Chapitre 36, Second Arc
BloodRed, White and Blue [Cerberus Rising]
La bille roulait paresseusement entre ses doigts, voguant sur sa paume en caressant la peau comme si elle ne la touchait pas, sa surface en verre demeurant propre et lisse, vierge de toute trace. Shinji les regardait droit dans les yeux, défiant, droit et assuré, comme s'il savait parfaitement ce qu'il faisait, trop parfaitement ce qu'il faisait. Urahara dans son infirmerie avait dû se rendre compte qu'il manquait une des petites bombes du dispositif qu'il avait imaginé et inventé en si peu de temps, mais revint presque immédiatement dans le salon, les mains vides. Hiyori avait dû s'en rendre compte aussi, où alors il l'avait mise au courant, si bien que tout deux savaient exactement ce qui se passait lorsqu'ils reparurent.
« J'attends. »
Hirako fit comme s'il n'avait pas entendu Ichigo répliquer et enchaîna en répétant sa proposition, ne croisant pas une seule fois le regard de l'hybride dont la sombre aura émanait tout autour de lui. Il allait sortir son Bankai et jouer de sa vitesse comme Yoruichi s'apprêtait déjà à le faire, mais Shinji avait bien pris garde de reculer jusqu'au bout de l'entrée avant même qu'ils ne puissent approcher, tous. Ça avait beau être une courte ligne droite, aucun des deux ne l'atteindrait avant que la bille n'explose sur le sol en milliers de morceaux qui produiraient eux-mêmes… Des milliers de morceaux, réagissant avec les autres bombes restées dans l'infirmerie.
Kisuke n'avait décidément pas son pareil pour créer des engins de destruction massive.
Toujours entre de bonnes mains, songea le Vizard en regardant la bille à l'intérieur de laquelle le filament rouge flottait. Il savait bien que son petit manège ne lui donnerait pas beaucoup de temps, mais même ce peu serait amplement suffisant pour que les Shinigamis arrivent.
La porte était entrouverte. Il pourrait reculer et la claquer avant que la bille ne roule sur le sol et éclate. Ensuite… Elle exploserait. Et tout son cauchemar serait définitivement fini.
« Shinji…
- J'attends, fit-il d'un air agacé en regardant les ongles de son autre main d'un air distrait.
Il se cura les dents, son regard noisette posé sur les corps tendus de ceux qui seraient désormais ses ennemis.
- Prends-moi à sa place, clama Rim en s'avançant d'un pas.
Sa réaction avait été un peu trop vive et Shinji, aussi tendu que ses cinq otages bien qu'il le cachât au mieux, avait été à deux doigts de lâcher la bille mais c'était immobilisé à temps. Il jaugea Rim du regard, presque indécemment, cherchant si elle pouvait finalement avoir un intérêt quelconque.
- Nan, tu sers à rien. Je viens chercher Ichigo. S'il ne veut pas venir, le choix est vite fait…
Son ton était plein de menaces et Rim se recula, la main ferme d'Urahara la ramenant presque derrière lui.
- Tu sais très bien que nous ne te laisserons pas faire ça, lui dit-il avec hargne.
Ichigo regardait durement le Vizard qui ne s'était toujours pas tourné vers lui.
Etait-ce ainsi qu'Aizen avait négocié sa vie avec les Shinigamis ?
- Même pas pour survivre ? Allons, je suis certain que Yamamoto pourra vous trouver quelque chose à faire si vous vous rangez de son côté… C'est une personne plutôt généreuse, vous savez. Il faut juste jouer les bonnes cartes… Si vous me livrez Kurosaki, il y aura des récompenses pour vous aussi. La fin de votre exil, par exemple…»
Shinji parlait de lui comme s'il n'était même pas présent dans cette pièce. Il s'adressait aux autres, cherchant à leur faire douter de leur loyauté, leur donnant un pouvoir de décision qu'ils n'avaient pas. Certes, actuellement… Leurs vies dépendaient de sa reddition. Mais il ne se rendrait pas. Et ils le savaient mieux que quiconque, tous… Plutôt crever que d'y retourner. Que ce soit Soul Society ou Las Noches ne faisait aucune différence, un nouvel emprisonnement le rendrait dingue et cette fois-ci, il n'y survivrait pas.
Voyant qu'il n'arriverait à aucun résultat avec les camarades d'Ichigo, Shinji se tourna enfin vers celui-ci.
« Alors ? Qu'en dis-tu, Ichigo ? Dure décision, pas vrai ?
- J'ai tendance à déchaîner les passions, oui, répondit celui-ci en jugulant sa rage.
- Oh, oui, j'ai eu l'occasion de voir ça. Mais sais-tu le pire ? Lui lança Shinji avec une grimace de dégoût. Sais-tu seulement le pire ? Ils se servent de toi. Dans les mains d'Urahara, de Yamamoto, de n'importe qui, tu n'auras jamais été qu'un jouet.
Ichigo le fixait froidement, ses yeux enragés.
