Chapitre 36 : Aurors

Correctrice : luna904

Deux ans plus tard, en une belle fin juin, Harry et Severus se tenaient, comme vingt-cinq autres étudiants, à gauche du ministre de la magie, Amelia Bones, du directeur des aurors, Rufus Scrimgeour, dans la grande salle de réception située au niveau un du ministère. Pour l'occasion, celle-ci avait été décorée avec les couleurs des aurors : bleu et argent. En face d'eux se trouvait une partie du corps des aurors, ceux qui n'étaient pas en mission, leurs futurs collègues. En face du ministre se tenait l'ensemble du corps professoral de l'école.

Sur l'estrade à côté de la ministre, se trouvait un pupitre en bois, ainsi qu'une table qui portait plusieurs rouleaux de parchemin. Derrière eux, les familles des étudiants étaient assises. La salle était pleine à craquer, les gardes du ministère avaient dû refouler un certain nombre de personnes, pour la plupart des curieux qui désiraient simplement pouvoir dire le lendemain « J'étais à la remise des diplômes d'Harry Potter ».

Harry savait que M. et Mme Weasley étaient là, ainsi que les jumeaux et Hermione. Il avait également vu Drago. Ce dernier avait commencé à se faire un prénom au ministère. Il grimpait les échelons à une vitesse fulgurante, mais M. Weasley lui même reconnaissait son implication dans le service de la coopération magique internationale. Il avait un poste qui imposait de fréquents déplacements et mondanités ce qui lui convenait parfaitement.

Il revenait à M. Owen, qui avait assuré par son encadrement constant la formation des étudiants, l'honneur d'ouvrir la cérémonie. Et c'est ainsi que l'assemblée se leva d'un même mouvement à son entrée, ministre comprise.

- Asseyez-vous, commença-t-il. Tout d'abord je voudrais vous remercier pour être venus si nombreux à cette cérémonie. Nous avons aujourd'hui vingt-sept futurs aurors qui vont recevoir leur diplôme et que je vais vous confier Rufus. Comme vous le savez tous, les trois années qu'ils ont passées à l'école ont été particulièrement studieuses et difficiles. Ils ont tous étudié avec diligence et en bonne harmonie. Je suis fier de pouvoir leur remettre à chacun leur diplôme.

Il fit une pause avant de reprendre un ton plus bas :

- Avant de vous remettre individuellement votre diplôme, je tiens à vous rappeler votre rôle dans notre société : servir la population dans le respect du droit. Ne pas juger, apporter les preuves à charge ou à décharge, indépendamment de vos sentiments personnels. Vous serez certainement confrontés dans votre carrière à des affaires qui vous révolteront, mais, particulièrement dans ces cas là, vous devrez être particulièrement attentifs à ce que les droits de chacun soient respectés. La population sorcière fait confiance aux aurors pour enquêter en toute impartialité, ne la décevez pas. Votre travail n'est pas de juger, votre travail est de fournir au département de la justice magique tout ce dont il a besoin pour rendre son verdict.

Un grand silence se fit entendre dans la salle alors que M. Owen rappelait ces principes fondamentaux. En deux ans, et suite à l'arrestation d'Ombrage, puis à sa condamnation au baiser du Détraqueur, le ministère avait été assaini de la cave au grenier, si on puit dire ainsi. La justice était désormais exercée avec plus d'impartialité, même si certains y échappaient encore avec un peu trop de régularité.

Après quelques secondes, M. Owen reprit :

- La liste de la nouvelle promotion d'auror s'établit donc comme suit …

Les élèves commencèrent à défiler, chacun se voyait remis son diplôme par l'un des professeurs. Puis, le directeur des aurors attachait à chacun sa nouvelle cape avec la broche qui était l'insigne de leur fonction. Enfin, ils saluaient la ministre qui avait un mot à dire à chacun.

Au deux tiers de la liste, un frisson parcourut l'assemblée lorsque M. Owen appela :

- Harry Potter. Major de promotion.

Ainsi qu'il l'avait appris durant ces deux dernières années, Harry parvint à cacher son étonnement au fond de lui. Les applaudissements furent plus nourris alors qu'Harry s'approchait du professeur Von Lenhard. Ce dernier arborait un petit sourire qui en disait long sur le plaisir qu'il avait à lui remettre son diplôme. Ceci dit, Harry restait perplexe : comment pouvait-il être major de promotion alors que Severus était meilleur que lui dans plusieurs matières et qu'ils se valaient dans les autres ? Certes, son épreuve de déguisement avait été un jeu d'enfant pour lui : en effet, il devait se rendre indétectable dans un quartier du Londres moldu quadrillé par les aurors. Son professeur lui avait expliqué que sa tâche serait plus ardue compte tenue de sa célébrité.


