Chapitre 38
Angelo resta horrifié quelques secondes. À vrai dire, il n'était pas le seul. Sur les douze personnes présentes, pas une seule ne parlait. Et comme d'habitude, ce fut l'italien qui rompit le silence en premier.
-J'hésite encore sur la réaction à avoir. Je dois te frapper pour être sorti seul en pleine nuit, en sachant que des assassins rodaient, ou je dois te faire un gamin, là, tout de suite, parce que tu n'as pas hésité à risquer ta peau pour sauver l'un des nôtres ?!
Milo essuya ses joues et eut un rire nerveux.
-Je pencherais plus pour le gamin, mais si tu tiens tant que ça à m'en coller une… dit-il d'une voix enrouée.
Angelo réprima un gémissement et le serra dans ses bras.
-T'es vraiment un abruti...
Mu se pencha vers Dohko.
-Et toi, ça va ?
-Et bien, mis à part l'irrésistible envie de dormir et la douleur de mon épaule gauche, on peut dire que ça va. Je suis en vie, c'est le plus important. Tu m'aides à me lever ? Je suis pas très stable sur mes jambes.
Shaka se précipita à son tour pour l'aider. Dohko lui lança un regard surpris. L'indien arborait une mine dévastée.
-Je suis désolé… murmura le blond d'une voix tremblante. C'est de ma faute…
C'était la première fois que Dohko le voyait aussi fragile.
-Non, non. C'est pas de ta faute. C'est de la faute de personne ici. Ces gars sont mauvais, ils auraient trouvé n'importe quelle excuse pour nous chercher des galères. Et ça aurait pu tomber sur n'importe qui d'autre. Tu comprends ?
Shaka finit par acquiescer, et lui et Mu l'aidèrent à s'allonger sur son lit. Il put enfin fermer les yeux et s'abandonner à un sommeil réparateur. Même la douleur de son épaule ne put l'empêcher de sombrer.
…
Le professeur fit cours ce jour-là à une classe anormalement silencieuse. À vrai dire, il ne comprenait pas comment des étudiants pouvaient changer de comportement aussi vite. Hier encore, ils étaient enthousiasmés par l'idée d'aller passer les vacances de Noël en Chine, et aujourd'hui, alors que c'était la veille du départ présumé, ils semblaient atones.
-Comment il allait ce matin ? Chuchota Angelo à l'oreille de son petit ami.
-Il dormait encore, répondit Milo. J'ai pas eu le cœur de le réveiller, il avait des cernes énormes sous les yeux, et il était vraiment pâle.
-On devrait l'emmener se faire examiner à l'hôpital, tu crois pas ?
Saga, qui se trouvait justement assis devant eux, se retourna.
-Mauvaise idée. On sais pas si Dohko a une mutuelle santé, et des soins pourraient revenir très chers. Et…
-On se cotisera pour les soins ! S'insurgea Angelo, outré.
-Laisse moi finir avant de râler, protesta Saga d'un air agacé. Le truc, c'est qu'on sait pas qui sont nos ennemis. Ce qu'ils font dans la vie, leurs visages, rien ! L'un d'entre eux pourrait très bien travailler à l'hôpital par exemple !
-Ou bien, ajouta Milo, qui venait d'avoir une idée, si ils ne sont pas sûrs à 100% de l'avoir tué, ils vont surveiller l'hôpital et tous les cabinets médicaux de la ville.
-C'est ça, conclut Saga.
-Mais on a besoin de médicaments pour Dohko ! Insista Angelo. L'un de nous devrait essayer d'aller dans une pharmacie.
-Lequel ? Coupa Saga. Tu veux vraiment faire prendre un risque pareil à l'un d'entre nous ?
-J'irais, répliqua Angelo sur un ton résolu.
Les deux grecs soupirèrent de concert.
-T'es trop voyant, Angelo, soupira Saga.
Ce fut le tour de Angelo de soupirer.
-Parce que je suis albinos ? Permets moi de te rappeler que Mu a les cheveux violets, toi et Milo les cheveux bleus, Aphrodite les cheveux turquoises, Camus est roux, et qu'enfin, ils connaissent le visage de Shaka et celui de Aiolia. Donc, par extension, celui de Ayoros. Sans parler de Aldé. T'as une meilleure idée ?
