand Simba !
L'Animagus se mit à rire.
- C'est d'accord, ma puce. Je te ramènerai au moins un des deux.
- Merci papa ! s'exclama la fillette pendue au cou du batteur.
- Allez, on y va... Sinon je vais être en retard à l'aéroport.
Kiara ne lâcha sa main qu'en apercevant le chien de Jinta, et elle se précipita dans le jardin une fois débarrassée de son sac. Il fallut que Yukki la rappelle pour la prévenir de son départ, s'attirant une moue boudeuse.
- N'oublie pas mes recommandations, surtout sur son régime alimentaire, signala-t-il ensuite à son amie.
- T'inquiète, ta gamine est entre de bonnes mains. Je la surveillerai aussi en cas d'acte magique spontané. Amuse-toi bien, Yuchan, et rendez-vous le 6 mai !
Il arriva bon dernier à Narita, s'attirant une remarque de Ken au sujet d'une prétendue fille. Hyde lui donna alors un coup de coude, et les quatre hommes protégés par des gardes du corps se dirigèrent vers la porte d'embarquement.
Durant le vol, Yukki dont les épaules servaient d'appui à Hyde et Tetsu devint rapidement la cible des moqueries du guitariste assis à côté du hublot. Lassé par les enfantillages de son ami, il sortit son Ipod pour être tranquille et finit par s'endormir avec Joy Division dans les oreilles.
Une fois installés à l'hôtel l'après-midi suivant, ils décidèrent d'un commun accord de découvrir les environs en appelant un taxi. Le chauffeur les déposa sur une grande artère où ils marchèrent un moment, et la vue de certains bâtiments rappela des souvenirs à l'Animagus. Hyde et Ken essayaient de retenir tout ce qu'ils voyaient, pendant que le leader encouragé par d'autres couples saisissait la main de Yukki dans la sienne. Il repéra soudain un magasin et se tourna vers le batteur avec un sourire faisant trois fois le tour de sa tête.
- Ça t'ennuie de m'accompagner ? Je veux absolument voir ce qu'ils ont !
- Mh, pourquoi pas... Si on attend jeudi, des articles auront peut-être été achetés entretemps. Et vous, qu'est-ce que vous prévoyez ?
Hyde répondit qu'il souhaitait se promener le long de l'avenue, et Ken le suivit en espérant croiser une fille. Yukki eut juste le temps de convenir avec eux d'un rendez-vous avant d'être entraîné presque de force par Tetsu. Il eut du mal à garder son sérieux lorsque le bassiste se dirigea vers une cabine en tenant autant de vêtements qu'il pouvait porter. Yukki n'hésita pas à lui donner son opinion, et il quitta la boutique avec seulement trois chemises et un jean, ce qui représentait un exploit.
Leurs amis les attendaient à l'extérieur et reprochèrent à Tetsu la séance d'essayage interminable. Conciliant, le jeune homme s'excusa en proposant de les inviter au café-lounge voisin, ce que Hyde accepta aussitôt. À cause de sa tentative de séduction avortée, Ken fut un peu plus long à convaincre mais finit par céder. La bonne humeur revint devant les Panini et les baklava, puis le groupe rentra tranquillement à l'hôtel.
- Ne vous dépensez pas trop, murmura Hyde. Rappelez-vous qu'on a droit à un marathon demain.
- Pas de souci, Doiha-chan. Le décalage horaire nous épuise tous, on pourra dormir un peu plus longtemps.
- Alors bonne nuit les gars, conclut le chanteur avec un sourire.
Décidant tout de même de suivre le conseil de leur ami, les deux musiciens se contentèrent d'une douche commune où le batteur gémit suite à une douleur aux vertèbres. De retour dans la chambre, Tetsu s'appliqua à faire disparaître les contractions musculaires du dos de Yukki, dues à l'immobilité forcée du voyage. Beaucoup plus détendu, l'Animagus ne tarda pas à s'endormir en sentant son voisin s'installer contre lui.
Le tournage débuta en milieu de matinée, enchantant Yukki déjà de bonne humeur après une discussion avec Kiara. Il était avec trois de ses proches dans une ville qu'il appréciait, et pour un amateur de vitesse comme lui, une course-poursuite serait forcément excellente.
Pour le moment, Hyde conduisait la voiture rouge le long de la route désertique, suivi de près par deux véhicules de la police et précédé de celui où se trouvait le réalisateur avec son équipe. Yukki était assis à la place du passager, et les deux derniers surveillaient le sac de billets volés dans une banque un peu plus tôt. Enfin, ils surveillaient... Comme le batteur, Ken s'occupait davantage de regarder le paysage en tenant une cigarette tandis que Tetsu s'amusait avec un pistolet à fléchettes.
