Heeeeeeeeeeeeeeeeeeeeey ! J'ai finis mon bac ! Et je suis toujours vivante ! Bon, plus sérieusement, j'ai deux mois avec un peu de temps libre normalement, donc... Va falloir que je boucle cette fiction dans ce temps là, et que je la poste entièrement, parce qu'à la rentrée, je garantis pas d'avoir internet comme je veux, et je garantis pas non plus d'avoir le temps. Il va donc falloir que j'augmente mon rythme de publication.
DOOOOOOOOONC (ouais, les majuscule c'est pour attirer l'attention de ce qui lisent pas) MAINTENANT LES CHAPITRES SERONT POSTES DEUX FOIS PAR SEMAINE ! Un le mercredi, je pense, et l'autre le dimanche ou le samedi. Je vais essayer de m'y tenir.
Eeeeet... Maah je crois que globalement c'est tout ! Donc à mercredi, bye~
Réponses aux reviews :
Scarlet-Carnival : Ton review m'a motivé à poster ce chapitre, en vrai je suis tellement morte que je devrais déjà être en train de dormir... Et il aurait dû sortir plus tôt, mais j'ai regardé mon frère jouer à un jeux vidéo, et du coup... Bref, merci beaucoup pour tes reviews, c'est vrai que je pense avoir un style d'écriture qui est assez axé sur les émotions et les pensées plus que les sensations, même si j'essaye de les décrire au mieux elles aussi. En tout cas je suis vraiment contente que ça te plaise, tes reviews sont toujours toutes mignonnes, très instructives et ça fait toujours vachement plaisir d'avoir des gens qui remarquent les efforts de construction dans l'histoire, ce genre de chose, du coup... Ouais, merci vraiment beaucoup ! Le prochain chapitre sera mercredi du coup !
Ce n'était pas exactement comme ça qu'Allistor avait imaginé son réveillon. Le souffle court, il se pencha en avant et laissa Gilbert tomber sur son lit avec un grognement rauque. Heureusement que Kate ne les avait pas vu rentrer. Ou pire, Elizabeta. Déjà que le chauffeur de bus leur avait jeté un drôle de regard…
Il devait être quoi, deux heures du matin, peut-être trois, et Allistor aurait préféré être dans l'apparte d'une jolie fille plutôt qu'au foyer, mais il avait fallu qu'il ramène Gilbert, tellement bourré qu'il n'avait pas été foutu d'aligner deux mots cohérents depuis qu'ils étaient sortis du club. En fait, il avait même été plutôt silencieux.
-Scotty…
-La ferme.
-J'ai chaud…
-M'en fous.
Un grognement lui répondit. Allistor n'avait juste pas envie de faire des efforts. Cet abruti avait non seulement bus au point de ne plus pouvoir parler, mais il avait aussi fallu qu'il laisse un type louche l'embarquer dans des putains de chiottes. Et le rouquin n'était pas con au point d'ignorer ce qui avait pu se passer. Il n'y avait qu'à voir dans quel état il avait retrouvé l'albinos. Et cet idiot l'avait embrassé. Bien sûr. Il avait d'ailleurs énormément de chance que l'Ecossais ait été trop surprit pour réagir, sinon il serait soit mort soit dans un état critique. D'ailleurs, il aurait peut-être mieux fait de le laisser croupir dans les chiottes jusqu'à ce qu'il ait décuvé… Il se serait bien démerdé pour rentrer le lendemain matin. Mais étrangement, devoir lui foutre la gueule sous l'eau pour la calmer avait coupé toute envie à Allistor de faire la fête, et quittes à rentrer, autant ramener l'épave albinos avec lui.
La chambre était vide malgré l'heure avancée, et le rouquin ne doutait pas qu'elle le resterait au moins jusqu'au midi suivant. Francis était à une soirée universitaire Dieu savait où, et Antonio n'avait pas voulu dire où il allait. Pas qu'Allistor ait insisté pour savoir, ceci étant dit. Il n'y avait qu'eux d'eux. Même Arthur avait fui. La colère tordit les entrailles du rouquin alors qu'il s'imaginait la soirée que devait passer son cadet. Il n'était pas con, il savait très bien qu'il était chez son soi-disant copain. Si ce salopard posait ne serait-ce qu'on doigt sur lui, il ne répondrait plus de rien.
