Bonjour, bonjour ! Regardez qui se relève d'entre les morts ? Ca fait une éternité que je n'avais plus posté, je sais, ni rien lu, ni commenté ni répondu à un paquet de mail, mais le magnifique temps m'a fait sortir le nez de ma tanière... Ecrire ce chapitre m'a donné un joli coup de soleil mais ça m'a fait du bien de replonger dans le bain. J'espère qu'il reste encore quelques personnes intéressées !
Ca m'a fait un super gros coup au coeur d'apprendre la rupture de My Chemical Romance, c'est le tout premier groupe de musique que j'ai écouté et c'est toute une page qui semble se tourner - donc, tout ça pour dire que ce chapitre a été écrit tout en entier sur conventionnal weapons, dont j'ignorais complètement l'existence avant ce jour... Pour ceux qui attendraient Rencontre sous x, encore une semaine ou deux, je dois en être au tiers, quelque chose comme ça.
Dans les chapitres précédents : L'heure des examens est arrivé pour nos lascars - Remus s'essaye au FreeSky et pars boire un verre avec Gin, Lily et James sortent ensemble au plus grand désarroi de celui-ci, la mère de James passe parler à Phin et lui promet des places pour un festival en échange de bons examens, Tania quitte Londres pour revenir à Rasp Hollow et Lily décide de s'excuser d'avoir maltraitée une ancienne camarade qui était tombée amoureuse d'elle.
Bonne Lecture !
Rasp Hollow
Chapitre 37
Fin d'une année agitée
Quand j'y repense, je me dis que James a beaucoup changé durant son séjour parmi nous.
Quand il est arrivé, il était en colère, détestait tout le monde, se montrait agressif et condescendant et refusait de laisser les autres l'approcher. Je fus la seule à avoir droit à un traitement différent, et encore aujourd'hui, je ne suis pas tout à fait sûre de la raison.
Avait-il senti que nous étions destinés à être amis ? Et tellement plus que des amis ?
S'était-il dit que j'étais trop pathétique pour prendre une réelle place dans sa vie et qu'il ne risquait rien à trainer avec moi ?
La solitude lui pesait-elle tellement qu'il n'avait eu d'autre choix que de laisser quelqu'un passer ses défenses, et c'était tombé sur moi ?
Avait-il senti, bien avant de le savoir, que nous nous ressemblions bien plus que nous n'aurions jamais pu l'imaginer ? Que nous étions perdus et avions désespérément besoin l'un de l'autre sans même nous en rendre compte ?
Peu importe. James a changé durant son séjour parmi nous. Mais je ne crois pas qu'il se soit vraiment rendu compte à quel point il avait également fait changer les gens autour de lui.
« Tu as un sacré culot de venir ici après tout ce qu'il s'est passé ! »
Lily regarda le jeune homme qui venait d'apparaitre sur le perron de la porte. Il portait un pantalon jaune canari et une chemise bleue largement ouverte sur le haut de son torse et dont les poignets serrés donnait un effet bouffant aux manches. Il ne portait rien aux pieds. Ses ongles étaient recouverts d'un vernis brillant.
Elle détourna les yeux et hocha la tête.
« Je sais, je n'ai aucun droit. »
Le silence tomba entre eux, aussi compact qu'un mur en béton et aussi infranchissable qu'une cascade aux rochers acérés. Il la dévisagea, le visage fermé, révulsé à sa simple vue et elle ne tenta pas d'y échapper. Elle avait suffisamment honte pour deux.
« Qu'est-ce que tu veux, Evans ? » finit-il par cracher.
De doigts légèrement hésitants, elle ouvrit son sac et en sortit une enveloppe. Il la prit sans un mot et baissa les yeux pour lire le nom du destinataire. Un juron lui échappa. Elle ferma les yeux et inspira pour reprendre courage. Elle n'avait que trop retardé ce moment. Il était plus que temps.
Il était déjà bien trop tard.
« Je ne connais personne d'autre qui aurait peut-être sa nouvelle adresse, » déclara Lily en relevant la tête pour regarder Simon Eloy dans les yeux. Lily avait toujours assumé ses erreurs avec courage, et il en serait de même cette fois.
Simon sembla juste estomaqué. « Son adresse ? » répéta-t-il avec à peu près autant de confiance que si elle venait de lui annoncer qu'il venait de gagner le titre de Roi du lycée. « Pourquoi au nom d'une Gargouille te donnerais-je un moyen de la contacter ? Tu ne crois pas que tu en as déjà assez fait ? Qu'est-ce qu'elle a bien pu te faire de si terrible pour que tu la détestes à ce point ? »
« Je veux m'excuser, » s'exclama Lily avant qu'il ne puisse aller plus loin.
Il la dévisagea, ahuri et l'étonnement le fit rire. « T'excuser ? » s'assura-t-il d'avoir bien compris ce qui devait sans doute ressembler pour lui à une mauvaise blague. « De quoi, exactement ? De lui avoir brisé le cœur ? De l'avoir humiliée encore et encore devant toute l'école ? D'avoir fait de sa vie un enfer ? De l'avoir poussée à tenter de mettre fin à ses jours ? De l'avoir forcée à déménager ? De quoi exactement veux-tu t'excuser avec cette » Il secoua l'enveloppe « lettre ? »
« Je sais ce que tu penses, » reprit Lily. « Qu'il n'y aucune excuse. Que quoi que je puisse dire ou faire, ça n'effacera jamais rien. Et je suis d'accord. Je ne peux pas effacer ce que j'ai fait. Et je n'ai aucune excuse. J'ai été lâche. Et j'étais en colère parce que – »
Parce qu'on venait de m'annoncer que j'allais peut-être mourir. Parce que je venais de découvrir que mon père n'était pas mon père. Parce que ma famille était en train de tomber en morceaux. Parce que j'étais perdue. Parce que j'avais peur. Parce que je me sentais coupable. Parce que je n'ai pas réfléchi. Parce qu'on m'a toujours dit de me méfier de ceux qui étaient différents. Parce que j'avais désespérément besoin de ne pas être rejetée par le groupe. Parce que j'ai laissé les autres me convaincre. Parce que j'avais oublié ce qui est réellement important. Parce que plus rien n'avait de sens.
Parce que je n'arrivais pas à comprendre comment quelqu'un pouvait m'aimer.
« Parce que tout un tas de chose est arrivé en même temps et je – tout le monde me disait de – je sais que rien ne peut excuser ce que j'ai fait. Je le sais. Ce n'était pas les autres, c'était moi. Moi qui m'en suis prise à elle, moi qui ai reporté toute ma colère et tout ce qui me frustrait dans ma vie sur elle – et je suis désolée. »
« Tu es désolée ? » répéta-t-il encore, incrédule.
Lily le vrilla d'un regard décidé. « Je sais que ça ne changera probablement rien. Qu'il est trop tard. Mais elle doit le savoir. S'il te plait, Eloy. Je veux juste qu'elle sache que je regrette. Je regrette. Que je n'ai jamais voulu – que je n'avais pas prévu – les choses n'auraient jamais dû aller aussi loin. »
« Je ne t'aiderai pas à apaiser ta conscience, » cracha-t-il en jetant la lettre aux pieds de Lily. « Je ne t'aiderai pas à obtenir le pardon, Evans. »
« Ce n'est pas le pardon que je cherche, » répliqua Lily. Elle ramassa l'enveloppe et la tendit à nouveau à Eloy, drapée de sa dignité, prête à mettre de côté toute fierté. « Je vivrai le reste de mes jours en sachant ce que j'ai fait et ce que mes actions ont failli provoquer. Elle aurait pu mourir, et ça aurait été entièrement de ma faute. Tu crois que je ne le sais pas ? Tu me détestes, et tu as raison, rien ne pourra jamais changer ça. Mais s'il te plait, Eloy, pense à elle. Pense à Joanne. Tu ne crois pas que c'est important qu'elle sache ? »
Il croisa les bras et refusa de reprendre la lettre. « Pour elle ou pour toi ? »
« Parce que crois-le ou non, des personnes m'ont blessées moi aussi et je donnerais n'importe quoi pour les entendre dire qu'elles regrettent. Ca ne changerait peut-être rien à ce qu'elles ont fait, mais pour moi – je ne veux pas qu'elle m'excuse, qu'elle me pardonne ou qu'elle oublie ce que j'ai fait. Je veux juste qu'elle sache que je m'en veux, que je me sens atrocement coupable et que – que j'ai changé. Que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour me racheter. Que je n'ai jamais voulu – que tout ça s'est emballé et que j'ai perdu le contrôle et – s'il te plait, Simon. Tout ce que je te demande c'est de lui donner cette lettre. »
Il sembla hésiter.
« C'est trop facile Evans. Tu lui envoies une lettre, et puis quoi, tout est oublié ? »
« Je lui dirais en face si je savais où elle la trouver ! » rétorqua Lily avec humeur avant de reprendre, plus calmement : « Elle peut continuer à me détester, Merlin, elle doit continuer à me détester, mais elle mérite de connaitre la vérité, tu n'es pas d'accord ? »
« Tu es désolé, tu regrettes, tu as changé, bla bla bla, » marmonna-t-il en agitant la main avec agacement. « Mais qu'est-ce que tu penses, Evans ? » demanda-t-il en descendant les trois escaliers du perron. « Tu crois encore que nous sommes des anormalités ? Des détraqués ? Qu'on devrait se faire soigner ? » cracha-t-il d'une voix dégoutée.
Lily garda les yeux baissés sur le bout de ses chaussures.
« Alors quoi, tu frôles la mort et brusquement, ta vision du monde change, c'est ça ? » renâcla-t-il d'un ton cruel. « Moi j'y crois pas, à ton petit cinéma. Il y a toujours un motif ultérieur chez les gens comme toi. »
Elle releva brusquement les yeux sur lui. Sa gorge était serrée d'une émotion qu'elle n'avait plus ressentie depuis de nombreux mois et elle sentait la colère et la frustration se heurter en elle dans un tourbillon qui menaçant de lui faire perdre le contrôle de ses mots et de ses actes.
