Janvier 1996


- Ahahahah, mais quel gros ahuri ce Xeno' ! S'exclame mon père en déboulant en trombe dans ma cuisine.

Je ne m'étonne même pas de le voir s'incruster : à tous les coups, il s'est encore évadé du manoir familial.

Depuis qu'elle a vu la dégaine de Lucius Mille-feuille, ma mère s'imagine que tous les hommes devraient être aussi mince que lui et le force à faire des régimes.

- Qu'est-ce qu'il a fait ? Je me contente donc de demander tandis qu'il continue de rigoler.

- Ahah... Attends tu vas voir...

Il cherche un instant une chaise, puis n'en trouvant pas il pousse Freddie de la sienne et s'assoit d'autorité à sa place. Freddie le regarde ouvrir bien en gros son exemplaire du Chicaneur, la bouche ouverte et les yeux grands ouverts, sa tasse de café fumant à la main. Il ne dit rien pendant quelques secondes et mon père finit par relever ses yeux vers lui, étonné.

- Bah alors, qu'il fait. Reste pas planté là comme un botruc ! Assieds-toi !

Freddie ouvre la bouche, s'apprête à répliquer. Il se fait rapidement couper par mon père qui se redresse et lui arrache sa tasse.

- Merci mon petit !

Il se met à boire goulûment dedans, se met bien à l'aise sur la chaise de Freddie. Celui-ci finit par grommeler quelque chose et s'empresse de s'éloigner en traînant des pieds.

- Tous des dingues dans cette famille... Et chez moi en plus ! ... Chez moi !

La porte de la cuisine claque et mon père n'en attend pas plus pour se tourner vers moi comme si de rien, son Chicaneur sous les yeux.

- Quel soumis, nous commentons alors d'une même voix.

Et quoi ? Si je peux même plus critiquer mon conjoint alors où va le monde je vous le demande !

Je vais vous le dire moi, la dynamique familiale, elle s'attire en s'engueulant : plus ça s'engueule, et plus ça baise, c'est bien connu !

Alors a un certain âge, quand la routine s'installe, ça vaut toujours bien mieux de foutre un peu de merde par-ci par-là histoire de raviver la flamme.

Bon, après, c'est une technique subjective, hein. Il y a des couples qui s'engueulent et pour qui le cul ne rentre pas dans une logique des choses.

Mais c'est qu'ils n'ont pas écouté mes conseils, voilà tout !

- Ahah, écoute ça ma petite Jamie, embraye mon père sans attendre de réponses, tandis que je commence à me faire une tartine, c'est tout frais de ce matin ! Pas plus tard que hier soir, il commence à me lire derrière son journal, dans la nuit de lundi à mardi, le célèbre pénitencier d'Azkaban s'est vu assisté à un exode massif de ses pensionnaires-

Je m'apprête à commenter mais sous le coup de la surprise, mon couteau à beurre dérape et je manque de me l'enfoncer dans la gorge.

- Une évasion ? Je fais alors les yeux ronds comme des billes. Mais euh... de qui ? De gens dangereux ? Ou des copains ?

Pas que j'aime m'associer aux individus malhonnêtes mais.

Que voulez-vous, c'est tous mes amis d'enfance qui sont enfermés !

Et comme j'en ai déjà pas beaucoup en temps normal... Bon, je ne vais pas faire ma difficile sur ceux qui restent.

- Oui attends, y'a une photo de groupe, tiens voilà, il me balance en sortant cette fois-ci une page de la gazette de sa poche, pliée dans tous les sens.

Je la déplie précautionneusement et découvre bientôt une photo souriante de cette chère Tritrix et encore une autre, plus lugubre, de mon petit Kiki. Ses yeux sont perdus dans le vague et il semble bien s'emmerder dans son cadre. Sous son portrait, écrit en tout petit, on peut lire : "Bakary Parkinson. Condamné pour avoir tué et torturé des moldus'.

Bon, je vous l'accorde, ça jette un petit froid sur le moment mais après euh... on s'habitue !

Ou pas.

Moi par exemple, j'ai beau être égoïste, bon bah c'est pas pour autant que je cautionne le meurtre. Mais j'essaye de relativiser en me disant que ces gens qu'ils a tués, bah je ne les connaissais pas. C'est con à dire mais les gens qui meurent et qu'on ne connaît pas, on a moins tendance à s'en préoccuper, vous ne trouvez pas ? Donc bon. Voilà.

Je reconnais vaguement quelques portraits plus bas la gueule de dépressif de Rabastan Lestranges, mon ancien capitaine de Quidditch, et relève finalement les yeux vers mon père qui continue sa lecture.

- Cornelius Fudge, il babille tout en grimaçant, ministre de la magie, a confirmé que dix prisonniers sous haute surveillance s'étaient évadés hier en début de soirée et qu'il avait déjà informé le Premier Ministre moldu du caractère dangereux de ces individus. Cette affaire, aussi particulière soit-elle, n'est donc pas sans rappeler la précédente et spectaculaire évasion du dénommé Sirius Black-

- Ah parce que lui aussi on en parle ? Ahaha ! Spectaculaire, faites-moi rire, faut pas non plus être neuneu, avec un bon plan et tout je suis sûre qu'on peut très bien en trouver la sortie de ce truc là !

Et tiens, en parlant de Black, savez-vous que quelques jours à peine après son évasion il m'a envoyée un hibou anonyme ?

Histoire de me remercier pour les magasines de cul. Et clamer son innocence...

