Résumé : les mois se sont écoulés depuis la grande bataille de Poudlard et la résistance s'organise. Les deux calices utilisent leur pouvoir pour venir en aide aux victimes de cette nouvelle guerre en officiant au manoir d'Andromeda et à Sainte Mangouste mais Ombrage a eu vent des prouesses des deux irlandais inconnus et demande à les rencontrer… La menace se rapproche au grand désarroi de leur vampire respectif… d'autant que Lucius doit faire face à la ténacité légendaire de son gryffondor…
Pour faciliter la compréhension des chapitres passés et à venir petit rappel des personnages apparus au fil des péripéties – sans compter bien sûr les personnages de JKR…
Walter Springer : pédiatromage et responsable de la couverture de l'ordre du Phénix à Sainte-Mangouste avec Damhnait O'Connor (Harry sous plynectar) et Elgnat Broderick (Drago sous polynectar)
Jack Williamson : un auror infiltré qui travaille pour l'ordre du Phénix + Sa famille (sa femme et sa sœur Lisbeth – « permanente » au manoir d'Andromeda et une des victimes de l'attaque du ministère).
John Richards (autre auror infiltré travaillant pour l'ordre), il est responsable d'un nouveau service, au bureau d'analyse scientifique des aurors (en l'occurrence il avait la charge de l'enquête du ministère).
Andrew Wikkes Parker : spécialiste des reliques de la mort, il travaillait au comité des sortilèges. Porté disparu depuis l'attaque du ministère.
Peter Britannicus Johansson : directeur d'Azkaban, allié à Kingsley et aux membres de l'ordre. Il aide à l'évasion de Stanley Rocade.
Stephen Thorfinn : neveu du mangemort, il est une victime innocente des attaques de Renégats et Harry l'impose comme « permanent » au manoir (au même titre que Lisbeth et la mère d'Hermione)
Sur ce, je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'années ! Bonne lecture, à bientôt, Lilywen.
La quête des temps nouveaux
Chapitre 37 : Eveil, rêve et cauchemar
Lucius se redressa et s'adossa contre la tête du lit. Le sommeil l'avait définitivement fui depuis de longues heures. Ses yeux gris se portèrent instinctivement vers Harry qui dormait encore profondément à ses côtés. Il était allongé sur le ventre et avait enfoui son visage dans son oreiller, les bras noués au-dessus de sa tête. Les cheveux bruns en bataille tranchaient avec la peau pâle du calice.
Subjugué par la sensualité innocente qui se dégageait de son amant, la main du vampire commença à dériver lentement de sa nuque jusqu'au bas de ses reins. Le reste de son corps parfait était caché par les draps en soie qui le recouvraient négligemment. Lucius se retint difficilement de les faire glisser plus bas jusqu'à le dévoiler complètement à son regard affamé. Il avait envie de lui, une folle envie de le posséder. Il se pencha jusqu'à effleurer de sa bouche l'épaule dénudée de son calice.
Lorsque le jeune homme sembla réagir au parcours improvisé de ses lèvres froides, s'agitant imperceptiblement à son contact, Lucius mordilla plus franchement l'épiderme au goût si particulier. Il avait pourtant bu son sang hier soir et il lui avait fait l'amour pendant des heures, alternant douceur et fièvre, mais, il ne fallait pas être un maître es vampires pour voir à quel point son désir demeurait inassouvi et requérait encore une fois l'abandon complet du calice à son bon vouloir.
Harry l'avait trop défié ces derniers jours. Refusant de tenir compte de ses très nombreux avertissements, le calice officiait d'un patient à un autre, du manoir à Sainte-Mangouste, à un rythme effréné depuis maintenant plusieurs mois. Chaque soir, après avoir bordé le petit Teddy, le brun et lui se retrouvaient dans l'intimité de leur chambre et le gryffondor s'abandonnait aux caresses de ses mains sur son corps, lui offrant son précieux sang avant de sombrer invariablement dans un sommeil profond, à bout de force.
Ils étaient bien conscients tous les deux de l'état catastrophique d'Harry, même si ce dernier ne cessait de prétendre le contraire et hier soir, alors que le brun se déshabillait avec lenteur, visiblement éreinté, Lucius n'avait pu se retenir davantage. La discussion avait tourné en dispute mémorable car si une chose était certaine, c'est que leur conviction respective n'était que très difficilement conciliable, tout du moins concernant ce sujet précisément.
