Hello, Hello !

Boooon, la série de cliff est terminée. ^^ Il ne reste que deux chapitres et demi, après celui-ci, les enfants. Je sais, c'est triste.

Euh, au cas où certains seraient fans de Hunger Games mais n'auraient pas lu le 3ème tome (ce qui est MAL très MAL), la citation en est tirée donc ne vous spoilez pas si vous ne voulez pas vous spoiler.

Enjoy & Review!


"You're still trying to protect me. Real or not real," he whispers.
"Real," I answer. "Because that's what you and I do, protect each other."
― Suzanne Collins, Mockingjay

« Tu es encore en train d'essayer de me protéger. Réel ou pas réel ? » murmura-t-il.

« Réel. » répondis-je. « Parce que c'est ce qu'on fait, toi et moi, on se protège l'un l'autre. »

― Suzanne Collins, Mockingjay

Chapitre 38 : Protect Each Other

Lorsque Draco s'écroula, quelqu'un hurla.

Hermione mit plusieurs secondes à se rendre compte que le cri désespéré venait de sa propre gorge. Elle voulut se jeter sur lui, le secouer pour qu'il se réveille et mette un terme à cette mauvaise plaisanterie qu'il leur jouait, parce que ce n'était pas possible, ça ne pouvait pas arriver… Ce n'était pas censé arriver. Elle resta figée d'horreur.

Lucius s'était précipité auprès de son fils et jetait sort sur sort, suppliait, implorait, niait… Les longs cheveux blonds du Mangemort tombaient comme un voile diaphane et dissimulaient le visage de Draco, mais pas ses mains… Ses mains étaient pales et inertes. Son torse ne se soulevait pas. Sa jambe était pliée d'une manière bizarre qui ne pouvait pas être confortable et…

« Hermione ! » haleta Ron, et le regard de la lionne se déplaça par réflexe vers son meilleur ami.

Ce qu'elle vit lui glaça le sang.

Cet idiot avait jeté un expelliarmus au mage noir, mais Ron ne maîtrisait pas le sortilège et la baguette s'était envolée des mains de Voldemort, miraculeusement pris par surprise, uniquement pour aller se poser au sol deux mètres plus loin. Il ne faudrait au sorcier qu'une poignée de secondes pour la ramasser.

Ils n'avaient aucune chance face à Voldemort.

Un regard à la ronde révéla que Sirius était toujours en train d'abattre ses poings sur le visage de Pettigrow.

Voldemort se tenait devant des étagères. De lourdes étagères en bois massif…

Elle n'était pas Dorothée, ils n'étaient pas au Kansas, et ce n'était pas une maison mais…

« Iactus Ventus ! » cria-t-elle, alors qu'au même instant, Ginny lançait un Reducto.

L'effet combiné des deux sorts fut destructeur. Un ouragan miniature s'échappa de la baguette d'Hermione et alla frapper l'étagère qu'elle visait, créant des dégâts collatéraux non négligeables. Des dizaines de prophéties explosèrent, remplissant la salle d'une brume étrange et de chuchotements entrecroisés. L'étagère trembla, vacilla, puis tomba finalement sur la suivante qui s'écroula à son tour, déclenchant un dangereux jeu de dominos.

Le mage noir, voyant arriver le danger, jeta un protego qui demeura inefficace contre la tonne de bois et la tempête qui faisait toujours rage. Il se retrouva enfoui sous les prophéties et les étagères, perdu dans la brume.

Ça ne l'arrêterait pas, Hermione en était consciente, mais ça le ralentirait.

La Salle des Prophéties était devenue un véritable enfer. L'ouragan refusait de disparaître, qu'importe le nombre de finite qu'Hermione jetait, et ravageait tout sur son passage. Les prophéties éclataient les unes après les autres, et la brume enchantée leur montait jusqu'aux hanches. Abandonnant tout espoir de contrôler son propre sortilège, la jeune fille se jeta auprès de Draco, oubliant le danger que pouvait devenir Lucius, et attrapa la main du Serpentard.

Elle était froide.

À ce niveau, la brume les entourait complètement et elle ne voyait rien d'autre que Draco et son père. Les ressemblances physiques ne l'avaient jamais autant frappée, Hermione les détesta sur le champ. Parce que Lucius respirait et pas Draco. Parce que Lucius, qui ne méritait rien, était encore en vie alors que Draco, qui méritait tout, était mort.

« Non, non, non… » murmura-t-elle, en cherchant un pouls qu'elle savait absent. « Réveille-toi. Réveille-toi. Ça ne t'a pas touché. Réveille-toi. »

Hermione ne voyait rien d'autre que le garçon allongé sur le sol. Sa tête avait roulé sur le côté et ses yeux étaient fermés, mais il n'avait pas l'air endormi. Tout le monde disait toujours que les morts avaient l'air de dormir. Pas Draco.

Lucius l'observait, elle en était consciente, mais elle s'en fichait royalement. Elle sentit quelque chose couler sur ses joues et elle essuya, d'un revers de manche, ses larmes d'impuissance. C'étaient véritablement des larmes d'impuissance, et de rage, face à l'injustice de la situation. Elle n'était pas triste. Elle n'était pas désespérée. Elle ne pouvait pas l'être, pas encore. Et elle ne le serait jamais, parce que Draco n'était pas mort.

Elle savait qu'il était mort.

Mais il ne pouvait pas être mort.

C'était paradoxal, illogique, absurde, irrationnel…

Son esprit refusait d'accepter l'évidence.

Elle n'était pas triste. Elle n'était pas désespérée. Elle n'était pas…

« Draco. » s'énerva-t-elle, en donnant un coup brutal sur sa poitrine.

On pouvait faire repartir le cœur en frappant dessus. C'était possible. Elle avait vu un reportage, elle avait suivi des cours de premiers secours, elle…

« Reviens. » ordonna-t-elle, en le frappant à nouveau. « Reviens. »

Ça ne fonctionna pas. Avec un cri de colère, elle lui laboura le torse de ses poings sans obtenir de changement.

« Reviens ! »

Mais ce qu'elle avait voulu comme un hurlement se transforma en murmure.

« Reviens… Reviens… » implora-t-elle, la respiration hachée par les larmes.

Une main, large et menaçante, emprisonna ses poings avant qu'elle ait pu les lever à nouveau. Hermione n'eut pas la force de se dégager. Elle leva la tête, avec une expression mauvaise, prête à déverser sa fureur sur quelqu'un qui la méritait. Quel genre de monstre restait immobile, au chevet du cadavre de son fils, sans verser une larme ou tenter l'impossible pour le sauver ? Quel genre de monstre se comportait ainsi quand son fils l'avait adulé et aimé au-delà de tout, même de ses propres convictions ? Quel genre de monstre

La colère la déserta à la seconde où elle croisa le regard de Lucius. Ses yeux gris étaient secs, son visage fermé et, malgré tout, elle eut l'impression d'avoir en face d'elle une figurine en cristal qu'un seul coup d'ongle aurait suffi à faire éclater. Était-ce parce qu'elle connaissait si bien Draco qu'elle pouvait lire Lucius comme un livre ? Le Mangemort était brisé. Son regard était vacant, empli d'un tourment sourd que rien ne pourrait jamais apaiser, ses lèvres étaient pincées comme s'il luttait pour ne pas laisser échapper un hurlement de souffrance primaire qui ne trouverait jamais d'écho, quant à ses épaules voûtées, elles lui donnaient l'apparence d'un vieil homme meurtri par la vie.

« Faites quelque chose. » exigea-t-elle.

C'était cruel de sa part. Cruel et inutile. S'il avait pu faire quoi que ce soit, Draco aurait déjà rouvert les yeux depuis bien longtemps.

« Il n'y a rien à faire. » répondit Lucius, d'un ton neutre, apathique, qui lui glaça le sang.

Lucius Malfoy n'était pas le genre d'homme que la vie pouvait vaincre. Il y avait quelque chose de dérangeant, de profondément choquant à le voir ainsi.

« Va-t-en d'ici. » ajouta-t-il, après plusieurs secondes, comme s'il venait à peine de se rendre compte qu'un ouragan magique, potentiellement meurtrier, se déchaînait autour d'eux.

« Non. » lâcha-t-elle, en attrapant la main de Draco pour la serrer entre les siennes.

Elle avait affronté une tempête magique, au milieu d'une bibliothèque, elle pouvait en affronter une autre, sous le Ministère. Elle n'allait pas le laisser. C'était sa faute s'il était là. Il l'avait suivie. Il l'avait suivie pour la protéger, pour la… Il n'avait jamais voulu être un héros. Il lui avait toujours affirmé qu'il ne serait jamais un héros.

Elle avait toujours su qu'il se sous-estimait, c'était bien ce qui lui avait fait peur, c'était bien pour ça qu'elle n'avait jamais voulu franchir la limite, après tout... Il se moquait volontiers des Gryffondors et de leurs tendances au sacrifice, mais pour quelqu'un qu'il aimait ? Elle avait toujours sur qu'il finirait par jouer les héros pour quelqu'un qu'il aimait, que cette personne appartienne à un camp ou à l'autre.

Derrière elle, quelque part dans la brume, elle entendit Sirius forcer les autres à quitter les lieux. Elle entendit Ron refuser de partir sans elle, Luna crier son nom, son appel aussitôt repris par le reste du groupe…

Lucius l'observait à la dérobée, visiblement incapable de baisser les yeux vers son fils.

Hermione, elle, ne pouvait détacher le regard du visage de Draco. Elle gravait chacun de ses traits dans sa mémoire parce qu'elle savait que, quoi qu'il se passe dans les prochaines minutes, elle ne le reverrait plus. Voldemort allait s'extirper de sous son étagère et la tuer ou bien Sirius la trouverait et l'emmènerait contre son grès. Ça n'avait pas d'importance. Rien n'avait plus d'importance.