... Il devait tellement être désespéré de ne trouver du soutien nulle part qu'il m'a même demandée de venir le rencontrer sur la tombe de Regulus, vous vous rendez compte ?

Bon bah, comme on devait s'y attendre j'y suis jamais allée. Déjà parce que je n'aime pas les cimetières, et ensuite parce que les Aurors s'étaient mis en tête de me coller au train tout l'été. Rapport à ce que j'envoyais chaque année des cartes à Black et que j'aurais pu l'héberger chez moi... Ou encore que j'aurais entretenu certaines relations avec lui...

Oui bah, évidemment il n'ont trouvé personne à part Ryan qui déambulait en slip de bain dans le jardin.

- ... les deux affaires ne sont pas sans rapport, et laisse donc à supposer l'existence du concours de Black dans cette évasion pour le moins très malvenue. La cousine de Black, Bellatrix Lestranges, figure en effet parmi la liste de nos individus suspects, et se serait rassemblée, avec l'ensemble de ses compagnons, autour de Black lui-même, qu'elle considère comme son chef.

- Comme son chef... Ahahaha ! Si Tritrix lit le journal, elle doit s'en retourner d'être associée à ce babouin !

- Pourtant, personne n'est sans savoir depuis notre numéro de septembre que Sirius Black n'est autre que Stubby Boardman-

- De qui ?

- Le... Le chanteur des Croque-Mitaines, lit mon père en posant son Chicaneur à plat sur la table et en se penchant pour mieux lire l'article. Tiens, connais pas, il commente après un temps de silence en redressant la tête, pensif. Tu connais toi ?

- Non. Et d'ailleurs je l'aurais su quand même si Black avait été chanteur !

Ce qui m'étonnerait parce que je l'ai déjà entendu chanter sous la douche et je peux vous dire que ça ne ressemblait pas à grand chose. Il aurait fait une chorale avec Potter qu'il en aurait fait péter les vitres, tiens !

Nous restons un instant à fixer nos tasses et mon père finit par reprendre sa lecture.

- Après avoir injustement été condamné à la prison des sorciers - ahaha, note le injustement, c'est là que ça devient intéressant ! - Stubby-

- Tu veux dire Sirius ?

- Non non Stubby, ça fait parti du délire, Stubby, donc, est une nouvelle fois victime de l'incompétence du ministère, qui met actuellement tout en œuvre pour lui faire porter le chapeau. Alors, fruit d'une erreur judiciaire ou simple entourloupe du ministère, qu'en est-il réellement ? Dans ces heures sombres, l'ensemble de la communauté magique de Grande Bretagne commence à souffrir des mensonges de l'administration-

- Ah ça il fait bien de le dire ! Ça fait des mois qu'on a promis de me rendre mon certificat de Transplanage mais est-ce que je l'ai revu ? Non bien sûr que non !

Tout ça parce que j'ai transplané une fois un petit peu bourrée devant un moldu débile !

- ... et la question finit par se poser. Doit-on faire confiance au ministère ? Il est de plus en plus coutume de voir l'administration se laisser corrompre par les pots-de-vin de certains de nos concitoyens-

- Pour ne pas citer les mille-feuilles, oui. Toujours plein de fric ceux-là, je suis sûr que Lulu est proxénète.

- ... et l'existence d'une coopération entre Cornelius Fudge et la mère des Détraqueurs n'est plus à négliger.

- La mère des Détraqueurs ? Ça existe ça ?

- Faut bien qu'ils sortent de quelque part.

Ah oui ça se tient.

.. Mais alors qu'est-ce que ça veut dire cette histoire de coopération ? Ils couchent ensemble ?

- Ahah ! Rigole tout à coup mon père. D'après Xéno, Fudge voudrait, et je cite : lancer les Détraqueurs à nos trousses, et nous asservir comme aurait pu le faire Celui-dont-on-ne-doit-pas... et blablabla, tu vois le truc. Et attends c'est pas fini, il babille en ouvrant son chicaneur à une autre page. Écoute ça : Rare sont ceux qui le savent, mais le directorat pénitentiaire pratique depuis maintenant de nombreuses années des expériences sexuelles-

- Ah oui ?

Ahah, moi qui croyait que Black n'avait pas tant d'occupations que ça quand il y était !

- ... sur une petite majorité des pensionnaires d'Azkaban. Selon nos sources, ces expériences, pratiquées dans l'illégalité mais encouragées par le ministère, sont impropres aux Lois Universelles des Sorciers de 1722, mais continuent à se faire valoir dans les plus bas fonde de notre réputé prison. Il ne serait donc pas étonnant que le ministère, ayant besoin d'un plus grand champ expérimental, se soit permis de livrer à la science ses plus dangereux détenus. De l'opinion général, ces individus mériteraient bien ce sort, mais l'humanité doit-elle pour autant négliger ses valeurs les plus fondamentales ? Ahahaha ! Quel taré, mais quel taré !

- Qui donc, qui est taré ? Questionne Ryan en refermant la porte de la cuisine derrière lui.

- Xenophilius Lovegood, je réponds tandis qu'il se sert tranquillement dans mon frigo.

Il ne se gène pas pour en sortir tout un pack de yaourts aux fruits et comme une machine il se met à tous les ouvrir d'un mouvement sec.

Oui, oui, je dis bien tous.

Les six yaourts.

...

C'est un gros consommateur vous comprenez.

Mais vous me direz, il se fait tellement malmener par tout le monde qu'en ce qui le concerne, ça en devient une nécessité d'avoir les os costauds.

