Chapitre 36

Son premier reflexe fut de s'accrocher de toutes ses forces au bras d'Armand comme si allait la ramener vers lui.
Chloé rassembla toute son énergie à se détacher des mains puissantes qui la tenait par son manteau et la maintenait vers le bas.

Son corps entier cherchait à se débattre ; ses jambes battaient l'eau dans le but de ramener son corps vers la surface, ses bras agrippaient tour à tour le bras d'Armand et cherchait la surface afin d'aider ses jambes.

La peur qui avait disparut tantôt, l'envahie toute entière. Elle avait sous estimé son adversaire. Elle travaillait tellement avec des personnes armées qu'elle en avait oublier que les armes à feu ou blanches étaient loin d'être les seuls moyens d'abattre une personne, et qu'Armand était prêt à tout pour gagner…

N'importe quelle autre personne aurait su l'éviter, n'importe qui aurait esquivé le coup d'Armand et serait parvenu à s'enfuir avec Claire. Mais peut importe le nom qu'elle prenait, Fisher ou St Laurent, Chloé était et serait toujours Chloé. Aussi lorsqu'Armand, blessé à l'épaule par le coup de feu de Chloé qui l'avait atteint en premier avait lâché son arme, la jeune femme s'était détendue et malgré la rage et la peur qui régnait encore en elle, elle avait abaissé sa méfiance, elle avait oublié ses reflexes et avait pensé un instant que la partie était terminée.

Mais cette partie était une partie à mort… et François Armand ne déclarait forfait pour rien au monde.

La jeune femme entendait encore le cri de Claire essayait de l'avertir. Aussitôt elle se retrouva propulsée par un objet au ventre. Un objet fin et dur.
Dés l'instant où ses pieds avaient décollés du sol, où son dos puis son corps tout entier avait touché l'eau qui l'aspirait, elle avait cessé de penser. Son système nerveux s'était placé en mode « instinct de survie » donnant divers ordres à ses membres.
Elle n'avait étrangement pas mal au ventre et avait été peu assommée par sa chute brutale sur la surface liquide de la piscine.

Elle ne pensait aucunement à tout cela. Seul persistait dans son cerveau les informations « Oxygène », « revenir à la surface », « sauver Claire », « se dépêcher »

Un visage flouer par la surface de l'eau était apparu au dessus d'elle. Deux mains l'avaient accrochées et l'entrainèrent vers le fond contrecarrant son projet.
Paniquée, Chloé avait tenté un bref mouvement pour s'en délivrer, mais la panique s'empara rapidement d'elle. L'air dans ses poumons commencer à manquer et ceux-ci criaient à son cerveau de commander d'ouvrir la bouche et d'aspirer de l'air.

Le conflit entre son besoin vital et sa conscience lui provoqua une sensation de douleur abominable. Chloé ferma les yeux un moment pour se donner de la volonté. Ne pas ouvrir la bouche, ni même respirer, même si tu en as horriblement envie. Ne penser à rien. Ne penser à rien. Faire le vide. Chose qui était à l'évidence plus facile à faire lorsque l'air entrait et sortait librement de vos poumons.

L'espoir l'envahie lorsque le visage d'Armand fut détourné un instant et que ses mains lâchèrent son manteau. Chloé mit quelques instants à revenir à elle, à moitié inconsciente, et agita les mains. Lorsque sa tête revint à la surface et que l'air envahit ses poumons à nouveau, elle crut revivre.

Claire ! Où est Claire ? Furent les seules pensées qui lui traversèrent l'esprit avant que, de nouveau, la main d'Armand ne l'agrippe violemment et l'oblige à s'enfoncer, malgré elle, dans l'eau…

Plus loin, dans les rues de Paris, une voiture de police, munie simplement d'un gyrophare fonçait à toutes vitesse rattrapée de prés par une voiture noire.

