— XXXVI —

France, Paris,

5 octobre

Jour 118

Gregory Lestrade grogna pour ce qui semblait être la millième fois cette semaine. La lumière s'infiltrait dans la chambre embuée d'hormones et de phéromones, l'aveuglant et le tirant hors de sa torpeur post-orgasmique.

Qu'ai-je fais?

Se portant la main au visage, il mâcha sa bouche pâteuse. Soif!

Mais il avait plus urgent à faire. Déjà, où était-il? Visiblement, l'appartement était calme et bien agencé mais modeste. Le lit cependant… Greg roula sur le matelas douillet avant de tomber sur un corps chaud à l'autre extrémité.

Il sursauta et se réveilla d'un coup. Son regard s'adoucit de tendresse au tableau qui se dessinait à sa vue embrouillée.

Mycroft était allongé dans un coin du lit, le bras droit pendant au sol. Il s'était évanoui dans le calme, nu et marqué par leurs activités. Lestrade contempla les courbes apaisées de l'oméga, oeuvre d'art vivante s'exposant aux rayons timides du début d'après-midi. Son dos recouvert de tâches de rousseurs et de griffures d'amour se levait au rythme de sa respiration adoucie par le sommeil. Ses fesses rebondies se découvraient d'un pan de drap égaré, accentuant la blancheur de sa peau laiteuse. Greg effleura la gourmandise au miel teinté de sa propre senteur londonienne. La divine créature endormie soupira avant de reprendre son rythme. L'Alpha l'aima de son regard, avant de se pencher pour lui déposer un tendre baiser. Non, pas un de ces baisers possessifs et hâtifs. Juste un baiser timide d'homme amoureux dans le secret. Il l'aimait.

Mais Mycroft Holmes n'était pas de ces omégas au foyer en besoin d'alpha. Et s'il désirait se lier, ce serait à un alpha de bonne famille, riche, puissant, séduisant et surtout, jeune. Greg n'était plus au sommet de sa gloire. Le poids des années ne l'arrangeait pas malgré sa bonne bouille et son physique avantageux. Il approchait de la cinquantaine, divorcé, radié de la police de Londres. S'il avait son boulot actuel, c'était grâce à Bai Long et donc à Mycroft par extension.

Il savait qu'il n'avait pas de chance avec le bel A Oméga. Tous ses ex étaient glorieux, beaux, riches et puissants. Un Rotschild scientifique de renom et milliardaire, un Baanart beau comme un dieu et milliardaire, l'actuel président français à ce qu'il paraît, l'ancien ministre de l'économie belge reconverti en diamantaire milliardaire, d'autres milliardaires encore et cette même Maddison était chercheuse à seulement quinze ans. Mycroft Holmes avait la terre entière à ses pieds s'il le désirait et il avait un penchant bizarre pour les milliardaires. Lestrade était sans le sou, aucune chance pour lui de satisfaire les envies de ce côté-là de l'oméga. Sauf si Kalyn me donne une bonne partie de sa fortune…

Gregory se résigna. Il avait déjà trop goûté au fruit défendu. Mais il pouvait jouer le rôle de l'alpha de service pour Mycroft, Myc. Il pouvait se contenter de prendre ce que l'oméga lui donnait, et il le chérirait.

Parce qu'il savait qu'il ne pourrait plus vivre sans lui. Il était prêt à tout pour rester à ses côtés. Il deviendrait son ami, et peut-être même un confident à défaut d'être sa moitié. Mais il n'y perdrait rien à le séduire, non?

*xXx*

Aden Xander Banaart observait d'un air amusé le groupe installé confortablement dans le loft parisien au coeur du XVème arrondissement où ils avaient provisoirement élu leur siège.

John Watson se demandait ce qui avait poussé le milliardaire excentrique à rester à Paris malgré la guerre commerciale qu'il menait contre Moogle, le géant de la télécommunication de la Silicon Valley. La Xander Corp. était connue pour mener des campagnes impitoyables contre ses concurrents de manière plutôt originale. Leur dernière opération avait été d'acquérir l'entreprise qui les embêtait après lui avoir privé de ses fournisseurs en les rachetant. Durant toute la durée de l'opération, leurs locaux, employés et même la rue dans laquelle se trouvait le siège de la Xander Corps étaient décorés aux couleurs de l'entreprise.

