Bonsoir ! Je reviens après plus d'un mois d'absence durant lequel j'ai été trois semaines en vacances, puis prise dans mon déménagement dans un appart à Paris puis débordée de lecture et privée d'ordinateur, youhou !

Plusieurs choses, tout d'abord je tiens à m'excuser et ensuite je rentre en hypokhâgne, pour ceux qui ne connaissent pas, le principe est que je ne vais pas de travailler pendant mes deux années de prépa ! Donc je ne sais pas si je serais capable de suivre le rythme de publication. Je posterai quand je pourrais, en veillant cependant à ne pas rester trop absente. Je sais qu'il est dur de suivre une fiction dont le rythme de publication est instable et j'en suis terriblement désolée ! J'admire les auteurs qui sont capables de publier plusieurs fictions à la fois en travaillant toute la journée et certainement la soirée également. J'ai mes grandes lignes, je sais où je vais, tout ce qu'il me faut, c'est du reps, et malheureusement c'est ce dont je vais manquer !

Je vous souhaite une bonne lecture, ce chapitre est du point de vue d'Hypéron alors profitez ! ;)


Chapitre 37 : L'Ordre du Phénix alias le Club de rassemblement des sorciers pacifiques philosophant sur le manichéisme en sirotant du Earl Grey.

Le corps dans mes bras se détendit et je compris instantanément que Selena venait de perdre conscience. Je n'eus pas le temps de la contempler alors que sa garde, le masque qui s'était fondu sur sa peau pour la protéger des émotions, tombait. A peine posais-je mes yeux sur son visage que la baguette de l'ancien professeur de Défense contre les forces du Mal s'enfonçait sous ma mâchoire. Un geste mal interprété et j'étais mort dans la seconde. Mon instinct de survie me permit de réprimer un commentaire sur ses airs fatigués. Je n'avais jamais eu un respect démesuré pour Lupin, pas comme celui que Potty et sa bande lui avait témoigné. Il était un des membres notoires de l'Ordre du Phénix, et je les tenais tous plus ou moins en grippe. Après tout, c'était à cause de leur fichu Ordre que le Seigneur des Ténèbres avait cherché à élargir ses troupes. Quelque part, c'était de leur faute si mon père était mort.

« Nymphadora ! s'exclama-t-il soudain, me coupant dans ma réflexion.

- NE M'APPELLE PAS… »s'énerva une voix sombre venant d'une autre pièce.

Une chevelure rouge sang apparut à l'angle de l'escalier puis se figea et la dénommée Nymphadora hoqueta d'horreur en nous voyant. Lupin la fit de nouveau bouger quand il reprit la parole.

« Emmène Selena dans sa chambre, en face de celle de Régulus. Et appelle Rogue. » ajouta-t-il.

Rogue ? Pourquoi Merlin viendrait-il aider l'Ordre ? Pourquoi ne pas faire appel à Mme Pomfresh ou à toute autre personne qui n'était pas un Mangemort ?

Elle acquiesça comme si tout était normal puis leva sa baguette pour faire léviter le corps de Selena. Instinctivement je resserrai mon étreinte, refusant de la lâcher. Pas encore. Juste un instant. Le temps de la sentir contre moi. La voir accrochée à ces chaînes avait révéillé en moi ce sentiment fort que je ressentais quand elle était près de moi. Celui qui me poussait à vouloir la protéger et tout et de tout le monde. Elle avait beau m'avoir utilisé, et j'avais en être parfaitement conscience, la colère s'était dissipée malgré moi.

Mais je ne pouvais rien contre le sort. Son corps quitta mes bras sans que je ne puisse l'empêcher. Et la baguette plantée dans ma peau ne me facilitait pas la tâche de toute manière. La pression de son poids sur mes muscles envolée ne provoqua pas le soulagement bien connu de l'effort terminé. Au contraire je ne ressentis que du vide. Un manque incommensurable.

Pourtant je fus bientôt comblé par une douleur aigue qui me traversa le corps quand le bout de la baguette du sorcier lycanthrope s'incrusta plus fort dans ma peau. Je déglutis difficilement, m'interdisant de grimacer. Pour oublier la souffrance, je me focalisais sur l'effluve vanillé qui parfumait discrètement l'air. C'était l'odeur de Selena.