Elle crut sentir les doigts gourds tressauter entre ses mains.

Elle le mit sur le compte de son imagination. Une fois mort, on restait mort. Voldemort était la seule exception à la règle.

C'étaient probablement ses propres mains qui tremblaient.

Une fois mort, on restait mort.

« Hermione. » lâcha Sirius, avec un soulagement certain, en émergeant de la brume.

Son expression se durcit lorsqu'il aperçut le corps. Il jeta un coup d'œil méfiant à Lucius, mais ne parut pas le considérer comme une menace parce qu'il ne s'en préoccupa pas. Lucius n'était plus un danger. Pas pour eux. Il était brisé. Elle espéra, dans un coin de son esprit, que Sirius n'avait pas tué Pettigrow. Un Mangemorts exercerait une bien meilleure vengeance qu'un ancien Gryffondor… Moins de noblesse, plus d'imagination.

« Hermione, il faut y aller. » déclara fermement Sirius, en agrippant son épaule. « Viens. »

« Non. » protesta-t-elle, en se dégageant.

Il attrapa son bras et chercha à la tirer sur ses pieds mais elle se débattit comme une furie, lui criant de la lâcher, s'accrochant à la main de Draco. Sirius la ceintura et la souleva du sol, mais elle refusait toujours de laisser échapper les doigts froids de son ami.

Ce fut à ce moment là que les doigts s'accrochèrent à leur tour, s'agrippant d'abord à sa main puis à son poignet.

« Draco… » souffla Lucius, d'un ton à la fois soulagé et émerveillé.

Sous le choc, Sirius laissa échapper Hermione qui tomba durement sur les genoux, puis rampa par terre jusqu'à se jeter sur le Serpentard, en sanglotant, sans tenir compte de la douleur. Elle enfouit la tête dans son épaule et laissa libre court à son soulagement. Elle ne chercha pas à savoir comment c'était possible, il lui expliquerait plus tard. C'était un miracle et il ne fallait jamais examiner les miracles de trop près. Sous elle, elle le sentait lutter pour reprendre sa respiration.

Puis des bras la tirèrent en arrière. Sirius, encore. Cependant, il ne chercha à pas à l'entraîner alors, elle ne chercha pas à se débattre.

Draco avait les yeux ouverts et haletait, chaque bouffée d'oxygène étant visiblement plus douloureuse que la précédente. Leurs regards se croisèrent et s'ancrèrent l'un à l'autre et, le temps d'un battement de cœur, tout était dit. Ils n'avaient pas besoin de parler, pas besoin de se toucher, pas besoin d'autre chose que de ce simple échange.

« Draco. » grinça Lucius, en tirant son fils en position assise. « Qu'ai-je fait au ciel pour enfanter un idiot pareil ? »

Pourtant, il était évident que Lucius ne pensait pas un mot de ce qu'il disait. Il attira son fils contre lui et ferma brièvement les yeux, le nez enfoui dans ses cheveux. Draco lui rendit maladroitement son étreinte, handicapé par la main qu'Hermione n'avait toujours pas lâchée. Et elle était bien décidée à ne jamais la lâcher tant qu'elle aurait son mot à dire.

Au bout de quelques secondes, Draco toussa et se détacha de son père pour arracher, en toute hâte, le collier qu'il portait en permanence autour du cou. Il le jeta aussi loin de lui que possible, comme si son contact l'avait brûlé.

« Usage unique. » croassa-t-il, en direction de son père.

« Idiot. » répéta Lucius. « Pauvre idiot. Je t'ai dit et répété qu'il n'y avait aucune garantie qu'elle fonctionne. Je t'ai dit… »

On aurait dit que le Mangemort avait pris vingt ans en quelques minutes.

« Je regrette, père. » coupa Draco, avant de regarder autour de lui. Lorsque ses yeux croisèrent à nouveau ceux d'Hermione, il serra brièvement sa main pour la rassurer.

« Bien, Malfoy est en vie, il pourra expliquer ce miracle plus tard. » lâcha Sirius, brisant la solennité du moment. « On bouge avant que Voldemort ne se sorte de là-dessous. »

La brume commençait à se dissiper et Hermione aperçut, au loin, un tas d'étagères qui remuaient.

« Viens, Hermione. » ordonna Sirius, en la remettant sur ses pieds.

« Pas sans Draco. » contra-t-elle, immédiatement.

« Draco… » répliqua Sirius, et à l'insistance qu'il fit peser sur son nom, Hermione comprit qu'il désapprouvait leur degré d'amitié. « … ne risque rien avec son père, au cas où tu n'aurais pas remarqué, c'est un Mangemort. Un Mangemort qui a été assez aimable pour ne pas chercher à nous assassiner jusqu'à maintenant. Partons, avant qu'il ne change d'avis, veux-tu ? »

Mais Lucius ne paraissait pas convaincu. Il se redressa gracieusement, forçant Draco à se lever en même temps que lui, et fouilla dans ses robes, avant de tendre à Sirius la baguette qu'il lui avait sûrement confisquée un peu plus tôt.

« Cache-les. » ordonna Lucius. « C'est après toi qu'Il en a. Cache-les. »

Sirius et Lucius se dévisagèrent un très long moment, ayant visiblement une conversation muette, puis l'Animagus attrapa la baguette que le Mangemort lui tendait et fit signe aux adolescents de le suivre.

« Ne joue plus les héros. » glissa sèchement Lucius à Draco, ses yeux dérivant brièvement vers Hermione.

Elle n'entendit pas la réponse de son ami, Sirius l'avait entraînée et elle emmena Draco avec elle, leurs mains toujours étroitement agrippée l'une à l'autre. L'Animagus ne paraissait pas gêné par la brume magique ou par le vent que son mini-ouragan faisait souffler dans toutes les directions. Il les guida au travers de la Salle jusqu'à une porte.

Le contraste entre le chaos de la pièce précédente et le calme de celle-ci heurta Hermione, mais elle n'eut pas le temps de s'y appesantir avant d'être engloutie par l'étreinte désespérée de Ron.

« Draco ! » s'exclamèrent Ginny et Luna, les mêmes sanglots dans la voix.

Les deux quatrième année se jetèrent sur le Serpentard qui tituba en arrière, et les attrapa par réflexe avant qu'elles ne le fasse s'écrouler. Il lâcha la main d'Hermione. Elle aurait voulu hurler, à moitié convaincue que, sans son contact, il allait disparaître à nouveau. Mourir à nouveau.

« On est tous très heureux de revoir la fouine. » grinça Sirius, en détachant Ginny et Luna de son cousin. « Les effusions peuvent attendre, on a des Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres à nos trousses. Allez, allez ! »

Ils se tenaient dans un étroit couloir et il les poussa en avant. Hermione n'eut d'autre choix que de suivre le mouvement.

°°O°°O°°O°°O°°

Sirius n'était plus aussi impatient qu'il l'avait été de se retrouver en première ligne.

Ce n'était ni le danger, ni l'action qui le dérangeaient. Tout ça était bénéfique : il avait l'esprit clair, comme toujours dans ce genre de situations.

En fait, songea-t-il, en ordonnant aux autres d'accélérer l'allure, il aurait probablement tourné les talons et serait reparti affronter ses ennemis s'il n'y avait pas eu deux petits détails qui menaçaient de lui faire avoir une attaque, à chaque seconde, en dépit de son jeune âge. D'abord, il avait cinq adolescents sur les bras, alors que le Seigneur des Ténèbres se trouvait dans son dos, bien décidé à se faire un tapis de sa carcasse. Ensuite, ils étaient à nouveau dans ce foutu labyrinthe et il n'avait aucune idée de comment en sortir.

Le couloir finit par déboucher sur une porte close. La blondinette qu'il ne connaissait pas – Lovegood avait dit Malfoy – fut la première à l'atteindre et se tourna vers lui, attendant visiblement des instructions.

« Sortez vos baguettes et tenez-vous prêts. » lâcha-t-il rapidement. « Tenez-vous en à des sortilèges que vous maîtrisez. Mieux vaut simple et efficace que compliqué et raté. »

Malfoy marmonna quelque chose qu'il ne saisit pas mais qui lui valut un coup de coude d'Hermione. Le Serpentard se frotta les côtes, avec une grimace mécontente, mais tint sa langue.

Il n'avait rien dit jusque là parce que ce n'était pas le moment – et parce que le gamin s'était tout de même jeté devant un Avada Kedavra pour sauver son amie, ce qui lui valait au moins le bénéfice du doute, même si ça n'expliquait pas comment il était revenu à la vie – mais il se promit d'avoir une discussion sérieuse avec Hermione. Si, bien sûr, ils sortaient de là vivants.

« Je passe en premier. » déclara-t-il, en posant la main sur la poignée. « Si ça tourne mal, trouvez un coin où vous cacher et attendez les secours. »

Il attendit une demi-seconde pour être sûr que les adolescents aient compris puis ouvrit la porte et passa dans l'autre pièce, baguette levée. C'était la salle étrange avec les planètes. Bien entendu, il fallait qu'il se retrouve dans la pénombre. Il fit quelques pas mais aucun sortilège ne troubla l'obscurité, alors il fit signe aux adolescents d'avancer.

« Qu'est-ce que vous faites ? » siffla Malfoy, dès qu'il fut suffisamment près pour ne pas avoir à élever la voix. « Mon père a dit… »

« Ton père est un Mangemort. » coupa froidement Sirius. « Quand il parle, je n'entends que blablabla. »

Une expression mauvaise passa sur le visage du gamin.

