Bonjour,

Voici le 38ème chapitre et le dernier avant mon départ pour l'Irlande ce matin.

Je posterais le prochain le jeudi de mon retour. Désolée ! Pas du publication ce jeudi ni lundi prochain. J'espère que vous saurez me pardonner ;-).

Merci comme toujours de me lire, m'écrire ... et merci à Elyrine pour tout le travail génial qu'elle fait !

Bonne lecture et à très vite

Sydney8201

Musique du chapitre :

The only hope for me is you de My Chemical Romance

Chapitre 38 : Amitié

« Il est étrange de voir les gens avec qui on finit par devenir ami. Parfois, quand on rencontre quelqu'un, on est convaincu qu'on ne pourrait pas s'entendre avec lui. Qu'on est trop différent. Que tout nous oppose. Qu'on ne peut que finir par se haïr. Et la vie fait qu'on devient amis. Je l'ai connu en arrivant à Stanford. Brady par exemple. Il était tellement différent de moi. Il était tout ce que je n'étais pas. Il avait eu l'enfance idéale. L'argent. Les parents parfaits. Et il me semblait prétentieux. Orgueilleux et inintéressant. Puis, j'ai appris à le connaître. Il est rapidement devenu mon meilleur ami. Pourtant, je l'avais détesté par principe. Je sais que tu penses différemment. Que tu te fies toujours à ta première impression. Et sans doute que la plupart du temps, tu as raison. Mais parfois, on se trompe. Parfois ceux qu'on aurait cru devoir détester finissent par devenir ceux qu'on aime le plus. Il suffit de leur donner une chance de nous prouver qu'on a fait fausse route. »

Journal de Sam Winchester. 1 juillet 2016.

Dean avait fini par s'endormir. Castiel devait reconnaître qu'il était étonné. Le jeune homme souffrait visiblement beaucoup. Ses blessures étaient sérieuses et sans une bonne dose de morphine, il n'avait aucune chance de l'ignorer. Mais alors que Castiel lui parlait de tout et de rien, juste pour qu'il sache qu'il était toujours là, il avait fini par succomber au sommeil.

Pendant quelques secondes, Castiel avait eu peur qu'il ait perdu connaissance. Ou que son cœur ait simplement cessé de battre dans sa poitrine. Mais après avoir vérifié son pouls et pris quelques secondes pour se raisonner, il avait fini par comprendre que son petit ami dormait.

Son petit ami. Il avait encore du mal à associer ces mots au jeune homme. C'était pourtant ceux qui étaient le plus adéquats à présent. Ils étaient toujours amis mais ils étaient également plus. Ils s'aimaient. Ils envisageaient un avenir ensemble.

Castiel n'en revenait pas d'avoir trouvé quelque chose d'aussi pur, fort et vrai dans un monde qui ne l'était plus. Qui ne le serait sans doute jamais plus. C'était pourtant ce qui était arrivé. Après avoir passé des années à se dire qu'il ne trouverait jamais l'amour, il avait fini par rencontrer l'homme de sa vie. Après que le monde ait pris fin. Après que les contaminés aient envahi les rues. Dean n'avait rien de l'homme avec qui Castiel avait envisagé de faire sa vie avant tout ça. Il était différent de l'image qu'il s'était faite de son âme sœur quand il s'était autorisé à y penser dans le passé. Et pourtant, il était parfait. Son exact opposé. La moitié manquante de son âme. La pièce du puzzle qui permettait enfin aux autres de trouver leur place.

Il ne fallait jamais perdre espoir. Castiel en avait à présent la confirmation.

Après avoir passé de longues minutes à regarder Dean dormir, le jeune homme sentit son estomac se tordre dans son ventre. Il était au chevet de son petit ami depuis vingt quatre heures à présent. Il n'avait pas dormi durant tout ce temps. Il n'avait pas mangé. N'avait quitté la pièce que pour aller aux toilettes. Il ne se souvenait même d'avoir bu une seule goutte d'eau.

Il avait faim. Il avait soif. Et il était épuisé. Mais il refusait de quitter le chevet de Dean. Il ne voulait pas prendre le risque que son petit ami se réveille seul. Il lui avait fait une promesse et il allait la tenir. Bien sûr, il aurait aimé que son frère ait la présence d'esprit de venir lui apporter quelque chose à manger et à boire. Ou au moins une couverture et un oreiller pour qu'il puisse s'installer un peu plus confortablement. Mais Gabriel n'était pas revenu. Castiel était convaincu qu'il était occupé à veiller sur Dylan pour le moment. Leur jeune compagnon avait négligé son propre état pour rester avec eux. Il était grand temps pour lui de se faire examiner par un médecin. Et de se reposer pendant quelques heures. Gabriel, parce qu'il était un grand frère dans l'âme avec quiconque en avait besoin, devait probablement être en train de s'assurer que Dylan s'occupait enfin de lui.

Castiel sourit en y pensant. Il devait reconnaître qu'il était content de voir son frère se lier ainsi d'amitié avec quelqu'un. Dylan était un garçon bien. Il était courageux et drôle. Intelligent et visiblement une personne sur qui on pouvait se reposer. En qui on pouvait avoir confiance. Mais il était seul dans ce camp et avoir quelqu'un comme Gabriel pour veiller sur lui était une bonne chose.

