Et c'est reparti pour les pégasiens et leurs petites affaires avec Todd.
Bonne Lecture!
Avec un grondement agacé, John se tourna une fois de plus à la recherche d'une position confortable.
« La prochaine fois que je décide de suivre vos plans, soyez gentil, tirez-moi dessus ! » lança-t-il au wraith qui, installé dans son immense lit à baldaquin de commandant de l'autre côté de l'épais paravent, s'offrit un ricanement rauque.
« Faites attention à ce que vous souhaitez, John Sheppard. Toutefois, je pensais que comme nous avions déjà partagé des cellules voisines, cette proximité ne vous dérangerait pas. » nota ce dernier.
« C'est pas comme si ce foutu vaisseau était trop petit ! Quel besoin aviez-vous de me faire dormir dans votre chambre ? »
« C'est ainsi que nous serons logés sur place. Autant vous y habituer tout de suite, John Sheppard. »
Il soupira, agacé.
« Mouais... C'est surtout que vous avez les jetons quand vous dormez tout seul, avouez-le. » lâcha-t-il, plus méchant que nécessaire.
Il y eut un long silence.
« Vous n'avez pas tort. Bien des souvenirs hantent mes nuits. Mais ce ne sont pas eux qui m'effrayent. »
Le silence retomba.
« De quoi avez-vous peur, Todd ? » demanda-t-il finalement, tout en se demandant avec appréhension qu'est-ce qui pouvait bien effrayer un être comme lui.
L'alien ne répondit pas tout de suite.
« En tout cas, je n'ai pas peur de vous, Sheppard, sinon vous ne seriez pas là. »
Il ne sut s'il devait en être flatté ou vexé.
Était-ce pour ça que le wraith avait passé le pire de ses longs mois de captivité maladive sur Atlantis terré dans sa chambre ? Parce qu'il n'avait pas peur de lui, mais peur des autres ? Peur de ce qu'ils pourraient lui faire durant son sommeil ?
« Pourquoi me faire confiance ? » demanda-t-il.
Le silence dura si longtemps qu'il finit par se dire que le wraith s'était endormi.
« Pourquoi ne devrais-je ne pas avoir confiance en vous ? Vous avez toujours tenu parole. Vous m'avez sorti d'une cellule dont même les miens n'avaient pu me tirer. Vous m'avez ramené dans cette galaxie malgré les ordres de vos supérieurs. Vous m'avez sauvé la vie plus souvent qu'aucun de mes congénères. Vous vous êtes montré digne de ma confiance. Quelle abomination serais-je de ne pas vous l'accorder, dites-moi, John Sheppard ? »
Il ne répondit pas. Il ne voulait pas de cette confiance. Il ne voulait pas cette responsabilité. Il avait déjà prouvé qu'il ne fallait pas lui faire confiance. Dex et Mitch (1) lui avaient fait confiance et ils en étaient morts. Ford lui avait fait confiance... tant de fantômes lui avaient fait confiance.
Le rire rauque de Todd le sortit de ses ruminations.
« John Sheppard. J'ai confiance en vous, mais je ne suis pas naïf... je ne serais plus en vie sinon. Alors ne me sous-estimez pas. »
« Ne lisez pas dans mon esprit ! »
Todd rit à nouveau.
« Même si je le voulais, je ne pourrais pas le faire sans déchirer votre esprit. Vous êtes trop fermé pour cela. Mais je n'en ai pas besoin pour savoir à quoi vous pensez... nous nous ressemblons plus qu'aucun de nous deux ne l'avouera jamais. »
Il soupira. Sans doute le vampire alien immortel avait-il raison.
Il se tourna une dernière fois et bientôt le sommeil le cueillit.
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Markus n'avait jamais caché son allégeance à Atlantis et à sa reine. Et Trel'kan sans doute plus que tout autre pouvait comprendre pourquoi. Certes, tous les wraiths de la galaxie savaient que les atlantes étaient de redoutables guerriers qui avaient ressuscité la cité lanthienne. Les Ouman'shiis savaient qu'ils étaient braves et honorables et que sans eux, ils n'existeraient pas. Et pour toutes ces raisons, les atlantes étaient respectés. Mais de là à jurer fidélité à leur reine ! Qu'avait-elle donc à offrir de si spécial ? Elle n'était après tout qu'une humaine.