« Tu es un Malefoy, n'est-ce pas ? m'accusa la voix inquiète de Remus Lupin.

- Ce sont mes cheveux qui m'ont trahi non ? Ou peut-être mes yeux ? »

Mais ma tentative d'humour ne le fit pas rire. Il ne se dérida même pas. Me tenant en joue, il me fit silencieusement signe d'avancer. Il ouvrit une porte de bois sale qui craqua désagréablement. Lupin alla chercher la chaise qui se battait en duel avec un vieux bureau miteux. Il tapa plusieurs fois l'assise et le coussin laissa échapper de la poussière qui s'illumina dans l'unique rayon de lumière de la pièce.

Quel tortionnaire prenait la peine de dépoussiérer la chaise sur la quelle l'ennemi allait s'asseoir ? Je compris alors qu'il n'était pas dans les habitudes de l'Ordre d'interroger quiconque, et encore moins d'utiliser la violence pour tirer des informations.

Il m'intima de m'asseoir, la baguette toujours tendue dans ma direction, mais je savais pertinemment que je n'avais rien à craindre de lui. Alors que je m'exécutais, il me regarda sans savoir quoi faire. Je décidais alors de le taquiner.

« Vous pouvez y aller, c'est Selena qui a ma chevalière. Je ne serai protégé d'aucun sort. Mais je ne parlerai pas. »

Il me jeta un regard surpris. Etait-ce à propos de la chevalière ou du fait que j'aie pensé qu'il allait me torturer ? Mais ce n'était même pas étonnant, pas vraiment. C'était noble, comme à leur habitude. Il y avait une guerre qui se préparait, une guerre qui ferait de nombreuses victimes, mais ils n'étaient pas prêts à sacrifier leur droiture d'esprit pour vaincre le Mal. Non, ils attendaient sagement qu'on leur dise quoi faire. Que Dumbledore les guident. La guerre, ce n'était pas noble. C'était sale, dur et sans-cœur. Pour être un soldat il fallait abandonner une part de son humanité. Il fallait blesser. Il fallait en tuer certains pour que le plus grande nombre soit sauvé. Parfois il fallait savoir vaincre le mal par le mal.

« Que voulez-vous de moi ? »

Ma question parut le déconcerter à nouveau. Le professeur Lupin n'était pas un idiot. C'était évident. Ses yeux fatigués brillaient d'une intelligence incontestable. Mais cette finesse d'esprit était vouée à faire le bien. A sortir ses amis de mauvaises passes, à chercher des solutions, à débattre de ce qui était la meilleure chose à faire, à enseigner même… Cependant elle n'était pas faite pour utiliser les gens, à manipuler, à tirer profit des situations.

« Un Serpentard ou deux de leur côté ne leur ferait pas de mal, marmonnais-je pour moi-même. Je peux vous dire la localisation du Manoir Malefoy, les systèmes de protection, de dissimulation. Je peux même vous en faire le plan. »

Pourtant je pouvais dire tout ce que je voulais, il ne me demanderait rien de tout cela. Il confirma mes pensées en balayant ma proposition d'un revers las de la main.

« Alors c'est ça l'Ordre ! » ricanais-je.

Pas grand-chose en somme. Lupin ne me répondit pas. Qu'y avait-il à dire de toute façon ? La triste vérité était que ce n'était que du vent. Aucun de leur membre n'avait débarqué alors que l'un d'entre eux criait à s'en briser les cordes vocales. Le lieu avait l'air désert, les sorciers qui s'y trouvaient peu réactifs, presque atones, leur chef manquant. Cependant il devait leur rester un peu de bon sens. Malgré l'envie qui devait tordre le ventre du loup-garou de quitter la pièce et mes moqueries avec, il ne pouvait décemment pas me laisser seul, sans surveillance. Alors il supportait mes regards méprisants.