Cela laissait toutefois Castiel seul avec Dean et sans aucune possibilité de satisfaire sa faim et sa soif. Il choisit donc d'ignorer les demandes de son estomac et de se concentrer sur le bruit des respirations de Dean. Sur la façon dont sa poitrine se soulevait à intervalles réguliers. Sur la manière dont ses yeux bougeaient sous ses paupières, indiquant qu'il rêvait très probablement.

Le temps continua de s'écouler et Castiel continua à fixer Dean. Personne ne vint le déranger pendant un long moment. Il finit par ne plus réellement avoir conscience de ce qui l'entourait. Il ne voyait plus que Dean. Ce ne fut que lorsque la porte à sa droite s'ouvrit qu'il sortit de sa torpeur et de sa contemplation pour jeter un coup d'œil à la personne qui entrait.

Il s'était attendu à voir Gabriel, Dylan ou le médecin qui avait sauvé Dean. Il fut toutefois surpris de se retrouver nez à nez avec Lisa.

La jeune femme tenait un plateau dans une main, une assiette et un verre posés dessus. Elle referma gentiment la porte dans son dos mais n'avança pas dans la pièce. Elle soutint toutefois le regard de Castiel, semblant à chercher si elle était la bienvenue ou non.

Castiel savait bien qu'il avait tort. Mais il n'avait pas envie de la voir. Pas envie non plus qu'elle vienne prendre des nouvelles de Dean. Il continuait de la voir comme une menace même maintenant qu'il était convaincu qu'elle n'en était pas une. C'était plus fort que lui.

- Désolé de te déranger mais je voulais t'apporter de quoi manger. Selon ton frère, tu n'as rien avalé depuis plus de vingt quatre heures et j'ai pensé que tu … enfin, je me suis dit que tu devais avoir faim.

Castiel fut surpris de voir qu'elle avait apporté de la nourriture pour lui. Il avait d'abord cru que l'assiette était destinée à Dean. Bien sûr, il ne savait pas vraiment quel genre de femme Lisa était. Il avait sans doute une image totalement fausse d'elle.

- Je … merci, souffla t-il parce qu'il ne voulait pas paraître malpoli.

Il continuait d'avoir envie de la voir partir. Il devait se forcer à ne pas le lui demander. Il voulait toutefois faire des efforts. Il savait que Dean apprécierait s'il acceptait de lui parler. S'il ne se contentait pas de l'ignorer jusqu'à la fin des temps.

- Tu ne m'aimes pas beaucoup hein Castiel.

Lisa avait dit cela avec un certain détachement. Un calme étonnant pour quelqu'un qui tenait des propos aussi sérieux. Castiel fut incapable de dire quoi que ce soit. Il la regarda approcher et déposer le plateau sur la petite table métallique non loin de lui. Elle contourna ensuite le lit pour se poster de l'autre côté. Elle ne s'assit pas et garda les yeux rivés sur Castiel.

- J'irais même jusqu'à dire que tu me détestes non ?

Castiel grimaça une seconde. Le terme était sans doute un peu fort. Ce n'était pas tant Lisa en tant que personne qu'il détestait. Il ne la connaissait pas suffisamment pour cela. C'était ce qu'elle représentait qu'il n'appréciait pas. Bien sûr, après ce que Dean lui avait dit avant de s'endormir, il était un peu plus facile pour lui d'ignorer sa peur et ses doutes.

- Je ne te déteste pas. Je ne te connais pas, déclara t-il.

- Mais tu ne m'aimes pas non plus, répliqua Lisa.

- Je ne te connais pas, répéta Castiel.

Lisa hocha la tête avant de jeter un coup d'œil à Dean. Elle sourit alors avant de secouer la tête. Castiel étudia son visage avec attention et fut soulagé de ne lire que de l'affection dans ses yeux. Rien de plus qu'une tendresse pour Dean. Et peut être une certaine nostalgie. Pas parce qu'elle était toujours amoureuse du jeune homme mais parce qu'il avait représenté quelque chose pour lui par le passé. Qu'il continuait de représenter une stabilité qu'ils avaient tous perdus depuis.

- Je l'ai aimé tu sais. Je l'ai aimé de tout mon cœur. Je pensais vraiment qu'on finirait notre vie ensemble. Mais il n'avait pas les mêmes sentiments pour moi. Il a essayé. Je sais qu'il a essayé. C'était toutefois perdu d'avance.

Castiel ne voyait pas quoi dire. Il n'était pas à l'aise avec cette conversation. Pas à l'aise avec cette femme qu'il ne connaissait pas. Il pouvait toutefois sentir qu'elle ressentait le besoin de s'expliquer. Et il était tout à fait prêt à lui laisser une chance de le faire. Il était convaincu que cela lui serait bénéfique en fin de compte.

- Je crois que je savais déjà à l'époque. Peut être même depuis notre rencontre. Je me suis voilée la face parce qu'il était gentil et que Ben l'adorait. Et on était heureux. Je pense sincèrement qu'on l'a été. On était simplement plus des amis qu'autre chose. On l'est toujours je pense.

- Lisa, souffla Castiel.

Il ne voyait pas où la jeune femme voulait en venir. Il ne savait pas ce qu'elle cherchait à obtenir de lui en lui disant toutes ces choses.