Polovski prit un virage serré manquant de faire tomber Fred qui, par intervalles réguliers, se penchait pour répliqué au coup de feu que leur assénait les hommes d'Armand.

Leur vitre arrière était déjà presque brisée par les tirs. Nouveau virage. Fred se rassied dans la voiture et chercha une recharge. Merde ! Ils n'en n'avaient plus beaucoup ! Au cinéma on a l'impression que les balles apparaissent comme par magie, forfait illimité. Dans la vraie vie, lorsqu'on était à cours de munition…on risquait d'y perdre la peau.

- On va bientôt plus ne pouvoir les tenir, dit Fred dont la voix était enragée tentant par là de dissimuler sa peur sous une dose élevé d'adrénaline
- Je vais essayer de les maintenir à distance tout en faisant en sorte qu'ils nous suivent, répondit Polovski
- Parce que ce n'était pas déjà le cas ? répliqua t'elle ironique
- J'espère que Mathieu réussira a arrêter Armand, sans quoi on a aucune chance
- Contact Hyppolyte ! Demande-lui de nous guider à travers Paris ! Je pense qu'un satellite n'est pas de trop dans notre situation

Polovski prit son téléphone en rageant de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Dans la demeure d'Armand, Mathieu asséna un coup à un homme d'Armand avec lequel il se disputait le droit de passage dans les jardins menant à la terrasse.
Après une course poursuite, quelques coups de feu échangés, Mathieu avait du rapidement trouver un autre itinéraire.
Il passa enfin la porte et se retrouva du côté jardin. Il courut le plus rapidement possible….

John Gautier se réveilla doucement avec un sacré mal de crane. Se remettant peu à peu de ces émotions, il se massa le coup et grimaça devant le mal de tête qui le prenait.

- Merde… murmura-t-il
- Dans votre intérêt, je vous recommande de ne pas bouger d'un seul poil, menaça la voix glaciale de Grégoire Lamarck une arme pointé vers le garde puis il ordonna, arrêtez le, c'est un témoin VIP.
Grégoire Lamarck laissa John à deux policiers qui l'accompagnaient puis reprit son téléphone qui n'était pas éteint
- Hyppolyte, j'y suis, où dois je aller ?

Chloé arrêta de se débattre. Doucement elle abandonna la partie en sentant qu'elle allait bientôt sombrer dans l'inconscience.
Elle devait se rendre à l'évidence. La jeune femme ne savait pas ce qu'Armand avait fait à Claire, ou si elle était encore en vie. Elle devinait que sa sœur avait tenté de la sauver mais Armand était encore là…comment s'en était-il débarrasser ?

Il avait gagné ! Elle avait perdue. Par sa bêtise, et son idiote assurance, Chloé n'avait plus de carte en mains. Jamais Mathieu, Hyppolyte et les autres ne la trouverait à temps. Ils devaient être déjà loin.

Il ne lui restait à présent plus qu'un minimum d'air. Chloé repensa, sans comprendre, à son dialogue avec Mathieu aussi court fut il dans la voiture. Puis à sa déclaration quelques heures plus tôt…

Elle eut envie de pleurer. C'était une chose de se préparer à mourir et d'y être. C'était autre chose de se préparer à recevoir une balle et une autre de mourir étouffée.
Durant tout le temps où Chloé avait préparé sa rencontre avec François Armand, elle s'était préparée à l'idée de mourir. Mais elle ne s'était pas préparer à ressentir autant de culpabilité.

Elle qui ne s'était jamais sentie réellement importante, voilà qu'elle allait faire souffrir beaucoup de gens par son seul désir de vouloir sauver une sœur qui, il y a encore un mois, était une parfaite étrangère.

Paradoxalement, elle ne regrettait pas un seul instant ces derniers événements. Pour la première fois de sa vie elle s'était sentie vivre…particulièrement…particulièrement lorsqu'elle avait partagé ce baiser avec Mathieu.