La ville était hors de vue depuis longtemps quand le réalisateur décida de dresser les tentes qui les abriteraient du soleil pendant le repas. Installé à côté de Hyde, le batteur qui avait retiré son large bandeau se repassait les facéties de Ken. Après être passé en courant devant le radar portatif d'un des figurants, il s'était allongé sur le capot de la voiture servant au clip en échangeant des rires avec l'homme à ses côtés. Malgré le fait que le véhicule soit sur une plateforme pour permettre au caméraman de filmer les quatre amis, le comportement du guitariste avait frisé l'inconscience.
Alors qu'il levait son verre, un sourire en coin naquit sur les lèvres de Yukki au moment où le souvenir de Tetsu menotté par un des policiers lui revint en mémoire.
- Qu'est-ce qui t'amuse ? demanda le bassiste en face de lui.
Je me disais juste qu'utiliser parfois certaines choses lors de l'acte pourrait être intéressant.
Tetsu rougit à la lecture du message sur son portable et eut ensuite bien du mal à se concentrer sur ce qu'il mangeait.
Un peu plus tard, en faisant tinter son verre contre ceux de ses amis, Yukki fut envahi par une sensation jamais éprouvée auparavant : celle d'avoir enfin trouvé sa place en étant vu à sa juste valeur par son entourage. Il désirait simplement se faire accepter malgré ses nombreux défauts... Et il semblait y être parvenu. Tetsu, Kiara, Erina, ses amis, ses élèves, la musique... Et même cet idiot de Sakura qu'il commençait à apprécier. L'ensemble suffisait à assurer son bonheur, mais il ignorait ce qui se passerait si un des éléments formant sa vie lui était arraché. Il se laisserait probablement dépérir s'il s'agissait de son amant ou de sa fille...
- Yukki, tiens ! lança le bassiste en lui donnant quelques billets.
Amusé, l'Animagus lâcha lui aussi les dollars qui s'envolèrent en direction des voitures de leurs poursuivants. Finalement, le groupe atteignit le barrage de police, et Hyde donna un grand coup de volant à droite comme prévu avant de s'arrêter.
- Normalement, vous êtes censés tomber dans un précipice, mais ce sera la tâche de ceux s'occupant du montage avant la diffusion, annonça le réalisateur aux musiciens. On va rentrer maintenant, il se fait tard et vous avez intérêt à être en forme même si vous passez la journée à Los Angeles.
- Ne vous inquiétez pas, nous serons à l'heure demain soir, assura Tetsu.
Tandis que Ken et Hyde choisissaient de découvrir le parc d'attractions d'Universal Studios à Hollywood, Tetsu convint avec le batteur de le retrouver devant le plus grand magasin de disques de la ville. Ayant reçu un message de Katherine lui proposant de venir lui donner quelques nouvelles, Yukki avait décidé de faire un détour par Venice sans ses amis.
- Désolé de ne pas prendre l'avion avec vous, s'excusa-t-il. J'ai quelqu'un à voir sur place, alors je serai là-bas avant même que vous décolliez.
- C'est qui ? demanda Tetsu avec méfiance.
- Une femme à qui je dois beaucoup, répondit Yukki en retenant un sourire face à la jalousie de son amant. Ne t'inquiète pas, il ne risque pas de se passer quelque chose entre elle et moi. Sauf erreur, elle doit avoir quarante-huit ans maintenant.
- J'aime mieux ça, conclut le leader soulagé.
Retrouver la bonne maison ne fut pas difficile, mais au moment d'appuyer sur la sonnette, Yukki suspendit son geste. Même s'il avait confirmé sa venue, était-ce une bonne chose de revoir une personne ayant un rapport avec son passé ? Seule la pensée d'être considéré comme un rustre s'il partait le poussa à signaler sa présence.
Une petite voix se fit immédiatement entendre, et quelques instants plus tard, Yukki se retrouva face à un enfant aux cheveux flamboyants qui le fixait de son regard bleu. Tout le portrait de sa mère.
- Zack, je t'ai déjà dit de ne pas ouvrir aux inconnus ! s'exclama une femme que le batteur n'apercevait pas encore. On a beau vivre dans un quartier riche, tu risquerais de...
La vue du jeune homme sur le seuil la rendit subitement muette.