Amanda lui avait raconté comment la reine d'Atlantis et son commandant, le colonel Sheppard, avaient lutté contre les leurs, alors qu'ils étaient de retour en sécurité dans leur monde protégé, pour ramener la cité dans Pégase, pour venir chercher les quatre humains et le wraith qu'ils avaient laissé derrière. Elle lui avait aussi raconté tout ce qu'ils avaient fait pour protéger le commandant Ko'reyn de l'avidité de leurs congénères. Mais elle n'avait pas vécu tout cela, puisqu'elle était sur Oumana avec eux pendant tout ce temps, mais Popodov, l'autre lanthienne qui faisait partie du groupe expérimental de Selk'ym, avait raconté sensiblement la même chose et il n'avait plus pu nier la force des liens qui unissaient les atlantes. Il pouvait comprendre l'attrait d'une telle ruche. Mais la reine d'Atlantis s'était aussi montrée généreuse envers lui. Qui n'était rien, ni personne à son regard. Il n'était pas l'un des siens. Il était juste un guerrier d'une faction alliée, et pourtant, pour lui éviter la peine et la honte de devoir arracher son tatouage, elle fit venir un humain de la Terre.
Un homme à la peau sombre qui parlait avec un lourd accent et qui, lorsqu'il le découvrit, s'accrocha très fort à la grosse mallette à roulettes en aluminium qu'il traînait.
Certes, l'humain n'était pas censé quitter la cité, et ils étaient donc redescendus pour qu'il puisse faire son travail, mais le fait qu'elle ait néanmoins fait venir un humain, un « non-initié » ici, pour lui, le toucha. C'était un très beau geste de générosité gratuite.
L'homme semblait terrifié, bien qu'il ait accepté de porter un des ridicules gantelets en cuir des atlantes, qu'il soit escorté par quatre marines en plus d'Amanda et qu'il prenne bien garde à ne pas l'effrayer par des mouvements trop brusques ou des attitudes ambiguës. Néanmoins l'homme savait ce qu'il faisait, et il se retrouva bientôt assis sur un tabouret face à une grande baie vitrée, l'homme préparant une mixture dont il ne cessait de comparer la teinte à sa carnation (2).
Après plus d'une heure d'essais, l'humain sembla satisfait de sa mixture, et alors qu'il lui demandait de se passer sur le visage une rondelle textile imbibée d'un produit censé retirer toute trace de sébum de sa peau, Amanda, qui jusque-là s'était contentée d'observer, lui demanda de lui expliquer la procédure.
Il dut sembler aussi dubitatif que l'homme, car elle se tourna vers lui, l'air vaguement excédé.
« Dieu merci, tu sais t'habiller et te coiffer tout seul, mais il faudra sans doute retoucher le maquillage. Il vaut donc mieux que je sache le faire. » lui expliqua-t-elle à mi-voix.
C'était logique et prudent. Il acquiesça puis se tourna vers le maquilleur.
« Enseignez-moi également comment faire, afin que je puisse maintenir l'illusion. » ordonna-t-il.
L'homme s'exécuta avec empressement, leur expliquant fébrilement chaque étape de la procédure. Le nettoyage de la peau, l'application de la mixture pâteuse à l'aide d'une petite éponge rose, le temps de séchage indispensable entre les trois couches nécessaires à la disparition complète de son tatouage, l'effet de translucidité de sa peau rendu grâce à des poudres violine et bleutées puis, avec une sorte de pinceau biseauté, la réalisation du tatouage factice dont le commandant Ko'reyn avait fourni le motif, avant d'appliquer de nouvelles poudres pour fixer le tout et donner l'illusion que le tatouage se trouvait sous et non sur son épiderme.
La procédure entière dura près de trois heures, mais le résultat était bluffant. Même lui, sachant où se trouvait sa véritable marque, ne pouvait la deviner. L''humain lui expliqua ensuite ce que pouvait et ne pouvait pas endurer le maquillage. Sueur modérée, eau, humidité, froid et contact léger ne devraient pas l'abîmer, mais la chaleur, les corps gras et une trop grande friction le dégraderaient ou le retireraient complètement.