Chloé repensa à Hyppolyte lui faisant sa demande en mariage devant une métaphore d'un coucher de soleil. Elle pensa à la douleur qu'elle lisait dans les yeux de Mathieu lorsqu'il s'était déclaré.
De la douleur pas seulement due à ses fiançailles. Chloé savait qu'il lisait en elle comme dans un livre et devinait par son seul regard ses intentions de suicide.
La jeune femme n'avait pensé qu'à Claire. Elle n'avait pensé qu'à la vengeance de sa famille. Aujourd'hui elle se sentait horriblement coupable de faire souffrir tous ses amis.

Claire. Elle aimerait la revoir, encore un petit peu…

Des souvenirs de Louise discutant de ses regrets de ne pas l'avoir connu plus tôt l'envahirent. A présent c'était, en quelque sorte, elle, Louise. C'était elle qui aurait désiré passer plus de temps avec cette nouvelle sœur, rattrapé le temps perdu, et protéger cette pars de vie pour laquelle sa mère, leur mère avait donné sa vie.
Il semblerait que dés l'instant où le bonheur frappe à sa porte, Chloé soit obligée de voir celui-ci lui être arraché de force. Après le beau temps vient la pluie…après l'amour vient les larmes…

Elle avait une sœur, elle avait retrouvé Mathieu, elle…elle avait tout gâché en traitant avec Armand.

Chloé prit alors sa décision.

Elle ouvrit la bouche.

Elle eu soudainement très mal.

Ce fut comme si des dizaines de mains lui emprisonnaient le nez et la bouche. Son corps eut un mouvement de surprise et se débattit et puis…. Elle n'avait plus mal.
Son corps ne répondait plus et se laissait bercer par les molécules d'eau. Chloé n'avait plus la force de les contrôlés. Elle ne ressentait plus son corps. Rapidement elle n'entendit qu'un faible bourdonnement qui fit place à un silence inquiétant. Mais elle n'eut pas peur, elle ne faisait que fixer encore le visage qui lui était de plus en plus flou.
Le noir envahit ses yeux et elle fut plongée dans une lumière aveuglante.

Elle discerna le visage de sa mère qui fut remplacé par le souvenir de son meurtre. L'image de son père s'enfuyant, celle de son père 17 ans après, celle de Louise s'enfuyant avec une robe tachée de sang….
Les images défilaient devant elle, rapprochées ou éloignées comme une diapositive. On aurait dit un film de sa vie dans lequel, pourtant, il lui semblait que ces personnes étaient là…et l'accueillait.
Le visage de Claire. Chloé se voyait elle et son équipe dans son salon discutant de l'affaire de Monsieur Armand. Le moment de choc lorsqu'elle avait apprit la vérité sur Claire.
A mesure que les images, les souvenirs, défilaient devant elle, la lumière si aveuglante au départ diminuaient progressivement de façon circulaire. Parallèlement, des tonnes d'images défilaient devant ses yeux. Comme si elle traversait un tunnel ou une sorte de voyage spatio-temporel…

Alors c'était ça mourir ? La lumière dont tout le monde parlait…

Chloé ne fit aucun effort mais elle désirait savoir ce qu'était cette lumière. Malheureusement, plus elle voulait savoir et plus la lumière rapetissait…
Elle se revoyait alors dans ce même salon discutant avec Mathieu. Chloé revit l'image du baiser partagé avec Mathieu ce soir là. La lumière s'intensifia alors un court moment et elle eut l'étrange sensation d'entendre le bruit sourd et faible des battements de son cœur. Elle eu un sentiment de regret et de culpabilité.

Ce brusque retours de luminosité repartit aussi rapidement qu'il était arrivé, jusqu'à devenir un simple petit point microscopique qui faiblement résistait encore et s'accrochait à la vie. C'est dans cet instant que Chloé réalisa que ce qu'elle venait de vivre…elle en avait rêvé au sens propre du terme, il y a quelques semaines… (Voir page 10). Puis…
…Tout devint noir…

La jeune fille, assommée au sol, tremblait sous la peur, la douleur et la tristesse. Péniblement elle se releva et s'avança de nouveau vers Armand. Elle se figea lorsqu'elle l'aperçut, en train de se relever et de s'essuyer les mains trempées sur son pantalon, un air satisfait au coin des lèvres.