- Et alors ? Siffla-t-il. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'en déterminer avec tout ça. Qu'ils m'utilisent autant qu'ils le veulent, si au bout du compte la victoire est nôtre. Je m'en fiche. Je veux juste gagner.
- Tch, cracha Shinji avec dédain. Quel idiot tu fais. Mais ceci ne répond pas à ma question, dis donc…
Trop étroitement observés, ni Yoruichi, ni Hiyori, ni personne n'osait bouger. L'échange se faisait clairement entre Shinji et Ichigo. Le dialogue était à couteaux tirés, leurs propos venimeux et agressifs. Pourtant, Urahara arrivait sans peine à se souvenir d'un jour il n'y avait pas si longtemps où l'un avait entraîné l'autre, et où leurs relations étaient au beau fixe. Amicales. Il n'y avait pas de traîtrise. La fin ne justifiait pas les moyens.
Urahara eut un sourire amer.
La guerre était déclarée. La fin justifiait les moyens. Shinji sauvait sa peau comme il le pouvait.
- Dis-moi, Ichigo. Les Shinigamis arriveront d'ici peu. Je peux tout faire exploser, sauf si tu te rends. Qu'est-ce qui a le plus de valeur, pour toi ? Tes amis, ou ta liberté tant chérie ?
Ichigo sourit, sembla se mettre à rire mais son souffle resta bloquer dans sa gorge.
- Non, toi dis-moi. Qu'est-ce qu'un oiseau préfère ? Lui demanda Ichigo, armé de sa colère froide. Son aile droite ou son aile gauche ?
Le sourire de Shinji se fana et il darda un regard incandescent de haine sur l'hybride, puis sur Urahara, Yoruichi, Rim et enfin Hiyori, sur laquelle il s'attarda davantage. Sa tresse blonde, souvenir de Lisa, pendait le long de sa joue. Des larmes de rage brillaient dans ses yeux et elle se mordait vivement la lèvre depuis tout à l'heure pour ne pas exploser et risquer de tous les tuer à cause de cette bombe qu'il tenait entre ses doigts.
- Et bien, je crois que votre décision est prise, ajouta-t-il en s'inclinant devant eux, les faisant se crisper brièvement alors qu'il agitait sa main armée. Ne sautillez pas comme ça, c'est effrayant…
Sa plainte résonna dans le silence tendu de la maison.
Au dehors, la neige semblait s'être transformée en bruine. Relevant son regard noisette sur ses otages, Hirako leur sourit une ultime fois.
« Ainsi soit-il. »
Il lança avec dextérité la petite bille transparente, et sans que personne ne le remarque, quitta la pièce en claquant vivement la porte, laissant l'objet faire le reste sur les Renégats. Pendant un instant qui leur parut à tous infini, ils suivirent du regard la bombe passa au dessus de leurs têtes, et avant que quiconque n'ait pu tendre le bras pour l'attraper au vol, alla heurter le montant en bois de la porte du couloir.
. : : .
Soul Society était plongée dans l'orage. Il y faisait sombre, le vent hurlait aux fenêtres de façon menaçante et les gouttes de pluie résonnaient avec violence sur les toits de briques et les murs de bois vernis des quartiers des Divisions. Un éclair zébrait de temps à autre le ciel et on évoquait à demi-mots depuis le matin une tornade sur le sud du Rukongai, au niveau des quartiers 80 à 83. Les Shinigamis n'avaient pas été congédiés pour autant. Attendant malgré le froid, le vent et l'eau, bravant les éléments réunis en ce jour comme pour les forcer à rebrousser chemin, six Capitaines en plus de leur Commandant en Chef attendaient là, accompagnés de leurs Lieutenants qui maugréaient contre le déluge qui s'était abattu sur eux. Le sol était boueux et une odeur de bois mouillé flottait dans l'air à cause du Soukyoku qui était dressé à quelques pas de là.
Et d'après ce qu'ils voyaient dans le Senkaimon ouvert juste devant eux et autour duquel ils formaient un cercle compact, dont les rares trous étaient colmatés par des officiers de la Police Militaire ou du Corps de Kidô, le temps à Karakura n'était pas meilleur. A travers les gouttes et la nuit tombante, on entrevoyait les lueurs brillantes de la ville, les lampadaires, les affiches publicitaires et même les phares mouvants des voitures. Un vent bien plus frais que celui de Soul Society s'engouffra à travers le portail et les fit frissonner, comme pour les défier d'entrer.
