Note de l'auteure: Je suis consciente d'être (encore une fois) en retard à la publication de ce chapitre. Pour ma défense, j'étais en Belgique pour l'anniversaire d'une copine (sachant que j'habite à Nice) puis on est allées 3 jours à Disney… BREF !

Voilà donc la suite des événements du côté de Willow; la fin est un peu abrupte, mais je commençais à faire un chapitre trop long. J'ai donc coupé, un peu du genre d'un cut de série américaine, pour passer du côté de l'histoire de Latissa.

Toujours: un grand merci à ceux qui me lisent et me suivent, et des bisous à tous !

Alors que les compagnons commençaient à s'avançait vers l'Est, suivant la route pavé, on les héla dans leur dos.

- Halte-là, voyageurs !

Mordan se retourna tandis que Yugo ne fit qu'un quart de tour, de même que Will, pour masquer leur identité. Et ils firent bien, car l'homme qui les avait interpellés faisait parti de la milice de mercenaires à leur recherche.

La main au pommeau, ils étaient trois à s'avancer vers le groupe, méfiants.

- Veuillez décliner votre identité, ordonna celui plus en avant.

- Ils nous ont reconnu, chuchota Willow. Amber, tu peux…

Ayant parfaitement compris ce qu'on attendait d'elle, la jeune Enutrofe fit tournoyer sa pelle avec habileté et la planta d'un coup sec entre les pavés. Une fissure se dessina jusqu'aux pieds des brâkmariens qui furent comme aspirés par le sol jusqu'à la taille.

- Vite, on s'en va ! fit Yugo en s'élançant vers la forêt d'émeraude.

Ses compagnons l'imitèrent aussitôt et ils entrèrent sous la canopée de pins Sylvestres et d'autres bois plus rares et précieux, mais même s'ils étaient parvenus à gagner un peu d'avance, ils étaient maintenant poursuivis par une demi douzaine de mercenaires.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Mordan sans s'arrêter de courir.

Il sous entendait évidemment un choix à faire: continuer de courir en espérant les semer ou les affronter une bonne fois pour toutes.

- Il faudrait les mettre KO, répliqua Yugo. A pied, on n'est pas assez rapide.

- Non, attendez ! intervint Willow. Ne vous arrêtez pas, je reconnais cette aura.

Les aventuriers couraient en suivant la route principale qui traversait le Fourrée. Au loin, ils pouvaient voir que la route était barrée par un arbre couché. Willow retira son capuchon et appela:

- Liam !

Le groupe ne ralentit pas à l'approche du tronc et passa de l'autre côté avant de s'arrêter une dizaine de kamètres plus en avant. Lorsque les mercenaires enjambèrent à leur tour l'obstacle, des balles vinrent rebondir et ricocher sur leurs armures, certaines les blessant mortellement. Au sol, une bombe explosa et fit voler les brâkmariens en arrière, assommant au passage deux d'entre eux. Trois se relevèrent, prêts à en découdre avec les pillards qui osaient leur tendre ce guet-apens. Brusquement, une petite bombe ovale roula à leurs pieds et se mit à diffuser une épaisse fumée âcre.

La Confrérie assistait à ce spectacle, à la fois fascinée et contrite par l'organisation dont faisaient preuve les Roublards (car il s'agissait bien de ces voleurs). Tandis que l'on toussait dans les rangs ennemis, les coups bas et fourberies les frappèrent dans leur dos, les assommant pour de bon sans possibilité de riposte. La fumée se dissipa lentement, laissant apparaître les silhouettes fières des brigands.

- Haha ! C'est pas la prise que j'espérais, mais c'est pas mal ! s'exclama Liam en s'avançant vers la Confrérie.

Derrière lui, ses acolytes commençaient déjà à fouiller les corps inertes des mercenaires, leur dérobant le moindre objet de valeur, de la bourse à l'épée, et même une paire de bottes comme neuve pour l'un d'entre eux.

- Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il une fois arrivé à leur niveau. Et où est ma Iop préférée ? ajouta-t-il en avisant que seule la moitié de la troupe était présente.

- Ce sont les hommes de Suserc, l'informa Yugo en désignant les corps au sol. Visiblement, il a remarqué qu'il lui manquait quelque chose.

- Et on a été séparé des autres à cause d'eux. On doit justement atteindre le port de Tonkult, acheva Willow.