Je contemplai mes poignets et chevilles, me faisant la réflexion que j'étais libre de mes mouvements. Lupin n'avait même pas prit la peine de me retirer ma baguette fourrée dans une de poches de mon pantalon. Il me considérait comme un enfant, comme l'élève qu'il avait eu deux ans auparavant. Ce fut quand je lâchai malgré moi un rire moqueur qu'il se décida enfin de parler :

« Tu te crois sûrement plus malin, n'est-ce pas ? Tu te ris de nous, l'élite du Bien ne faisant que déblatérer autour d'une table alors que des meurtres contre des Moldus sont commis par Voldemort et sans jamais agir. Tu as raison, très certainement. Mais tu peux continuer autant que tu veux à me lancer ces regards provocants, tu ne vas pas bouger d'un pouce toi non plus. Tu es un très bon sorcier Hypérion, et tu ne crois pas aux inepties que soutient ta tante, cependant tu n'as pas encore vaincu ta peur de la mort causée par celle de ton père. »

J'écarquillai les yeux de surprise. Comment pouvait-il savoir ça ?

« Ton cousin aussi en porte les séquelles. Et oui, je sais ce que tu penses. Tu as encore ta baguette, tu n'es pas stupéfixié, tu pourrais parfaitement t'enfuir. Vas-y, je ne te retiens pas. Mais tu vois, tu es toujours assis, et moi je suis toujours debout. Parce que malgré ton air impassible et décontracté, supérieur certains pourraient dire et je ne les contredirais pas, tu voudrais sauter au plafond, tu voudrais cogner ton poing contre les murs tant tu ne supportes pas l'inquiétude qui te bouffe les entrailles. Celle pour la fille qui se trouve en haut. Et tu n'attends qu'un seul instant, celui où tu pourras la rejoindre pour vérifier qu'elle va bien. N'est-ce pas Hypérion ? Mais moi à ta place, je ne fonderais pas trop d'espoir que cette éventualité parce que Sirius t'arrachera la tête à l'instant où il te verra. »

Je déglutis difficilement alors qu'il finissait sa tirade. C'était une réaction à la fois causée par la menace et par sa lecture si aisée de ce que je m'appliquais tant à cacher. Comment diable pouvait-il savoir ça ? J'avais été insaisissable toute ma vie et terriblement doué en Occlumencie mais sous les yeux de Lupin, mon âme était soudainement un livre ouvert.

Mais avant que je ne puisse me défendre de quoique ce soit, en usant il faut le dire de toute la mauvaise foi légendaire à ma famille, la porte s'ouvrit violemment. Le panneau en bois claqua en un bruit assourdissant contre le mur et une silhouette déboula dans la pièce. Je reconnus pas l'homme qui fonça sur moi rageusement mais je fus vite présenté à son poing. Sous la violence du coup ma chaise bascula et je me retrouvais la tête par terre, le dossier du siège me rentrant désagréablement dans le dos et surtout, les jambes en l'air. L'étonnement fut la chose qui me permit de ne pas trop me sentir totalement ridicule. Du sang coulait de mon nez, perlant sur mes lèvres, propageant un goût métallique sur le bout de ma langue.

Ce ne fut que quand mon assaillant recula que je pus distinguer son identité. Non seulement son portrait avait été placardé des mois durant dans tout le Londres sorcier, au Pré-au-lard et dans toutes les autres villages où j'avais pu me trouver deux ans plus tôt, mais ses yeux ne laissaient aucun doute. Il avait les iris grises, presque noires que je n'avais vu que sur une seule personne. J'avais en face de moi le père de Selena, le tristement célèbre Sirius Black.

Je me souvenais vaguement de son allure sur les affiches de recherche. L'homme ne m'intéressait pas. Bien sûr je le méprisais d'avoir été le serviteur de celui qui avait tué mon père, mais je me fichais bien de son sort. Finalement son prétendu statut de Mangemort s'était révélé faux et cela ne m'avais fait ni chaud ni froid. Jusqu'au jour où j'avais appris à connaître Selena. Parce qu'une fille comme elle méritait mieux qu'un père serviteur des Ténèbres. Je me rappelais alors seulement son air dément, enragé, ses cheveux sales, son visage maigre, ses joues creusées et son front ridés et le contraste avec son actuelle apparence était frappant. Oh bien sûr, il avait l'air toujours aussi fou de colère mais cette fois je savais que cette fureur était dirigée contre moi et moi seul. J'allais passer un agréable quart d'heure ! Tout d'un coup je regrettais de ne pas avoir pris la fuite, comme Lupin l'avait proposé.

Sa maigreur avait disparu, ou du moins elle n'était plus autant criante qu'autrefois. Il avait retrouvé ses muscles, la constitution bien bâtie que j'avais vue une fois sur une des photos de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Il ne donnait plus l'impression de risquer de se briser à chaque mouvement. C'était plutôt mon nez qui devait être désormais cassé.