Kuchiki Byakuya, à part le Capitaine Commandant, était à même de comprendre la situation bien plus que le reste de ses collègues amassés devant une porte à attendre qu'on leur amène un démon. Des démons. Certes, de ce gamin roux il ne gardait pas un souvenir agréable – digérer sa première défaite depuis des années, surtout face à un adolescent, avait été long – il en avait donc déduit que Yamamoto n'en gardait pas un souvenir exceptionnel non plus, mais n'aurait jamais pensé qu'il irait jusqu'à obliger ses subordonnés à se faire effacer la mémoire par cette machine de cauchemar qu'il revoyait dans ses souvenirs aussi clairement que s'il l'avait sous les yeux en ce moment même. Néanmoins, le noble avait dû admettre que ça cachait quelque chose, mais n'avait pas poussé plus loin. Il respectait les décisions de son Commandant, et s'il avait agi, il y avait forcément une raison. Sur ces pensées rassurantes, Byakuya avait fermé son esprit à toute cette affaire, jusqu'à ce qu'un matin, il n'y avait pas si longtemps, il entende le petit Capitaine Hitsugaya de la Dixième Division parler de rébellion. Sur l'instant, il avait prétendu n'avoir rien entendu. Il ne voulait rien avoir à faire avec des rebelles. Et puis il avait entendu cette petite phrase d'Hitsugaya, en se rendant au conseil des Capitaines ce jour neigeux.
S'il y a la moindre petite chance…
La suite n'avait pas plus d'importance que le nom du gamin de Renji. Alors, Kuchiki avait commencé à laisser les pensées filer dans sa noble tête. Yamamoto était un vil manipulateur qui ne reculerait devant rien, et se jetait à corps perdu dans ce qui semblait être un massacre sans même chercher à établir le contact avec leurs ennemis. Il n'y avait pas de procédure spécialement conçue pour les attaques ennemies, mais généralement lorsqu'un contact était possible, le Gotei 13 tentait le coup, quitte à échouer. Toutes ces petites choses et bien d'autres avaient fini par le pousser à fouiller les archives. Alors, secrètement, Kuchiki avait entamé des recherches en sachant parfaitement que ni son nom, ni son clan ne le protégeraient de la colère de leur vieux Commandant si celui-ci venait à découvrir ce qui se passait.
Une journée auparavant, Hitsugaya Toshiro avait été arrêté et placé dans la Tour Blanche.
« Ils ne devraient plus tarder. Préparez-vous ! »
La voix puissante et animale de Komamura sonnait diablement creuse.
Un bon morceau des Officiers avaient trouvé ça plus qu'étrange qu'Hitsugaya soit accusé de très haute trahison envers Soul Society. Personne ne le connaissait très personnellement, les Capitaines ayant entre eux ce tact poli de ne pas se mêler à la vie des autres et de ne pas intervenir dans leurs affaires. Personne n'avait donc compris ce qui avait poussé le Capitaine Commandant à l'envoyer croupir dans la Tour, privé de reiatsu en l'attente de sa date d'exécution – et ce serait pour bientôt.
Matsumoto avait été soumise à la question, mais n'avait rien su dire. Pourtant, Byakuya savait qu'il n'en était rien. Elle était au courant des plans de son Capitaine et sauvait sa peau en même temps que leurs idéaux de rébellion – même si elle était trop étroitement surveillée pour faire quoique ce soit. Ses courriers étaient ouverts, son bureau fouillé, tous les dossiers charcutés et la plupart des simples soldats avaient été interrogés pour la forme. Mais rien n'avait pu confirmer les soupçons du Commandant qui l'avait laissée en paix, aux mains de la surveillance poussée et pointilleuse de la police militaire.
« Voilà… »
Au loin et travers les gouttes froides et cinglantes qui plaquaient leurs chevelures sur leurs fronts, les Capitaines et Lieutenants aperçurent une explosion qui dégagea tellement de fumée que le quartier entier entourant le lieu de l'explosion était couvert et caché de leur vue.
Le Senkaimon ouvert côté Karakura était trop haut dans le ciel pour qu'ils puissent en apercevoir davantage, mais les poteaux électriques aux alentours durent être touchés par l'explosion d'une manière ou d'une autre puisque toutes les lumières du quartier s'éteignirent soudainement, plongeant le seul morceau de la ville qu'il aurait fallu voir dans le noir le plus total. Sur Soul Society la pluie ne faiblit pas et un éclair illumina le ciel, son bruyant écho suivant quelques secondes plus tard tandis que sa lumière disparaissait.
« Lieutenant.
C'était la voix enrouée et pourtant forte du Commandant qui résonnait entre les gouttes, sur la plaine rocailleuse où se dressait le Soukyoku. C'était à son propre subordonné qu'il s'adressait, pourtant sa voix portait suffisamment pour que tous les officiers, et même simples soldats présents l'entendent plus que clairement.
- Combien de temps une flamme posée sous une telle pluie peut-elle tenir avant de s'éteindre, selon vous ?
Sasakibe était le stoïque Lieutenant de la Première Division. Il n'avait jamais rien fait contre son seigneur et maître, et lui plus que tout autre était dévoué à Yamamoto; c'est donc sereinement et avec un calme extrême qu'il lui répondit, d'un ton parfaitement égal, par la répartie que le Commandant attendait.
- Peu de temps, je le crains.
