Chapitre 38 : L'arrivée des Foist

-Quand est-ce qu'ils arrivent ?! je m'exclame en collant à nouveau mon nez à la fenêtre de notre salon.

-Du calme James, soupire mon père en redressant ses lunettes sur son nez, le journal du soir dans les mains. Ils arriveront à sept heures et demie. Il reste encore un quart d'heure.

-Bon sang ! Calme-toi ! s'étonne mon meilleur ami.

Au début il était amusé et excité par ma propre impatience mais maintenant il a peur on dirait. Maman est allée se préparer dans sa chambre pour les recevoir et moi, je suis prêt. J'ai fait super attention à mes vêtements, à mes dents, à mes lunettes, à ma coiffure que j'ai bien mise en arrière -Sirius s'est moqué de moi puis s'est reçu un chausson dans la figure, na ! Il sera moins beau comme ça- et je sens que je transpire bizarrement.

-Ca te rend si heureux de voir Rebbeca ?

-Cesse de dire des bêtises, on s'est écrit et ça suffit largement. C'est Greil qu'on va voir !

Une petite voix semble vouloir me corriger mais je la fais taire. J'entends mon père soupirer à nouveau. Il est jaloux ? Il y a de quoi : Greil est trop cool ! Mais vraiment ! C'est impossible d'atteindre son niveau.

-On aurait dû t'envoyer fêter Noël chez eux et te remplacer par Sirius ! rigole-t-il finalement.

-Moi j'accepte, répond le concerné, amusé.

Mes parents s'entendent parfaitement bien avec mon meilleur ami, ce qui est plutôt pas mal la plupart du temps, ne serait-ce que pour l'ambiance ou pour tirer quelques avantages mais par moment, j'aimerais qu'il soit plus de mon côté que du leur.

Et je n'aurais pas aimé passer Noël chez les Foist.

-Je préfèrerais éviter Alaric, de mon côté. Et si on allait faire du camping avec Greil cet été, Papa ! Ca te dit ?

-On verra James, mais ça risque d'être assez compromis, répond mon père avec un sourire sans joie.

Je vois qu'il pense à la guerre. C'est vrai que les vacances se font rares à cause de Voldemort et c'est assez douloureux. Ca paraît puéril de dire ça mais... C'est ce genre de petites choses qui plombent le moral des troupes.

Et puis papa n'est pas vraiment quelqu'un de très intéressé par le camping. Il n'est pas aussi grand et dynamique que Greil, ni en aussi bonne forme. Il est plutôt du genre à profiter de son petit confort. C'est un homme bien, je ne le dément pas... Mais Greil est tout simplement génial.

Je ne comprends pas pourquoi Rebbeca et moi n'échangeons pas de père. Je suis sûre qu'elle se sentirait mieux avec Papa, il sait remonter le moral des gens.

-Qui est Alaric ? demande Sirius.

Nous le regardons un moment, étonnés, puis nous rappelons qu'il ne fait pas exactement partie de la famille.

Sirius s'est réfugié chez nous dès le début des vacances suite à une dispute particulièrement virulente dans sa famille. Il m'a surtout tracé les grandes lignes et j'ai su qu'il ne fallait pas trop lui en demander vu le ton de sa voix qui laissait entendre qu'il risquait soit de devenir fou, soit de pleurer. Je n'ai vu Sirius pleurer que trois fois de toute ma vie : un jour où un cognard lui avait cassé le coude en deuxième année, lorsqu'il a appris que sa cousine Andromeda avait été bannie de sa famille et qu'il ne pourrait plus la voir et un jour où on s'amusait avec des oignons.

Bref, désormais, il vit avec nous -et a bien l'intention de reprendre contact avec sa cousine. Au début il avait même été chercher de l'or dans son coffre pour s'acheter une tente et vivre dans le jardin mais vu les quinze centimètres de neige, maman l'a forcé à prendre une chambre d'ami au moins pour les vacances de Noël.

Tout le monde a été ravi de l'accueillir ici. Et je suis sûr qu'il s'entendra à merveille avec Greil... J'espère juste qu'il ne m'éclipsera pas devant lui.

-Alaric est le grand-père de Rebbeca, explique mon père à Sirius, qui écoute attentivement.

