Bonjour

Voici le 38ème chapitre. J'espère qu'il vous plaira et Dean fait un pas en avant important dans ce chapitre.

Merci à toutes les personnes qui me lisent et m'écrivent. Vous êtes géniaux.

A jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

If we cannot see de Devics

Chapitre 38 : Thérapie

« Après le verbe « aimer », « aider » est le plus beau verbe du monde »

Bertha Von Suttner

Dean savait qu'il avait besoin d'aide. Il en avait pris conscience depuis un moment déjà. Bien avant de se mettre en couple avec Castiel. Mais il n'avait pas compris l'urgence de la situation avant d'abattre son poing dans la figure de son petit ami en plein milieu de la nuit. Il n'était pas idiot au point d'ignorer que les choses étaient graves.

Il n'avait plus aucune estime de lui même, manquait de confiance en lui au point de douter de tout ce qu'il faisait ou décidait et il ne parvenait pas à regarder son moignon dans une glace sans ressentir un profond dégoût pour ce qu'il voyait. Il savait que ce n'était pas normal. Que ce n'était pas sain et qu'il était temps pour lui de faire quelque chose pour changer.

Mais il n'avait pas réalisé que cela avait des conséquences importantes également sur ses proches. Il les avait inquiétés. Les avait empêchés de vivre sans garder un œil sur lui. Et à présent, ses cauchemars avaient un impact direct sur l'homme qui partageait son lit.

Ce n'était acceptable. Dean ne pouvait pas vivre ainsi et il ne pouvait pas imposer cela à Castiel. Il doutait de pouvoir se débarrasser de ses cauchemars facilement. Il les avait depuis son retour. Mais il en connaissait l'origine. Les trois soldats qu'il n'avait pas pu sauver. Ceux qu'il avait considérés comme des frères et qui étaient morts presque sous ses yeux. Dean pensait constamment à eux. Cela l'empêchait clairement d'avancer.

Et Dean en avait assez de faire du surplace. Assez de ne pas faire des progrès significatifs. Physiquement il allait mieux. Mentalement en revanche, c'était encore en chantier. Il était temps de remédier à tout ça. Temps de corriger le tir.

Dean n'avait jamais été à l'aise pour parler de ses sentiments. Il ne savait pas comment procéder pour admettre ses faiblesses. Il n'aimait pas être vulnérable. On lui avait trop souvent répété que cela le conduirait à se faire tuer. Mais il n'était plus sur le terrain. Il n'était plus un soldat. Il n'avait plus à se protéger d'ennemis armés et déterminés à le tuer. Sa vie n'était plus en danger. Il devait apprendre à accepter qu'il était inutile de se montrer fort tout le temps. Qu'il était parfaitement normal d'être fragile. L'ennemi qu'il devait combattre se trouvait dans sa tête et la bataille ne pouvait être menée que par lui. Il savait toutefois qu'il ne pourrait pas y arriver seul. Il avait besoin d'aide extérieure.

Son premier réflexe était de se tourner vers Castiel. Il savait que son petit ami était prêt à tout pour l'aider. Il savait écouter et avait toujours des conseils à lui donner. Etre serré dans ses bras, collé contre lui ou le sentir bouger à l'intérieur de son corps était une thérapie efficace. Mais elle ne suffirait pas.

Ce dont Dean avait besoin avant tout, c'était d'un avis extérieur. D'une personne qualifiée pour l'écouter déballer ce qu'il avait sur le cœur depuis trop longtemps. Une personne qui aurait déjà été confronté à ce type de situations et qui pourrait lui donner un avis objectif. La personne dont Dean avait besoin était Pamela Barnes.

La jeune femme avait tenté de lui venir en aide à son retour. Il avait toutefois refusé de saisir la main qu'elle lui tendait. Il n'était pas encore prêt mentalement à admettre ses faiblesses. Il avait parcouru du chemin depuis et il se sentait enfin dans le bon état d'esprit pour entamer une thérapie.

Il voulait aller mieux. Il avait envie de guérir. Il avait toutes les raisons de le faire maintenant. Il avait une famille qui l'aimait, des amis qui tenaient à lui et il avait Castiel. Le jeune médecin avait besoin de lui pour entamer sa propre guérison et Dean refusait de le décevoir. Pour être efficace, il devait aller mieux de son côté. C'était une motivation supplémentaire.

Il savait que leur relation n'était pas ordinaire. Que tout était allé trop vite entre eux. Il avait brûlé beaucoup d'étapes et la relation passée de Castiel et Adam pèserait probablement toujours sur eux. Mais il avait envie de tenter sa chance. Envie de voir si le jeune médecin était l'homme de sa vie. S'ils pouvaient vieillir côte à côte et se rendre mutuellement heureux. Il ne pouvait pas en être sûr mais il aimait l'idée.

Dean avait l'obligation d'avancer à présent. Il se sentait toujours terriblement coupable d'avoir laissé mourir ses hommes mais plus encore d'avoir frappé Castiel. Il devait apprendre à se pardonner. Pamela semblait la personne idéale pour l'y aider.

Dean prit donc rendez vous avec elle dès son réveil. La jeune femme avait heureusement un créneau libre dans l'après midi. Il était soulagé de ne pas avoir à attendre plus longtemps. Il était déterminé à réussir mais il savait qu'il douterait inévitablement avec le temps. C'était un de ses principaux défauts.