Il leur confia ensuite tout le matériel nécessaire aux retouches, et ils repartirent sur la ruche.
Visiblement, le commandant K'oreyn était occupé, mais un de ses serviteurs vint les chercher à la baie d'amarrage pour les conduire chez le tailleur où le colonel Sheppard, grincheux, terminait les essais de ses tenues avec tous les accessoires, qui impliquaient une quantité assez impressionnante de bijoux en argent ou en or, selon l'ensemble.
Le maître des lieux l'invita à monter sur la petite estrade pour essayer l'uniforme qu'il lui avait fait, tandis qu'une esclave emmenait Amanda dans la pièce arrière pour la même raison.
Le manteau lui allait parfaitement, et l'artisan n'eut qu'à lui montrer les quelques poches et compartiments secrets dissimulés dans la doublures et sous différentes coutures, et il put repartir.
Plutôt que d'aller errer dans une ruche qui n'était pas la sienne, ce qui risquait de lui causer quelques ennuis, Trel'kan s'approcha de l'atelier au fond du territoire du tailleur, observant les humains qui s'y agitaient comme autant d'abeilles travailleuses.
Deux femelles et un mâle s'affairaient autour de John Sheppard, rajustant un collier, changeant une bague pour une plus petite ou une plus grande, tiraillant sur le bas de la veste, ou retouchant le col de sa tunique. Pendant ce temps, l'humaine appelée Dextre approchait à tour de rôle différentes plaques de métaux du visage d'Amanda afin de choisir les coloris qui flatteraient au mieux son teint. L'humaine finit par se décider pour un alliage d'une chaude couleur argentée, et de l'or sombre. Elle commença donc à sortir de petites cassettes une quantité improbable de bijoux pour les empiler sur la guerrière qui n'en menait pas large.
Le maître-tailleur, qui s'était approché pour observer, toucha poliment son esprit du sien.
« Qu'en pensez-vous ? »
« Vos esclaves sont presque aussi compétents que vous, mais pourquoi leur mettre autant de bijoux ? Cela ne risque-t-il pas de les handicaper en cas de combat ? »
« En effet, mais le commandant l'a ordonné, j'ignore pourquoi. »
Il acquiesça mentalement, observant encore un peu avant de battre en retraite sous le regard assassin d'Amanda qui ne semblait guère apprécier être observée dans ses préparatifs.
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Les essayages s'étaient bien passé, bien que Dextre ait insisté pour qu'elle enfile une quantité stupide de bijoux. Des bagues, des bracelets, des ornements de cheveux, des chaînes de hanches et des ceintures de joyaux, quelques colliers qui retombaient tous soit au-dessus, soit au-dessous de la marque sur sa poitrine. Même des boucles d'oreilles, lorsque la femme remarqua qu'elle avait les oreilles percées. Son seul réconfort fut de constater que Sheppard subissait apparemment la même surcharge métallique.
Une fois tous les accessoires choisis, et les costumiers certains qu'ils savaient quelles parures allaient avec quelles tenues, une servante les mena à Todd qui les attendait dans la même pièce que la veille, tout comme Trel'kan qui semblait monter la garde devant un mur vide.
« Bonjour, Amanda Strauss, John Sheppard. Vos tenues vous conviennent-elles ? » demanda le commandant.
« Non, Todd ! C'est quoi toute cette quincaillerie ! Je n'ai jamais vu un adorateur aussi bling-bling ! » s'offusqua Sheppard.
« C'est que vous n'avez jamais vu d'esclave d'agrément.» répliqua le wraith.
Amanda ne put s'empêcher de penser à ceux qu'ils avaient trouvé dans les chambres d'officiers de la ruche de Silla. Il ne mentait pas. Elle avait aidé Rosanna et Azur à dépouiller ces hommes et ces femmes des centaines de bijoux qu'ils possédaient et dont la vente avait servi à financer une partie de la construction de la nouvelle Estain, entre autres choses.
