Titre : Kurenai club (Kurenai en japonais signifie pourpre ou rouge foncé)

Chapitre : Celui qui avait tiré.

Pairing : Grimmjow X Ichigo

Rating : M

Résumé : Suite à l'affaire avec Schiffer, Ichigo a quitté le Japon. Vivant désormais avec Grimmjow en Nouvelle-Zélande, la vie du couple est malmenée par divers éléments qui vont peut-être se révéler fatal…

Disclaimer : Non, les personnages ne sont pas à moi! L'histoire, par contre, sort tout droit de mon petit cerveau débordant d'imagination! ^^

Note : Je crois que je peux dire à Kisa qu'elle a trouvé la bonne réponse! ^^ Tu as trouvé qui a tiré et sur qui.

Remerciements : Depuis le temps que je voulais le faire, je le fais maintenant : un grand merci à The Disturbed AngeL. Sans elle je crois que cette fic n'aurait plus ni queue ni tête, merci de m'avoir montré mes erreurs et de m'avoir débloqué sur plus d'un chapitre. Merci beaucoup ^^


Celui qui avait tiré.

Que doit-on ressentir lorsqu'on meurt?

Quel sentiment submergeait votre être...? La peur? La déception? Le goût de l'inachevé? Ou alors tout simplement la profonde douleur de ne plus revoir ceux qui vous sont chers?

Certainement un peu tout cela mélangé. Un tel mélange homogène dont vous ne serez capable de distinguer les différents constituants. Tous ces sentiments si différents qui se fondent si bien l'un en l'autre que vous n'êtes plus capable de les différencier les uns des autres. Vous amenant à suffoquer sous le trop plein d'émotions.

Certainement que votre bon sens, lui, resterait intact et vous soufflerait : « C'est la fin. Tu vas mourir... »

Ichigo l'entendait.

Son bon sens lui soufflait ces mots : « Tu vas mourir. Ton heure a sonné... »

Alors...

… pourquoi, bon sang, ne ressentait-il aucune douleur?!

Ses yeux se plissèrent un peu plus étroitement, filtrant les rayons de lumière de la pièce, pour le plonger dans le noir le plus total.

La vive sensation de douleur qu'il s'attendait à ressentir ne fit pas son apparition. On ne souffrait donc pas lorsqu'on mourrait? Ou lorsqu'une balle vous atteignait de plein fouet?

Non, impossible..., pensa-t-il.

Le bruit de tir qui était monté jusqu'à ses oreilles, émettait ses dernières vibrations dans la pièce. Et soudain, il s'entrechoqua violemment avec une surface, ou plutôt un corps d'ailleurs. Le choc l'amena à laisser échapper un cri sourd, et il se sentit propulsé sur le côté, tombant en compagnie de ce corps qui semblait s'agripper au sien. Désespérément...

Tomber et tomber toujours plus bas jusqu'à ce que son corps, comme s'il venait de prendre cent kilos d'un seul coup, s'effondre au sol dans un bruit sourd, disséminant dans chacun de ses os des tremblements très douloureux.

On ne devait certainement pas ressentir cela lorsqu'une balle traversait votre corps...

Non...

Impossible!

_Jésus, Marie, Joseph! Entendit-il jurer contre son oreille.

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Mais...

C'était la voix de son père!

Comme si l'urgence de reprendre le court de sa vie, et de sortir de cette situation d'impuissance extrême, le roux ouvrit les yeux. Il devait voir ce qui lui arrivait. Et si alors, il découvrait les abysses des Enfers, alors son père s'y trouvait avec lui...

Il constata qu'il se trouvait au sol, le bras de son père enroulé autour de ses épaules, comme s'il souhaitait le sortir de sa torpeur, le sortir de son état de noyade superficielle, qui pourtant n'avait pas lieu d'être et il remarqua aussi autre chose. Pas de douleur, pas de sensation désagréable....

Il n'avait rien. Il n'avait rien du tout!

Ce coup de feu....?

Avait-il été le fruit de son imagination...?

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Un genou puissant s'abattit soudain sur le sol du « Kurenai club », dans un bruit de choc qui fit grimacer le jeune roux.

_Putaiiiiiiiin!!! cria une voix grave.

C'était l'homme qui l'avait menacé de son arme qui venait de crier ainsi. Cet homme aux yeux injectés de sang qui lui avait semblé si impressionnant...

Zaraki Kenpachi était maintenant à genoux au sol, sa main libre plaquée derrière son genou gauche. Une marre de sang s'étalait autour de sa jambe, et il étirait une grimace qui traduisait toute la douleur qu'il éprouvait. Seule sa grimace vous suffisait à comprendre l'extrême douleur - et vous la faire ressentir par la même occasion - qui étreignait son corps sauvagement.

Ichigo sentit soudain l'air s'insinuer dans ses poumons à nouveau, comme si cette vision le ramenait à la vie. Son cerveau, son cœur, tous ses membres comprirent tous au même moment ce qu'il en était. Non, ce n'était pas lui qui avait été touché. Cette balle n'avait pas été pour lui, mais...

Pan!

Un second coup de feu le fit sursauter violemment, entre les bras de son père.

Qu'est-ce que...?

Son cœur reprit un rythme effréné, il avait l'impression de vivre cette scène à cent kilomètres de là. De l'observer à travers un écran de télévision, tant elle lui paraissait irréelle! Tout s'enchainait si vite, sans qu'il n'ait le temps de comprendre la situation, et même sa propre situation. Ce second coup de feu toutefois, secoua ses sens et la réalité reprit peu à peu sa place au sein de son esprit.

Kenpachi laissa son second genou tomber au sol, à côté du précédent, et l'orangé comprit qu'une personne judicieusement placée venait de lui tirer à nouveau dessus. Mais cette fois-ci, la balle avait touché l'arrière du genou droit. Autrement dit, les deux genoux de Zaraki avaient été touchés.

Immobilisé telle une proie de chasse, Kenpachi tourna son corps pour affronter de son regard celui qui l'avait réduit à néant.

Ichigo en fit de même, tournant son profil de concert, dans un même mouvement avec le capitaine de la onzième division... Ses opales s'ouvrirent un peu plus de surprise. La personne qui avait tiré ces balles, qui l'avait retiré des mains d'une mort certaine...

Pourquoi cela lui semblait-il si surprenant?

A quelques mètres du blessé, se tenait un Renji en parfaite posture de tir. Ses bras élégamment tendus devant lui, ses yeux braqués sur sa victime. Et son air droit et fier lui donnaient une allure toute nouvelle – presque noble pour dire - que son ami Ichigo n'avait jamais vu chez lui.

Il avait l'air... si impressionnant de la sorte!

Où et quand avait-il appris à se servir d'une arme?! Et si bien en plus?!

Ses yeux ne pouvaient se détacher de son ami dont le visage, montrait toute la détermination qui l'animait. Renji avait tiré ces deux coups de feu. Il avait tiré sur un capitaine du Gotei!

