Il y a une petite rumeur stellaire intitulée "seul dans la neige" en bonus. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite mais un auteur qui mérite plus de reconnaissance alors allez la lire et laissez vos commentaires. Merci et voici le nouveau chapitre.
Bonne lecture.
Par décret royal le grand musée d'Hellemine avait été fermé jusqu'à nouvel ordre, et depuis des heures, elle suivait de collection en réserve Léonard et Salilymn, qui tels deux enfants dans un magasin de jouets, ne cessaient de pointer du doigt tel ou tel artefact pour que les deux clercs qui escortaient le professeur Lamartine en prennent note.
Voyant l'ingénieur manchot tourner autour d'une étrange machine à moitié encroûtée dans du grès, elle se décida à jeter un œil à la liste.
« Léonard, essayez de rester concentré, vous avez déjà sélectionné plus de quatre cents objets. » lui fit-elle remarquer.
Le wraith se redressa, outré.
« Savez-vous ce qu'est cette machine, Rosanna Gady ? » grinça-t-il en wraith, profitant de sa connaissance de la langue pour laisser les Hellèmes dans l'ignorance.
« Non.»
« C'est une unité d'assemblage de drones lanthiens ! » s'exclama-t-il, ne pouvant s'empêcher une pose vaguement dramatique.
« Ou du moins ce qu'il en reste. » nota Salilymn qui avait poursuivi l'inspection de la machine.
« Et elle serait réparable ? » s'enquit l'artiste.
« Abso... »
« Non, Madame Gady. » intervint une fois de plus Salilymn.
« Bon, alors pourquoi s'exciter ? »
Léonard feula, furieux et vexé.
« Elle est au-delà du réparable, mais nous ignorons tout du processus de fabrication des armes lanthiennes, l'étudier nous permettrait à terme d'en répliquer l'usinage... »
«...et de pouvoir fabriquer de nouveaux drones ! » conclut-t-elle, comprenant soudain l'enthousiasme de l'ingénieur manchot.
Les deux wraiths acquiescèrent vigoureusement.
Elle se tourna vers le professeur.
« Mes wraiths aimeraient étudier cette machine. Serait-ce possible ? »
L'homme se renfrogna.
« Nous partagerions le fruit de nos recherches avec vous, bien entendu. »
Il s'éclaira un peu.
« Ça doit pouvoir se faire. » bougonna-t-il finalement.
« Parfait ! Notez quelque part que celle-là est à étudier ! » conclut-elle, alors que les deux aliens s'éloignaient déjà à la recherche de leur prochaine acquisition.
Au final, après deux interminables journées dans le musée, une abracadabrante liste de plus de trois mille objets à acheter et près de deux cents cinquante à examiner fut dressée.
Il en fallut trois de plus aux deux scientifiques pour déterminer quelles étaient les priorités, et en fournir une liste à Rosanna qui put ensuite en négocier l'achat.
Fort heureusement pour eux, le roi, que la visite de Delleb avait terrifié, avait clairement fait comprendre sa volonté de ne pas les froisser, et ils avaient obtenu des prix absolument ridicules pour toutes ces antiquités.
Milena avait failli s'évanouir en découvrant la somme qu'il lui faudrait trouver, en matières premières et en différentes monnaies et pierres précieuses.
Afin de bien faire comprendre la folie de tout cela, elle avait fait une rapide conversion, qu'elle avait ensuite collé sous le nez tant de l'artiste que de la reine millénaire.
Ils venaient d'acheter, en tout, pour trois cents kilos d'or, ou quatre-centre trente trois d'aligate, en vieilleries !
Ils n'avaient en aucune manière une telle somme sous la main. L'Utopia partit donc chercher aux quatre coins de leur territoire de quoi payer un premier lot « prioritaire », tandis que Rosanna et Markus restaient en compagnie des deux scientifiques qui s'étaient plongé avec passion dans l'étude des reliques trop abîmées pour être utilisées, mais néanmoins intéressantes, qu'ils avaient découvertes.
Le professeur Lamartine, visiblement trop terrifié pour côtoyer les aliens, envoya son pauvre collègue, le professeur Robesse, pour surveiller et valider leurs recherches.
L'homme ne serait sans doute jamais à l'aise à leur contact, mais il ne put s'empêcher de collaborer avec eux lorsqu'il réalisa que les deux aliens étaient sans doute le meilleur moyen pour eux de résoudre les milliers d'énigmes que les Anciens leur avaient laissés, à lui, à Lamartine et à tous leurs illustres prédécesseurs.