Mais c'étaient des adorateurs de Silla, et elle n'avait jamais vu de wraiths aussi clinquants qu'à bord de cette ruche. Les wraiths de Todd étaient comme ceux de Delleb, bien plus sobres.
« Mais ça ne ressemble pas beaucoup à votre style.» nota-t-elle alors que le colonel cherchait toujours une réplique.
L'alien pencha la tête, la détaillant avec gravité.
« En effet, mais cela sert une nécessité. Nous serons fouillés à notre arrivée. Toute pièce métallique sera examinée... du moins sur ma personne et celle de mon garde. Nos armes et tout objet suspect seront confisqués pour la durée de la rencontre, mais des esclaves d'agrément, des jolies choses qui ne savent qu'être agréables à l'œil et douces au contact ? Pourquoi énerver tout le monde en les fouillant trop soigneusement ? Les ornements rendront les détecteurs de métaux inutiles, et votre fouille au corps ne sera normalement que superficielle. »
« En gros, on va vous servir de mules pour faire entrer des armes et d'autres choses à la rencontre ? » demanda sombrement Sheppard.
« Exactement. Vous ne voudriez pas être désarmé au milieu de centaines de wraiths, n'est-ce pas, Colonel ? » susurra le commandant à l'homme qui fit la moue.
Voyant qu'il n'allait pas répondre, elle se permit d'insister.
« Qu'allons-nous devoir infiltrer, exactement ? »
« Ah ! Excellente question, Amanda Strauss. »
Il ramassa une tablette sur la table et l'alluma, la posant devant eux pour qu'ils puissent tous la voir.
« Je suis en train de faire modifier les bijoux qui vous ont été prêtés afin d'y dissimuler plusieurs petites lames... En cas d'extrême urgence. Nous ne pourrons pas faire passer de systèmes actifs, mais mes techniciens sont en train de dissimuler dans vos parures les composantes de plusieurs dispositifs espions qui, une fois rassemblés par mes soins et installés, devraient nous permettre de continuer à surveiller le déroulement des opérations après notre départ. De même pour des balises. Les nôtres seront neutralisées à notre arrivée, mais ainsi nous pourrons tout de même être secourus en cas d'urgence. Enfin... Colonel, j'ai quelque chose pour vous. Une arme... très puissante. » expliqua Todd, affichant le diagramme d'une grosse bague représentant un iratus stylisé.
« L'aiguillon de l'insecte peut être relevé et sert d'injecteur. » clarifia-t-il.
« Et il injecte quoi ? »
« Une dose de virus Hoffan. »
« Vous me donnez une arme qui pourrait tuer n'importe quel wraith en quelques secondes ? »
« Oui, John Sheppard. »
« Qu'est-ce que vous ne me dites pas ? »
Le wraith sourit, énigmatique.
« C'est vraiment le virus Hoffan ? »
« Absolument. Il n'y en a qu'une seule et unique dose, mais elle sera mortelle pour le wraith à qui vous l'injecterez, alors soyez prudent. »
« Et si je l'injecte à un humain ? »
« Il aura une chance sur trois de mourir de défaillance pulmonaire dans les jours suivants, mais en attendant, il sera une véritable bombe à retardement, surtout s'il est destiné à la consommation. »
Sheppard serra les lèvres et acquiesça.
Il y eut un petit silence puis Todd ordonna qu'ils reprennent l'entraînement de serviteurs.
Il était tard et elle mourait de faim lorsqu'il les relâcha enfin. Le colonel s'empressa de filer, mais le commandant la retint ainsi que Trel'kan.
« Je vous ai demandé de vous familiariser avec les rôles respectifs que vous devrez endosser, mais je ne pensais pas que votre dévouement était tel... » nota-t-il.
« De quoi parlez-vous ? » demanda-t-elle alors que Trel'kan prenait l'expression de désintérêt hautain du wraith qui ne veut pas être percé à jour.
« Aller jusqu'à vous accoupler avec un de mes semblables pour parfaire l'illusion jusque dans les odeurs, votre abnégation pour votre cause vous honore, Amanda Strauss. »
Elle se mordit la lèvre, ses joues s'enflammant. Inutile de nier.
« Comment l'avez-vous su ? » maugréa-t-elle.