_Renji, je crois que ça ira, finit par lancer Byakuya, qui d'une main, retenait la petite Yachiru par le bras, elle-même très en colère par ce qui arrivait à son capitaine.

Le rouge ne bougea pas d'un millimètre, ignorant l'ordre qu'on lui donnait. Il tenait toujours en joue le capitaine qui avait pointé son arme sur son ami, et visiblement, n'était pas prêt à le lâcher aussi facilement.

_Renji..., murmura le roux, toujours aussi estomaqué de voir que son meilleur ami avait tant changé.

Ses yeux parcourent le visage contracté d'Abaraï, de son meilleur ami grâce auquel il avait intégré le Kurenai club. Il l'avait toujours connu étudiant médiocre, fêtard invétéré et pourtant il avait été un ami fidèle, toujours prêt à lui tendre la main. Comment avaient-ils pu laisser cette histoire s'insinuer entre eux?

Est-ce que l'amour qu'ils vivaient chacun de leur côté avait détruit l'amitié qui les avait unis tant d'années?

« Qu'est-ce qu'il s'est passé? » se demanda-t-il. « Comment... avons-nous pu tant changer tous les deux, sans même nous en rendre compte? Je n'avais même pas remarqué ça chez toi, Renji. Je ne voyais que ta dévotion à Kuchiki et ta stupidité d'être entré dans le Gotei par amour mais... Tu as fait bien plus que ça en fait! Tu es toujours le même... Il n'y a que toi pour faire des choses aussi ridicules pour ses amis! »

Renji avait gardé ses principes, malgré son appartenance désormais à une organisation qu'il n'aurait jamais intégré sauf pour suivre Kuchiki Byakuya. Cette attitude le rendit heureux, car il savait que d'une manière ou d'une autre, le Renji qu'il avait connu n'avait pas disparu. Mais en même temps, cette pensée lui serra tristement le coeur. Car il devait regarder la vérité en face désormais : Renji et lui s'étaient beaucoup trop éloignés. Peu en importait les raisons, aujourd'hui, ils n'étaient plus les amis qu'ils avaient pu être dans le passé.

Et ils devaient l'admettre. Tous les deux. Même si c'était étonnamment douloureux de perdre un ami, de constater que vous n'étiez plus sur la même longueur d'onde tout à coup, Ichigo devait l'accepter. Gagner le cœur de Grimmjow valait peut-être la peine d'avoir perdu un ami comme Renji...

Grimmjow abaissa son arme dans un geste lent, fixant Renji d'un œil tout aussi surpris. Le Lieutenant de Kuchiki était certainement le dernier homme auquel il aurait pensé pour arrêter Kenpachi. Et pourtant, c'était bien lui qui l'avait fait. Certes sa position l'avait aidé dans son tir mais...

Le bleuté tourna ses yeux sur son amant, toujours au sol entre les bras de son père. Il remarqua l'expression abasourdie d'Ichigo et comprit que lui aussi était vraiment très étonné par l'intervention de Renji. Était-ce le fait de Kuchiki? Certainement... Après tout, Grimmjow avait également fait changer Ichigo, pourquoi n'en serait-il pas de même pour Renji et Byakuya?

Le corps de Kenpachi bougea nerveusement devant lui et il l'observa se tenir le genou avec douleur, le sang s'étalant partout sur ses mains :

_'Spèce de sales cons!!! cracha-t-il.

_Nan, tu crois? Répliqua le bleuté avec un sourire aux lèvres. Enfin pour une fois, c'pas moi qu'a tiré sur quelqu'un. Évite d'me t'nir en joue, pépé!

Il tourna ses yeux sur Urahara qui avait collé le canon de son arme sur la tempe de l'Espada, et qui affichait un sourire si immense que Jaggerjack lui-même sentit qu'il n'annonçait rien de bon.

_Je suis navré, Grimmjow-kun, finit par répondre le blond. Je ne peux pas faire ça.

_QUOI?! rugit-il.

Les deux Kurosaki, père et fils, se relevèrent rapidement, se soutenant mutuellement, et le jeune rouquin se lança entre son amant et le capitaine blond pour faire barrage, encore une fois...

Il cherchait vraiment à mourir ou quoi?

_Veuillez vous écarter, Kurosaki-sama, demanda très poliment Urahara.

Kisuke ne semblait pas comprendre que Ichigo ne le laisserait pas menacer son amant de la sorte. Le capitaine blond ignorait, pour ainsi dire, le lien intime qui unissait les deux hommes.

_Kisuke, intervint alors Isshin en prenant le poignet de son ami dans sa main, ne pointe pas ton arme sur mon fils, je te prie.

Le capitaine de la douzième sembla alors mesurer la portée de son geste et afficha tout à coup un air gêné, ses joues rosissant légèrement :

_Oh... oh... Ahah! Désolé, Kurosaki-sama, ricana-t-il en abaissant vivement son arme. Ce n'est pas ce que je voulais faire! Je...

_J'en suis sûr, reprit Isshin d'un air grave.

Urahara rangea finalement son arme, sous le regard courroucé du paternel Kurosaki et étira un air gêné en pensant à ce qui venait de se produire. Il n'avait pas vraiment réalisé qu'il avait pointé son arme sur la famille à laquelle il était toujours fidèle, et plus précisément sur son héritier. Mais il n'eut pas tellement le temps d'y penser...

Un Grimmjow enragé, saisit bientôt son jeune amant roux par les épaules et le secoua dans tous les sens :

_Je vais te tuer!!!! rugissait-il. Je vais t'tuer, espèce d'cinglé!!!!!

Ichigo, trop surpris, ne put répliquer au premier abord, et devait bien s'avouer qu'il se sentait coupable, quelque part...

_Calme-toi, Grimmjow! Répliqua-t-il en lui jetant un regard noir.

_Est-ce que t'sais au moins qu'j'me suis imaginé le pire, t'es... t'es qu'un sale con!!!

_Grimmjow, murmura le rouquin en dodelinant de la tête pour reprendre ses esprits après les secousses vives, pourquoi ne me fais-tu pas confiance pour une fois?

Le bleuté soupira et desserra un peu son emprise sur le col du jeune homme :

_Mais... parce qu'j'ai peur!! Et...

Les yeux turquoises le fusillèrent violemment, transpercèrent le corps du roux de part en part et ce dernier comprit à quel point il s'était fait du soucis pour lui. Il était heureux d'enfin voir à quel point il était important pour lui. Peu importe ce qu'il avait fait de son côté, voir Grimmjow se précipiter sans réfléchir à son secours lui faisait un bien fou.

Lorsqu'il avait écrit cette lettre, qu'il avait laissé sur la table de nuit, il avait évidemment hésité. Car il avait su que son amant viendrait le secourir, dès l'instant où il aurait lu cette lettre. Ichigo en avait toujours été persuadé. Et il l'avait fait dans un but : empêcher Grimmjow de devenir fou.