Au final, après un premier paiement, ce furent plus de cinq cents objets soigneusement rangés dans des caisses ou emballés dans de grands draps qu'ils emportèrent, tandis qu'avec un soin paranoïaque, Léonard copiait sur plusieurs dizaines de cristaux les plans de la demi-douzaine de machines qu'ils avaient étudié sous toutes les coutures.
En plus de leurs achats, ils emportèrent un bien étrange colis en la personne du professeur Robesse, qui avait vu en la proposition de Rosanna de venir étudier l'Utopia et ses machines en fonction, une opportunité de se sortir de l'ombre éternelle de Lamartine.
Ils avaient entamé leur long vol de retour depuis deux jours, lorsque Léonard vint la voir, avec l'air de chien battu qu'elle avait appris à associer à toute nouvelle concernant la Terre ou Atlantis.
Le wraith prit le soin de verrouiller la porte du poste de contrôle auxiliaire avant de parler.
« Madame, je ne veux pas vous importuner avec des détails techniques sans importance, mais pour faire simple, j'ai lancé de nombreux programmes de fond sur l'Utopia. L'un d'entre eux, est une sorte de... scanner, qui permet de localiser tout bâtiment allié. Personne ne l'a remarqué, mais il a accroché un signal durant le dernier voyage de Milena Giacometti.» commença-t-il, tendu.
« Et ? » bafouilla-t-elle, le cœur battant à mille à l'heure.
« Il a détecté le signal d'une cité... Atlantis. »
« Atlantis ?! Je croyais qu'elle n'était plus dans cette galaxie ! »
« Elle est revenue, visiblement, Madame. Elle se trouve à trois jours d'hyperespace d'Oumana. »
Atlantis était revenue ! Ça changeait tout. Tout.
Ils allaient pouvoir rentrer sans abandonner les Ouman'shii, sans détruire tout ce qu'ils avaient construit.
Elle se força à inspirer profondément.
« L'avez-vous dit à quelqu'un ? »
« A personne, Madame. J'ai pensé que vous voudriez être la première à savoir. »
« Vous avez eu totalement raison. »
Le wraith la fixa un instant ou deux, visiblement inquiet.
« Si je puis me permettre, Madame, qu'allez-vous faire ? »
« Je vais tenir une promesse, et j'espère que je puis conter sur vous pour m'aider. »
« Bien entendu, Rosanna Gady. Qu'attendez-vous de moi ? »
« Prévenez Salilymn et, dès notre retour, Silmalyn et Filymn, nous aurons besoin d'eux. Personne d'autre ne doit être au courant, et surtout pas Markus. Compris ? »
« A vos ordres, Madame Gady. »
Rosanna Gady lui avait présenté son plan. Il ne l'aimait pas, mais comme il commençait à s'en rendre compte, elle était ainsi. Elle et son étrange honneur qui la poussait à rendre un précieux E2PZ, ou à tenir une promesse vieille de presque deux ans.
Ils avaient donc fait la tournée des différents vaisseaux en cours d'hybridation pour y déposer ses différentes nouvelles acquisitions, puis étaient partis déposer les quelques pièces restantes qui n'étaient pas destinées à l'Utopia sur Oumana, où il avait prévenu ses frères de ruche en toute discrétion.
Rosanna leur avait demandé de trouver un moyen de vider la frégate de tout son personnel, défi qu'il avait relevé avec brio en prétextant un reroutage des systèmes de polarisation du bouclier, exigeant que le vaisseau soit évacué pour qu'en cas du surcharge des systèmes, personne ne soit frappé par les éclairs qui ne manqueraient pas de traverser les coursives.
Avec tout ce nouveau matériel à stocker et inventorier, une nouvelle délégation grinnaldienne, une trentaine de réfugiés venus chercher paix et espoir à loger, et tous les soucis habituels de leur monde, la quasi intégralité de son clan n'avait eu aucune peine à se glisser à bord de la frégate désertée, qui s'était gracieusement élevée dans le ciel à peine Rosanna installée dans le fauteuil.
Elle avait laissé un message rassurant à un Markus désemparé puis ils s'étaient enfoncés dans le tunnel d'hyperespace qui les mènerait à la ruche des Terriens : Atlantis.