-Scotty…
-Quoi encore ?
-Je suis désolé…
-Qu'est-ce que tu racontes encore… ?
-D'être… Nul et… De t'avoir fait rater la soirée, et… De t'engueuler pour Artie, et…
-Ferme ta putain de gueule et dors, tu racontes de la merde là.
-C'est pour ça que ma mère a pas pu se débarrasser de moi… marmonna l'albinos sans l'écouter.
Le visage enfouit dans l'oreiller, les jambes encore hors du lit, il semblait à la fois plus vieux et plus jeune que jamais. Plus vieux dans sa posture. Plus jeune dans ses paroles. Allistor l'avait, au final, très peu entendu parler de sa famille. Il parlait assez aisément de son frère, même si ça ne se terminait jamais très bien -il ne fondait pas en larmes, mais il n'y avait qu'à voir la tête qu'il tirait pour deviner qu'il allait chialer toute la nuit- et très rarement de sa mère. Encore plus rarement de son beau-père, et n'ayant pas connu son père…
-Elle aurait aimé… Mais elle pouvait pas me vendre… Un gosse comme moi, ça se vend pas… Si elle avait pu, elle aurait gardé Ludwig… Elle aurait pu s'occuper de lui…
-Arrête de dire de la merde.
-C'est pour ça aussi que mon père est parti… Que le père de Ludz est parti…
Réprimant un grognement de frustration, Allistor s'assit su le lit et assainit une minuscule tape derrière la tête de Gilbert. Il n'était pas doué pour ça. Assurément. Il n'arrêtait pas de se le répéter encore et encore depuis qu'il était arrivé dans ce putain de foyer, mais il fallait qu'il fasse des efforts. Même si cet abruti avait osé l'embrasser, même s'il était profondément chiant et qu'Allistor aurait adoré le laisser passer la nuit dans la rue juste pour lui apprendre à arrêter de faire le con, même si parfois il avait sévèrement envie de lui casser la gueule, il fallait qu'il fasse des efforts. Gilbert avait trop souvent été là pour l'écouter se plaindre et lui dire comment gérer les situations, ou juste l'empêcher de faire des conneries, pour qu'il ait conscience d'avoir une dette envers lui.
-Arrête de dire ça, abruti. T'y est pour rien.
-Si…
-Ah ouais ? Parce que t'arrive à déclencher des guerres, toi, maintenant ?
Gilbert tourna la tête vers lui, dévoilant un œil rouge injecté de sang et brillant de larme. Il avait semblé totalement à côté de ses pompes depuis qu'Allistor l'avait repêché dans ces toilettes miteuses, mais il n'avait jamais semblé autant à deux doigts de se briser.
-Une guerre ?
-Ton beau-père était militaire, non ?
Gilbert sembla enfin comprendre, et il laissa sa tête replonger dans l'oreiller tout en acquiesçant. Pendant un bref instant, Allistor avait eu peur de s'être trompé.
-Alors t'y es pour rien s'il a crevé en se battant pour son pays.
-Il aurait pu rester avec nous… Il aurait pu... Trouver une autre travail… Rester avec ma mère et Ludz…
-Et tu crois qu'il ne l'a pas fait juste à cause d'un gosse de cinq ans ?
Un vague haussement d'épaules lui répondit. C'était assez frustrant, et dans d'autres circonstances, Allistor l'aurait sévèrement engueulé. Mais il ne pouvait pas faire ça maintenant, parce que ce n'était définitivement pas ce dont Gilbert avait besoin.
-T'es pas responsable de toute la misère du monde, idiot. Ton père s'est barré avant ta naissance parce que c'était un profond connard.
-Mais elle a abandonné Ludwig… A cause de moi… Et moi elle pouvait… Rien faire…
Il n'eut pas besoin qu'on lui explique pour comprendre qu'il parlait de sa mère. Il fallait admettre que sur ce point-là, Allistor ne garantissait pas qu'il pouvait faire grand-chose. Il comprenait à peu près ce qui avait motivé la génitrice de l'albinos, mais ce n'était en rien rassurant. Elle avait juste abandonné son bébé parce que c'était plus simple comme ça, et élever un gosse dans un bordel, ce n'était définitivement pas une grande idée. Mais c'était vrai que ce n'était pas non plus le cadre de vie idéal pour une gamin de six ou sept ans.