Car il voulait faire cette opération seul, c'était sa seule chance. Mais échapper à la vigilance de Grimmjow n'était pas simple et il savait qu'en s'enfuyant sans rien lui dire n'était pas la meilleure des solutions ; Grimmjow aurait sans doute perdu la tête. Il le savait très calme en gérant ses affaires d'Espada, il avait un détachement sans égal, un sang-froid incroyable, mais il savait aussi une chose : concernant sa personne, concernant Ichigo, Jaggerjack n'était jamais calme et ne le serait jamais. Aussi, pour lui éviter de tourner en rond en se rongeant les sangs, Ichigo avait décidé de lui laisser ce mot.

Il n'avait fait que lui éviter de se faire du soucis.

Au moins, Grimmjow avait su où et quand agir.

Et s'il n'avait pas laissé cette lettre, il aurait contraint son amant à rester dans l'ignorance, à rester impuissant et il savait que ce dernier ne l'aurait jamais accepté.

Aussi, pour le protéger de lui-même dans un sens, Ichigo avait laissé cette lettre. Et visiblement, il avait bien fait au final...

_Parce que tu m'fais peur..., marmonna Grimmjow, serrant maintenant ses épaules entre ses mains.

Le visage de l'Espada était si contracté que le jeune homme avait mal pour lui. Il n'avait jamais vu Grimmjow ainsi. Il semblait hors de lui et en même temps, soulagé de le tenir à nouveau entre ses bras. Et le roux le savait bien, rien qu'en observant son visage, que le bleuté était tout bonnement incapable d'exprimer son soulagement par des mots, aussi se devait-il de le comprendre sans qu'ils ne se parlent.

_Grimm, je suis désolé...

La respiration du sexta était si saccadée que le roux se demanda s'il s'en remettrait un jour. Il le fixa avec tendresse, étirant un sourire qui se voulait réconfortant, mais la flamme dans le regard du bleu ne se calma pas. Il semblait si hors de lui que rien n'aurait pu le calmer. Et alors qu'il venait de lui faire reproches sur reproches, Ichigo ne s'attendit pas à ce qu'il termine son monologue ainsi :

_T'es qu'un crétin!! s'égosillait-il. Ça t'arrive jamais d'réfléchir deux s'condes dans ta putain d'tête, hein? HEIN?! Je... Putain j't'aime!!

Il le plaqua violemment contre lui, serrant le corps douloureux du jeune homme dont l'esprit venait tout à coup de se vider. Il le serrait si fort que ses membres devinrent douloureux, mais il n'y fit pas attention. En réalité, son esprit tout entier avait subit un électrochoc après avoir entendu les mots de Grimmjow.

Ces mots...

Le cœur d'Ichigo se serra comme jamais dans sa poitrine. Son estomac se contracta très douloureusement et il lui sembla que sa tête s'était mise à tourner sous la vague de bonheur qui le submergeait dès à présent.

Le visage carré posé sur son épaule, affichait une culpabilité que le sexta ressentait vivement. Il se sentait coupable pour tout ce qui leur était arrivé. Pour ce que ses histoires avaient fait faire à son jeune amant. Il s'en voulait, il était le seul qui avait mis Ichigo dans cette situation. L'orangé écarquilla progressivement les yeux, comme si les mots de Jaggerjack venaient soudain d'atteindre son cerveau. Il se dégagea de l'étreinte étouffante du bleuté et l'attrapa à son tour par les épaules, en le secouant doucement, son cœur battant à toute vitesse dans sa poitrine :

_Quoi? Articula-t-il avec une grimace à l'appui. Que... Qu'est-ce que tu as dit?

Le corps qu'il tenait en main s'affaissa un peu plus et un immense soupir cassa le silence de la pièce. Le roux tenta de capter le regard turquoise mais celui-ci était hors de portée, caché derrière les paupières de l'Espada...

Et malgré les gémissements de douleur de Kenpachi, les cris aigües de Yachiru, la présence de son père, de Renji, de Kuchiki et d'Urahara... il avait choisi ce moment pour le lui dire? se demanda l'orangé, complètement abasourdie et étourdit.

Certes, il l'avait entendu le lui dire, alors qu'il n'aurait pas dû mais... Cette façon de le lui dire était si... différente. Ichigo avait l'impression de l'entendre pour la première fois!

_J't'aime crétin! Cracha-t-il sans pour autant le regarder dans les yeux à nouveau. T'es tellement... con! Et stupide et... tu vas m'faire dev'nir chèvre... Qu'est-ce que...?

Les yeux turquoises se relevèrent soudain sur le jeune rouquin, comme si le sexta venait de comprendre une chose importante. Il changea subitement de conversation :

_Qu'est-ce que t'cherchais en v'nant ici?! Hein?!! A m'faire mourir d'inquiétude, 'spèce d'égoïste?!!

_Non, Grimm, lui répondit d'un ton calme le roux. Pas du tout. Je ne voulais pas vraiment que tu t'inquiètes comme ça, crois-moi. J'aurais préféré que tu restes endormi et que tu ne lises jamais cette lettre mais... Si j'ai fait tout ça, c'est parce que je savais que je pourrais y arriver. Depuis que papa nous a avoués tout ça, je n'ai cessé d'y penser. Je n'ai pratiquement plus dormi. Je voulais trouver une solution pour toi, pour nous aussi. Kuchiki Byakuya était la seule solution... J'ai décidé de venir lui parler ici, et je savais que je pourrais trouver un arrangement avec lui. C'est fait maintenant. N'est-ce pas?

Le rouquin tourna tout à coup sa tête en direction de l'autre couple, à l'opposé de la salle.

Byakuya avait posé une main sur l'épaule de son amant aux cheveux rouges qui pourtant, n'avait pas abaissé son arme.

Regard ambré et marine se croisèrent un instant, puis le noble reporta son attention sur son Lieutenant :

_Renji, arrête, ordonna-t-il de son ton gelé.

_Non.

Et alors qu'une scène des plus émouvantes s'était déroulée sous leurs yeux, entre Grimjow et Ichigo, il se joua une toute autre scène entre les deux autres amants présents :

_Pardon? Interrogea le brun, surprit par sa réponse négative. Sais-tu ce que tu viens de faire? Tu viens de tirer sur un capitaine.

_Et alors?! Qu'est-ce que tu vas faire?! Répliqua son amant, sans même lui jeter un regard. Me dénoncer? Me tuer peut-être?

Il ricana avec amertume amenant Byakuya à essuyer un mouvement de recul. Ichigo observait le visage de Renji qui s'était quelque peu détendu. Mais son regard, lui, était toujours aussi déterminé.

_Tu vois, tu as des principes et je les ai toujours respectés, reprit le rouge, j'en ai même accepté plus d'un avec une douleur dont tu n'as même pas idée! Mais... si toi tu ne peux pas comprendre les miens, de principes, si tu m'empêches de protéger mon meilleur ami alors... alors je te préviens que je pourrais très bien tourner mon arme contre toi, Byakuya!!