Castiel et lui partagèrent une douche peu après son coup de fil durant laquelle ils ne parvinrent pas à garder leurs mains pour eux mêmes. Il était impossible pour Dean de faire quoi que ce soit de plus que quelques caresses debout sur une seule jambe mais ils poursuivirent leurs activités dans la chambre dès qu'il fut évident qu'une douche n'était pas ce dont ils avaient réellement besoin. Ils rejoignirent alors la chambre et Dean prit place sur le lit, Castiel entre ses jambes. Il encouragea le jeune médecin à lui faire l'amour. Ce que son petit ami accepta aussitôt. Il prit son temps pour le préparer, remplaçant ses doigts par sa langue au bout de quelques minutes. Dean poussa un long gémissement avant d'attirer Castiel à lui pour qu'il s'installe entre ses cuisses. Quand le jeune médecin le pénétra doucement, il se força à le regarder dans les yeux. C'était ce qu'il voulait avoir jusqu'à la fin de sa vie. C'était exactement ce dont il avait besoin pour se sentir entier et complet en attendant de parvenir à accepter que sa jambe ne soit plus là.

Le jeune soldat n'aurait pas su dire combien de temps cela dura. Mais quand il jouit – une nouvelle fois sans que Castiel ait besoin de le toucher – il eut la sensation que son corps s'embrasa pendant une éternité. Il sentit son petit ami se tendre en lui avant d'atteindre l'orgasme à son tour. Ils s'allongèrent l'un à côté de l'autre ensuite, sans parler. Dean finit par attraper la main de Castiel pour déposer un baiser sur le dessus. Puis ils s'accordèrent quelques heures de sommeil de plus avant de devoir se lever pour de bon.

Ils reprirent une douche rapide – séparément cette fois – avant de prendre le petit déjeuner sur le canapé. C'était domestique et naturel et Dean se sentait incroyablement bien en compagnie de Castiel. Il n'avait pas besoin de réfléchir avant de parler ou de se poser des dizaines de questions sur les choses qu'il pouvait ou non faire. Il avait enfin la sensation d'être qui il était sans jugement et sans reproches. Castiel avait ce pouvoir sur lui. Et si Dean parvenait à ne plus penser au coup qu'il lui avait donné la veille, il avait réellement la sensation d'être dans une relation comme toutes les autres. Une relation qui pourrait lui apporter tout ce dont il avait besoin. Qui pourrait le rendre heureux. Bien sûr avant d'atteindre cet objectif, il devait aller mieux.

Ils parlèrent de tout et de rien mais n'évoquèrent à aucun moment le rendez vous de Dean avec Pamela. Il était évident que Castiel viendrait avec lui. Ils n'eurent pas besoin d'en débattre. Le jeune médecin avait besoin d'entendre ce que son petit ami dirait. Besoin de parler également. Et ils n'auraient jamais la force de le faire séparément.

La matinée était bien avancée quand ils eurent finis de manger. Dean s'isola ensuite pour passer un coup de fil à son frère. Il lui raconta les évènements récents et le développement de sa relation avec Castiel. Sam ne sembla pas surpris de l'entendre. Après tout, il avait été mis au courant des sentiments de son frère pour son ancien médecin. Il le félicita d'avoir eu le courage de lui dire, assura qu'il castrerait Castiel personnellement s'il lui faisait du mal avant de l'encourager à son tour à aller voir Pamela. Dean le remercia avant de prendre de ses nouvelles et de lui demander de saluer Jess de sa part. Il appela ensuite Charlie et lui fit le même topo. La jeune femme sembla réellement heureuse pour lui. Dean avait pensé qu'elle aurait quelques réticences mais elle semblait avoir changé d'avis sur Castiel. Le jeune soldat ne put s'empêcher d'être soulagé. L'avis de sa meilleure amie avait une grande importance pour lui. Et il tenait à ce que sa relation soit approuvée par elle.

Une fois ses coups de fils passés, Dean rejoignit Castiel. Ils s'installèrent devant la télévision pour regarder une émission de décoration pour laquelle Dean avait développé une fascination durant ses journées à ne rien faire. Il ignora les remarques désobligeantes de Castiel et se contenta d'admirer l'animateur qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver incroyablement séduisant. Quand il le dit à son petit ami, ce dernier grimaça avant de l'embrasser passionnément. Dean se laissa faire sans résister. Il aimait assez l'idée que Castiel soit jaloux. Cela ne faisait que prouver une nouvelle fois qu'il avait réellement des sentiments pour lui.

Ils déjeunèrent rapidement puis quand il fut l'heure de partir voir Pamela, Castiel proposa de conduire le jeune soldat. Ce dernier avait toujours des difficultés à accepter d'être conduit à tous ses rendez vous mais puisqu'il n'avait pas le choix, il accepta avec un sourire. Il rêvait du jour où il pourrait reprendre le volant de sa voiture et entendre enfin à nouveau le bruit du moteur autour de lui. Il ne savait pas si cela serait possible un jour. Mais il aimait assez l'idée.