- Tiens, je lui fais tandis qu'il commence à s'enfiler son premier yaourt en enfonçant sa cuillère dans l'un des pots, tu savais toi qu'il y avait eu une évasion à Azakban cette nuit ?

- Hun hun ? Il me fait les yeux dans le vague tout en incantant une chaise et en s'asseyant à nos côtés.

Il se met à manger avec un sourire niais comme s'il se foutait totalement de la suite de l'histoire mais son regard finit par tomber sur la page déchirée de la gazette. Plus précisément, sur le portait de Kiki, qui à défaut de se faire chier dans sa cellule continue à faire craquer ses jointures.

La connexion ne tarde pas à faire.

Le yaourt de Ryan tombe à plat sur le sol et je le vois se lever de son siège avec précipitation.

- Bah tu vas où ? Je fais étonnée en le voyant chopper tout ce qui passe à côté, à commencer par ma réserve de yaourts et mes quelques paquets de céréales.

- Dans mon bunker ! Il me répond avec hystérie.

Il coince deux bouteilles de lait derrière sa ceinture, le corps tout tremblant comme s'il s'apprêtait à repasser ses examens - la dernière fois qu'il a dû en passer un, il a failli en faire un ulcère.

- Dans mon bunker ! Il répète alors de nouveau. Pour toujours et à jamais. On n'est plus en sécurité dans ce pays !

Et il s'en va en courant, brassant l'air de ses poings telle une otarie en rut, l'air de craindre une attaque terroriste surprise.


- Maitlesse Jamie ?

- Quoi ! Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Marre de ces elfes ! Savent rien faire d'eux-même. 'Toujours besoin d'aller prendre des directives !

Mais je vais vous le dire moi, y'a bien un moment où il faut prendre des initiatives !

- Y'a oune tlouc bizalle qui lode dépouis t'à l'heule dàns lé yaldine !

- Un truc bizarre ? Ouais, un chien tu veux dire.

L'autre jour encore y'en a un qui s'est pointé devant la porte alors que je rentrais du travail.

Mais quoi ? Il s'attendait à ce que je lui offre des chapelets de saucisses ?

Je l'ai reçu avec des cailloux, oui, vous pensez bien.

J'aime pas ça les chiens. Ça pue, ça te renifle le cul, et ça fait que d'aboyer.

C'est chiant, tout simplement !

- Non non, celoui-là, c'est pas oune chienne, maitlesse Jamie ! Y'en souis soule !

Un elfe bourré manquait plus que ça.

- ... C'est que'que chose... Oune solte dé clochald !

- Un clochard ? Tu parles ouais ! A tous les coups c'est encore Kevin qui se camoufle pour faire ses conneries tranquillement !

Ah ça ! Je savais que j'aurais dû acheter un singe pour le virer de ma propriété à coup de cacahuètes dans la gueule !

M'étonnerait même pas qu'il soit en train de creuser une tranchée dans mon jardin, cet abruti !

- No non, c'est-

- KEVIN ! Je gueule en ouvrant férocement ma porte, mon ancienne batte de Quidditch à la main. JE SAIS QUE C'EST TOI ! ALORS TU VIRES DE CHEZ MOI OU JE TE FLANQUE LA ROUSTE DE TA VIE !

Pas de réponses.

- KEVIN ? Je gueule encore. Attention hein ! Joue pas au con avec moi ! Dernier avertissement !

Mon elfe continue de trotter dernière moi en jurant en espagnol, et je descends d'un pas prudent mon palier. Je fais le tour de ma maison, l'œil aux aguets. J'aperçois finalement une forme se dandiner derrière les buissons et ni une ni deux, je me jette dessus en poussant un cri de guerre.

Sur la forme qui se dandine hein, pas sur le buisson.

Je ne suis pas complètement con non plus.

...

Quoique.

[...]

- Bon mais comment j'aurais pu savoir que c'était toi, moi ? T'es rentré chez moi comme un voleur, et en plus avec ton imper bizarre, non mais tu t'es vu ? Un vrai pédophile ! Non, non, parce que mais faut le dire hein : t'as une de ces tronches !

- Quoi ? Quelle tête ? Me rétorque Kiki d'une voix mauvaise, l'arcade sourcilière en sang et un bleu sur la mâchoire.

Je l'ai pas raté.

Il me suit d'un pas raide jusqu'à chez moi, sa tête se tournant et se retournant dans tous les sens pour s'assurer que personne ne nous voit.

- Bah... J'en sais rien mais plus que d'habitude, hein ! Je réponds en me dandinant. T'as toujours eu une mine effroyable mais là... j'sais pas si c'est la lumière du jour mais on dirait que t'es mort.

- Tu viens de me frapper et je sors d'Azkaban, il me réplique d'une voix sèche. Désolé de ne pas être à la hauteur de tes attentes.

Et il n'en attend pas plus pour m'écarter de son passage et rentrer chez moi comme si de rien n'était à la façon de mon père.

- Ouais bon, je babille donc en le suivant. Je suis compréhensive, hein. Mais quand même. S'incruster comme ça chez les gens, sale gueule ou pas crois bien que t'aurais pu y passer ! Parce que figure toi que moi je connais une technique pour tuer trois hommes en un coup rien qu'avec des feuilles mortes ! Alors là, t'étais tout seul, bon, t'as eu bien de la chance.

Mais sachez qu'avec mon don pour bricoler des épées d'ortie le combat aurait vite été gagné !

Kiki me renvoie un regard dédaigneux, tout en commençant à poser le peu d'affaires qu'il a dans un coin de l'entrée.