- Castiel, je sais ce que tu penses. Ou du moins, j'ai une vague idée de ce que tu as pu imaginer quand tu as compris qui j'étais. Ce que je veux que tu comprennes, c'est que je ne suis plus amoureuse de Dean. Et puisqu'il ne l'a jamais été de moi, je ne représente en aucun cas une menace pour votre couple. De toute façon, il t'aime. C'est évident. Tu n'as pas à t'en faire. Je ne vais rien tenter. Et il ne tentera rien non plus.

Castiel hocha la tête parce qu'il le savait. La partie raisonnable de son cerveau l'avait même toujours su. C'était toutefois agréable de l'entendre. C'était rassurant et rendait les choses plus concrètes encore. Surtout après ce que Dean lui avait dit avant de s'endormir.

Cela le faisait aussi se sentir coupable. Il avait prêté à Lisa de fausses intentions. L'avait vu comme un danger pour lui. Il avait été injuste. Et il allait devoir sérieusement s'excuser. Il n'en eut toutefois pas le temps. Car Lisa reprit la parole avant qu'il n'ait l'occasion d'ouvrir la bouche.

- Ce que tu dois comprendre par contre, c'est que Dean est et restera une personne importante pour moi et pour mon fils. Je ne vais pas disparaître. Je ne vais pas l'ignorer parce qu'on a un passé commun et qu'il est en couple avec toi. Je veux faire partie de sa vie. Je veux rester son amie et je veux … j'ai besoin que tu l'acceptes. J'ai besoin que tu me laisses faire. Je ne te demande pas de m'aimer. Je suppose que ce serait sans doute trop te demander mais … ne le pousse pas à m'écarter de sa vie s'il te plaît.

Castiel secoua alors la tête en observant l'angoisse et la tension sur le visage de Lisa.

- Je n'en ai pas l'intention. Et même si j'avais essayé, je sais que Dean ne m'aurait pas laissé faire. Je … Lisa, je suis désolé d'avoir … d'avoir été aussi injuste envers toi. J'ai eu tort de penser que tu pourrais … j'aurais du avoir confiance en lui. J'ai bêtement pensé qu'il finirait par revenir à ce qu'il avait connu avant. Que ce qu'il y avait entre nous n'était qu'une expérience … de la curiosité et … tu représentais la stabilité et la normalité. Pas moi.

Lisa soupira alors longuement et pendant une seconde, Castiel pensa qu'elle allait s'emporter contre lui. Mais elle finit par lui sourire.

- C'est stupide tu sais. Parce que quand on vous voit, il est évident que tu représentes tout pour lui. Franchement, il faut être sacrément aveugle pour ne pas deviner dans la seconde à quel point il t'aime et combien tu comptes à ses yeux. Et je trouve ça génial. C'est bien trop rare. Surtout dans le monde dans lequel nous vivons maintenant. C'est précieux. Castiel … quand Dean te regarde, c'est comme si … comme si il n'avait plus besoin de quoi que ce soit d'autre. Comme s'il avait trouvé tout ce dont il avait besoin.

Castiel sentit sa gorge se nouer en réalisant tout ce qu'il avait manqué jusque là. Tout ce qu'il avait refusé de voir sans doute parce qu'il avait trop peur pour ouvrir les yeux. Cela avait failli lui coûter cher. Il ne referait plus jamais la même erreur.

- Et il est évident que tu ressens la même chose pour lui. Alors … inutile de t'en faire d'accord ? Vous êtes fait l'un pour l'autre.

Castiel sourit alors à la jeune femme. Il était évident qu'il avait fait fausse route la concernant. Pas uniquement sur ce qu'elle représentait pour Dean. Mais également sur la personne qu'elle était. Il était soulagé que la situation se soit apaisée pour eux. Il voulait permettre à Dean de faire partie de la vie de Lisa et Ben. Il voulait que cela ne lui pose plus aucun problème. Il ne voulait surtout plus que cela s'interpose entre eux à l'avenir.

- Tu devrais manger avant que ça ne soit froid, finit par déclarer Lisa, mettant un terme à la partie la plus sérieuse de leur conversation.

Castiel se tourna alors vers le plateau et attrapa l'assiette dessus. Il ne prêta même pas attention à ce qu'elle contenait et entreprit de manger aussitôt. Son estomac cessa alors de se tordre vainement dans son ventre et il laissa échapper un petit soupire de contentement.

- Comment va t-il ? Demanda ensuite Lisa en souriant toujours.

Castiel prit le temps d'avaler ce qu'il avait dans la bouche avant de répondre. Il était grand temps pour lui de faire bonne impression à la jeune femme. Et parler la bouche pleine n'était définitivement pas l'image qu'il voulait donner de lui après son comportement de ces derniers jours.

- Sa blessure est sérieuse mais … il va mieux. Maintenant que les premières vingt quatre heures sont passées, on a toutes les raisons d'être optimiste. Il faut juste qu'il se repose et reprenne des forces.

- C'est une bonne nouvelle.

- C'est un miracle, rectifia Castiel.

Et alors qu'il prononçait ces mots à haute voix pour la première fois, il réalisa enfin avec une totale clarté la chance que Dean avait eue. A quel point il était réellement passé proche de la mort. Combien sa survie tenait du miracle. Il sentit tout le poids de son inquiétude qu'il avait ignoré jusque là et la force de son soulagement qui avait été mis de côté au réveil de Dean lui retomber dessus avec force. Sans pouvoir s'en empêcher, il explosa en sanglots, sa fourchette dans la main et son assiette posée sur les genoux. Il aurait préféré ne pas craquer devant Lisa. Il avait la sensation de se donner en spectacle. Mais il ne pouvait rien faire pour se retenir. Et sans doute était il grand temps pour lui d'évacuer un peu ce qu'il ressentait depuis autant d'heures.