Pour Lucius, seule, la vie de son calice importait et il ne concevait pas que ce dernier soit capable de risquer ainsi sa propre existence. Bien qu'il sache le poids considérable de l'instinct du calice, Lucius ne parvenait simplement pas à comprendre l'acharnement d'Harry alors que la menace d'Ombrage se faisait encore plus pressante et qu'elle avait sommé le conseil administratif de Sainte-Mangouste d'organiser une rencontre immédiate avec Damhnait O'Connor et Elgnat Broderick seulement quelques jours auparavant. Walter les avait clairement mis en garde l'avant-veille lors de la dernière réunion de l'Ordre et même Kingsley, pourtant ardent défenseur du projet, ne cachait plus ses inquiétudes et ses doutes. Malgré tout cela, Harry s'obstinait. Pire, il avait, sans nul doute possible, rallié à sa cause Drago qui le soutenait ouvertement aux dépens de Lucius.
Un gémissement ramena le vampire vers sa délicieuse proie dont il mordit plus franchement la peau diaphane. Il sentit les cuisses de son calice s'ouvrir largement. A peine éveillé, Harry s'offrait totalement à lui comme le lui dictait son instinct, s'étirant avec sensualité, et Lucius en profita pour recouvrir de son corps celui du gryffondor, son torse épousant parfaitement les formes masculines du plus jeune.
« Lus… »
La créature en lui hurlait de satisfaction à cette position : Harry était complètement à lui, prisonnier et soumis à son seul désir. Les soupirs voluptueux qui émanaient de son calice ne faisaient que le renforcer dans ce sentiment si grisant. Lucius entreprit alors de faire glisser sensuellement ses mains puissantes le long des bras du gryffondor jusqu'à ce que leurs doigts s'entrecroisent et commencent une danse charnelle, jouant avec les barres de la tête de lit. A nouveau, le brun susurra son surnom ce qui le rendit encore plus fou du jeune homme.
« J'ai envie de toi, Harry. »
Le calice tourna légèrement son visage. Il désirait la bouche de son vampire. Il voulait sentir les lèvres froides du vampire sur les siennes, sa langue avide dansant avec la sienne. Harry n'eut pas à quémander longtemps car son merveilleux tourmenteur se montra magnanime et répondit prestement à sa demande muette tandis que leurs corps se frôlaient dans des mouvements désordonnés, trahissant leur empressement respectif. Lesgémissements du brun se firent supplications alors que la main droite du vampire s'aventurait maintenant si près de son intimité.
« S'il te plaît… Je… Oh… S'il te plaît… »
Harry se tendit brusquement quand il devina les doigts de Lucius, plongeant au plus profond de lui, fouillant avec fièvre son intimité. Il n'était pas question de douceur. Clairement, le vampire réclamait son abandon, comme il l'avait fait la veille après leur terrible dispute. Peut-être que par le passé, il aurait été outré de se voir si pathétiquement consentant, soumis aux exigences de l'ancien mangemort, mais désormais, il savait que rien ne pouvait être plus faux. Il voulait simplement que l'homme le prenne, encore et encore, qu'il ne fasse plus qu'un avec lui pour l'éternité, qu'il le boive… Oui, qu'il le boive…
Lucius avait dû lire dans ses pensées car alors que les doigts, profondément enfouis en lui, butaient contre cette glande qui envoyait des décharges de pur plaisir dans sa colonne vertébrale, le vampire mordit sa nuque, plantant ses canines en lui. Son sang était aspiré hors de son corps et sa tête tournait dans une brume de plus en plus intense. Il n'en pouvait déjà plus et pourtant, Lucius ne l'avait pas encore pénétré de son sexe.
« S'il te plaît… Je vais… Je vais venir… »
Alors qu'Harry se sentait si proche de sombrer corps et âme, qu'il n'aspirait plus qu'à se laisser emporter par cette vague incommensurable de plaisir que lui procuraient ses doigts au plus profond de lui, son amant stoppa brusquement tout mouvement.
« Lus... »
Le ton du brun était pathétique, implorant. Le vide provoqué par la brusque disparition des doigts l'avait précipité dans un abîme d'envie et de manque tant il désirait appartenir au vampire en cet instant et alors que les mains de Lucius avaient à nouveau rejoint les siennes, enserrant avec force les barreaux de la tête de lit, il sentit la peau si fragile de son intimité être étirée comme jamais. Il le pénétrait avec lenteur, progressant inexorablement en lui jusqu'à le posséder entièrement. Rien ne pouvait être plus intense que ce sentiment de complétude qui l'étreignit alors… Rien… Ils restèrent ainsi, sans bouger, pendant de longues secondes.