Un courant d'air glacial congela la nuque du spécialiste de la réplique à vous glacer le sang. Kuchiki Byakuya resta un instant immobile alors que ses pupilles s'étaient dilatées fortement sous la surprise. La réplique de Renji semblait l'avoir secoué, du moins à l'intérieur, car en surface, il n'en donnait pas vraiment l'impression.

_Renji...

Il déposa son autre main, tout aussi fine et blanche, sur l'autre épaule musclée de son amant, contre laquelle il avait dormi un nombre incalculable de fois. La forme arrondie, épousa la paume de sa main d'une façon si parfaite, comme si elles étaient faites pour se fondre l'une dans l'autre.

Cette sensation de plénitude et de bien être, traversa le corps du noble de part en part. Il baissa lentement le regard :

_J'ai bien compris, Renji, reprit-il. Maintenant, ne pourrais-tu pas seulement baisser cette arme. S'il te plait.

Pendant quelques secondes, le rouge ne prit pas compte de sa demande puis, dans un cliquetis métallique, il baissa son bras, sans pour autant ranger son arme. Ses petits yeux marrons glissèrent jusqu'au visage pâle tout proche de lui. Leurs regards se rencontrèrent et le brun comprit que son Lieutenant attendait une réponse de sa part.

Était-il finalement prêt à accepter ses propres principes, à ouvrir cette relation à son avis, à le laisser s'investir à ses côtés comme il le souhaiterait?

Un étau enserra le cœur d'Abaraï. Car il doutait que le noble puisse repousser ses propres principes pour lui. D'ailleurs, pourquoi le ferait-il? Sauf s'il l'aimait sincèrement...

_Pourrais-tu, s'il te plait, t'occuper de cette chose gigotante qui encombre ma main gauche depuis un bon moment déjà?

Renji pencha lentement sa tête pour apercevoir, au bout du bras de son amant, une petite tête rose qui ne cessait de se débattre avec force, tournée en direction de son capitaine Zaraki en mauvaise posture.

Le rouge croisa à nouveau les beaux yeux de son capitaine. La lumière tendre qu'il avait si souvent réservée à Byakuya était maintenant de retour. Kuchiki le vit bien et le fixa avec attention, sachant que lui-même, ne pouvait exprimer sa tendresse qu'à travers un regard. En cela, ils étaient si semblables.

Renji eut un infime soupir. Si Byakuya était vraiment prêt à changer, il était bien entendu d'accord pour lui laisser une chance. Il aimait cet homme et il avait certainement plus de bons souvenirs à ses côtés que de mauvais souvenirs. L'organisation du Gotei n'était qu'un détail – avec son importance certes – dans leur relation. Mais Renji savait fort bien, et depuis le début, que Byakuya ne quitterait jamais le Gotei. Sa famille en avait fait partie depuis le début et il savait à quel point il était attaché aux valeurs et traditions familiales.

L'un comme l'autre devrait s'accommoder des désirs de l'autre. Le rouge était bien décidé à garder cet homme tout en lui faisant comprendre qu'il n'était pas simplement un tas de muscles sans cervelle ni sentiments. Et à la vue du regard dont le noble le gratifia, Abaraï comprit, qu'ils venaient certainement de franchir un cap dans leur relation.

Il étira enfin un sourire :

_Mais bien sûr, Taïcho.

Les deux hommes échangèrent un nouveau regard et Renji se saisit de la petite fille par le col de son hakama.

Il traversa la pièce, Yachiru à bout de bras, et dépassa le groupe des Kurosaki, son regard se posant sur les deux amants. Grimmjow reposait, front contre l'épaule de son amant, de manière épuisée. Le rouge soupira puis capta enfin le regard ambré de son ami. Il lui lança un sourire soulagé et échappa un petit rire :

_Vous êtes vraiment faits l'un pour l'autre, cinglés autant l'un que l'autre...

_Merci, lança l'orangé, ayant bien conscience qu'il lui devait la vie.

Puis, il quitta la pièce par la porte d'entrée du club, les petits cris stridents de Yachiru s'éteignant tout à coup. Ichigo aurait souhaité le remercier plus sincèrement, un seul mot ne suffisait certainement pas pour lui montrer sa gratitude. Mais finalement, il comprenait que ça ne servait à rien. Il était heureux de voir que Renji avait changé, et positivement en plus.

Maintenant, il souhaitait plus que tout que Kuchiki tiendrait son engagement.

_Kuchiki-Taïcho, enchaina tout de suite Urahara, nous devons avertir Kyouraku-Taïcho!

Et le blond disparut dans les escaliers en colimaçon. Le brun ne le retint pas, laissant son regard flotter sur Zaraki, toujours au sol qui se tordait de douleur. Il fronça un instant les sourcils : Kenpachi n'était pas le genre à rester ainsi : gémissant au sol. Il trouvait cela plus que suspect.

Aussi, se dirigea-t-il vers lui et s'agenouilla près de lui.

Le visage aux cicatrices était fendu d'un large sourire qui n'annonçait rien de bon, du tout.

D'un geste violent, Kuchiki lui retira des mains son arme qu'il était bien évidemment trop dangereux de laisser entre ses mains.

_Cessez cette attitude moqueuse, Zaraki-Taïcho, lui ordonna-t-il. Le conseil aura vent de votre tentative de lever votre arme sur un membre noble.

Un rire léger lui répondit puis Byakuya se releva, tendant l'arme à Kruosaki Isshin qui la saisit avec méfiance :

_Je pense qu'il vaut mieux qu'il reste désarmé, vous devez certainement connaître mieux que moi ce dont cet homme est capable.

Isshin détailla le beau visage de son vis-à-vis et acquiesça d'un signe de tête. Puis, Byakuya se tourna en direction d'Ichigo.

Grimmjow l'observait également, ses yeux bleus perçants soulagés de tenir son amant entre ses bras. Malgré cet échange de regard long et exigeant, Byakuya comprit que plus aucune menace ne pesait sur lui. Le regard de Grimmjow Jaggerjack ne trahissait plus la haine qu'il avait à son égard.

C'est donc tout naturellement qu'il reprit la parole :

_Grimmjow Jaggerjack recevra mon appui pour quitter le Gotei 13. Je ferais ce dont il m'est possible pour qu'il puisse se retirer sans dommages.

Le roux resta un instant immobile après ses déclarations, puis étira un sourire victorieux, ses yeux pétillant de joie :

_Bon sang!! s'écria-t-il. Merci!!!

_Mais ne criez pas trop vite victoire, reprit le noble. Il me faut encore convaincre Kyouraku...

_Est-ce vraiment nécessaire? Lança alors une voix étrangère au reste du groupe.

Le petite groupe se retourna d'un même mouvement en direction de l'escalier en colimaçon du club. Là, derrière Urahara qui s'empressa de rejoindre la salle, un homme aux longs cheveux noirs, suivit par une jeune fille portant des lunettes et de longues nattes noires, se trouvaient.

Les deux nouveaux venus avancèrent dans la salle, observant d'un œil étonné les traces de sang laissées par Kenpachi. Cependant, l'homme aux longs cheveux bruns ne sembla pas s'intéresser à Zaraki qui grommelait dans son coin des paroles inaudibles.

