Elizabeth transporta délicatement John hors de l'eau. Le militaire regardait partout. Partout excepté dans les yeux de la jeune femme.

« Je crois que c'est bon, murmura-t-il gêné.

- Je ne pense pas que vous soyez assez fort pour marcher. Pas après une seule séance.

- Et moi je vous dis que si, grogna Sheppard. »

Elizabeth leva les yeux au ciel et décida d'accéder au caprice de son patient. Elle le reposa donc sans ménagement au sol.

« Eh, doucement !

- Oh pardon, je pensais que vous étiez résistant, lui sourit innocemment l'ex-leader. »

Le colonel retint une remarque et s'appuya sur l'épaule de son amie. Ses jambes tremblaient. Il se concentra et pencha le buste en avant. Malheureusement, sa jambe droite ne suivit pas. Et si Elizabeth n'avait pas eu le réflexe de passer une main sous son buste pour le rattraper, il se serait étalé de tout son long.

« En effet, vous êtes assez fort. Comment ai-je pu en douter ? »

Le ton ironique de la jolie brune fit grincer John des dents. Il se redressa et se retourna vers elle. Son visage proche du sien, son regard, au départ dur, se détendit malgré lui. Ses yeux verts l'observaient avec amusement. Ce qui aurait pu paraître déplacé étant donné la situation. Mais John était si soulagé de ne pas rencontrer ce marteau acier qui lui déplaisait tant, qu'il ne dit rien.

Un des bras d'Elizabeth remonta du bas des reins du militaire au milieu de son dos nu, le faisant frissonner.

« Il faudra du temps, dit-elle.

- Je sais.

- Alors ne brusquez rien.

- Je sais.

- J'avais oublié que vous saviez un tas de choses, soupira la jeune femme en se penchant. »

La seconde d'après, elle prenait Sheppard dans ses bras pour l'emmener à l'abri de la frondaison des arbres. C'est sans un mot qu'elle le déposa au sol avant de prendre une serviette et de la lui tendre.

« Alors, le caisson avance d'après McKay ?

- Oui, les hommes de Ladon font un travail vraiment excellent. »

John hocha la tête en silence tout en séchant son torse.

« Vous ne leur manquez pas trop ?

- Oh non, je ne crois pas, répondit Elizabeth sans relever la pointe de jalousie dans la voix du colonel. Je ne crois pas être très appréciée.

- Ils ont peur de vous. »

Elizabeth fixa son regard dans le sien, des reflets gris obscurcissant ses beaux yeux verts.

« Je sais. »

John détourna les yeux et prit son t-shirt et sa veste.

« Du coup… vous allez faire quoi de votre temps libre ?

- Je ne sais pas, m'occuper de vous par exemple ?

- Ca ne va pas vous prendre tout votre temps.

- Je crains que si. »

Le ton de la jeune femme étira les lèvres du militaire en un fin sourire.

« Mais sinon, je comptais aider Rodney dans ses équations.

- C'est ça le plus important.

- Non John. Ce n'est pas ça. »

Ils se défièrent du regard jusqu'à ce que le talkie walkie d'Elizabeth ne grésille.

« Elizabeth ? C'est Ladon. »

John retint un soupir et prit son pantalon.

« Ladon ? Je vous écoute.

- Est-ce que vous auriez une minute à me consacrer pour parler du traité ?

- Oui… je serai là dans un petit quart d'heure.

- Très bien. Je vous attends dans mes quartiers.

- A tout de suite. »

La communication se coupa.

« Un traité ? demanda John sans avoir l'air d'y toucher.

- Oui, un traité. Ladon m'a demandé son aide.

- Donc, vous savez à quoi occuper votre temps. »

Son ton était neutre. Il faisait semblant d'être absorbé par son pantalon, pantalon qui lui donnait du fil à retordre.

Elizabeth leva les yeux au ciel et reprit les choses en mains. En une seconde, le pantalon d'uniforme était passé.

« Allez, je vous ramène.

- Non, je voudrais rester tranquille.

- Quoi ?

- J'ai besoin de réfléchir.

- … Bien. Vous avez votre radio. Appelez-moi quand vous voudrez rentrer. »

Le regard perdu dans le vague, John hocha la tête.

La jeune femme se leva, ne sachant sur quel pied danser. Ils se rapprochaient et la seconde suivant un fossé semblait se creuser entre eux. Mais elle n'avait aucune envie de subir ses sautes d'humeur. Des choses autrement plus importantes requéraient son attention. C'est sans un mot qu'elle tourna les talons.

Alors qu'elle disparaissait dans les arbres, le militaire ferma les yeux et se pinça les lèvres. Il faisait tout de travers. Il avait besoin d'aide. Il avait besoin d'elle.

Oooooooo

« Vous avez sauvé tellement de gens….

- Oui, c'est vrai. »

Cette petite infirmière plaisait décidément de plus en plus à Rodney.

« Mais vous savez, ce n'est rien. C'est mon travail. Enfin c'était…

- Votre vie trépidante vous manque ?

- Non, pas du tout ! Enfin un peu... En fait oui... mais j'ai une autre vie maintenant.

- Vous plait-elle ?