Je pense que chacun prend trop de plaisir à jouer au père et au fils : mon meilleur ami aime se sentir aimé et dorloté en étant lui-même et mon père aime retrouver une oreille attentive à ses histoires de vieux. Pff...

-C'est le père de sa mère. Il est suisse et -je sens une hésitation dans sa voix- il est un peu vieux jeu au sujet des moldus.

Je vois le visage de Patmol se rembrunir : oui, même dans ma famille on a le droit à ce genre de choses.

J'entends des bruits secs dans les escaliers et ma mère surgit dans l'encadrement de la porte, perchée sur des chaussures à talons, les cheveux accrochés par une broche en or et sa robe ocre qu'elle met assez fréquemment durant les fêtes.

-Vous êtes très belle, Mrs Potter ! fait remarquer Sirius avec un immense sourire.

Ma mère rigole au compliment en remerciant mon ami tandis que mon père et moi levons les yeux au ciel. Sirius aime jouer au gentleman bien que son objectif dans la vie ne soit pas les filles. Etonnant. Il m'a dit un jour préféré réussir dans le milieu du Droit plutôt qu'en amour tant qu'il a ses amis. Ca m'a touché mais aussi étonné : moi j'aimerais avoir une vie douillette avec celle que j'aime et des enfants... Mais bien plus tard !

-Vous êtes tous prêts ? nous demande ma mère en jetant autour d'elle. Ils ne devraient pas tarder à arriver. James, ne m'oblige pas à t'attacher avec une laisse, soupire-t-elle.

Je la regarde alors que je venais encore une fois de courir vers la fenêtre : elle sourit. Ha-Ha. Très drôle. J'entends Sirius éclater de rire tandis que je tends à nouveau le cou vers l'horloge du salon. Dans deux minutes.

Je commence à avoir envie d'aller aux toilettes...

-Bon, je vais rapidement...

-Ils sont là, murmure mon père qui s'est rapproché de moi pour regarder à son tour par la fenêtre.

Je jette un regard dans la cheminée puis retourne mon attention sur mon père pour lui faire comprendre qu'il ment mais il continue de fixer le ciel. Je regarde à mon tour et arrive à distinguer quatre formes s'approcher.

Des gronians.

-ILS SONT LA ! je hurle en n'osant détourner le regard de la fenêtre.

-James, on est à côté, fait remarquer Sirius qui lui aussi observe le spectacle avec un sourire appréciateur.

Quelques secondes plus tard, les chevaux atterrissent dans notre jardin avant de rabattre leurs ailes sur leurs flancs. Punaise c'est rapide ces bêtes-là !

Un des cavaliers descend de sa monture d'un mouvement vif et élégant avant de tendre la main à un autre qui porte un long manteau blanc, pour l'aider.

C'est forcément Greil ! Il n'y a que lui qui peut avoir autant de classe à cheval. Il faut qu'il m'apprenne ça aussi !

J'ai du mal à percevoir leur visage mais je devine que la personne qui tient les chevaux est sûrement Alaric et Rebbeca doit être celle qui regarde alternativement le couple et le vieil homme qui attache les gronians à la clôture tout en serrant son manteau pourpre. Finalement, suite à un geste de Greil, tous se dirigent vers la porte d'entrée.

Je me rue hors du salon mais Sirius me devance et touche la porte avant moi. Je suis sûr qu'il fait ça juste comme un challenge... Ou pour m'énerver... Ou les deux !

Mes parents nous rejoignent alors que nous avions commencé à nous bagarer et mon père touche la poignée au moment même où on entend trois coups francs et secs.

Je pousse Sirius qui évite de se retrouver par terre sur les fesses grâce à une pirouette et repasse une main dans mes cheveux pour qu'ils restent bien en arrière.

Mon père finit par nous tirer en arrière afin d'ouvrir la porte.

-Arthur ! Comment ça va ! s'exclame Greil en ouvrant grand les bras pour l'embrasser, écartant ainsi son grand manteau de fourrure.

-Bonsoir, Greil, répond mon père avec un sourire.

Greil s'écarte légèrement mais garde un moment les mains sur les épaules de mon père pour lui sourire avant de tourner la tête vers nous. Je sens que mes zygomatiques me font mal mais je ne peux pas m'empêcher de sourire et de passer une main dans mes cheveux.