Le sourire sur le visage de Kyouraku Shunsui, alors qu'il tendait ses bras en direction d'Isshin, ne pouvait que soulager Ichigo.

_Mon vieil ami!! s'écria-t-il en enserrant amicalement le paternel Kurosaki entre ses bras.

_Ça en faisait une paye! Bon sang, tu n'as pas changé!!

Les deux hommes s'observèrent longuement en se souriant. Et il était aisément compréhensible qu'ils avaient été de grands amis jadis. Ichigo n'avait pas vu le visage de son père aussi joyeux depuis de longues années. Certainement avait-il vécu de bons moments aussi en tant que capitaine...

Pendant ce temps, la jeune femme qui accompagnait Kyouraku s'était agenouillée tout près de Kenpachi et observait ses blessures :

_Et lui, on en fait quoi? Demanda-t-elle d'un ton désinvolte qui fit rire son capitaine.

_Nanao-chaaaan! La réprimanda-t-il comme il l'aurait fait avec une enfant de dix ans. C'est tout de même un capitaine...

_Il s'est fait tirer dessus, embraya-t-elle en soupirant d'exaspération.

Shunsui s'écarta un instant d'Isshin et se gratta la tête avec une gêne non dissimulée :

_Voilà qui est bien problématique. Qui donc a tiré sur Kenpachi?

Son interrogation resta sans réponse.

Ichigo avait tourné ses yeux en direction de Byakuya. Ce dernier, gardait cet air inexpressif comme à l'accoutumée, mais le jeune homme voulait voir s'il allait dénoncer son amant ou non. Si vraiment il tenait à lui il ne le dénoncerait pas. Car s'il le faisait, Renji risquait évidemment de se voir expulser du Gotei et risquait aussi d'autres sanctions plus lourdes auxquelles l'orangé ne préféra pas penser.

Vu que personne ne semblait prêt à dénoncer Renji, Kyouraku haussa les sourcils d'un air surpris. Il observa un à un les personnes présentes dans la salle et se tourna enfin vers Nanano-chan :

_A-t-il reçu les deux coups de feu que nous avons entendu ou bien... a-t-il riposté?

_Non, il s'est reçu les deux dans les jambes, répondit-elle. Et le tireur n'est pas un débutant.

Shunsui tourna alors ses yeux sur Kuchiki et attendit certainement qu'il se dénonce, mais une autre voix se dénonça à sa place :

_C'est moi...

Un hoquet de surprise déchira le silence. Ichigo se retourna violemment en direction de son amant :

_Grimmjow!! s'écria-t-il, outré par son mensonge.

Grimmjow avança d'un pas et se présenta comme le coupable. L'assistance essuya un long silence étonné et Urahara cacha son visage derrière ses mains, visiblement exaspéré. Ichigo fusilla son amant du regard et le retint par le bras.

Qu'est-ce qu'il cherchait en protégeant Renji de la sorte? Pourquoi faisait-il ça?!

_Grimmjow, arrête de...

_J'vous dit qu'c'est moi! Répéta Grimmjow, ne faisant pas attention aux réprimandes de son amant.

_C'est ridicule, répliqua alors Byakuya en se rapprochant de Kyouraku.

Le noble porta sur lui un regard glacial qui n'ébranla pas pour autant le sexta

_Grimmjow Jaggerjack, je vous remercie de vous soucier de Renji. Et j'apprécie ce geste qui pourtant, me semble totalement déraisonné. Cependant, je ne peux concevoir que Renji, ou même moi d'ailleurs, vous soyons redevable de quelque façon que ce soit.

Il se tourna enfin vers Shunsui :

_Abaraï-Fukutaïcho a tiré sur Zaraki-Taïcho en toute connaissance de cause.

Shunsui voulut répliquer mais Grimmjow le coupa en rugissant :

_Vous êtes bouché ou quoi?! J'ai dit qu'c'était moi!!

_Grimmjow, tais-toi!! lui ordonna Ichigo en le fusillant du regard.

Le jeune homme commençait à comprendre pourquoi son amant agissait de la sorte.

Renji venait de leur enlever une épine du pied avec Kenpachi. Grimmjow s'était certainement trouvé très nerveux lorsque le capitaine de la onzième avait tourné son arme sur Ichigo, aussi il considérait maintenant que Renji avait sauvé la vie du rouquin.

Pour lui qui n'aimait pas avoir une dette en suspend, il voulait tout simplement lui rendre la pareille en tentant cette chose folle : le couvrir pour sa culpabilité.

Ichigo comprenait maintenant son geste et n'en était que plus amoureux encore de lui. Certainement aurait-il fait la même chose si quelqu'un avait sauvé Grimmjow d'une menace imminente. Mais Kuchiki Byakuya ne l'entendait pas de cette oreille et le roux le comprenait aussi aisément.

Il voulait faire une croix sur tout ce qui le liait à Grimmjow. Or accepter de le voir endosser la culpabilité des blessures de Kenpachi était comme lui en être redevable pour couvrir son amant, et il ne le désirait pas.

_Abaraï-kun? Demanda Shunsui, interloqué. Mais...

_Pour sa décharge, Renji n'a fait qu'agir selon les principes qui régissent notre organisation, expliqua Byakuya. Zaraki-Taïcho menaçait directement de son arme un membre de la famille Kurosaki. Renji n'a fait qu'appliquer la règle selon laquelle tout membre du Gotei tournant arme contre un membre noble devra être immobilisé sur le champ.

Shunsui semblait perdu. Il posa un instant ses yeux sur le corps de Kenpachi toujours au sol puis porta son attention sur son Lieutenant.

Nanao-chan remis ses lunettes en place sur le bout de son nez et haussa timidement les épaules en guise de réponse.

_Très bien, répondit enfin Kyouraku, si c'est ce qu'il s'est passé... Urahara-Taïcho vous pouvez confirmer?

_Oh euh... oui! Bien sûr!

Un silence s'installa. Ichigo, toujours en colère contre Grimmjow pour avoir voulu tenter quelque chose d'aussi stupide, repris bientôt tous ses esprits et serra les poings pour se donner du courage.

Ce Kyouraku Shunsui avait beau être impressionnant quelque part, il n'en restait pas moins le seul homme qui faisait encore défaut à son plan. Il fallait bien qu'il le convainc de laisser partir Grimmjow...

_J'ai quelque chose à vous demander! Intervint-il alors en rompant le silence confortable qui subsistait dans la pièce.

Shunsui se tourna lentement vers lui, un sourire tendre naissant sur son visage :

_Arf... Tu as l'air aussi vif et persuasif que ta mère! Lança-t-il avec une pointe de nostalgie dans les yeux. Que pourrais-je bien refuser au fils Kurosaki?

Le roux ne se formalisa pas de la remarque concernant sa mère, se disant qu'il n'était pas temps de discuter de souvenirs dont il ne voulait même pas entendre parler :

_Je veux votre soutient. Je veux que Grimmjow quitte le Gotei. Et pour cela, j'ai besoin de votre voix et de celle de Kuchiki Byakuya.