« Tu veux que je te dise quoi ? Que tout ce que je croyais savoir, que tout ce que je croyais connaitre s'est brutalement effondré ? Que je ne pouvais pas supporter de voir Joanne faire tout ce qu'elle voulait, quand elle voulait et jamais personne pour la juger ? Que je n'en pouvais plus de faire toujours tout ce que je pouvais pour rendre tout le monde heureux et me casser en cinq pour que tout le monde soit fier de moi alors qu'elle n'en faisait qu'à sa tête et ne se souciait jamais de rien et que rien ne semblait jamais la toucher ? Qu'à la fin, le simple fait de la voir me mettait en rage parce que moi, j'avais toujours tout bien fait, je m'étais conformé à toutes les règles, j'avais toujours joué le jeu et tout le monde n'en était toujours que plus demandant, plus exigeant et que j'étouffais et que je n'en pouvais plus de la voir avec ces airs insouciants me cracher au visage que tout ça n'avait pas d'importance ? »
Eloy avait les yeux écarquillés quand elle eut fini de parler – de crier, projeter ces mots qu'elle avait trop longtemps gardés pour elle hors de son système et les partager avec quelqu'un d'autre pour la première fois.
« Tu étais jalouse ? » comprit-il d'un ton encore plus incrédule que celui qu'il avait eu en voyant la lettre. « Jalouse qu'elle ait le courage d'oser être qui elle était sans en avoir honte alors que tu étais trop lâche pour te démarquer de ton troupeau ? »
Lily déglutit les fers de barbelés qui avaient élus domicile dans le fond de sa gorge et lui tendit la lettre qu'elle tenait toujours à bout de bras avec plus d'insistance. « Donne-la-lui, s'il te plait. »
Il soupira, et prit la missive. « Je lui enverrai. Mais je peux pas te promettre qu'elle la lira ou qu'elle en aura quelque chose à faire. »
« Bien. Merci. »
Lily fit demi-tour et rentra chez elle sans marquer de pause en chemin. Elle plaça un cd mélancolique dans sa platine, récupéra une boite de photos souvenirs sous son lit et se coucha sur le dos, sur son lit, en observant les clichés de la gamine heureuse et riant aux éclats qu'elle était alors, à l'époque où elle nageait encore les voluptés d'innocence de l'enfance et où la pression sociale, les attentes et le besoin de se fondre dans la masse et de trouver sa place ne l'avaient pas encore poussé à renoncer jusqu'à son identité.
Ses yeux se perdirent sur le portrait de son père. Celui qui lui avait tant donné aux cours des années. Celui qui l'avait tant aimée. Celui qui l'avait réconfortée quand elle pleurait, qui l'avait bercée quand elle avait un cauchemar, qui l'avait fait rire quand elle était malheureuse celui qu'elle avait toujours voulu rendre fier, qui avait toujours été là pour elle chaque fois qu'elle en avait eu besoin et qui l'avait reniée sans jamais se retourner sur elle quand il avait découvert que son sang ne coulait pas en elle.
Les larmes coulaient déjà depuis longtemps sur ses joues quand elle s'en rendit compte.
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Remus souleva une paupière et puis l'autre et il les rabaissa tout aussi vite. La lumière lui agressa les yeux brutalement et il sentit son crâne tenter de se fendre en deux entre ses oreilles. Un grognement guttural lui échappa alors qu'il sentait son estomac se tordre douloureusement et en lui, son alter égo lupique faire de petits bonds de joies comme s'il se délectait de sa douleur.
Remus avala le goût rance qu'il avait en bouche et s'aperçut que sa bouche était aussi sèche que du papier de verre. Il respira lentement par la bouche pour tenter de diminuer l'assaut sauvage sur ses sens que provoquaient le parfum et l'odeur d'alcool et de sueur dans la pièce et lui donnait le tournis à quelques jours à peine de la pleine lune.
Il finit par reprendre le contrôle sur son corps, força son estomac à rester à sa place et ouvrit les yeux en plaçant son bras par-dessus ceux-ci pour les protéger un peu de la lumière violente et crue qui éclairait la pièce. Un bourdonnement insistant dans ses oreilles l'empêchait de resituer l'endroit où il se trouvait et ce ne fut qu'à la disparition du bruit qui lui emplissait tout le crâne que Remus se rendit compte qu'il s'agissait d'un réveil.
Il se redressa dans le lit et se concentra pour réduire ses perceptions à un niveau humain normal. Il détestait vraiment les quelques jours précédents la pleine lune, quand il ne se sentait plus qu'à peine humain, et détestait encore plus l'idée stupide qu'il avait eu de boire autant la veille. Il allait le payer toute la journée et Lunard allait s'en repaître.
« Culpabilité du survivant, » déclara quelqu'un dans son dos et il sentit une main se poser entre ses omoplates.
Remus grogna à nouveau et tenta de parler. « Quelqu'un est mort ? » demanda-t-il en tentant de retirer ses mains de ses yeux pour s'apercevoir que la lumière était devenue à peine plus supportable.
« Tu les as tous laissés sur le carreau, » répliqua la voix féminine dans son dos alors que le corps auquel la voix appartenait venait se coller contre lui. Tout un florilège d'odeurs lui agressa le nez. « Qui aurait crû que sous tes airs de gentil garçon, tu cachais une telle descente ? »
Il fallut un moment à Remus pour comprendre de quoi elle parlait. La veille. Le verre avec Gin qui s'était transformé en deux puis en cinq et en dix. Les trois potes de la jeune fille qui avait voulu le mettre au défi en lui servant téquila après téquila et qui avaient fini par s'effondrer bien avant lui. Gin qui l'avait trainé chez elle. L'avait déshabillé. L'avait mis au lit.
Remus fouilla dans sa mémoire. Oh, il n'avait pas couché avec elle ? Bien, c'était sans doute une bonne chose. Il n'y avait rien de pire que l'alcool et le sexe et vu ce qu'il s'était envoyé la veille, il aurait difficilement été en état de faire quoi que ce soit.
« Il faut… Faut que je rentre chez moi, » marmonna Remus en regardant autour de lui pour retrouver ses vêtements qui étaient déposés sur la commode en bois blanche à côté de la fenêtre qui inondait la pièce de cette lumière traitresse. « J'ai un exam demain. Deux. Euh, je crois. On est dimanche ? »
Derrière lui, Gin éclata de rire. « T'es trop drôle au réveil, toi. »
Remus sentit un sourire étirer ses lèvres sèches et commençant à gercer. La journée allait être longue…
Et il n'avait pas idée. Rentrer chez lui s'avéra une expédition difficile et interminable. Ce qui aurait dû être un quart d'heure revigorant en balai au milieu de la campagne luxuriante de l'Ecosse du mois de mai se transforma en une longue demi-heure infernale où Remus fut accablé par la chaleur étouffante d'une canicule précoce, aveuglé par les rayons du soleil qui jouait à cache-cache avec les nuages et réapparaissait toujours au moment les plus inopportuns, il faillit être désarçonné par une branche qui eut la mauvaise idée de se retrouver sur son chemin et le looping qu'il fit pour ne pas s'écraser au sol tel un gland le força à atterrir en catastrophe dans le fourré suivant pour se vider l'estomac.
Et il était presque sûr qu'il avait volé en zigzag tout le long du chemin.
(Il prétendrait ne rien savoir si les moldus du nid de campeurs qu'il avait survolé avaient remarqué quelque chose de son passage…)
Il avait atterri dans la cour intérieure de chez lui en nage, malade et avec pour seule envie de se plonger dans son lit et d'y mourir jusqu'au lendemain. Ou peut-être de s'écraser dans un transat le long de la piscine et rester à brûler sans bouger jusqu'à ce qu'il soit bien à point.
Sauf que sa mère l'attendait de pied ferme et après avoir eu droit à un sermon pour ne pas avoir prévenu avant de découcher – et non, elle ne s'était pas inquiété, il devait prévenir quand il partait, un point c'est tout – Remus se retrouva attablé dans la salle à manger, sans même avoir eu le temps de prendre une douche, à devoir partager un repas protocolaire en compagnie de nulle autre que la mère de James Potter qui, semblait-il, avait une affaire urgente à discuter avec la sienne (mais visiblement pas assez urgente pour épargner à Remus trois couverts).
Quand enfin il put s'éclipser dans sa chambre sous couvert de devoir étudier, l'après-midi était déjà bien entamée et il n'osa pas se coucher, sachant pertinemment qu'il dormirait facilement jusqu'au lendemain matin et qu'il avait vraiment examen lundi en première heure. Une journée entière d'examen de Métamorphose. Et il voyait double quand il posait les yeux sur ses cours.
Mais il devait absolument réussir parce qu'avec la pleine lune mercredi soir, il était déjà presque sûr que ses examens de jeudis seraient foirés et il ne pouvait se permettre d'en rater plus. Il se reprit en main et étudia tout l'après midi, malgré sa gueule de bois, malgré sa fatigue, malgré ses entrailles qui se tordaient et l'être capricieux qu'il sentait s'agiter aux tréfonds de lui-même, il étudia.
Il se demandait parfois si quelqu'un réalisait l'autodiscipline et la maitrise que Remus exerçait sur lui-même jour après jour.
Il se demandait aussi parfois si ça en valait vraiment la peine.