Flash-Back

Harry sourit lorsqu'il vit dans quel quartier il devait se cacher : il le connaissait très bien pour y avoir déambulé souvent en compagnie de Severus, et parfois même avec Mark et Sven. De plus, il avait la chance d'abriter le célèbre zoo de la capitale. Il décida aussitôt de ne pas se casser la tête. Dans la pièce où il pouvait se préparer, il ôta sa robe de sorcier pour retrouver sa chemise et son jean habituel. Il transforma sa robe en blouson de cuir de style motard, comme celui qu'il avait chez lui. Il avait acquis cet équipement pendant qu'il passait son permis l'année précédente, ainsi qu'un Severus assez dubitatif sur ce moyen de transport. Mais il avait rapidement reconnu que pour deux hommes désireux de sillonner le pays, ce moyen de transport était très pratique. Dans leurs sacoches, ils pouvaient réduire toutes les affaires nécessaires pour au moins trois ou quatre semaines, et ils comptaient bien cette année parcourir une partie de l'Europe par ce biais là, juste avant de prendre leurs fonctions le 1er août.

Il prit ensuite le portoloin qui devait le faire arriver dans une petite ruelle tranquille du quartier. Il haïssait encore plus qu'avant ce mode de transport, mais il n'avait pas le choix. Une fois dans la ruelle, il acheva sa transformation en rendant sa chevelure blonde, d'une longueur équivalente à celle de Severus, et enfonça une casquette sur sa tête pour couvrir sa cicatrice. Il partit ensuite, à une allure assez nonchalante, vers une plus grande rue pour se repérer. Il savait que les aurors qui étaient présents pour le repérer ignoraient l'endroit où il était arrivé.

Il eut un sourire intérieur lorsqu'il reconnut l'endroit précis : il était à deux pas du zoo. Avant d'entrer dans le zoo, il s'obligea à réfléchir quelques instants. Que viendrait donc faire un motard, seul, dans un zoo en pleine après-midi ? A priori … pas grand chose … Sauf … sauf si le dit motard prenait des notes … Auquel cas, ce pourrait être un étudiant en … n'importe quoi, mais ce serait plus crédible. Il avisa donc une librairie dans laquelle il acheta un bloc et un stylo et s'en fut enfin vers le zoo, où il paya son entrée. Il fit ensuite bien attention à prendre le plan intérieur du zoo et l'étudia soigneusement. Il avait deux endroits où se réfugier en attendant que les deux heures trois quarts qu'il restait soient écoulés. Le reptilarium ou … l'enclos des lynx : dans le premier, il était assez évident qu'au moins un auror aurait l'idée de venir le chercher là, puisque son animagus vipère était dûment déclaré. Dans le second, en revanche, il pouvait passer inaperçu. Bon, oui, à condition que ce fichu zoo ait mis la main sur des lynxs blancs tachetés et non stupidement beige comme la majorité de leurs congénères ! Et après tout, que se passerait-il si … bon, enfin, il verrait bien sur place …

Il s'approcha donc tranquillement de l'enclos des lynxs, non sans faire mine de prendre de nombreuses notes sur les différentes espèces qu'il voyait. Il resta un moment planté devant l'enclos des lynx, puis jeta un œil autour de la cage. Il repéra rapidement l'endroit où les soigneurs entraient chez les fauves, et l'endroit ensuite où ils revenaient dans les allées dévolues au public. Sans montrer une seule hésitation, il partit vers la porte qui lui donnerait l'accès à la cage des fauves. Un alohomora informulé et sans baguette lui permit d'ouvrir la porte comme s'il était normal qu'il soit là.

Il arriva dans un couloir assez sombre où l'odeur des fauves était entêtante, mais elle ne le dérangeait pas. C'était en effet l'odeur qu'il dégageait lorsqu'il revenait d'une nuit de pleine lune avec Remus. Il vérifia rapidement qu'aucun soigneur n'était en vue, puis franchit la porte qui menait à la cage intérieure des fauves, l'endroit où il pouvait se reposer la nuit ou simplement à l'abri des intempéries. Tiens donc, une jeune femelle se trouvait là, accompagnée de ses deux petits. Elle leva aussitôt les yeux vers lui et grogna. Il se dépêcha de prendre sa forme animagus, et après un instant de surprise et d'hésitation, la femelle s'allongea à nouveau auprès de ses petits, semblant rassurée par le fait qu'un humain qui pouvait se transformer en l'un de ses congénères ne lui nuirait certainement pas. Il décida, bien que sa cachette fut sûre, de se glisser tout de même au dehors pour comprendre ce que les animaux pouvaient ressentir.