Shunsui eut un geste nerveux et Nanao tenta de s'interposer entre son capitaine et le jeune roux mais Kyouraku l'en empêcha.

_Laisse, Nanao-chan, je t'en prie, lui souffla-t-il. Le problème avec ce genre de décisions est que même avec ma voix et celle de Byakuya-kun, je doute que...

_Il est déjà d'accord! Embraya le jeune homme en avançant d'un pas vers lui. Il m'a dit qu'il le ferait, qu'il donnerait sa voix pour m'aider! Et... et vous pouvez convaincre d'autres capitaines, n'est-ce pas? N'est-ce pas?!

Shunsui haussa les sourcils. Il semblait fortement embarrassé par la demande et l'insistance du jeune Ichigo. Il tourna un instant ses yeux en direction de Byakuya qui, imperturbable, ne trahit pas sa position.

_Je donnerai ma voix dans ce sens également, intervint tout à coup Urahara. Je pense que nous n'aurons pas de mal à convaincre Ukitake-Taïcho et Unohana-Taïcho...

_Même ainsi, reprit Kyouraku, le nombre est insuffisant.

_Non, ça fait sept! Répliqua le rouquin en comptant sur ses doigts. Ça fait sept!!

Les capitaines du Gotei étaient bien 13! Aussi, sept voix dans un sens suffisait à faire pencher la balance dans ce même sens.

Ses yeux se tournèrent tour à tour en direction de Byakuya puis de Shunsui. Son regard, aussi implorant qu'il puisse être, sembla attendrir le capitaine de la huitième division qui finalement, détendit son visage pour rire en tapotant l'épaule d'Isshin :

_Le portait d'sa mère tout craché!

_Et encore, bougonna le paternel Kurosaki, tu n'as rien vu...

_Alors ça veut dire oui? Demanda Ichigo, serrant ses mains contre sa poitrine.

_Ça veut dire oui, bien entendu.

_Merci...

Le rouquin se saisit de la main de Shunsui et la secoua dans la sienne avec une force à laquelle le capitaine ne s'était pas attendue.

Puis, il pivota sur ses talons et se retrouva face à face avec son amant, ce dernier visiblement estomaqué de le voir insister de cette façon.

Ichigo lui étira un sourire puis abattit sa main sur le haut de son crâne pour lui donner un coup :

_Aïeuuh!! s'écria le sexta, en grimaçant.

_Espèce de cinglé!! lui reprocha le jeune homme. Ne refais plus jamais ça!! Et... quand à la fin me laisseras-tu faire deux pas tout seul?!!!

_Quand t'auras fini d'toi aussi m'traiter comme un imbécile! Répliqua l'autre en se massant le crâne. La vache, tu m'as fait mal, enflure!

_Bien fait!

Urahara ricana et déposa une main sur l'épaule de Kurosaki isshin :

_Et bien... Tout est bien qui fini bien finalement, n'est-ce pas?

_Merci pour ton aide, Kisuke, répondit-il. Et merci pour mon fils, Shunsui.

_Borf... C'est tout naturel!

Isshin se tourna en direction de la Lieutenant de son ami :

_Je n'arrive pas à croire que Nanao-chan ait grandit si vite! Tu es une vraie femme maintenant, hein?

_J'aurais préféré rester gamine, marmonna-t-elle, au moins je n'aurais pas à me prendre dix mille mains aux fesses par jour.

_Ahahah, Nanao-chan!! s'extasia Shunsui. Elle n'a pas changé, hein?

Isshin tourna un instant ses yeux sur son fils. Ce dernier, tentait d'arracher l'arme qui se trouvait dans la main de Grimmjow pour la lui confisquer.

Un sourire amusé éclaira le visage du paternel qui, pour la première fois en tant d'années, se mit à penser que son fils était tout comme sa mère. Shunsui avait raison : Ichigo était comme elle. Il avait sans doute, comme Masaki, mit tous ses espoirs, toute sa passion et son amour dans l'homme qui partageait sa vie. Tout comme sa défunte femme avait pu mettre tout cela en lui.

Il était soulagé, et en même temps fier de voir que son fils avait grandi, maturé aussi bien. Peut-être le devait-il à Grimmjow finalement?

Mais Isshin n'était pas encore prêt à laisser Grimmjow jouer le rôle qu'il aurait dû jouer dans la vie de son fils. Quelque part, il était jaloux qu'on lui ait pris son fils. Mais il était aussi heureux de voir la lumière au fond de ses yeux. De savoir que son fils avait tracé sa propre route, avait choisi la voix qu'il voulait vraiment et que quoiqu'il puisse arriver, quelqu'un serait là pour le protéger.

C'était tout ce qui lui importait...

_Kurosaki!

Le cri grave qui s'échappa tout à coup de la bouche de Byakuya ramena Ichigo à la réalité. Toujours à se chamailler avec Grimmjow, il tourna ses beaux yeux ambrés en direction du noble, dont le ton lui avait semblé anormalement alarmant.

Mais avant que ses yeux n'aient pu se poser sur le noble, une ombre s'était dressée sur son chemin, bouchant son champ de vision.

Son sourire se figea à nouveau et comme s'il venait d'être figé par le temps qui s'était arrêté, l'information qui atteignit son cerveau restait incompréhensible... Pourtant, pensa-t-il, Nanao avait bien pris l'arme de Kenpachi...

Alors pourquoi.... tenait-il une arme pointé sur lui à nouveau?

_ICHI!

Le coup de feu partit à l'instant même ou le jeune homme se sentit enfermé dans un cocon douillet et paisible. L'étreinte si chaude et reconnaissable entre mille de Grimmjow. Il s'y sentait en sécurité, tellement à l'abri de l'arme de Kenpachi....

Était-ce finalement cela qu'on ressentait lorsqu'on mourrait?

Une sensation si agréable qu'elle s'insinuait dans vos veines pour vous laisser une impression si douce, si légère, si plaisante que jamais vous ne voudriez qu'elle ne cesse...

Une salve de tirs suivit le premier, tous plus forts les uns que les autres. D'où venaient-ils? Qui avait tiré toutes ces balles?

Encore une fois, les coups de feu ébranlèrent son ouïe et finalement, ce fut son toucher qui se développa alors que sur sa main, un liquide chaud et épais coulait, tel une rivière en crue.

_Zaraki!!!

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Nanao-chan avait assommé le capitaine récalcitrant et ce dernier gisait au sol, inconscient. Ce liquide chaud qui coulait sur ses mains n'avait rien d'agréable et pourtant, il le réchauffait étrangement, de concert avec le corps de son amant lové contre le sien.

_Bon sang, que... Ichigo, ça va?

Le jeune roux ouvrit un œil, lentement. Serré dans les bras de Grimmjow, la voix de son père lui semblait si lointaine.

_Grimmjow, vous allez bien, qu'est-ce que...? Oh mon Dieu!!