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« En 783, la révolte des Gobelins menée par Treseltas le Furieux, » James vérifia sur sa feuille « Traseltas le Furibond se solda par un échec et la dispersion des factions de rébellion aux quatre coins de l'Angleterre sous le contrôle attentif de … de pseudomonas, » Il ouvrit un œil pour regarder ses notes, « Pseudemas l'Agitateur qui … »
Deux lèvres fraiches se posèrent dans son cou et le firent sursauter. Dans son dos, Lily rigola doucement pour s'appuya sur son épaule pour regarder ce qu'il étudiait avec autant d'acharnement. « Qu'est-ce que tu fais, James ? »
« C'est toi qui m'a dit d'étudier, » rétorqua celui-ci en reprenant où il en était : « Pseudomas l'Agitateur qui était supposé travailler à la solde des sorciers mais qui en secret préparait déjà la rébellion dites des Caves d'Or qui… »
« James, pourquoi tu étudies des notes d'Histoires de la Magie ? » ricana moqueusement Lily en prenant place en face de lui. Elle avait l'air merveilleusement reposée et en pleine forme. Ce devrait être interdit d'avoir l'air en pleine forme un matin comme celui-ci.
James arqua un sourcil. « Heu, parce qu'on a examen ? »
Lily éclata de rire et le regarda d'un air navré. Il était légèrement perdu, là.
En face de lui, Lupin prit place. Il avait une tête de déterré et ne semblait avancer qu'à la force de sa volonté. Voilà, ça, c'était une tête normale avant un examen d'histoire de la magie !
« James… » soupira Lily d'un ton condescendant en secouant la tête. « Depuis combien de temps tu es en cours avec nous ? Quelques mois ? »
Il haussa les épaules. A peu près ça, oui.
« Et au cours de tout ce temps, tu n'as jamais remarqué que tu n'avais pas de cours d'Histoire de la magie dans ton horaire ? »
A côté de Lily, Lupin releva sa tête de cadavre de la table où il comatait et dévisagea James avant de partir dans un ricanement nasal extrêmement désagréable à l'oreille.
« Comment ça, je n'ai pas de cours d'Histoire ? Bien sûr que si ! Je me souviens parfaitement de… et de…» James fouilla dans ses souvenirs. Il fut incapable de se souvenir d'un seul cours d'histoire suivi à Rasp Hollow, ni même de la tête du prof qui enseignait cette matière. Mais il n'avait jamais été très attentif pendant ce cours et… Il regarda Remus et Lily qui attendaient que son franc tombe et brusquement, eut envie de disparaitre très bas en dessous de terre.
Remus et Lily se remirent à rire en échangeant des regards de connivence que James n'appréciait pas du tout. D'un geste provocateur et possessif qu'il paierait sans doute très cher plus tard, il posa sa main sur celle de Lily et lui sourit d'un air charmeur.
« C'est sans doute que tout ce qu'il s'est passé entre nous ce week-end m'a retourné la tête, » déclara-t-il d'un ton mielleux.
Remus perdit immédiatement toute trace de sourire et se raidit dans sa chaise. Lily le fusilla des yeux en arrachant sa main. James se grata le crâne, l'air de n'avoir rien remarqué.
« Alors, pourquoi j'ai vu Histoire dans la liste des examens, exactement ? » demanda-t-il en ressortant son horaire pour s'assurer que quelqu'un (sans viser personne – hum, Sirius) n'avait pas versé d'hallucinogène dans son thé ce matin.
« C'est la liste des options, espèce de tartempion, » répliqua la voix de Sirius dans son dos en laissant tomber dans une des chaises vides. « Oh, pitié, dites-moi que j'ai pas utilisé ce mot… » gémit-il en s'effondrant contre l'épaule de Remus qui le repoussa avec un grognement de douleur. « Je déteste les lundis ! »
« Tu croyais quoi, que tu pouvais choisir l'examen de ton choix dans la liste ? » se moqua Lily en levant les yeux au ciel. Elle semblait avoir du mal à ne pas se remettre à rire de sa bêtise. James grimaça. « Par Merlin, James, est-ce que tu as seulement écouté un seul truc qu'on t'a expliqué sur le fonctionnement de l'école en venant t'inscrire ? »
Ah oui, maintenant qu'elle le disait, James se souvenait vaguement avoir choisi des cours dans une liste d'options – il y avait le cours d'incantations, parce qu'il pensait que ce serait marrant, comme des malédictions, et pas un cours de latin étendu, et les deux cours de défense supplémentaire qu'il avait avec Lily et qui étaient axés sur le côté pratique de la matière, des sorts et contre-sorts à des promenades dans les sous-bois pour découvrir des créatures soi-disant dangereuses (il n'était toujours pas exactement sûr du danger que représentait un Niffleur à part pour votre bourse, mais bon, c'était un cours intéressant malgré tout. Qu'il l'aurait nettement plus été à Poudlard avec les secrets détenus par la Forêt Interdite. Mais qu'est-ce qui n'était pas plus intéressant à Poudlard, exactement ?).
« On a Métamorphose aujourd'hui matin, » lui apprit finalement Lily qui prit son air perdu en pitié. « Le cours optionnel de défense après-midi. »
Oh. James repoussa ses livres. « Dans ce cas, pas besoin de relire, » déclara-t-il avec arrogance. Sirius hocha la tête pour marquer son assentiment. « Avoir un O sera un jeu d'enfant. »
Sous la table, il sentit le pied de Lily qui venait chercher le sien et il emmêla ses jambes aux siennes d'un mouvement discret, et qui arracha un sourire ravi à Lily. Il répondit à son sourire. Sirius se racla la gorge et il entendit vaguement Remus grogner qu'il avait "un truc à vérifier". James se sentit légèrement coupable – mais rompre avec Lily en plein milieu des examens aurait réellement été sans cœur. Il lui devait au moins de ne pas la perturber pendant cette semaine extra-importante pour elle. Il serait toujours temps de discuter le week-end suivant …
Et puis, ce n'était pas comme s'il allait avoir le temps de passer ses après-midis avec elle pendant toute cette semaine. Il avait, après tout, été mis au défi de réussir des examens après avoir passé la plupart de l'année à ne rien faire qui avait un quelconque rapport avec l'école et même s'il était naturellement doué, il allait devoir mettre les bouchées doubles. Et James avait beaucoup trop de fierté pour s'autoriser à rater ses examens après avoir déclaré à sa mère avec arrogance qu'il allait faire des étincelles.
Comme il l'avait prévu, les examens de Métamorphose et de Défense furent un jeu d'enfant et il sortit de la salle de classe en pleine confiance, rassuré quant au fait qu'il n'allait pas se vautrer et qu'il n'aurait aucun mal à prouver qu'il était toujours un excellent étudiant, malgré toutes ses dernières frasques. Les profs de ce patelin n'allaient pas comprendre ce qui leur tombait dessus.
C'est du moins ce qu'il ne cessait de se répéter depuis bientôt dix minutes, cette même après-midi, alors qu'il fixait d'un air las son manuel de Potions élémentaires sans en avoir lu une ligne ni retenu une propriété. Ca ne pouvait pas être bien difficile de toute façon. S'il avait pu le faire à quatorze ans, il pourrait le refaire à dix-sept. N'est-ce pas ?
Il entendit la porte de l'appartement claquer et sursauta, et se pencha avec plus d'assiduité sur son livre. Sirius était parti faire un tour à balai une heure plus tôt, après avoir convaincu son père qu'il serait bien plus efficace dans son étude après s'être débarrassé de ses toxines en faisant un peu de sport… A se demander ce qui se passait dans la tête des parents parfois, pour qu'ils avalent de telles salades.
Au cours de cette heure, James s'était assis à son bureau, avait repéré deux nouveaux coups sur le mur en face de lui qu'il n'avait jamais vus avant, avait réussi à se convaincre de sortir un parchemin pour prendre des notes, s'était aperçu qu'il n'avait plus de parchemins vierges (en avait piqué à Sirius), avait réassorti ses plumes selon leur état de délabrement et avait refait le plein de tous les encriers sur lesquels il avait pu mettre la main… Mais il allait s'y mettre. Il y était presque…
« Quel pays de cons, » grogna Sirius en entrant dans la chambre, son balai à la main, dégoulinant d'eau. « Une seconde, t'étouffe de chaleur et la suivante, c'est le déluge ! » Il secoua la tête à la manière d'un chien et envoya des gouttelettes de pluie partout autour de lui, y compris sur les cours ouverts devant James.
« Un vrai temps de chien, » ne put s'empêcher de souligner James, s'attirant un grognement agacé de son ami.
« Je me suis retrouvé coincé au-dessus de la forêt de Glenmore avec une bande Moldus idiots qui ont essayé de me faire jouer à la balle, » grogna Sirius en fouillant son armoire à la recherche d'habits secs.
James éclata de rire. « Qu'est-ce que tu faisais sous forme animale ? »
« Je me suis dit qu'un chien à côté d'un balai aurait l'air moins suspect qu'un type habillée avec une longue robe noire à côté d'un balai, » expliqua-t-il. « Je me suis arrêté trois minutes pour me lancer un impervius et voilà qu'ils me tombent dessus ! C'est toujours la même chose, dès qu'il y a un rayon de soleil, les campeurs et les touristes se mettent à pousser dans tous les coins comme des champignons ! »
« Et ? » questionna James en tentant d'imaginer la scène. « Tu t'es bien amusé avec ta ba-balle ? »
« Ah, ah, » marmonna Sirius en s'essuyant vigoureusement les cheveux. « J'ai joué la carte du chien sauvage et méchant. J'ai même fait pleurer une gamine. »
« T'as de la chance qu'ils n'aient pas appelé la fourrière, » ricana James.
« Au moins, personne n'essaye de me chasser pour me manger en brochette, moi, » répliqua Sirius d'un ton vert. James grimaça légèrement. Il devrait sans doute vérifier les saisons de chasse avant d'aller se promener en forêt… Mais l'été ? Non, il ferait la joie des touristes avec ses belles ramures qui prenaient un peu plus d'envergure chaque année.
« Et t'es revenu comment ? » demanda James en vérifiant sa montre. Il fallait près de quarante minutes pour aller jusque Glenmore. Sirius n'aurait jamais eu le temps de faire l'aller-retour.