Il est très grand, les cheveux brun coiffé en arrière, les yeux noisette de la famille -mais sans la myopie-, un visage élégant et viril grâce à une légère barbe. Bref, il a toutes les particularités de la famille... Sans les défauts. Il porte une robe de soirée incroyable mais sans extravagance.

-Hey ! James ! Bon sang, comment arrives-tu à avoir du temps pour nous avec un physique pareil ? Elles doivent toutes être à tes pieds !

J'aime cet homme.

Il me tend la main pour une poignée vive et franche et j'ai l'impression d'être traité comme un homme adulte. Le pied !

-Greil, voici Sirius, mon meilleur ami ! je déclare en montrant Patmol.

-Ravi de faire votre connaissance, Mr Foist, répond mon meilleur ami en tendant lui aussi la main.

-Pas de ça avec moi, appelle-moi Greil. Dis... Tu ne serais pas mon fils caché ? murmure-t-il en feignant l'inquiétude.

Mon meilleur ami et moi éclatons de rire puis répondons que malheureusement, ce n'est pas le cas, ce qui fait d'autant plus sourire mon idole. Maintenant, je suis certain que Patmol l'adore aussi : il adore qu'on renie sa famille d'une manière ou d'une autre, alors entendre ça a dû lui faire très plaisir.

-Sirius comment ? demande une voix encore plus grave derrière lui.

Je lève les yeux puis salue Alaric Monscure qui vient de retirer lui aussi son manteau. Il marche en s'appuyant sue une canne au pommeau composé d'ivoire et j'ai l'impression qu'il a encore moins de cheveux que la dernière fois... Et plus de rides. Cependant, je me sens soudainement mal à l'aise en sa présence, comme si on venait de me mettre face à un détraqueur. Je préfère vraiment Greil.

-Sirius Black, réponds l'intéressé.

-Oh, je vois, répond-il avec un peu moins de force dans la voix. Enchanté de faire votre connaissance, Mr. Black.

Sirius fait une grimace mais heureusement Alaric s'est détourné pour saluer ma mère tandis que Greil range les différents manteaux appartenant aux membres de sa famille. Il est drôle, cool, pertinent, classe et c'est un bon père de famille. Je dois être comme lui !

-Bonjour, James.

Je détourne mon regard puis reçoit une bise sur la joue de la part de Blanche. Je la salue à mon tour tout en sentant mes joues rougir légèrement tandis qu'elle répète le même geste avec Sirius. Elle porte une longue robe bleu nuit avec une superbe parure.

-Cela ne vous ennuie pas de passer les fêtes loin de votre famille ? demande-t-elle à mon ami.

-Pas du tout, je suis ravi d'être ici. Sincèrement, répond-il en insistant sur le dernier mot.

Blanche sourit puis se tourne, comme si elle attendait quelque chose.

Quelque chose qui se trouve être Rebbeca qui vient nous voir après avoir salué mes parents et nous fait un rapide signe de tête en marmonnant un salut. J'ai l'impression qu'elle veut éviter de nous regarder. Ou alors, elle ne peut nous regarder sérieusement dans ses tenues. Elle peut parler ! Nous non plus on n'a pas l'habitude de la voir dans ce genre de robe. On doit tous avoir l'air emprunté j'imagine.

J'ai l'impression d'être revenu à mes sept ans, lorsqu'on se sentait trop serré dans des tenues qu'on haïssait mais qu'on devait porter pour voir la famille.

-Salut Becky ! lance Sirius qui se reçoit un regard noir.

-Salut, marmonne-t-elle.

-Pourquoi tu ne nous embrasses pas ?

J'avale de travers tandis que Rebbeca devient de la même couleur que sa robe et son manteau.

Ce n'était pas une aussi bonne idée de l'accepter pour les fêtes, celui-là. J'ai l'impression que tout le monde ne regarde que nous.

-Excuse-moi mais j'ai été élevée comme une anglaise donc je me comporte comme une anglaise.

-Bien dit ! réplique Greil avec un grand sourire en posant une main sur l'épaule de sa fille.

Je rigole doucement, heureux de voir que la gêne est partie et que Greil soit plus attaché à notre pays plutôt qu'à celui de sa femme. Cependant, une petite voix continue de me harceler en disant que c'est dommage et que ça aurait pu être marrant que Rebbeca...