« Mon père a raison, pauvre imbécile. » répliqua le Serpentard. « Le Seigneur des Ténèbres va appeler des renforts. Nous ne sortirons jamais d'ici. Notre meilleure chance est de nous cacher. »

Le fait était que Malfoy n'avait pas tout à fait tort. Lucius ne lui avait pas confié son fils de gaité de cœur, cela était certain. Mais le Sang-Pur n'était pas idiot. Voldemort allait être furieux et il ne faisait pas de distinction entre amis et ennemis lorsqu'il était furieux… Draco n'aurait pas été plus en sécurité auprès de lui, qu'il l'était en cet instant même.

« Les Gryffondors ne se cachent pas. » rétorqua Sirius, les sens aux aguets.

Ils avaient parcouru la moitié de la pièce et, malgré l'avantage certain de l'obscurité, ce n'était pas un bon endroit pour attendre des renforts. L'environnement était trop imprévisible. Entre la gravité qui, à certains endroits n'en faisait qu'à sa tête et les dizaines de portes qui pouvaient mener jusqu'à eux…

« Je ne suis pas un Gryffondor. » riposta Malfoy. « Et je ne vais certainement pas mourir comme un stupide Gryffondor. »

« Draco… » tenta de l'apaiser Hermione.

« Il me semble que c'est déjà fait. » cingla Sirius.

C'était un demi-compliment et Malfoy aurait dû s'en estimer heureux. Mais non… Bien sûr… Aucune reconnaissance.

« Il est complètement cinglé ! » s'énerva le Serpentard, dans un chuchotement. « Je t'ai dit qu'il serait complètement cinglé. Il va tous nous faire tuer, Granger. Heureuse, maintenant ? »

Un peu à cran pour quelqu'un élevé par Lucius et Narcissa… Sirius était un peu déçu. Il aurait pensé qu'un hybride de ces deux là aurait été le Serpentard ultime.

« Draco, ça va ? » demanda Ron, plus directement.

Alerté par l'inquiétude dans la voix du jeune Weasley – et depuis quand les Weasley étaient-ils inquiets pour des Malfoy ? Arthur devait… Non, mieux valait laisser Arthur reposer en paix – Sirius jeta un coup d'œil à son cousin. Il ne le connaissait pas et la pénombre ne l'aidait pas à déterminer si quelque chose sortait de l'ordinaire ou pas.

Draco se passa nerveusement une main dans les cheveux et tira légèrement sur les pointes. Ça devait faire mal.

« Non ! » murmura violement le Serpentard. « Non, ça ne va pas ! Je suis mort, Weasley, au cas où tu n'aurais pas remarqué ! »

Ah.

Il se souvint brusquement que les gamins autour de lui n'avaient que quinze ou seize ans. Il ne s'était jamais rendu compte d'à quel point ils étaient jeunes. Il les traitait habituellement comme des amis, des camarades avec qui il pouvait plaisanter et s'amuser mais… ils étaient jeunes. À quinze ans, sa seule préoccupation avait été de savoir si Agatha allait à nouveau le laisser tomber, si elle comptait le faire publiquement et s'il y avait des chances qu'elle le laisse aller un petit peu plus loin. Il n'avait certainement jamais songé à ce que cela ferait de mourir ou, plutôt, de passer si près de la mort qu'on en sentait toujours le souffle sur sa nuque…

Malfoy tremblait. La baguette qu'il pointait sur l'obscurité alentour était loin d'être stable.

« Ce n'est pas le moment, Draco. » asséna Sirius, avec autant d'amabilité qu'il avait en réserve. « Je te jure que quand on sera sorti d'ici, je te servirai moi-même une tasse de thé, peut-être même un peu corsée si tu es sage, et je te laisserai t'épancher comme une fillette mais, là, tout de suite, ce n'est pas le moment de s'effondrer. »

La respiration du Serpentard s'était emballée, ses halètements étaient audibles dans le silence pesant qui régnait sur la pièce, les yeux gris voyageaient frénétiquement d'un coin à l'autre à la recherche d'un ennemi invisible…

« Draco… » murmura Hermione, en attrapant sa main libre.

Ça n'eut visiblement pas l'effet escompté. Malfoy bondit pratiquement dans les airs et s'éloigna légèrement, sa baguette pas tout à fait pointée sur la lionne mais pas non plus tout à fait pointée sur autre chose.

« Draco, s'il te plait. » plaida Hermione.

Les autres adolescents ne firent pas un geste pour intervenir, apparemment convaincus que si la jeune fille ne réussissait pas, ils ne pourraient rien faire. Mais Malfoy ne se calmait pas et Sirius n'état pas tout à fait certain qu'il soit en état de seulement reconnaître Hermione.

Le contrecoup avait mis du temps à l'atteindre mais le Serpentard était désormais en état de choc et, étant donné leur situation, ça ne pouvait être que dangereux.

Il ne pouvait pas le laisser sombrer davantage.

Sirius écarta gentiment mais fermement Hermione et se plaça juste devant le gamin, de manière à remplir tout son champ de vision. Draco esquissa un pas en arrière mais il attrapa son épaule et le maintint en place.

« Ce sont tes amis. » déclara Sirius, feignant un calme qu'il ne ressentait pas. « C'est pour ça que tu es là, parce que ce sont tes amis, n'est-ce pas ? »

Il fallut plusieurs secondes mais le Serpentard finit par acquiescer lentement, les yeux écarquillés d'effroi.

« Tu ne veux pas qu'il leur arrive quoi que ce soit. » continua tranquillement Sirius. « Tu veux que tout le monde s'en sorte en un seul morceau. »

Nouveau hochement de tête, plus rapide cette fois.

« Ton comportement nous met tous en danger. » lâcha-t-il. « Tu comprends ce que je suis en train de te dire ? Tu es terrifié, je ne peux même pas imaginer ce que tu viens de traverser, je comprends tout à fait, mais ce n'est pas le moment de gérer tout ça. Ton comportement nous met tous en danger. Il met Ron en danger en danger. Il met Ginny en danger. Il met… la blondinette en danger. Et il met Hermione en danger. »

Malfoy tourna brusquement la tête vers Hermione, comme pour vérifier qu'elle ne s'était pas envolée. Il ressemblait à Narcissa. Ça lui sauta soudain aux yeux et il mit cette petite révélation de côté parce qu'il ne savait pas quoi en faire. Narcissa avait choisi son camp et ce n'était pas le même que le sien mais… mais ils avaient une enfance en commun et ce n'était pas quelque chose sur laquelle on pouvait tirer aussi facilement un trait.

« J'ai besoin que tu te contrôles. » exigea Sirius. « J'ai besoin que tu mettes ce qui vient d'arriver de côté jusqu'à ce qu'on soit sortis d'ici. Est-ce que tu peux le faire ou est-ce que je dois t'assommer ? »

La respiration de Malfoy avait repris un rythme normal et Sirius se détendit légèrement. Jusqu'à ce que le Serpentard lève soudain sa baguette, le pousse et jette un stupefix… L'espace d'une seconde, il crut que le gamin avait basculé dans la folie mais, lorsqu'il tourna la tête, il vit un Mangemort s'effondrer.

Il en restait un second. Sirius leva sa baguette, tout comme Hermione et Ron, mais avant que l'un d'entre eux ait pu penser à un sort, quelque chose se jeta sur leur ennemi dans un feulement.

L'homme s'écroula sans opposer de résistance et Sirius doutait sincèrement qu'il se relève un jour.

Accroupie à côté du corps, Nyssandra releva la tête, découvrant ses crocs.

« Putain de merde ! » s'exclama Ron. « C'est une vampire ! C'est… »

« Une amie. » coupa Sirius. « Qui vient de te sauver la vie. Sois un peu reconnaissant. »

Nyssa se redressa et lui jeta un regard mi-colérique, mi-exaspéré.

« Tu as la moitié des Mangemorts aux trousses, Sirius. » cingla-t-elle. « J'ai dû abandonner les autres sur le Chemin de Traverse pour venir te sauver. »

Sirius leva les yeux au ciel.

« Je me débrouillais très bien tout seul. » répliqua-t-il, en croisant les bras.

Que faisaient-ils tous sur le Chemin de Traverse de toute manière ? Peut-être qu'ils se retrouvaient tous pour boire un verre sans lui. Peut-être qu'ils passaient leurs soirées ensemble, et se racontaient ses dernières lubies, en le prenant en pitié, parce qu'il était timbré.

Nyssandra observa les adolescents d'un air peu impressionné.

« C'est l'évidence même. » railla-t-elle. « Alastor est furieux. Et vous cinq, vous allez avoir de sacrés ennuis. »

« Fol'Œil est toujours furieux. » grinça Sirius.

« Est-ce qu'on peut discuter de tout ça lorsque personne n'essayera de nous tuer ? » rétorqua Ginny, avec un agacement perceptible. C'était fou ce qu'elle ressemblait à sa mère…

« Gin, un petit conseil d'ami… » répondit diplomatiquement Sirius, avec une grimace. « N'agace pas la gentille vampire. »

Ginny lui jeta un regard noir dont Molly aurait été fière.

« Elle ne m'agace pas et elle n'a pas tort. » attaqua Nyssa.

La pénombre semblait accentuer davantage sa pâleur naturelle. Elle se mouvait avec une grâce féline que Sirius ne pouvait qu'admirer et qui l'incitait à repenser à la nuit précédente et… Ce n'était probablement pas le moment de laisser ses pensées s'égarer dans cette direction là.

« Où sont les autres ? » demanda-t-il.

Il ne pouvait pas croire que Remus l'aurait abandonné s'il l'avait su en danger… Même après leur dispute. Même après… tout ce qui s'était passé.