L'hôpital était bondé à l'heure où ils arrivèrent. Des patients attendaient dans la salle d'attente en passant le temps avec un magasine ou avec un café. Certains semblait perdre patience. D'autres paraissaient calmes et résignés. Dean détestait les hôpitaux. Il n'aimait pas l'odeur et l'atmosphère qui y régnait. Il se sentait oppressé dans cet endroit. Regardé et jugé. Comme si les gens autour de lui cherchaient à savoir si son état était pire que le leur. Uniquement parce qu'ils avaient besoin d'être rassurés. Dean ignora les regards tournés dans sa direction et suivit Castiel en silence jusqu'au bureau de Pamela.

La jeune femme les attendait assise sur le fauteuil qu'elle occupait toujours. Elle avait un dossier dans les mains – sans doute celui de Dean – et une tasse de café posée devant elle. Elle semblait concentrée sur ce qu'elle lisait. Mais sa tenue n'avait rien de conventionnel. Rien chez elle ne laissait à penser qu'elle était un médecin. Elle ressemblait plus à une groupie qu'à une psychologue. Pour Dean, c'était une bonne chose. Il serait probablement plus à l'aise si la personne à qui il s'adressait n'était pas stricte, sérieuse et froide. S'il avait été hétéro, il aurait probablement tenté de séduire Pamela. Mais il était irrémédiablement gay et totalement amoureux d'un autre.

Castiel salua sa collègue pour attirer son attention et Dean se contenta de lui adresser un petit signe de la main quand elle tourna les yeux vers lui. Il s'installa sur le canapé en face d'elle sans attendre qu'elle l'invite à le faire et se sentit soulagé quand Castiel prit place à côté de lui. Il lui attrapa aussitôt la main pour la serrer dans la sienne. Il se fichait de ce que Pamela pouvait en penser. Il avait besoin d'un contact physique avec son petit ami pour ne pas se laisser submerger par ses émotions. Pour que les mauvais souvenirs ne lui fassent pas perdre pied. Castiel était sa planche de salut et s'il voulait ne pas oublier où il se trouvait, il devait le sentir contre lui.

- Je ne vais pas vous cacher que la situation n'est pas vraiment … orthodoxe. Je n'ai pas pour habitude de recevoir deux personnes à la fois mais … commença Pamela en souriant.

- Cas reste, la coupa Dean aussitôt. J'ai besoin de lui.

Le jeune soldat savait que cela trahissait sa vulnérabilité. Mais il était ici pour ouvrir son cœur et dire toutes les choses qu'il avait refusé de dire jusque là. Il finirait forcément par se montrer fragile. Il était inutile de jouer un rôle ici.

- Je n'avais pas l'intention de lui dire de partir. J'allais simplement vous demander si vous étiez sûr de vouloir parler devant lui mais puisque vous venez de répondre à ma question, inutile que je vous la pose n'est ce pas ?

Dean hocha la tête. Il sentit le pouce de Castiel caresser le dessus de sa main et il poussa un long soupire de soulagement. Devant lui, Pamela referma son dossier et le posa sur la table basse entre eux.

- Parfait … nous pouvons commencer alors. Dean … qu'est-ce qui vous a poussé à venir me voir aujourd'hui ?

Le jeune soldat n'avait pas réellement expliqué son geste au téléphone au moment où il avait pris rendez vous. La question était légitime. Il prit une grande inspiration avant de répondre.

- Castiel et moi sommes … nous … depuis quelques jours, nous sommes en couple, expliqua t-il le plus calmement possible.

Pamela souriait toujours. Elle ne les jugeait pas. Dean se força à soutenir son regard même s'il mourrait d'envier de poser ses yeux sur Castiel et de ne plus regarder ailleurs jusqu'à la fin de la séance. Ca aurait été contreproductif et il le savait. Il devait apprendre à affronter le regard des autres et ne pas se réfugier automatiquement derrière son petit ami.

- Je suis amoureux de lui et il … je pense qu'il est amoureux de moi lui aussi.

- Je le suis, confirma Castiel d'une voix forte.

Dean sourit faiblement avant d'enchaîner.

- Cette relation est … c'est une surprise pour moi. Je ne m'attendais pas à retomber amoureux et j'ai vraiment envie que ça marche mais … il y a encore des choses qui m'empêchent de la vivre à fond. Des … souvenirs. Je … je fais des cauchemars régulièrement et la nuit dernière … je l'ai frappé.

Pamela fronça les sourcils et posa les yeux sur Castiel. Dean savait exactement ce qu'elle pensait à cet instant précis. Le bleu sur la joue du jeune médecin ne pouvait pas être ignoré. Le jeune soldat s'empressa de s'expliquer.

- Je ne voulais pas le frapper mais … j'étais persuadé … quand il a tenté de me réveiller, j'étais persuadé qu'il me voulait du mal … que c'était mon ennemi. Je … je ne veux pas lui faire du mal … je ne veux plus passer mes nuits à revoir mes anciens hommes mourir sous mes yeux et je veux … je veux juste pouvoir vivre ma vie normalement.

Pamela hocha la tête en se concentrant à nouveau sur lui. Dean aurait aimé l'entendre dire que les choses s'arrangeraient rapidement et qu'elle avait une solution miracle pour lui. Bien sûr, ce n'était pas aussi simple et il le savait.

- Dean, la culpabilité que vous ressentez est parfaitement normale. Vous avez perdus trois de vos hommes et vous vous sentez responsable. Si ce n'était pas le cas, je serais inquiète. Mais je sais que c'est quelque chose de difficile à supporter. Et ce sera probablement difficile également à combattre. Mais vous pouvez y arriver si vous acceptez d'y mettre du votre.