Le cri poussé par Isshin fit sursauter le rouquin.

L'étreinte qui l'enserrait depuis quelques secondes maintenant se desserra progressivement, insinuant dans ses veines un froid polaire qu'il n'avait jamais connu.

_Bordel!!

Mais le cri de rage que Grimmjow poussa à cet instant lui fit comprendre que la sensation de liquide chaud qu'il avait sentit sur sa main provenait de....

Ses pupilles s'écarquillèrent alors que la couleur rouge pourpre, si particulière du sang, entra dans son champ de vision. Et cette fois-ci, ce n'était pas le sang de Kenpachi qui s'étala en marre sur le sol...

Le bras droit de Grimmjow ruisselait de sang et de sa main gauche, il enserrait son épaule, son visage étiré par des grimaces douloureuses.

_Grimmjow!! s'écria-t-il. Qu'est-ce que...?

Mais rapidement tout tomba sous le sens pour lui.

Cette fois-ci, la balle avait été tirée par Kenpachi, bien évidemment et Grimmjow avait pris cette balle à sa place. Mais...

... il avait également pris toutes les autres tirées par Kenpachi, qui avait tout simplement vidé son chargeur sur lui.

_Bon sang, il planquait une seconde arme dans son haori ou quoi?! S'égosilla Shunsui tout à coup alerté par le sang qui tombait à terre.

_Je... je ne sais pas! Répondit Nanao, visiblement perdue.

_Effectivement, répondit alors Kuchiki en détaillant l'arme qui reposait encore dans la main de Kenpachi. Réplique exacte de celle que vous lui avez pris.

Grimmjow lui, gigotait dans tous les sens, la douleur ne lui laissant aucun répit. Ses pas l'amenèrent bientôt à butter contre le bar de la pièce et il se mit à haleter :

_Ah bordel!!! rugit-il en serrant les dents.

_Faites-moi voir ça!! scanda Isshin qui d'un coup de main déchira le tee-shirt du bleuté dans son dos pour évaluer l'ampleur des dégâts.

Ichigo porta une main à sa bouche, une envie de nausée sévère pointant le bout de son nez.

Tiré à bout portant, les balles avaient causé des dégâts immenses! Plusieurs d'entre elles s'étaient logées dans son épaule et il remarqua rapidement que son biceps était aussi particulièrement endommagé. Le sexta se tenait l'épaule sans tenir en place tant la douleur lui était insupportable.

_Ne bougez pas!! s'écria Isshin. Vous perdez bien trop de sang!!!

Ichigo s'écarta de la scène, le cœur battant à cent à l'heure et ne sachant pas quoi faire. Perdu, il vit alors que Kisuke était en pleine conversation téléphonique...

Au moins lui, avait gardé son sang-froid et avait déjà appelé les secours.

_Elle sont beaucoup trop profondes, entendit-il son père commenter. C'est... c'est dans un sale état.

_Merci j'étais au courant!! beugla Grimmjow dans un cri de douleur.

Tout à coup, il fut déséquilibré et chancela de côté. Isshin le soutint comme il put, demandant l'aide de son fils :

_Qu'est-ce qu'il a?!! demanda le roux, dont le cœur tambourinait si fort que le sang lui en battait aux oreilles.

_Il perd trop de sang, commenta son père. Kenpachi a toujours utilisé un calibre énorme! Il va tomber dans les pommes si ça continue comme ça...

L'orangé, tout à coup alerté par l'information qu'il venait d'apprendre, posa ses yeux sur le visage de son amant, étonnamment pâle. Ses yeux n'étaient plus qu'à demi-ouvert, ne supportant plus l'énorme perte de sang et la douleur lancinante.

_Grimm? Grimm?! Il est bizarre!

_Il va perdre conscience! Lui répliqua son père, occupé désormais à comprimer sa plaie pour qu'il perde le moins de sang possible.

_Grimm, tu m'entends?!! s'écria-t-il en donnant de petites tapes sur les joues du bleuté.

Mais ce dernier bascula soudain en avant, dans les bras du roux, et perdit connaissance.

_GRIMMJOW!!!

* * *

La tête entre les mains, les épaules affaissées, la respiration lente et faible, Ichigo attendait.

Seul, assis sur cette chaise dans ce long couloir vide à l'odeur aseptisé, son cœur était au supplice.

Deux heures.

Ça faisait maintenant deux heures qu'il attendait devant cette porte lugubre. Tous ses espoirs, ses espérances, ses souhaits, ils s'étaient tous envolés.

Sa vie, ne tenait plus qu'à un fil, dans ce couloir de l'hôpital de Tokyo.

L'attente était en train de le tuer à petits feux... Son monde avait basculé irrémédiablement, sans qu'il ne puisse plus jamais reprendre son cours normal.

Il sursauta et redressa la tête lorsque la porte fermée s'ouvrit à la volée, se refermant en un claquement sonore.

Ses yeux se posèrent sur une silhouette familière : celle de son père. Ce dernier avait chaussé son uniforme de chirurgien pour l'occasion. Le chirurgien qui avait pris en main le cas de Grimmjow se trouvait être un vieil ami de son père et de ce fait, l'avait laissé assister à l'opération.

Et au vu du sang qui s'était répandue sur ses gants, Ichigo comprit qu'il avait dû prendre part à l'intervention.

_Comment va-t-il? Articula-t-il, la lèvre tremblante.

Isshin soupira et baissa les yeux d'un air coupable.

_L'ambulance a été longue a arriver, il a perdu beaucoup de sang au « Kurenai club », ça n'a pas été facile de trouver autant de sang pour le transfuser.

_Mais... J'ai donné mon sang pour ça!!!

_Je sais Ichigo. Sans toi, on aurait sans doute pas eu assez de réserve, son groupe est rare.

Un silence suivit.

Le regard perdu et se sentant de plus en plus faible, Ichigo supplia son père de lui dire ce qu'il en était :

_Grimmjow va bien, répondit enfin son père. Il a magnifiquement supporté l'opération, il a une sacrée résistance. Cependant, il va mettre très longtemps à s'en remettre, tu dois être patient avec lui.

_C'est tout?!

Ichigo sentit son cœur devenir si léger qu'il crut qu'il allait s'envoler de sa poitrine. Lui qui avait cru que sa vie était en danger, que plus jamais il ne le reverrait, son père lui sortait comme ça qu'il était en vie?!

Pourquoi étirait-il une telle tête si tout allait bien?!

_Mais, car il y a toujours un mais dans ce genre de cas, reprit Kurosaki, les endroits où les balles se sont logées ont été très délicats à atteindre. Notamment pour deux d'entre elles. Elles ont... endommagé une partie de son épaule. J'ai peur que... qu'il ne puisse jamais retrouver l'usage de son bras droit.

_...

Ichigo sentit tout le poids du monde s'abattre sur ses épaules. Un moment déséquilibré par la nouvelle, il se rattrapa au bras de son père qui le soutint comme il put, lisant toute la détresse de son fils dans ses yeux. Il aurait aimé pouvoir lui annoncer une bonne nouvelle. Mais il ne pouvait lui mentir sur l'état de Grimmjow.