« Ils arrivent. » offrit distraitement Nyssandra, en tournant la tête vers la droite. « Probablement avec le reste des troupes de Tu-sais-qui… La Marque des Ténèbres flotte au-dessus du Ministère. Il veut probablement s'en emparer. »

Sirius secoua la tête.

« Il voulait la prophétie. » la corrigea-t-il. « Et me tuer. Il ne pourra pas tenir le Ministère. »

Nyssa haussa les épaules.

« Ma mission est de sortir les gamins de là. » lâcha-t-elle. « Mais je suppose qu'on peut considérer que tu es un grand gamin… »

« Ce n'est pas ce que tu disais, hier soir. » plaisanta-t-il, sans que le cœur y soit. Elle avait raison : il fallait évacuer les adolescents, et vite.

« Hier soir, c'était hier soir. » répondit-elle, sèchement. « Aujourd'hui, c'est aujourd'hui. »

« Trêve de philosophie. » grinça Malfoy, qui s'était visiblement remis. « Ils vont finir par nous trouver. »

« Ils nous ont déjà trouvés. » offrit Nyssandra, les yeux fixés sur les portes de droite. « Il y en a beaucoup. Nous n'avons pas plus de quelques minutes. Sirius, avec moi. Vous cinq, cachez-vous. »

« Mauvais plan. » intervint Sirius, en levant sa baguette. « Nyssa, sors-les de là. Je m'occupe des Mangemorts. »

« J'aime ce plan. » déclara Malfoy. « Je vote pour ce plan. »

Hermione le fit taire mais l'Animagus était loin de se préoccuper des états d'âme du Serpentard.

« Tu ne les ralentiras même pas assez longtemps pour qu'on atteigne les portes. » objecta-t-elle. « Je suis rapide, endurante et beaucoup plus forte que toi. En comparaison, tu es… »

« Faible ? » siffla-t-il, parce que c'était le mot qu'elle se refusait à prononcer.

« Humain. » s'énerva-t-elle, en dénudant les crocs. « Ce n'est pas une insulte. »

« Protège les gosses, Nyssandra. » gronda-t-il, en attrapant son bras pour la pousser vers les adolescents. « Je m'en sortirai. »

Il avait juste oublié un minuscule détail, elle était plus forte que lui. Elle ne cédait le contrôle que lorsqu'elle le désirait et, très visiblement, à l'instant, elle ne le désirait pas.

« Tu ne t'en sortiras pas. » rétorqua-t-elle, en se dégageant violemment. « Tu veux juste mourir en héros, et je ne vais pas te laisser te sacrifier pour satisfaite ton égo. »

Leurs visages étaient beaucoup plus proches qu'il ne l'aurait voulu. Les légendes disaient que les vampires avaient un regard hypnotique et, à ce moment là, il n'en douta plus.

« Et tu disais ne pas être une incorrigible romantique… » se moqua-t-il, froidement.

Son souffle roula sur les lèvres de la jeune femme. Leurs bouches étaient pratiquement collées et il lui aurait suffi de…

« Sirius ! » cria brusquement Hermione.

L'attaque ne vint pas de la droite mais de la gauche, et ce n'étaient pas des Mangemorts mais un loup-garou sous forme animale. Nyssandra feula et se jeta sur son ennemi héréditaire sans la moindre hésitation.

Sirius commençait à détester cette potion. Combien de temps faudrait-il à Slughorn pour en percer le secret ? Il en venait presque à regretter Snape !

« Ok, nouveau plan. » déclara-t-il, en se forçant à se détourner du combat pour observer les adolescents, qui cachaient plus ou moins bien leur frayeur.

Ce fut à ce moment que la porte de droite se mit à grincer et que Sirius regretta d'avoir perdu autant de temps en palabres inutiles.

« Courrez. » ordonna-t-il, à voix basse. « Courrez, sans vous retourner. Trouvez un endroit sûr et restez-y jusqu'à ce qu'un membre de l'Ordre arrive. »

Hermione protesta mais, après avoir échangé un regard, Malfoy et Ron empoignèrent chacun un des ses bras et l'entraînèrent avec eux, Ginny et Luna sur les talons. Sirius se tourna juste à temps pour éviter un sortilège d'ébullition qui ne lui aurait fait aucun bien.

°°O°°O°°O°°O°°

Draco lâcha Granger dès qu'ils eurent passé la première porte qui s'offrit à eux, abandonnant derrière eux ces stupides planètes et les membres de l'Ordre qui étaient encore plus idiots qu'il ne l'avait craint. Les autres le suivaient mais, à ce stade, il n'en avait presque cure. Tout ce qu'il souhaitait, c'était mettre autant de distance que possible entre lui, les Mangemorts et Sirius Black. Il était évident que Black portait la poisse.

Son nouvel objectif était de retrouver l'ascenseur et de déguerpir aussi vite que possible.

Ils traversèrent une pièce pleine à craquer d'horloges sans que Draco ne ralentisse. Trouver l'ascenseur et sortir. Il ne voulait pas penser à autre chose. Il ne voulait pas penser à la sensation qu'il avait éprouvé lorsque son cœur avait décidé de cesser de battre. Il ne voulait pas penser à la douleur atroce que sa première bouffée d'air avait provoquée. Il ne voulait pas penser aux souvenirs confus et presque insaisissables d'un pré et de Potter lui tenant un discours absurde. Il ne voulait pas penser au fait qu'il était mort –mort, pour l'amour de Merlin. Il ne voulait penser à rien.

Il voulait s'écrouler sur son lit, dans le dortoir, et écouter Blaise se lamenter sur Daphné ad vitam aeternam. Il voulait étudier pour les B.U.S.E.s. Il voulait ouvrir la fenêtre et respirer la bonne odeur des sapins de la Forêt Interdite. Il voulait rentrer à Poudlard.

La première porte qu'il ouvrit donna sur la Salle des Planètes, il la referma aussi sec même si Black et sa copine vampire ne semblaient plus s'y trouver.

Il ouvrit la suivante, constata qu'elle était vide et y pénétra sans hésiter. C'était la pièce avec l'énorme bocal rempli de cerveaux.

« Draco ! »

Luna attrapa son bras et le tira en arrière, juste à temps. Un trait rouge s'écrasa à ses pieds.

« Arrête, ce sont des gosses. » gronda un Mangemort, en obligeant son compagnon à baisser sa baguette. « Qu'est-ce que vous faites là, les morveux ? »

Ils portaient des masques, pourtant Draco crut reconnaître la voix du père de Crabbe.

« Ce serait pas le fils Malfoy ? » demanda le deuxième, sur le seuil d'une des portes.

Derrière lui, Draco vit la salle aux douze portes.

Gardant sa baguette prête à l'action, le Serpentard leva sa main libre pour signifier que leurs intentions étaient honorables. Le moment était venu de jouer la carte de la diplomatie, après tout, il n'avait rien à voir dans leur guerre et il n'y avait aucune raison que des Mangemorts s'en prennent à des adolescents pour le simple plaisir de…

« Stupefix ! » cria Ginny, au moment même où Luna et Granger lançaient chacune un Expelliarmus.

Les Mangemorts parèrent leurs sorts avec une facilité humiliante, et Draco vit la solution diplomatique s'envoler à tire d'ailes. Foutus Gryffondors.

Ginny et Luna luttaient en tandem contre le premier Mangemort.

Weasley et Granger avaient provoqué le deuxième.

Des traits rouges, bleus, violet… rebondissaient partout dans la pièce. Draco ne fit rien d'autre que de s'entourer de trois sortilèges de boucliers différents, décidé à obéir à son père. Il ne serait pas un héros, il avait fini de jouer au héros.

Jusqu'à ce que le Mangemort ne lance à la figure de Granger un jet d'eau bouillante…

La jeune fille se jeta au sol, assez tôt pour ne pas finir défigurée, trop tard pour que son épaule ne se mette pas à fumer.

« Expelliarmus ! » hurla-t-il, le sortilège passant ses lèvres malgré lui. « Impedimenta ! »

Il était tellement apeuré, tellement furieux, que sa magie réagit avec beaucoup plus de force qu'il ne l'avait voulu. Le Mangemort fut projeté contre l'énorme réservoir dont le verre se brisa sous l'impact. Draco avait déjà hissé Granger sur ses pieds, par son bras blessé, en ignorant royalement ses sifflements de douleur, lorsqu'il constata l'ampleur des dégâts causés par son sortilège.

« Ron ! » cria la jeune fille

Les cerveaux – ou ce qui ressemblaient à des cerveaux – étaient devenus fous. Chacun d'entre eux avait déroulé de longs rubans blancs et attaquaient tout ce qui passait à leur portée. Weasley était prisonnier de l'un d'entre eux et hurlait à la mort.

Granger bondit dans sa direction mais Draco la rattrapa et la coinça contre lui, avant qu'elle ait pu aller bien loin. D'une rafale de sorts, il tint en respect les tentacules qui avançaient vers eux, cherchant désespérément les filles du regard. Ginny et Luna étaient de l'autre côté de la pièce, séparées d'eux par un Mangemort et une dizaines de ces créatures.

Il n'y avait rien à faire, il n'allait pas mourir à nouveau et il aurait aimé que Granger cesse de se débattre. Il hésita quand même. Il hésita jusqu'à ce que Ginny croise son regard.

« Va-t-en, espèce d'idiot ! » ordonna la rouquine.

Draco n'hésita plus.

Il souleva à moitié Granger, ignorant ses insultes aussi bien que ses menaces et la traîna jusqu'à la porte toujours ouverte. Il la projeta plus qu'il ne la poussa dans la salle aux douze portes.

« Non ! » protesta-t-elle, mais il avait déjà claqué le battant.

Dans un grondement, la salle se mit à tourner.

Elle se jeta sur lui dès que les portes furent à nouveau statiques.