« Je t'aime, Harry… »
La voix du vampire était si chaude. Légèrement, le brun tourna son visage pour plonger dans les yeux d'acier qui le scrutaient avec passion.
« Je t'aime aussi, Lus… tellement… »
Soudainement, le vampire se retira avant de revenir en lui si puissamment qu'il hurla comme jamais. Les mouvements du blond se firent à la fois durs et précipités : chaque coup de rein se répercutait au plus profond de son être dans des convulsions quasi électriques et Harry répondait à chaque poussée, tentant désespérément d'accompagner Lucius vers cette prodigieuse petite mort. Le souffle brûlant du vampire contre sa nuque, la sensation de son corps en sueur qui emprisonnait le sien, son prénom répété infiniment dans une litanie sensuelle, tout concourrait à décupler son plaisir mais ce fut quand il sentit le sperme chaud l'envahir et que Lucius s'écroula sur lui en le mordant une ultime fois qu'il se laissa définitivement emporté et sombra dans l'inconscience.
Harry n'émergea des brumes post-orgasmiques que de longues minutes plus tard… Il était fourbu, délicieusement fourbu. Cela n'avait rien à voir avec la fatigue qui l'habitait ces derniers temps à force d'abuser de sa magie de calice même si son corps lui paraissait exagérément gourd, ses muscles raidis, ankylosés, presque douloureux. Il soupira d'aise, en sentant ces doigts, ces mêmes doigts qui l'avaient rendu fou quelques instants auparavant, caresser avec tendresse ses cheveux, encore humides de leur précédent ébat. Il se sentait réellement épuisé, mais si foutrement bien. Il perçut alors le ricanement, un brin moqueur de Lucius qui avait probablement lu ses dernières pensées. Paresseusement, Harry tourna son visage et ouvrit ses grands yeux d'émeraude, son regard se portant instinctivement vers le vampire qui était maintenant assis, adossé à la tête de lit.
« C'était bon…, marmonna Harry, vraiment bon… »
Le gryffondor bougea, juste assez pour frôler de ses hanches le corps de Lucius. Après une première tentative avortée, il se releva finalement, juste assez pour déposer brièvement un baiser sur l'épaule de l'ancien mangemort avant de se laisser retomber lourdement sur le lit aux draps défaits. Il grogna, ce geste lui avait probablement coûté les dernières miettes d'énergie qu'il lui restait. Alors qu'il était sur le point de se laisser à nouveau happer par Morphée, il se sentit submergé par les sentiments contradictoires du vampire, entre inquiétude et agacement. Aussitôt, Harry fixa Lucius d'un air interrogateur et lui demanda après un moment de silence pesant :
« Quoi ? Qu'est-ce que tu as ? »
Lucius ne répondit pas, son regard en disait suffisamment long sur ce qu'il pensait en l'instant. Prenant sur lui, Harry se redressa péniblement. Il enjamba les jambes de son amant afin de se retrouver assis, à califourchon sur les cuisses du blond. Alors que ses mains remontaient sensuellement du torse aux épaules, il se pencha, il embrassa doucement les lèvres froides de l'ancien mangemort, juste un effleurement et après quelques instants, il se laissa aller contre le corps du vampire. Ses doigts cajolaient doucement le long de la clavicule du blond, en vain, tant l'autre homme semblait tendu.
« Tu es toujours en colère contre moi, n'est-ce pas ?
- Oui. »
Bien que se doutant de la réponse grâce au lien, le ton froid qu'employa Lucius fit frissonner Harry. Il avait espéré qu'après ce moment d'une rare intensité, le vampire se serait adouci au sujet de leur désaccord.
« Je t'ai déjà dit que je serai prudent. »
Lucius ne put retenir un reniflement sarcastique :
« Sois sérieux !
- Hé ! Je suis sérieux… »
Le brun s'était légèrement écarté de l'étreinte du vampire et plongea son regard émeraude dans les yeux gris acier de son vis-à-vis. Harry soupira puis front contre front, il murmura :
« Je suis vraiment sérieux. Tu sais bien que je ne vais prendre aucun risque inconsidéré…
- Comme risquer d'être repéré à Sainte-Mangouste par un des sbires d'Ombrage alors qu'elle rêve de te questionner dans un de ses cachots secrets, peut-être ?
- Comme ça, effectivement… », grinça Harry.