Dès qu'il vit les grilles qui l'empêchaient de courir en paix, il dut retenir un hurlement de frustration. Merlin que c'était triste d'être enfermé ainsi pour lui dont l'animagus aimait tant courir. Et ces misérables branches censées lui procurer l'exercice nécessaire pour se maintenir en forme ! En un mot, elles étaient pitoyables. Il fit cependant attention de se blottir dans un coin sombre et ombragé pour que sa couleur passe inaperçue. Malgré tout, dès qu'il entendit quelques exclamations du genre « Regarde là-bas, celui qui est blanc, c'est un albinos tu crois ? », il trouvas préférable de rentrer à l'intérieur avant que l'histoire ne fasse le tour du zoo. Les autres lynx n'avaient pas vraiment prêté attention à lui, preuve s'il en était que la vie en captivité avait sérieusement émoussé leurs instincts.

Il poussa un long soupir en revenant à l'abri, il lui fallait maintenant attendre. Il médita bien un peu sur le fait que ce qu'il faisait n'était pas vraiment dans l'esprit de l'exercice, mais aujourd'hui, il était particulièrement fatigué. Il avait travaillé comme un fou pour réussir cette dernière année et son deuxième degré de potions qu'il avait totalement loupé l'année précédente, les épreuves avaient été particulièrement vicieuses et éprouvantes dans toutes les matières, alors … Il méritait bien un peu de repos à son goût ! Et si ça ne plaisait pas à l'examinateur, il n'avait qu'à pas lui concocter une épreuve si facile ! Comment ça, ça n'était pas de la faute de l'examinateur si son deuxième animagus n'était pas déclaré ? Oui et alors ? Il resta en éveil malgré tout pour ne pas être surpris pas un employé du zoo. Il observa ensuite avec amusement les jeux des deux jeunes lynx qui s'affrontaient, férocement à leurs yeux sans aucun doute, sous l'œil placide de leur maman.

Enfin, ce fut l'heure de rentrer. La femelle ne broncha pas lorsqu'il reprit sa forme humaine, comme si elle avait compris qu'il ne leur voulait aucun mal, quelque soit son apparence. Il prit enfin le portoloin de retour après un bref sort de nettoyage qui lui permit d'enlever une bonne partie de l'odeur accumulée. Certes, ça ne valait pas une bonne douche, même pour l'efficacité, mais il devrait s'en contenter.

Il fut soulagé de constater que Ron, Severus, Blaise, avec qui il avait fini par sympathiser, et Laurent étaient du côté de ceux qui avaient réussi. Dès qu'il s'approcha, Severus fronça le nez et finit par dire :

- Je crois que je ne veux même pas savoir ce que tu as fait …

- Quoi ? Protesta Harry.

- Tu empestes …

- Je suis bien d'accord avec lui, renchérit Ron. On dirait que tu as reçu une poubelle sur la tête …

- Si ça n'était qu'une poubelle, grinça Severus en le regardant droit dans les yeux.

- J'ai réussi l'exercice, non ? C'est tout ce qui compte, répondit Harry crânement. Ce n'est pas toi qui nous rabâches que l'important c'est le résultat et pas tellement le moyen ? Alors tu devrais être content, c'est ce que j'ai fait !

Leur professeur avait assisté à l'échange, l'air amusé. Il finit par dire :

- Je vous confirme, Potter, personne n'a été en mesure de repérer la moindre de vos mèches de cheveux ! Alors, quoique vous ayez fait, vous n'avez pas été détecté, ce qui est parfait !

Harry lança un regard triomphant à Severus alors que ce dernier faisait une légère moue de dépit.

Lorsqu'ils furent rentrés chez eux, il expédia immédiatement Harry à la douche :

- Vu le temps que tu as passé avec les fauves, c'est plus que nécessaire ! Et j'attendais de toi que tu n'utilises pas ce genre de procédé !

- Alors là, de ta part, c'est tout de même pure hypocrisie ! Tu crois que je n'ai pas reconnu le polynectar que tu prépares amoureusement depuis un mois maintenant ? Tu ne me feras pas croire que c'est pour un client ! Nargua Harry en se déshabillant sans vergogne devant son compagnon.