Je secoue la tête pour ne plus l'entendre puis croise le regard perplexe de Sirius. Je dois avoir l'air idiot.

-Votre voyage s'est bien passé ? demande ma mère avec politesse.

-Eh bien mis à part un léger contretemps à cause de Tondra, tout s'est déroulé à merveille, répondit Greil.

-Tondra ? je demande à l'oreille de Rebbeca.

-Le gronian que je montais : elle refusait d'avancer. Elle est plus têtue qu'un hippogriffe.

Je hoche la tête pour montrer que je comprends mais n'ose faire part du fait que le problème venait peut-être d'elle et non pas de la monture.

-Pourquoi vous êtes venus par les airs ? demande Sirius par pure politesse.

-Il est impossible de transplaner dans nos deux maisons, et nous ne sommes pas adeptes de la poudre de cheminette, répond Alaric.

-D'ailleurs, le permis de transplanage, c'est bientôt pour vous, n'est-ce pas ? fait remarquer Greil en me donnant une claque dans le dos.

Je l'adore.

Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons tous assis dans des canapés ou des fauteuils, à boire une coupe de champagne ou de bièrraubeurre, quelques amuse-gueules à la main.

J'ai voulu être le plus près de Greil mais maintenant, je me rends compte que j'aurai dû réfléchir avant : j'ai laissé Sirius et Rebbeca ensemble et apparemment, je ne suis pas le seul à remarquer qu'ainsi, ils ressemblent à un couple. Un couple un peu ridicule et peu crédible à mes yeux mais un couple quand même.

J'espère que ça ne les dérange pas trop. Je sais que Sirius saura se débrouiller mais c'est bien ce qui m'inquiète. Et je m'en veux un peu d'avoir abandonné Rebbeca à côté de cet énergumène sans l'y avoir préparée.

Je les rejoindrai plus tard.

Chapitre 39 : Le repas de famille

Ca me fait bizarre d'être ici, avec Sirius et James. Au début j'aurais cru que la présence du premier aurait été une cause d'embarras, mais finalement, je crois que sans lui, James et moi n'aurions pas eu beaucoup de discussions au milieu de notre famille : c'est comme s'il terminait un triangle qui faisait comprendre aux parents que nos sujets de discussions ne concernent que nous.

Mais je garde cette étrange impression de présenter mes amis à ma famille... Alors que ce n'est pas le cas. Ou peut-être un peu.

Mon verre glisse un peu entre mes doigts tellement mes mains sont moites, et je sens que je ne serais pas capable d'aligner plus de trois mots clairement. Heureusement, la famille de James s'intéresse plus à mes parents et eux n'ont d'yeux que pour Sirius et James. D'ailleurs, ces deux-là semblent pendus aux lèvres de mon père, ce qui est amusant mais un peu vexant : j'aimerais bien qu'ils fassent attention à moi.

-Personnellement, je comprends que cela puisse choquer et même blesser certains mais je te soutiens dans ta quête d'indépendance ! C'est un grand pas que tu as fait là et c'est ainsi qu'on devient un homme ! déclare mon père.

Sirius acquiesce avec force, le torse gonflé et répond qu'il est ravi de voir quelqu'un de son côté avant de se recevoir un coup de poing de James. Aaah, les garçons. Et pourquoi ça me fait sourire ?

J'ai donc appris pourquoi le meilleur ami de mon cousin passe Noël avec nous : il a quitté sa maison parce qu'il ne voulait pas suivre la voix que lui imposait sa famille. J'ai bien l'impression qu'il n'a pas tout dit... Peut-être pour ne pas nous déranger.

Ma mère ne cesse de s'inquiéter pour lui d'ailleurs, vu qu'il n'a plus sa famille et son foyer d'origine. Si elle savait : je ne lui parle que depuis un ou deux mois mais je sais qu'il peut très bien se débrouiller seul. Et puis, il est avec James.

Il a quelqu'un avec lui. C'est le plus important, maintenant, je le sais.

Je me rapproche d'eux pour écouter un peu mieux ce que se racontent les garçons. Je remarque que ma mère nous observe avec attention et je lui jette un regard interrogateur.