Elle voulut crier, elle voulait l'étrangler, mais elle resta figer de terreur et de désespoir sans qu'aucun son ne puisse sortir.
Etait ce parce qu'elle venait de voir sa sœur se faire tuer sous ses yeux, pour elle ? Sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'en empêcher ? Ou était ce parce que l'homme qu'elle avait sous les yeux et qui venait d'étouffer sans remords une innocente, était le même qui l'avait bercée et élevée pendant 18 ans ?

Claire observa, soumise, cet homme ignoble qui savourait sa victoire et qui, était presque triste que cela se soit passé si vite, que Chloé est abandonnée si rapidement.
La jeune fille repensa alors aux moments qu'elle avait passés avec cette Chloé. Bien qu'elle ne la connaisse pas vraiment, elle s'y était attachée et elle avait au moins le mérite de lui avoir permis de connaitre la vérité sur ses origines. La vérité n'est pas toujours bonne à savoir mais est ce mieux de se leurrer dans un mensonge ?
Elle n'avait pas la réponse à cette question. Si elle n'avait pas rencontré Louise, elle ne se serait pas poser toutes ses questions et, bien qu'elle n'ignora pas les activités étranges de son père, elle aurait vécue sa vie avec l'illusion qu'il l'aimait et était honnête du moins avec elle. Avec l'illusion que ses mensonges n'étaient dirigés que par la crainte et l'Amour.

Si elle ne s'était pas entêtée, aujourd'hui Chloé serait en vie.
Mais si elle n'avait pas cherché la vérité, jamais elle ne l'aurait rencontré et jamais elle n'aurait perçus la véritable nature de son « père » si elle pouvait encore l'appeler ainsi.

Certes, durant un moment, Chloé avait trouvé les réponses aux questions qui troublaient sa vie, mais quel en avait été le prix ? Et quelle utilité si c'était pour mourir après ? Mourir libre ? Mourir par les bras de celui qui a massacré votre famille ? Quelle ironie !
La peur et la détresse furent remplacées par la rage. La douleur de l'amour qu'elle ressentait encore pour cet homme remplie de dégout Claire. Lentement elle s'avança et ramassa le revolver de Chloé mais Armand, plus habile que la jeune fille et constamment sur ses gardes la stoppa par un simple geste

- Alors qu'attends-tu ? Tire !
- Et toi ? Qu'attends-tu ?
- J'attends de voir si vraiment tu es ma fille…ou celle de Fisher

Claire ne répondit pas tout de suite et ravala un sanglot. Qui était-elle ? Durant un court moment elle repensa à sa vie du début jusqu'à cette soirée. Un coup d'œil vers la piscine et elle répondit

- Sans hésiter, je suis une Fisher !
- J'ai toujours pensé que tu étais comme ta mère…de l'ambition, de l'orgueil, mais trop faible pour mettre les moyens à tes projets. Tu en as envie Claire. Je t'ai enlevé tout ce que tu avais et jusqu'à ton identité. Ce soir, je n'hésiterai pas à te tuer…alors qu'attends-tu ?
- J'ai tout de même du mal à comprendre, pourquoi mettre tant de stratégie pour m'enlever, pourquoi m'élever pendant 18 années et mettre corps et âme à faire en sorte que je ne découvre jamais qui je suis…si c'est pour me tuer ?
- J'ai mis toute mon énergie à faire en sorte que jamais tu ne découvres la vérité car ce jour, je savais que je serai obligé de te tuer
- Je vois…donc malgré ta folie…tu m'aimais un peu
- Disons que tu étais un doute. Une fierté. Un élève. Mais j'ai mille fois mieux à présent, acheva t'il sadiquement en caressant du regard les lettres que Chloé lui avait remis quelques instants plus tôt

Claire ravala sa salive une fois de plus et retint une larme qui voulait s'échapper. Pourquoi, malgré tout ce qu'elle venait d'entendre, malgré sa rage, sa colère et sa haine envers cet homme, pourquoi est ce qu'elle l'aimait encore ?