-Ben, Shura, asséna Saga sur un ton blasé.
Angelo tenta de trouver quelque chose à redire à la proposition du grec, mais ne trouva rien.
-Ok, t'as gagné ! Fit-il en levant les deux mains devant lui en signe de capitulation. On ira lui demander à la fin des cours.
…
Ils ne purent retrouver Shura qui s'était éclipsé à son cours d'escrime directement après les cours et ils préférèrent retourner à la résidence en attendant son retour. Et puis surtout, ils voulaient savoir comment allait Dohko.
Milo grimaça en trouvant le chinois allongé sur le canapé de l'entrée, torse nu. Il faisait bien trop froid dans cette pièce pour un blessé mais quand il posa sa main sur le bras du chinois, il jura.
-Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Aiolia.
-Il est brûlant de fièvre. On va pas pouvoir attendre Shura, appelle le sur son portable. Le mien n'a plus de batterie.
Aiolia procéda au même examen que Milo et se mit à pianoter furieusement sur son téléphone. Puis il porta l'appareil à son oreille et attendit patiemment.
-Merde, il répond pas !
-Ok, on se calme ! Intervint Aldébaran.
Il chercha le regard de Mu.
-Je suis sûr qu'il possède des herbes qui aident à lutter contre la fièvre.
Mu, qui savait tout de Dohko et de sa fonction de gardien de Rozan, hocha la tête d'un air entendu et fonça dans la chambre de Dohko et Milo à la recherche des précieuses herbes médicinales.
-Que tout le monde rapporte ici les médicaments qu'il possède ! Ajouta Camus. Ayoros, ramènes une bassine d'eau fraîche et des glaçons. Ah, et une serviette aussi !
-Il me faut un drap ! Claironna soudain Aphrodite en fouillant la pièce du regard. Ou une pièce de tissu, quelque chose de ce genre !
-Pourquoi faire ? Demanda Milo, intrigué.
-Une vieille méthode d'amaigrissement suédoise : on enroule la personne dans un drap qu'on a trempé dans de l'eau glacée. Ça force le corps à stocker dans les réserves de graisse, expliqua Aphrodite. Mais c'est très bon aussi pour faire tomber la fièvre.
-Ça te convient, ça ? Fit une voix derrière lui.
Aphrodite se retourna et resta interloqué quelque secondes. Il attrapa le tissu fin et sourit.
-Parfait. Il y en a assez ?
-C'est la longueur classique d'un sari, répondit Shaka. À peu près 7 mètres de tissu.
Aphrodite fonça dans la cuisine pour mettre le tissu préalablement imbibé d'eau froide au congélateur.
-Alors… tu l'avais pas jeté ? Souffla enfin Aiolia, abasourdi.
Shaka le regarda avec l'air le plus sérieux du monde.
-Je ne jette jamais un cadeau. Même si c'est un cadeau idiot.
Et il alla rejoindre Aphrodite en cuisine.
-Je t'avais bien dit qu'il ne l'aurait jamais jeté, se moqua Saga après un moment de silence.
…
-Ah, ben enfin tu réponds ! S'exclama Aiolia, soulagé. Je t'ai appelé au moins dix fois !
-En fait, seulement six fois, répondit Shura avec une pointe d'amusement dans la voix. Mais sinon, comment va…
-Chut, idiot ! Le coupa le grec. On en a parlé ce midi, il faut pas mentionner son nom au hasard !
-Ah oui, c'est vrai, s'excusa l'espagnol. Mais sinon ?
-Il va pas fort, on doit lui acheter des médicaments. C'est pour ça que je t'appelais, comme tu es en ville…
-Je vais voir sur le chemin du retour. C'est urgent ? Parce que sinon, je pars avant la fin du cours.
Aiolia jeta un œil à la silhouette frissonnante de Dohko. Le chinois avait un teint crayeux et des cernes noires qui lui mangeaient les yeux. Il n'allait vraiment pas bien. Il remit le téléphone proche de son oreille.
-Je crois qu'il va falloir que tu commence à y aller maintenant Shura. Il va pas bien du tout.
-Ok, je préviens l'entraîneur.
-Fais gaffe, le prévint Aiolia. Même si t'es celui qui a le moins de chance de se faire attaquer, on est jamais sûr de ri…
La poigne puissante qui lui arracha le téléphone des mains le prit de cours. Dohko s'était visiblement réveillé de sa torpeur et s'efforçait de tenir le téléphone près de sa bouche.