Severus le regarda l'air impassible avant d'ajouter :

- Je crois que je vais aussi avoir besoin d'une douche …

La journée avait terminée en jeux coquins et câlins.

Fin du flash-back


Le professeur Von Lenhard lui remit son diplôme avec ses mots :

- Je crois, Potter, que vous avez encore bien plus d'atouts dans votre manche que ce que vous nous avez montré jusque là. Puissiez-vous d'abord ne jamais avoir à les utiliser, et, si jamais vous devez le faire, gardez en vous cette mansuétude qui est l'apanage des grands …

Harry se permit un léger sourire devant la clairvoyance de celui qui restait son professeur préféré.

- Merci professeur. Je me souviendrai longtemps de ce conseil, répliqua-t-il poliment.

Il se présenta ensuite devant Rufus Scrimgeour qui attacha soigneusement la cape de son nouveau subordonné avant de dire :

- Je suis heureux de vous compter désormais dans nos rangs, Potter. J'espère que ce métier vous apportera les satisfactions que vous souhaitez.

- Je l'espère aussi, monsieur.

Enfin, la ministre de la magie l'accueillit chaleureusement :

- M. Potter, vous vous êtes plongés corps et âmes dans les études ces trois dernières années …

- En effet, madame la ministre, répliqua sobrement Harry.

La ministre l'avait convié à de nombreuses cérémonies, dont plusieurs étaient données en son honneur, mais il avait refusé le plus souvent. Plus il avait avancé dans les études, plus il avait mesuré combien il avait eu de la chance de surprendre Voldemort pour le tuer. Il trouvait donc que tous les honneurs qu'on lui attribuait étaient bien disproportionnés et s'était réfugié derrière l'excuse des études le plus souvent possible.

- J'ose espérer que nous vous verrons un peu plus désormais …

Mue par une soudaine inspiration, il dit lentement :

- Je veux être reconnu pour mes aptitudes dans mon travail désormais, madame. Ce que j'ai fait voilà trois ans n'était que pure chance … J'ai encore beaucoup à apprendre dans mon nouveau métier …

- Je ne peut qu'être d'accord avec vous sur votre analyse, M. Potter, mais … sans vous demander d'approuver tout ce que fait le ministère car chacun a sa vision des choses, je vous demande simplement de vous montrer pour étouffer les rumeurs selon lesquelles vous désapprouvez totalement le ministère …

- Je serai effectivement plus libre à partir de cette année, madame, répliqua simplement Harry en la regardant droit dans les yeux.

- Ce sera un plaisir, M. Potter !

Il alla s'asseoir en méditant un peu. Ainsi donc, la ministre, qui faisait d'après ce qu'il pouvait savoir de l'excellent travail, était attaquée à cause de lui, parce qu'il n'était pas très présent. Il avait lu certains articles à ce sujet dans la Gazette, mais pas ces derniers moi, il avait été trop occupé. Il faudrait donc qu'il demande à Severus, qui avait, lui, nettement plus le temps de se tenir au courant. Il sentit un frisson le parcourir lorsque M. Owen appela :

- Severus Rogue. Major de promotion.

Des murmures étonnés se firent entendre dans la salle en même temps que des applaudissements polis. Ils étaient donc à égalité ? Comment était-ce possible ? Une fois que Severus eut fait le même circuit que tout le monde, M. Owen reprit la parole :

- Vous avez bien entendu, la promotion comporte cette année deux majors. C'est la première fois dans l'histoire de l'école que nous sommes incapables de départager deux élèves sur l'ensemble de leur année. Ils présentent les mêmes forces, et cela n'étonnera personne, en potions et en défense, et, en ce qui concerne les autres matières, ils ont concédé quelques points de façon égale. Je tiens tout particulièrement à les féliciter concernant l'épreuve de déguisement puisqu'aucun auror n'a été en mesure, ne serait-ce que de soupçonner ce qu'ils avaient pu faire pour disparaître ainsi de la circulation. Ceci est d'autant plus méritant qu'ils sont tout de même particulièrement connus et reconnaissables …

Harry laissa échapper un léger sourire tandis que Severus restait impassible, pourtant, il était particulièrement fier d'Harry qui avait réussi à se hisser à son niveau. Harry applaudit aussi chaleureusement Ron et Blaise, qui clôturaient la liste des nouveaux aurors. Ils reçurent ensuite les félicitions des Weasley au complet, avec une Molly qui laissait échapper des larmes de joie. Il fut également félicité, avec nettement moins de chaleur, par Drago :

- Alors, Harry, que vises-tu maintenant ? Le troisième de gré de potions ? A moins que tu n'aies encore envie de recommencer le deuxième ?