« Lâche ! » s'exclama-t-elle, en le frappant de ses poings.

Draco attrapa ses poignets sans douceur et l'écarta brutalement, sans se soucier de lui faire mal.

« Ne me traites plus jamais de lâche ! » s'écria-t-il. « Pas après aujourd'hui ! »

Ils se dévisagèrent longuement, furieux tous les deux. Granger fut la première à détourner le regard. Elle serra contre elle son bras blessé et observa les portes alentours, d'un air désemparé.

« Il faut aider les autres. » déclara-t-elle, en évitant de regarder vers lui. « Aide-moi à trouver la bonne porte. »

« Non. » refusa-t-il, catégorique.

Elle se tourna vers lui et, au prix d'un effort visible, planta son regard dans le sien.

« Tu crois que je n'ai pas eu peur ? » demanda-t-elle, dans un murmure. Ça sonna presque comme une supplique. « Tu étais là, étendu par terre… Tu… Tu étais mort, Draco. » Ses traits se tordirent lorsqu'elle tenta de retenir ses larmes. « Tu crois que ça ne m'a rien fait ? Tu crois… »

« Je ne veux pas parler de ça. » coupa-t-il sèchement.

Il ne voulait pas penser à ça.

« On ne peut pas abandonner les autres. » insista-t-elle. « Tu as le droit d'avoir peur mais… »

« Je n'ai pas peur ! » tonna-t-il, en la fusillant du regard. « Pas pour moi. Le comprends-tu ou faut-il que je te l'épelle ?! Pour quelqu'un d'aussi intelligent, tu es parfois vraiment stupide ! »

Elle fit un pas en arrière, visiblement choquée par son ton. Il n'avait jamais élevé la voix devant elle. Il était froid, il était cruel mais il perdait rarement le contrôle, il ne s'emportait pratiquement jamais de cette manière.

« Je ne veux plus me retrouver entre un Mangemort et toi. » cingla-t-il, avec agressivité. « Je ne veux pas mourir pour toi. Je ne veux pas mourir pour qui que ce soit. Je ne veux pas être un putain de héros, Hermione ! »

Interdite, elle le regarda fixement, les yeux débordant de larmes.

« Je ne te l'ai jamais demandé… » protesta-t-elle, du bout des lèvres. « Je ne t'ai jamais demandé de changer. »

« Tu ne l'as jamais demandé mais tu t'es assurée que je le ferais. » répliqua-t-il, méchamment. « Tu t'es insinuée dans chacune de mes pensées, tu as poussé et poussé jusqu'à ce que je vois le monde à ta manière, jusqu'à ce que je change de moi-même. Tu n'as rien demandé mais tu l'as fait, Granger. Tu m'as changé. Je t'ai dit et redit que je ne voulais pas choisir de camp et, en dépit de tout ça, en dépit de ce que tu savais être mes convictions, tu m'as obligé à choisir. »

« Jamais. » se défendit-elle. Les larmes coulaient librement à présent mais elle redressa le menton et se tint un peu plus droite, un peu plus fière, comme la lionne qu'elle était tout au fond. « Ne me reproches pas tes choix. Je t'ai dit de ne pas venir. Je ne t'ai jamais demandé de choisir notre camp. »

« Mais tu savais que je te choisirais, toi. » accusa-t-il, en la pointant du doigt. « Tu savais que je ferais n'importe quoi pour… »

« C'est pour Luna que tu t'es sacrifié, pas pour moi. » coupa-t-elle. « Tu… »

« Parce que tu m'as rendu meilleur ! » l'interrompit-il. Ils s'étaient tellement énervés que leurs respirations étaient courtes, Draco s'efforça de baisser la voix. « Je n'aurais jamais fait ça pour personne, il y a six mois. Tu m'as rendu meilleur et maintenant, regarde-moi. Regarde-moi. »

Elle garda le silence quelques secondes.

« Je vois quelqu'un de bien. » offrit-elle, en fin de compte, plus calme. « Je… Je ne sais pas quoi te dire, Draco. J'aurais vu quelqu'un de bien même si tu étais resté à Poudlard. Tu es quelqu'un de bien. Je… Je… »

Elle se détourna et essuya ses larmes.

« Ce n'est pas le moment de parler de ça. » reprit-elle, fermement. « Je dois trouver les autres. Tu n'es pas obligé de venir avec moi, mais je dois trouver les autres. »

Draco émit un bruit entre le rire et le sanglot.

« À croire que tu n'as rien écouté de ce que je viens de te dire. » lâcha-t-il, platement.

Il était épuisé, il n'avait pas l'énergie de se battre contre d'elle.

« Je suis désolée. » souffla-t-elle.

Elle avait l'air désolée.

Il croyait qu'elle était désolée.

Mais elle allait quand même l'obliger à retourner dans la mêlée.

« Si la première porte que tu ouvres donne sur la salle du voile, je considère que c'est un signe. » soupira-t-il.

Bien évidemment, elle ouvrit la porte qui donnait sur l'arène de pierre. Mais il n'y avait plus rien de paisible dans la pièce, à présent. C'était un véritable champ de bataille ou des Mangemorts affrontaient divers Aurors et, au centre…

« Sirius… » murmura-t-elle, effrayée.

« S'il passe de l'autre côté du voile, je ne donne pas cher de sa peau. » commenta Draco, avec un détachement plus ou moins feint.

Néanmoins, vu la passion avec laquelle la sorcière qu'il affrontait lançait Avada Kedavra sur Avada Kedavra, il ne nourrissait pas beaucoup d'espoirs.

°°O°°O°°O°°O°°

Remus suivait Fol'Œil de près, dans les couloirs du Département des Mystères, tentant de ne pas se laisser ralentir par sa jambe blessée. Il avait pris un sortilège vicieux en plein milieu de la cuisse mais il avait refusé de rester en arrière. Tonks suivait le rythme sans aucune difficulté, en dépit des multiples plaies et tâches de sang qui la recouvraient. Elle lui jetait, de temps en temps, des regards à la dérobée mais il prenait soin de ne pas les lui rendre.

Il n'aurait rien voulu d'autre que d'attraper sa main et la tenir dans la sienne, ne serait-ce que l'espace d'une poignée de secondes…

Mais ça n'aurait pas été juste pour elle.

La conversation qu'ils avaient eu juste avant que le monde ne bascule, leur rupture, pesait lourdement sur sa conscience. S'il avait su, il aurait attendu. S'il avait su… Ils étaient aussi distraits l'un que l'autre. Si l'un deux mourrait ce soir, Remus serait responsable.

Et sa dispute avec Tonks n'état pas la seule qui le faisait se sentir coupable...

Sirius.

S'il arrivait quoi que ce soit à Sirius…

Sans parler des adolescents… Quelle idée avait eu Hermione ! De la part d'Harry, cela ne l'aurait pas étonné, mais de celle d'Hermione ? C'était la chose la plus stupide, la plus insensée… Dans quel monde vivaient-ils pour que des enfants se croient obligés de servir de soldats ?

« Quelle idée d'avoir entouré le Ministère entier d'un sort anti-transplannage ! Je déteste cet endroit. » marmonna Tonks, alors qu'ils se retrouvaient pour la quatrième fois dans la Salle des Planètes.

« Il y a des chemins. » grogna Fol'Œil. « On ne peut pas… »

« …simplement se déplacer au hasard, je sais, je sais. » termina Tonks. « Je me rappelle. »

Remus ne savait pas qui avait conçu le Département des Mystères, mais c'était un véritable labyrinthe et un monstre de magie.

« Stupefix ! » beugla Fol'Œil, en pénétrant dans la pièce suivante.

L'ancien Auror resta planté sur le seuil, quelques secondes, leur bouchant la vue, puis se précipita à l'intérieur.

« Tonks ! » s'exclama Ginny, avec un soulagement évident.

Des quatrième année, songea Remus en apercevant Luna Lovegood, occupée à tenir à distance ce qui ressemblait à des cerveaux nacrés. Des quatrième année. Le monde était fou.

Il y avait un grand réservoir brisé au centre de la pièce et quelques bureaux renversés. Deux Mangemorts étaient étendus par terre, l'un d'eux avait un cerveau sur le visage qui semblait lui sucer le sang ou…

Remus s'en détourna en voyant finalement ce que faisait Ginny. Elle tenait à pleines mains un autre de ces cerveaux, des rubans enroulés autour des bras, alors que le cerveau en question tentait visiblement de faire subir à Ron le même sort que le Mangemort. Le Gryffondor était saucissonné par les rubans et se débattait violemment.

« Ne touche à rien, gamine. » avertit Fol'Œil, en attrapant le bras de Tonks qui, évidemment, s'était précipité vers Ginny. « Toi, continue à faire ce que tu fais, ça a l'air de marcher. »

D'autres auraient flanché devant le ton que le sorcier avait employé, pas Luna Lovegood. La Serdaigle hocha brièvement la tête et continua de jeter sort sur sort.

« Comment on les débarrasse de ça ? » s'inquiéta Tonks.

« Ça fait mal. » se plaignit Ginny, avec une grimace désespérée.

« C'est ce qui arrive quand on fugue en plein milieu de la nuit pour partir à l'aventure. » répliqua Fol'Œil, sans une once de compassion. « Un Diffindo ne fonctionnera pas... »

« Où est Hermione ? » demanda Remus, en fouillant la pièce du regard.

« Avec Draco. » répondit Luna. « Dans la salle aux douze portes. Ils étaient coincés de l'autre côté de la pièce. Ils n'avaient pas le choix. »

« Je vais… » proposa Remus, mais Fol'Œil lui jeta à peine un regard.