Le jeune homme marqua une pause, la tête à moitié passée dans une robe propre et il fixa James d'un air pompeux et suffisant. « J'ai transplané, tiens » répliqua Sirius en haussant une épaule l'air de rien.
« Hum. Je t'ai dit que j'y été arrivé la semaine passée ? » commenta James.
« À transplaner ? »
Il hocha la tête.
« Nan ? »
« Si. »
« Et t'es toujours en un morceau ? »
« Avec toutes les bonnes pièces au bon endroit. »
« Ça mérite célébration ! » s'exclama Sirius
Et non, ils n'avaient pas vraiment d'explication pour Phin quand celui-ci vint vérifier comment l'étude avançait quinze minutes plus tard et les trouva en train de rire et chahuter tout en sirotant tranquillement une bière.
« Au fait, » reprit Sirius un peu plus tard, après que Phin ait trouvé le moyen de les obliger à étudier en enchantant le bureau (pour James) et la table de la cuisine (pour Sirius) pour déclencher une alarme dès qu'ils tentaient de s'en éloigner un peu trop, « c'est la pleine lune, mercredi. »
« Mmm, » marmonna James en dévisageant son livre de potions. Dévisager, oui. Il était sûr qu'une tête était apparue au milieu de tous ces mots savants et maintenant, son livre le fixait d'un regard noir et lui répétait qu'il n'était qu'un idiot et qu'il ne retiendrait jamais rien et c'était bien fait – et peut-être que James avait vraiment besoin de faire une pause parce qu'il était en train de perdre la tête. Personne ne devrait être forcé à étudier pendant près d'une heure avec autant d'assiduité. C'était mauvais pour la santé.
La preuve, son livre de potions venait de plisser les yeux pour tenter de le faire culpabiliser.
« Est-ce que tu viendras ou ta nouvelle lubie d'être un petit étudiant modèle chouchou du prof te l'interdit ? » insista Sirius en réussissant, finalement, à attirer l'attention de James.
« Hum ? » James tourna la tête vers la porte ouverte qui donnait dans la cuisine et regarda Sirius. « Qui est le chouchou du prof ? »
Sirius considéra vaguement l'idée de se frapper la tête sur la table. Ou de courir dans la chambre taper la tête de James sur son bureau et revenir s'asseoir avant que l'alarme se déclenche.
« Mercredi. Pleine lune. Toi venir ? » résuma-t-il.
James sembla finalement percuter. « Tu crois que Remus va essayer de me réduire en charpie ? » questionna-t-il en fouillant dans son sac pour retrouver son horaire d'examen. Jeudi matin, il avait examen d'Enchantement. Et après-midi… Il revérifia trois fois cette fois – l'examen du cours optionnel d'Enchantement ? James ne se souvenait pas de ce cours – bah, c'était des enchantements, ça pouvait pas être bien compliqué…
Sauf si l'examen consistait à faire un exposé devant toute la classe, comme il l'apprit jeudi midi alors qu'il tentait, vaguement, de garder les paupières ouvertes après la nuit agitée qu'il avait passé en compagnie des garçons. En face de lui, Sirius avait l'air de se porter comme un charme, comme si ne pas dormir de la nuit n'avait aucune incidence sur son humeur ou son énergie, et il racontait à qui voulait l'entendre qu'il avait prévu des effets spéciaux ha-lu-ci-nants pour appuyer son exposé. Parce que ce traitre, lui, l'avait préparé.
Avec un soupir agacé et rempli de haine envers son cousin qui lui répondit par son air le plus candide, James se leva, décidé à rentrer chez lui, se mettre au lit et ne pas se réveiller jusqu'au lendemain.
Il traversait le hall aux miroirs, comme il en était venu à l'appeler, quand il se fit vicieusement agressé. Une main l'attrapa par le poignet et le tira violement sur le côté, trop fatigué pour réagir avec plus de rapidité, James se prit le mur du placard en pleine tête alors que la porte se refermait derrière son dos et c'est des étoiles pleins les yeux qu'il se retourna vers son agresseur pour lui apprendre sa façon de penser. Personne ne traitait James Potter de cette façon, pas même quand James Potter avait du mal à aligner deux pas en ligne droite.
Lily se tenait devant lui, un grand sourire aux lèvres, le visage en cœur, et James était trop fatigué pour lutter, trop fatigué pour penser à une raison de se débiner, trop fatigué pour même imaginer ne pas se laisser faire. Il y avait une bouche fraiche sur la sienne, un corps chaud plaqué contre lui et avant d'avoir compris, il avait glissé sa main dans les cheveux de Lily et la pressait contre le mur derrière elle et lui dévorait la bouche avec passion, lui embrassait le cou avec fougue, respirait l'odeur fruité de son parfum avec ardeur et rien au monde n'aurait pu le convaincre qu'il commettait une erreur.
Sur le chemin qui le ramenait chez lui, il croisa Remus qui arrivait à l'école pour son examen de cette après-midi après ne pas s'être présenté ce matin et d'un geste discret, James s'essuya la bouche tout en jetant un regard en coin au garçon. Remus marchait d'un pas lent, le dos tendu et les jambes hésitantes, et James pouvait voir que chaque mouvement le faisait souffrir – et pourtant, il était là, à aller passer un examen après une nuit de pleine lune et malgré lui, James se sentit empli d'admiration pour l'autre garçon.
Ce que Lily avait pu voir chez lui qu'elle n'avait pas vu chez Remus, il n'en était plus vraiment sûr.
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« Nous vous remercions pour votre achat. Passez une bonne après midi, » ânonna Tania d'un ton morne en regardant le dernier client passer la porte de la papeterie magique. Elle jeta un autre regard à l'horloge qui était fixée sur le mur en face d'elle et s'aperçut que l'aiguille s'approchait dangereusement de l'icône fin de journée.
Enfin ! Ce n'était que le deuxième jour qu'elle travaillait dans ce magasin et déjà, elle avait l'impression d'y avoir passé sa vie – des années et des années passées, gâchées à conseiller telle lecture à tel client, telle plume à tel écolier, tel parchemin à telle ménagère. Quelqu'un aurait dû mettre sur la porte d'entrée Bienvenue en Enfer ! parce que, franchement, Tania voyait mal comment n'importe quel job pourrait être pire que celui-ci.
Sans doute son père l'avait-il fait exprès. Il devait se douter à quel point elle deviendrait folle à travailler avec des livres poussiéreux comme seule compagnie, elle, le papillon social par excellence, et il avait sauté sur l'occasion quand il avait entendu le gérant dire qu'il cherchait un apprenti. Elle était persuadé que tout ceci n'était qu'un plan hautement machiavélique pour la punir de son comportement de ces dernières semaines. Elle ignorait simplement que ses parents pouvaient être si cruels.
Et si travailler ressemblait vraiment à ça, la perspective de devoir travailler le reste de sa vie était particulièrement effrayante, encore plus maintenant qu'elle avait goûté à l'horreur réelle de la situation. Peut-être que Lily avait raison, elle devrait sans doute accorder plus d'attention à ses études et tenter de décrocher un diplôme. Tania se verrait bien devenir la patronne de quelque chose, donner des ordres autour d'elle et faire de la vie de ses petits esclaves un enfer…
Ou elle pourrait commencer à travailler plus concrètement sur son plan de se trouver un petit vieux bourré de fric.
Quoiqu'il n'avait pas vraiment besoin d'être vieux, pas vrai ? se dit-elle en voyant Remus passer dans la rue devant la boutique, bras dessus, bras dessous avec une fille de sa classe qui riait aux éclats. Remus avait un léger sourire aux lèvres, discret et fatigué, et Tania se surprit à l'observer plus longuement. Il avait tellement changé au cours de l'année écoulée qu'elle avait passé entre sa découverte de Londres, ses aventures avec le corps enseignant et toute cette histoire avec Sirius…
Remus avait grandi. Et pas seulement en hauteur. Il s'était étoffé d'un peu partout, ses muscles avaient gonflé, ses épaules étaient devenues bien carrées et ses mains, qu'il était en train d'exposer devant les yeux de la fille qui l'accompagnait, dégageaient puissance et rassurance. Ses mèches miel et or retombaient autour de ses yeux, plus longues, légèrement ondulées, et pour la première fois, Tania put voir l'ombre qui habitait dans les yeux de Remus, ce voile qui semblait toujours hanté son regard et auquel elle n'avait jamais prêté attention avant.
Qu'elle n'avait jamais vu avant. Mais elle avait rencontré tellement de gens différents ces derniers temps, des gens hantés par leur passé, des gens que la vie avait abandonné, des gens au bord du gouffre et même tout au fond, qu'elle avait l'impression de mieux comprendre la souffrance à présent, et elle la devinait partout sous l'air amical et bon enfant de Remus.
Dans la rue, Sirius apparut, soudainement, sans prévenir, et Tania n'eut pas le temps de détourner les yeux comme elle faisait chaque fois qu'elle l'apercevait quelque part. Sirius sauta sur le dos de Remus – sans prendre appui sur lui, cependant, ne put-elle s'empêcher de remarquer – et il glissa quelque chose à la fille à côté de Remus qui se mit à sourire plus fort, et à battre des yeux et à entortiller ses cheveux et … un grand bruit de déchirure attira l'attention de Tania et elle s'aperçut qu'elle venait de réduire en morceau la facture du dernier client.
Elle inspira et reporta ses yeux à l'extérieur, irrémédiablement attirée même si elle savait qu'elle ne faisait que se faire du mal. Mais avoir mal avait du bon. Sentir ses boyaux se tordre, sa gorge se serrer, la colère gronder et la jalousie l'envahir alors qu'elle observait Sirius flirter avec cette autre fille qu'il dérobait sans la moindre pensée à son meilleur ami, toutes ses sensations pénibles et douloureuses étaient les bienvenues. Elles lui rappelaient qu'elle était encore en vie, qu'il y avait toujours cette flamme qui brûlait en elle alors qu'elle se sentait si vide tout le temps, en permanence, comme un fantôme voguant au milieu d'une existence dénuée de sens.