- Je crains de te décevoir à nouveau, Drago, rétorqua Harry. J'aurai mon deuxième degré sans souci cette année, mais, d'un commun accord avec Severus, je m'arrête là. Si jamais les autres degrés venaient un jour à me manquer, ce ne sont pas les années qui me feront défaut pour les passer …

Leurs relations s'étaient légèrement détendues en deux ans, mais les piques et les sarcasmes restaient la norme lorsqu'ils se rencontraient.

Harry surprit tout le monde en allant ouvertement discuter avec la ministre sous l'œil curieux des journalistes :

- M. Potter, pourquoi ne vous a-t-on jamais vu depuis trois ans ? Demanda celui qui était face à lui.

- L'école des aurors est une école exigeante qui m'a demandé le meilleur de moi-même, répondit simplement Harry. Et j'ai aussi voulu prendre le temps pendant mes vacances de me reposer et vivre comme n'importe quel étudiant.

- Ne serait-ce pas plutôt parce que vous désapprouvez le ministère ? Fit entendre une voix.

Le visage d'Harry se durcit alors qu'il répliquait :

- Si je désapprouvais le ministère, croyez-vous que j'aurais été incapable de m'adresser directement à la presse, comme je l'ai fait voilà six ans, lors du retour de Voldemort ?

- Vous obéissez à votre vampire, rien de plus ! Vous n'êtes qu'une marionnette entre ses mains ! C'est à cause de lui que vous ne témoignez pas !

- Je vous conseille vivement d'aller lui dire ça en face, railla Harry sans s'énerver. Appelez-moi surtout pour que je puisse rire un bon coup ! J'ai mon libre arbitre comme dans tout couple normal, ajouta-t-il les yeux flamboyants. Enfin … plus exactement, j'ai mon libre arbitre comme devrait l'avoir toute personne, homme ou femme, au sein de n'importe quel mariage …

Après un temps de silence, Amelia Bones finit par demander d'une voix curieuse :

- Que voulez-vous dire par là, M. Potter ?

- J'ai ouï dire qu'une certaine catégorie de mariage retirait à la femme tout pouvoir, tout libre arbitre … Peut-être me suis-je trompé, mais si ça n'est pas le cas, ne trouvez-vous pas cela particulièrement injuste, madame ?

- Ce genre de mariage n'est plus appliqué depuis de nombreuses années, même s'il est encore possible, répliqua doucement la ministre.

- Ne pensez-vous pas que certains, sans le dire ouvertement, l'appliquent encore ? Insista Harry.

La ministre le regarda droit dans les yeux, comme pour sonder son esprit. Puis, son visage durcit, et elle ajouta :

- Vous voyez, M. Potter, pourquoi je trouve intéressant que nous nous rencontrions plus souvent ? Vous avez toujours des remarques éminemment pertinentes à faire …

Elle fit un léger signe de main à l'un des secrétaires qui se tenait près d'elle et celui-ci acquiesça vivement avant de griffonner rapidement sur un parchemin. Une voix interpella alors :

- Ce que dit Potter est donc vérité pure, madame la ministre ?

- M. Potter soulève toujours des sujets de conversation intéressants, répondit aimablement Amelia Bones. Et ce sont souvent des sujets qui méritent approfondissement, sans pour autant qu'ils conduisent à des changements radicaux, ou à une nouvelle législation. Dans les jeunes cerveaux fourmillent d'avantage d'idées que dans les nôtres, et, bien généralement, toutes sont à examiner avec intérêt. Ne serait-ce que pour comprendre la nouvelle génération qui arrive dans le monde du travail.

Harry vit ensuite, du coin de l'œil, le journaliste qui l'avait traité de marionnette virer au vert devant l'air glacial de Severus qui avait eu vent de l'affaire.

Il fêta, fort tardivement comme il se doit, son diplôme tout neuf. Il félicita également Ron de sa superbe quatrième place de la promotion, la troisième place ayant été raflée par Kayla Prestick qui était arrivée en deuxième année après avoir étudié deux ans dans l'école des aurors français. Malheureusement pour elle, le niveau requis chez les aurors anglais était supérieur ce qui lui avait valut son redoublement, à son grand désespoir, car elle avait, vis à vis des études, les mêmes idées bien arrêtées comme Hermione. Elle s'était rapidement intégrée dans le groupe car elle était tombée sous le charme de Blaise. Le contraste était d'ailleurs saisissant entre les deux : lui, grand, noir, brun, et elle, presque aussi blonde que Drago pouvait l'être, avec la peau blanche qui allait avec, petite, menue. Mais elle était très dynamique et s'y entendait pour mener les garçons à la baguette. Les affrontements entre Severus et elle faisaient également partie des légendes de l'école. Elle n'était pas impressionnée le moins du monde par celui qu'elle n'avait pas eu comme professeur et, tout comme lui, cherchait absolument à avoir le dernier mot. Et elle était d'autant plus dépitée que Severus la battait au moins deux fois sur trois à ce petit jeu.