-Elle a essayé de donner une meilleure vie à ton petit frère, souffla-t-il. Mais toi, elle… Tu étais plus vieux, c'est plus compliqué.
-Elle voulait pas de moi… Personne aurait voulu de moi… Même contre du fric…
-Elle t'aurait pas vendu.
-Elle se laissait baiser par n'importe qui contre du fric, gronda Gilbert. Bien sûr qu'elle m'aurait vendu si elle avait pu. Tu la connaissais pas.
Pour quelqu'un à deux doigts de plonger dans un coma éthylique, il parlait encore à peu près correctement, alors qu'Allistor l'avait cru incapable d'aligner trois mots. Et il n'aimait définitivement pas le mélange de colère, de douleur et d'abandon qui teintait la voix de Gilbert. Ses yeux s'écarquillèrent lorsque qu'il fut pris d'un minuscule tremblement, presque rien, mais ça ajouté au fait qu'il venait de resserrer sa prise sur l'oreiller, il ne fallait pas longtemps à Allistor pour comprendre qu'il pleurait. Merveilleux. Il ne manquait plus que ça. Qu'est-ce qu'il devait faire, maintenant ?
-Elle… Si t'avais vu… Comment elle me regardait… A chaque fois qu'elle rentrait dans la chambre elle… Elle était…
-Arrête ça, tu te fais du mal pour rien.
-Ca se voyait… Ca se voyait qu'elle m'en voulait… Qu'elle aurait préféré que je sois mort… Que je sois jamais né… Si j'étais jamais né, mon père serait… Peut-être resté avec elle…
-Un type qui se barre parce que sa nana est enceinte ne peut foncièrement pas être réellement amoureux. Il se serait tiré de toute façon.
Un hoquet mal étouffé lui confirma que Gilbert pleurait pour de bon. Ses phalanges avaient blanchi à cause de la force qu'il mettait à tenir l'oreiller, et Allistor sentit la gêne et l'impuissance grandir en lui. Il avait bu un peu, lui aussi, mais il tenait mieux l'alcool que Gilbert, et de toute façon, il ne s'était pas bourré la gueule. Aussi était-il capable de réfléchir, et il essaya de trouver une solution de toutes ses forces. Ca aurait été Arthur, ça aurait été plus facile. Il avait juste à passer sa main dans ses cheveux pour l'apaiser. Quant à Gilbert, ce qui l'apaisait… Il ne savait pas trop… Ah si, en fait, il savait. Ca ne lui plaisait que moyennement, mais c'était toujours mieux que de rester planté là comme un idiot.
D'un vague coup de talon, il retira ses chaussures bien abimées mais qu'il continuait de mettre parce qu'il les aimait bien et parce que ça ne servait à rien de claquer du fric dans des godasses. Gilbert peinait de plus en plus à étouffer ses sanglots, et il s'était mis à bredouiller en allemand, tant et si bien qu'Allistor n'y comprenait plus rien. Il devinait juste que c'était par rapport à sa famille, il y avait quelques vagues mots qu'il comprenait. « Bruder », « Mutti »… C'était bien tout.
-Pousse-toi.
Gilbert ne lui répondit pas, comme il s'y était attendu. Il ne put réprimer un claquement de langue agacé, mais il fit un effort pour ne pas s'énerver, et surtout de ne pas se montrer brusque. Un exploit pour lui. Il saisit aussi doucement que possible les jambes de Gilbert et les mis sur le matelas, lui retirant ses chaussures au passage. Ses chevilles étaient assez fines, pas au point que ça en soit laid ou disproportionné, mais juste fines. Allistor essaya de ne pas trop s'attarder là-dessus, et poussa maladroitement l'albinos pour faire de la place sur le lit.
-Enlève ta veste, et fous-toi sous les draps.