- Oh mon dieu... Yukihiro, c'est toi... ?
- Bonjour Katherine, déclara l'Animagus dont le sourire s'élargissait.
- ... Grace, descends t'occuper de ton frère !
- JE FINIS LES IMPRESSIONS DE MES PHOTOS ET J'ARRIVE, C'EST PROMIS !
Quelques instants plus tard, alors que Yukki était assis dans la cuisine avec un Coca à la main, une cavalcade se fit entendre dans les escaliers. La responsable du vacarme apparut bientôt dans le champ de vision du batteur, à qui il suffit d'un simple coup d'œil pour avaler de travers.
Sur sa droite se tenait une adolescente affichant une expression de contentement, sûrement due à la présence de l'invité. Ses vêtements étaient entièrement noirs, tout comme le vernis qu'elle portait, ses mitaines et ses cheveux descendant jusqu'en bas de son dos. Seule touche de couleur : un ruban violet, auquel était attaché un papillon en argent, ornait le cou de la jeune fille. Malgré sa tenue, elle devait faire tourner bien des têtes.
- YUKIHIRO ! cria-t-elle en se jetant sur le musicien.
- ... Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de la petite Grace qui s'installait sur mes genoux pour regarder Dora l'exploratrice ?
- Hé ! J'ai plus neuf ans mais seize, je te signale ! Quant à toi... Tu n'as pas grandi, mais qu'est-ce que tu t'es musclé !
Sous le regard de sa mère qui tentait de masquer un fou rire, Grace souleva le T-shirt de son interlocuteur afin de dévoiler ses abdominaux.
- Ouah, j'étais loin de m'imaginer une telle transformation ! Si tu es avec quelqu'un, je l'envie ! Le toucher doit être super agréable !
- ... Merci, souffla Yukki devenu écarlate.
- Bon, Zack, tu as ton maillot de bain ? demanda-t-elle à l'enfant.
- Oui, grande sœur.
- Alors allons-y !
Remis de sa stupéfaction, Yukki marmonna :
- Elle a... changé.
- Alicia et elle sont en première année de lycée maintenant, dit Katherine. Un établissement spécialisé dans les arts, précisément. Grace suit des cours d'arts visuels et de français, et Alicia veut devenir professeure de batterie depuis un concert qu'elle a vu à douze ans. Maintenant, elle passe presque tout son temps libre à parcourir les magasins de disques à la recherche de nouveautés. Inutile de préciser que son argent de poche du mois ne dure pas bien longtemps.
L'Animagus demanda après un silence :
- Et Zack ?
- Il vient juste d'avoir six ans. Normalement, il aurait dû naître fin mai, sauf qu'à cause de mon âge la grossesse ne s'est pas très bien passée, et l'obstétricien a décidé qu'une césarienne était préférable. Prématuré d'un mois, ce n'est pas encore dramatique.
- Mais vous... vous semblez avoir pris une décennie, observa Yukki en remarquant les rides et les fils blancs parsemant les cheveux roux de la praticienne.
- Ah ça... Avoir un fils à vingt ans ou deux filles à trente-deux n'a rien à voir avec un enfant à quarante passés. Heureusement, les jumelles sont d'une aide précieuse. Et... Chûya vient de temps à autre pour garder le petit.
À l'entente du nom, le verre de Yukki se brisa dans sa main. Katherine se leva aussitôt et l'entraîna vers l'évier où elle lui ordonna de passer les coupures sous l'eau froide pour faire disparaître les éclats éventuels. Elle s'esquiva le temps d'aller chercher sa baguette et fit disparaître les plaies du jeune homme.
- Désolée, je n'aurais pas dû parler de lui.
- Ça ne fait rien. Ce n'est pas votre faute s'il m'a quitté.
Les sourcils froncés, Katherine hocha la tête en silence. Elle partit sur un terrain moins sensible en posant des questions sur la carrière de Yukki, et l'Animagus retrouva peu à peu le sourire alors qu'il parlait de toutes les bonnes choses s'étant produites. Katherine remarqua vite qu'un nom revenait plus souvent que les autres et ne put s'empêcher de demander qui était "Tetsuya".
- Oh, euh... C'est le leader du groupe, et un bassiste vraiment doué, répondit le batteur subitement rouge.
- Leader et bassiste seulement, tu es sûr ?
- ... D'accord, j'avoue... Nous formons officiellement un couple depuis six mois.
- Et officieusement ?
- Notre première nuit remonte à la fin d'août dernier.