La jeune femme appuya sur le verrou au moment même où il finit sa phrase. Puis elle calma ce battement de cœur comme guidée par une force invisible. Elle fixa l'homme qu'elle avait en face et se dit qu'elle ne le connaissait pas.

Justement ! Il lui serait donc plus facile de l'abattre. C'était un criminel sans remords qui se délectait de la mort de ses victimes, pire jouait comme à un jeu avec leurs vies. Un dérangé ! Quelle était la justice si lui méritait la vie ? Et même, c'était un homme dangereux, avide de pouvoir telle une personne affamé, mettant tout en place pour ne jamais perdre quitte à éliminer cette personne. C'était une personne qui manipulait et qui…qui lui avait menti ! Toute sa vie ! Il l'avait arraché a sa famille ! Il avait rendu un homme fou ! Il avait tué sa mère et …

La jeune femme avait le cœur battant mais elle était décider. Qui était-elle ? Peu importe ! Elle n'était pas une criminelle, elle ne faisait que justice ! Du moins…puisque le meurtre était le fait de tuer une personne, et que le meurtre était effectivement un crime, on pouvait considérer par là que c'était une criminelle mais….mais non ! Ce n'était pas pareil, elle…elle…

Bouillante de rage et tremblante de peur, elle caressa le verrou pour se donner du courage. Qui était-elle ? Bien sur tous connaissait son histoire mais…cela suffisait il réellement ? Cela suffisait il réellement à justifier ses actes ? Œil pour œil ? Depuis le début cette partie était basée sur la manipulation, depuis le début François Armand, se croyait brillant, intelligent et pensait pouvoir contrôler n'importe qui….jusqu'à la pousser elle-même dans ce qu'il attendait qu'elle devienne ?

Une face sombre est en chacun de nous. Tout le monde à des peurs et des colères. Et personne ne peut dire ce qu'il est capable de faire ou s'il est capable de le contrôler. Une seule goutte de sang, et le piège vicieux peut s'installer. Y prendre gout et penser avoir du pouvoir, ou ne plus pouvoir se regarder dans la glace et finalement se laisser envahir par le remords jusqu'à l'autodestruction.

Qu'était-elle en train de faire ? Qui était-elle ? Qu'était elle en train de devenir ? Elle était la sœur de cette femme qui venait de se sacrifier, de sacrifier une vie qui commencé à prendre un sens pour elle, une étrangère. Elle était la fille d'une autre qui avait tout autant donné pour sauver la sienne.

Là que ferait elle, tuer Armand, obtenir sa vengeance et puis quoi ? Elle n'avait plus personne. Plus personne à qui se rattacher. Sa vie n'avait pas autant de valeur pour qu'on se sacrifie ! Peut être même qu'en fin de compte…en mourant elle resterait elle-même et rejoindrais les siens…ou ne souffrirait plus dans tous les cas.

A cette réflexion, son regard s'illumina d'une lueur et la jeune femme abaissa lentement son arme.

- Eh bien…merci. Le moins que je puisse dire c'est…

Armand lâcha violemment son arme une seconde fois. Le coup provenant de derrière lui. Il n'avait pas entendu l'homme arrivé même s'il était suffisamment essoufflé et alerte pour comprendre qu'il avait courut en arrivant jusqu'ici.