- T'as vraiment pas changé, il me lance finalement après un moment en me tendant son imper.

'Sais pas comment je dois le prendre...Il veut parler de ma gueule ? Non non, parce que c'est vrai, je tends à facilement me conserver et ça c'est plutôt bien !

- Toi en revanche, je lui fais donc pour relancer la conversion, t'as maigri et perdu du muscle. On dirait Kevin !

Il prend une moue vexée et s'apprête à répliquer mais la dite-sangsue surgit soudain de par la fenêtre entrouverte, une de mes poêles à la main.

- AHAH ! JE TE TIENS PARKINSON !

Kéké s'agrippe à lui comme un koala à son arbre et tente de lui faire une clé de bras mais c'est sans compter la force légendaire de Kiki qui le retourne comme une crêpe sur le sol.

Et ils continuent à se chamailler comme si de rien.

Chez moi.

...

- Dites donc c'est quoi ces manières ? Je finis donc par faire remarquer en tapant du pied, énervée. Je ne vous ai pas donné l'autorisation de vous battre dans ma maison que je sache !

- On s'en fout, fait Kiki.

- Il a ficelé mon fils à un lampadaire ! Gueule Kevin au même moment en agitant ses pieds dans le vide.

Oui oui, vous avez bien entendu, le petit Kevin a bien grandi en quatre ans et mène maintenant une petite vie de famille !

Par contre, de là à vous dire comment il s'est arrangé pour se trouver une vache à lait, ça c'est plus compliqué. Mais entre nous, je suis quasiment sûre qu'il a mis sa femme sous imperio, parce que pour vouloir terminer sa vie avec ce sociopathe il faut vraiment être maso.

Ou en vouloir pour son fric.

- C'est pas ma faute s'il a hérité de ta gueule ! Se justifie Kiki.

- Dois-je comprendre par là que c'est à moi que tu...

- C'EST PAS BIENTÔT FINI CE BORDEL ? Je les interromps en hurlant.

Ça a pour mérite de les calmer puisqu'il se taisent et se relèvent, l'air penaud.

Je leur jette un regard méchant et retends son imper à Kiki.

- Toi, va mettre la table, je lui ordonne d'un ton dur.

- Mais..

- SILENCE ! Tu vas dans ta chambre et tu dis rien !

Je sens qu'il s'apprête à me faire remarquer la contradiction mais il finit par se rétracter sur lui-même et s'en va aussi sec.

Comme quoi, en tant que mère, on apprend vite à savoir se faire respecter !

Là-dessus je me tourne vers Kevin qui me fixe d'un air hargneux et le ramène à grands pas vers ma porte d'entrée.

- Je te préviens, il commence tandis que sa moustache se met à frémir, s'il recommence à persécuter mon fils ça va mal finir !

Et sa moustache je me suis toujours demandée d'où ça lui venait.

- Il a deux ans !

Non parce que c'est moche il faut le dire.

- C'est pas un objet !

Et dépassé.

D'ailleurs, je ne comprends toujours pas les gens qui persistent à vouloir garder la moustache. Qu'est-ce qui les poussent à faire ça ? La flemme de se raser ? Un sentiment d'insécurité ?

Si on devait faire une analogie par rapport à l'épilation du maillot je dirais bien que je comprends mais quand même.

Une moustache, quelle idée !

- M'en fous, je grince. T'as intérêt à réparer ma poêle. Elle est toute cabossée maintenant.

- Ahah ! Tu peux courir oui ! Ce n'est qu'un juste retour des choses.

- Et le : décarre tes miches de chez moi ou j'te crame la moustache, c'est plus concret pour toi ?

Il me regarde l'air de se demander si je rigole ou pas. Puis son regard passe sur moi et je peux apercevoir une petite lueur de déception dans ses yeux.

- Il est désolant de constater que malgré toutes ces années tu es toujours aussi immature, Moonheart, il commente d'une voix lourde avant de repartir chez lui de sa démarche militaire habituel.

...

Et quoi ?

Bon.

S'il croit que ça me fait quelque chose il se met le doigt dans l'œil ! Merde alors, je suis tout ce qu'il y a de plus mâture !

Je claque ma porte derrière moi et m'en retourne retrouver Kiki dans la salle à manger.

Et là, croyez-le ou pas...

Il se met à renifler, les doigts serrés convulsivement sur un paquet de chips.

...Comme quoi.

L'émotion du premier paquet n'est pas à négliger en ce qui concerne certaines personnes...

Je me racle la gorge pour l'avertir de ma présence, mais non, loin d'être gêné comme il devrait l'être, il relève sa tête vers moi et se met à pleurnicher bruyamment.

- Ma vie est foutue Jamie, il m'annonce d'ailleurs d'une voix parcourue de hoquets. J'ai nulle part ou aller, je peux même pas voir ma famille. Je suis recherché de partout et ça fait des années que j'ai pas senti la chaleur d'une femme !

Il me regarde avec intensité et par mesure de précaution je crois bon de m'éloigner.

S'il commence à s'agripper à moi comme il s'agrippe à ses chips on ne va pas s'en sortir !

- Ça arrive à tout le monde tu sais, je lui fais après un temps de silence. Le mien aussi me fait le coup des fois, mais il finit toujours par revenir !

- Non mais là c'est...

- Tu me diras aussi je n'ai pas mon pareil pour lui faire des turlutes de dingue.

- ...

- C'est vrai on a beau être vieux mais notre vie sexuelle est toujours aussi active !

- Ça yé l'avais lémalqué ! Commente mon elfe d'une voix féroce en passant devant nous, sa serpillière à la main.