Il ferma les yeux quand il réalisa qu'il ne pourrait pas s'arrêter de pleurer. Il entendit Lisa bouger à nouveau puis lui prendre la fourchette des mains et retirer l'assiette de ses genoux. Il rouvrit les yeux quand la jeune femme le prit gentiment dans ses bras. Il estimait ne pas mériter ce geste. Mais il en avait trop besoin pour tenter d'y échapper.

- Je suis désolé, marmonna t-il dans son cou.

- Ne le sois pas. Tu as le droit de pleurer. Je serais dans le même état que toi à ta place, assura Lisa aussitôt.

Castiel s'autorisa alors à pleurer longuement dans son cou sans chercher à s'arrêter. Il ne tenta même pas d'étouffer ses sanglots. Il se contenta de leur laisser libre court jusqu'à ce qu'ils n'en aient plus aucun pour nouer sa gorge et l'empêcher de respirer convenablement. Quand les larmes cessèrent également de couler, il releva la tête pour regarder Lisa dans les yeux.

- J'aurais pu le perdre. J'ai failli le perdre, murmura t-il.

Lisa avait les mains posées sur ses épaules et lui souriait avec une douceur qu'il n'aurait jamais pensé trouver sur son visage pour lui. Il n'en revenait pas d'avoir pu penser une seule seconde que cette jeune femme puisse un jour tenter de lui voler Dean. De toute évidence, elle ne voulait que leur bonheur à tous les deux.

- Tu as failli oui. Mais il n'est pas mort. Et maintenant que tu sais combien la vie est fragile, tu ne commettras plus la même erreur.

- Non … jamais, assura t-il.

Lisa acquiesça alors avant de se redresser. Elle le regarda à nouveau pendant une seconde avant de se pencher pour déposer un rapide baiser sur son front.

- Parfait alors … parce que je veux que tu saches que Dean compte pour moi et que … si toutefois tu lui faisais du mal, tu aurais affaire à moi. Je ne te fais sans doute pas peur mais je peux me montrer particulièrement cruelle quand on fait du mal aux gens que j'aime. Compris ?

- Compris.

Castiel savait que Lisa était sérieuse. Et il était rassuré de savoir que la jeune femme veillait ainsi sur Dean. Il avait bien besoin d'être entouré. Besoin de prendre conscience qu'il comptait pour beaucoup de personnes. Il en doutait continuellement. Mais Castiel allait faire en sorte qu'il le sache. Bien sûr, il n'avait pas l'intention de faire du mal à son petit ami. Préférerait mourir que le faire souffrir d'une façon ou d'une autre.

- Je suis aussi venue te dire que le conseil avait rendu son verdict et vous êtes autorisés à rester si c'est que vous voulez. Tout le monde pense que vous nous serez d'une grande aide au camp.

Castiel regarda Lisa rejoindre l'autre côté du lit et attendit qu'elle soit finalement assise pour reprendre la parole.

- Je doute que tout le monde soit de cet avis.

- Richard a effectivement émis des doutes. Mais c'est un abruti et personne ne tient compte de son avis.

Castiel se souvenait parfaitement de lui. Il se souvenait également des propos qu'il avait tenus le concernant. Il était convaincu qu'il aurait à nouveau à faire à lui dans l'avenir. Il doutait que cet homme lâche l'affaire aussi facilement. Mais il était prêt à se battre. Il ne s'était jamais laissé décourager avant. Il n'allait certainement pas commencer maintenant.

- Est-ce qu'il est le seul ? Demanda t-il pour avoir une idée de l'opposition à laquelle il serait confronté s'ils restaient.

Il était convaincu que Gabriel et Dean souhaitaient s'installer au camp de façon permanente. Il en avait envie lui aussi à présent. Mais il refusait de l'affirmer sans en avoir parlé avec ses deux compagnons.

- Sans doute pas non. Mais la plupart n'oseront rien dire. Je sais que ce n'est pas forcément agréable à entendre … et j'aimerais que nous n'ayons que des gens totalement tolérants et ouverts d'esprit dans ce camp mais … je peux te garantir que tu auras le soutien de la majorité d'entre nous. Dylan en premier sans doute. Gilda aussi. Victor. Moi.

- Merci Lisa.

La jeune femme haussa les épaules comme pour signifier que ce n'était pas nécessaire. Mais pour Castiel, c'était important qu'il le lui dise. Important qu'elle sache qu'il lui était reconnaissant. Elle avait pris sa défense alors même qu'il n'avait rien fait pour le mériter. Il avait été odieux avec elle et elle ne lui en avait pas tenu rigueur. Cela méritait qu'il lui dise « merci ».

- Tu me remercieras en prouvant à tous ces idiots qu'ils ont eu tort. C'est tout ce que je te demande.

Castiel hocha la tête. Il l'avait fait par le passé et il était tout à fait prêt à recommencer. Il avait toujours su que son homosexualité poserait problème à certaines personnes. Mais il s'en contrefichait. Il n'avait pas honte de ce qu'il était. Et à présent qu'il avait Dean dans sa vie, il se sentait plus fort encore. Il se sentait capable de renverser des montagnes.

- Castiel, est-ce que je peux te poser une question ?