Mathieu s'assura rapidement de la santé de la jeune femme qui jeta immédiatement l'arme qu'elle avait dans la main…arme qu'il reconnut aussitôt : L'arme de Chloé !
Il la chercha des yeux, son cœur cognant chercha malgré lui un corps, une quelconque trace ! Où était-elle ? Qu'est ce que cette ordure lui avait fait ?
Armand se tourna face à Mathieu, une main sur son torse ensanglantée. Il avait récupérer une fois de plus son arme et lentement, faiblement levait son arme face à Mathieu

- Vous êtes coriace, vociféra t'il, mais je ne renonce JA-MAIS !

Le cœur de Claire accéléra à la pensée de voir une autre personne innocente mourir en tentant de venir à son secours. Et c'était l'homme qui avait aidé Chloé…

Le coup partit rapidement. Claire retint un cri et ne put que mettre ses mains devant sa bouche, profondément choquée. Mathieu ressentit une légère douleur, probablement due à une forme de peur qui l'avait frappé quelques instants auparavant…

Il savait ce que cela faisait d'être blessé au point de paraitre mort…et loin de lui l'idée de recommencer ! Etre un héros…c'était pas ce qu'il y avait de plus confortable. Mais il fallait croire que la camarde le surveillait de prés…

Et que cette fois, elle eut préférée un vieil amant. Choqué pour la première fois depuis longtemps, François Armand se retourna lentement et aperçut la silhouette en face de lui de son vieil et grand adversaire Grégoire Lamarck. Il venait juste de tirer avant lui épargnant ainsi la vie de l'un de ses meilleurs commandant.
Le visage dur et décidé.

- C'est terminer Armand ! lui cria t'il, tu es en état d'arrestation !

N'avaient ils pas tous compris que c'était terminer quand LUI en déciderai ?
François leva son arme une dernière fois…et une dernière fois la lâcha. Son corps bascula en arrière et inerte, retomba au sol. Ses yeux regardant vers le ciel pleurant des larmes rouges qui trouvaient leur origine d'un point au milieu du front.

Le cœur encore battant sous l'effet de l'adrénaline, Lamarck baissa son arme, regrettant d'avoir été obligé de tuer un homme aussi mauvais soit il.

- Echec et mât, murmura t'il

Fred et Polovski dépassaient les 100 km/h. Ils n'avaient désormais plus aucunes balles. Les hommes de mains d'Armand, en revanche, avaient leur stock d'armes.

- Et si on les conduisait au post ! Tu crois qu'ils nous suivraient ? ragea Fred

Un léger sourire répondit à sa question. Sous un brin d'humour, la jeune femme cherchait à oublier sa panique. Mais bon sang que fabriquait Mathieu ? Pourvu qu'il n'y ait aucun problème…et si…malgré tout…non ! Non ne pas penser à ça avant qu'on ne lui ai dit clairement ce qu'il en était !
Concrètement, eux, étaient dans une mauvaise situation, et si ce n'était pas Mathieu, ce serait probablement eux qui allaient finir par y passer !
Soudain, les tirs cessèrent et la voiture freina brusquement.

- Putain ! s'exclama Polovski qui freina rapidement arrachant un sérieux crissement de pneu et une chute des passagers qui valu à Fred une sérieuse bosse

Se remettant de leurs émotions, et légèrement assommés, ils se retournèrent pour constater la situation

- Attend j'y crois pas là ! Ils déclarent forfaits ?
- On dirait bien que oui…qu'est ce qu'on fait ?

L'espoir s'empara de Fred. Il y avait une bonne raison pour que les hommes d'Armand cessent de les pourchasser et la jeune femme savait que ce n'était par peur des autorités.
Un sourire envahi son visage et l'espoir fut comme une source pleine de vitalité. Enfin ils reprenaient le dessus !