Le visage de son interlocutrice s'éclaira.
- Je suis vraiment contente que tu te sois remis de la rupture. Le plus réfléchi de vous deux, ce n'était certainement pas mon fils ! Il a mis un semestre à nous avouer qu'il t'avait laissé tomber pour quelqu'un d'autre. Grace ne lui a pas adressé la parole pendant des semaines, et il a reçu un sacré savon de la part de Ryan. Je ne l'avais jamais vu s'énerver autant d'ailleurs... Je m'en souviens bien, ça s'est produit pendant un repas de famille.
- Dis-moi, Chûya, c'est gentil de ta part d'être venu travailler ici pour te rapprocher de nous, mais qu'en pense Yukihiro ? Vous vous voyez régulièrement ?
Le teint pâle du grand brun et son mutisme lui valurent quatre paires d'yeux braquées sur lui.
- Je... Il était plongé dans la musique, moi dans le travail au Ministère, et on ne faisait plus que se croiser. Alors... alors j'ai fini par céder aux avances d'une collègue lors d'un de mes déplacements.
Un silence pesant s'abattit aussitôt dans la pièce.
- Ça remonte à quand ? demanda Ryan d'une voix faussement calme.
- J'ai rompu avec lui fin octobre en lui disant que j'aimais mieux partir que continuer à le tromper. Comme ça, il n'aura plus de problème à s'investir dans un groupe.
Les jumelles sursautèrent au moment où le poing de leur père rencontra violemment la table.
- Tu as fait QUOI ?
- Il m'a même effrayée ce jour-là, conclut Katherine. J'ai cru qu'il allait frapper Chûya pour son manque de maturité.
- Et vous, vous ne lui avez fait aucun reproche ?
- Pas vraiment, non. Je lui ai simplement dit en apprenant la nouvelle qu'il était hors de question que cette fille vienne chez nous. Elle est partie sans prévenir deux mois plus tard, et à ma connaissance il n'a eu que des aventures passagères depuis.
Yukki ressentit une pointe de satisfaction. Comme ça, son ex savait ce que l'on ressentait en cas de déception amoureuse.
- Je vais devoir y aller, annonça-t-il après un regard à l'horloge murale. L'avion de mes amis va bientôt atterrir.
- Avant de prendre congé, tu n'as rien d'autre à me raconter ?
- ... Suite à la rupture, j'ai eu des coups d'un soir moi aussi. Ma fille s'appelle Kiara, a cinq ans et demi, et j'en ai la garde exclusive depuis début décembre.
Revenue entretemps avec son frère, la lycéenne donna une grande tape dans le dos du batteur.
- T'as intérêt à nous montrer une photo, mon grand !
- Je peux même le faire maintenant, répliqua Yukki en sortant son portefeuille.
- Ça alors... Y a pas de doute, c'est la tienne ! s'exclama Grace. Vous avez la même tête !
- C'est ce que tout le monde dit, oui. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser... Il est vraiment temps que je parte.
Katherine le raccompagna jusqu'à la porte et lui proposa de revenir si jamais il en avait la possibilité. Yukki acquiesça en souriant et partit en direction d'une ruelle. La dernière chose que la praticienne entendit fut le craquement caractéristique d'un transplanage.
Il se tenait devant la porte par où arriveraient ses amis lorsque Ken l'aperçut et lui fit aussitôt un grand signe. Yukki afficha un air ravi dès que Tetsu l'eut rejoint, et le groupe se sépara devant l'aéroport puisque Hyde et le guitariste empruntaient un taxi les emmenant au parc. Un peu plus tard, ses achats vestimentaires comblés, Tetsu suivit son amant jusqu'au magasin de disques. Ils convinrent une fois entrés de se retrouver au rayon du rock anglophone, et Yukki partit immédiatement en quête d'albums et de singles intéressants. Il parcourait les étagères consacrées à Joy Division quand une voix féminine issue de la rangée voisine attira son attention.
- Excusez-moi... Vous ne seriez pas Tetsuya du groupe L'Arc~en~Ciel ?
Le bassiste embarrassé répondit par l'affirmative, et l'enthousiasme de la fille augmenta d'un coup.
- Je le savais ! Vous pourriez signer les CD que j'ai sur moi ?!
- Bien sûr, si ça peut te faire plaisir. À quel nom ?
- Je m'appelle Alicia, et j'adore ce que vous faites !
Eh bien, le monde est petit... Même si j'aurais dû m'y attendre.