« Je vous l'ai dit. Votre odeur. Vous sentez comme le guerrier. »
« Vous nous avez fait dormir dans la même chambre. » nota-t-elle, tentant de garder contenance.
« Oui, mais je doute que vous sentiez le mâle en rut simplement en dormant à quelques mètres de lui... et surtout pas de là. » nota l'alien en désignant son entrejambe.
Elle sentit très distinctement son cœur rater un battement.
Qu'elle disparaisse, qu'elle devienne invisible, qu'elle cesse d'exister, par pitié !
La tête lui tournait. Elle vacilla un peu, puis le monde devint plus sombre.
Levant le nez, elle se retrouva à fixer le cuir du dos du manteau de Trel'kan, qui s'était placé entre elle et Todd comme pour la protéger d'une attaque physique.
Elle devina un échange télépathique, puis le wraith se retourna, lui jetant un regard vaguement inquiet, semblant tenter de déterminer si elle allait s'évanouir ou pas. Serrant les poings, elle carra les épaules.
Avec un air extrêmement curieux, Todd les observera quelques secondes.
« Je comprends mieux l'attitude de la régente Delleb lorsque Elisabeth Weir a décidé que ce serait vous, Amanda Strauss, qui seriez son second envoyé.» fit-il remarquer vaguement narquois.
Elle inspira à fond.
«Todd... Commandant, le colonel Sheppard, ni d'ailleurs personne sur Atlantis, ne doit savoir. »
Le wraith sourit.
« Amanda Strauss, j'ai passé de longs mois avec les vôtres, j'ai vu vos manières de faire, j'ai appris vos règles. Ne pas demander, ne pas dire... (3) Vous n'êtes même pas capable d'accepter des relations entre les membres du même sexe de votre propre espèce, alors avec ceux d'une autre race... »
Elle allait ouvrir la bouche, mais il la coupa d'un geste.
« Et ne me parlez pas de Rosanna Gady, elle ne fait pas partie de votre armée. Elle ne fait même plus partie d'Atlantis, ou des habitants de votre planète. »
« Qu'est-ce que vous en savez ? » demanda-t-elle.
« Je vous l'ai dit, j'ai passé du temps sur Atlantis. »
« Mais ils ne disent pas ça sur Atlantis. »
Le wraith secoua la tête.
« Ne pas demander, ne pas dire, Lieutenant. Ne pas demander, ne pas dire... »
Elle acquiesça. Elle avait toujours eu des soupçons, mais à présent, elle en avait la confirmation. L'artiste était impliquée dans l'enlèvement du wraith sur Atlantis, et il avait raison. Ça ne la concernait pas, et chercher à en savoir plus risquait de causer plus de problèmes que d'apporter de réponses. Mais il fallait qu'elle soit rassurée sur un autre point.
« Vous ne direz rien ? »
« Dire quoi ? Que vous avez fait tout le nécessaire pour la réussite de cette mission ? »
Elle opina.
« Merci. »
Le wraith lui sourit, puis indiqua la porte de la main.
Ils prirent congé.
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Strauss avait ramené des tablettes avec quelques films et de la lecture d'Atlantis, et John avait donc de quoi s'occuper. Assis sur l'espèce de lit de camp que lui avait alloué Todd, il regardait un vieux match de football lorsque le wraith fit irruption dans la pièce, ébouriffant encore davantage ses longs cheveux déjà emmêlés.
« Un problème ? » demanda-t-il, mettant le match en pause.
Todd pouffa.
« Si seulement il n'y en avait qu'un seul... »
« Je peux peut-être vous aider ? »
« Vous savez comment réparer une évacuation triphasée de courant alternatif ? »
« Non. »
« Ou pourquoi les couloirs du pont douze sont en train de prendre une teinte jaune ? »
« Ils ont la jaunisse ? »
Le regard que lui lança l'alien lui apprit qu'il n'était pas amusé.
« D'accord, je ne sais pas pourquoi vos murs sont jaunes, mais si je peux faire quelque chose... »
A l'instant où les mots franchirent ses lèvres, il sut qu'il allait le regretter.