Au moins, le calice affichait une mine penaude qui ne manqua pas de satisfaire pleinement l'instinct du vampire. Lucius se pencha alors pour capturer cette bouche parfaite. Un bref instant, il mordilla sa lèvre inférieure puis se détacha presque à regret :
« Je te demande de faire attention…
- Mais, je… »
Le vampire stoppa Harry en posant un index sur ses lèvres et reprit :
« S'il te plaît, laisse-moi finir. Même si j'ai conscience que ta part de calice souffrirait profondément si j'exigeais que tu arrêtes tout immédiatement, je ne vais certainement pas me taire pour autant : je préfèrerai mille fois te savoir ici, en sécurité aux côtés de Teddy, plutôt qu'entre deux patients à Sainte-Mangouste où Drago et toi pouvez être démasqués à tout moment par un des espions d'Ombrage ou pire, un renégat. Tu ne sembles pas avoir pris la mesure de ce qui t'attend dans un cas comme dans l'autre et il est grand temps que tu ouvres les yeux à ce sujet.
- Il faut que tu me comprennes toi aussi, Lus… Je te l'ai déjà dit un millier de fois : j'ai passé l'année de mes dix-sept ans à me cacher de tous pour retrouver les horcruxes de Voldemort. J'ai été attaqué, pourchassé et quand j'ai dû me confronter à lui, je me suis finalement avancé, seul, dans cette forêt avec la conviction que je ne vivrai jamais jusqu'à mes dix-huit ans… Et… Tu sais quoi, j'ai eu dix-huit ans et je n'ai jamais eu autant envie de vivre ! J'ai un homme que j'aime à la folie, un adorable petit bébé loup et je veux un avenir merveilleux pour nous trois… Alors, tu peux me croire, j'ai les yeux grands ouverts sur cette putain de réalité, bien plus en tout cas que tu ne sembles le penser ! Je ne laisserai pas Ombrage gagner, pas plus que Lestrange ! C'est aussi simple que ça.
- Pourquoi faut-il toujours que tu veuilles avoir le dernier mot ?
- Parce que tu m'aimes aussi pour ça… Non ?, questionna Harry, d'un air incertain.
- Ca, c'est ce que tu te plais à croire… Que mon calice écoute de temps en temps ce que je lui dis et ne discute pas toutes mes demandes ne seraient pas pour me déplaire.
- Que mon vampire me fasse confiance ne serait pas pour me déplaire non plus. »
Les yeux émeraude trahissaient clairement l'amertume ressentie par le brun et Lucius s'en voulut immédiatement d'avoir déclenché une nouvelle dispute entre eux. Combien de fois s'étaient-ils déjà opposés à ce sujet ? Beaucoup trop, sans nul doute, et comme d'habitude, Lucius n'était pas parvenu à maîtriser sa partie vampirique : c'était toujours le cas quand il était question de la sécurité de son calice.
« Harry…
- Quoi ? Tu as encore d'autres récriminations à me faire de si bon matin… »
Lucius caressa les cheveux d'Harry, puis lentement, il guida son visage vers le sien d'une pression plus ferme sur sa nuque. Il l'embrassa et quand il sentit que son calice se laissait finalement aller à son étreinte, il susurra contre ses lèvres :
« Je m'inquiète pour toi, mon ange. Tu ne peux pas me le reprocher, c'est simplement dans ma nature, tout comme il est dans la tienne de vouloir soulager la souffrance des autres. Et oui, j'aurai effectivement une autre requête à te formuler : je sais qu'on avait décidé d'attendre que la situation s'apaise pour s'unir selon les lois magiques…
- Tu veux toujours de moi ? »
Harry le fixait avec désespoir et son ton si suppliant ne fit que renforcer Lucius dans ses certitudes : il ne se souvenait plus de la dernière fois où ils avaient discuté ensemble de leur futur, d'eux tout naturellement, sans revenir à la guerre, aux attaques qui se succédaient. Bien sûr, il lui disait qu'il l'aimait, tous les jours, malheureusement, chaque fois, la perfection de ces moments avait été assombrie par les événements qui se précipitaient.
« Harry… Je te l'ai déjà dit, il y a quelques mois, avant même que nous ne finalisions complètement notre lien. Tu es mon calice. Jamais cela ne changera. »
Le brun prit visiblement sur lui pour retenir un sanglot et Lucius l'attira tout contre lui. Il l'embrassa avec toute la passion qui l'habitait pendant de longues secondes, pour le convaincre de la véracité de ses propos. Quand, enfin, le baiser se fit le fantôme de ses lèvres sur celles du calice, il posa ses mains sur les joues brûlantes du gryffondor et força ses yeux émeraude à se plonger dans son regard.