Dès leur vol stabilisé, il s'était mis au travail avec Salilymn. Sa sœur humaine leur avait expliqué ses intentions, et les différents aspects de son plan, et ils n'avaient que quelques jours pour créer de toute pièce les programmes qui leur permettraient de le mettre à exécution.
Ils étaient sortis d'hyperespace hors de portée des détecteurs de la cité, et avant d'entamer le long vol subspatial qui les en approcherait, lui et ses trois frères avaient rivés à leur tempe l'implant qu'il avait crée pour les rendre muets et invisibles dans l'Esprit. Puis après plus de cinquante heures d'une insupportable approche furtive, ils s'étaient retrouvés en orbite de la planète sur laquelle se trouvait Atlantis.
Et la mission avait commencé.
Salilymn devait rester aux commandes de la frégate, assisté de Silmalyn qui avait préparé l'infirmerie afin de pouvoir pallier à toute éventualité.
Il avait personnellement calibré le téléporteur, afin que synchronisé sur la fréquence du bouclier Ancien, il le téléporte dans les tréfonds de la cité, dans laquelle il devrait œuvrer sans se faire détecter pendant que Rosanna et Filymn attendraient à bord d'un Jumper occulté qu'il désactive le bouclier pour entrer.
Ses calculs avaient été parfaits, et il se rematérialisa bien sur le sol froid d'un niveau abandonné de l'antique cité, mais comme il l'avait aussi prévu, cela ne fut pas sans conséquence, et après un rapide examen de son état général, il estima qu'en plus d'une bonne partie de ses vêtements, près de trente pour-cent de sa peau ne s'était jamais rematérialisée.
Ravalant un grondement de douleur, il se mit en route d'un trot boiteux.
Un relais énergétique devait se trouve à moins de cent mètres de lui. Il lui suffirait de la saboter afin que la cité perde suffisamment d'énergie pour ne plus pouvoir maintenir le bouclier.
Elle détestait l'idée d'envoyer ainsi Léonard seul à bord de la cité. Elle lui avait dit de se rendre si jamais il était découvert, et de ne surtout pas tenter de résister, mais si elle ne doutait pas trop que les Atlantes préféraient capturer vivant un ennemi pour avoir une chance de l'interroger que de bêtement le tuer, elle ne pouvait s'empêcher d'être soucieuse. Il était son ami, et n'était ni un guerrier, ni un traqueur. Il risquait gros.
A en juger par le froncement des arcades sourcilières du petit traqueur assis à côté d'elle, il nourrissait les mêmes inquiétudes.
Vingt minutes après la téléportation du scientifique, le bouclier disparut dans un scintillement doré et elle posa le Jumper toujours occulté sur la digue sud, non loin du point d'arrivée de Léonard, qui ne les fit attendre que trois minutes avant d'arriver.
« J'ai fait en sorte que le sabotage passe pour une panne d'usure, et j'ai les coordonnées de la prochaine destination. » siffla le scientifique, lui désignant d'un doigt griffu une grande tour argentée sur le disque central.
Elle acquiesça, ne pouvant retenir un sourire désolé en voyant la chair toute fraîche qui avait poussé par grandes plaques pâles sur tout son corps.
L'alien, trop occupé à enfiler une veste de rechange et à boucler la ceinture de technicien qu'il n'avait pas emportée, de crainte - et à raison - que son contenu ne soit abîmé par la dangereuse téléportation, ne le remarqua pas.
« Au sommet ou à la base ? » demanda-t-elle alors qu'ils approchaient.
« Au milieu, il doit y avoir une sorte de plateforme d'arrimage. » répondit le scientifique fin prêt.
Ils n'étaient pas encore arrimés que Filymn, qui s'était levé, se tenait prêt à côté de la porte, son arme au poing.
A peine la porte entrouverte, il jaillissait dans le couloir, sécurisant les lieux.
Une minute plus tard, le scientifique shuntait toutes les sécurités d'un terminal de données, et lui tendait un détecteur de vie modifié qui lui affichait, en plus de tous les signes de vie alentour, une carte de la cité, sur laquelle clignotait le point rouge de leur cible qu'il avait localisé.
« Vous avez douze minute pour y arriver. Après cela, les atlantes auront terminé la dérivation énergétique, et le bouclier sera réactivé.» gronda le scientifique.
« Alors pas de temps à perdre. Bonne chance, Léonard. »
Le wraith riva ses pupilles d'or aux siennes.