Le jeune soldat hocha aussitôt la tête.

- Je veux aller mieux, affirma t-il.

Castiel lui serra alors un peu plus fortement la main. Dean avait fait un choix et il était déterminé à s'y tenir. Il voulait guérir. Il voulait le faire pour l'homme extraordinaire qui se trouvait à côté de lui mais aussi et surtout pour lui même. C'était une première. Il n'avait jamais réellement pensé à lui avant. Quand il était plus jeune, il faisait passer l'intérêt de Sam avant le sien. Avec Michael, il avait toujours pensé que le bien être de son petit ami était plus important que tout le reste. Il s'était toujours mis de côté. Mais à présent, il avait envie de faire quelque chose pour lui. De se montrer égoïste pour la première fois de sa vie.

- Et vous irez mieux Dean. Je peux vous le garantir. Le fait que vous soyez là prouve votre détermination et c'est sans nul doute l'étape la plus importante. Je suis contente que vous me fassiez confiance et je peux vous garantir que je suis la meilleure dans mon domaine. Mais je veux que vous soyez conscient que ce ne sera pas facile. Il y aura des hauts et des bas. Parfois, vous perdrez confiance. Mais je vous fais une promesse. Vous allez vous en sortir.

Dean aimait ce qu'il entendait. Pamela semblait totalement sûre d'elle. Et le jeune soldat savait qu'elle ne disait pas ça uniquement pour le rassurer. Ou pour satisfaire Castiel. Elle avait vraiment envie de l'aider. Et elle se sentait capable de le faire. Dean avait pris la bonne décision en venant.

- Je sais que ce ne sera pas simple mais je veux y arriver, assura t-il alors.

Pamela acquiesça puis se leva de son fauteuil pour leur servir du café. Dean accepta sa tasse avec un sourire alors que Castiel remerciait la jeune femme verbalement. Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes avant que Pamela ne reprenne finalement la parole.

- Commencez par me parler de votre cauchemar.

Dean prit alors une grande inspiration puis ferma les yeux une seconde. Il ne l'aurait probablement pas fait si Castiel n'avait pas été à ses côtés. Il aurait eu trop peur de se perdre dans ses souvenirs. Peur de perdre contact avec la réalité. Mais la main de Castiel dans la sienne l'empêcherait de perdre pied et il n'avait pas peur.

- C'est toujours le même à quelques détails près … le plus souvent, je suis dans le désert Irakien et je suis seul. J'entends des coups de feu et quand je me dirige en direction du bruit, je vois mes hommes se faire tuer un à un. Ils m'accusent tous de les avoir laissé mourir. Puis ensuite, je réalise généralement que je suis blessé. Ma jambe saigne et je ne peux plus bouger. Les soldats ennemis sont autour de moi mais ils refusent de m'achever. Ils me regardent agoniser en me disant que c'est mon châtiment. C'est généralement là que je me réveille.

C'était la première fois qu'il décrivait son cauchemar avec autant de précision. Castiel était tendu à côté de lui. Dean savait qu'il n'était pas en colère mais qu'il n'aimait pas ce qu'il entendait. Pamela, quant à elle, avait les yeux fixés sur le jeune soldat quand il la regarda à nouveau.

- Vous avez perdu trois hommes lors de cette opération n'est ce pas ? Demanda t-elle d'une voix douce.

Dean hocha la tête.

- Les autres s'en sont sortis indemnes ? Demanda Pamela ensuite.

- Garth a été blessé légèrement mais il va bien. Les autres n'avaient que des égratignures.

Pamela épousseta alors son jean durant quelques secondes alors que Dean tournait rapidement le visage vers Castiel. Comme il s'y était attendu, le jeune médecin avait les yeux qui brillaient et le visage tendu. Il était pâle. Mais il ne semblait pas avoir l'intention de partir.

- Vous les avez revus depuis ? Demanda finalement Pamela, arrachant Dean à sa contemplation.

Le jeune soldat reporta alors son attention sur elle.

- Garth est venu me voir à l'hôpital plusieurs fois. J'ai régulièrement de ses nouvelles mais il a été déployé à l'étranger à nouveau et il est difficile de rester en contact parfois. Ed et Harry ont quitté l'armée. Je crois que l'accident les a … il les a sérieusement perturbés. Mais ils m'écrivent encore parfois. Je sais qu'ils vont mieux. Pour les autres, ils ont tous repris du service. Jodie m'a appelé il y a quelques semaines. Ruby m'a envoyé une lettre et …

- Tous s'inquiètent pour vous et ont choisi de rester en contact, le coupa Pamela.

Dean ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir mais il hocha tout de même la tête pour le lui confirmer. La jeune femme sourit alors en inclinant la tête sur le côté.

- Pensez vous qu'ils l'auraient fait s'ils vous avaient jugé responsable de la mort de vos trois hommes ?

Dean prit quelques secondes pour réfléchir à la question avant de réaliser à quel point Pamela avait été habile. Il ne pouvait que répondre par la négative.

- Je suppose que non.

- On peut alors en déduire sans trop se tromper qu'aucun de vos hommes ne vous en veut pour ce qui est arrivé. Qu'ils ne vous considèrent pas comme responsable. Qu'ils continuent d'avoir du respect pour vous.

Dean acquiesça à nouveau.