Et tout le monde perçut sans qu'il n'ait besoin de l'ajouter « votre majesté ». Le respect révérencieux et royal que son Lieutenant offrait à Yamamoto avait toujours été remarqué, en bien comme en mal. Les autres Lieutenants n'étaient pas proches de lui, et la plupart se permettaient de juger son comportement, le qualifiant de malsain ou d'inapproprié. Evidemment, le lien d'un Lieutenant avec son Capitaine était toujours étroit…
Mais le Capitaine Commandant n'était surement pas un Roi.
- Voyons combien de temps celle-là tiendra. »
Pas vrai ?
. : : .
L'air soudain humide et froid fit frissonner Ichigo.
Shinji avait lancé cette foutue bille, et elle avait atterrit dans leur dos. Suffisamment prêt de l'endroit où étaient rangées les autres bombes pour qu'elles explosent à leur tour et qu'ils soient enterrés sous les lourds décombres alors que la protection de Kidô de la cachette s'effondrait avec ses murs.
Sa tête le lançait et il n'arrivait qu'à sentir le froid insidieux et austère qui le gagnait tandis que la pluie mouillait ses vêtements et dévalait sur son visage poussiéreux. Une vieille odeur de flammes et de fumée le réveilla un peu, et il tenta de bouger ses jambes, ses bras, d'ouvrir de nouveau les yeux. Il n'y parvint pas, son corps piégé sous de lourdes poutres et morceaux de bois qui pesaient lourd sur ses hanches et ses épaules. Le sol sous son dos était rugueux et glacé, et sa peau le tirait affreusement bien qu'il n'ait pas excessivement mal. Des restes de régénération rapide, mais même encore entier sous son tas de débris, Ichigo ne pouvait pas les déblayer.
Appeler était hors de question. Bien qu'ayant les yeux clos, Ichigo sentait parfaitement les présences lourdes et envahissantes de dizaines de Shinigamis qui flottaient aux alentours, probablement à leur recherche à tous. Inutile de les aider.
Il chercha des possibilités, rapidement.
Vu le nombre de Shinigamis et leur éloignement, l'explosion avait du être telle que les débris s'étaient éparpillés jusqu'à plusieurs dizaines de mètres. Peut-être que les maisons voisines avaient été touchés, qui sait ? Risquant un coup d'œil, Ichigo n'entrevit qu'un ciel noir d'encre d'où une fine bruine légère mais agaçante tombait. Il n'y avait pas de lumière, ni prêt, ni loin, pourtant Ichigo apercevait de petites choses grisâtres voire blanches tourbillonnant au gré du vent, recouvrant son visage avant d'en être chassé par des gouttes vaporeuses qui semblaient à peine toucher sa peau.
L'explosion avait fait des ravages. Lui plus que les autres s'en était sorti grâce à ses capacités de régénération, mais qu'en était-il de Yoruichi, Urahara, Hiyori ou même Rim ? Aucun de ces quatre-là n'avait pu décemment se protéger face à l'explosion provoquée par Shinji, survenue dans leurs dos à tous et sans aucun bouclier. Yoruichi aurait peut-être pu atteindre la porte, mais Ichigo n'était même pas sûr qu'elle ait eu le temps d'essayer… Lui-même n'avait rien pu faire.
Et ne pouvait toujours rien faire.
Il perçut Hiyori, non loin, dont la petite flammèche de reiatsu semblait prête à s'éteindre à tout instant. Vacillante, la lueur était solitaire et faiblarde, loin, très loin sur sa gauche. Elle était cernée d'ennemis qui semblaient prêts à la déplacer plutôt qu'à la tuer, mais ça ne rassurait personne d'entendre ça.
Qu'ils descendent nous prendre, ces crétins. Je les ai tous écrasés une fois. Je peux recommencer.
Les deux yeux grands ouverts sur le ciel sombre de Février, Ichigo envisagea de laisser s'étendre son reiatsu. Si Grimmjow n'était pas déjà là, il viendrait. Urahara ou quelqu'un de son camp le trouverait, car il percevait toutes leurs présences, mêmes vagues. Malheureusement, ça pouvait être cet idiot au bob comme un Shinigami – simple soldat ou officier, et dans ce second cas, il ne pourrait pas se défendre. Si les ordres étaient de le ramener vif, il ne craindrait en soi pas grand-chose, juste la perte de ses pouvoirs, et ce n'était pas vraiment une expérience qu'il souhaitait retenter.
« Hey, par ici ! Y en a un là ! »
Les cendres pleuvaient sur son visage, parfois encore brûlantes, tandis que quelqu'un soulevait les lourdes planches de bois qui entravaient son corps encore engourdi, grognant et jurant tandis que qu'il repoussait les plus gros morceaux. Une fois que son corps fut suffisamment dégagé, mais toujours coincé sous le poids d'un pan de mur qui l'entravait de son épaule droite à sa hanche gauche, le Shinigami qui l'avait trouvé fit appel à quelques minables voies de liaison pour bloquer et détruire ses articulations avant de bouger d'un coup de pied la dernière chose qui piégeait Ichigo à terre. Incapable de se mouvoir, ce dernier se sentit attrapé par les cheveux puis tiré en arrière, hors des décombres, son dos nu râpant violemment le sol tandis que le Shinigami se penchait à hauteur de son visage.