« Non. » coupa l'Auror. « Lance un Accio. Gamine, tiens-toi prête à réagir au cas où ça tourne mal. »

La solution de Maugrey était simple et se révéla efficace. Remus appela le cerveau à lui d'un sortilège d'attraction et l'ancien Auror le fit exploser alors qu'il était encore dans les airs. Ron ne cessa pas de convulser et Ginny s'effondra dans les bras de Tonks. Luna continua de tenir les autres à distance mais ne semblait rien vouloir d'autre que de se rapprocher de ses amis.

Aidé de Fol'Œil, il traina Ron à l'écart, loin des cerveaux, tandis que Tonks soutenait Ginny, puis vérifia que le garçon avait toujours un pouls – et Merlin soit loué, il en avait un – avant de faire signe à Luna qu'elle pouvait arrêter. La Serdaigle se précipita immédiatement vers les autres adolescents.

« Sirius et Nyssa ? » s'enquit Tonks, avec angoisse.

Luna haussa les épaules. « Ils étaient dans cette pièce étrange avec les planètes… »

« Ils n'y sont plus. » soupira Remus, en observant l'adolescent qui convulsait toujours, avec inquiétude. « Il lui faut un Médicomage. »

« Nymphadora, sors les gamins de là. » ordonna Fol'Œil.

Un instant, il pensa que la jeune femme allait protester, mais elle échangea un long regard avec son mentor et plus un mot ne fut prononcé entre eux. Elle fit léviter Ron et dit à Luna d'aider Ginny.

« Vigilance constante. » exigea-t-elle, avec un sourire forcé, avant d'entraîner les adolescents à l'abri.

Si tant était qu'il pouvait y avoir un abri dans un bâtiment où rôdait des Mangemorts.

Il feignit de ne pas remarquer la manière dont les yeux de l'Auror s'attardèrent sur lui.

« Il faut trouver Hermione et Draco. » décréta Remus, une fois qu'ils eurent disparu.

« Ils peuvent être n'importe où. » grogna Fol'Œil. « Je vais botter le cul de cet abruti de Black si fort que ses ancêtres vont le sentir. »

« Il y a probablement une explication. » protesta Remus, après qu'ils aient, d'un commun accord, choisi de poursuivre leur route vers la Salle des Prophéties. C'était, après tout, le seul intérêt que des Mangemorts auraient pu trouver au Département des Mystères et, où se trouvaient les Mangemorts, ils avaient de bonnes chances de trouver Sirius ou les adolescents.

« Il y a une explication. » approuva Maugrey, entre ses dents serrées. « Black est bon à faire enfermer et ces gamins ne valent pas mieux. »

L'œil magique tournait comme un fou dans son orbite.

La lettre de Neville avait été brève et n'expliquait pas l'essentiel : pourquoi Sirius s'était-il rendu au Ministère et comment Hermione l'avait-elle découvert ? Mais Remus n'avait pas douté un instant de la véracité de la missive, et s'ils avaient eu besoin de davantage de preuves… Molly n'avait pas tardé à transplanner sur le Chemin de Traverse et à se frayer un chemin vers eux à coups de sorts, pour leur rapporter que les jumeaux venaient de la contacter via Cheminette. C'était à cet instant que les Mangemorts avaient commencé à se déplacer en masse vers le Ministère et que certains membres de l'Ordre avait suivi…

Pas tous malheureusement. Comme les Aurors, certains avaient dû rester sur le Chemin de Traverse pour tenter d'éteindre le feu. Dumbledore faisait partie de ceux qui s'étaient attardés pour tenter de contrôler les flammes.

« Sirius ne serait pas venu ici sans une bonne raison. » déclara-t-il, avec conviction.

Sirius n'était pas suicidaire, et il était, surtout, loin d'être stupide.

« Ce n'est pas Black qui m'inquiète. » lâcha Fol'Œil, alors qu'ils pénétraient dans ce qui ne pouvait être que la Salle des Prophéties.

Avait été la Salle des Prophéties, aurait été plus juste. On aurait dit qu'un ouragan était passé par là… Les étagères étaient renversées, il y avait des éclats de verre partout et une étrange brume flottait à ras-de-terre par endroit.

« Qu'est-ce qui s'est passé ici ? » murmura Remus, malgré lui.

« J'en sais rien mais voilà un sort que j'aimerai utiliser sur Black. » répliqua Fol'Œil.

La pièce était vide. Ni Mangemorts, ni adolescents, ni Animagus.

« Arrête avec Sirius. » grinça Remus, en sentant le loup s'agiter. La loyauté était, chez lui, dure à briser.

« Il met des vies en danger. » riposta Fol'Œil, son œil parcourant attentivement les murs du regard. « Il est irresponsable, imprévisible et incompétent. Si Nyssa… »

L'homme s'interrompit immédiatement et l'agacement de Remus se dissipa légèrement.

« Je suis certain que Nyssa peut se débrouiller toute seule. » chercha-t-il à le rassurer. « Si je ne suis pas inquiet pour quelqu'un, c'est bien pour… »

« Nyssandra n'est qu'un cadavre qui marche et qui parle. » coupa Fol'Œil « Je me moque bien de l'état dans lequel, elle finit. Par là. »

Maugrey ouvrit la porte avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, sans doute guidé par son œil magique, et ce fut une erreur.

Ils se retrouvèrent en haut d'une arène de pierre, au centre de laquelle se trouvait une arcane avec un voile en lambeaux. Sirius et Nyssandra se tenaient dos à dos, près du voile, et tentaient, avec difficulté, de tenir tête à cinq Mangemorts. Quatre étaient masqués, la cinquième n'avait pas besoin de l'être.

Dans sa tête, le loup hurla à la mort.

« Sirius ! » hurla-t-il, lorsque le diffindo de Bellatrix Lestrange atteignit l'Animagus au visage.

« Parfait, Lupin. » grogna Fol'Œil, à sa gauche. « Vraiment parfait. Jamais entendu parler de l'effet de surprise ? »

Remus n'en entendit pas un mot. Obéissant au besoin primaire de protéger son meilleur ami, il bondit de banc en banc avec une agilité qu'il ne se soupçonnait pas, et bombarda les Mangemorts de sorts offensifs. Combien de temps cela dura-t-il ? Pas plus de quelques minutes certainement… Mais il eut l'impression que des heures s'étaient écoulées. Suffisamment de temps, en tout cas, pour que de nouveaux Mangemorts arrivent par les différentes portes. Un des groupes, en particulier, était mené par personne d'autre que Peter Pettigrow, à visage découvert.

Remus changea d'angle d'attaque, décidé à se rapprocher de son ancien ami, parce que s'il pouvait le capturer…

Ce fut à cet instant que Scrimgeour débarqua dans la pièce à la tête d'un groupe d'Aurors et l'affrontement devint encore plus dangereux. Les deux camps semblaient déterminés à s'entretuer. Au centre, Sirius luttait toujours contre Bellatrix mais ne paraissait pas avoir besoin d'aide… Remus chercha Pettigrow des yeux.

Il n'y avait pas de meilleur moyen, pour présenter des excuses à Sirius, que de lui offrir un rat sur un plateau d'argent.

Oublions le plateau, se reprit Remus, en étudiant sa proie d'un œil froid, l'argent lui donnait de l'urticaire.

°°O°°O°°O°°O°°

Le sang et la sueur qui dégoulinaient de son front aveuglaient Sirius. Ce qu'il y avait autour de lui n'était plus que de vagues silhouettes sans forme qui n'avaient plus rien de vraiment réel. La seule chose qu'il voyait était Bellatrix. Ses yeux noirs qui brillaient comme ceux d'un dément, la crinière de ses cheveux longs et emmêlés qui auréolaient son visage à chaque coup de baguette, sa fluidité…

Elle l'abreuvait d'insultes et de moqueries et il répondait par des remarques cruelles et des piques provocantes, exactement comme lorsqu'ils avaient huit ans et jouaient à reproduire le célèbre duel entre Grindelwald et Dumbledore. Elle faisait toujours Grindelwald.

La présence rassurante de Nyssandra n'était plus dans son dos. Elle était allée épauler Fol'Œil, lorsque Remus et lui avaient annoncé leur venue avec la discrétion que seul un loup-garou dans un magasin de porcelaines pouvait avoir.

Brave Remus qui était venu à son secours, comme toujours. Il ne méritait pas les horreurs qu'il lui avait jetées au visage. Tout ça était stupide.

« Avada Kedavra ! » lança Bellatrix.

Patmol se jeta sur le côté, roula sur lui-même et exhiba ses crocs avant de se jeter sur sa cousine.

« Avada Kedavra ! » chantonna Bella, sans même tressaillir.

Sirius redevint humain au milieu de son saut, sentit le sort frôler ses côtes et s'effondra par terre. Il se remit immédiatement sur ses pieds, sachant que rester au sol dans ce genre de situation équivalait à un suicide.

« Avada Kedavra ! » hurla-t-il en réponse.

Bellatrix esquiva et éclata de rire, comme s'ils avaient été en train de se livrer au jeu le plus exquis du monde. Il doutait que son sort ait eu la force de la tuer, de toute manière. Il la détestait, il détestait ce qu'elle était devenu, mais avait-il suffisamment de haine, au fond de lui, pour la tuer ? Il ne savait pas.

Un espace s'était formé autour d'eux. Les Mangemorts évitaient de s'approcher et les Aurors paraissaient heureux de ne pas intervenir.

Bellatrix et lui dansaient autour de l'arcane et les voix… Imaginait-il les voix ? Regulus… James et Lily… Imaginait-il leur voix ? Ils l'appelaient. Ils le distrayaient.

Mais non… Il n'était pas le seul. Bellatrix aussi jetait des coups d'œil curieux au voile qui s'agitait doucement alors qu'il n'y avait pas de brise…

Une nouvelle tentative de meurtre de la part de sa cousine l'emmena bien plus près de l'arcane qu'il ne s'y était risqué jusqu'à présent. Il se releva à nouveau, baguette levée devant lui.