- Sans doute.

Pamela reprit alors son dossier sur la table avant de l'ouvrir et de le parcourir rapidement des yeux.

- Pouvez vous me parler des hommes que vous avez perdus ?

Dean était surpris qu'elle n'insiste pas sur le fait que ses anciens camarades ne lui en voulaient pas avant de changer ainsi de sujet. Il supposait qu'elle voulait le voir réaliser les choses par lui même sans avoir besoin de les lui répéter encore et encore. C'était probablement une technique classique. Il ne savait pas si cela fonctionnerait avec lui. Il l'espérait.

- Gordon n'était pas … ce n'était pas le genre de personne avec qui j'aurais pu m'entendre dans la vie civile. Il était violent, intolérant et colérique. Il me faisait peur parfois. Mais c'était un très bon soldat. Je ne sais pas ce qui a pu le pousser à choisir de servir l'armée. Je suppose qu'il aimait l'idée de pouvoir se servir d'une arme et d'y être encouragé. Mais il était compétent. Il ne reculait devant rien et n'avait peur de rien. Je savais que je pouvais compter sur lui quand les choses dégénéraient. Peu importait que ce ne soit pas quelqu'un de bien. Ce n'était pas ce qui comptait sur le champ de bataille. C'était ses qualités de soldats qui m'intéressaient.

Il s'interrompit alors pour reprendre son souffle avant d'enchaîner.

- Richie était différent. Il n'avait rien d'un soldat. La première fois que je l'ai rencontré, j'ai hésité à demander à ce qu'il soit transféré dans une autre section. Il me semblait tête en l'air et peureux. Dragueur aussi. Mais … j'ai vite compris mon erreur. Il m'a sauvé la vie plusieurs fois et il … quand il avait son arme entre les mains, il devenait un autre homme. Un soldat. Il aurait donné sa vie pour n'importe quel soldat combattant à ses côtés. Il n'aurait même pas hésité une seconde avant de le faire. C'était quelqu'un de bien. J'ai juste mis un peu de temps à le comprendre. Son attitude désinvolte était un moyen pour lui de se protéger des dangers qu'il affrontait quotidiennement. C'était une sorte de carapace qu'il s'obligeait à porter pour ne pas souffrir plus que nécessaire. Je l'aimais beaucoup.

Dean s'interrompit à nouveau et baissa les yeux sur sa main que Castiel tenait toujours fermement dans la sienne. Il se concentra une seconde dessus pour retrouver un peu de force avant de reporter son attention sur Pamela et de reprendre la parole.

- Samandriel … je l'ai aimé dès que je l'ai vu. Je l'ai rapidement considéré comme mon petit frère. Il était courageux et il avait réussi tous les tests qu'il avait passés haut la main. Il était brillant. Mais il était extrêmement jeune et j'avais peur que … j'avais peur que cela finisse par le briser. Que voir la mort et l'affronter quotidiennement tuerait ce qui faisait de lui un jeune homme optimiste. Je ne voulais pas que son espoir disparaisse. Je ne voulais pas que l'armée tue tout ce qu'il y avait de beau et de bon en lui et en fasse un homme désabusé et aigri. J'avais envie de le protéger. Je faisais en sorte qu'il soit toujours en retrait. Qu'il ne court pas plus de risques que nécessaire. Il ne contredisait aucun de mes ordres mais je sais qu'il avait compris. Il attendait simplement que je finisse par lui faire suffisamment confiance. Il était … déterminé à réussir et je pense avec le recul que j'ai eu tort de ne pas voir qu'il ne changerait pas. Qu'il était suffisamment … lumineux pour que l'horreur de ce qu'il voyait ne vienne pas l'assombrir.

Dean savait qu'il parlait de Samandriel comme d'un petit frère. D'un ami plus proche que tous ceux qu'il s'était fait dans l'armée. Et c'était peut être parce que le jeune homme lui rappelait Sam qu'il avait tout de suite ressenti le besoin de le protéger. Parce qu'il n'avait plus besoin de le faire pour son petit frère qu'il avait eu envie de le faire pour Samandriel. Peu importait à vrai dire. Il avait à présent réalisé que cela n'avait servi à rien. Il n'avait pas pu le protéger de tout. Il n'avait pas pu le sauver. Et c'était sa mort qu'il avait le plus de mal à accepter. Samandriel était trop jeune. Trop innocent pour mourir de cette façon. Il avait souffert. Avait pleuré et appelé sa mère au moment où il agonisait. Dean ne pourrait jamais oublier ses cris.

- Gordon et Richie sont morts sur le coup. Ils n'ont pas souffert. Et je ne dis pas que cela rend les choses plus faciles à accepter mais … Samandriel a souffert atrocement. Il s'est vidé de son sang à quelques mètres de moi sans que je puisse l'atteindre. Il m'appelait. Criait mon nom. Puis il a fini par appeler sa mère. C'était … je ne pourrais jamais l'oublier. Il pleurait et demandait à sa mère de venir le chercher. De venir l'aider. Il ne savait plus où il était et … il est mort lentement. J'aurais du pouvoir faire quelque chose … le réconforter au moins. Le sauver peut être. Je lui avais demandé de monter avec moi parce que je voulais garder un œil sur lui. Si je l'avais fait monter dans le véhicule de derrière, il serait toujours en vie.

- Dean, est-ce que vous saviez qu'une attaque était programmée ?