- On ne va pas les laisser s'en tirer comme ça ! Dommages et intérêts sur un véhicule des forces de l'ordre, attends oh …

Esquivant un sourire, et ayant parfaitement compris l'ordre, Polovski prit un raccourci et se lança à la poursuite de la voiture

Le silence revint progressivement. Mathieu fixa le corps de François Armand sans s'approcher, une arme dans la main comme s'il craignait que celui-ci se réveille même avec une balle en plein crâne.
C'était enfin terminé ! Durant deux années de sa vie il avait pourchassé cet homme et à présent il l'avait là à ses pieds. Il pouvait à nouveau reprendre sa vie. Tout allait redevenir normale…

Au moins ce procès là serait simple et une affaire allait enfin être classée. Il avait quand même un peu de mal à admettre que s'il en était là aujourd'hui, c'était, indirectement grâce à Louise…la vie est vraiment et ignoblement ironique parfois !
Et par cette aventure Chloé savait enfin dans quelle circonstance … Chloé ! Sous l'effet de la peur et du danger que représentait Armand, il n'avait pas prit conscience qu'il n'avait pas aperçus la jeune femme.

Le soulagement se transforma en panique et il ignora la douleur. Cette douleur lorsqu'on sait, malgré nous, que nous avons perdu une personne aimée.
Ses yeux cherchèrent dans les moindres recoins la jeune femme mais il ne la trouva pas.

- Claire, Claire, où est Chloé ? Qu'est ce qu'Armand a fait d'elle ?

A l'évocation du nom de la jeune femme, les yeux de la jeune fille s'abaissèrent et devint brillant. Elle pâlit et ravala sa salive tandis que son sang à lui gelait à chacun des gestes de la jeune fille. Son cœur accélérait ou ralentissait il ne savait pas trop…

- Claire ? Réponds bon sang ! Où est Chloé ?
- Il…Armand l'a…j'ai essayé de l'en empêcher mais…il était…il était trop tard, bafouilla t'elle ne pouvant plus retenir les larmes de culpabilité qui l'envahissait.

Nul besoin de plus de traduction. Mathieu se força à rester concentrer, et il cacha la détresse qui l'envahissait petit à petit par une colère et agacement. Il se concentra, ravala sa salive et contint sa rage.

- Où est-elle Claire ! Dis-moi où est Chloé !
- Il l'a tué ! C'est trop …
- Je veux savoir OU elle est !

La jeune fille put lire la détresse et le désir d'espoir de Mathieu. Cette lueur que l'on peut percevoir. L'espoir que malgré l'évidence ça ne soit pas terminé. Qu'un miracle se produise. L'espoir fou que notre seule présence suffise à protéger celle que l'on aime ou ramène la personne désirée.

Le besoin d'y croire, le besoin de voir, de dire au revoir…

La jeune fille baissa une nouvelle fois les yeux et les tourna vers la piscine accentuant son mouvement par un léger mouvement de tête.
Fronçant les sourcils il suivit son regard et tourna lentement la tête vers la piscine. Mais il n'y vit rien. Mathieu s'approcha légèrement prit d'un doute. L'espoir s'envola immédiatement et il crut qu'Armand venait à nouveau de lui tirer dessus…en y parvenant.
Prés du rebord une mèche rouge flottait. Il ne perdit pas de temps à chercher le comment du pourquoi, refusant d'admettre l'évidence, il s'élança dans la piscine.

Nageant le plus rapidement qu'il put vers le corps de Chloé, il la repêcha et cala sa tête contre son cou. Lentement il la remonta à la surface en prenant soin que sa bouche fut vers le haut, bien que tous pensaient alors, que l'air ne serait plus à la jeune femme d'une grande utilité.

Lamarck rejoignit Mathieu au rebord et l'aida à remonter Chloé du mieux qu'il put délicatement.
Tout aussi attristé et désespéré que lui, Grégoire s'accroupit prés de Chloé et le plus rapidement possible il commença un massage cardiaque suivit de bouche à bouche. Tout au fond d'eux, ils n'avaient pas beaucoup d'espoir de ranimer Chloé, mais si Mathieu ne pouvait se résoudre à abandonner Chloé tant que lui pourrait respirer,
Lamarck ne pouvait se résoudre à laisser mourir celle qu'il avait vu grandir comme sa propre fille sans tout faire pour la sauver s'il le pouvait encore.