Je rampais par terre à quatre pattes, puis me relevais avec toute la dignité que j'avais pu rassembler. Réprimant l'envie de lui rendre la pareille, je levais mes mains en signe de paix. Mais Black ne saisit pas la branche d'olivier tendue et fila de nouveau sur moi, me frappant une nouvelle fois. Cette fois je ne me laissais pas faire, protégeais mon visage et l'imitais. Je n'avais pas l'habitude de me battre comme un Moldu, pas comme le père de Selena qui semblait savoir jouer des poings. Cela me rappelait son tout premier soir à Poudlard où elle avait mis à terre l'immense brute qu'était Warrington. Mon coup fut un lamentable échec et fit plus de mal à moi qu'à lui. Désarçonné par la douleur qui me fit suffoquer, je remerciais merlin de l'humour de Sirius Black. A la vue de ma piètre prestation, il se mit à rire de plus en plus fort sans jamais s'arrêter. Abasourdi je le regardais faire, immobile, couvrant les phalanges de mon poing droit par ma main gauche.

« Tu as reçu mon Patronus alors ? » demanda Lupin à son ami.

Cela suffit pour le calmer. Instantanément son visage se referma, sa mine devint plus sombre, plus triste.

« Oui, répondit-il gravement. Comment va-t-elle ?

- Ta fille va bien Sirius. Tu ferais mieux d'aller la voir.

- Non, contredit-il durement. Je vais d'abord régler le cas de celui-là. »

Lupin posa doucement une main sur l'épaule du brun et la seconde d'après le corps de l'ancien prisonnier d'Azkaban se relâcha malgré lui, comme si la présence du loup-garou le calmait irrémédiablement.

« C'est lui qui l'a sauvée Patmol.

- Et c'est aussi lui qui l'a mise en danger en premier lieu !

- Quoi ? Mais non ! » m'exclamais-je, prenant soudainement part à la conversation.

Les deux regards se posèrent alors sur moi, l'un plus dur que l'autre.

« Si elle n'avait pas eu ta foutue bague en premier lieu, rien de tout cela ne serait arrivé ! Elle ne serait jamais entrée dans ce manoir ! Toi et ta famille de cinglés !

- Ma famille ? Ce n'est pas mon sang qui coule dans les veines de Bellatrix Lestrange ! Et votre fille a pris la décision d'aller voler des informations à un ancien Mangemort connu et fortement soupçonné de l'être nouveau, alors ne reportez pas la faute sur moi ! Je suis autant désolé que vous de se qu'il s'est passé, mais moi je n'ai jamais demandé à Selena de se mettre en danger ! »

Je ne me pensais pas capable de clouer le bec de Sirius Black, grande gueule renommée, mais ce fut pourtant ce qu'il se passa. Il se tut et un éclat de culpabilité brilla dans ses yeux. Je décidais d'enfoncer le clou une bonne fois pour toute.

« Si vous cherchez un responsable, tournez-vous plutôt vers Potter et tous ses petits copains, car c'est avec eux qu'elle a été vue en dernier avant de débarquer chez mon oncle. »

Cela le fait réagir de nouveau et la colère reprit le contrôle du sorcier.

« Harry n'y est pour rien ! Il n'a pas choisi d'être la cible de Voldemort, ni même d'être celui qui doit le tuer. James n'a jamais rien demandé ! »

Ses mots résonnèrent dans la pièce qui devint alors silencieuse. James ? Ce n'était pas le père de Potter ? L'attrapeur de légende ?

Tout à coup un rire sarcastique s'éleva et le parquet craqua.

« Tiens tiens Black, on pleure encore la mort de son Potty chéri ?

- Servilius, grinça Sirius.

- Tu n'as pas honte de t'en prendre à un gosse, oh toi le brave et honorable Gryffondor ! Et toi Lupin, toujours à laisser faire ton copain ?