Sirius faisait disparaître tout ça.
Et maintenant qu'elle l'observait de loin, elle se rendait compte à quel point lui aussi avait changé au cours des dernières années. Il n'avait plus rien du garçon un peu gauche qui lui avait offert une fleur arrachée au bosquet de la grand place pour leur première saint valentin ensemble parce que, comme il le lui avait dit, la vie de cette fleur sera bien plus belle entre tes mains. Elle n'avait même pas eu la force de lui en vouloir d'avoir oublié de lui acheter quelque chose.
Le garçon qui s'essuyait toujours la main sur sa robe avant de prendre la sienne parce qu'elle le rendait tellement nerveux au début et qu'il était toujours à moitié persuadé que toutes les filles avaient des poux et qu'il devrait sans doute en rester éloigné.
Le garçon qui s'était moqué d'elle pendant des semaines en lui disait qu'il sortirait avec elle quand elle repérerait son étoile dans le ciel, tout ça pour lui apprendre qu'il n'y avait aucune étoile à voir après qu'ils aient échangé leur premier baiser (et Sirius de commenter qu'il ne s'attendait pas vraiment à quelque chose d'aussi plaquant).
Le garçon qui avait allumé des bougies et placer des pétales de rose partout dans la chambre pour leur première fois parce qu'il l'avait vu faire dans une série dont elle était fan et qui avait rigolé avec elle quand elle lui avait avoué que tout ce romantisme avait tué le romantisme.
Sirius, qui n'hésitait pas à se dénoncer à sa place pour ne pas que ses parents lui causent des problèmes. Sirius, qui malgré ses grands airs de don juan et je-m'en-foutisme avait toujours été là quand elle avait besoin de lui. Sirius, qui la faisait rire, qui la faisait pleurer, qui la faisait vibrer, qui la faisait haïr.
Il tourna la tête en direction de la papeterie et Tania baissa précipitamment la tête, vaguement honteuse et termina de compter sa caisse avant de se diriger vers les vestiaires pour troquer sa blouse d'employée contre sa robe. Un petit miroir pendait au mur de la réserve. Tania se stoppa et observa son reflet, longuement.
Elle avait bonne mine. Ses yeux bleus brillaient, ses cheveux blonds étaient encore brillants de sa récente coloration, rien ne semblait clocher dans ce reflet, rien ne montrait le trouble qu'elle ressentait, les cauchemars qui la hantaient la nuit ne laissaient aucune marque de fatigue sous ses yeux et la nervosité qu'elle ressentait continuellement en présence d'inconnus ne laissait aucun stigmate.
Elle commença à se déshabiller, et presque comme à chaque fois depuis ce jour, ses yeux tombèrent sur les bleus qu'elle portait sur les bras et les côtes. Ils étaient bleu foncé au départ, bordés de rouge, puis s'était peu à peu mués en de grosses plaques mauves brunâtres mais maintenant, seules restaient des tâches jaunes à peine un peu plus foncées que sa peau claire. Elle posa les doigts sur les ecchymoses qui disparaissaient et appuya dessus jusqu'à les faire devenir blanches et les voir disparaitre totalement.
La frustration l'envahit. Le ridicule de ses sentiments la frappa de plein fouet – elle devrait être contente que les traces de ce qu'il s'était passé s'effacent enfin, de savoir que bientôt il ne resterait plus rien pour lui rappeler inlassablement ce qu'il s'était – presque – passé. Mais c'était bien ça le problème : il ne s'était rien passé et une fois que les bleus auraient disparu, il ne lui resterait plus rien, rien du tout, qui prouverait que quelque chose était effectivement arrivé. Elle enfonça ses doigts plus profondément dans sa peau elle n'était pas prête à voir les preuves disparaitre.
Quelques fois, elle se donnait l'impression de n'être qu'une imposture. De quel droit se sentait-elle si mal dans se peau en ce moment, si perdue, si vide, si stressée, alors qu'au final, Fat avait été stoppé avant qu'il ne… Pourquoi devait-elle en faire une telle histoire ? Ce n'était pas allé loin, en fin de compte, et elle en faisait des montagnes.
Le proviseur l'avait bien dit, Je ne vais pas risquer le futur d'un étudiant modèle simplement pour un petit malentendu malheureux entre deux élèves.
Quelques fois, elle se disait que peut-être cela serait plus facile si elle avait réellement été violée. Alors au moins, elle serait une victime. Elle pourrait s'identifier à quelque chose, aurait de réelles raisons à son mal-être actuel, personne ne questionnerait le pathétisme qui semblait engluer sa vie depuis quelques semaines. Elle pourrait s'en prendre à lui, l'accuser, le faire enfermer. Elle n'en pensait rien, bien sûr, et s'estimait très chanceuse de s'en être sortie à si bon compte. Cela aurait pu être tellement pire…
Des dizaines de gens se faisaient agresser tous les jours, et ils s'en remettaient très bien. Alors pourquoi avait-elle tellement de mal à reprendre sa vie en main, tellement de mal à simplement passer à autre chose ?
Elle reposa les yeux sur son reflet. Irritation, colère et douleur se mêlaient sur son visage. Les bleus auraient bientôt disparu et plus aucune trace ne resterait, que son souvenir et la vacuité qui l'accompagnait et elle ne pouvait pas supporter qu'il ne reste rien à voir, et qu'elle semble se porter si bien et soit si douée pour prétendre que tout allait bien quand tout s'effondrait. Elle aurait juste voulu que quelqu'un puisse voir, découvre – et elle ne supportait pas l'idée qu'un jour, ça se sache.
Tout était tellement confus, tant de sentiments conflictuels s'opposaient en elle et son visage était si rayonnant qu'elle n'en supportait plus son reflet et avant d'avoir réalisé, elle avait enfoncé son poing dans le miroir pour faire disparaitre ce simulacre de sourire derrière lequel elle se protégeait et qu'elle était venue à haïr.
« Tania ! »
Elle sursauta et se retourna. Sirius était là, dans le vestiaire, et la regardait comme s'il ne l'avait jamais vue. Elle baissa les yeux sur sa main qu'il semblait fixer avec horreur et c'est seulement en apercevant les longues lignes rouges qui parcouraient sa peau et le sang qui goutait sur le sol que la douleur la rattrapa et la frappa. Un sanglot lui échappa, longtemps retenu, jamais partagé, et elle se concentra sur sa main. La douleur faisait disparaitre tout le reste.
« Tu as perdu la tête ? » s'exclama Sirius en se précipitant vers elle. Il lui attrapa le poignet pour regarder les dégâts puis releva les yeux sur elle, inquiet et soucieux. Il ne devrait pas s'en faire pour elle. Elle voulait juste que quelqu'un partage sa peine. « Qu'est-ce qui t'a pris ? »
« Tu crois que je suis folle ? » murmura-t-elle sans détacher les yeux du sang qui s'échappait d'entre ses doigts. Poisseux et chaud, rouge et brillant, lui donnant la nausée et étrangement rassurant en même temps.
« Non, bien sûr que non, » assura-t-il en passant ses doigts à travers ses boucles. Il lui embrassa le front et lui mit sa cape sur les épaules. « Allez viens, je vais t'emmener chez le Médicomage. »
« Sirius, tu… » Elle l'attrapa par le bras, le stoppa, le dévisagea. Elle ne comprenait ce qu'il faisait là après tout ce qu'elle lui avait fait, tout ce qu'elle lui avait dit. Elle ne comprenait pas qu'il puisse encore se soucier d'elle. Comment pouvait-il encore vouloir d'elle quand son propre reflet la dégoûtait ? « Pourquoi tu… »
Il la prit par la taille pour la faire avancer vers la porte et lui sourit avec tendresse, avec calme, comme on parle à un animal pour l'apaiser. « Viens, il faut aller faire soigner cette main. »
Tania s'appuya sur lui. Peut-être ne serait-ce pas si terrible de se reposer sur les autres.
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« Potter ! »
James se retourna en entendant quelqu'un hurler son nom à travers la cours du lycée. Il aperçut Lupin au coin de la porte, accompagné de Matt, qui lui faisait de grands signes du bras pour l'inciter à venir. James n'aurait su dire pourquoi exactement, mais il se sentit immédiatement impatient de les rejoindre. Une aura de méfait semblait flotter tout autour d'eux et, vraiment, il n'avait jamais pu résister à ce genre d'appel désespéré.
« Distrais Champignard ! » lui ordonna Remus dès qu'il fut suffisamment près pour entendre ce qui lui était dit sans que la conversation soit espionnée par des oreilles indiscrètes.
« S'il vous plait, James, » ironisa-t-il en défiant Lupin du regard. « Pourquoi ? »
« Parce que Sirius est un foutu lâcheur et qu'il faut - » Lupin baissa les yeux sur sa montre, « Milles gargouilles ! Il faut qu'on soit dans son bureau dans deux minutes ! »
Les deux garçons se précipitèrent à l'intérieur de l'école et, la curiosité titillée, James leur emboita le pas. Il ne savait pas ce qu'ils avaient l'intention de faire mais ça paraissait illégal et amusant. Parfait pour se détendre au milieu des examens… Remus alla se positionner à l'angle du couloir et Matt prit place devant le bureau du directeur. Il ne fallut pas longtemps à James pour repérer Champignard qui approchait par le couloir opposé et, suite aux gestes et œillades insistants des deux autres, il se résolut à poser les questions plus tard.