A nouveau, aucune réponse. Il fallait croire qu'il ne tirerait rien de lui cette nuit. Résigné à se démerder seul, il força le Prussien à se redresser, galérant quelques secondes à lui faire lâcher son putain d'oreiller. Ca lui fit un choc de le voir pleurer. La seule fois où c'était arrivé, ils étaient dans le noir, encore à moitié abruti par le sommeil, mais là, Allistor pouvait détailler chaque parcelle de son visage. Le contour de ses yeux avait rougi à une vitesse assez ahurissante, et les larmes avaient tracés des chemins humides sur ses joues qui brillaient avec les reflets de la lumière. Ses pupilles étaient injectées de sang, aussi, et le rouquin trouvait que cela faisait un peu trop de rouge pour une zone aussi réduite. Le manipulant avec précaution, il parvint finalement à lui retirer sa veste en cuir un peu éraflée par endroit, et il l'aida à se glisser sous la couverture. Jamais il n'avait autant maudit la mauvaise manie qu'avait Gilbert de faire son lit au carré, et ce faisant, de bloquer le drap sous le matelas tellement bien qu'il fallait tirer dessus pour pouvoir se coucher.
Quelques hoquets secouaient désormais le Prussien, mais Allistor se doutait que la crise n'était pas réellement finie. Si ça se trouvait, il allait se remettre à pleurer dans quelques secondes, quelques minutes, ou le lendemain matin. Mais la crise ne pouvait pas être finie, parce que Gilbert emmagasinait beaucoup trop de choses et ne parlait jamais. En fait, l'Ecossais n'était même pas sûr que la crise s'arrêterait un jour. Que Gilbert parviendrait enfin à oublier tout ça, à avoir une existence normale, avec une femme normale, une maison normale, un job normal, et tout ce qui va avec. Là, partit comme il l'était, il allait cumuler des boulots desquels il se ferait virer au bout de deux jours, il coucherait peut-être à droite et à gauche, et encore, ça sous-entendait qu'il soit capable de comprendre que son albinisme ne repoussait pas tout le monde, et sa maison risquait de rester ce foyer pendant un petit bout de temps. Gilbert n'arrêtait pas de lui dire qu'il était pessimiste. C'était peut-être vrai, mais en même temps, il fallait voir la réalité en face.
Il se glissa sous les draps avec lui, frissonnant violemment à cause de la proximité avec l'autre jeune homme. Il n'était pas habitué. Dormir avec Arthur, c'était déjà beaucoup lui demander, alors avec un gars de son âge, qui n'avait aucun lien de sang avec lui et auquel il n'était pas habitué, c'était vraiment trop lui demander. Mais il fallait qu'il le fasse, parce que Gilbert avait besoin de lui. Et de toute façon, vu l'état dans lequel il était, il ne risquait pas grand-chose.
L'albinos s'empressa de se blottir contre lui, mais ses tremblements ne cessaient pas. Allistor le laissa faire, restait simplement là, allongé sur le côté, à le regarder cacher son visage contre son t'shirt. C'était assez perturbant. Pour autant, il n'était pas sûr que ce soit désagréable.
-Me laisse pas… murmura alors Gilbert, la voix beaucoup plus faible et las qu'avant. Me laisse pas, toi aussi…
-Je ne vais nulle part.
Il n'eut même pas le courage de rajouter une insulte. Il était assez fatigué, en fait, et trop las pour s'énerver. Même s'il lui en voulait de l'avoir embrassé, et qu'il était un peu dégouté, il n'arrivait juste pas à se barrer maintenant et à le laisser croupir ici, seul. C'était ce qu'il avait voulu faire, au début, pourtant. Il avait été tellement surpris et furieux que tout le trajet du retour, il s'était dit qu'il ne prendrait même pas la peine d'aider Gilbert à monter à l'étage, quittes à ce que l'albinos se fasse surprendre par Elizabeta ou Kate. Et pourtant, il était là, avec ledit albinos contre son flanc, à simplement attendre que ses tremblements se calment.
-J'aurais dû crever, hoqueta-t-il faiblement. J'aurais dû… J'aurais…
-Ca suffit. Ca aurait rien changé, si t'avais crevé.