Le jeune soldat haussa les épaules. Ce n'était pas une question facile. Il n'avait pas eu d'informations précises mais il savait le risque qu'il faisait courir à ses hommes.

- Non … pas précisément mais je connaissais les risques. Je savais que suivre les ordres nous exposait à un danger plus grand que d'ordinaire. La zone était instable et les rebelles avaient repris du terrain sur nous. Notre convoi était une cible parfaite et je … je le savais. J'aurais du protester. J'aurais du savoir.

- Dean, vous n'êtes pas devin. Pas plus que vous n'étiez à même de prendre une telle décision. Si vous aviez désobéi, vous auriez été sanctionné, vos hommes confiés à un autre officier et ils auraient été attaqués de la même façon. Ca n'aurait rien changé. Ce n'est pas de votre faute, assura Pamela d'une voix calme et douce.

Dean la regarda durant de longues secondes en fronçant les sourcils. Ca avait un sens. Il savait qu'elle avait raison mais la plupart du temps, il oubliait la logique. Il laissait le voix libre à sa culpabilité et il se laissait totalement submerger.

- Pourquoi sont ils morts et moi pas ? Demanda t-il bêtement alors.

Il n'y avait aucune réponse à cette question. Il n'y avait aucune explication à ce qui s'était passé. Ce n'était pas son heure tout simplement. Il devait l'accepter. Mais il n'y parvenait pas totalement. Il continuait de s'en vouloir d'être en vie. Il ne souhaitait pas mourir. Plus maintenant. Toutefois, il se sentait coupable d'envisager d'être heureux quand trois de ses hommes pourrissaient six pieds sous terre.

- Pourquoi suis je en vie ? Qu'est-ce que j'avais de plus qu'eux ? Je … je ne comprends pas pourquoi …

Dean s'interrompit alors la gorge nouée. Il pouvait sentir les larmes lui monter aux yeux. Il était surpris qu'elles aient pris autant de temps à venir. Il aurait cru craquer plus tôt. Il supposait qu'il devait son semblant de courage à la présence de Castiel à ses côtés.

- Dean, écoutez moi, déclara Pamela pour qu'il se concentre sur elle.

Le jeune soldat se força à soutenir son regard malgré son envie d'enfouir son visage dans le cou de Castiel pour échapper à tout ce qu'il venait de dire. Il avait envie que le jeune médecin referme ses bras autour de lui et l'emmène loin de tout. Loin de ses souvenirs et loin des fantômes qui continuaient de la hanter même quand il avait les yeux ouverts. Mais il devait affronter la réalité et attendre ce que Pamela avait à lui dire. C'était important même si c'était incroyablement difficile.

- Personne … vous m'entendez … personne n'aurait pu deviner ce qui allait se passer. Ni vous ni vos supérieurs … ni aucun de vos hommes. Bien sûr, vous saviez que vous courriez un risque … que vous leur faisiez à tous courir un risque mais c'est monnaie courante quand on est dans votre situation. C'est quelque chose que chaque soldat accepte quand il rejoint l'armée. Vous acceptez de vous mettre en danger et vous savez que vous pouvez vous faire tuer ou blesser. Gordon, Richie et Samandriel le savaient. Ils n'ont pas eu de chance et c'est horrible de mourir aussi jeune. Mais cela fait partie de votre métier. Cela fait partie de votre mission. Ce n'est de la faute de personne si ce n'est de ceux qui ont mis ce piège en place. Vous avez le droit d'être en colère. Ce serait surprenant que ce ne soit pas le cas mais votre colère doit être dirigée contre les bonnes personnes … en l'occurrence ici les monstres qui ont mis cette bombe en place. Pas vous … pas vos supérieurs … pas vos hommes. Ce n'est pas de votre faute. J'ai besoin que vous l'entendiez.

- Mais j'aurais du, protesta Dean faiblement.

- Vous ne pouviez rien faire de plus … personne ne vous en veut Dean. Vos hommes, ceux qui restent, ne sont pas en colère contre vous. Pas plus que votre ancien supérieur le Lieutenant Henriksen. Personne et je dis bien personne ne vous considère comme responsable de leur mort. Ce n'est pas de votre faute.

Dean entendait les mots et savait qu'ils étaient justes. Il savait que Pamela avait raison. Mais c'était dur de s'en souvenir parfois. Il avait envie de se blâmer. Envie de s'en vouloir parce qu'il avait besoin de croire que leur mort n'était pas uniquement le fait du manque de chance ou du hasard … du destin. Il avait besoin d'avoir un autre responsable que les hommes sans visage qui ne pourraient jamais être punis. Qu'on ne retrouverait probablement jamais parmi les centaines d'autres qui tuaient des soldats tous les jours. Il avait besoin d'un nom … d'une identité. Il ne l'obtiendrait jamais. Alors il avait appris à s'en vouloir à lui. Mais ce n'était pas une bonne chose et cela ne l'aidait en rien.

- Ce n'est pas de votre faute, répéta finalement Pamela après quelques secondes.

Dean hocha alors lentement la tête. Il n'était pas totalement prêt à le croire mais il avait envie de faire un effort. Il ferma ensuite les yeux et laissa les larmes couler sur ses joues. Il laissa Castiel les essuyer du bout du pouce avant de rouvrir les yeux. Il se sentait sensiblement mieux. Mais il savait que cela ne durerait pas. Qu'il allait avoir besoin de temps avant d'aller réellement mieux. Il devait se montrer patient.