« Et bah, on dirait que j'ai choppé le gros lot, se lança-t-il pour lui-même. Ça va connard, t'es encore en vie ? » Lui chuchota la voix doucereuse du Shinigami, un homme à l'odeur encore forte de friture, comme s'il avait mangé de la nourriture grasse juste avant de venir combattre.
Ichigo lui cracha au visage.
Plaisanter ou jouer du sarcasme avec une saloperie pareille n'était pas dans ses cordes. Qu'on les attaque, qu'on les piège, qu'on les prenne à revers, mais la traîtrise entre toutes les techniques de guerre ne sera jamais qu'une façon des plus honteuses de gagner et de s'assurer la victoire. Pourtant il ne put s'empêcher une réplique devant l'air colérique de l'homme rondouillard à l'odeur de cochon grillé devant lui.
« En vie ?
La fureur froide qui grondait dans ses iris mordorées fit fondre l'indignation de l'homme.
- En vie ? Répéta-t-il d'un ton moqueur.
La main droite et boudinée de l'homme attrapa le col de son pull, s'y resserra pour mieux cacher les tremblements qui l'agitaient et qu'Ichigo remarqua.
Une troisième et bruyante fois, il répéta ces deux mots qui lui paraissaient si peu convenir à sa situation. Puis il éclata de rire, d'un long rire diaboliquement malsain qui résonna sur le champ de ruines humides qu'était devenue la base des Renégats.
- Je suis aussi mort que tu le seras bientôt, susurra-t-il à son agresseur une fois son long rire terminé.
La prise se resserra davantage, empoignant son cou plutôt que son col, tandis que le Shinigami le soulevait de toute sa force. La main était moite et humide, de la pluie et de la sueur, tenant et retenant son cou dans une étreinte mortelle qui faisait sourire Ichigo. L'homme était plus grand que lui, large comme une ou deux montagne, alors soulever le corps longiligne et maigre d'un ennemi bien écrasé sous des débris n'était pas plus dur que d'attraper un chaton espiègle par la peau du cou pour l'éloigner des rideaux ou des plantes.
- On va voir qui va crever, lui lança-t-il, rageur.
- Toi, lui lança Ichigo en dardant son regard doré dans celui sombre du Shinigami qui maintint sa poigne de fer sur son cou.
Un éclat de rire nerveux le secoua tandis qu'il resserrait ses gros doigts sur le cou fin et blanc de l'hybride qui ne bougeait pas un membre, souriant toujours comme un démon tandis que le Shinigami serrait de plus en plus fort.
- Et là qui va crever ? Hein ? HEIN ? Explosa le Shinigami, son front luisant d'humidité, fut-ce de la sueur ou de la pluie.
Soudain, le bras qui retenait Ichigo fut tranché net, et ce dernier retomba doucement sur ses pieds tandis que le Shinigami restait coi, avant de hurler vivement tandis que le sang sortait à torrent de son moignon qu'il tenait de sa dernière main. Son corps massif s'écroula sur le côté sous l'impact violent d'un coup de pied de Grimmjow qui apparaissait tout juste, jetant un coup d'œil léger à Ichigo avant de repartir vers sa proie qui gisait, tremblante et ivre de douleur, à terre. L'Arrancar, avec une lenteur absolument délicieuse, posa son pied sur la tempe du Shinigami dont les yeux révulsés le regardaient avec terreur, observant son masque, terrorisé à l'idée de la semelle de chaussure humide qui pesait sur sa tête et dont le moindre mouvement brutal pouvait le tuer.
Et justement, ce démon-là n'avait pas l'air minutieux. Pas du tout.
- C'est toi qui va crever », lui lança-t-il avec un sourire monstrueux.
Il appuya de plus en plus durement sur son pied droit à mesure que la douleur traversait chaque once du corps du Shinigami qui gémissait sans pouvoir mettre des mots sur ce qui lui arrivait – peut-être s'était-il mordu la langue ?
Le crâne cassa, craquant comme une noisette dont on éclate la coque à coup de brique pour en dévorer l'intérieur.
« Fais chier, grommela-t-il en regardant les restes de cervelle collés au dessous de sa chaussure.
Puis il se tourna vers Ichigo, vérifiant rapidement du regard s'il n'avait rien.
Pas même essoufflé l'hybride regardait d'un air curieux la main qui pendait toujours à son cou, les doigts desserrés et les gouttes de sang qui tombaient du moignon amputé. Ricanant, Grimmjow attrapa le bras et le balança avec le reste.
- Oh merde, j'adorais ce collier tu sais ? Lui fit Ichigo avec cynisme.