« Bonne chance à vous, Rosanna Gady. Filymn. »
Le traqueur le remercia d'un vague salut, puis telles deux ombres, ils se glissèrent dans le couloir désert, laissant l'ingénieur à sa tâche.
Ils n'avaient pas pris de radio, afin d'éviter d'être détectés, et les wraiths ne pouvaient communiquer entre eux pour les mêmes raisons. Ils n'avaient donc pas droit à l'erreur.
La tour à laquelle ils s'étaient arrimés était proche de la grande tour, mais elle n'était occupée que par quelques laboratoires dans les premiers étages, et ils n'eurent aucune peine à éviter les trop rares patrouilles de marines peu attentifs qu'ils croisèrent.
Arriver jusqu'à leur destination, qui n'était autre que l'infirmerie d'Atlantis, tout près de la porte, serait une autre paire de manches.
Un téléporteur leur fournit un raccourci appréciable, mais il leur fallut tout de même assommer un duo de marines en patrouille et une scientifique que Rosanna n'avait jamais vu, avant ne serait-ce que d'arriver en vue de l'escalier qui les mènerait au bon étage, huit paliers au-dessus.
«Sept minutes. » gronda Filymn.
Elle acquiesça, ouvrant la marche.
Ils avaient parcouru la moitié du chemin lorsqu'un cri retentit.
« Wraith ! Alerte ! Il y a des wraiths dans la base ! »
Un civil particulièrement discret s'était engagé dans l'escalier quelques étages plus bas, et avait aperçu le manteau noir et la crinière blanche de Filymn.
Ravalant une injure, Rosanna s'élança dans l'escalier, avant d'être arrêtée net par Filymn.
« Je vais faire diversion. Vous pouvez encore atteindre l'objectif, Madame. »
Quel autre choix avaient-ils ?
« Mais vous devriez vous débarrasser de ça. » ajouta le wraith en désignant son manteau noir, avant de s'élancer dans l'escalier, enfonçant en rugissant la porte du palier suivant.
Elle réfléchit à toute vitesse, puis sautant une bonne dizaine de marches, redescendit d'un étage, ne s'arrêtant que pour laisser une escouade de marines passer, cachée dans un recoin sombre.
Sa mémoire ne l'avait pas trahie et elle trouva bel et bien la laverie après une courte succession de couloirs.
Cachant ses vêtements dans un recoin, elle enfila à la va-vite un uniforme de toile grise aux triangles rouges, surprise de l'étrange sensation de familiarité que le vêtement lui provoquait.
Un coup d'œil à la tablette lui apprit qu'il lui restait quatre minutes.
Ignorant les tirs qu'elle entendait venir de l'étage supérieur et la boule logée au creux de son estomac, elle s'élança.
Personne ne fit attention à elle, ni les marines qui dévalaient l'escalier à grand bruit, ni l'équipe médicale qui la bouscula alors qu'elle remontait au trot le grand couloir menant à la porte.
Une infirmière se figea bien un instant, les sourcils froncés, comme si elle essayait de se souvenir d'un rêve à moitié oublié, mais Rosanna ne s'était pas arrêtée, et elle fut bien vite appelée par ses collègues.
Trois minutes.
L'infirmerie bruissait de l'agitation d'une situation d'urgence, et elle n'eut guère de peine à remonter les travées, à la recherche de sa cible.
Plus que deux minutes.
« Rosanna Gady ?! »
Elle sursauta, fixant d'un air effaré le lit duquel venait l'interpellation.
L'homme qui y était allongé suait à grosses gouttes, les bords verdâtres d'une vilaine plaie infectée dépassant sous le bandage qui lui barrait la poitrine.
«C'est bien vous ? » gémit l'homme, visiblement fiévreux.
Elle s'approcha, malgré elle.
« Soldat Berg ?! »
« Vous êtes vivante... c'est bien... c'est bien... » bafouilla-t-il, son regard dérivant lentement, alors que son esprit renonçait face à la fièvre.
Elle se mordit la lèvre, jetant un regard à gauche, puis à droite.
Merde, elle n'avait pas le temps pour ça.
En deux pas, elle fut à ses côtés.
Tendant une main au-dessus de la plaie, elle se maudit intérieurement et ferma les yeux.
Toute trace d'infection avait quitté le corps du soldat et il vivrait, mais il ne lui restait plus que quarante secondes et elle ne voyait toujours sa cible nulle part.