Et il disparaît aussi sec derrière les fauteuils, tel un pet frôlant le corps.

...

Et ah ! M'énerve cet elfe !

Qu'il aille donc se trouver quelqu'un à sauter au lieu de toujours se mêler de ce qui ne le regarde pas !

Je me tourne vers Kiki, prête à lui demander des détails sur son évasion, mais il me devance en me parlant de chambres d'amis.

- Quoi, parce que, t'as l'intention de... ? Je lui fais avec un froncement de sourcil très suggestif.

- Non mais pas longtemps hein ! Il se défend avec de gros moulinets de bras. Juste le temps de... euh... me reposer un peu.

Se reposer un peu ?

Quatorze ans passer à se faire chier dans une cellule et il veut encore se reposer ?

Chez moi ?

Mais j'hallucine !

- Et après je pars hein ! Il m'assure en hochant gravement la tête. Pour toujours. Tu peux me croire. Je passe la frontière et je m'exile au Pérou, comme tu me l'avais toujours conseillé ! Et tant pis pour les autres !

Bon.

...

A la limite.

- Il reste encore un peu de place dans la cabane au fond du jardin, je marmonne d'une petite voix.

- Ahah ! Cool ! Merci Jamie, je savais que je pouvais compter sur toi en venant ici !

Compter sur moi, compter sur moi...

C'est pas non plus un camping ici !

Et qu'est-ce qui se passera si les Aurors rappliquent ?


- Rogue ? C'est toi ? Je babille dans un couinement en l'apercevant à quelques mètres de moi, faisant ses emplettes sur le chemin de Traverse.

Et comme d'habitude, à chaque fois que je le vois, mon appel est suivit d'un instant de silence le temps qu'il ne me repère et prenne ses jambes à son cou. Il se met à déguerpir à toute allure en direction de l'apothicaire concurrent, ce véreux de Montgomery avec sa boutique pourri, et je pousse un glapissement outré en le voyant ouvrir sa porte et s'engouffrer à l'intérieur.

- C'est ça, ouais, je fais donc en levant le poing à travers la foule. VA DONC SUCER LA MORVE CHEZ L'ENNEMI ! ESPÈCE DE SALE BOURSOUF !

Je vois les passants m'adresser un regard bizarre mais n'y prends pas garde et leur renvoie un regard méchant. Puis, sans m'attarder, je reprends ma route et retourne dans ma boutique à moi, la démarche raide, mes courses dans les bras.

Ah, ce Rogue. Après tout ce que j'ai fait pour lui ! Il continue à m'éviter avec une telle ardeur que c'en devient désolant. Qu'est-ce que j'ai bien pu lui faire pour qu'il m'en veuille à ce point, hein ? Alors ça, c'est la question que je me pose ! J'ai toujours été prévenante avec lui, comme une mère qui protège ses petits. Je lui ai donné de l'assurance, je lui ai offert mon amitié, j'ai même voulu l'aider à se trouver des plan culs en l'inscrivant à des thérapies de groupe ! Mais est-ce qu'il m'en a remercié ? Non bien sur que non !

Alors que je vais vous le dire, moi, les gens du groupe de victimes du cancer des testicules sont très gentil !

J'y suis allé une séance et depuis c'est bien simple, je n'arrive plus à m'arrêter. Ça me rappelle le bon temps, quand Potter me conseillait un urologue pour mes problèmes de bites conceptuelles.

Enfin bon, évidemment, môssieur Severus est trop bien pour nous depuis qu'il est à Poudlard. Il ne se mêle pas aux petits gens de la société !

Je grommelle dans ma barbe en poussant la porte d'entrée, et Terence me regarde entrer d'un air sombre, semblant se faire profondément chier derrière le comptoir. Mais quoi ? J'ai besoin de main d'œuvres, alors je prends ce qu'il y a sous la main. D'ailleurs, c'est moins cher, et ça ne lui fait pas de mal à ce petit crétin. Il n'est plus à Poudlard et il est en vacances, faut bien l'occuper.

Donc bon, voilà.

- Maintenant que t'es revenue, je peux aller voir Marcus ? Il me demande avec insistance en s'écartant de la caisse.

- Et pourquoi tu veux aller voir Cucus ? Je lui réplique en m'approchant et en posant mes courses dans l'arrière boutique.

- Bah tu sais, on va chez Adrian, faire une partie de Quidditch.

- Une partie de Quidditch, hein, je fais en revenant et avec un sourire entendu.

Ah la jeunesse !

Terence fronce les sourcils, l'air de ne pas comprendre et finit par me jeter un regard noir.

- T'es lourde.

- Oh allez, fais pas la tête ! Je lui fais en rigolant. Moi aussi à ton âge j'aimais ça, les... euh... parties de scrabble !

Et je ne développe pas plus parce qu'au moment où Tété s'apprête à répliquer, la porte d'entrée s'ouvre, laissant retentir un bruit de carillon. Une fille légèrement plus jeune que lui s'approche de nous et je retrousse mes manches, prête à m'atteler à la tâche.

Et quand on voit sa gueule, tu m'étonnes que le petit Tété soit passé voir de l'autre côté de la barrière.

- C'est pour quoi ? Je lui demande donc en me penchant vers elle.

- Des plumes de Jobarbille. Il m'en faudrait tout un stock, elle rajoute en hochant gravement la tête.

- Ah. Et euh... Vous êtes sûre de vous ?

- Comment ça ? Elle s'étonne en fronçant des sourcils.