Le jeune homme détourna ses yeux de Dean pour les poser à nouveau sur Lisa. Elle semblait nerveuse brusquement. Il lui fit signe de la main qu'elle pouvait parler et elle reprit finalement la parole après quelques secondes d'hésitation.

- Est-ce que tu sais ce qui est arrivé à Sam ? Je devrais probablement poser la question à Dean mais je suis presque sûre qu'il refusera de répondre. Et je ne demande pas de détails … juste … quand et …

Elle s'interrompit finalement, sans doute consciente que sa question embarrassait Castiel. Dean lui avait parlé de Sam. Il lui avait expliqué avec plus ou moins de détails ce qui était arrivé à son frère. La façon dont il était mort. Sa culpabilité à l'idée que tout était de sa faute. Qu'il avait manqué de vigilance. Castiel en savait suffisamment pour faire un résumé concis à Lisa. Mais il était certain que Dean n'aimerait pas qu'il le fasse. Il n'en avait pas le droit. Pas quand le jeune homme avait des difficultés réelles à en parler lui même.

- Je suis désolé Lisa mais je doute que Dean apprécierait que je t'en parle. Tu pourras lui poser la question quand il sera réveillé. Ou il t'en parlera de lui même quand il sera prêt. Je ne peux pas te garantir qu'il le fera. C'est un sujet qu'il n'aborde pas facilement. Il lui a fallu plusieurs semaines pour ne serait ce qu'évoquer Sam avec moi. Pour me dire qu'il avait un frère.

- Mais il ne te connaissait pas avant, protesta Lisa sans aucune méchanceté.

Castiel ne fut pas vexé par sa remarque. Il pouvait comprendre sa frustration. Il pouvait comprendre sa curiosité aussi. Elle avait sans doute rencontré Sam avant que Dean et elle ne rompent. Elle devait le connaître. Et sans doute méritait elle de savoir. Mais Castiel continuait de penser qu'il n'avait pas le droit de lui en parler.

- Lisa, je ne peux pas … souffla t-il alors.

Il s'en voulait. Il n'aimait pas l'idée de la décevoir ou de la priver de réponses qu'elle semblait vouloir uniquement pour comprendre et pas seulement par curiosité. Il pouvait lire le chagrin sur son visage.

- Quand j'étais avec Dean … quand on vivait ensemble, Sam venait nous voir parfois. Pas souvent parce qu'il était très pris avec ses études et sa fiancée et … il ne pouvait pas s'absenter trop longtemps. Mais il venait dès qu'il le pouvait. C'était … c'était quelqu'un de bien. Un garçon intelligent, brillant et drôle. Il aimait son frère de tout son cœur. Je n'ai jamais vu deux personnes plus proches l'une de l'autre qu'eux deux.

Castiel enregistra les informations dans un coin de son esprit, conscient qu'il n'en obtiendrait peut être jamais plus de la part de Dean. Il aurait aimé pouvoir rencontrer Sam. Il aurait aimé pouvoir apprendre à le connaître et se faire accepter de lui. Il était avide d'en apprendre un maximum sur le jeune frère de son petit ami. Il aurait aimé bien sûr pouvoir entendre tout cela de la bouche de Dean. Car l'entendre ainsi de la part de Lisa lui rappelait que la jeune femme en savait probablement plus sur son petit ami que lui. Qu'elle l'avait connu avant.

- Ce que j'essaie de te dire, c'est qu'il était mon ami lui aussi. Il était … je l'aimais beaucoup. Et maintenant, il est mort et je … j'aimerais juste savoir comment. J'aimerais juste savoir s'il a souffert ou … Castiel je t'en prie.

Le jeune homme soupira longuement avant de regarder Dean durant quelques secondes. Il pouvait sentir qu'il allait finir par céder. Pas parce qu'il voulait manquer à la promesse faite au jeune homme. Mais parce qu'il pouvait sentir combien Lisa avait besoin d'en savoir plus. Et il voulait la soulager un peu. L'aider à y voir plus clair pour qu'elle puisse faire son deuil.

- Il a été mordu, finit il par déclarer en s'excusant mentalement vis à vis de Dean.

Il entendit Lisa retenir et ravaler un sanglot. Il choisit de ne pas la regarder. Il savait qu'elle avait du mal à garder le contrôle sur ses émotions.

- C'était il y a plusieurs mois je pense … je ne connais pas la date exacte. Dean et lui … quand tout ça a commencé, Dean est allé le chercher à Palo Alto. Sa femme avait été contaminée et Sam avait du … il était dévasté mais il a suivi son frère. Ils ont survécu quelques temps ensemble et puis Sam a été mordu. Dean l'a tué.

- Oh mon Dieu, laissa alors échapper Lisa.

Castiel hocha la tête. Il pouvait facilement imaginer son petit ami contraint d'achever la personne qu'il aimait le plus au monde. Lui tirant une balle dans la tête pour qu'il ne devienne pas l'un des contaminés. Il pouvait l'imaginer également criant et pleurant sur le corps sans vie de son petit frère. Songeant à en finir ensuite parce qu'il n'avait plus aucune raison de vivre. Il sentit un frisson le parcourir en réalisant à nouveau que, sans le journal de son frère, Dean ne serait plus là. Ils ne se seraient jamais rencontrés. Sam le leur avait permis sans le savoir. Rien que pour ça Castiel aurait aimé le rencontrer et le remercier.