Mais Ron était aux anges, au moins il avait battu Zabini qui terminait cinquième. Laurent, de son côté, avait renoncé dès le début de la troisième année à l'espoir d'une place dans les cinq premiers. Il avait travaillé avec ardeur, mais il savait qu'il était un niveau en dessous des autres. Il terminait malgré tout dixième, place fort honorable.

Le lendemain, lorsqu'il s'éveilla, Harry eut un coup au cœur : ils devaient aujourd'hui faire leurs dernières emplettes avant leur périple européens avec Severus, et au jugé, la journée était déjà bien avancée. Il dévala donc l'escalier pour aller se restaurer après avoir appelé Dobby à tue-tête pour qu'il lui prépare un repas consistant. Il atterrit souplement dans le hall lorsque la porte d'entrée s'ouvrit sur Severus. Ce dernier haussa un sourcil narquois et dit :

- Tu te précipites où à cette heure ?

- Euh … Je vais manger vite pour qu'on puisse aller faire les courses ?

- Alors que les boutiques sont en train de fermer ? Railla Severus. Tu as regardé un peu l'heure ?

- Non, avoua Harry, j'ai juste compris qu'il était tard et qu'il fallait que je me dépêche …

- Maintenant, tu as tout ton temps … pour dîner …

- Oh … Et les courses ?

- A ton avis ? Qu'est-ce que je viens de faire ? Maintenant, s'il te manque quelque chose tu t'en passeras, un point c'est tout !

Harry leva les yeux au ciel en entendant cela. Il savait maintenant que c'était totalement faux. Son compagnon était attentif à son bien-être et il n'y avait que deux solutions pour les choses qui manqueraient : soit elles lui étaient indispensables, et ils les achèteraient lors de leur périple, soit il pouvait tout simplement s'en passer.

C'est ainsi qu'ils réduirent leurs bagages le matin et quittèrent un Dobby un peu désemparé : jamais ils n'étaient partis si longtemps. Ils avaient déjà décidé de monter en Irlande chez Sven et Mark en suivant le chemin des écoliers.

Ils avaient décidé de passer par Birmingham pour rejoindre Holyhead. Il n'y avait pas beaucoup d'horaires disponibles pour traverser vers Dublin à partir de cette ville, mais il préféraient rouler plus longtemps à moto que d'être coincés sur un bateau pour une longue traversée. Il avaient prévu de parfois s'arrêter dans des bed-and-breakfast, mais le plus souvent ils planteraient leur tente sorcière en plein champ et bénéficieraient ainsi de leur confort quelles que soient les conditions climatiques extérieures.

Le premier matin, après son réveil, Harry chercha Severus en baillant longuement. Il resta donc la bouche grande ouverte lorsqu'il franchit le dernier panneau de toile qu'il n'avait pas exploré la veille. Severus avait réussi à convaincre le vendeur d'ajouter à leur tente un … laboratoire de potions …

- Mais je voulais oublier les potions pendant quelques semaines, protesta-t-il.

- Je ne te demande pas d'en faire, rétorqua Severus. Mais j'ai tout de même beaucoup de temps à passer lorsque tu dors ! Surtout que tu m'as l'air d'être encore parti pour une bonne semaine de rattrapage, non ?

- Pourquoi, il est quelle heure ? Dit Harry en baillant à nouveau.

- Midi passé …

- Non ?

Harry avait ouvert grand les yeux à cette nouvelle. Il s'était pourtant couché extrêmement tôt la veille au soir, épuisé par les kilomètres.

- Mais à ce rythme là, on ne va que rouler ! Pesta-t-il en se dirigeant vers la cuisine. On ne va rien visiter !

- A qui le dis tu !

Mais ils avançaient selon les étapes qu'ils avaient prévu, même si Harry n'arrivait pas à visiter tout ce qu'il voulait, et même si, effectivement, il récupérait encore d'une année chargée.