Gilbert s'accrocha plus fermement à son t'shirt et se remis à pleurer. Allistor le laissa faire, et poussa même jusqu'à passer sa main dans ses cheveux. C'était définitivement étrange, comme situation, et il n'avait pas assez de recul pour comprendre exactement ce qu'il ressentait. Tout se jouerait demain. Soit il refuserait de parler à Gilbert pour les quatre-vingt années à venir, soit… Il ne savait pas. C'était fatiguant de penser à tout ça.
-Allistor… sanglota le Prussien.
-Je suis là. Dors. Je te laisse pas.
Il n'avait jamais vraiment mesuré à quel point Gilbert avait souffert dans son passé. D'une certaine façon, il s'en voulait de ne pas avoir prêté plus d'attention à son seul ami. Pourtant, c'était assez évident qu'il avait eu une enfance difficile. Un père qui s'était barré avant même qu'il ne naisse et qui lui avait refilé son albinisme, son beau-père qui était mort à la guerre, son immigration vers l'Angleterre, le travail au bordel de sa mère, l'abandon de son petit frère, et les flics qui l'avaient placé dans un foyer où on ne parlait que l'Anglais…
-Elle était comment, ta mère ? demanda-t-il doucement.
Gilbert avait arrêté de sangloter, et il restait juste blottit contre lui, comme un gosse apeuré. La comparaison le mettait étrangement mal à l'aise. L'albinos mit un peu de temps à répondre, tant et si bien qu'Allistor cru qu'il s'était finalement endormi.
-Elle était… Normale… Pas grande…
-Jolie ?
-Je sais pas trop… Pas super belle, non… Enfin un peu… Pas moche, hein… Elle plaisait pas mal, je crois…
Allistor lui laissa quelques secondes pour voir s'il comptait renchérir, mais l'albinos était à nouveau silencieux.
-Ma mère était super belle, murmura-t-il.
Il devina que Gilbert était surprit simplement grâce au fait qu'il s'était soudain immobilisé. Comme s'il retenait sa respiration et que même ses tremblements n'existaient plus.
-Elle ressemblait pas mal à Artie. Blonde comme lui, les mêmes yeux. Je crois que je ne comprendrais jamais pourquoi elle est sortie avec un type comme mon père.
Le Prussien releva doucement les yeux sur lui, sa tête appuyée entre l'épaule et la clavicule d'Allistor. Il semblait un peu plus calme.
-Elle travaillait… ?
-Ouais. Enfin, avant que mon père ne lui interdise de sortir de la baraque, ouais. Elle était prof en maternelle.
-C'est cool, ça.
-Hm. C'est elle qui m'a appris à lire et à compter, j'ai faillis sauter une classe grâce à ça.
-Pourquoi tu l'as pas fait ?
-Ma mère ne voulait pas. Elle avait peur qu'il y ait un décalage entre moi et les autres.
-Et… Elle est…
-Morte quand Arthur est né. Mon père lui avait foutu une rouste juste avant, pour un truc con. Elle était déjà pas mal fatiguée par sa grossesse, elle a pas supporté l'accouchement.
Il se mit à caresser plus fermement les cheveux de Gilbert, sans trop savoir s'il cherchait à rassurer l'albinos ou à se rassurer lui-même. Ca faisait longtemps qu'il n'avait pas repensé à tout ça, et encore plus longtemps qu'il avait parlé de sa mère à quelqu'un. Il n'était même pas sûr de l'avoir déjà fait, ou alors très vaguement.
-Et ton père… ?
-Il s'est fait buter par les flics.
-Ca je sais, je veux dire… Il a toujours été… Comme ça ?
-Ma mère me disait que non, quand j'étais gosse. Quand on était tous les deux dans ma chambre, elle n'arrêtait pas de me dire qu'il était un gars bien, qui s'était battu pour son pays et qui avait pris soin d'elle. Je crois que j'y ai jamais vraiment cru.
Après ça, Gilbert eut la décence de ne plus poser de question. Il installa mieux sa tête, la descendant sur le haut de son torse, et hésita un bref instant avant de glisser une de ses jambes entres celles d'Allistor. Ce dernier se tendit brusquement et ravala un grognement, avant de finalement se détendre. Ce n'était pas grand-chose. Il pouvait supporter ça. Et Gilbert ne tentait absolument rien, dans son état il n'avait même pas dû réfléchir.