-Vous êtes amis tous les deux ? finit-elle par me demander.

-Oui, on est dans la même classe, je réponds comme si c'était une évidence.

Certes, Pénélope et moi sommes dans la même classe sans être particulièrement amies mais c'est une autre histoire.

-Vous sortez ensemble ?

Le sang remonte violemment à mes joues et l'énervement gronde en moi. De quoi elle se mêle ?

-Non, je grogne en détournant la tête.

Je croise le regard de mes deux amis et je me sens rougir encore plus face à leur mine amusée. Très drôle, on voit que ça ne les gêne pas, eux.

-Tu vois, dans ma famille, on a bon goût, Sirius, ricane James. On ne sort qu'avec les gens sensés.

-Et tu es l'exception qui confirme la règle, j'imagine, réplique-t-il avec un sourire en coin.

Face à l'expression perplexe de James, je lui murmure :

-C'est vrai que tu es sorti avec Pénélope.

-Ca c'était une erreur de jeunesse ! ronchonne-t-il sous nos rires.

Sirius quitte la pièce pour se rendre aux toilettes tandis que je m'installe un peu plus confortablement sur le canapé où James est assis. J'entends mon grand-père marmonner quelques paroles et me tourne vers lui pour savoir ce qui se passe.

-Sa famille ne semble pas l'apprécier, chuchote-t-il. J'ai déjà entendu des choses sur l'aîné des Black et je pense qu'il vaudrait mieux que tu ne deviennes pas trop proche de lui...

-Grand-père, il n'y a pas de problèmes vu que je ne sors pas avec lui, je soupire, exaspérée.

Il me regarde un moment et je me demande s'il ne va pas me faire la leçon parce que je l'ai interrompu. Finalement il redresse le menton et ferme les yeux, l'air serein, semblant confiant en l'avenir.

-D'ailleurs, comment vont les choses avec Dolohov ? Vous vous entendez toujours bien ?

Un rapide souvenir de notre dispute me revient en tête mais je l'ignore face à un problème bien plus important : je rougis encore !

-Oui, ça va. Tout va bien, je marmonne en évitant le regard de James.

Je ne sais pas s'il me regarde ou non mais je me sens atrocement mal à l'aise alors que je ne devrais pas. J'ai le droit de fréquenter qui je veux... Mais je ne veux pas me fâcher avec lui le soir de Noël. Et voilà Sirius qui revient vers nous pour écouter le massacre. Génial.

-Parce que j'accepterais que tu sois avec lui, finit par dire mon grand-père, l'air serein avant de reprendre face à mon expression incrédule. Je suis sérieux : je sais que je peux lui faire confiance et il est brillant. Je ne m'inquiéterais pas pour toi si tu devais être près de lui.

-Grand-père ! je grogne dans l'espoir ridicule que personne ne l'entende.

-Haha ! Alors ce serait pour cette raison que vous restez avec votre fille : vous n'avez pas confiance en Greil ? plaisante Arthur.

Je sens comme une décharge traverser mon corps qui se raidit immédiatement. Même ma mère s'est figée dans son geste. Mon père, quant à lui, serre les poings et les mâchoires, rendant son sourire un peu plus crispé.

Heureusement, mon grand-père répond immédiatement avec un air très naturel et sûr de lui :

-Pas du tout. Si je reste avec Blanche, c'est pour profiter de ma dernière famille et surtout des contacts dans la haute société et les affaires grâce à mon gendre.

Ma mère et moi nous détendons de manière identique et je ne peux retenir un soupir de soulagement tandis que mon père souris face à l'éloge. Soudain, une main tire mon bras en arrière.

-C'était quoi, ça ? me demande Sirius, choqué tandis que James nous rejoint, quelques canapés à la main.

-Mon père est... Comment dire ? Très sensible aux critiques et au regard des autres : il fait une montagne d'efforts pour être parfait mais à la moindre attaque, il lui arrive de devenir particulièrement sombre. Et je pèse mes mots, je murmure en hochant doucement la tête.

Je n'allais tout de même pas dire à un type que je connais depuis deux mois à peine que mon père en a déjà fait une dépression ! Bon, Sirius est comme James, il inspire la confiance mais... Je préfèrerais avoir l'avis de mon cousin à ce sujet avant toute chose. Ce dernier mâchonne ses canapés avec une mine perplexe, perdu dans ses pensées.