- Pendant un moment, Dean a songé à en finir à son tour. Il ne pouvait pas imaginer vivre sans Sam. Mais … il a ensuite mis la main sur le journal que son frère avait écrit et quand il l'a lu, il s'est juré de continuer à se battre. Il a trouvé Red ensuite. Puis Gabe et moi.

- Quand tout ça a commencé, il m'arrivait de penser à lui. De me demander ce qu'il devenait. J'étais convaincu que s'il devait rester une seule personne sur Terre, ce serait lui. Je ne le voyais pas tomber parmi les premiers. Sam … pour Sam, c'était différent.

Castiel leva finalement les yeux vers Lisa et ne fut pas surpris de voir que son visage était couvert de larmes. Il lui sourit gentiment pour l'encourager à parler à nouveau.

- Sam était … différent. Je ne sais pas comment l'expliquer. Je veux dire … ils ont eu une enfance compliqués tous les deux. Le même père. La même mère, morte quand Sam était bébé et … le truc, c'est que Sam avait Dean. Dean lui n'avait personne. Il a fait en sorte que son frère grandisse convenablement. Qu'il ne manque de rien et je pense que d'une certaine manière … d'une certaine manière, cela l'a rendu moins à même de se défendre seul. Moins à même d'affronter le monde tel qu'il est maintenant. Il était trop … pas faible. Il n'a jamais été faible. Il était juste plus fragile. Plus vulnérable.

Castiel savait que Dean avait sacrifié son enfance pour que son frère ne manque de rien. Il avait tout donné pour lui et avait du grandir bien trop vite. Il n'avait jamais eu le luxe d'être un enfant. Pas après la mort de sa mère. Et bien sûr, cela l'avait sans doute handicapé dans le monde d'avant. L'avait probablement conduit à se cacher à lui même la personne qu'il était vraiment. A fuir tout engagement et à ne penser qu'à Sam. Dans ce monde ci, cela faisait de lui un survivant. Quelqu'un de parfaitement armé pour vaincre l'adversité. Parce qu'il n'avait finalement rien connu d'autre dans sa vie. Castiel était du même avis que Lisa sur ce point. S'il ne devait rester qu'une seule personne sur Terre, ce serait Dean.

- Je n'ose même pas imaginer ce qu'il a ressenti quand … si j'avais du faire la même chose pour Ben, je ne pense pas que j'en aurais été capable. Il devait être totalement dévasté.

- Il l'est toujours d'une certaine manière. Je ne pense pas qu'il pourra un jour oublier. Ou même ne plus en souffrir constamment. Il a juste appris à composer avec. A gérer la douleur pour qu'elle ne soit pas trop envahissante.

Lisa hocha alors la tête puis s'essuya les joues du revers de la main. Castiel détourna les yeux pour lui laisser quelques secondes de tranquillité. Son regard se reposa aussitôt sur Dean.

- Pendant longtemps, il refusait même de quitter la Californie. Il ne voulait pas s'éloigner parce qu'il avait la sensation qu'il abandonnerait Sam en le faisant. Il tournait en rond et il comptait le faire jusqu'à la fin. Il a parcouru pas mal de chemin depuis notre rencontre … au sens propre comme au sens figuré.

Castiel était fier de ce que Dean avait accompli depuis plusieurs semaines. Il était fier de voir qu'il avait réussi à surmonter suffisamment son chagrin pour aller enfin de l'avant. Qu'il était prêt à tisser de nouveaux liens. Qu'il n'était plus constamment terrifié à l'idée de perdre les gens auxquels il s'attachait.

- Sam était tout pour lui. Il était le centre de son univers. Il était … je pense que pendant longtemps, il était sa seule raison de vivre. J'ai toujours pensé que c'était dangereux. Même avant ça. Parce que Sam a grandi et qu'il a fini par ne plus avoir autant besoin de son frère. Il avait Jess et il avait son travail. Il était devenu plus indépendant. Et en fin de compte, Dean se retrouvait sur le bord de la route. Je crois qu'il a toujours eu plus besoin de Sam que Sam n'avait besoin de lui. Je ne suis pas sûr qu'il le sache. Je ne pense pas qu'il ait besoin de le savoir.

Castiel hocha la tête. Il était effectivement évident que Sam avait été plus à même de prendre ses distances une fois adulte. Il avait pris l'initiative de quitter la maison familiale pour poursuivre ses études à des milliers de kilomètres de son frère. Il avait coupé le cordon pour vivre sa propre vie. Dean, lui, n'avait jamais réussi à se détacher. Et c'était incroyablement triste à voir. Car il était évident que le jeune homme avait énormément de choses à offrir. Que sa vie n'avait pas pour seul intérêt que d'être au service de celle de son frère. Castiel aurait aimé qu'il puisse le voir. Il avait envie de le lui montrer.

- Il va mieux, asséna t-il finalement.

Il ne voulait pas que Lisa puisse penser son petit ami affaibli et entièrement vulnérable. Il ne voulait pas qu'elle puisse imaginer une seule seconde qu'il ne serait pas un atout formidable pour le camp uniquement parce qu'il avait perdu Sam. Dean restait un homme incroyable. Il était fort et courageux. Et même avec un genou à terre, il était parfaitement capable de se relever.

- Grâce à toi et Gabriel je suppose. Grâce à Red aussi. Je suppose que je devrais vous remercier pour ce que vous avez fait pour lui jusque là. Il est évident que tu as bien pris soin de lui depuis votre rencontre.