-Tu crois… Qu'elle m'aimait un peu quand même… ?
-Qui ?
-Ma mère…
-Ouais. Sinon elle t'aurait pas gardé avec elle.
Même s'il avait conscience de ne pas être très rassurant, cela sembla suffire. Gilbert ferma les yeux pour de bon, et s'endormit comme une masse, les deux mains fermement accroché au t'shirt d'Allistor. Il le regarda longuement, enregistra chaque contact qu'il avait avec lui sans réussir à décider s'il aimait bien ou pas. Il finit par convenir qu'il verrait tout ça demain. Il n'était pas en train de mourir de panique, et il n'avait pas envie de le frapper, c'était le principal. Il laissa sa main descendre sur la nuque de Gilbert, puis sur le haut de son dos, et s'autorisa à fermer les yeux. Il avait le droit de se reposer un peu, lui aussi.
.
-Et donc ?
-Donc quoi ?! Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ?!
-Tu es un très mauvais menteur, Arthur…
Ravalant une insulte, Arthur se tassa un peu plus dans sa chaise et détourna furieusement le regard. Francis le dévisageait en silence avec un léger sourire en coin. Pourquoi cet idiot voulait-il toujours en savoir plus ?! Bon, d'accord, ce n'était déjà pas très malin d'être venu lui parler, mais il avait définitivement besoin que quelqu'un lui dise s'il avait bien agi ou pas, s'il était bizarre, si tout ça était normal, ce qui allait se passer ensuite… Et son frère n'était certainement pas la bonne personne pour ça. Alors il lui restait Francis, et même si ça ne l'enchantait guère, c'était toujours mieux que rien.
-Si tu veux que je t'aide, il va falloir que tu me racontes tout. N'essaye pas de me faire croire que vous n'avez fait que vous embrasser, je ne suis pas un idiot.
-Il ne s'est rien passé.
-Menteur.
-Je ne…
-Menteur.
-Laisse-moi parler, stupid frog !
C'était agaçant, à la fin. Pourquoi il ne pouvait pas juste comprendre la situation sans qu'il n'ait rien à dire et lui expliquer ce qu'il avait à faire ? Pourquoi fallait-il toujours qu'Arthur ait à raconter sa… Relation avec Alfred ? Déjà, ce n'était pas normal qu'il ait besoin de se faire aider pour ce genre de chose… Sérieusement, quel type de presque dix-huit ans demandait des conseils pour gérer sa relation amoureuse ?!
-Alors ?
-Alors on s'est… Touché…
-Ca je me doute.
-Alors pourquoi tu poses la question ?!
-Ce que je veux savoir, c'est comment. Vous avez couché ensemble ?
-Bien sûr que non !
Déjà qu'à la base, Arthur était rouge, maintenant c'était pire. Même une tomate était moins rouge que son visage.
-Explique-moi. Je ne vais pas me moquer de toi, et je n'ai pas à te juger non plus. Mais si tu as besoin d'aide, il faut que tu m'expliques.
-Je n'ai pas besoin d'aide, grommela-t-il.
-Alors qu'est-ce que tu fais ici ?
-Aucune idée…
-Soit honnête avec toi-même, tu te rendras service. Alors ?
-Je… On regardait un film… Et il… Il m'a embrassé dans le cou, et c'est parti en vrille…
-Mais vous n'avez pas couché ensemble ?
-Non… Il s'est juste… Frotté… Contre moi…
-Tu étais d'accord ?
-C'est moi… Qui ai demandé…
Francis sembla profondément surprit, et Arthur ne pouvait pas lui en vouloir. Lui-même, lorsqu'il s'était réveillé, c'était demandé ce qui avait bien pu lui passer par la tête. Il avait été con. Mais il n'était pas sûr de regretter, et encore moins d'avoir détesté ça. Il était un peu perdu.
-Et… Hum… Tu as aimé ?
-Je crois… Je sais pas…
Il croisa les bras sur la table et laissa sa tête tomber dessus. Il ne savait définitivement pas. Et malgré tous les efforts d'Alfred pour que tout reste normal, une certaine gêne s'était installée.