J'hésite un moment puis lui touche le bras du bout des doigts pour le ramener à notre conversation.

-Tu n'exagères pas un peu ? demande-t-il, peu convaincu.

Je sens une pointe de vexation surgir en moi.

-Pas du tout. Je sais de quoi je parle, je réplique avec un peu plus de froideur que normalement.

-Désolé, je ne voulais pas critiquer ta famille, s'excuse-t-il -et il semble vraiment contrit. C'est juste qu'il a l'air tellement... Tu vois quoi.

-Je sais, mais justement, je réponds, en espérant qu'ils comprennent ce que je veux dire. C'est un peu pour ça que je n'ai jamais pu leur dire quoique ce soit à propos de... vous savez, je murmure en baissant la tête.

J'entends un drôle de bruit derrière puis sens une main se poser sur mon épaule. Je relève la tête et vois Sirius qui lève les bras et les yeux au ciel tandis que James lui jette un regard noir avant de croiser le mien et de rougir légèrement, tout en retirant finalement sa main.

Je ne sais pas ce qui s'est passé dans mon dos mais je suis un peu triste de quitter ce contact réconfortant aussi rapidement.

Nous finissons par passer à table. Je décide de rester près de James car je ne veux pas être coupée de mes amis en étant entourée par ma famille mais aussi parce que je me sentirais gênée de me retrouver à côté d'Arthur ou de Mary, sa femme.

Tout le monde se met alors à manger en discutant des dernières tombées de neige, des affaires, du travail, de nos notes ou de projet de décoration ou construction dans les maisons, chacun rajoutant son avis, son expérience, des anecdotes. Je remarque que tout le monde préfère éviter le sujet de la guerre.

C'est lâche mais je ne peux que les remercier : je n'ai pas envie de pourrir cette soirée de Noël.

Mais si nous n'en parlons pas maintenant... Alors quand ? Ne vaut-il pas mieux une grande dispute que de faire semblant ? Allais-je mieux quand je mentais aux gens ? Quand je gardais tout pour moi ? Si on ne parle pas des problèmes, on les ignore, on n'arrange rien. Et ça s'envenime.

Est-ce pareil pour cette famille ? Pour le monde sorcier ?

Doivent-ils se mettre à hurler comme je l'ai fait sur James cette année ?

D'ailleurs la nouvelle année approche. Je pense que mes résolutions sont prises : perdre du poids, mais ça je le dis à chaque fois, réussir mes B.U.S.E., ça fera au moins plaisir à Opieka, et... Rester amie avec les gens de ma classe. Au moins James. Dolohov finira par partir alors je doute garder un contact avec lui, quoique ça me ferait quand même plaisir.

Je ne sais pas comment je vais faire pour mon cousin : en cherchant à ne pas le perdre, je risque justement d'embêter James... Mais il faut que je trouve une solution. N'importe quoi. Il ne faut plus que je sois seule. Plus jamais.

C'est trop dangereux.

Et je ne parle pas des humiliations ou des agressions mystérieuses.

Non.

Je parle de moi-même. Je suis dangereuse car je suis trop sombre et pessimiste toute seule, je creuse ma propre tombe. Il ne faut plus jamais que je redevienne cette Rebbeca. Ou plutôt, il faut que je m'en sépare définitivement car je suis encore piégée dans cette enveloppe, cette carapace que je m'étais forgée mais qui finalement m'entrave, m'empêche de dire ce que je pense, m'empêche d'exploser, de profiter de ce que m'offre la vie.

-Dites-moi Alaric, demande la mère de James. Vous parliez d'un ami de Rebbeca. Qui est-ce ?

Je vois Sirius et James tendre l'oreille tout en continuant de manger le contenu de leur assiette. J'ai peur de la réponse de mon grand-père. Il a toujours été très concis et ne met jamais sa famille mal à l'aise en publique -sinon mon père serait déjà parti depuis bien longtemps- mais je ne peux m'empêcher d'avoir peur.

Peut-être parce que moi-même je ne sais pas vraiment qui est Antonin. Un ami ? Un camarade ? Un garçon qui avait besoin de ma famille ? Ou plus que ça ?