Castiel savait qu'il avait joué son rôle dans les progrès du jeune homme. Mais il était également convaincu que Dean le devait avant tout à lui même.

- C'est surtout grâce à lui même. Si tu dois remercier quelqu'un, remercie le lui. Il n'est pas facile de surmonter une telle épreuve … surtout quand on est seul ensuite. Ce n'est jamais facile de perdre quelqu'un qu'on aime mais si on a la chance d'avoir quelqu'un avec qui partager ce chagrin alors il devient un peu moins lourd à porter. Dean était tout seul. Qu'il soit toujours là relève vraiment du miracle.

- Qui as tu perdu toi ? Demanda alors Lisa d'une voix douce.

Castiel reporta son attention sur elle et la dévisagea une seconde. Il ne voyait pas comment elle pouvait avoir deviner qu'il parlait d'expérience. Et il n'avait pas forcément envie de rentrer dans les détails avec elle. Il estimait toutefois le devoir à Dean. Il avait confié à Lisa des choses que le jeune homme n'aurait probablement pas voulu lui dire. Il devait à présent lui parler de choses qui le concernaient lui pour équilibrer la balance.

- Ma sœur, répondit il en se passant une main dans les cheveux. Ma sœur Anna.

Lisa ne dit rien et Castiel choisit alors de lui en dire un peu plus. Il avait moins de difficultés que Dean à évoquer sa sœur. Il souffrait toujours de son absence. Ne pourrait sans doute jamais l'oublier. Mais il avait eu Gabriel pour l'aider à gérer son chagrin. Il avait appris à vivre avec.

- Elle est morte au tout début. Et sans doute … parfois il m'arrive de penser que c'est sans nul doute mieux ainsi. Elle n'aurait jamais pu accepter le monde tel qu'il est devenu. Elle me manque bien sûr. Et je donnerais tout pour la revoir. Pour lui parler à nouveau et la prendre dans mes bras. Mais peut être est elle mieux là où elle est maintenant. Peut être qu'il en va de même pour Sam ou pour toutes les personnes qui n'ont pas survécu.

Lisa semblait de son avis et Castiel fut soulagé qu'elle ne lui reproche pas la teneur de ses propos. Il n'avait pas souhaité la mort d'Anna. Aurait préféré être mordu à sa place. Mais il lui arrivait de penser qu'elle n'aurait jamais su s'adapter à ce monde. Qu'elle aurait été bien trop malheureuse de voir ce que les gens étaient devenus. Anna avait toujours été la plus sensible d'eux trois. La plus empathique. Elle ressentait la souffrance des autres comme s'il s'agissait de la sienne. Cela avait fait d'elle une excellente psychologue. Mais dans un monde où tout n'était que chagrin et douleur, elle n'aurait pas eu une seule seconde de répit.

- Parfois, il m'arrive encore de penser que tout ceci n'est qu'un cauchemar. Que je vais finir par me réveiller et réaliser que le monde n'a pas pris fin. Et alors je pourrais reprendre ma vie là où je l'ai laissé. Je crois que je l'espère à chaque fois que je vais me coucher. Il est difficile d'accepter quelque chose d'aussi … dingue.

Castiel ne voyait pas quoi dire à cela. Il resta donc silencieux.

- Mais je sais que je fais partie des chanceux. Je n'ai perdu personne. Mon fils est toujours là avec moi et j'ai pu rejoindre le camp dès le début de ce cauchemar. Je n'ai pas vraiment à me plaindre. Je veux dire … par rapport à Dean, Gabriel ou toi. Ou Dylan. Ou même Gilda et Victor. Je sais que j'ai eu de la chance. Je n'en tire aucune fierté ni aucun soulagement. Mais parfois, il m'arrive de me sentir coupable. Parce que les gens autour de moi ont plus souffert et qu'il m'arrive de me dire qu'ils méritent sans doute bien plus leur place ici que moi.

Castiel pouvait comprendre ce qu'elle ressentait. Il comprenait la logique de son raisonnement. Même s'il le trouvait stupide. Elle n'avait pas à se sentir coupable d'avoir survécu. Pas plus qu'elle n'avait à s'en vouloir de ne pas avoir souffert. Il y avait trop peu de gens encore en vie pour se soucier de tout cela. Personne ne tenait les comptes.

- Je ne vois pas les choses de la même manière en ce qui me concerne, expliqua t-il alors. J'ai croisé des gens prêts à tout pour survivre. Qui ont été jusqu'à faire du mal aux autres pour tenir un jour de plus. J'en ai croisé des particulièrement cruels qui voyaient dans ce nouveau monde une opportunité d'assouvir enfin leurs pulsions. Ces gens là ne méritaient pas de vivre. Mais pour les autres … peu importe que tu aies eu à te battre ou que tu aies eu la chance d'éviter le danger. Peu importe que tu aies perdu quelqu'un ou non. Ça n'a aucune importance Tu es en vie et tu aides les autres. C'est tout ce qui compte. Peut être que c'est ce que la fin du monde doit nous apprendre … peut être que c'est le moyen pour nous tous de repartir à zéro. D'effacer nos erreurs passées et de devenir des gens différents.