« Monsieur ! » appela-t-il en s'approchant de l'ancien enseignant. Une distraction… c'aurait été bien plus facile s'il avait eu le temps de préparer quelque chose à l'avance. Il y avait bien ce sort d'explosion qu'il avait toujours voulu essayer sur les poubelles en plastiques qui défiguraient la cour de l'école. « Je… je peux vous parler ? »
Champignard se stoppa, le regarda avec méfiance puis jeta un coup d'œil à la porte de son bureau. James regarda par-dessus son épaule et s'aperçut que, si Lupin était toujours en position, Matt avait disparu. Certainement à l'intérieur de la pièce interdite. C'aurait été l'occasion parfaite de le laisser se faire prendre… sauf que, étrangement, James n'en ressentait pas l'envie. Il mit ça sur son instinct de baroudeur, toujours prêt pour les mauvais coups.
« Potter, le moment n'est pas – »
« C'est vraiment important, monsieur ! » insista James en faisant mine de le retenir par le bras, avant de laisser retomber sa main dans une fausse expression de politesse.
Champignard lança un autre coup d'œil à son bureau puis à James et il soupira. « Bien, mais en vitesse alors, » abdiqua-t-il en donnant son attention à James.
« Heu… » James jeta un coup d'œil autour de lui pour trouver un peu d'inspiration. « Voilà, en fait, j'ai… je réfléchissais, vous savez, à tout ce qu'il s'est passé cette année et je… »
Champignard arqua un sourcil. « Il va falloir être un peu plus spécifique, jeune homme. Ce fut une longue année. »
« Oui, » James acquiesça. Une idée, vite, une idée. L'air de rien, il commença doucement à se déplacer sur le côté et le proviseur suivit son mouvement inconsciemment. « En fait, je parlais du Quidditch ! » s'exclama James, frappé d'un éclair de lucidité. Rien ne pouvait retenir l'attention de l'homme comme le Quidditch.
Le visage du quinquagénaire s'éclaira l'espace d'une seconde avant de s'assombrir. Il attendit que James continue.
« Voilà, je me disais que c'était dommage d'avoir perdu, » commença-t-il en ignorant le "C'est peu de le dire" que grogna l'adulte mécontent entre ses dents. « Et vous voyez, le… enfin, la plupart des membres de l'équipe seront encore au lycée l'année prochaine et… »
A force de les faire pivoter pas par pas, James avait réussi à les faire échanger de position : il avait à présent parfaitement vue sur la porte ouverte du bureau directorial et Lupin au coin du couloir qui semblait ne rien faire. Il haussa un pouce en direction de James et aussitôt, Matt sortit du bureau et donna quelque chose à Remus qui disparut en courant dans le couloir opposé alors que Matt retournait à l'intérieur du bureau.
« Où voulez-vous en venir, Potter ? » s'agaça Champignard.
« Ah, oui, euh, je voulais dire que c'était dommage qu'on passe tout un été sans s'entrainer, vous voyez ? Enfin, si on pouvait continuer l'été, on démarrerait la saison prochaine sur les chapeaux de roue et nos chances de l'emporter n'en seraient que meilleures, pas vrai ? »
Champignard sembla interloqué pendant un instant tandis que James se congratulait intérieurement. Avec un peu de chance, il pourrait faire d'une pierre deux coups. Il ne passerait pas tout un été à Rasp Hollow sans pouvoir voler à balai et, apparemment, les bois étaient interdits de survol en pleine saison.
« Vous voudriez que je vous laisse accès au terrain quand l'école est fermée ? » traduisit le directeur en le dévisageant de l'air de quelqu'un qui, clairement, cherchait l'arnaque.
« C'est gagnant-gagnant, » assura James avec conviction. « On continue à s'entrainer, on garde la forme et on… on crée des liens entre les membres de l'équipe, » ajouta-t-il au dernier moment. « Vous avez sûrement remarqué que les tensions entre les joueurs nous avaient clairement handicapées, non ? »
Aussi, quand on changeait de capitaine quelques semaines à peine avant la finale…
Champignard sembla méditer ses arguments pendant un moment. Dans son dos, Lupin revint avec quelque chose à la main et entra à son tour dans le bureau du directeur. James se demanda vaguement combien de temps encore allait durer ce manège.
« Si je vous accorde cette opportunité, » reprit Champignard avec hésitation, « il me faudra quelqu'un de responsable pour gérer l'accès au terrain et le respect des équipements. Je ne fais pas confiance à une bande d'adolescents pour… »
« Sirius se porte volontaire, » assura James. Les absents ont toujours tort, non ? Remus et Matt ressortirent du bureau et firent signe à James que tout était OK. « Enfin, je vous laisse réfléchir, m'sieur ! » conclut-il rapidement avant de partir rejoindre les deux autres garçons.
Du coin, il put apercevoir Champignard se précipiter dans son bureau comme s'il venait de brusquement se souvenir qu'il était supposé aller y vérifier quelque chose, ouvrir un tiroir et en sortir une clé avec une expression de soulagement intense au visage. James se tourna vers Lupin et s'aperçut qu'il avait la même clé en main.
Tout ça pour une clé ?
« Quelqu'un voudrait bien m'expliquer ce qu'il se … » commença-t-il à exiger mais avant d'avoir fini sa phrase, Remus lui avait fourré la clé dans les mains. Elle était encore chaude du processus de fabrication – c'était sans doute une copie qu'était parti faire Remus aussi précipitamment. Comment, il n'en était pas vraiment sûr.
« Donne ça à Sirius, » déclara Remus en reprenant son sac de cours qui était appuyé contre le mur, « et dis lui bien que c'est lui, le responsable. Pas ma faute si ça plante, » grommela-t-il en reprenant le chemin de chez lui. Au cours de la semaine, James avait découvert que Remus était presque encore pire que Lily quand il était question d'étudier pour ses examens.
« Abandonner les potes pour aller compter les fleurs, j'te jure, » marmonna Matt en secouant la tête. « Sirius a vraiment besoin de remettre de l'ordre dans ses priorités. »
« Compter les fleurs ? » répéta James d'un ton hésitant. Il était le premier à reconnaitre que son cousin n'était pas étranger à quelques bizarreries, mais là, il avait quand même un doute. « Et cette clé ? » insista James en la secouant devant les yeux de l'autre garçon.
Matt prit un air solennel et posa sa main sur l'épaule de James. « Toute l'école compte sur toi. Ne nous laisse pas tomber, » puis, à son tour, il reprit son sac et quitta le bâtiment, laissant un James stupéfait sur place.
« Potter ! » s'écria la voix de Champignard derrière lui. James sursauta et fourra la clé dans sa poche avant de se retourner. « Vous avez séché l'examen d'Enchantement ? »
James se figea, tenta de sourire innocemment et haussa les épaules. « Enfin monsieur, si j'avais séché mon examen, je ne serais pas assez idiot pour être revenu à l'école après coup, n'est-ce pas ? Sans doute, monsieur… » Euh, enchantement, le nom du prof… « Johnson, » se souvint James in extremis, « a fait une erreur en prenant les présences. »
« Monsieur Johannsen, » corrigea Champignard d'un ton défaitiste.
« Oui, lui, » James se décida pour un repli stratégique. « Si vous voulez bien m'excuser, j'ai… un… truc à faire, » dit-il en prenant la direction du réfectoire. « En total rapport avec mes examens, » assura-t-il avant de détaler en direction de son rendez-vous, et de la réelle raison de son retour à l'école après avoir séché son après-midi pour dormir. Mais entre l'examen d'Astronomie qui avait duré jusque minuit mardi et la pleine lune la veille, additionné à sa brutale prise de conscience sur l'atrophie cérébrale qu'il avait développée ces derniers mois, la semaine n'avait pas été une sinécure…
Lily l'attendait de pied ferme devant les portes closes, le visage sévère. James pouvait déjà deviner le sermon qu'il était sur le point de se prendre rien qu'à sa manière de se tenir et elle n'eut même pas besoin d'ouvrir la bouche pour qu'il se sente agacé. Il n'avait vraiment pas besoin d'avoir quelqu'un d'autre sur le dos en ce moment.
« Un examen, James ! » Il grimaça. Bingo. « T'as perdu la tête ? »
« Je fais ce que je veux, Lily. Si ça me prend de ne pas venir, je ne viens pas. Crois pas que tu vas me changer, » répliqua-t-il immédiatement d'un ton agressif. Il ne devrait pas, elle n'avait rien fait et il était en tort, il le savait, mais il n'était pas d'humeur à prendre le blâme.
« Te chan – » Elle ouvrit la bouche, l'air estomaquée. « Je m'inquiétais pour toi. T'as pas l'air d'avoir fermé l'œil de la nuit et puis tu ne viens pas présenter un examen après avoir été un élève exemplaire depuis lundi… »
« Peut-être que quatre jour est ma limite de bon comportement ? » tenta-t-il de plaisanter, légèrement honteux d'avoir immédiatement assumé le pire. Mais il restait persuadé qu'elle n'aurait pas hésité à l'enguirlander vertement si n'avait pas eu une tête de mort-vivant.
Ca faisait définitivement trop longtemps qu'il n'avait pas fait de nuit blanche, il avait complètement perdu l'habitude. Ou peut-être était-ce dû à la pauvre qualité de son sommeil depuis qu'il avait débarqué dans ce patelin. Il y avait quelque chose dans cet appartement qui l'empêchait de récupérer correctement, ou peut-être juste trop de fantômes dans sa tête.
« James, tout va bien ? » s'inquiéta Lily en le regardant d'un soucieux, inquiet. Il baissa les yeux, mal-à-l'aise, cette petite voix néfaste à l'arrière de son crâne lui répétant encore et toujours qu'il ne devrait pas laisser quelqu'un s'accrocher à lui comme ça. Il prit la main de Lily.