-Sh.. Shura ! Haleta le chinois, épuisé. Il faut que tu… tu rentre directement !
-Oui, je rentre, je quitte le club là, répondit Shura en s'efforçant de garder une voix calme mais où perçait malgré tout l'inquiétude. Je passe chercher des médicam…
-NON ! Hurla Dohko. N'y va pas… le… le gars qui m'a tiré dessus…
Le silence se fit à l'autre bout du fil. Shura attendait visiblement la suite.
-Dohko, de quoi tu parles ? S'inquiéta Aiolia en se penchant à ses côtés.
Le cri du chinois avait alerté les autres. Dohko regarda Milo d'un air implorant.
-Celui qui m'a tiré dessus… Ses yeux…
-Qu'est-ce qu'ils avaient, ses yeux ? L'encouragea Shura.
-J'ai cru que c'était le révolver qui brillait… sur le moment mais… dans mon sommeil, je me suis souvenu… que c'était ses yeux qui brillaient à la lumière du réverbère…
-Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Dohko ..?
-Qu'il avait les yeux dorés… gémit le chinois en lâchant le téléphone.
Le bruit sourd d'un paquet qui tombe se fit entendre.
…
Shura fourra son téléphone dans la poche de son jean. Tout un tas d'informations surgissaient derrière ses paupières closes. Il ne connaissait qu'une personne avec une telle couleur d'iris. Une couleur si particulière, et dont il avait parlé aux autres étudiants de la classes d'or. C'était Rhadamanthe. Quand il rouvrit les yeux, une sensation d'urgence lui fit presser le pas. Si Dohko ne s'était pas trompé, alors il n'était pas le plus en sécurité. C'était l'inverse Rhadamanthe savait qu'il faisait parti de la classe d'or, tout comme Saga.
Il se retourna d'instinct quand il bifurqua sur la rue qui menait à l'avenue principale. Même si la nuit pointait, il y avait encore du monde en toute logique les Spectres ne feraient rien devant des témoins. Quoique, ils s'en étaient pris à Shaka en plein après-midi. Il vit trois types louches qui regardaient un peu trop fixement dans sa direction, mais peut-être qu'il flippait pour rien. Il préféra ne pas tenter le diable, aussi se mit-il à courir. Au moins, il en aurait le cœur net. Si les types louches se mettaient à courir aussi, il saurait qu'ils étaient là pour lui.
Il déboucha sur l'avenue principale et continua sa course le long la rue, en évitant habilement le clients. Après avoir fait un écart pour éviter une antique charrue grecque destinée au tourisme, il fut happé de plein fouet par une ombre et projeté à l'intérieur d'un magasin d'antiquité. Il atterrit sur le sol poussiéreux et toussa, avant de se rappeler sa situation. Il se redressa d'un bond, et remercia le ciel de l'avoir envoyé dans un bric-à-brac où il trouva, presque offerte, une épée médiévale qu'il brandit devant lui.
-Une garde d'escrime, n'est-ce pas ? C'est très intéressant, mais je pense que cette épée est bien trop lourde pour ce type de combat. Un fleuret serait plus efficace contre des adversaires aussi redoutables. Il y en a un, juste là.
Shura suivit le regard de l'inconnu et vit en effet, la lame fine d'un fleuret dépasser d'une pile de vases brisés. Il se saisit de l'arme et se remit en garde.
-C'est mieux, tu vois ? Sourit l'inconnu, un grand blond au gentil regard noisette. Et laisse moi te dire que ta garde est parfaite mon garçon.
-Merci, répondit Shura, méfiant. Et tu es qui, toi ? T'as beau me donner des conseils, je suis dans une situation un peu compliquée là. Je peux pas faire confiance à n'importe qui, même si tu m'as sauvé de ces gars.
Le blond retira le bonnet rouge et marron qu'il portait et souleva sa frange. Shura baissa instantanément sa garde.
-Désolé. Je savais que vous deviez venir, mais…
-Il n'y a pas de souci, je suis en avance. En revanche, j'ai besoin d'en savoir plus sur ta… situation si compliquée. Si tu veux que je t'aide, bien sûr ! Que je vous aide tous...