Quelques jours plus tard, en arrivant à l'heure du dîner chez Sven et Mark, ils trouvèrent, phénomène extrêmement rare, ce dernier en train de bougonner, pour ne pas dire râler franchement en tournant nerveusement une louche dans un chaudron.

- Mark, s'exaspéra Sven après avoir brièvement salué Severus et Harry, vas-tu te calmer pour ne pas rater cette potion pour la troisième fois ?

- Comment veux-tu que je me calme ? Hurla Mark en retour. Bon sang, Sven, elle n'a que quinze ans !

- Et alors ? Ne viens pas me dire que tu ne commençais pas à ressentir les effets du désir à quinze ans ?

En un clin d'œil, Severus jaugea la scène et il posa rapidement sa main sur celle de Mark qui tenait la louche en disant calmement :

- Et si tu me disais de quoi il s'agit pour que je la termine sans tout faire exploser ?

- Potion de contraception ! Cracha Mark. Pour Carolina ! Merlin, je lui ai envoyé son cadeau pour son anniversaire voilà seulement un mois !

Ah, pensa immédiatement Harry en dissimulant un sourire. Voilà donc la raison de cette colère somme toute très fraternelle …

- C'est ça ! Ca te faire rire toi ! Gronda Mark.

- Mark, ça suffit ! Claqua la voix de Sven. Harry n'y est pour rien au fait que ta sœur soit légèrement plus en avance que la moyenne sur ce plan là !

- Légèrement plus en avance ? Croassa Mark. Tu te fiches de moi, là ? Elle change de petit ami comme de chemise, autant que Severus dans sa grande période ! Oh, et ce n'est pas la peine de regarder Harry ainsi, il n'est pas idiot, il sait très bien que l'expérience de Severus a eu un côté pratique et non seulement théorique si tu veux utiliser des mots fleuris !

- Mais … peut-être qu'elle se contente juste, commença Harry.

- De baisers ? Railla Mark. Je te remercie de ce soutien, Harry, mais je vois mal des septièmes années, sur lesquels elle a également jeté son dévolu, se contenter de baisers, eux !

- C'est elle qui t'a demandé la potion ? Demanda tranquillement Severus en continuant la potion.

- Non, rétorque Mark, mais franchement, comme je ne vois pas mes parents lui procurer, qu'elle est interdite de vente libre aux mineures, il faut bien que je m'y mette !

- Alors peut-être qu'elle ne l'a pas fait parce qu'elle sait qu'elle ne franchira pas le pas tout de suite ? Risqua Harry.

- Mon cher Harry, on ne discute absolument pas de ce genre de sujet dans notre famille, répondit Mark avec amertume. Toutes mes connaissance, et je peux te dire qu'elles étaient bien maigres, je les ai glanées à Poudlard. Alors je ne doute pas un instant que Carolina en soit réduites aux mêmes informations, c'est à dire presque rien. Et franchement, à quinze ans, on oublie royalement les possibles conséquences du fait de faire l'amour par rapport aux inquiétudes et aux attentes de cette première fois !

Il était en train de se détendre légèrement grâce aux mains légères de Sven qui allaient et venaient sur ses épaules.

- Accepte qu'elle grandisse et garde d'abord une relation fraternelle avec elle, reprit doucement Sven après un silence seulement interrompus par les bouillonnements issus du chaudron. Garde ce genre d'écueil pour tes parents …

- Ah oui ? Mais tu sais très bien que si je fais ça, elle se retrouvera à accoucher avant que mes parents aient eu le temps de comprendre qu'elle les berne depuis plusieurs années !

A ces mots, Severus haussa un sourcil et demanda simplement :

- Elle ? Les berner ? Elle était transparente lorsque je l'avais comme élève …

- Justement, les commentaires assortis à son bulletin cette année là lui ont valu de lourdes punitions pendant l'été suivant. Mais mon père n'a pas prévu les conséquences de ces punitions : elles lui ont simplement forgé la volonté de ne plus jamais se faire prendre ! Et va savoir comment, elle y arrive ! Elle offre donc maintenant à mes parents, et elle en est très fière, l'image d'une petite fille modèle qui fait sagement ses études. Elle est même arrivée à les convaincre, sa plus grande fierté, que les punitions après sa première année l'ont fait réfléchir, et qu'elle a besoin de ces temps d'isolement dans sa chambre pour ne pas faire de bêtises … Donc elle a tout gagné : elle a une paix royale pendant l'année scolaire à Poudlard, et pendant les vacances à la maison, le tout avec la bénédiction des parents ! Et, évidemment, elle sait parfaitement cacher les quatre cent coups qu'elle fait, à Poudlard ou au manoir, voire en dehors du manoir puisqu'elle a trouvé le moyen de sortir sans que quiconque le sache ! Je me demande même si elle ne saurait pas sortir de Poudlard sans passer par la grande porte !