-Je ne suis pas le mieux placé pour t'en parler, mais… Ne te braque pas pour ça. C'est normal que tu aies peur et que tu doutes les premières fois, mais tu finiras par t'habituer, et ça deviendra normal.
Sceptique, Arthur hocha vaguement la tête. Il n'était même pas sûr d'avoir envie de recommencer. Mais il était quand même assez curieux. De toute façon, il avait été minable, alors si ça se trouvait, Alfred n'avait absolument pas envie de retenter quelque chose.
-Tu réfléchis trop. Vous vous revoyez quand ?
-Je sais pas… La semaine prochaine, je suppose.
-Il faudrait que tu t'achètes un portable.
-Ca coûte trop cher, et je n'en ai pas besoin.
-Pour parler avec ton copain, ce serait plus facile.
Arthur haussa les épaules. Il n'était pas convaincu, et de toute façon il n'avait pas l'argent pour investir dans ce genre de truc. Il grogna un truc incohérent et ferma les yeux. Mine de rien, il était assez fatigué, et peu importe qu'il soit dans la bibliothèque, il entendait bien se reposer. Et il n'avait aucune idée de l'état dans lequel était Allistor, alors il préférait ne pas aller dans sa chambre. Il avait aussi un peu peur de ce qu'il y trouverait, sans trop savoir ce qu'il craignait. Une fille, peut-être ? Il préférait encore ne pas y penser…
.
Allistor grogna lorsqu'il entrouvrit les yeux. Il mit du temps à comprendre où il était, encore plus à identifier la masse pelotonnée contre lui. Il ne sentait plus son bras gauche.
-Gilbert… grogna-t-il.
L'albinos ne se réveilla pas le moins du monde, et bougea juste la tête le temps de se caller plus confortablement contre lui. Bah, il avait bien mérité de se reposer, après tout. Il aurait juste aimé qu'il lui rende son bras.
Dans le silence confortable de la chambre, il prit le temps de réfléchir à tout ça, malgré le sommeil qui continuait de l'engourdir. Il se rappelait du club, d'une femme qu'il avait abordée, qui l'avait plus que chauffer, la suite était un peu plus floue, et après il y avait eu Gilbert, bourré et abandonné dans les chiottes. Allistor se rappelait avoir demandé au barman où cet idiot était passé, et se rappelait de la fureur et de l'angoisse qui s'étaient emparées de lui quand il lui avait appris qu'il s'était fait embarquer par un type vers les toilettes. Ca n'avait pas manqué, il l'avait retrouvé avec une érection et totalement dans le coaltar. Et il l'avait embrassé. Allistor ne savait pas trop si ça avait été un réflexe ou quelque chose d'autre, et il n'était toujours pas sûr de savoir comment il devait réagir par rapport à ça. Ca avait été fugace, un peu violent vu que Gilbert était totalement incapable de contrôler son corps, et ça avait eu le goût d'alcool. Mais ça avait définitivement été trop rapide pour qu'Allistor sache si… S'il avait aimé ça, ou s'il avait eu peur, ou s'il avait été dégouté, ou… Il préférait encore ne pas penser à ça. Il verrait bien quand Gilbert se réveillerait. Il fallait qu'ils aient une discussion, de toute façon.
Il soupira et passa sa main libre dans les cheveux de l'albinos. Il avait l'air à peu près calme. Fragile aussi. Comme souvent quand il dormait. Il semblait perdre six bonnes années. Ca lui allait plutôt bien, cet air de gamin. De toute façon, de manière tout à fait objective, Gilbert était beau. Malgré tout ce qu'il voulait bien dire, c'était plutôt évident que s'il s'en donnait la peine, il trouverait une copine. En tout cas, Allistor, lui le trouvait beau. Ce constat lui sautait aux yeux, et même si c'était troublant, dérangeant, et assez inattendu, d'une certaine façon, il se disait qu'il l'avait vu venir.
Il avait l'impression que c'était le fruit de quatre ans d'incertitude, d'observations involontaires, et de contacts qu'ils n'auraient peut-être jamais dû avoir.