-C'est un jeune homme qui a réclamé notre aide pour une étude sur des antidotes. Nous le soutenons et en compensation, il nous versera une partie des gains, répond-il en se tournant vers Mary.

-Des antidotes ? J'avoue ne pas trop aimer admettre le fait qu'on peut chercher à se faire des bénéfices sur la maladie des autres mais je suis ravie de voir que des jeunes s'attellent à ce genre de tâches, déclara-t-elle.

-C'est très honorable de sa part d'aider la communauté sorcière, rajouta Arthur.

Mes parents acquiescent... Enfin excepté ma mère qui regarde son verre de vin comme s'il contenait du poison. Elle doit encore avoir la querelle de l'autre jour en travers de la gorge. Surtout qu'ils acceptent d'en parler à d'autres personnes mais pas à elle, ou plutôt, ils ont oublié, mais bon. Ce n'est pas si important.

-Peut-être devrions-nous inviter ce jeune homme pour le nouvel an, qu'en pensez-vous ? propose mon grand-père en se tournant vers les membres de sa famille.

Je vois que mon père allait acquiescer mais ma mère fronce les sourcils et secoue la tête.

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée : cela pourrait embarrasser Rebbeca -je me sens rougir de colère face à cet argument véritable mais me ridiculisant- et, de plus, il doit avoir beaucoup de travail puisqu'il est en septième année.

-Blanche a raison, déclare mon père avec un sourire. Mieux vaut le laisser en famille pour les fêtes.

Mon grand-père ne semble pas parfaitement satisfait vu le regard perçant qu'il jette à sa fille mais ne dit plus rien à ce sujet tandis que ma mère offre un sourire gratifiant à mon père qui le lui rend en posant sa main sur la sienne.

Je sais bien que c'est une chance d'avoir des parents qui s'aiment, que j'ai quinze ans et bientôt seize, que je devrais être plus mature mais cette vision reste dérangeante pour moi.

Même si j'aimerais bien qu'un garçon fasse la même chose : qu'il m'approuve puis me caresse la main. Qu'on soit complices et tendres.

Un jour, peut-être.

Ma mère se met finalement à discuter avec Arthur qui ne cesse de rire.

Je jette un coup d'oeil à James qui semble calme mais à nouveau perdu dans ses pensées.

-Ca va ?

-Moui... Je ne savais pas que toute ta famille était si proche de Dolohov.

-Je te l'avais pourtant dit. Mais je dois t'avouer que ça me gêne un peu qu'ils en parlent autant. Et je suis bien contente qu'il ne vienne pas pour les vacances.

Bon, j'ai un peu exagéré mais James semble apprécier cette réponse et se remet à participer aux discussions en souriant.

C'est amusant de jouer avec l'humeur d'un garçon.

-Mr Foist ? Vous avez été à Poudlard, n'est-ce pas ? demande Sirius.

-Exact.

-Vous avez été dans dans la même classe qu'Arthur ?

Je vois James se taire et attendre la réponse avec avidité. Qu'est-ce que ça a de si intéressant ? Il est bizarre.

De son côté, mon père rigole.

-Pas du tout : j'ai dix ans de plus que mon cousin, jeune homme ! Et j'étais à Serdaigle ! répond mon père.

James laisse échapper un « Oooh » de déception tandis que Sirius semble choqué : oui, mon père fait plutôt jeune à ce qu'on m'a dit.

-Vous ne faites vraiment pas votre âge ! s'exclame-t-il.

-Merci ! Ca fait plaisir à entendre. Mais toi non plus tu ne fais pas ton âge : si James ne t'avait pas présenté, j'aurais cru que tu étais déjà majeur et sorti de Poudlard.

Sirius remercie mon père avec un immense sourire.

Se rend-il compte que cela aussi est un effort de mon père : tout faire pour se rendre agréable et être apprécié ? Fuir ce qui pourrait blesser son image ? C'est bizarre. Quand je n'avais personne à qui le dire, je trouvais ça respectable, honorable même, mais maintenant que j'en ai parlé, que je l'ai dit à voix haute... Je me rends compte qu'il y a quelque chose qui sonne faux dans cette histoire.

-Et vous, Blanche ? demande James pour continuer la discussion.