- Ah non ! Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis, protesta Sven. Tu sais que c'est impossible …

Si il savait, pensa immédiatement Harry en souriant intérieurement.

- Harry, gronda soudain Severus qui se doutait de la raison de l'amusement de son calice. Attend un peu que je termine la potion, et tu vas tout nous expliquer sur la façon dont on sort de Poudlard en dehors de la grande porte … Car on le fait, n'est-ce pas ?

- C'est possible, rétorqua Harry avec un léger sourire. Mais là, c'est injuste le lien ! Tu as senti que ça m'amusait alors que je l'avais caché à tous les autres niveaux !

- C'est comme ça ! Tu as des choses à m'avouer, jeune homme, ajouta Severus en versant soigneusement la potion dans plusieurs fioles vides qui avaient été préparées.

Harry soupira mais n'ajouta rien, il commença simplement à trier dans sa tête les secrets avouables des autres … Il savait que Severus s'en tiendrait à ce qu'il dirait et ne chercherait pas plus loin. Son compagnon respectait, autant qu'il le pouvait, son intimité mentale. Il aurait pu refuser catégoriquement de dire quoi que ce soit, mais certaines choses pouvaient sans doute être avouées sans risque maintenant …


RAR

Lys : j'espère que tu auras pu finalement lire le chapitre 35 avant celui-ci !

Moji : j'avoue mon ignorance quant aux séquelles du paint-ball n'ayant jamais participé à ce genre de divertissement.

NEPHERIA : merci.

katerine black : merci beaucoup.

Fallen-Angel09 : merci beaucoup. Pour le paint-ball, j'ai pensé que la simple bataille d'eau était un peu trop simple …

Yumeni : je suis heureuse que l'idée du paint-ball t'ait plu et effectivement les anciens élèves se sont vengés. Pour moi, le calice porte en lui sa soumission, ce qui explique la phrase d'Harry à la fin.

Grispoil : comme tu peux constater, je n'ai pas jugé utile de décrire la réaction de Severus sur les manèges moldus. J'ai préféré passer à la suite.

Adenoide : effectivement, Severus a laissé Harry inverser les positions, mais il aura fallu de la patience pour ça !

jenni944 : je t'avouerai, quant à moi, que le paint-ball ne m'attire pas vraiment …

iamme : effectivement, le geste ne pouvait venir que de Severus lui-même, même si on peut imaginer qu'Harry a dû le tenter assez souvent. Maintenant, tu sais un peu plus ce qu'Harry a fait avec les potions, mais je l'imagine assez bien dire également à Severus en fin d'année 'stop, j'en ai marre, je n'en peux plus des études !'.

oceanesubby : en fait, je compte amener doucement la fin de cette fic en bouclant toutes les idées qui m'étaient venues petit à petit et pour lesquelles j'avais mis les fondations.

Fanli : tu vois que les choses se calment tranquillement …

Linla : hélas pour toi, si tu lis les autres réponses, tu ne peux que constater que je ne pourrai pas vraiment tenir longtemps avec cette fic et que je vais la boucler en douceur. Ceci dit, au moment où je t'écrit cette réponse, je suis dans la rédaction du chapitre 38 … Pour que tu te consoles un peu …

caro06 : merci beaucoup.

Titegaya : je sais que je fais des déçus en ne décrivant pas l'épisode du parc d'attraction, mais sincèrement, je veux avancer dans cette fic.

Dark Turner : eh oui, il fallait bien utiliser un peu les animagi d'Harry pour tout …

Touraz : je suis heureuse que le paint-ball t'ait plu !

Haru : je suis heureuse que mon idée de cadeau t'ait plu !

Tenshi304 : non, je n'ai pas dit que je ferai un mpreg, par contre, rien ne dit qu'ils n'auront pas d'enfant non plus … En tout cas, je suis assez fière que ma prose t'ait tenue une après-midi en haleine !

Cyndie : je suis contente que tu aies apprécié l'idée de cadeau !

Sissicecile : ouh la la, effectivement, tu es accro !! Et toi qui relis autant mes fics, trouves-tu une différence d'écriture entre toutes les fics ??

petite grenouille : merci beaucoup pour ces compliments. Effectivement, l'idée de cadeau a été appréciée par tout le monde !