- Vous comptez jouer aux États-Unis bientôt ?
- Non, nous sommes juste ici pour tourner des clips.
- Oh, dommage... Merci quand même pour les autographes.
- De rien, Alicia.
Au lieu de partir, l'adolescente se mordit la lèvre en hésitant sur la conduite à tenir. Elle se décida enfin et questionna :
- Si je peux me permettre, Tetsuya-san... Comment va Yukihiro ?
- ... Pardon ? Tu le connais personnellement ?
- Oui... En fait, mon f...
Devinant ce que la jeune fille allait dire, Yukki prit les devants et s'approcha.
- Je vais très bien, merci de te soucier de ma santé.
L'adolescente aux longs cheveux bouclés laissa tomber son sac, et comme sa sœur jumelle une heure auparavant, elle sauta au cou du jeune homme.
- C'est bon de te revoir après tout ce temps, déclara-t-elle. Je suppose que tu es allé voir maman ?
Yukki hocha la tête et fit comprendre à son amant qu'il lui expliquerait dehors. Seulement, il n'avait absolument pas prévu ce qui se produisit.
- Merci beaucoup, Tetsuya-san. Yukihiro... J'ai été contente de te rencontrer à nouveau.
- Alicia, qu'est-ce que tu fais ? Je te rappelle qu'on a un cadeau à chercher pour Zackarie, alors dépêche-t...
Par tous les Kami... Pourquoi je tombe sur une personne que je souhaitais ne jamais revoir ?
Debout à un mètre à peine, Chûya s'était figé sur place.
- Yukihiro, c'est vraiment toi ? souffla-t-il.
- Non, je suis le pape et j'attends ma sœur, répliqua sèchement le jeune homme. (référence cinématographique)
Consciente que la situation risquait de dégénérer, Alicia préféra fuir. De son côté, Tetsu qui se doutait de l'identité de l'inconnu ne se gêna pas pour déposer un baiser tendre sur la joue de son amant.
- Je... Je suppose que vous êtes ensemble, bredouilla son ex.
- Bravo, Sherlock ! Tu as deviné tout seul ?
Malgré son antipathie croissante, le bassiste décida de voir ce que Yukki allait faire. Au besoin, il interviendrait pour rappeler qui fréquentait le batteur à présent. Toutefois, que le brun se dirige vers lui l'étonna beaucoup même s'il n'en laissa rien paraître.
- Enchanté de faire votre connaissance, dit Chûya.
Tetsu ignora la main tendue et déclara froidement :
- Le plaisir n'est pas réciproque. La seule chose pour laquelle je dois vous remercier, c'est d'avoir quitté Yukihiro. J'ai pu m'apercevoir qu'il est une perle, et je ferais n'importe quoi pour lui.
Rougissant depuis que le bras de Tetsu entourait sa taille, le batteur dit à son tour :
- J'ai connu l'enfer quand tu m'as laissé tomber, et je m'en suis sorti grâce à des vrais amis. Alors évite de dire ou de tenter quoi que ce soit. C'est fini entre nous, tu n'existes plus pour moi, et il ne se passera plus jamais rien. La meilleure chose qui a découlé de la rupture, c'est que j'ai rencontré Tetsuya, et qu'il représente maintenant la moitié de ma vie. Il en connaît quasiment tout d'ailleurs.
Le brun soupira et reprit à l'attention du bassiste :
- Je comprends pourquoi Yukihiro vous aime à ce point. En plus d'attirer le regard pour de bonnes raisons, vous devez être exceptionnel s'il vous a confié sa particularité.
Les deux musiciens se méprirent sur le sens des paroles de Chûya, qui voulait dire que Yukihiro avait bien choisi la personne partageant désormais son quotidien. Alors que l'Animagus restait la bouche ouverte, Tetsu qui ne revenait pas du sous-entendu inspira un bon coup pour éviter de déclencher une bagarre.
- Venant de vous, je ne le prendrai pas pour un compliment. Sur ce... Viens, chéri, on s'en va.
Une fois sorti du magasin, Yukki entraîna Tetsu dans une rue voisine et s'efforça de le calmer. Encore tremblant de rage, le bassiste serrait les poings et fixait d'un regard noir chaque passant qui osait le dévisager. Les mots n'ayant aucun effet apaisant, le batteur étreignit son amant et refusa de le lâcher jusqu'à ce que la tension disparaisse.
- Ça va mieux ?
- ... Jure-moi que tu ne m'abandonneras jamais pour un autre, murmura le leader.