« Stupefix. » cria-t-il.

Mais elle para d'un revers de bras, avec une moue boudeuse.

« C'est tout ? » s'enquit-elle, d'un ton où l'ennui perçait « Ne peux-tu pas faire mieux, cher cousin ? »

Sirius ouvrit la bouche mais avant même qu'il ait pu se décider entre un sort ou une insulte, Bella laissa échapper un sifflement et baissa les yeux vers son avant-bras gauche. Autour d'eux débuta la débandade. Les Mangemorts ne paraissaient plus intéressés par l'idée de lutter contre les Aurors.

La retraite avait sonné.

« Trop tard. » lâcha Bella, en haussant les épaules. « Dis au revoir, Sirius. »

Elle leva sa baguette, sans une hésitation ou une once de pitié. La formule était à moitié prononcée, et il était trop tard pour faire quoi que ce soit. Trop tard pour lever sa propre baguette. Trop tard pour réciter une prière. Trop tard pour se jeter par terre.

Stupidement, Sirius recula, incapable d'affronter la mort sans chercher à la fuir.

« Avada Keda… »

Il entrevit Remus se jeter sur Bellatrix avant qu'elle ait pu terminer sa formule. Son pied buta sur une marche et il tomba en arrière, droit sur le voile. Il battit des bras pour rétablir son équilibre, le ventre noué par la conviction absolue que s'il passait de l'autre côté, s'en était fini de lui.

Mais la gravité, comme un Impardonnable, était implacable.

« Accio Sirius ! » hurla une voix désespérée au loin, couvrant momentanément le bruit des quelques duels qui subsistaient.

L'espace d'un bref instant, Sirius se retrouva suspendu dans les airs, entre le voile et la fosse. Entre la vie et la mort.

Puis il fut projeté en avant, vers le haut des gradins où se tenaient Hermione et Malfoy. Seulement, les sortilèges d'attraction n'étaient pas vraiment fait pour être utilisés sur des humains et il était lourd. Il décrivit une courbe dans les airs et, alors qu'il en avait atteint le point culminant, le sortilège se brisa et il retomba comme une pierre, sans parvenir à trouver le moyen d'adoucir sa chute.

Il se fracassa sur une rangée de bancs en pierre et dégringola, de rangée en rangée, jusqu'en bas de la fosse où il resta allongé sur le ventre, regrettant avec ferveur de ne pas avoir été assommé sur le coup.

« Ça va ? » demanda Remus, en posant une main sur son épaule.

Sirius lâcha un grognement et l'autorisa à le faire rouler sur le dos, heureux de voir que le loup-garou avait survécu à sa rencontre avec Bella. Il fut beaucoup moins heureux de voir une dizaine de baguettes se braquer sur son visage quelques secondes plus tard.

« Il est innocent ! » protesta immédiatement Remus, en tentant du mieux possible de faire barrage de son corps. « Pettigrow est en vie. Vous l'avez vu, il était là. Il… »

« … s'est échappé. » termina la voix bourrue de Fol'Œil, derrière lui, à la limite de son champ de vision. « Vous deux, là haut ! Descendez, j'ai deux mots à vous dire ! »

Il s'éloigna sans chercher à prendre plus activement sa défense, et Sirius se mit à plaindre Hermione et Malfoy. Il n'était pas le seul qui allait passer un sale quart d'heure.

« Il est censé recevoir le Baiser du Détraqueur. » déclara un Auror, en le toisant. « C'est un Mangemort. »

« Un Mangemort qui combat d'autres Mangemorts ? » riposta Remus, d'un ton exaspéré, en tentant toujours de le protéger du mieux possible.

Sirius n'avait pas la force de faire autre chose que de rester couché là et de ciller. Il avait l'impression qu'on lui avait envoyé un cognard en plein ventre. Et en pleine tête. Il ne voulait pas penser au nombre phénoménal de fractures qu'il devait avoir…

« Dumbledore… » continua Remus, comme si ça avait été le mot magique.

« Dumbledore n'a aucun pouvoir ici. » riposta l'Auror que Sirius décida de baptiser Tête-de-nœud. « Nous sommes aux ordres du Ministre. »

« Le Ministre ne sera pas Ministre bien longtemps. » intervint une voix masculine que Sirius ne connaissait pas. « Pettigrow était dans cette pièce, une pensine suffira à le prouver. »

Les Aurors échangèrent des regards indécis. Certains abaissèrent leur baguette.

Tête-de-nœud n'était visiblement pas convaincu, quoi que visiblement mal à l'aise à l'idée de s'opposer aux ordres de l'inconnu. « Excusez-moi, Mr. Scrimgeour, mais vous n'avez pas l'autorité pour… »

Scrimgeour. Ce nom lui disait quelque chose mais Sirius n'arrivait pas à se souvenir de pourquoi.

« Je n'ai aucune autorité. » acquiesça Scrimgeour, en apparaissant dans son champ de vision. On aurait dit un vieux lion épluché. « Et je ne vous demande pas de renoncer à votre devoir. Simplement, cet homme a été emprisonné sans procès et une de ses supposées victimes vient de réapparaître d'entre les morts, dans le camp adverse… Je ne pense pas me tromper en affirmant que cela justifie la révision de son cas. Mettez-le en cellule, ne l'enfermez pas avec les Mangemorts prisonniers, et trouvez-lui un Médicomage, mais ne laissez pas un Détraqueur s'approcher de lui. »

« Mais il est innocent ! » protesta à nouveau Remus. « Dumbledore… »

« Dumbledore n'a aucune autorité au sein du Ministère. » coupa Scrimgeour. « Vous ne pouvez rien faire de plus pour Black, pour l'instant, Lupin. »

Plus rien à faire, en effet, songea tristement Sirius.

Retour à la case prison.

°°O°°O°°O°°O°°

L'incendie du Chemin de Traverse était plus ou moins maîtrisé lorsque Albus abandonna ce front là aux mains capables de Kingsley et de Minerva. Il ne restait plus guère qu'une poignée de Mangemorts, les Aurors et les membres de l'Ordre restants suffiraient très certainement à les combattre.

Il transplanna devant l'entrée du Ministère, à l'instant où Scrimgeour donnait ses dernières consignes à la vingtaine d'Aurors alignés en rangées bien ordonnées. Cornélius se tenait un peu en retrait et tournait et retournait son chapeau melon entre ses mains.

« Dumbledore ! » s'exclama Fudge, avec un soulagement visible.

« Ah, Professeur Dumbledore. » lâcha Rufus, sans sembler ni particulièrement surpris, ni particulièrement heureux de le voir. « Voldemort a été aperçu dans le bâtiment. Votre aide serait la bienvenue. »

Et la lui demander coûtait énormément à sa fierté, cela allait sans dire.

« Cinq de mes élèves se trouvent à l'intérieur. » lui rappela-t-il, car il avait toutes les intentions de récupérer les adolescents indemnes.

« Ainsi que cinq de vos amis, si je ne me trompe. » répliqua Scrimgeour.

Albus n'aimait pas beaucoup le ton que prenait l'ancien Auror mais l'heure n'était pas à la politique.

« Ne perdons pas davantage de temps. » offrit-t-il, en invitant d'un geste Rufus à passer en premier.

Dans un rare sursaut de bravoure, Fudge leur emboîta immédiatement le pas mais aucun des deux sorciers ne lui prêta la moindre attention. Comme Albus l'avait prédit, Cornélius devrait bientôt répondre de sa négligence et de son obstination.

Ils atterrirent dans l'Atrium, rapidement suivis du reste des Aurors. Il y régnait un calme trompeur.

Ils n'avaient pas fait six pas vers les ascenseurs que l'un d'entre eux s'ouvrait pour laisser sortir Lord Voldemort en personne. Le mage noir n'eut pas l'air ravi de le trouver sur sa route.

Tout le monde ignora le glapissement incrédule de Fudge.

« Bonsoir, Tom. » le salua-t-il, poliment.

Une grimace méprisante déforma les traits reptiliens.

« Dumbledore. » cracha Voldemort, comme si son nom avait été une malédiction.

Et peut-être l'était-ce pour lui, après tout.

« Tu es venu avec une petite armée. » railla le mage noir « Es-tu trop vieux pour m'affronter ou as-tu trop peur de perdre ? »

Intérieurement, Albus soupira. Sa magie lui picotait la peau, avide d'être libérée.

« Ce n'est pas moi qui ait peur, Tom. » répondit-il, doucement. « Pourquoi cette folie ? Brûler le Chemin de Traverse… »

« Le feu est purificateur. » répliqua Voldemort. « Et la communauté magique a grand besoin d'être purifiée. »

Ses yeux rouges étudièrent chacun des Aurors présents comme s'il avait pu déterminer, d'un simple regard, la généalogie de chacun.

« Si vous voulez vous emparer du Ministère, il faudra nous passer sur le corps ! » s'écria Fudge.

Albus fut presque tenté de lui pardonner sa bêtise et son aveuglement. Presque. Parce qu'en refusant de voir la vérité en face, Cornélius avait grandement facilité la vie de Tom Jedusor et compliqué la sienne.

Voldemort éclata d'un rire cruel.

« Oh, je vous passerai sur le corps, ne vous en faites pas. » promit le mage noir. « Mais je n'ai que faire de votre Ministère pour l'instant. Je reviendrai le prendre plus tard. »

« Que vouliez-vous dans ce cas ? » demanda Scrimgeour, sans se départir de son calme.