- Ca vaut toujours mieux que d'être un Serpentard amer qui terrorise ses élèves pour sentir qu'il a du pouvoir. »

L'ancien professeur de DCFM parut satisfait de sa réplique et je ne pus retenir un ricanement avant de recevoir un regard noir de la part de mon directeur de Maison. Il en fit de même pour son vieux rival puis annonça la raison de sa présence :

« Whiteraven ne va pas tarder à se réveiller. Bellatrix n'a pas eu recours à la magie sur elle, les blessures étaient donc superficielles…

- Superficielles ?! m'exclamais-je. Elle avait le sein et la cuisse ouverte en deux ! Et ces lèvres cousues ! Et ces poignets meurtris ! Et son ongle relevé ! Vous ne pouvez pas sciemment dire « superficielles » ! »

Severus Rogue toussa avant de reprendre la parole et continua :

« Elles étaient superficielles comme je le disais et rapides à refermer. En outre, elle récupérera vite le sang qu'elle a perdu. Pour ce qui est des blessures psycologiques, c'est en dehors de mon domaine d'expertise. Pas la peine de me remercier Black, cela ne me fera ni chaud ni froid. Oh et Malefoy, pour ce nez un Episkey suffira. »

Il disparut alors de l'encadrement de la porte et le père de Selena ne sut pas quoi faire un instant avant de se précipiter hors de la pièce.

Le seul membre de l'Ordre du Phénix restant s'approcha de moi, à pas de loup oserais-je dire, ne voulant pas me brusquer. Il leva sa baguette et la pointa sur mon visage. Mon regard se fit méfiant mais il tourna le poignet et je sentis mon nez se remettre en place. D'un mouvement vif, j'essuyais le sang qui avait coulé et le remerciai d'un hochement de tête.

« Je tenterai de convaincre Sirius pour qu'il te laisse voir Selena. Mais crois-moi, le plus dur sera de faire bouger Véga du lit de sa fille. »

Il sortit à son tour de la pièce et je me fis la remarque que je devais vraiment paraître pathétique à ses yeux. Il ne craignait même pas que je parte et révèle l'emplacement de leur quartier général. Car les mettre en danger, c'était risquer de blesser encore plus Selena à la fois physiquement et mentalement. Et je ne pouvais pas me le permettre. Où était passé le Roi des Serpentard ? L'inaccessible Hypérion Malefoy ?

C'est sur ces déprimantes pensées que je passais la longue demi-heure suivante avant que la sorcière aux cheveux rouges, désormais roses, n'ouvre la porte. Elle me fit signe de venir, et je la suivis alors qu'elle montait à l'étage.

« Tu sais que nous sommes cousins ? » me demanda-t-elle.

Je secouai la tête négativement.

« Enfin cousins éloignés en vérité. Mais je suis persuadée que tu n'as jamais entendu parler de moi, n'est-ce pas ? »

Cette fois j'acquiesçai.

« Je suis Nymphadora Tonks, mais je préfère qu'on m'appelle Tonks. Remus ne comprend pas pourquoi, évidemment lui a un beau prénom ! Tu dois comprendre toi.

- Je vis très bien avec mon prénom, je vous remercie.

- Oh je t'en prie, pas de vouvoiement, je déteste ça ! Presque autant que mon prénom ! Et je dois avoir quoi, cinq ans de plus que toi ? »

Elle allait continuer de parler avant que je ne la coupe en toussotant :

« Euh Tonks… ? Je ne suis pas vraiment là pour faire copain-copain. »

Elle parût gênée et s'empourpra, colorant de nouveau ses cheveux de carmin. Elle me montra ensuite la chambre dans laquelle devait se trouver Selena. A moins qu'il s'agisse d'un piège… ? C'était peu probable et l'envie de la voir était trop forte pour que je ne cède pas à la tentation d'abaisser la poignée et de m'engouffrer dans ma pièce.

D'un coup d'œil je constatais qu'il n'y avait personne près du corps allongé sur le sommier et je poussai un soupir de soulagement. Je n'étais vraiment d'humour à affronter les foudres d'une mère en colère. Déjà que le père m'avait fait son numéro ! Mais dès que je fis un pas, je fus plaqué contre le mur et c'était bien moins agréable que quand il s'agissait des avances de Selena. La peau brune de la femme m'apprit tout de suite que je faisais face à Véga Whiteraven.

Les yeux brillants, elle planta ses ongles dans ma gorge, m'interdisant de bouger. Et après, c'était les Malefoy qui souffrait d'une amusais réputation ! Elle ne pipa mot, se contentant de me fixer avec insistance, essayant de lire en moi. Elle ressemblait à une lionne protégeant son petit. Les traits déformés par une détermination furieuse, elle n'usa que quelques mots glacials auxquels je fus incapable de répondre :

« Ne t'avise plus jamais de lui faire du mal.»