Ma mère semble surprise puis sourit à mon voisin de table. Je crois qu'elle l'aime vraiment bien, surtout en repensant à la discussion qu'on a eue dans ma chambre.

Moi, je me demande surtout comment mes deux camarades arrivent à parler aussi aisément à des adultes. Moi qui croyais en être capable aussi... Voilà une belle désillusion.

-Je ne suis arrivée à Poudlard qu'en quatrième année, vous savez. Les maisons n'avaient pas autant d'importance pour moi que pour les autres élèves. Mais, pour vous répondre, j'étais à Poufsouffle.

James semble à nouveau déçu et légèrement étonné.

-En effet, reprend le père de ce dernier. Elle était la fierté de sa maison : belle, intelligente et le charme des françaises ! Le professeur Brûlopot, déjà au poste à cette époque, était le directeur de la maison et il ne cessait de s'en vanter.

-Vous étiez dans la même classe ? je demande, étonnée.

-Non, répond-il, un peu surpris que je ne le sache pas. J'avais un an de plus, mais nous nous parlions de temps en temps malgré tout.

Je regarde brièvement mon père qui a reposé sa main sur celle de ma mère. Elle était donc amie avec Arthur avant de rencontrer son mari ? C'est peut-être pour ça qu'elle a l'air de si bien s'entendre avec James. Et c'est peut-être grâce à lui que mes parents se sont rencontrés...

-Mais parlons d'autres choses, on ne va tout de même pas passer la soirée à radoter des souvenirs à ces jeunes gens, plaisante-t-elle.

Les adultes acquiescent pour dévier sur les récentes enchères mettant en vente des biens qui auraient appartenu à Hesper Starkey, une sorcière qui a apparemment passé une grande partie de sa vie à étudier les potions.

-Tu as vraiment trop de chance d'avoir des parents aussi cool, soupire Sirius, la mine renfrognée.

-Ne crois pas ça : ils ne se comportent pas de cette manière à la maison. Ils sont assez stricts avec moi et même « envahissant » quelque fois.

-Je n'aurais jamais cru que ta mère ait été à Poufsouffle. En fait, j'aurais imaginé Greil à Gryffondor, ta mère à Serdaigle et toi à Poufsouffle, me murmure James avant de se mordre les lèvres et de se corriger. Non pas que je ne te crois pas digne de Gryffondor mais... Tu es... Enfin...

-Ca va, ça va. Moi-même j'ai souvent regretté de ne pas avoir choisi cette maison. Ca aurait peut-être été plus sympa qu'à Gryffondor, je murmure bien que légèrement blessée par ses paroles malgré tout.

Je vois James froncer les sourcils, mécontent : visiblement, je l'ai blessé. C'est lui qui a commencé !

-En tout cas moi non plus je ne l'imaginais pas à Poufsouffle, je murmure en regardant mon assiette encore à moitié pleine.

J'attends une réponse ou une réplique mais personne ne réagit. Je relève le regard et remarque mon cousin et son meilleur ami se regarder avec des yeux ronds.

Aurais-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

-Vous savez, on ne parle pas beaucoup de Poudlard, j'explique en omettant mes propres raisons, de peur de les lasser à force de les répéter. Ma mère n'y a été que quatre ans, il est très probable que pour elle, cette histoire de maison n'était pas essentielle. Et mon père nous parle surtout de ses voyages.

Mes deux amis acquiescent en signe de compréhension avant de changer de sujet.

-Pas trop déçue que Dolohov ne vienne pas à votre réveillon du nouvel an ? me demande mon cousin en jouant avec sa fourchette.

Je pensais lui avoir déjà dit mon avis à ce sujet. On dirait que cette histoire n'arrive pas à lui sortir de la tête.

-Pas du tout. Ca m'aurait embarrassé de le voir en-dehors de l'école. Il est adulte et tout mais... C'est peut-être ça justement qui me gêne. Je n'aurais pas su quoi lui dire. Déjà que j'ai mis une heure à lui écrire une carte de voeux pas trop « banale »...

-Tu lui as écrit une carte ? s'étonne James.

-Et bien oui puisqu'il m'en avait envoyée une en premier.

Je vois Sirius froncer les sourcils en me regardant mais il ne dit rien... Probablement parce qu'il a la bouche pleine.