« Harry, mon ange, je t'aime. Alors, oui, je ne vais pas prétendre le contraire : il nous arrivera encore de nous disputer. Au vu de nos caractères respectifs, je dirai même que c'est tout bonnement inévitable mais ça ne veut pas dire que je vais t'abandonner. Je ne te laisserai jamais, tu m'entends… Jamais… Je n'arrive même pas à en envisager ma vie sans toi. Je mourrai avec toi.
- Alors, quoi ?, s'exclama Harry avec un brin de colère dans la voix. Pourquoi veux-tu que l'on discute de notre union magique maintenant ?
- En fait, je voulais surtout que l'on parle de notre famille.
- Notre… Notre famille…
- Oui, de Teddy, surtout. »
L'air interrogatif qu'affichait Harry n'échappa pas à Lucius. Quoi qu'il en dise, son gryffondor était à bout de nerfs, épuisé aussi bien physiquement que moralement, comme en témoignait sa réaction et le vampire se sentit encore plus impuissant de ne pouvoir réellement le soulager.
« D'après le testament d'Andromeda, tu es d'ores et déjà le tuteur légal de Teddy et… Ecoute… Même si j'ai bien conscience que Lupin et Nymphadora Tonks ne m'auraient certainement pas choisi pour élever leur enfant et qu'ils auraient probablement blêmi à cette simple idée… Tu l'as dit toi-même, nous sommes trois maintenant et je voulais profiter de notre union magique pour clarifier la situation concernant notre bébé… que ce soit, disons, plus officiel, enfin, si tu es d'accord, bien sûr ? »
Le visage du brun s'éclaira en comprenant les intentions de Lucius, il s'accrocha à sa nuque, comme s'il espérait se fondre en lui, tandis que le vampire continuait, murmurant, tout contre son oreille :
« J'avais déjà évoqué mon projet et mes intentions avec Drago et j'attendais… En fait, honnêtement, je ne sais pas ce que j'attendais mais j'ai l'impression que nous ne parlons plus réellement de nous et de notre avenir ces derniers temps, seulement des attaques, des reliques, des disparus…
- Chut… S'il te plaît… Je veux juste… Mords-moi. »
Même si Lucius fut un peu désarçonné, il n'en laissa rien paraître et ses lèvres dérivèrent inexorablement du lobe de l'oreille à la naissance de la clavicule d'Harry et doucement, il sentit ses canines percer la peau fine au goût si parfait. Le brun soupira, s'abandonnant complètement dans son étreinte, jusqu'à ce qu'il s'endorme tout contre lui…
Lucius garda son précieux calice contre lui, aussi longtemps que le lui permettaient ses obligations quotidiennes incontournables, mais, finalement, ne pouvant patienter davantage sous peine de se mettre définitivement trop en retard, il repoussa le corps parfait tout doucement, le recouvrant précautionneusement du drap de peur qu'il ne prenne froid et il s'éclipsa dans la salle de bain adjacente. Il se prépara rapidement et revint vers Harry, le réveillant d'un léger baiser sur la bouche. Les yeux d'émeraude papillonnèrent avant de se fixer sur lui.
« J'y vais, mon ange. Severus et Kingsley doivent déjà m'attendre depuis un bon moment. »
Harry frotta machinalement ses yeux rougis de fatigue et maugréa :
« Déjà ?
- Oui. On doit normalement rencontrer un petit groupe de quatre aurors. Tu sais, Jack a parlé d'eux lors de la dernière réunion. Ils se sont rapprochés de lui, et apparemment, ils donnent largement plus de foi à ses dires qu'aux propos de Skeeter et Ombrage. Kingsley pense qu'ils pourraient à terme intégrer l'ordre et nous apporter une aide décisive si nous souhaitons reprendre définitivement le ministère.
- C'est une bonne chose alors…
- Si leur ralliement est sincère, oui, sans aucun doute possible. »
Harry grinça à la remarque de Lucius et posa sa main sur la joue du vampire :
« Tu feras attention, promets-le moi ! »
Lucius ne put retenir un bref rire.
« Je ne risque rien. Je suis immortel au cas où cette idée t'avait échappé jusque là. La seule chose qui pourrait causer ma perte serait qu'il t'arrive quoi que ce soit, tête de linotte… »
Il se pencha un peu plus et d'un ton suintant la menace, il poursuivit :
« Maintenant, tu te reposes. Hors de question que tu ailles où que ce soit avant cet après-midi…
- Ou sinon… », susurra Harry avec provocation.