- Vos hommes étaient des gens biens. Des soldats courageux et leur mort est dramatique. C'est triste et injuste et cela met beaucoup de gens en colère. Mais ils sont morts … rien de ce que vous pourrez vous infliger ne les ramènera. En vous enfermant dans votre chagrin et dans votre dépression, vous vous empêchez de vivre. Vous n'avez pas le droit. Ils sont morts mais pas vous. Vous devez vivre pour eux aussi. Pour que les salopards qui sont responsables de leur mort ne gagnent pas cette victoire là aussi.

Dean sentit un sanglot lui monter dans la gorge. Il le ravala difficilement avant d'hocher plusieurs fois la tête.

- Dean, je suis presque sûr qu'ils vous encourageraient à être heureux si toutefois ils étaient en vie. Ils aimeraient vous voir vivre pleinement. Parce qu'ils n'ont pas eu cette chance et que vous êtes en train de la gâcher. Je sais que c'est plus facile à dire qu'à faire mais si vous tenez réellement à leur rendre hommage alors vous devez vivre.

Le jeune soldat savait qu'il avait besoin d'entendre toutes ces choses. Mais ce n'était pas simple. Bien au contraire, c'était incroyablement douloureux.

- Mais les cauchemars … ils ne vont pas disparaître hein ? Demanda t-il finalement parce que c'était la raison principale de sa venue.

Pamela secoua la tête, confirmant ses soupçons sur ce point.

- Non. Il n'y aura pas de miracle … pas après un seul rendez vous avec moi. Je suis douée mais je ne suis pas magicienne. Vous avez besoin de travailler sur ce que vous ressentez avant de vous en débarrasser. Mais ils finiront par disparaître … je peux vous le jurer. Il faut juste que vous acceptiez de laisser partir vos amis. Il faut que vous acceptiez de leur dire « adieu ».

Dean le savait. Il avait envie de lâcher prise et de tirer un trait sur tout cette histoire. Il ne savait simplement pas comment s'y prendre. Il aurait aimé qu'on le guide. Qu'on lui dise quoi faire. Il ne parvenait pas à prendre de décision seul.

- Je ne sais pas comment faire, admit il un peu honteux.

Il sentit Castiel se pencher dans sa direction et il apprécia le contact de son épaule contre la sienne. Ils avaient toujours les mains jointes. Dean savait que c'était la seule chose qui le retenait de craquer complètement.

- Personne ne le sait jamais … il n'y a pas de méthode type non plus. C'est quelque chose sur laquelle vous devez travailler jour après jour. Parlez d'eux avec vos proches. Evoquez les bons souvenirs avec les hommes qui les connaissaient. Racontez des anecdotes. Et allez sur leurs tombes. Parlez leur à eux. Dites leur clairement « adieu ». Et petit à petit, les mauvais souvenirs laisseront place aux bons. Ils seront les premiers à vous revenir en tête quand vous penserez à eux. Vous saurez alors que vous avez avancé.

Dean hocha alors une énième fois la tête. C'était un plan. Il allait le suivre. Il commencerait par parler avec Castiel, Sam et ses amis des trois hommes qu'il avait perdus. Puis il se rendrait au cimetière pour leur parler. Il ne croyait pas réellement à la vie après la mort mais il aimait l'idée qu'ils puissent l'entendre malgré tout.

- Et je veux également vous revoir deux fois par semaine dans un premier temps. Le mardi avec Castiel et le jeudi seul. Nous travaillerons ensemble et je peux vous garantir que vous vous sentirez mieux rapidement. D'accord ?

- D'accord, accepta Dean.

Ils passèrent ensuite le reste de la séance à parler de tout et de rien. Castiel et Pamela étaient visiblement amis. Dean appréciait réellement la jeune femme. Il espérait qu'elle pourrait apporter de l'aide à son petit ami en même temps. Qu'elle saurait le convaincre qu'il avait lui aussi besoin de l'aide d'un professionnel. Castiel avait avancé mais il n'était pas non plus complètement guéri. Il était évident qu'il avait encore besoin de parler.

- Quand la séance fut terminée, Castiel guida Dean dans les couloirs de l'hôpital jusqu'à son bureau. Il récupéra des dossiers afin de pouvoir travailler sur les comptes rendus qu'il avait à rendre depuis l'appartement du jeune soldat. Ce dernier fut touché de voir que son petit ami n'avait pas l'intention de l'abandonner avant quelques jours. Il avait de la chance de l'avoir.

Ils quittèrent ensuite l'hôpital en silence. Une fois dans la voiture, Dean saisit la main de Castiel par dessus le levier de vitesse et la serra fortement dans la sienne.

- Merci, souffla t-il car il estimait qu'il était important pour Castiel de l'entendre.

Ce dernier lui jeta un coup d'oeil quand ils furent arrêtés à un feu rouge.

- Merci pour quoi ?

Dean ne savait même pas par quoi commencer. Il ne savait pas comment résumer tout ce pour quoi il était reconnaissant envers son petit ami. La liste était longue. Il choisit finalement de commencer par l'essentiel.

- Merci de ne pas m'avoir laissé tomber. Merci de m'avoir accompagné aujourd'hui et merci de m'aimer malgré tout.