La vérité avait été enrobée mais l'essentiel était dit. Liam devinait qu'on lui masquait une partie de l'histoire, mais il avait assez de jugeote pour deviner que les Chercheurs étaient sur la piste d'une nouvelle Relique, en témoignaient leur groupe scindé en deux et la présence de cette nouvelle recrue, sous les traits de la jeune Huppermage avec eux.

- Ok, mes gars et moi, on va vous accompagner.

- Pourquoi faire ? cracha Mordan en fusillant le Roublard du regard.

- Oh, Mordan ! Que de méfiance ! minauda le voleur. Sache que je vous respecte trop pour oser vous voler… Et puis, nous aussi, nous étions sur le point de quitter Bonta. Trop de miliciens et trop de mercenaires.

Au delà de la bonne action, Liam et son groupe de Roublards voulaient surtout éviter de se faire attraper pour leurs activités illégales et l'opportunité de voyager avec deux Eliatrops surpuissants était bien trop belle pour ne pas la saisir.

En outre, les Roublards semblaient connaître d'autres sentiers pour traverser la forêt en toute discrétion et plus rapidement que par la voie usuelle. La confrérie tirait aussi quelques avantages à se joindre à eux.

- Qu'est-ce que vous faites à Bonta, demanda Willow tandis que le groupe se mettait en marche.

- Quelques emplettes, répondit le Roublard sur un ton léger.

- Vous détroussez les gens, conclut-elle avec une mine faussement courroucée.

- C'est ça !

Elle éclata de rire sous les regards outrés de Amber et Misty, charmée par l'humour corrosif et la franchise de Liam.

- Je croyais que tu voulais te ranger, continua-t-elle.

- C'est ce que j'ai fait… du moins, partiellement, ajouta-t-il devant son air dubitatif. Je ne vole plus que les riches et les mercenaires, j'en garde une petite partie et je distribue le reste aux personnes qui en ont le plus besoin.

- C'est une reconversion assez inattendue mais je dois dire qu'elle te va bien.

Liam eut un sourire qui n'avait rien à voir avec ceux, facétieux et moqueurs qu'ils servaient habituellement. L'ouverture d'esprit dont la jeune fille avait fait preuve à Brâkmar lui avait permis d'aller de l'avant et de se lancer dans ce sauvetage de la veuve et l'innocent. Il ne l'avouerait jamais mais c'était grâce à elle qu'il en était venu à mener ce combat et ça lui plaisait beaucoup.

- Tu m'as l'air… Beaucoup plus heureux que la dernière fois que nous nous sommes croisés, ajouta-t-elle.

- Je pourrais dire la même chose, répliqua-t-il. Bon, excepté la milice de Suserc qui vous colle au train, tu sembles… différente.

Elle eut un sourire en coin, plus adressé à elle-même qu'au Roublard.

- J'ai décidé d'aller aussi de l'avant et de ne plus me cacher derrière de faux prétextes. Nous avançons laborieusement mais sûrement dans notre quête. Nous grossissons les rangs de la Confrérie et tout se passe à merveille avec Yugo. De quoi devrais-je me plaindre ?

- Et bien, et bien ! j'ai affaire à Madame Risette, on dirait, se moqua gentiment le voleur.

Ce fut donc à l'image de cette conversation joyeuse et légère que le groupe parcourut la forêt, à l'ombre des grands Pins Sylvestre, dont les hautes branches protégeaient les voyageurs de la fine pluie qui se mit à tomber. L'humus à leur pied était légèrement mouillé de l'humidité qui régnait sur cette partie du continent et par conséquent, cela rendait leur déplacement silencieux. La faune dans ce milieu n'était pas très variée, mais aussi pas très véhémente: les abraknydes restaient enracinés dans la terre, tandis que les araknes tissaient leur toile en hauteur, attendant patiemment que leur proie se jettent d'elles-mêmes dans le piège.

Étrangement, l'ambiance n'était ni pesante, ni bruyante. Seuls quelques gazouillis d'oiseaux ou les stridulations d'insectes se faisaient entendre, s'arrêtant nettes à l'approche des intrus.