- Bah, euh, vous savez, rapport à vos petits problèmes de peau. J'ai encore du pus de Bubobulb en réserve et je me disais que bon. Voilà. Vous savez que ça se traite ces petites choses là, hein ?

Elle rougit comme si elle venait de chopper un coup de soleil et Tété debout à côté de moi se met à ricaner bêtement.

Alors que bon. Qui sait qui pissait au lit il y a encore quelques années ?

On a beau dire mais chacun ses défauts.


- Euh... Jamie ? M'appelle Terence.

- Quoi ? Je maugrée tout en continuant à vérifier mes comptes.

Va falloir que j'essaye de frauder un peu cette année sinon au niveau des impôts on va pas s'en sortir.

- ... y'a plus de papier toilettes.

Ah ça, ça doit être encore Kiki qu'a vidé le rouleau. Depuis qu'il est revenu tout part à volo dans cette baraque !

- Ah, je me contente donc de faire, sans me lever de mon siège.

Il y a un silence.

- Non mais ce que je veux dire c'est est-ce qu'on pourrait m'en apporter ?

- Ça va pas non je suis pas ta bonne ! Alfred ! Dis à ton fils de s'essuyer le cul tout seul comme un grand.

- Je ne m'appelle pas Alfred.

- On s'en fout ! J'en ai marre c'est moi qui dois toujours tout faire dans cette maison !

- Tout faile, tout faile... Hé béh ! Si oune youl y'oublie qué yé souis bonniche, vous sélez genne'til dé mé lé lappéler ! Marmonne mon elfe en passant devant moi, le paquet de PQ dans les bras.

...

- T'as bien de la chance que je ne sois pas d'humeur à te faire récurer les fesses de Terence avec ton torchon, toi, je le menace d'un air mauvais.

Il s'éloigne en vociférant.

Et puis là, c'est le drame.

La sonnette du manoir se met à retentir.

Je pousse un couinement et en un bond déjà, je suis hors de mon siège, mon journal à la main, prête à prendre la fuite.

...

Mon homme me regarde d'un air suspect.

- Toi, t'as encore fait une connerie.

- Non !

MES PEPITOS !

MES PEPITOS ! OU EST-CE QU'ILS SONT, MES PEPITOS ?!

Je préviens, si je me fais arrêter, je pars pas sans mon paquet !

Je m'arrête de gesticuler en surprenant le regard dépassé de Freddie et développe, un peu plus calmement :

- Non, pas du tout.

Parce que pas que, mais bon. Il n'est toujours pas au courant que Kiki vit chez nous, et ça fait déjà trois jours maintenant !

Mais le pire, quand on y pense, c'est que même Ryan ne l'est pas. Encore que lui, ça fait trois jours qu'il ne sort pas de sa chambre. Alors d'ici à ce qu'il se rende compte que Kiki occupe celle d'à côté...

Bon. Je devrais peut-être l'avertir, ça lui éviterait une mauvaise surprise en ouvrant sa porte.

...

- Oui bon, l'erreur est humaine, comme on dit, je craque finalement devant le regard perturbant de Freddie. La question qu'il faut maintenant se poser c'est, est-ce le genre de connerie que l'on fait consciemment ou inconsciemment ? Parce que dans le cas où je fais une connerie inconsciemment on ne peut pas dire que je sois coupable puisque techniquement une personne inconsciente ne peut pas être responsable de ses actes puisqu'elle n'en a pas eu la volonté.

- T'as tué quelqu'un ?

- Non !

Enfin ça dépend, techniquement à héberger Kiki je deviens complice de ses crimes donc est-ce que ça veut dire que j'ai tué moi aussi ?

...

- Bon peut-être, je marmonne en regardant ailleurs.

Sacrecouille, je n'arrive jamais à lui cacher des trucs à celui-là ! À croire qu'il m'empoisonne tous les jours au véritasérum...

Je lui balance mon journal à la gueule avant qu'il ne pose une autre question à laquelle je répondrais inévitablement et me dirige à pas dignes vers la porte. Je passe un coup de main rapide dans mes cheveux pour tenter de les aplatir au mieux, inspecte mon reflet sur la poignée histoire de vérifier que je suis présentable et...

- À ta place je veillerais plutôt à mettre un peignoir ou un soutif, t'as les seins qui pointent sous ton pyjama, m'apprend Freddie avec un sourire goguenard.

...

- Tu trouves ?

- Ouais.

- Ah tant mieux ! Comme ça si jamais c'est un Auror je saurais le distraire.

J'ai des atouts certes petits mais ils sont bien présents !

- ... Tu veux pas non plus lui ouvrir complètement nue ?

- Ah pas bête !

- Pas question ! Grince Freddie en se relevant brutalement de son fauteuil, le regard noir. Tu es ma femme - je me retiens de lui dire qu'on est toujours pas mariés et qu'on ne le sera sûrement jamais - ... ton corps n'appartient qu'à moi et j'ai un droit de boycott absolu sur ce qui te sert de seins. Un point c'est tout ! ... Voilà !

...

C'est que ça en deviendrait presque attendrissant.

Mon visiteur se met soudainement à tamponner contre la porte comme un taré, visiblement impatient que je lui ouvre et je me vois forcée de tourner la poignée, le peignoir rabattue sur ma poitrine.

J'ai les cheveux qui se dressent tout seul en reconnaissant mon visiteur.

- Bonjour voisine.

Ah non pas lui. Quelle plaie !

J'aurais préféré une brigade d'Aurors !

- Kevin, je salue tout de même en le laissant entrer.