Castiel redémarra quand le feu passa au vert. Dean garda les yeux rivés sur lui, admirant son profil que la lumière éclairait magnifiquement.

- Tu n'as pas à me remercier, assura finalement le jeune médecin après quelques minutes.

Sauf que Dean pensait réellement qu'il devait beaucoup à son petit ami. Mais il hocha tout de même la tête. C'était une conversation qu'il aurait à un autre moment. Il était inutile d'insister pour l'instant.

- Toi et moi contre le reste du monde, rappela Dean à la place.

C'était ce que Castiel lui avait dit la veille quand il avait fait sa crise d'angoisse. Ces quelques mots résumaient leur situation. Mais ils n'étaient pas totalement justes à la fois. Ils n'étaient pas réellement seuls. Il y avait du monde qui acceptait leur relation. Des gens qui étaient heureux pour eux et qui se fichaient de ce que les reste du monde pouvait en penser. Mais Dean aimait prononcer ces mots. Il aimait l'idée qu'avec Castiel, il était plus fort que seul. Qu'il avait le courage nécessaire pour tout affronter du moment que son petit ami restait à ses côtés. Ils n'étaient pas réellement seuls contre tout le monde. Mais pour Dean, seul Castiel pouvait l'aider à guérir. C'était ce que ces quelques mots signifiaient pour lui.

- Toi et moi oui, confirma Castiel en s'arrêtant à nouveau à un feu rouge.

Dean ne voyait pas réellement quoi ajouter à ce qu'il venait de dire. Il avait la sensation d'avoir fait le tour de tout ce qu'il se sentait capable d'avouer pour le moment. Il y avait encore beaucoup de mots à prononcer. Beaucoup de sentiments et d'émotions à décrire. Mais il n'en avait pas la force. Il était épuisé par son rendez vous avec Pamela et par la nuit mouvementée qu'il avait passée. Il avait besoin de se reposer avant d'en dire plus. Et il avait bien l'intention de le faire serré contre Castiel. Dans ses bras. Là où personne ne pouvait l'atteindre. Pas même tous ses mauvais souvenirs.

- Dès qu'on sera rentré, je vais me glisser sous les couvertures et dormir durant des heures. Et je vais le faire avec toi. Je veux que tu me prennes dans tes bras et que tu me serres contre toi jusqu'à ce que je m'endorme. Et je veux que ce soit le cas jusqu'à la fin de notre vie.

Dean savait qu'en disant ces choses, il s'engageait sur le long terme avec Castiel. Qu'il faisait une promesse qu'il n'était pas sûr de pouvoir tenir. Son passé lui avait appris que même en voulant réellement faire les choses biens, il arrivait qu'elles nous échappent. Il avait envie de faire un long bout de chemin avec le jeune médecin mais rien ne lui garantissait que le destin avait les mêmes plans pour eux. Il avait toutefois envie que Castiel l'entende. Qu'il comprenne qu'il n'avait pas l'intention d'abandonner leur relation simplement parce que les choses ne seraient pas simples entre eux.

- J'aime assez cette idée, admit Castiel en souriant.

Dean savait très bien ce que cela voulait dire. C'était un engagement de la part du jeune médecin. C'était un « moi aussi » à peine déguisé. Castiel avait envie de tenter sa chance avec lui. Il avait envie de croire que leur avenir s'écrivait à deux à présent. Qu'ils en avaient fini avec la solitude et le chagrin. Qu'ils allaient être heureux. Il lui faisait la même promesse. Même s'ils ne pouvaient pas être sûrs que cela fonctionnerait.

- Je t'aime Cas, murmura alors Dean parce qu'il s'agissait là de la meilleure conclusion possible à tout ce qu'il avait dit jusque là.

Le jeune médecin lui jeta un rapide coup d'oeil avant de se reconcentrer sur la route. Il avait les traits tirés par la nuit compliquée qu'ils venaient de passer. Mais son regard s'était éclairci et le sourire qui étirait ses lèvres n'était absolument pas forcé.

- Je t'aime aussi Dean.

Le jeune soldat sourit à son tour avant de tourner le visage vers la fenêtre passager. Il observa les gens qui remontaient les rues et ceux qui entraient et sortaient des magasins qu'ils croisaient. Il se demanda une seconde combien d'entre eux avaient vécus des expériences similaires aux siennes. Des épreuves visiblement insurmontables mais qu'ils parvenaient tout de même à affronter. Dean se demanda combien s'estimaient réellement heureux de ce qu'ils avaient. Combien voulaient toujours plus. Il avait passé ces derniers mois entièrement centré sur ses problèmes et il avait oublié qu'il n'était pas le seul à souffrir. Qu'il y avait plus malheureux que lui. Dean était vivant. Il était aimé et soutenu. Et il avait Castiel. Rien n'était parfait mais rien n'était insurmontable. Il avait toutes les raisons d'être optimiste. Et il souhaitait la même chose à toutes les personnes qui traversaient des épreuves comme lui. Il leur souhaitait de rencontrer quelqu'un comme Castiel pour leur redonner espoir. Pour les soutenir et les aimer. Il espérait qu'elles finiraient toutes par retrouver le sourire comme lui. Parce que le proverbe disait vrai en fin de compte. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Et Dean avait survécu. C'était à lui maintenant d'en tirer les conclusions logiques.