Lucius haussa un sourcil, amusé malgré lui par le jeu auquel jouait le brun et il ne put s'empêcher de répondre :
« Si tu désobéis, je te jure que ce soir, tu recevras une fessée dont tu te souviendras… »
Un rougissement délicieux s'étala sur les joues pâles de son calice qui rétorqua malicieusement :
« Je me demande bien pourquoi ce que tu me dis ne m'effraie pas le moins du monde…
- Parce que tu es un très vilain garçon, sans doute. »
Harry gloussa et Lucius déposa un simple baiser sur le front du jeune homme, juste au niveau de sa célèbre cicatrice, avant de se relever :
« Je t'aime, mon ange.
- Je t'aime aussi, Lus.
- A ce soir… Et pas de bêtises ! »
Lucius adressa un dernier signe de la main au calice alors qu'il sortait de la chambre et refermait la porte laissant seul le gryffondor. Pendant de longues minutes, Harry se tourna et retourna dans le lit, déstabilisé par la brusque disparition de son vampire après cette nuit et ce début de matinée si intense mais il se rendormit finalement. Il n'émergea de ses rêves confus que de très longues heures plus tard et même s'il se sentait un peu mieux, il ne pouvait nier en observant son visage dans le miroir de la salle de bain adjacente que ses traits tirés, son teint si pâle trahissaient une profonde fatigue. Il avait faim – sans doute que la quantité excessive de sang bue par son vampire ce matin pouvait expliquer le tiraillement désagréable de son estomac.
Harry se prépara donc rapidement et se dirigea ensuite vers le vaste salon du manoir. Il entra et fut aussitôt accueilli par la voix sarcastique de Drago qui arborait un sourire goguenard :
« Enfin… J'ai bien cru que tu ne sortirais jamais de ton lit, beau-papa. Tu as vu l'heure qu'il est…
- Bonjour à toi aussi, Drago, répliqua Harry d'un ton franchement sarcastique.
- Ne devrais-tu pas plutôt me remercier de m'être chargé des permanents, d'avoir fait le point des nouveaux patients de Sainte-Mangouste avec Walter et surtout de m'être occupé de ton fils pendant que tu profitais honteusement de ta matinée ?
- Mon vampire… Donc, ton père, si je ne m'abuse, a exigé que je me repose. »
Comme si cela clôturait tout débat, Harry se dirigea vers la vaste table, surchargée de mets tous plus appétissants les uns que les autres, rejoint aussitôt par le serpentard qui s'installa face à lui. Le brun s'empara d'un énorme muffin à la myrtille, il le dévora en trois bouchées à peine, puis d'un sortilège, il fit apparaître un grand verre du jus d'orange qu'il but d'une traite. Quand Harry s'arrêta enfin après de longues minutes à avaler tout ce qui lui faisait délicieusement envie – ou plutôt – se trouvait à sa portée, il avisa l'air stupéfait qu'affichait Drago.
« Quoi ? », maugréa le brun.
Les joues pâles du gryffondor se colorèrent d'un intense rouge vermillon quand il comprit le cheminement des pensées de Drago qui finit par exploser d'un rire sonore.
« Tu veux peut-être que je vole une potion de régénération sanguine de Sev, histoire que tu récupères un peu plus vite. »
Il se racla la gorge, pas certain que sa voix conserve ses intonations habituelles et marmonna finalement :
« Si ça ne te dérange pas trop…
- Pas de souci, beau-papa… Pas de souci. Je te passe une fiole avant de partir, d'accord ? »
Harry se contenta d'acquiescer à la proposition de Drago. C'était étrange de réaliser à quel point leur relation avait changé au cours de cette année.
Pendant quelques secondes, il songea à leur sixième année à Poudlard, lorsqu'il avait surpris le blond dans les toilettes, pleurant silencieusement devant son reflet. Drago lui était alors apparu pour la toute première fois perdu, désemparé, pourtant, bien qu'il ait été troublé par le désarroi du serpentard, il l'avait attaqué et blessé… Evidemment, il n'avait absolument aucune idée des conséquences du sortilège qu'il avait lancé ce jour-là mais il n'en demeurait pas moins vrai qu'il avait manqué de peu de le tuer.
Tant d'événements avaient bouleversé son univers depuis lors… La mort de Dumbledore, sa fuite pendant des mois avec Hermione et Ron, sa capture par les rafleurs… Le blond n'avait rien dit alors qu'il s'était retrouvé devant eux, il avait prétendu ne pas les reconnaître malgré les cris hystériques de Bellatrix Lestrange. Drago l'avait protégé - contre toute attente selon lui – l'amenant à tout jamais à reconsidérer sa perception déjà bien émoussée du serpentard.