De temps à autre se détachaient les longues feuilles rosées des Charmes, sorte de saule pleureur à la beauté romantique, que venaient contraster les Sureaux Sanguins et leurs branches pointues et sombre, dépourvus de feuilles mais enguirlandés de filins de Wakfu.

A la tombée de la nuit, les aventuriers bivouaquèrent dans un espace assez restreint, n'ayant pas trouvé de clairière assez grande et prompte à accueillir un campement digne de ce nom. Alors que l'on finissait un repas frugal devant un feu crépitant, Willow reçut une nouvelle prière.

- Ah ! fit-elle en surprenant tout le groupe. Latissa et les autres sont en chemin; ils passent par les marais…

- Ils font le grand tour ? s'étonna Mordan.

- Ils ont des dragodindes. On devrait les retrouver demain, vers midi. Nali me demande de trouver une embarcation direction… Bilbiza.

Sans crier gare, tous les Roublards réagirent, les uns en se redressant soudain, les autres sautant sur leurs pieds, Liam ne faisant pas exception.

- Vous comptez vous rendre à Bilbiza ?! s'écria-t-il, un sourire dément et des étoiles plein les yeux. Considérez alors que vous êtes sous bonne escorte ! Hey, les gars ! cria-t-il à ses compagnons. Une retraite au soleil, ça vous dit ?

Tandis que l'assistance des voleurs s'esclaffait en hourra et en autres onomatopées de joie, les Chercheurs de Reliques se lançaient des regards dubitatifs. Yugo demanda la raison d'une telle destination, masquant difficilement son inquiétude. Bilbiza, sous couvert d'être une destination de vacances paradisiaques, servait de repère, pour ne pas dire de plaque tournante, à tous les contrebandiers du Monde des Douze. Rares étaient les vraies touristes à profiter innocemment du festival de musique Coajelly.

- Je vais essayer de lui demander, fit Willow en fermant les yeux pour se concentrer.

- Je croyais que tu ne pouvais pas répondre aux prières.

- On a réussi, quand nous étions à Sipseth, mais avec d'autres, ça ne fonctionne pas… répondit l'Eliatrop à la place de sa compagne.

- Pour l'instant je n'ai réussi à véritablement communiquer à distance qu'avec Yugo et Morgan.

Fermant les yeux, la jeune femme se tint immobile, concentrée, pendant une longue minute.
En ouvrant de nouveau les paupières, Willow surprit tous les regards posés sur elle, dans l'attente d'un résultat de cette expérience télépathique. L'Eliatrope secoua la tête, gênée et déçue de cet échec.

- Peut-être que tu ne connais pas encore suffisamment Nali ? proposa Yugo pour la consoler.

- Moi ! s'écria un grand Roublard costaud. Essaie avec moi ! J'ai toujours voulu parler par l'esprit !

D'abord surprise, Willow accepta finalement en riant, touché par l'enthousiasme de l'homme.

- D'accord, je vais essayer. Par contre, je ne connais pas ton prénom…

- Je m'appelle Xard. Maintenant, vas-y ! Parle-moi dans ma tête, dit-il en s'installant face à elle le dos droit.

Jouant le jeu, Will fit de même et envoya un message tout simple :

"Quel est ton plat préféré ?".

- Je n'en ai pas, je mange de tout avec appétit quand j'ai faim, répondit Xard à haute voix.

S'en rendant compte, ses yeux s'écarquillèrent de même qu'un large sourire. Il se mit à rire frénétiquement en la pointant du doigt et en lançant des regards à ses compères.

- Vous avez vu ça ?! On communique par l'esprit ! s'écria-t-il avant de rire à gorge déployée.

Son hilarité surprit la Confrérie des Chercheurs de Relique qui, pourtant, se joignirent bientôt à sa joie.

- Attends, j'essaie à mon tour, dit-il en se concentrant soudainement.

Willow entendit alors dans son esprit un message confus tourner en boucle:

"Tu m'entends ? Tu m'entends ? Tu m'entends ? Tu m'entends ?"

Et elle y répondit avec un sourire:

"Oui je t'entends !"

Encore une fois, Xard partit dans un éclat de rire tonitruant, bientôt rejoint de tous ses camarades voleurs et ses nouveaux compagnons de voyage.