Grimmjow était dans un sale état, Pantera hors de son fourreau et sa lame gouttant de sang dilué par la pluie fine qui arrosait les ruines. Il ne prit pas la peine de répondre par autre chose qu'un grognement agacé, dardant des regards nerveux aux alentours. A ses vêtements déchirés et ses cheveux plus en bataille que d'ordinaire, aux égratignures sur ses bras, il n'y avait pas de doute possible : Grimmjow avait été attaqué de son côté également.
- Il faut partir, lâcha celui-ci en se mettant à marcher ici et là, incapable de rester en place.
- J'ai dit ça ce matin, et hier aussi, fit Ichigo en le regardant tourner en rond. A se demander si tu m'écoutes…
- La ferme, répliqua l'Arrancar en se tournant vivement vers lui. Pourquoi t'as laissé ce porc t'attraper ? Poursuivit-il tout d'un coup.
- J'essayais d'être… Comment on dit déjà ? Ah oui – Gentil, expliqua Ichigo en essuyant ses joues encore un peu couvertes de saleté.
Grimmjow ricana franchement.
- Partons, dit à son tour Ichigo en regardant tout autour de lui avec méfiance. Vite. »
Un accord tacite disait pas de reiatsu et surtout, surtout « restons discrets ».
Ils marchaient côte à côte, presque dos à dos, scrutant nerveusement le champ de ruines qui les entourait dans la pénombre de la nuit, cherchant du regard la moindre petite chose qui pourrait leur indiquer la présence de l'un des leurs. Hiyori avait disparu, de même que Shinji. Yoruichi ou Urahara, ou Rim, étaient encore en vie, coincés quelque part tandis que les Shinigamis patrouillaient entre les décombres, déblayant zone par zone, prêt à tuer quiconque n'étant pas Ichigo qui se trouverait sur leur route.
Un Shinigami approchait dans leur direction, mais ne les avait pas vus. Rapide, Ichigo les projeta, lui et Grimmjow, derrière un pan de mur large et mais pas très haut, planté verticalement dans le sol entre d'autres morceaux de bois calcinés qui avaient dû être une porte avant l'explosion.
« Ferme-la, lui lança Ichigo en voyant que l'Arrancar s'apprêtait à gueuler pour avoir été si durement balancé sur le sol. Profite plutôt, suggéra-t-il ensuite en se couchant contre Grimmjow, écoutant les pas de la patrouille passer non loin sans s'arrêter pour fouiller cet endroit.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda-t-il.
- Shinji était un agent double, il a utilisé les explosifs pour nous tuer… Répondit Ichigo en se redressant. La voie est libre. »
Se relevant, ils ne bougèrent cependant pas davantage et restèrent adossé au bas pan de mur, cachés.
Il y avait des Shinigamis partout. Impossible de faire un pas sans leur marcher dedans, et leur camarade mort ne ferait qu'accroître leurs soupçons et les fouilles se feraient plus méthodiques encore s'ils le trouvaient dans son état. Sans compter sur les Capitaines qui devaient se tenir prêt à embarquer pour Karakura à la moindre étincelle de reiatsu qui -
« Ichigo ? Ichigo ! »
Une petite voix appelait, désespérée, presque inaudible.
« Rim, souffla Ichigo en levant la tête, cherchant autour de lui de même que Grimmjow.
- Ici, fit-elle. Ici… »
Sur sa gauche, du côté des débris. Elle était cachée par les restes de la porte, une large poutre en bois traversant son petit corps qui devait peser le même poids que le projectile qui l'avait touchée. C'était monstrueux et pourtant les lumières diffuses du Kidô des Shinigamis ne montraient pas toute l'étendue de la blessure, car, non contente de traverser le tronc, la poutre avait emporté quelques viscères au passage. Ses cheveux blancs étaient défaits, en bataille, sales et collaient à son visage humide. Sa respiration était bruyante, lourde, dure, et du coin gauche de son faible sourire partait une rigole de sang écarlate qui retombait sur le bois de la poutre, gouttant dans la flaque déjà énorme provoquée par sa plus grosse blessure.
Telle une poupée décharnée, elle passa les mèches plus blanches que grises qui encombraient son visage derrière son oreille et l'empêchait de voir ses sauveurs providentiels, leurs pointes teintées d'écarlate glissant sur le vêtement de son épaule.
« Et bah, souffla Grimmjow, stupéfait qu'elle est survécu si longtemps dans un tel état.
- Ichigo, il faut faire vite…
Ses gestes étaient lents, amples. Portant son poignet droit à ses lèvres, elle tira la manche de ses dents, découvrant son bracelet d'argent qui bloquait ses pouvoirs.
- Laisse, je vais t'aider.
Tendant ses mains et se penchant vers Rim, Ichigo défit le fermoir et laissa tomber le bracelet au milieu des innombrables débris qui jonchaient le sol.
- Là…
- Combien de temps… Combien de temps il te faudrait pour guérir de ça ? Hoqueta-t-elle sans baisser les yeux vers la poutre qui transperçait son corps de part en part.