Lisa sourit alors, visiblement satisfaite par ce qu'elle entendait. Castiel lui rendit son sourire. Il savait que la conversation était terminée à présent. Ils n'avaient plus grand chose à se dire. Avaient fait le tour de l'essentiel. Ils étaient parvenus à un accord tacite. Ils tenaient tous les deux à Dean et ils feraient en sorte que cela fonctionne pour que le jeune homme n'ait jamais à choisir entre eux. Ils ne seraient peut être jamais amis. Mais ils pouvaient au moins s'entendre sur l'essentiel.

- Je vais vous laisser. Tu diras à Dean que je lui souhaite de se remettre rapidement. Et que Ben a très envie de le voir quand il s'en sentira capable.

Castiel hocha la tête.

- Il peut venir quand il le souhaite. Peut être pas aujourd'hui, je pense qu'il va surtout dormir mais demain s'il le veut.

- Je lui dirais.

Lisa se leva alors de sa chaise et contourna le lit pour déposer un baiser sur la joue de Castiel. Ce dernier fut surpris par le geste mais ne chercha pas à s'y soustraire. Il sourit à nouveau à Lisa quand elle recula.

- Prends bien soin de lui. Et de toi Castiel. Tu es quelqu'un de bien.

- Tu es quelqu'un de bien aussi Lisa.

- Je n'aurais jamais cru t'entendre dire quoi que ce soit de ce genre.

- Je n'aurais jamais cru le dire non plus.

Ils se sourirent une dernière fois puis Lisa s'éloigna finalement de lui pour sortir de la pièce. Elle jeta un dernier coup d'œil à Dean avant de refermer la porte, laissant Castiel seul avec le jeune homme à nouveau.

Castiel attendit quelques secondes avant de reprendre son assiette et de recommencer à manger. Il se sentait bien plus léger à présent. Plus optimiste et confiant également. Il pouvait sentir que les choses évoluaient enfin de manière positive pour Dean et lui. Elles rentraient dans l'ordre. Ils pouvaient enfin aspirer à une vie plus calme et plus posée. Une stabilité qu'ils pensaient avoir perdu pour de bon quand le monde avait pris fin.

- Tu sais … je me suis trompé sur Lisa. Je pensais qu'elle allait s'immiscer entre nous et il est évident à présent qu'elle est de notre côté. J'ai été idiot de penser qu'elle pourrait tenter de nous séparer. Et honnêtement, je comprends que tu aies pu vouloir l'aimer à un moment de ta vie. C'est clairement une femme bien.

Castiel n'était pas sûr que Dean pouvait l'entendre. Mais parler lui faisait du bien. Il ne supportait plus le silence. Et il ne voulait pas risquer de s'endormir. Il voulait être là quand son petit ami se réveillerait à nouveau. Il aurait tout le temps de dormir ensuite. Quand Dean serait de nouveau sur pied, il le forcera à s'allonger avec lui et à rester au lit pendant des heures. Peut être qu'ils ne feraient pas que dormir. L'idée le fit sourire.

- Je sens qu'on pourrait être heureux ici. Je veux dire … vraiment heureux. Bien sûr, je pense que je pourrais l'être n'importe où du moment où je suis avec toi mais … cet endroit est parfait. Il est tout ce que j'ai toujours voulu trouver sans réellement croire que c'était possible. C'est notre chance Dean. Peut être notre seule chance d'avoir une vie à peu près normale. Je veux qu'on la saisisse et je veux qu'on en tire le maximum.

Castiel termina de manger puis but quelques gorgées d'eau avant de tout reposer sur la table à côté de lui. Il reprit ensuite la main de Dean dans la sienne et observa son visage. Il semblait détendu. Il ne paraissait pas souffrir.

- Quand tu iras mieux, on demandera à Dylan de nous fournir ce second lit. On l'installera à côté de celui qui se trouve déjà dans notre chambre. Et on s'enfermera à l'intérieur jusqu'à ce qu'on ait repris des forces. On ne fera peut être pas que dormir. J'avoue que j'ai déjà quelques idées en tête. Et j'espère que les chambres sont correctement isolées parce que je n'ai pas l'intention d'être silencieux. Et je ne veux pas que tu le sois non plus. Je veux entendre le plaisir que tu prends et que je te procure et … bref … je suppose que ce n'est pas le genre de propos que je devrais tenir quand n'importe qui pourrait entrer et constater l'effet que cela a sur moi.

Castiel sentit son sourire s'élargir un peu plus encore. Il ne put s'empêcher de se demander s'il finirait par ne plus ressentir le même désir incontrôlable pour son petit ami. Ou s'il lui ferait toujours le même effet. Il espérait sincèrement ne jamais se lasser. Et que Dean ne se lasserait pas non plus de lui. Il avait toutefois envie d'être optimiste. Il avait envie de croire que le plus dur était définitivement derrière eux. Qu'ils pouvaient enfin s'attendre au mieux. Ils avaient affronté des épreuves. Avaient surmonté des obstacles. Et malgré tout, malgré tout ce qui avait joué contre eux, malgré la fin du monde, les contaminés et les gens mal intentionnés, ils avaient réussi à rester ensemble. A se trouver et à s'entendre. Ils avaient accompli un miracle. Ils avaient toutes les raisons de penser que cela allait continuer. Castiel ne voyait pas comment il pouvait en aller différemment. Et il avait hâte que Dean se réveille à nouveau pour le lui dire. Pour lui répéter également qu'il l'aimait. Et pour lui faire part de ses plans. Quelque chose lui disait que le jeune homme serait partant pour les suivre à la lettre.