Ainsi, depuis la grande bataille de Poudlard, ils avaient réappris l'un et l'autre à se connaître et aujourd'hui, Harry trouvait réconfortant de se dire que le blond était passé du statut d'ennemi juré à une sorte de confident. Ils partageaient des sourires complices, des instants difficiles au côté des patients de Sainte-Mangouste, devenant au fil des jours et des épreuves, des membres d'une même famille. La demande de Lucius ce matin d'officialiser le lien qui l'unissait désormais à Teddy ne faisait que renforcer les sentiments du brun à ce propos car Drago avait soutenu son père dans cette démarche aux dires de ce dernier. Harry ne put s'empêcher de sourire et murmura :
« Tu seras vraiment un grand frère exceptionnel… »
Drago sembla rougir légèrement avant de comprendre à quoi le brun faisait allusion et il se redressa ensuite fièrement :
« Je sais. »
Harry haussa les épaules, amusé malgré lui par l'air satisfait de Drago qui reprit finalement :
« Alors, il te l'a enfin demandé. J'ai bien cru qu'il avait même renoncé depuis le temps.
- Il m'a proposé, ce matin, de clarifier sa situation vis-à-vis de Teddy en même temps que l'on procédera à notre union magique… C'est un rêve… Ma famille…, marmonna Harry d'une voix chevrotante. Je n'arrive même pas à te dire… »
Le serpentard fixait le brun avec attention dont les yeux émeraude brillaient de larmes difficilement contenues. Drago se releva et prit place tout à côté du gryffondor, posant une main délicate sur son épaule :
« Hé… Ca va aller, beau papa ? »
Harry soupira et acquiesça.
« Oui… Oui… C'est juste que… C'est si dur… J'essaye de faire comme si tout allait parfaitement bien pour que Lus ne s'inquiète pas davantage mais… Chaque jour entre les patients ici et à Sainte-Mangouste, les attaques des Renégats, la campagne de dénigrement de la gazette menée par Sketeer et Ombrage… J'ai parfois l'impression que ça ne cessera jamais et j'ai tellement peur pour Teddy. Il a déjà perdu ses parents, sa grand-mère… Si… S'il m'arrivait quelque chose…
- Ce gosse ne sera pas seul, tu m'entends ! D'abord parce que mon père ne permettra jamais qu'il t'arrive malheur… Ensuite, je sais que je parais être un enfoiré d'égoïste narcissique et je te l'accorde, je le suis probablement souvent, mais, je ne le laisserai jamais si, par malheur, un jour, tu ne pouvais plus t'en occuper… Tu l'as dit toi-même, je serai un grand frère exceptionnel, n'est-ce pas ?
- Aucun doute…, répliqua le gryffondor dans un sourire sincère. Je pense que tu seras le meilleur dans ce rôle, même si je ne l'aurai pas cru, il y a seulement un an de cela. »
Bien qu'il n'en laissât rien paraître, le blond fut plus que troublé par les paroles d'Harry, comme si quelques mots pouvaient effacer des années de rancœurs, de taquineries. Il adressa après de longues secondes de silence un clin d'œil complice au gryffondor et reprit :
« Sur ces belles paroles, beau-papa, je te propose que Damnhait O'Connor et Elgnat Broderick aillent officier à Sainte-Mangouste immédiatement. Comme ça, on sera de retour avant le goûter de Teddy et pour une fois dans ta vie, tu vas être un gentil sorcier bien obéissant et tu ne vas pas contester ma décision. Je me chargerai seul de Lisbeth, Stephen et de la mère d'Hermione et toi, pendant ce temps-là, tu te reposes et tu te consacres uniquement à mon petit frère, d'accord ? »
Harry dodelina de la tête avant de murmurer :
« Merci, Drago… J'aime bien l'idée… Kreattur, Kreattur… »
Presque immédiatement, le vieil elfe apparut dans la pièce où se trouvaient les deux calices, il s'inclina respectueusement, puis, se redressa légèrement :
« Maître Harry m'a demandé… Que puis-je pour vous servir ?
- Drago et moi partons immédiatement pour Sainte-Mangouste. On te confie Teddy jusqu'à notre retour.
- Bien sûr, Maître Harry. »
Kreattur s'inclina une seconde fois avant de disparaître dans un craquement sonore et Drago se leva aussitôt après le départ du vieil elfe :
« Je vais chercher la fiole de régénération et le polynectar dans le laboratoire de Sev… Tu passes aux tentes pour prévenir Granger et Weasley que l'on va à Sainte-Mangouste et qu'ils se chargent de la surveillance des permanents pendant notre absence.