- Je n'ai pas de réponse…
Ses blessures cicatrisaient, et la vitesse n'étant pas un facteur régulier, ni lui ni Urahara n'avaient pris la peine de tenter quelque chose pour la quantifier. Il cicatrisait. Point barre.
- Autant commencer tôt, alors, souffla-t-elle avec un sourire qui se voulait enjoué.
Puis elle se mit à respirer difficilement, et en toussant, cracha un liquide sombre et noir tandis que ses mèches blanches prenaient la teinte flamboyante de ceux d'Ichigo. Sa peau reprit quelques couleurs, mais pas davantage que celle de son modèle, demeurant résolument d'une pâle couleur chair si proche du blanc. Penchée en avant sur la poutre, seuls les tressautements de ses petites mains et de son corps ainsi violemment perforé indiquaient que Rim étaient encore en vie. Soudain, elle prit une lente et longue inspiration, se redressa et toutes les petites ecchymoses couvrant ses bras et son visage se mirent à disparaître à toute allure. Son regard croisa un court moment celui d'Ichigo qui comprit, pendant ce bref instant, ce que ça faisait de regarder dans ses yeux. C'était quelque part entre le fascinant et le monstrueux, ces grands yeux fauves plantés, seuls et solitaires, dans cette large mer d'encre qui semblait littéralement sans vie. Et puis, il y avait derrière cette même idée que celle qui frappait d'effroi les Shinigamis. Ce n'est pas normal. C'est donc monstrueux. Démoniaque. Les yeux de Rim, désormais jumeaux de ceux d'Ichigo se posèrent sur la poutre qu'elle saisit à pleines mains pour la retirer de son ventre. Des larmes perlèrent de ses yeux et elle s'arrêta vite en constatant qu'elle n'y parviendrait pas seule. Tournant un regard suppliant sur Ichigo, celui-ci acquiesça, puis la sortit de derrière cette porte pour l'asseoir dos contre lui, face à Grimmjow.
Ils se regardèrent par-dessus le corps tremblant de Rim qui luttait pour respirer encore un peu, juste assez pour que le reiatsu qu'elle avait copié sur Ichigo lui permette de cicatriser et de survivre à cette bataille pour en mener d'autres.
- Coince-la, j'arrache ce truc, lui lança Grimmjow en agrippant la poutre à deux mains.
Acquiesçant, Ichigo présenta le bord de sa main à Rim, l'espace entre son pouce et son index, tandis qu'elle le regardait sans comprendre.
- Mords, ça risque de faire mal », lui dit-il seulement.
Le corps de Rim était ridiculement frêle et petit, mais il préféra user de son autre bras pour la bloquer davantage. Elle regardait Grimmjow droit dans les yeux, ses petites dents pointues se plantant dans la peau d'Ichigo comme des dizaines de pointes de couteaux.
Le corps de Rim se tendit soudain, et ses yeux furent noyés de larmes de pure douleur alors qu'elle mordait, aussi fort que sa mâchoire le lui permettait, le carré de chair qu'elle avait entre les dents. En écho à ses sanglots étouffés on entendait le bruit du bois glissant à travers son ventre, entraînant avec lui les derniers viscères encore solidement accrochées à l'intérieur du corps de La Imitadora. Le bout de bois fut balancé au loin par Grimmjow, et lui ainsi qu'Ichigo eurent tout le loisir de voir les entrailles de Rim se reconstituer à travers ses vêtements déchirés. Cela prendrait encore quelques dizaines de minutes pour que Rim soit totalement remise, et sans doute quelques minutes supplémentaires pour qu'elle soit de nouveau capable de se battre sans anicroches.
Malgré tout, elle se releva, trébuchante.
Au même moment, Yoruichi débarqua avec le corps calciné et très mal en point de Kisuke, regarda rapidement si Grimmjow, Ichigo ou Rim allaient bien, déposa son fardeau et se laissa tomber sur les fesses.
« Mais qu'est-ce que c'est que cette merde, souffla-t-elle, ébahie, comme si sur l'instant elle mesurait vraiment l'étendue de l'explosion provoquée par Shinji.
Un léger éclat de rire secoua Urahara qui serra les dents par la suite, son corps aussi douloureux que l'avait été celui de Rim avant que la poutre ne lui soit retirée. Celle-ci s'était d'ailleurs rassise et observait son père du coin de l'œil, et de temps à autre Yoruichi, qui semblait avoir compris – plus ou moins en détails – ce qui avait pu se passer pour que Rim ait cette couleur de cheveux et ces yeux.
- Que fait-on ?
- On suit le plan, répondit Ichigo en jetant un coup d'œil périphérique.