Sa sérénité apparente lui valut un coup d'œil intéressé de la part de Voldemort, mais Rufus était incorruptible et le sorcier dut le sentir parce qu'il s'en détourna aussitôt pour reporter son attention sur Albus.

« Allons-nous nous battre ou comptes-tu m'assommer de paroles jusqu'à ce que je meure d'ennui, vieil homme ? » se moqua Voldemort.

Il était las à l'avance. C'était un éternel combat et un qu'il n'était pas impatient de mener.

« Rufus, emmenez vos hommes au Département des Mystères. » ordonna Albus, d'un ton péremptoire.

« Je ne suis pas à vos ordres, Dumbledore. » répliqua Scrimgeour, en fixant du regard le mage noir comme s'il brûlait de l'attaquer lui-même.

« Faites-ce qu'il vous dit. » exigea Fudge, la voix chancelante. « Faites… Faites ce qu'il vous dit, pour l'amour de Merlin ! »

Scrimgeour le dévisagea avec une hostilité et un mépris évident, mais il respectait trop la hiérarchie pour faire autre chose que d'incliner la tête. Le fait qu'il ait été mis à pied semblait lui être sorti de l'esprit.

« À vos ordres, Monsieur le Ministre. » cracha Rufus, avec dégoût.

Voldemort s'écarta obligeamment pour les laisser emprunter l'ascenseur, clairement amusé par la situation.

Albus se retrouva seul face à son ennemi, Cornélius Fudge, qui tenait son chapeau melon dans une main et sa baguette de l'autre, pour seule compagnie. Il aurait été bien en peine de déterminer lequel des deux objets Cornélius allait lâcher en premier tant ses mains tremblaient.

« Dois-je le tuer maintenant ou cela peut-il attendre ? » s'enquit le mage noir, avec le même mépris que le Directeur éprouvait.

Fudge était terrifié. Son regard ne cessait de passer de Voldemort à lui, comme si Albus avait été son unique espoir.

Il l'était.

« Écartez-vous, Cornélius. » le pria-t-il, poliment, avant de croiser le regard de son ancien élève. « Devons-nous vraiment nous prêter à ce jeu là, Tom ? »

Albus ne pouvait pas le tuer car il finirait toujours par revenir à la vie, mais Voldemort ne pouvait pas le tuer tout simplement parce qu'il n'en était pas capable.

Lord Voldemort était peut-être un sorcier hors-du-commun… Mais Albus Dumbledore l'était davantage encore.

Il n'attendait pas de réponse à sa question et ne fut pas surpris lorsque Voldemort passa à l'attaque. Un serpent enflammé de la taille d'un petit basilic fusa du bout de sa baguette. Albus se contenta d'agiter négligemment la sienne et la statue de la Fraternité Magique s'anima. L'elfe de maison alla se poster devant Fudge pour le protéger d'un éventuel sortilège tandis que le centaure galopait pour venir se placer devant lui.

La statue et le serpent de feu explosèrent lorsqu'ils entrèrent en contact. Albus marcha au milieu des débris, sans en souffrir, sa magie le protégeait.

Voldemort recula précipitamment pour remettre de l'espace entre eux et jeta un Avada Kedavra. En temps normal, il aurait transplanné mais les protections anti-transplannage entouraient toujours le bâtiment. Il ne paniqua pas pour autant, il se contenta de faire apparaître un imposant bouclier de bronze. Le sort ricocha et repartit dans la direction d'où il venait.

Le temps que Tom l'esquive, Albus avait fait apparaître une corde incassable et, à la manière d'un lasso, la lança sur le mage noir qui para d'un protego. Le boucler ralentit son sortilège mais ne suffit pas à le dissiper totalement et, à défaut de l'emprisonner, la corde lui entama le bras.

Le premier sang était versé.

La magie battait dans les veines d'Albus au rythme de tambours de guerre imaginaires, et il devenait compliqué de la contrôler.

« Jamais pour tuer, n'est-ce pas, Dumbledore ? » railla Voldemort, en faisant disparaître la blessure d'un coup de baguette. « Tu es trop noble pour ça. »

« Il y a pire que la mort, Tom. » soupira-t-il. « Quand le comprendras-tu ? »

Quatre boules de feu apparurent devant lui et filèrent droit sur son adversaire. Elles étaient plus grosses et plus ardentes que ce qu'il avait voulu. Il perdait le contrôle.

Une vague d'eau les engloutit avant qu'elles aient atteint leur cible.

« Rien n'est pire que la mort. » répliqua Tom, en lançant un nouvel Avada qu'Albus esquiva sans difficulté. « Mourir… Autant n'avoir jamais existé. Je vivrais éternellement. »

« Tout un tas de choses sont pires que la mort. » insista Albus.

Se perdre dans sa propre folie… Se perdre dans ses propres ténèbres…

Céder à l'appel d'une magie trop puissante qui vous consumait si vous lui laissiez le champ libre…

Devenir l'ombre de l'homme qu'il aurait pu être.

Comme Gellert.

Il agita la main et le sol sous les pieds de Voldemort se transforma en bourbier. Surpris, le mage noir n'eut pas le temps de réagir et s'enfonça dans ce qu'Albus transformait peu à peu en sables mouvants.

« Accio prophétie. » lâcha-t-il, calmement.

Le globe de verre s'échappa de la poche de Tom et vola docilement jusqu'à lui. La boule tenait dans le creux de sa paume. Une si petite chose qui avait engendré tant de malheurs… Un battement d'ailes de papillon pouvait déclencher un cyclone, disait-on…

Sa magie épousa parfaitement la forme du globe, pressant et poussant jusqu'à ce qu'il se craquèle et qu'une Sybille Trelawney miniature se tienne sur sa main. Il ferma le poing et la brume se dissipa, éparpillée par un sortilège informulé.

« Peu importe ! » ragea Voldemort, en se débattant dans le marécage. « Potter est mort. Peu importe ! »

« Vraiment ? » demanda-t-il, froidement. « Dans ce cas, pourquoi tant d'efforts pour mettre la main sur cette prophétie, si tu la penses caduque ? »

« Potter est mort. » réitéra Tom. « Et tu vas bientôt le rejoindre. »

Albus secoua tristement la tête.

« Tu n'es pas suffisamment puissant pour me tuer. » contra-t-il. « Tu ne l'as jamais été et je ne souillerai pas ma magie par ton meurtre. »

Il ne tuait que s'il ne pouvait l'éviter et il évitait de tuer de sang-froid quoi qu'il arrive. Voldemort se doutait-il qu'Albus aurait pu le tuer d'un simple coup de baguette ? Pas besoin d'un Avada Kedavra. Il lui aurait suffi de lui briser la nuque. Cela ne ferait, certes, aucun bien à son âme, mais cela l'endommagerait toujours moins qu'un Impardonnable…

S'il y avait des limites à ce que sa magie pouvait faire, il ne les avait jamais atteintes. Les limites, il se les était fixées lui-même. Il était son propre juge et son propre bourreau. Il avait trop de pouvoir et, le pouvoir, utilisé sans restriction ou discernement, corrompait.

Et puis… Quel bien cela ferait-il de le tuer quand il avait tant d'Horcruxes disséminés un peu partout ?

« Nous sommes dans une impasse. » lâcha Tom. « Et lorsque Lord Voldemort est dans une impasse, il détruit le mur. »

Le mage noir s'envola.

Il s'envola, littéralement.

Pour la première fois depuis longtemps, Albus fut surpris. Il n'avait pas cru qu'une telle chose était possible.

Il s'autorisa une seconde de regret pour toutes les grandes choses que Tom Jedusor aurait pu accomplir, puis fit disparaître la lame de feu qui fonçait vers lui, sans même sourciller.

Toujours dans les airs, Voldemort fonça vers une des larges cheminées qui bordaient l'atrium.

« Non, Tom. » refusa-t-il, en jetant un sortilège pour l'immobiliser.

Le mage noir para son sort mais, déstabilisé, heurta un pilier et s'écroula au sol. Il ne tarda pas à se relever, néanmoins, et attaqua avant qu'Albus ait pu lancer une nouvelle salve.

Le sol de marbre se ramollit sous ses pieds et, à son tour, il se retrouva pris au piège d'un bourbier.

« Piètre imitation. » jugea Albus.

« Il s'agit plutôt d'une amélioration. » contra Voldemort, en fouettant l'air de sa baguette.

Le sol redevint solide. Autour des mollets d'Albus.

Ça n'aurait pas été un problème si les ascenseurs n'avaient, à ce moment, là vomi la moitié de la petite armée de Mangemorts. Le temps qu'il métamorphose à nouveau le sol, il ne restait plus, dans l'Atrium, que deux hommes en robes noires qu'il captura d'un coup de baguette énervé.

Voldemort avait disparu.

« Dumbledore ? » couina Cornélius, de là où il était coincé entre la statue de l'elfe de maison et le mur.

Albus le libéra d'un geste négligeant. Le Ministre évalua les dégâts d'un air navré.

« Était-il réellement nécessaire de détruire la statue de la fraternité ? Elle a coûté une fortune. » soupira Fudge, comme si ça avait été son plus gros problème. « Je n'arrive pas à croire que Vous-savez-qui soit revenu… Je n'arrive pas à croire… »

Le vieux sorcier s'exhorta à la patience mais n'eut, heureusement, pas à répondre. Remus et Scrimgeour sortirent d'un ascenseur, à ce moment là.

« Tonks a ramené Ron, Ginny et Luna à Poudlard par la cheminée de son bureau. » annonça le loup-garou, pendant que Scrimgeour et Fudge conversaient à voix basse. « Ils ont arrêté Sirius. Nyssa est cachée dans le bureau de Kingsley. Et j'ai laissé Hermione et Draco avec Fol'Œil. »

Albus soupira.

Il n'était pas prêt d'aller se coucher.