- D'accord et on se retrouve dans le parc dans cinq minutes au plus, ça te va ?
- A tout de suite, Potty. »
Les deux calices ne perdirent pas une seconde de plus et se séparèrent.
Harry se précipita vers sa chambre : il enfila prestement son large manteau noir et attrapa au passage l'écharpe en laine blanche que Madame Weasley lui avait tricotée. Elle était bien trop longue et les franges frôlaient ses genoux. Il avait l'horrible impression de ressembler à un jeune adolescent, trop petit et trop maigre, noyé dans ses vêtements chauds, pourtant, à chaque fois que Lucius le voyait ainsi vêtu, il se plaisait à lui susurrer qu'il le trouvait encore plus « craquant » et « adorable ». Il ne tarda pas davantage, ignorant ostensiblement le miroir en pied il dévala à vive allure les escaliers du manoir et ouvrit la porte d'entrée, se retrouvant nez-à-nez avec Stanley dont les joues étaient rougies par le froid mordant de ce mois de décembre.
« Harry… Qu'est-ce…
- Oh… Stan ! Tu tombes bien… J'allais au campement pour dire que Drago et moi partons à Sainte-Mangouste.
- Pas de souci, je préviens Hermione et Ron et je monte au second ensuite.
- C'est parfait, Rocade, rétorqua la voix cassante de Drago qui venait de rejoindre les deux sorciers à l'entrée du manoir.
- Tu as les… »
Et, sans même attendre qu'Harry ne finisse sa phrase, le serpentard tendit au gryffondor une première fiole et le brun soupira de soulagement en avalant la potion de régénération sanguine bien que le goût âpre lui souleva l'estomac. Il eut à peine le temps de saluer d'un bref mouvement de tête Stanley que Drago l'entraînait rudement à sa suite, en direction du portail en fer forgé de la vaste propriété.
Ils se trouvèrent en quelques minutes hors de la protection du manoir. Le blond tendit alors la seconde bouteille à l'improbable couleur verdâtre puis il décocha un clin d'œil à Harry :
« Cul-sec, Potty ! »
Bien qu'il l'utilisât tous les jours depuis des semaines, des mois même, le brun se mordit les lèvres et avala à contre cœur la mixture infecte de polynectar. Pendant quelques secondes, son corps se tendit et sa vision se troubla jusqu'à qu'il se sente devenir une nouvelle fois Damnhait O'Connor.
« Ca va, beau-papa ? »
Le blond avait cédé la place à un colosse aux reflets cuivrés et au regard bleu ciel. Elgnat Broderick semblait être sorti tout droit d'un match de boxe irlandais, une force peu commune, bien loin de la silhouette élancée et aristocratique du serpentard.
« Oui… ça peut aller…
- Tu es prêt ? »
Harry acquiesça vaguement à la question du serpentard. Avec la menace de plus en plus précise d'Ombrage, Lucius et Severus avaient exigé qu'ils varient quotidiennement leur parcours vers Sainte-Mangouste pour d'évidentes questions de sécurité et aujourd'hui, il revenait au serpentard de les faire voyager jusqu'à leur destination finale. Drago posa donc sa main sur l'épaule d'Harry, les faisant transplaner dans un même ensemble.
Quand le gryffondor rouvrit les yeux, il reconnut aussitôt le quartier de Picadilly Circus. La foule se pressait de part et d'autre, courant vers quelques magasins, à la recherche du parfait cadeau pour les fêtes de fin d'année. Harry se sentit étourdi par l'effervescence de la capitale anglaise. Il n'eut cependant guère le temps de s'appesantir sur la situation car le serpentard invoquait aussitôt le magicobus pour sorciers en détresse et dans les secondes qui suivirent, ils montèrent dans le dangereux transport, parcourant à une allure incroyable les rues londoniennes jusqu'à s'arrêter devant la façade délabrée d'une boutique abandonnée. Ils descendirent et se postèrent face à l'un des mannequins de plastique qui parut s'animer à leur arrivée. Sans qu'aucun des passants ne prêtent attention à eux, ils disparurent simultanément.
« Par Merlin, vous voilà enfin ! J'ai appelé par cheminette le manoir et vous veniez de partir ! »
Harry et Drago n'avaient pas fait plus de quelques mètres dans la célèbre institution de médicomagie sorcière que Walter s'avançait vers eux, en courant. Il semblait affolé, lui qui d'ordinaire, dégageait une sérénité et une bonhommie apaisante.
« C'est terrible… Un cauchemar… La réunion avec le petit groupe d'aurors… »
A suivre…