Enfin, après m'avoir défié du regard, elle se dégagea de moi et alla déposer un baiser sur le front de sa fille. Elle sortit de la chambre, mais je n'entendis pas de bruit de pas dans le couloir ce qui m'indiquait qu'elle devait être restée sur le palier, prête à réagir à tout moment. Toute fois, elle avait tenu à me laisser de l'intimité, à nous laisser l'occasion de parler seuls, mais je me retrouvais en vérité penaud et immobile.

Maintenant que j'étais là, je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. malgré ce que j'avais bien pu dire, je connaissais Selena et je savais parfaitement que sa respiration endormie était bien plus profonde. Pas qu'elle ronfle…pas vraiment.

Je m'approchais difficilement, cherchant ce que j'allais bien pouvoir lui dire, puis finis par m'accroupir au pied du lit. Elle n'apprécierait sûrement pas que je m'impose en m'asseyant dessus. Elle entendit mes genoux craquer car elle posa un instant son regard tempêtueux sur moi avant de détourner le visage. Son regard était vide d'émotion. Je m'attendais à ce qu'elle me crie dessus, qu'elle hurle de peur, qu'elle se blottisse contre moi en pleurant, qu'elle me haïsse, tout, mais pas ce néant. Il n'y avait rien. Comme s'il ne restait d'elle qu'une coquille vide. Pourtant je savais qu'elle était là, elle venait de me le prouver en réagissant à ma venue. Peut-être avait-elle encore de la curiosité ? Mais elle ne me parlerait pas. Surtout pas à moi.

«Selena.» tentais-je tout de même.

Mais elle ne me répondit pas comme je l'avais prévu. J'avais parlé surtout pour qu'elle sache que j'étais là pour elle, en ami et non pas en ennemi. Cependant il était trop tôt pour elle. Il ne s'agissait pas de fierté. Son corps, son esprit avait souffert pendant les heures précédentes, ce n'était pas seulement sa dignité qui avait pris un coup. Pas comme moi. C'est pour quoi, d'ordinaire je lui aurait dis qu'elle se comportait comme une tête d'hippogriffe, mais je me rendais compte que je n'y étais certainement pas autorisé, pas après ce qu'elle venait de vivre. Elle avait le droit, elle, de m'ignorer. Mais moi, il fallait que je lui parle.

Pourtant, la seule chose qui me venait à l'esprit pouvait paraître complètement idiote. Qu'est-ce que cela changeait ? Elle m'aurait répondu sarcastiquement que cela lui faisait une belle jambe. Mais cela reflétait parfaitement mes pensées.

Peut-être que finalement ce qui s'était passé était de ma faute. Peut-être que si je ne l'avais pas rejetée elle n'aurait pas pris tous ces risques. Ou si elle les avait pris elle aurait été totalement concentrée sur sa tâche au lieu de ressasser mes paroles. Elle aurait porté une plus grande attention à ce qui l'entourait et elle aurait certainement pu fuir. Peut-être que si elle avait été simplement logée dans l'étau de mes bras…

Je me surpris moi-même. moi qui avais toujours eu l'habitude de me décharger de toute culpabilité, de toute responsabilité. Ce qui pouvait bien arriver à ceux qui sortaient perdants des réclamations au Roi des Vert-et-Argent, lynchés par la Maison toute entière pendant des semaines, ce n'était pas de mon ressort. Je ne faisais qu'appliquer la justice. Un acte de mauvaise foi que j'avais toujours assumé. Aujourd'hui je ne le digérais pas. Pas quand il s'agissait de Selena. Pas quand la conséquence de ma mauvaise réaction s'affichait dans l'obscurité de ses yeux. Pas quand la marque au fer rouge de cette nuit resterait gravée en elle éternellement.

J'aurais voulu moi-aussi poser mes lèvres sur son front, comme sa mère l'avait fait quelques minutes plus tôt, n'osant même pas penser à souiller ses lèvres. Je savais qu'elle n'accepterait pas, qu'elle ne supporterait pas un seul toucher de ma part. Ce ne fut alors que ces deux mots que j'utilisai pour traduire ma pensée, espérant au plus profond de moi qu'elle trouverait la force de me pardonner :

«Excuse-moi.»