« Qu'est-ce que tu vas imaginer ? » rigola-t-il d'un ton léger. « C'était la pleine lune hier soir, c'est tout. »
« Oh. » Il fallut un moment pour qu'elle fasse le lien. « Oh. » Elle le fixa avec une expression étrange, entre curiosité et prudence. « Et, heu, comment – comment ça s'est passé ? »
« Bien, je suppose, » déclara-t-il en laissant son pouce tracer des formes indistinctes sur le dos de la main de Lily. Plus il se laissait aller, et plus ce genre de petites touches devenaient naturelles, et il ne devrait pas parce qu'il ne voulait pas lui faire de mal et ils ne devraient pas sortir ensemble – mais ils le faisaient, et plus ça durait, et moins il avait de raisons de vouloir y mettre un terme. « Aussi bien que cela peut se passer enfermé entre quatre murs. Ce serait beaucoup mieux de pouvoir sortir un peu… »
« Sortir ? » répéta Lily, incrédule. « T'as perdu la tête ? C'est un, » elle jeta un coup d'œil autour d'elle, « un loup-garou ! Tu – attends, ne me dis pas que ton copain de Poudlard se promenait en liberté quand… »
James se gratta l'arrière de la nuque. « Non, bien sûr. Il était enfermé dans cette vieille bicoque mais après, on a… » James s'interrompit. Peut-être n'était-ce pas la meilleure des idées que de lui raconter ça.
« Vous avez ? » insista-t-elle en plissant les yeux. Il pouvait sentir les ongles de ses doigts s'enfoncer dans la peau de sa main.
« Rien, » Il haussa les épaules, l'air de rien. « On allait juste courir dans la forêt qui borde l'école. »
Lily sembla complètement stupéfiée par ce qu'il venait de raconter. « Mais vous êtes complètement inconscients ? »
« Enfin, entre un cerf, un lynx et un phénix, il risquait pas de passer grand-chose, » se défendit James.
« Pas grand-chose ? » Lily semblait partagée entre incrédulité et stupeur. Elle finit par opter pour reprendre sa main et le frapper à l'arrière de la tête avec. « Et s'il s'était passé quelque chose ? Tu imagines ? On n'a pas idée d'être aussi irresponsable ! »
« Il s'est jamais rien passé, » grogna James en guise d'explication, parce qu'il savait qu'ils avaient été imprudents et bien trop insouciants, mais qu'il recommencerait sans doute encore s'il en avait l'occasion. Certaines choses valaient la peine des risques encourus, et là où Lily ne voyait que le danger d'un monstre lâché sans chaine pour le retenir, James voyait un ami qui goûtait à la liberté pour la première fois, un ami qui ne cherchait pas se mutiler, une nuit de cauchemar qui devenait un instant de complicité.
Lily secoua la tête. « Promets, » exigea-t-elle, « promets que tu ne feras jamais rien de tel avec Remus ! »
« Non. » James croisa les bras et soutenu son regard incendiaire qui devait faire plier plus d'un homme. Mais pas lui. Pas dans ces circonstances. « Lupin est grand assez pour décider par lui-même de ce qu'il veut faire ou pas, » asséna James avant de se radoucir un peu et d'ajouter : « mais je ne le pousserai à rien, ça te va ? »
Elle continua de le fixer, moralisatrice au possible, pendant un moment, avant de rendre les armes et de souffler : « Heureusement que Remus a toujours eu plus de sens commun que toi. »
« Oh oui, magnifique Remus, » marmonna James, s'attirant un regard amusé de Lily. Il se rendit compte que cette phrase passerait facilement pour de la jalousie et sentit le besoin de préciser sa pensée. « J'ai failli me faire griller par Champignard, tout ça pour qu'il puisse voler une clé ! » Il sortit l'objet du méfait de sa poche pour la montrer à Lily. « Dis-moi que c'est pas complètement absurde, ça. Quoi que ça ouvre, sûrement un sort de déverrouillage… »
Mais il pouvait voir que Lily ne l'écoutait plus. Elle fixait la clé, les yeux écarquillés.
« Il faut qu'on aille la rendre au directeur ! » s'écria-t-elle en tendant le bras pour l'attraper. D'un geste instinctif, James leva la main pour l'empêcher d'y arriver. « James ! Donne-moi cette clé ! »
« Pourquoi tu veux la rendre ? » demanda-t-il en levant le bras aussi haut que possible pour que Lily ne puisse pas l'atteindre. « Tu sais ce que c'est ? »
« Champignard a promis qu'il renverrait celui qui … » Elle se mit à sautiller sur place et à s'accrocher à lui pour récupérer l'objet métallique et James n'eut d'autre choix que de cacher sa main dans son dos. « James ! » Elle continua à essayer de lui dérober son bien – ce qui n'avait fait que croître l'intérêt de James pour l'objet insignifiant – et il se retrouva collé au mur, Lily plaqué contre lui, ses deux bras passés autour de la taille de James et son visage à seulement quelques centimètres.
Il baissa les yeux sur elle et sourit d'un air retors. Il n'avait qu'à pencher la tête et il pourrait l'embrasser. Elle se figea, les mains toujours posées sur les poignets du jeune homme dans son dos, et haleta légèrement. James inclina la tête et s'arrêta, juste au moment où il frôlait sa bouche.
« Qu'ouvre cette clé, Lily ? » susurra-t-il contre ses lèvres.
Elle entrouvrit la bouche et ce fut une réelle torture de ne pas l'embrasser mais il tint bon et elle céda. « Il faut croire que tu ne connais pas tous les secrets de ce lycée, finalement, » murmura-t-elle avant de plaquer ses lèvres sur lui, dans une longue et insistante pression et de se reculer d'un pas. James aurait juré l'avoir entendu penser qu'ils étaient deux à pouvoir jouer ce jeu.
James glissa la clé coupable dans la poche arrière de son pantalon et dévisagea la jeune fille qui lui faisait face. Elle semblait très fière d'elle, et elle pouvait, ce n'était pas tout le monde qui pouvait lui retirer les mots de la bouche, et le regardait avec défi, clairement en train de le narguer. Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?
Il prit un pas dans sa direction, prit son visage en coupe dans ses mains et l'embrassa profondément. Il n'avait pas embrassé Lily tellement de fois avant, mais ce baiser était différent, un peu comme celui du rêve qu'il avait fait durant les olympies sportives. Pour la première fois, il n'embrassait pas Lily par esprit de rébellion, il n'embrassait pas Lily pour lui prouver qu'il avait raison, ni parce qu'elle l'avait pris par surprise, ou qu'il n'avait pas eu le temps de réagir et personne n'était dans sa tête à lui souffler qu'il ne fallait pas.
Il se laissa emporter par le moment, glissa ses doigts dans ses cheveux roux qu'elle n'avait pas attachés ce matin, s'accrocha à son épaule de main gauche, et la sentit qui agrippait sa blouse, et qui respirait plus fort. D'une de ses mains, elle gagna son dos et appuya, l'attirant plus contre elle et sa main continua à découvrir le dos de James par de grands cercles parfois hésitants quand il changeait le rythme de leur baiser et raffermissait sa prise sur elle, comme pour l'empêcher de s'extraire à ses bras.
Il sentit sa main se faire plus conquérante et fut surpris, mais ravi, de la sentir contre sa fesse quand il sentit ses doigts se courber et tenter… de rentrer dans sa poche ! Il s'éloigna brusquement et cogna contre le mur qui était qu'à un mètre derrière lui et la fixa, interdit, le souffle un peu court.
Elle n'était pas mieux avec ses joues roses, pantelante, et un sourcil arqué, comme impressionnée – du baiser ? qu'il soit parvenu à réagir malgré tout ?
« Très bien, » souffla-t-elle, « garde-la donc. Je vais… » Elle inspira profondément. « Mais je refuse d'être associée d'une manière ou d'une autre avec ce qu'il va se passer demain. »
« Demain ? » répéta James, toujours un peu confus.
Elle secoua la tête en rigolant. « Tu ne sais vraiment pas, pas vrai ? »
Il s'apprêtait à rétorquer quelque chose d'intelligent et plein d'esprit quand du bruit au fond du couloir attira leur attention. Ils tournèrent tous les deux la tête pour voir Alec et Ben qui étaient en train de transporter une machine qui semblait peser une tonne s'il en jugeait par les visages rouges et suintants des deux garçons pourtant très musclés.
Quand ils aperçurent Lily, ils se figèrent tous les deux et la fixèrent d'un air craintif. Du coin de l'œil, James vit Lily ouvrir la bouche puis la refermer avec un soupir vaincu.
« Je vais prétendre ne pas vous avoir vu en train de transporter un appareil à créer des passes magiques, » déclara-t-elle en se tournant de l'autre côté. Alec et Ben échangèrent un regard surpris puis se remirent en route.
James passa les doigts sur la clé qui était dans sa poche – un passe magique, de toute évidence. Ca expliquait que Lupin ait voulu en faire une copie, aucun sort n'ouvrait une porte scellée avec ce genre de dispositif, la serrure était spécialement conçue pour ne s'ouvrir qu'avec un seul type de magie, celle du passe.
Mais ça ne lui apprenait rien sur ce que la clé ouvrait. Pour avoir recours à ce genre de méthode, et au vu de son stress un peu plus tôt, James se doutait que Champignard savait que quelqu'un essaierait de lui dérober le passe il détenait quelque chose qu'il ne voulait absolument voir ouvert et qu'apparemment, Lupin et Sirius voulaient à tout prix ouvrir. Et Lily semblait parfaitement savoir de quoi il s'agissait.