_Quoi..., murmura-t-il, son visage affichant une incompréhension la plus totale.

_Je suis désolé, fils, reprit Isshin en déposant une main puissante sur l'épaule de son fils. Il n'y a rien maintenant... que nous puissions faire.

Ichigo abaissa ses yeux au sol, reprenant sa respiration avec difficulté, à la fois choqué par la nouvelle qu'il venait d'apprendre et la folle joie de savoir qu'il allait bien – enfin aussi bien qu'on puisse aller avec un bras qui ne fonctionnait plus.

Cette idée lui planta un poignard dans le cœur et il plissa les yeux pour ne pas s'effondrer de douleur.

_Je... je peux le voir? Demanda-t-il.

_Ichi...

_S'il te plait! Implora-t-il.

Isshin soupira puis observa qu'ils étaient seuls dans le couloir.

_Viens.

Il se saisit de la main de son fils et le conduisit à travers les portes qui maintenant, semblaient telles les portes de l'Enfer au rouquin. Il l'amena jusque dans une salle de réveil où paresseusement allongé sur son lit, Grimmjow reposait.

Le visage tourné en direction de la fenêtre qui pourtant, ne laissait pas échapper beaucoup de lumière, Ichigo remarqua tout de suite son bras droit, dissimulé sous une tonne de bandages épais. Son cœur se serra à cette vision mais il ne devait pas le lui montrer.

Isshin poussa son fils en direction du lit du patient et quitta la pièce pour un moment.

Le sexta, tourna lentement son profil dans sa direction en sentant le lit s'affaisser sous le poids du roux. Un sourire léger étira les lèvres de Kurosaki et il posa une main sur la cuisse de son amant, dissimulée sous les draps blancs.

_Ça va? demanda-t-il dans un murmure.

Grimmjow ne lui répondit pas et se contenta de le fixer. Puis, après quelques secondes seulement, il retourna son profil en direction de la fenêtre, ignorant la question du jeune orangé. Ce dernier, fronça les sourcils. Le bleuté devait certainement être sonné après cette opération, mais quand même! Il pouvait bien lui dire "oui" ou "non"?

_Grimm? Ça va? Tu...

_Mon bras...., le coupa le blessé, mon bras...

Ichigo fronça les sourcils ; il n'était pas dans son état normal!

_Oui, je sais..., répondit-il en faisant le tour de lit pour faire face à son amant. Je sais... Mais je suis sûr que...

_Tsss... Sûr d'quoi? le coupa-t-il.

Le ton de sa voix était si bas que le roux se demanda si c'était bien Grimmjow qui lui en parlait en cet instant. Sa voix était également très grave et son visage aussi pâle que la mort. C'était le lot commun pour tout patient venant de subir une telle opération; mais pour Ichigo, voir son amant ainsi, lui déchirait le coeur.

_S'te plait, murmura Jaggerjack, me r'garde pas. J'veux pas qu'tu m'vois comme ça...

Le rouquin fronça les sourcils.

_Arrête de dire n'importe quoi!! répliqua gravement Kurosaki. Je te jure... je te jure que ton bras guérira! Tu n'es certainement pas un cas à part, je suis sûr qu'une opération pourra te rendre ton bras!

Le roux ignorait qui il tentait de convaincre avec ces mots : Grimmjow, ou lui-même?

Le désemparement du bleuté avait presque ruiné son plus petit espoir mais face à lui, il ne pouvait pas baisser les bras.

_Maintenant, reprit-il en se saisissant de la main encore valide du sexta, tu vas te reposer, tu vas faire ce que les médecins te disent et moi, je vais trouver le moyen... Il y a sûrement un chirurgien qui a déjà fait ce genre de choses!

_Même si tu l'trouves... il faudrait une somme folle pour c'te opération. Regarde-moi : j'ai plus qu'un bras valide. Stark pourra plus m'employer... Qu'est-ce que j'vais d'venir si j'peux plus êt' un Espada? J'vais faire quoi, Ichi? Tu... tu voudras encore d'moi?

Le rouquin plongea ses yeux dans les siens. La flamme qui avait toujours conduit la volonté de Grimmjow était bien éteinte dans ses yeux. Mais même si Ichigo savait parfaitement que tout ce qui avait fait la vie de son amant venait de partir en fumée - son poste d'Espada, ses talents de tireurs - il n'allait pas le laisser sombrer sans rien faire. Il était prêt à subir toutes les épreuves de la vie avec lui.

Il prit son visage entre ses mains et capta l'attention des yeux turquoises :

_Écoute-moi bien : je me fiche que tu n'aies qu'un bras, qu'une jambe, que... que demain tu deviennes muet, aveugle, je.... je t'aime! Tu m'entend?! Et jamais je ne te laisserai tomber! Ce n'est pas ça qui aura raison de Grimmjow Jaggerjack, hein? Et même si tu ne veux pas de mon aide, si tu me chasses, si tu ne veux plus me voir pour je ne sais quelle raison, t'as intérêt à être prêt, parce que je ne suis pas prêt de m'en aller! Tu vas devoir me supporter, que tu le veuilles ou non!

Les yeux bleus de son amant clignèrent plusieurs fois, l'observant intensément. Il savait que ses paroles n'avaient peut-être que peu de sens pour Grimmjow à cet instant. Après tout, il était celui qui avait reçu les balles à sa place, celui qui avait souffert, celui qui maintenant risquait de ne plus jamais retrouver son bras droit. Mais Ichigo était prêt à lui consacrer sa vie entière même si pour ça il devait essuyer les rejets du sexta.

_Je... aide-moi..., souffla Grimmjow du bout des lèvres.

La sincérité qui envahit ses yeux secoua le jeune roux qui tenta de garder un visage rassurant. Mais c'était vraiment très dur.

_Ichi, j't'aime...

Et la main gauche du sexta attrapa son bras et l'attira jusqu'à lui. Le roux bascula en avant et serra le corps allongé dans ses bras, avec tout le réconfort qu'il était capable de lui apporter.

La plus grande peur de Grimmjow, était de voir Ichigo s'éloigner de lui. Il avait peur que le jeune homme ne le voit seulement comme un homme handicapé, comme un homme diminué physiquement. Comme un homme dont il devrait prendre soin jusqu'à la fin de sa vie sans aucune perspective de le voir lui rendre la pareille.

Grimmjow ne voulait pas passer pour un faible aux yeux de l'homme qu'il aimait. Mais en même temps, il avait tellement besoin de lui à ses côtés. Il savait que sans Ichigo il n'aurait pas supporté la douleur de voir sa vie changer du tout au tout. C'est pour cette raison, qu'il s'accrocha à lui comme à une bouée, espérant par là, qu'il le sauve des méandres de sa vie en ruine.

_Je t'aiderai, murmura Kurosaki dont le coeur ne cessait de se contracter douloureusement, je t'aime et... et je te promets que je te rendrai ton bras.