« C'est généreux à vous, John Sheppard, mais il n'y a rien que vous puissiez faire. »
L'alien se figea, comme si une idée venait de germer dans son esprit malsain.
« A moins que... Oui, il y a une chose que vous pourriez faire... » marmonna-t-il, s'approchant d'un portant pour y accrocher son manteau.
Voilà, il regrettait déjà.
« Quoi ? » demanda-t-il sans entrain.
Todd se retourna avec cette vivacité inhumaine, s'approchant de lui tout en ouvrant le laçage latéral du haut de cuir qu'il portait, avant de le faire glisser au-dessus de sa tête.
D'un bond, il fut debout, bien trop conscient d'être coincé contre le mur.
« Wow, wow, wow ! Vous faites quoi, là ? »
L'alien se figea, l'observant, l'habit à la main, torse nu, révélant un grand tatouage s'enroulant autour de son épaule gauche et un autre similaire sur sa hanche droite.
« Vous pourriez remettre ce truc ? » demanda John, un brin nerveux.
« Non. Vous allez le mettre. »
Il avait dû mal comprendre.
« Quoi ? »
« Vous allez le mettre. » répéta l'alien en le lui tendant.
« Mais ça va pas ? »
« Vous avez dit vouloir m'aider, John Sheppard, alors enfilez-le ! »
« Mais non, je vais pas mettre vos habits sales, c'est répugnant. »
« Croyez-moi, les autres options ne vous conviendront pas davantage. »
« Quoi ? Mais de quoi vous parlez, là ? »
« Il a été porté à mon attention que notre couverture ne sera pas complète si vous n'avez pas l'odeur attendue d'un esclave d'agrément. C'est à dire celle de son maître en plus de la sienne. »
« L'odeur ? »
« Oui. Cela n'a aucune importance pour vous, mais pas pour mon espèce. »
Il se détendit un peu. Ce n'était que ça. C'était dégoûtant, mais logique. Logique et prudent.
D'un geste sec, il attrapa le vêtement que Todd lui tendait toujours.
L'alien fit un petit geste du menton.
« Mettez le contre votre peau, sinon ça ne servira à rien. »
« Ça va, j'ai compris. Je peux avoir un peu d'intimité ? »
« Bien sûr. » acquiesça le wraith, tournant élégamment les talons pour aller récupérer une tunique propre dans un rangement caché dans le mur.
Avec un soupir, John retira sa veste d'uniforme et le T-shirt qu'il portait et enfila la pièce de cuir, étonnamment souple et confortable bien qu'un peu trop large d'épaules pour lui, avant de renfiler sa veste.
Il finissait de remonter le zip lorsque le wraith reparut, une grande planche et une boîte en bois finement gravée à la main.
« J'ai quelques heures. Une partie d'échecs vous plairait-elle ? » demanda-t-il, une étrange lueur au fond des yeux.
John soupira. Ce n'était pas comme s'il avait mieux à faire.
« Où avez-vous trouvé un jeu d'échecs ? » demanda-t-il en s'approchant de la table et des fauteuils organiques qui meublaient un coin de la vaste pièce.
« Je les ai fait fabriquer par un artisan adroit en échange de sa survie. » répondit le wraith, comme si rien n'était plus évident.
(1) Dex et Mitch sont les anciens coéquipiers de Sheppard, dont on apprend la mort dans l'épisode 9 de la saison 1, « Home ».
(2) Mot par essence inexact pour un wraith puisqu'il dérive de carmin, la sous-teinte rouge de la peau humaine donnée par la couleur de notre sang.
(3) « Don't ask, don't tell ». Règle discriminatoire de l'armée américaine, qui techniquement interdit l'homosexualité ou la bisexualité dans ses rangs. Dans les faits, elle la tolère tant qu'on en parle pas, ne la montre pas, etc. Les militaires ont étendu cette règle à d'autres domaines. Ainsi, si un supérieur soupçonne un de ses hommes d'avoir désobéi mais pour de bonnes raisons, il a intérêt à ne pas lui demander ce qui s'est véritable passé, ainsi le soldat n'a pas à mentir, et son supérieur peut honnêtement jurer qu'il ne savait rien. Weir et Sheppard jouent beaucoup à ce petit jeu.