Le B Oméga observait donc en retour leur nouvel… ami. Ce dernier se tenait confortablement assis dans un des nombreux fauteuils du salon exposé plein sud donnant sur une terrasse aménagée en jardin surplombant les toits parisiens. Le loft appartenait à Aden qui possédait un goût étrange pour les oeuvres d'art issues de la Street culture. Deux statuts immenses de Mickey Mouse aux couleurs flashy servaient de portemanteau de fortune et son fameux hélicoptère rose bonbon constituait une preuve de son penchant pour les tons criards.

Quelques pas précipités résonnèrent dans la pièce commune et John n'eut pas de mal à reconnaître la démarche sautillante de Merry. Cette dernière incarnait la parisienne. Ses cheveux étaient défaits et plutôt coiffés. Elle ne portait pas de maquillage et avait repris son obsession pour les sweats à capuches Uniqlo aux manches retroussées. Moulée dans un jean brut, l'Alpha-oméga se jeta dans un canapé psychédélique en forme d'oreille géante.

— Aden, salua-t-elle froidement leur hôte pour une fois présent dans la pièce commune. Ce dernier semblait passer plus de temps dans les rues de la capitale française qu'avec eux.

En dix jours, tout le groupe avait compris l'étendue des problèmes de communication entre Daiyu Li et Aden Banaart. Les deux individus se saluaient froidement et s'évitaient le plus possible. Kalyn restait muette à ce sujet et Heleen se contentait d'ignorer le problème. Il fallait dire qu'elle-même était en froid avec son fils rebelle. Et Sherlock n'arrangeait rien. L'A Alpha était hostile à l'A Bêta qui avait osé embrasser son frère sans son autorisation. L'Alpha de famille était très traditionnel parfois, surtout lorsqu'il s'agissait de son frère.

— Votre Altesse, fit Aden en esquissant un sourire moqueur.

Raf Sullivan et Pierre de Mondres relevèrent rapidement le regard, étonnés par les propos de l'A Bêta milliardaire.

Merry l'ignora au profit de la vue qui s'offrait au travers de l'immense baie vitrée. Elle se tourna ensuite vers sa voisine, Sally, qui lui fit part de quelques dossiers en cours de résolution. Les deux femmes s'entendaient bien, même si Merry passait le plus clair de son temps entre Kalyn et Sherlock. L'A Alpha et elle possédaient un profond respect mutuel et se trouvaient sur la même longueur d'onde au sujet de Mycroft en proie à une période de chaleur presqu'interminable.

— Je n'ai plus de titre, répondit simplement la princesse déchue.

— Votre… altesse? demanda Raf, éternellement en manque d'informations.

Daiyu l'ignora. Elle reprit sa discussion avec Donovan. John se rapprocha du bêta. Il leur devait bien une explication. L'alpha-oméga n'était pas du genre cachotière à ce sujet de toute manière.

— C'est la petite-fille de Bai Long et unique héritière, ce qui fait d'elle une princesse. Mais elle a renié son titre, expliqua-t-il à Pierre et Raf, tous deux bouche bée.

— C'est une princesse et… héritière donc? Drôle d'origine pour une femme sans le sou, remarqua Raf.

— Disons que la famille Li a toujours versé dans l'originalité, répondit John en haussant des épaules.

— Non, elle a grandit dans le luxe et l'opulence. Merry possédait tout: un titre, une éducation élitiste, une fortune considérable, la beauté, l'intelligence, une dynamique unique. Mais elle n'avait pas de liberté, révéla Sherlock en soutenant le regard de la concernée.

Cette dernière se leva et quitta la pièce suivie par Sherlock sans un regard en direction d'Aden.

L'ambiance était… déprimante.

*xXx*

Ils avaient posé leur choix sur un café banal de la capitale française, en plein coeur du Marais à deux pas de la place des Vosges.