- Elle est différente, plus calme. Plus posée.

- Vous vous ennuyez. »

Ce n'était pas une question. McKay soupira en posant ses feuilles de calculs. Oui… il s'ennuyait, le danger qu'il courrait tous les jours et qui le stressait tant lui manquait. Il avait pris goût à une vie hors du commun.

La jeune femme blonde assise à ses côtés lui prit la main.

« Vous êtes fait pour cette vie d'aventurier Docteur McKay. »

Sans s'en rendre compte, Rodney posa sa main sur celle, fine, de la Genii. Il avait besoin de mots de réconfort. Elle lui en avait fourni…

Oooooooooo

Trois coups frappés à la porte d'une petite maison.

« Entrez ! »

La porte s'ouvrit sur un Ladon penché sur son bureau, en plein travail.

« Elizabeth ! Merci d'être venue aussi vite.

- Je vous en prie.

- Venez, prenez place. »

La jeune femme s'exécuta, non sans observer à la dérobée l'endroit où elle se trouvait. Parchemins, objets exotiques, plans de la planète où ils se trouvaient. Elle avait davantage l'impression d'être dans l'antre du Professeur Géo Trouvetout que dans le bureau d'un chef militaire.

« Je ne vous ai pas dérangé au moins ? s'enquit Ladon.

- Non, le colonel Sheppard et moi avions fini sa première séance de rééducation.

- Oh… Et comment cela se passe-t-il ?

- Il est… très fier et n'accepte pas facilement de l'aide.

- Comme tout militaire qui se respecte.

- Oui… mais parfois ce trait de caractère m'exaspère. »

Elle avait dit ça sur le ton de la conversation, sans émotion. Un malaise s'empara du chef Genii, malaise qu'il fit de son mieux pour dissiper au plus vite.

« J'aurais besoin de vos lumières pour tourner au mieux mes idées pour ne pas froisser mes interlocuteurs. Leur chef est très à cheval sur le protocole et les tournures… Si j'échoue dans le traité papier, il n'y a aucune chance pour que j'obtienne son accord verbal en plus de sa signature.

- Je comprends. Certaines tribus d'Afrique avec lesquelles mon gouvernement m'a parfois demandé de dialoguer étaient de cette trempe. Les traditions et le respect de l'autre prévalaient sur tout le reste, argent compris.

- Magnifique. Pouvons- nous commencer ?

- Je suis là pour ça. »

Ladon se leva et rapprocha son siège de celui de l'ex-dirigeante. Cette promiscuité finit de faire s'évanouir le malaise.

Oooooooooooooooooo

Teyla, sous l'impulsion de Ronon, s'était décidée à se changer les idées en visitant le marché du petit village où ils avaient posé leurs bagages. Au bout de deux bonnes heures, ayant fait le tour de tous les stands, plus pour glaner d'éventuelles informations que pour s'extasier devant les bibelots locaux, ils étaient rentrés.

Sitôt dans leur petite chambre, l'Athosienne avait recommencé à faire les cent pas.

« La nuit va tomber. Encore quelques heures et il sera là.

- Oui….

- Teyla, je sais que l'enjeu est grand. Mais est-ce que c'est vraiment la peine que tu te mettes dans cet état de nerfs ?

- Il s'agit de mon enfant !

- Enfant que tu n'as pas vu depuis quatre mois mais que tu vas revoir dans peu de temps maintenant. Si quelque chose avait dû lui arriver …

- Je sais ! Mais tu ne peux pas comprendre ! Tu ne peux pas savoir le calvaire que j'ai enduré chaque heure de chaque jour depuis que je l'ai laissé là-bas… Je m'en veux ! Je m'en veux comme jamais ! Mais personne ne peut le comprendre ! »

Ronon soupira avant de la prendre pas les épaules.

« Teyla ! Arrête ! Je peux le comprendre ! J'ai aussi perdu quelqu'un à qui je tenais ! Je sais ce que c'est de se sentir impuissant et de retourner tous les évènements dans sa tête en se demandant ce qu'on aurait pu faire pour éviter un drame. Ton enfant est toujours en vie au moins.

- Comment peux-tu en être sûr ?!

- Parce que tu y crois aussi. Autrement tu serais pas là. »

Elle le considéra un moment. Oui… Si elle était sûre qu'il était mort, elle ne serait pas venue. Et elle savait qu'il était là, quelque part. Mais où… Elle baissa la tête, retenant une nouvelle fois ses larmes. Elle se laissait trop aller ces derniers temps.

Ronon la regardait, se sentant un peu dépassé par les évènements. Il ne savait pas trop quoi faire pour la réconforter. Si leur situation était plus claire, peut-être aurait-il pu trouver les mots… ou en tout cas les gestes. Mais là…

« Si on allait manger un morceau ? Tu dois avoir faim.

- Non, pas vraiment.

- Tu dois manger pour prendre des forces ! Sinon quand il faudra tenir ton fils dans tes bras tu tomberas dans les pommes. »

Teyla l'observa un moment. Il était fort pour deux. Et elle en avait besoin en ce moment. Elle avait besoin de quelqu'un sur qui compter.

TBC