Elle n'avait certainement pas besoin d'une déclaration, elle n'en voulait sûrement pas. Elle recevait déjà l'amour de ses parents et moi j'étais relié à cette terrible soirée. C'est pourquoi je décidai de ne pas m'éterniser à ses côtés yen que l'envie m'en torde les entrailles. Ce ne fut qu'en me relevant que j'aperçus un éclat sur la table de chevet. Posée en évidence, ma chevalière brillait dans la pénombre.

Ce fut un coup au coeur. la première chose qu'elle avait du faire en se réveillait devait avoir été de l'enlever. Je me souvenais parfaitement de la lui avoir glissée au doigt. C'était ce matin-même et pourtant cela semblait avoir eu lieu dans une autre vie. L'émotion qui m'avait pris malgré moi, en m'apercevant que ce geste était peut-être plus symbolique que je ne me forçais à le croire. Que peut-être ce serait elle qui porterait mes armoires. Et bizarrement cela ne m'avait pas dérangé, comme je m'étais accommodé à sa présence, comme je l'avais souhaitée puis nécéssitée au fur et à mesure des semaines puis des mois.

Mais je pouvais m'en défaire, n'est-ce pas ? Comme j'avais fini par accepter l'absence de mon père à mes côtés, accepter l'idée qu'inévitablement j'allais grandir sans lui. J'étais capable de repasser par là. D'effacer l'image de cette bague à son doigt, de faire disparaître cette illusion de futur avec elle. Elle n'allait sûrement pas revenir à Poudlard, peut-être voudra-telle même qutter ce pays et tous les mauvais souvenir qui lui sont reliés. Recommencer à vivre normalement. C'est ce qui allait ce passer. C'est ce que j'aurais fait moi. Et il fallait commencer à l'accepter tout de site. Le plus tôt serait le mieux.

Ravalement la vague de tristesse, parce qu'il s'agissait bien de cela, je fis disparaître la chevalière dans ma paume, la serrant légèrement trop fort et sentant ses contours rentrer dans ma peau jusqu'à la faire céder. Voilà, maintenant je savais pourquoi je souffrais.

Je rencontrais de nouveau Véga Whiteraven dès que j'eus passer la porte de la chambre. Elle me jeta un regard étrange puis entra dans la pièce d'où je vannais de sortir. Je savais qu'elle avait du apercevoir l'éclat dans mon regard, celui de la fine couche de larmes sur mes yeux et je m'en fichais. Qu'elle se figure ce qu'elle voulait, je ne serait plus amener à la revoir. Ni elle, ni sa fille.

Je croisai Lupin en bas de l'escalier et lui lançait un regard qui lui apprit ce qu'il voulait savoir. Je me tairais. Quoiqu'il m'en coûte je protègerai Selena.

«Merci Hypérion.»

Il y avait dans ses yeux une gentillesse débordante. Jamais il n'aurait pu choisir de ne pas se battre contre Voldemort. Chacun à leur manière, ils étaient incapables de se taire face à la terreur qui menaçait de se répandre. Le problème était qu'ils ne savaient pas non plus faire beaucoup de bruit.

«Tu ne devrais pas jeter l'éponge si vite, tu sais.»

L'expression perdue que je lui lançai face à la signification de cette expression saugrenue le fit préciser sa pensée :

"Abandonner je veux dire. Elle finira par te pardonner. Tu as cru qu'elle t'avait trahie pendant quoi, quelques heures ? Moi j'ai laissé pourrir mon meilleur ami douze ans à Azkaban. Et pourtant tu vois, à part quelques sous-entendus légèrement rancuniers, je m'en sors vivant !

Je ne répondis pas. Elle me pardonnerait peut-être un jour. Moi sûrement pas.

Il me laissa partir. Il avait certainement dû penser à me jeter un Oubliette, mais décida finalement que ce n'était pas la peine. Me retrouver dans le froid me fit un bien fou. Je me dirigeais vers le square boisé où j'avais transplanté en compagnie de Selena, avant qu'elle voit pour la première fois son père. Je l'atteignis en courant, trop pressé de m'éloigner de sa présence intoxicante. Tout en moi me criait de la rejoindre, de l'emporter avec moi et de la protéger de tout et n'importe quoi. Ce n'tait pas rationnel cependant et elle était bien mieux sans moi. Elle n'avait pas besoin de se voir rappeler chaque jour ce qu'elle avait enduré courageusement.