« Tiens, » reprit Lily au bout d'un moment en lui tendant un petit paquet de cartes. C'était après tout pour ça qu'ils s'étaient retrouvés ici. « Ce sont les fiches dont je te parlais. Sur chaque face, tu as une plante et derrière, toutes les propriétés que le prof voulait qu'on retienne. »
James prit les cartes et en retourna quelques unes. Lily avait travaillé comme un chef sur ce coup-là. « Tu es sûre que tu n'en auras pas besoin ? »
Elle secoua la tête et se toucha le front du doigt. « Tout est déjà là. »
James continua d'hocher la tête en parcourant les fiches des yeux. Etudier le cours de botanique avec ça allait être beaucoup plus facile que s'il avait dû passer son temps à démêler les informations pertinentes du superflu dans son cours intouché. « Merci, tu me sauves. »
« Et pour ce qui est de la partie pratique, » continua-t-elle, « j'ai surpris le prof en train de préparer des plants d'asphodèle et des bassins d'anémones, tout à l'heure. Enfin, je dis ça, je dis rien, moi… »
James la dévisagea, incrédule. « Toi ? Lily Evans ? Tu es en train de m'aider à tricher? »
« Tricher ? » se récria-t-elle en commençant à avancer vers la sortie. « Bien sûr que non ! Je… je partage une information qui s'est retrouvé en ma connaissance avec toi, c'est tout. »
James éclata de rire en dodelinant de la tête et il la rattrapa pour marcher à côté d'elle. « T'es tout bonnement incroyable, tu sais ça ? » s'exclama-t-il. Il passa son bras autour des épaules de son amie et lui embrassa la tempe. « Je ne sais pas ce que je ferais sans toi parfois, Lils. »
Elle s'appuya contre lui. « Je suis une petite amie géniale, pas vrai ? »
James se tendit et força un sourire sur ses lèvres. « Je te raccompagne chez toi ? »
Un court rire caustique sortit de sa gorge. « Je te rappelle que tu es toujours l'ennemi public numéro un depuis que Pétunia a cafté qu'on avait séché ensemble, » refusa Lily. Elle lui embrassa la joue, le salua et s'éloigna en agitant la main dans sa direction.
James resta sur place et se passa la main dans les cheveux.
Peut-être que toute cette histoire le rendait un peu plus confus qu'il ne l'avait d'abord cru…
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Tania regarda le kiosque en bois qui trônait au milieu de la petite place qui faisait le centre de la ville et les Moldus qui s'étaient rassemblés pour participer à elle ne savait quelle activité municipale. Elle avait parfois l'impression que deux villes se superposaient à Rasp Hollow sans jamais se mélanger. Elle ne savait rien des Moldus qui étaient ses voisins, de leurs distractions, de leur vie quotidienne. Rasp Hollow était peut-être la seule ville mixte sorcière moldue des Royaume-Unis, mais elle ne pensait pas pour une seconde que les deux populations étaient plus proches qu'ailleurs dans le pays. Sorciers et moldus ne se fréquentaient pas, faisaient leurs achats dans des magasins différents, se retrouvaient dans des pubs séparés et ne partageaient que quelques infrastructures comme le cinéma ou la piscine.
« Tiens. » Sirius lui donna le soda qu'il venait d'aller acheter à la librairie (moldue) et s'assit à côté d'elle sur le banc. Ils restèrent silencieux pendant plusieurs minutes, les yeux perdus devant eux, en sirotant leurs boissons. « Alors, » reprit-il après un moment, « qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Elle soupira. « J'en sais rien, j'ai… » Elle haussa les épaules. « … pété les plombs ? »
Il eut un rire sans joie. « Joli euphémisme. »
« C'est juste que d'être ici, je ne fais rien de la journée – et y'a tous ces trucs qui tournent dans ma tête, tu sais ? A Londres, j'avais quelque chose à faire, un but. Et je sais, » continua-t-elle quand il s'apprêtait à l'interrompre, « c'était pas idéal mais au moins, j'avais quelque chose pour remplir… »
« Remplir quoi ? » demanda-t-il en se tournant vers elle. « Qu'est-ce qui t'arrive, Nia ? »
« C'est difficile à expliquer, » avoua-t-elle en tapant du bout de l'ongle contre la canette métallique qu'elle tenait à la main. « C'est comme si il y avait ce … ce vide et – »
Sirius posa la main sur son poignet, juste au-dessus du bandage que le Médicomage lui avait fait pour recouvrir l'onguent cicatrisant. Il ne dit rien mais étrangement, le simple fait qu'il soit là, à côté d'elle, sans exiger d'explication, c'était plus que tout ce qu'elle avait espéré ou voulu.
« Ca n'arrivera plus, » promit-elle – à lui, à elle-même, elle n'était pas vraiment certaine. Elle n'était même pas sûre de ce qui lui avait pris. « Tu veux que je te dise ? Ca ne me réussit pas de passer mes journées à réfléchir. »
Sirius ricana. « Toi, réfléchir ? Tous aux abris ! » se moqua-t-il d'un ton léger. Elle leva les yeux au ciel et lui mit un coup de coude, et ils échangèrent un sourire complice.
« Tu ne m'as pas dit, » reprit Tania un peu plus tard, après qu'ils ont eu fini leurs boissons. « Qu'est-ce que tu faisais là ? Dans les vestiaires, je veux dire ? »
« Je t'ai vu à travers la fenêtre, tu donnais l'impression d'être sur le point de te pendre, » Il baissa les yeux sur sa main bandée, « ou de passer la main à travers une vitre, apparemment. »
« A ce point-là, hein ? » gémit-elle en se prenant la tête dans les mains. « C'est l'enfer, ce job, Sirius ! Je passe mes journées à remettre des bouquins en place et à me couper sur de vieux parchemins. Et tu sais combien on a eu de clients aujourd'hui ? Deux ! J'ai parlé avec deux personnes au cours de neuf dernières heures. Tu m'étonnes que je devienne folle ! Et mon père ? Il veut que je continue à travailler là-bas jusqu'à la fin des vacances. Je te jure, c'est de la torture ! »
Sirius la fixait d'un air hautement amusé.
« Vas-y, fous-toi de moi, » marmonna-t-elle d'un ton badin.
Il lui donna un léger coup d'épaule et resta appuyé contre elle plus longtemps que nécessaire. « Tu fais ça très bien toute seule, » assura-t-il le sourire toujours aux lèvres. « Pourquoi tu ne te chercherais pas un autre job ? Tu sais, avec plus de – de rapports humains ? Comme serveuse ou vendeuse. »
« Je suis vendeuse, » grogna-t-elle avec une moue.
« T'as très bien compris. Tu pourrais, j'en sais rien, travailler dans un magasin de vêtements ? Vu le temps que tu passes à faire du shopping, tu dois en connaître un rayon… »
Elle se tourna vers lui, un sourcil haussé, et plissa les yeux face à son sourire angélique.
« Ouais, » soupira-t-elle, « faire les magasins, papoter, ne pas réfléchir et faire la belle toute la journée, c'est tout moi. Youpi. »
« Tania… »
« Laisse, c'est rien, je n'ai pas le moral, c'est tout, » assura-t-elle en inspirant profondément. Elle n'avait pas l'intention de continuer à s'enliser et contempler passivement sa vie comme l'avait fait dernièrement. Elle allait se reprendre en main, il le fallait, et il était temps. Elle regarda à nouveau sa main bandée. Plus que temps.
« Alors il faut que tu viennes à la fête de fin d'année demain au lycée, » déclara Sirius d'une voix animée. « Je crois que Champignard va faire un infarct en voyant qu'on a encore réussi à lui piquer les clés du lycée ! »
Tania éclata de rire. « Ca fait quoi, la cinquième année ? »
Sirius acquiesça avec fierté.
« Je me suis toujours demandé comment ils s'y prenaient, » rigola-t-elle. « Tu te souviens quand on était en troisième et qu'il avait placé des scellées magiquessur la porte d'entrée ? »
« Et que tout le monde était rentré par les fenêtres ? » termina Sirius, les yeux brillants. « Ouais. Mais cette année, les portes principales seront grandes ouvertes, fais-moi confiance ! »
« Non ! » Elle écarquilla les yeux et se tourna vers lui. « C'est toi qui t'y est collé cette année ? »
« Je nie toute responsabilité quant à l'organisation d'une fête clandestine dans les couloirs du lycée, » déclara-t-il d'un ton pince-sans-rire qui ne convaincrait personne. Tania secoua la tête. « Moi, je me contente d'être le gardien des clés… Enfin, dès que je les aurai récupérées.»
Tania secoua la tête. « T'es vraiment incorrigible, Sirius, » souffla-t-elle. « Mais attends, si c'est demain la fête de fin d'année, tu n'as pas un examen avant ? »
Il hocha la tête. « Botanique puis Charme. »
« Et moi qui t'empêche d'étudier ! » se morigéna-t-elle en se levant. « Rentre vite, » puis, comme il ne semblait avoir l'intention de se mettre en mouvement, elle ajouta : « Tu avais bien le projet d'étudier ? »
Il se pinça les lèvres. « Et bien… »
Elle le réduit au silence d'un regard. Son bras se leva et d'un doigt tendu, elle pointa le Get Out. « Au boulot, immédiatement ! T'exagère vraiment, là. Allez, du nerf ! »
Sirius se remit péniblement debout. « Espèce de tyran. »
« Tu me remercieras en recevant ton carnet de notes, espèce de crétin. Crois-moi, tu n'as pas envie de rater. Fie-toi à mon expérience. Et tu sais que je suis loin d'être la première quand il est question de bosser. »
Sirius supposa qu'elle avait raison. La botanique demandait beaucoup d'effort de mémorisation et il allait bien falloir qu'il s'y colle. Mieux valait maintenant qu'à minuit passé. Il se pencha pour l'embrasser en guise de bonsoir, porte-toi bien, fais attention à toi et toutes les autres banalités qui n'auraient jamais suffi à faire le tour de tout ce qu'il voulait lui dire, mais s'interrompit à mi-chemin et posa ses lèvres sur la joue de Tania.
« Sirius, » le rappela-t-elle au moment où il commençait à s'éloigner. « Merci. Ca… ça m'a fait du bien de pouvoir parler avec toi. Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas juste… »
Il acquiesça. « On est toujours amis, pas vrai ? » s'assura-t-il.
Elle lui sourit et il reprit le chemin de chez lui. C'était largement suffisant pour l'instant.