- Hidleton, salue Freddie en ramenant sa pomme et en passant un bras possessif autour de ma taille, la tête du type prêt à défendre son territoire.

Faut dire aussi que Kevin n'est plus le petit gosse fluet d'autrefois. C'est qu'il a grandi depuis ! Il s'est embelli.

Peut-être que quand j'aurais besoin d'aller voir ailleurs j'irais voir chez lui.

...

Non vous avez raison. C'est un très mauvais plan.

Que ce soit en plan cul ou plan tout court, d'ailleurs.

Mais quand est-ce qu'il va se raser la moustache ?!

- Que nous vaut l'honneur de ta visite ?

- Une pétition, il répond en sortant un papier de sa mallette. Pour l'expulsion des Sang-De-Bourbes qui ont emménagé en face de chez nous il y a deux jours. Franchement, c'est intolérable ! Si je n'avais pas peur de m'attirer des ennuis, pensez bien que j'irais tout cassez chez eux à ces paysans ! Un gros tas de cailloux que j'en ferais de leur baraque !

- Ah.

Ça me fait penser que moi aussi, j'aurais bien lancé une pétition contre Kevin quand il est venu habiter devant chez moi. Mais il n'y avait que moi pour la signer...

- On ne les laissera pas polluer notre espace vitale ! On ne les laissera pas détruire nos récoltes !

Et quelles récoltes ? Il sait même pas jardiner cet espèce de plouc unijambiste !

- ... J'ai d'ailleurs pris soin de clôturer toute ma propriété, et je vous conseille de faire de même si vous ne voulez pas avoir d'ennuis.

Mais qu'est-ce qu'il raconte, on a des repousses-moldus plein la propriété et on leur est limite invisible !

Il perd la boule !

- Alors, vous signez ? Nous harcèle Kéké en nous tendant son papier.

Je ricane.

Qu'est-ce qu'il croit ? Si c'est pour qu'après il vienne se pointer tous les jours chez nous avec ses pétitions débiles, il peut courir, oui ! La prochaine fois ce sera quoi ? Une pétition qui interdit de porter des tongs ? Ben voyons !

Mes tongs, je les porte quand je veux, et en hiver si ça me chante !

- Non, je réponds donc histoire de l'emmerder. Ce sont des gens comme tout le monde, ils ont le droit d'habiter où ils veulent.

- Tant que c'est pas chez nous, précise Freddie avec un regard sombre en direction de la cabane au fond du jardin.

Vous l'aurez compris, il n'y apprécie pas trop la présence de Ryan.

Mais quoi ? Le pauvre, il n'a nulle part ou aller, et c'est même pire que Kiki ! Son ex veut plus qu'il l'approche et lui interdit de voir sa fille. Et ses parents, ils l'ont carrément déshérité et lui font la gueule parce qu'il a pondu un enfant hors-mariage.

Comme quoi, même s'il est niais et gentil, ça n'empêche pas sa famille d'être une belle bande de conservateurs.

- Si vous ne signez pas, nous menace Kevin, j'appelle les Aurors et croyez bien que j'ai beaucoup de choses à leur dire, il termine avec un regard entendu.

Ce sale petit cancrelat...

- Oh et puis pourquoi pas ! Je fais donc en m'emparant de sa plume. Y'aura plus d'espace pour installer une piscine !

Je me dépêche d'apposer ma signature sur la pétition et Freddie me regarde d'un air incrédule.

- Alors toi, il commente une fois Kevin parti, t'as vraiment dû tuer un paquet de personnes dernièrement.


- La joie de vivre et le jambon, y'a pas trente-six recettes du bonheur ! S'exclame Kiki en se frottant les mains devant son assiette.

Il saisit son couteau et Ryan, assis à l'autre bout de la table, pousse un glapissement sonore, les doigts serrés sur la nappe et prêt à se barrer.

Freddie lui se contente de regarder d'un œil mauvais notre invité se goinfrer. Depuis qu'il a découvert la vérité en allant ce matin dans la salle de bain, il passe son temps à ruminer et ne fait rien pour le cacher. Ah ça, on peut le dire qu'il aurait préféré que je bute des gens !

Maintenant il ne sait plus trop quoi faire entre laisser des amis dormir ici et faire son devoir d'honnête citoyen...

Pour éviter les risques, je l'ai menacé de ne plus faire mon devoir conjugale.

Ça l'a calmé.

Mais bon, à la limite je peux comprendre son manque d'enthousiasme devant la présence de Kiki.

Que je vous explique : ces temps-ci, la porte de la salle de bain ne ferme plus. Du coup ce matin, en passant devant et en entendant l'eau couler, Freddie a pensé que je prenais ma douche, et en tant qu'adepte de la douche commune ce sagouin s'est évidemment dit que ce ne serait pas déplaisant de venir la prendre en même temps que sa femme ! Alors tout joyeux, il a sauté sur l'occaz et il s'est foutu à poils pour me rejoindre !

Bon bah, je ne vous dis pas sa déception en ouvrant le rideau de douche...

Encore que bon.

Croyez-bien que ç'aurait pu être pire, il aurait pu tomber sur son fils.

Vous imaginez vous, vous retrouvez devant la moulinette de votre père ?

- Ça va hein, je fais à Ryan en levant les yeux au ciel. Il va pas te buter.

- Et pourquoi il me buterait pas, hein ? Il a toujours aimé ça, me frapper ! Qu'est-ce qui me dit que tout à coup il va pas me sauter dessus pour m'égorger avec sa fourchette, hein ? Mon père me l'a toujours dit : on arrive jamais en prison par hasard !