Yukki l'embrassa longuement avant de répondre :
- Promis, Tet-chan.
Ce fut main dans la main qu'ils retournèrent récupérer leurs achats à Amoeba. Le frère et la sœur y étaient toujours, mais seule Alicia reçut un clin d'œil complice du batteur.
- Si jamais on joue dans le coin un jour, je passerai le message à ta mère.
- Trop cool, merci beaucoup ! s'exclama la jeune fille sur un petit nuage.
Tetsu qui venait de regarder sa montre les interrompit.
- Yukki, mon ange... Il est presque seize heures, il faudrait partir maintenant si on veut être au rendez-vous à Las Vegas.
- Oui, Tet-chan, excuse-moi. Alicia, content de t'avoir croisée.
- Moi de même, Yukihiro ! À la prochaine, j'espère !
Pendant toute la durée de l'échange, Chûya avait été considéré comme complètement invisible, et ce fut avec un regard déçu qu'il observa les deux amants s'en aller.
Hyde et Ken affichaient des mines réjouies quand leurs amis les retrouvèrent dans la salle d'attente de l'aéroport. En se dirigeant vers la porte d'embarquement, le chanteur raconta avec enthousiasme la découverte de son attraction favorite, autrement dit la maison des horreurs. Ken plus réservé se contenta de dire qu'il avait aidé une fille contre deux hommes un peu trop entreprenants, et le sourire reçu valait bien l'après-midi à s'amuser. Le vol se passa sans incident, et une heure après leur départ de Los Angeles, le groupe s'installa dans une caravane face à l'hôtel-casino Aladdin afin de décider du déroulement des prises.
- Qui veut du café avant qu'on s'y mette ? voulut savoir une assistante.
- Faites attention, c'est particulier ! signala son collègue le plus proche.
Sans s'apercevoir qu'il s'agissait d'une farce, Ken fut le premier à boire, se mit à tousser et grimaça comme Hyde juste après lui. Dernier à tenter le coup, Yukki alla jusqu'à réclamer un Coca dans un café proche.
- Pourquoi tu n'en as pas pris ? demanda-t-il à Tetsu.
- Je savais déjà que le café américain a la réputation d'être vraiment insipide parce qu'il est trop léger. Écoutez les grands la prochaine fois !
- Oui maman, répliqua le guitariste.
Un rire général suivit, et le groupe quitta la caravane afin d'entamer le tournage de nuit. Nostalgique, Yukki fixa le Flamingo alors que des souvenirs remontaient à la surface. Huit ans plus tôt, il y avait déjeuné et s'y était promené avec son ex, puis enchaîné avec le Bally's le soir suivant. Le trajet se poursuivant vers le sud du Strip lui tira quelques faibles sourires dus à son expérience passée. Même s'il préférait de loin Los Angeles, Las Vegas ne représentait que des bons moments.
Il était plus de deux heures du matin quand les quatre amis rejoignirent enfin leurs chambres. Si Yukki s'endormit presque immédiatement, Tetsu fixa le plafond en songeant à la rencontre faite le jour précédent. Maintenant, il savait à qui Yukki devait d'être descendu plus bas que terre pendant six mois... Et il se demandait comment l'Animagus avait pu fréquenter un idiot pareil. Peut-être que contrairement à Yukki, son ex avait perdu de l'assurance à cause de ses erreurs ?
Tetsu soupira et serra un peu plus fort la main de son voisin dans la sienne. Inutile de se torturer l'esprit avec des faits passés... Yukki lui prouvait sans arrêt qu'il l'aimait, et le bassiste comptait bien faire durer leur relation le plus longtemps possible.
Le trajet jusque New York et le tournage sur place se produisirent sans évènement particulier, sauf pour Yukki refusant de voir Tetsu tomber suite au coup de poignard de Hyde. Il entra d'ailleurs au Palladin en s'efforçant de ne pas penser à son amant appuyé contre la porte vitrée. Ken qui le suivait remarqua son trouble, et il se sentit idiot quand le guitariste lui demanda s'il allait bien.
- Évidemment !
- Alors pourquoi tu restes focalisé sur Tetsu ? De toute façon, il suffit de voir ton regard pour comprendre ce que tu ressens.
- Oh, ça va ! Je sais que c'est stupide !
- J'ose pas imaginer ce que ce sera s'il meurt avant toi.
Yukki pâlit brusquement et se dirigea vers les ascenseurs sous le regard surpris des autres.