Je respirais profondément pendant plusieurs minutes, faisant en sorte de rejeter l'air autant que le souvenir de Selena attachée à ces chaînes, le corps sanguinolant. Des blessures superficielles avait dit Rogue et je me raccrochais à cela. Je me fichais désormais totalement de savoir ce qu'il était venu foutre là, de la venue d'un Mangemort dans le Quartier général de l'Ordre du Phénix. Soit il avait réussi à tromper magistralement Albus Dumbledore, soit Voldemort se prenait bêtement pour un Seigneur alors qu'il n'était qu'un bouffon aveugle. Peu importait, ce n'était pas mon affaire.

Pour moi ce qui comptait était de déguerpir le plus vite possible. ce que je fis. Je rejoignis à pieds le Château, essayant de me concentrer sur le rythme de mes pas plutôt que sur le souvenir de celle qui j'aimais encore et toujours.

Une fois dans les couloirs, j'entendis des voix. Me figeant sur place je reconnus celle de mon cousin. La manière, agaçante, qu'il avait de détacher les syllabes tout en les prononçant d'une suffisance toute propre à lui, ne me laissait aucun doute. J'allais avancer vers lui, me préparant à le réprimander de traîner dans les couloirs à cette heure tardive de la nuit, ou devrais-je dire à cette heure prématurée de la matinée, quand je reconnus la deuxième voix. Ce farouche répondant n'était autre que celui de Potter. Je serrais les poings, modérant mon envie d'aller lui expliquer ma façon de penser. Quel "héros" envoyait quelqu'un d'autre en première ligne du combat ! Surtout Selena ! Qu'il se fasse torturer lui ou ses petits copains s'il voulait mais pas elle !

Mais régler mes comptes à coups de poings n'était pas ma manière de procéder et j'en arrivais à la conclusion que laisser Drago le malmener était suffisant pour l'instant. Je souris doucement en pensant que ce dernier avait dû se prendre pour le Roi pendant les quelques heures où j'avais été absent. Je me souvins des paroles de ma tante, de la promesse que je lui avais faite, bientôt, il faudrait que je lui parle. Si Voldemort comme je le craignais venait à gagner en influence et en pouvoir, il essayerait sans aucun doute de le recruter, et s'il y arrivait Drago était perdu.

Car si ce que je venais de voir était réellement l'état de l'Ordre du Phénix, alors il y avait peu d'espoir qu'un jour, si rien ne changeait, le monde sorcier soit débarrassé du mégalomane psychotique qui prévoyait d'épurer la surface de la Terre.

Enfouissant mes mains sous mon oreiller, je touchais du bout des doigts une pièce de satin et curieux je sortis l'étoffe. Il s'agissait de la petite culotte de Selena, celle qu'elle m'avait envoyée par hibou pour me faire flancher durant ces longues semaines d'abstinence. Je laissais éclater un rire, ne faisant qu'étouffer les sanglots qui menaçaient de secouer mes épaules. je mordis violemment ma langue, le goût caractéristique du sang se répandant de nouveau dans ma bouche.

Reprenant le contrôle de mes émotions qui prenaient trop souvent le dessus à mon goût, j'ouvris rapidement le tiroir de ma commode, là où je rassemblais les lettres de ma mère et de ma tante, y enfouis le sous-vêtement et le refermai brutalement. Le choc agita Marcus et Adrian dans leur sommeil mais heureusement les ronflements gras de Cassius les avaient habitués à se voir déranger durant la nuit.

Penser à Warrington me mit de mauvaise humeur, j'avais pensé le virer de notre dortoir mais ses coéquipiers avaient pris sa défense et souhaitant ne pas me mettre Flint et Pucey également à dos, j'avais abdiqué. Je l'avais seulement averti qu'au prochain écart je serai moins intransigeant et la brute s'était depuis tenue à carreaux, n'osant même plus m'adresser la parole. Cela m'aurait contenté en temps général, mais ce soir, mon esprit était prit par un autre tourment. Et ce fut celui-ci que je tentais d'oublier en m'endormant pour quelques heures, ivre de fatigue.