Daiyu sirotait un verre de cola, la tête reposée sur une main, observant les allés et venus des passants toujours pressés.

— Lunatique et perdue, constata Sherlock.

L'alpha-oméga le toisa avant de reprendre son activité.

— Vous vous connaissez depuis l'enfance, Aden et toi. Il t'a connu avant, pendant et après ta révélation. Il connait ton caractère, tes habitudes, tes goûts. Tu es comme une soeur pour lui et tu l'évites comme le diable parce que tu ne veux plus avoir affaire à ton passé. Malgré tout, tu vis dans le passé. Tu essayes de te défaire de ce gouffre émotionnel mais tu n'y arrives pas.

Sherlock pressait désormais ses doigts sous son menton, accoudé sur la table, fixant le visage troublé de son amie.

— Je pensais qu'avec la mort d'Arthur Winston, je pourrais faire mon deuil et tourner la page. Mais il a fallu que tout soit plus compliqué que prévu.

— L'implication de Dimitrov Ostrovski t'a surprise. Tu l'avais oublié, rayé de ton existence, déduisit Sherlock.

— Je ne suis pas quelqu'un de bien. J'ai commis des erreurs. J'aurais dû voir arriver la trahison de Maddison et même la mort de Séverin. Mais j'étais obnubilée par mes soucis de petite fille de riche à cette époque. Si je me souviens bien, je passais mon temps entre dîners de galas avec Heleen et à courir derrière Diesbach et mon grand-père pour leur prouver mon indépendance. J'avais dix-neuf ans et étudiais à Paris. J'ai bien changé après, du moins, je l'espère…

— Ce n'est pas en vivant dans le passé que tu réussiras à te pardonner. Tu cherches, tu fouilles, tu essayes de te convaincre que tu vis. Seuls Mycroft et Kalyn te poussent à te surpasser. Et ta quête pour la paix aussi. C'est ce qui m'intrigue chez toi. Tu ne cherches pas la notoriété, l'honneur, la fierté. Tu fais tout cela parce que c'est ta nourriture. Comme Raf et la science, tu te retranches dans la quête de la vérité. C'est ce qui fait les grands de ce monde, pas un seul motif humain. Et tu as du travail devant toi.

Sherlock lui souriait à présent. Il appréciait véritablement cette femme qui désirait juste trouver la vérité et protéger ses deux amis parce qu'elle n'avait plus d'autres raisons de vivre.

— J'ai du pain sur la planche… murmura-t-elle.

Elle lui rendit son sourire. Ses yeux de jais brillaient.

— Nous avons du pain sur la planche, Sherlock, ajouta-t-elle avant de croiser les bras et lui piquer son café.

*xXx*

France, Paris,

7 octobre

Jour 120

Mycroft Holmes était de retour. De même pour Gregory qui ne savait plus où se mettre. Les deux hommes étaient gênés mais calmes. Sherlock ignora leurs états d'âme. Il n'avait ni le temps et encore moins le désir de déduire le déroulement de leur semaine de baise forcée. Ils avaient de nombreuses pistes à explorer et l'A Alpha était pressé par le temps. Ils n'avaient pas le temps de se laisser aller. C'était pour cela qu'il avait rassemblé John, Daiyu, Kalyn, Greg et Mycroft dans le majestueux salon d'Heleen.

— Je veux des réponses, dit-il simplement en fixant le groupe.

Le groupe resta silencieux. Mycroft et Daiyu s'échangèrent un regard rapide avant de se tourner vers Greg et Kalyn.

— J'ai ramassé pas mal de conclusions de mes recherches durant les dix dernières années et ma captivité, dit Merry en se recoiffant.

Sherlock lui pria de continuer.

— Je savais que le Circus était à l'origine de recherches scientifiques douteuses. Mais je ne m'y attendais pas à ce qu'ils rompent notre marché. Non seulement ils ne vous ont pas laissé tranquilles, mais ils ont aussi tué des centaines d'individus innocents pour les transformer en matière première de leurs laboratoires. Je savais qu'Arthur était derrière cela, mais de là à imaginer Dimitrov…

— J'avais des suspicions sur Ostrovski après sa mystérieuse disparition, ajouta Mycroft en sirotant une tasse de thé. Lestrade ne le quittait pas des yeux, mains jointes sur ses genoux.