- Bravo, Ken, tu mérites vraiment la palme du tact, soupira Hyde. Tetsu, va le rejoindre... Il a sûrement besoin de toi.
À la fois furieux et inquiet, le bassiste emprunta le même chemin que son amant, qu'il découvrit accoudé au balcon en train d'enchaîner les cigarettes.
- Ne te mets pas dans des états pareils, Yukki... Je suis là, et j'ai bien l'intention de rester encore cinquante ans au minimum.
- Personne ne connaît la date et la cause de sa mort. Même en faisant attention, elle peut survenir n'importe quand... Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle ce serait plutôt moi qui te survivrais que l'inverse.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? voulut savoir le leader en fronçant les sourcils.
- La longévité est plus élevée chez les sorciers. Du coup, je... je ne sais pas ce que je ferais si tu disparaissais.
Tetsu lui sourit et l'attira entre ses bras.
- On n'en est pas là ! Au lieu d'être obnubilé par ce qui se produira dans plusieurs décennies, concentre-toi plutôt sur l'instant présent. Je suis avec toi pour longtemps encore, du moins je l'espère. Donc tiens compte de ce qu'on vit à l'heure actuelle et chasse ces pensées de ton esprit !
- Tu as raison, je me prends trop la tête pour des broutilles, reconnut l'Animagus.
- C'est touchant, mais n'y songe plus, d'accord ? Je me fais du souci pour toi. Tu sais que tu peux tout me dire ou presque... Puisqu'on forme un couple, je m'attends à ce qu'on affronte les problèmes ensemble. Si tu ne dis jamais rien quand quelque chose te tracasse, l'accumulation finira par te détruire.
Yukki acquiesça, et ils restèrent seuls quelques minutes supplémentaires avant de décider d'aller rejoindre l'équipe dans le hall.
Pressé de retourner au Japon, le groupe se contenta de découvrir les environs lorsque le tournage fut achevé. Plus serein depuis la mise au point, le batteur avait tout de même hâte d'être chez lui avec son amant, là où ils n'auraient pas besoin de se cacher... Et aussi retrouver Kiara qui aurait certainement bien des choses à lui raconter.
Même s'ils étaient rentrés le lundi après-midi, le voyage les avait fatigués, et les deux musiciens décidèrent de reprendre un rythme normal en étant seuls à l'appartement. Le cours du mardi fut assez éprouvant pour Yukki puisqu'il n'aurait pas dit non à un peu de temps de sommeil supplémentaire. Il prévint Yume d'un passage chez elle en fin de journée, lorsqu'il serait complètement remis du décalage horaire. À sa grande surprise, son amie paraissait assez nerveuse en ouvrant la porte. Sentant que quelque chose n'allait pas, il allait demander des explications quand Kiara jaillit de la cuisine avec un magazine dans les mains.
- Papa ! s'écria-t-elle aussitôt. Tu m'as trop manqué !
- C'est pareil pour moi, ma petite fée. Ça s'est bien passé à l'école ?
- Oui, personne ne m'a embêtée ! Mais dis, papa... Pourquoi tante Erina est en photo là-dedans ? En plus, elle embrasse un monsieur dans la rue ! Maman a souvent dit que c'est un comportement... in-dé-cent !
Yume essaya immédiatement d'arracher le tabloïd à la fillette, mais Yukki fut plus rapide et s'en empara. Il parcourut la couverture du Josei Seven, et ses yeux s'écarquillèrent face à une des "révélations". Remis du choc, il installa Kiara devant la télévision et sortit son portable pendant que Yume l'observait avec inquiétude.
- Salut Hyde, je te dérange ?
- Pas du tout, tu me sauves au contraire ! J'étais en train de me faire écraser à Mario Kart. Tu as quelque chose à me demander ?
- Oui. Est-ce que tu pourrais me donner le numéro de Sakura ? Il faut absolument que je lui parle.
- Rien de grave au moins ?
- Je t'expliquerai plus tard, c'est nous que ça concerne.
- D'accord. Tu as de quoi noter ?
L'appel terminé, il composa les chiffres qu'il venait d'obtenir et s'impatienta alors que le nombre de sonneries augmentait.
- Sakurazawa, j'écoute !
- C'est Yukihiro.
Un silence.
- ... Ah. Je suppose que tu es au courant si tu m'appelles.
- Effectivement. J'aimerais bien que tu sois chez Erina dans deux heures, avec elle si possible.
- Normalement oui, elle ne devrait pas tarder à rentrer des cours. Mais ça va faire tard... Tu ne peux pas venir avant ? Elle risque d'être fatiguée demain si la discussion s'éternise.