Ainsi l'on s'endormit sur cette note plus légère, l'esprit un peu moins tracassé de se savoir pourchasser par une milice brâkmarienne.
Le lendemain, dès l'aube naissante, les Roublards s'éveillèrent et effacèrent toute trace de leur passage. L'on enterra le feu, l'on éparpilla à les feuilles au sol, et surtout, l'on prit bien garde à ne rien oublier sur le lieu du campement, pas même un os de piou, ni même une miette de pain. Rien qui ne pourrait garantir à leurs poursuivants qu'ils étaient passés par là.
L'équipe de Willow les avait regardé faire, encore hébétée de cette nuit trop courte. Il était impressionnant de constater que les Roublards n'étaient pas que de simples voleurs profiteurs mais bien des professionnels de la gâchette, des pièges et des explosifs, ainsi que de la dissimulation et de la discrétion.
Le ménage ainsi fait, les deux compagnies partirent d'un pas léger à travers la forêt encore humide de rosée matinale. Durant la route, un silence serein accompagnait les aventuriers, que les bruits de l'environnement rendaient plus paisible encore.

En milieu de matinée, ils avaient atteint les quais. Le soleil brillait alors par intermittence, disparaissant parfois derrière d'épais nuages gris épars. Le trajet en mer risquait d'être couvert et lourd, d'autant plus en descendant vers l'équateur du globe, dans les régions chaudes et humides où il pouvait pleuvoir des cordes par trente-trois degrés Celsius au petit matin.

Les Roublards s'éparpillèrent, tantôt pour jouer à des jeux de hasard, espérant gagner quelques mises audacieuses, tantôt trouvant la compagnie d'un petit-déjeuner composer de tartines salés et de bières -et de jolies serveuses accessoirement. Liam resta auprès du groupe et les invita à le suivre à bord d'un trois mâts, bien entretenu pour un bateau de pirates. Evidemment, l'apparence et les manières de l'équipage ne manquait pas de trahir la véritable activité de ce navire. En outre, Liam semblait connaître la capitaine du Black Stasis; une belle Xélore aux longs cheveux chatains émaillés de tresses et de décorations en tous genres.

- Worraps ! Tu as l'air en pleine forme ! la salua le voleur en s'approchant de la dunette.

- Verakot. Toujours vivant ? rétorqua-t-elle en descendant les escaliers menant au pont. Qui sont ces personnes ?

Elle désigna, tout sourire perdu, le groupe de Willow et Yugo, resté en retrait. Liam s'interposa entre eux et le Capitaine Swan, mimant une attitude charmeuse et mielleuse.

- Des potentiels clients, répondit-il. Si, bien sûre, tu fais toujours le trajet jusqu'à Bilbiza.

La Xélore agrippa une des nombreuses cordes du gréement et prit un moment pour réfléchir et juger du regard les intrus sur son bâtiment tout en se balançant légèrement d'avant en arrière. Le silence de cette femme insolite ne laissait pas de déstabiliser les Chercheurs de Reliques et chacun était suspendu à ses lèvres, attendant le verdict de cette intense réflexion. Finalement, la réponse tomba, n'étant pas celle à laquelle ils s'attendaient.

- Le trajet ne sera pas gratuit, et je ne veux pas d'argent, mais des objets de valeurs.

Le ton était volontairement mystérieux, comme si elle cherchait à se donner de l'effet, et son sourire en coin acheva d'inquiéter les aventuriers. Willow s'adressa directement à Liam, tentant d'entrer en négociation.

- Liam, si tu n'as rien de mieux à proposer, nous allons trouver nous-même un bateau pour aller jusqu'à Bilbiza.

- Ouais, de préférence un navire réglo', pour une fois, ajouta Mordan.

- Oh, mais vous ne trouverez personne pour vous emmener là-bas, intervint le Capitaine d'une voix lugubre. L'île de Bilbiza n'est pas une destination touristique, ni le lieu pour exercer ses pouvoirs d'aventurier débutant. On y va comme on se rend dans la Shukrute: avec une bonne, une très bonne, raison. Mon prix est dérisoire, et, permettez-moi de le souligner, le seul qui vous a été proposé jusqu'ici.

Ses points sur les hanches, sa posture faisait penser à celle de Latissa, lorsqu'elle voulait se donner l'allure d'un Chef de Guilde. Les Chercheurs de Relique se lancèrent des regards et d'un commun accord, acceptèrent la proposition de cet étrange capitaine.