Claire, entrainée par cet espoir et ce refus d'abandonner, chercha dans le sac à Chloé un portable ou un moyen de communication. Elle appela aussitôt les secours.

Un quart d'heure plus tard, Grégoire appuya une fois de plus sur le thorax de la jeune femme qui resta tout aussi inerte, les yeux clos, bouche ouverte.
Une brulure sourde le poignarda lui aussi, il ne supportait pas de voir sa protégée dans cet état. Mais il était trop tard…
Il cessa d'appuyer et s'écarta en soupirant et en ravalant lui aussi sa salive, les yeux brillants et rageant doucement.

Mathieu observa Grégoire et comprit qu'il abandonnait. Mais il n'était pas question d'abandonner tant que les secours ne seraient pas arriver ! Chloé avait besoin d'eux…et il avait besoin d'elle ! La voyant ainsi, inerte, immobile et ne réagissant pas, lui donnait la sensation que lui aussi allait se noyer…
Il ne pouvait se résoudre à abandonner et la laisser mourir. Il ne pouvait se résoudre à se dire qu'il n'avait pas su l'aider, la protéger…alors que quelques heures plus tôt, il venait enfin de lui dire ce qu'il ressentait.

Ce souvenir ramena celui, plus tendre, de cette soirée où il l'avait embrassé et tenu dans ses bras. Ce moment de pur bonheur se transforma en un souvenir amer et terriblement douloureux. Il avait passer tant de temps auprès d'elle, ils s'étaient tellement de fois taquinés et engueulé, et maintenant qu'il réalisait…son importance…c'était elle qui était morte.

Mathieu avait l'impression que la jeune femme cherchait à se venger de ce qu'il leur avait fait croire deux ans auparavant. Mais Chloé ne jouait pas. Elle n'avait aucune mission, sinon celle qu'elle s'était fixée de sauver la vie de Claire. Un court instant, il hait Claire ! Puis se reprit. Ravagé par la douleur qu'il contenait, il ne savait plus quoi penser ou faire.

Mathieu relaya Grégoire dans ses massages cardiaque et ses bouches à bouche. Ne tenant pas compte des visages graves et désolés de ceux qui l'entouraient, ne pensant uniquement qu'à sauver Chloé, il s'entêta comme s'il cherchait à expulser l'eau qui s'était infiltrée dans ses poumons.
Il se maudissait lui aussi de ne pas avoir vu Chloé plus tôt, de ne pas lui avoir avoué plus tôt, de ne pas avoir passé un peu plus de temps…

Et tandis que Mathieu s'accrochait à un espoir invisible, au refus d'abandonner, une sirène d'ambulance remplaça progressivement le silence.


To be continued

"Elle dormait. Oui il avait la sensation qu'elle était simplement en train de dormir comme l'autre soir. Elle était encore fragile. Il ravala de nouveau sa salive et eu un faible sourire en repensant à ses grands yeux qu'il avait tant de fois accrocher et taquiner. Il dégagea une mèche de cheveux du visage de la jeune femme et replaça ensuite l'ensemble de sa chevelure mouillée.

Mathieu réussit à dissimuler les quelques larmes qui lui brulaient les yeux derrière les gouttes d'eau qui tombaient de son visage et de ses vêtements, lui-même trempé après son sauvetage. Mais il pouvait les sentir. La douleur était puissante et imprononçable. Même s'il cherchait en lui les meilleurs souvenirs qu'il avait d'elle, n'apparaissait que celui ou il lui avait avoué ses sentiments ainsi que leur dialogue dans la voiture. Au lieu de se montrer grognon, il aurait du…il aurait du mieux lui dire…il avait la sensation de ne pas en avoir dit assez."