- Je m'arrangerai pour que ça dure le moins longtemps possible, déclara Yukki. On doit régler ce problème au plus vite.
- Là, on est d'accord, admit Sakura.
- Encore heureux... À tout à l'heure.
Il se tourna ensuite vers l'ancienne attrapeuse.
- C'était ça qui te gênait ?
- Oui... J'avais peur que tu le prennes vraiment mal. Masato m'a filé ça ce matin et j'ai hésité à t'en parler, mais Kiara m'a devancée.
- Apparemment, ils n'ont pas beaucoup d'infos. Ça ne me rassure pas du tout... Ces vautours seraient bien capables d'enquêter sur ma sœur pour savoir qui elle est et où elle vit.
- Je pense que le mieux serait que tu en parles avec elle, Yuchan. Pour le peu que je connais d'elle, je doute qu'Erina se sépare de son mec.
- Moi aussi, ça m'étonnerait. Bon... Merci d'avoir gardé Kiara pendant ces huit jours.
- Mais de rien, cher ami ! Ta gamine est adorable, elle peut revenir quand elle veut !
Yukki sourit et prévint la fillette qu'il était temps de partir. Ils firent le trajet en silence jusqu'à l'appartement où Kiara fut ravie de retrouver Tetsu. D'abord surpris, le bassiste la serra ensuite dans ses bras avec un air amusé.
- Tu as l'air contente de me voir, on dirait.
- Oui monsieur Tetsu ! Quand est-ce qu'on va faire les magasins ?!
Le jeune homme se mit à rire et répondit qu'ils feraient les boutiques ensemble dès le samedi suivant. Satisfaite, Kiara accepta facilement d'aller se coucher ce soir-là, et Yukki put se rendre chez sa sœur.
Sakura était déjà assis dans le salon lorsqu'Erina le fit entrer. Ce fut elle qui rompit le silence en déclarant qu'elle n'avait pas l'intention de laisser des paparazzi lui dicter sa conduite.
- Ces idiots peuvent raconter ce qu'ils veulent, je sais très bien que je ne suis pas une escort, poursuivit-elle. Et puis mon visage est trop flou sur l'image pour que je sois reconnue facilement. De toute façon, je m'en moque pas mal ! S'ils réussissent à obtenir une bonne photo de moi, tant pis. Ce n'est pas ça qui m'empêchera de me promener dans la rue en lui tenant la main !
- Euh, Erina... Ça ne me gêne pas non plus de m'afficher en ta présence. Cela dit, qu'est-ce que tu crois que tes camarades les plus acharnées vont faire si elles l'apprennent ?
- Elles n'ont qu'à venir, tiens ! répliqua l'étudiante agacée. Qu'elles osent dire devant moi qu'elles voudraient bien être dans ton lit, et je leur referai le portrait comme tu avais l'intention de le faire en repérant ce type !
Yukki décida alors d'intervenir.
- Vous avez déjà été vus auparavant ?
- Oui et non. Yasunori m'attendait devant l'école un soir et il a arraché son appareil au journaliste. Heureusement, la plupart des élèves étaient déjà partis.
- Alors si je comprends bien, tu ne comptes pas te montrer plus discrète ?
- Certainement pas ! Je suis déjà habituée aux obsédées qui exigent presque que je te parle d'elles. Au pire, qu'est-ce que je risque ? Être insultée ? Ce ne sont pas des nymphos qui vont avoir raison de moi ! Donc oui, Oniichan, je resterai avec Yasunori !
- Bien, c'est tout ce que je voulais entendre. Après tout, c'est ta vie, pas la mienne ! Fais juste attention à ton comportement. Quant à toi, Sakura, tu as intérêt à prendre soin de ma sœur. Tu sais comment peuvent être les fans extrêmes.
- Ouais, acquiesça le batteur. Je te l'ai dit à Noël, non ? J'aime beaucoup Erina et je ne laisserai personne lui nuire.
- ... Merci, Yasunori, murmura la jeune fille rougissante.
Commençant à se sentir de trop, Yukki se leva.
- Maintenant que je connais votre décision, je vais pouvoir rentrer tranquille ! Mais encore une fois, méfiez-vous. Quoi que tu en dises, Erina, quelques-uns ou quelques-unes pourraient se révéler dangereux.
- Je sais, Oniichan. Va rejoindre Tetsuya maintenant, et salue Kiara pour moi.
- Ce sera fait.