- Mais n'importe quoi ! Ça fait quatorze ans que j'ai tué personne, avance Kiki, alors je vois pas pourquoi aujourd'hui ça changerait, comme ça d'un seul coup et que ça me tomberait dessus comme une merde sur une planche ! Mon mot d'ordre maintenant, c'est politesse. Je sais que chez certains un repas n'est pas considéré comme parfait s'il n'y a pas au moins trois moldus de zigouillé... euh... dans la salle à manger, mais chez moi, voilà ! On ne tue personne pendant le repas. C'est une question de savoir-vivre, inutile de donner du travail aux elfes.

C'est un message de rédemption ?

- Oui bah en attendant-

- En attendant rien du tout ! Je coupe. La journée a eu sa dose de pignoufs, je suis bien crevée... Alors je préconise un dîner dans le calme, voilà. Pas vrai Freddie ?

Je lui donne un coup de coude et il sursaute sur sa chaise avant de m'adresser un regard noir.

Celui-là, m'est avis que depuis ce matin il a du mal à se départir de certaines images.

- Oui... Oui, un repas dans le calme, tout à fait, il marmonne. Mais si je peux juste me permettre une question...

- On t'écoute Freddie, on t'écoute.

- Il est où Terence ?

...

Ahahaha...

Je rigole toute seule et Freddie me fixe, interrogateur.

- À l'heure qu'il est, je lui réponds donc, probablement dans la chambre de Marcus Flint. Et là je peux te dire qu'il y a un tigre, une bête déchaînée ! Là, ça répond à ta question ? Et qu'est-ce qu'on dit ? Merci mamie ! Ahah !

Je lève mes bras au ciel tout en souriant niaisement, fière de moi, et Freddie me regarde d'un œil jaune.

- Je t'ai déjà dit cent fois qu'il était tout ce qu'il y avait de plus hétéro.

- C'est ça, c'est ça...

Encore un qui a du mal à accepter les orientations de son fils.

Vous me direz, c'est normal, chaque grand-père rêve d'emmener ses petits-enfants à la pêche.

En ce qui me concerne cependant, je ne suis certainement pas pressée de faire des tartes à la marmaille !

- Comment ça, c'est ça ? Me reprend Freddie. Non, y'en a marre là ! Mon fils n'est pas gay ! Et cette maison, c'est pas un chenil ! L'autre encore, j'aurais peut-être pu m'y habituer, à force de le voir tout le temps glander dans le jardin... Mais lui... !

Il pointe Kiki, hystérique.

- Bordel, il est recherché par tout le pays ! Tu trouves ça normal de l'avoir ici ?

- Ah non non, moi je suis complètement d'accord, l'appuie Ryan en hochant frénétiquement la tête.

Ce n'est pas vraiment le soutien qu'escomptait Freddie, mais Ryan continue, imperturbable, le visage rouge et en osant enfin mettre un mot sur ce qu'il pense depuis des années.

- C'est un meurtrier ce taré ! Je refuse de dormir dans la même cabane que lui ! Je paye le loyer quand même, j'ai bien mon mot à dire !

- Tu payes pas le-

- Je suis pas un meurtrier, grince Kiki.

- Ah ouais ? Et t'appelles ça comment, toi, buter des gens ? S'excite Ryan.

- Quand ça concerne des moldus, j'appelle ça du nettoyage !

- Et moi quand je dis que Poudlard est à la magie ce que la chèvre est au fromage de chèvre, je veux dire que c'est le petit plus qu'y est corollaire au noyau mais qui est pas directement dans le cœur du fruit ! Je balance l'air de rien dans la conversation en grignotant mon morceau de pain.

Et voilà comment on apaise l'ambiance, les amis.

...

Enfin...

Façon de parler.

- Tu fais quoi ? Je demande à Freddie en le voyant se lever de sa chaise, le visage tout rouge.

- Rien, rien.

- Bah si tu fais bien quelque chose là. Tu vas où ?

- Nulle part justement, il me fait. C'est les deux autres qui se cassent.

- Hein ?

- Oui oui vous avez bien compris ! S'exclame Freddie devant leur tête ahuri. Parce que vous allez me libérer les locaux avant ce soir, vous entendez ? J'veux les turnes impeccables, les draps en tas dans le couloir et les clefs sur la porte, vous retournez crécher dans vos pays de débiles et vous foutez le camp de mes toilettes ! Voilà !

- Mais-

- Non pas de mais ! Et même pas la peine de vous faire un pique-nique : les placards sont fermés ! Vous allez retourner dans votre canfouine, au trot, et si la faim persiste, mangez des moustiques : c'est nourrissant, ça coûte rien, et ça débarrasse ! Alors adieu ! Et bon débarra ! Il aboie en prenant son assiette et en se cassant à l'étage d'un pas lourd.

...

...

- Vous croyez qu'il y a de la place chez Rogue ? Je demande pour meubler le silence.


Voili voilouuuu, j'espère que vous avez aimé !

Vous l'aurez noté, la première partie est largement inspirée d'un chapitre de l'Ordre du Phœnix. Dedans on y retrouve un article de la gazette du sorcier qui porte sur l'évasion massive d'Azkaban... J'ai tourné ça à ma sauce avec le Chicaneur. Le truc du "Stubby Boardman", là aussi c'est une allusion au tome cinq, mais je pense que c'est déjà plus compliqué à capter comme référence. Et sinon comme d'hab, il y a quelques clins d'œil à Kaamelott...