— Tu devais retourner sur le terrain pour comprendre mes écrits et tu t'es fait capturer, n'est-ce pas? demanda Merry, désolée.

L'A Oméga acquiesça lentement. Kalyn le prit dans ses bras, le visage fermé.

— Ce n'était pas prévu. Je devais rentrer rapidement à Londres et terminer le travail d'Albert, mais j'ai été piégé par le Circus. J'ai appris par la bouche de John les circonstances des morts d'Albert et de Winston. Je n'étais pas au courant. Mais Anna a fait du bon travail. Dommage que la Roseraie l'aie considérée comme une proie en envoyant Odval l'assassiner, continua Mycroft.

— Mycroft était emprisonné avec moi. Nous sommes restés deux mois à New-York dans l'impossibilité de quitter la ville en raison de son état de santé et par manque de moyen. Aussi, nous devions rester cachés, ajouta John en pressant la main de Sherlock.

— Dimitrov a une étrange fascination pour nous, cher frère. Il nous considère comme coupables de la mort de Séverin et de ses déconvenues avec Bai Long, analysa Mycroft.

Gregory continuait d'épier Mycroft comme si sa vie en dépendait. L'A Oméga était dans les bras de Kalyn. La B Alpha le réconfortait de quelques caresses.

— Qu'en as-tu déduis? demanda Sherlock à son frère.

Ce dernier esquissa un sourire maniaque, triomphant.

— Il est toujours aussi brillant mais je crois avoir décelé sa botte secrète. Il ne peut pas asseoir son autorité complètement en raison de ses positions assez traditionalistes. Cela ne passe pas dans le Circus résolument pro-bêta. C'est là qu'intervient Minerva, membre du conseil comme lui et surtout excellente image de sincérité et de droiture au sein de l'organisation.

— Mais tu l'as mise dans ta poche. Sans elle, vous seriez encore en train de me chercher, fit Sherlock.

— Et Odval dans tout cela? demanda John.

— Elle va bien, enfermée mais en bonne santé. Paul est ravi, mais il n'ose pas quitter le chevet d'Anna. Les médecins sont formels, ils envisagent de la débrancher, révéla Kalyn en se frottant les yeux.

Le groupe demeura silencieux pendant quelques temps avant que Kalyn ne reprenne la parole.

— On arrivera à lui soutirer des informations sur la Roseraie. Cette organisation ne peut pas continuer d'influencer les politiques. Les Etats-Unis sont en guerre civile à cause de cette maudite mésentente entre républicains et démocrates. Ces derniers sont contrôlés par le Circus. Elle cherche à nous déstabiliser en provoquant cette guerre pour détourner nos regards. C'est leur stratégie première: que l'on se batte avec le Circus pendant qu'elle se développe. On l'a apprit à nos dépends. Et lorsqu'on veut en savoir plus sur elle, elle riposte en envoyant un assassin à nos trousses. Odval nous l'a prévenu, mais on était trop occupé ailleurs, débita la B Alpha.

— Que faire à présent? demanda John.

— Continuer sur notre lancée et interroger Odval. Myc, t'es génial pour avoir gagné la confiance de Minerva, répondit-elle.

Sherlock savait qu'elle et Mycroft ne disaient pas tout. Il devait s'entretenir seul à seul avec son frère.


Toute la bande réunie au calme, yeah! Et un peu bcp de mystrade ;)

Et aussi le retour triomphant de daiyu! Elle m'avait bien manqué! C'est bien, ça fera de l'animation, surtout qu'elle s'entend bien avec Sherlock (pauvre Myc en perspective XD).

Bon, j'ai déjà terminé de tout rédiger. Je les posterai un à un tous les jours. Comme ça, vous êtes prévenus!

Merci pour vos messages et vos pt'tits cris, et à très vite!