Ils étaient repérés. Il le sentait. Yoruichi était dans un état lamentable – son bras droit était tordu dans un angle étrange et brûlé jusqu'à l'os, une vague odeur de chair grillée émanant d'elle – mais était toujours capable de se tenir debout, et surtout, incapable de traverser un Senkaimon vers Soul Society. De même que Kisuke dont le corps tremblait, allongé sur le sol froid et sous la pluie gelée de Février qui les arrosait depuis l'explosion. Il était brûlé, et des petits copeaux de bois s'étaient fichés dans sa peau, et comme Ichigo, son dos était sans aucun doute dans un sale état sans compter les os cassés ou abimés au cours de l'attaque qui eux, n'avaient pas cicatrisés.
- Ils arrivent », chuchota-t-il tandis que Rim tentait de se remettre debout.
On entendait les pas précipités des Shinigamis dans les décombres, et quelques vagues reiatsus plus imposants que les autres se firent soudain sentir, au loin. La zone allait être placée sous scellés, et il ne serait plus temps de s'enfuir.
« Yoruichi, ouvre-leur. Qu'ils aillent chez Kûkaku. Vite… »
La voix d'Urahara était faible, et Rim qui s'était finalement relevée et se tenait le ventre, semblait souffrir le martyre et pourtant trouva la force d'acquiescer et de s'approcher de Yoruichi.
« C'est bon, Kisuke… Repose-toi, on s'occupe du reste.
- M-Merci… Et courage. »
Gisant sur le dos, il ferma les yeux, et son souffle déjà chaotique sembla se calmer un court instant, avant qu'Ichigo ne réalise qu'il ne respirait tout simplement plus. Rim étouffa un sanglot et passa un bras rageur sur ses yeux, essuyant les minces larmes qui auraient pu couler.
Yoruichi, qui s'était détournée, ouvrait un portail qui donnait sur l'immensité sombre et pluvieuse de Soul Society, où quelques éclairs zébraient le ciel accompagné des sons cataclysmiques si caractéristiques des orages. Ils résonnaient aux oreilles d'Ichigo comme des milliers de tambours de guerre l'invitant au combat, et il marcha, fier et résolu, vers cette porte ouverte sur un monde qu'il n'exécrait que trop depuis toutes ces années.
« Ça vous emmène chez Kûkaku, leur indiqua Yoruichi avec force. Je m'occupe de ces idiots. Partez.
Son reiatsu commençait déjà à s'enrouler autour d'elle, déchirant par endroits son veston orange, dévoilant son dos. La Déesse de l'Eclair serait de retour, ce soir. Peut-être ce moment serait-il le dernier, mais peu importait. Elle avait juré sur tout ce qui lui était cher, de mettre sa vie en jeu et même au-delà si le résultat pouvait être le même que celui qu'elle avait si souvent imaginé et vu dans ses rêves.
- On va les tuer, corrigea Rim, colérique, tandis que la garde de Tensa Zangetsu se formait entre ses doigts.
- Yoruichi –
- Va, coupa-t-elle Ichigo. Prends Grimmjow avec toi. Nous ne pourrons pas passer. Et… Je refuse de le laisser là tout seul, ajouta-t-elle avec un sourire triste pour Kisuke. Rim et moi… On s'occupe de ceux-là. Partez. »
Rim avait désormais la réplique exacte de Tensa Zangetsu entre les doigts. Ichigo était incapable de détacher ses yeux de la poignée, qui tremblait entre ses doigts blancs, la chaînette cliquetant comme un compte à rebours. Ce puissant reiatsu qui émanait d'elle était le sien, pourtant au travers de l'aura sombre, c'était toute l'étendue de la colère de Rim qu'il ressentait. On avait tué son père. Elle en voudrait au monde entier jusqu'à ce que sa soif de vengeance soit assouvie.
Se tournant une dernière fois vers eux, son regard résolu et la couleur mordorée des yeux copiés d'Ichigo illuminés par une folle lueur vengeuse, La Imitadora lui lança une ultime phrase qui sonna comme cette fameuse déclaration de guerre qu'ils attendaient de proclamer depuis si longtemps. Ses cheveux oranges battaient son visage blanc à mesure que le vent se renforçait, les plaquait sur son visage avec la pluie, froide, qui commençait à tomber, puissante, sur les ruines fumantes de leur ancienne vie.
« Tue-les. C'est la seule chose qui les arrêtera, maintenant. Tue-les tous.» Lui lança-t-elle, déterminée comme jamais.
L'hybride acquiesça devant la force de ces paroles, se mettant à lentement reculer hors des débris humides. Il posa sa main sur l'épaule de Grimmjow qui était demeuré étrangement silencieux pendant l'échange, et l'entraîna à sa suite dans le Senkaimon improvisé que Yoruichi leur avait ouvert.
Et dans la nuit noire que formaient les nuages d'heures sombres trop en avance, il y eut un court et fugitif flash doré qui fut la dernière chose qu'Ichigo et Grimmjow aperçurent de Yoruichi. Rim était non loin derrière elle, suivant l'allure, faisant diversion de toutes leurs maigres forces afin de gagner du temps.
Pour qu'ils traversent jusqu'à Soul Society, mener bataille.
« GETSUGA TENSHO !»
Rouge sera la nuit.
