Chapitre 37: Sans Même m'en Souvenir, Je Suis Devenu un Héros
Mon excitation était au comble de mon humeur mais il fallait tout de même que je me contrôle un peu. Je courus jusqu'au bout d'un couloir avant de m'arrêter et de réaliser que rien ici n'était comme dans mon souvenir. Deidara me rejoignit rapidement et m'attrapa le bras en s'appuyant sur moi. Essoufflé, il soupira:
- Non mais tu veux arrêter ? Tu as faillit me faire avoir une attaque !
Je regardai tout autour. Les couloirs étaient ternis et les murs étaient sales et sombres. Rien comme dans mon ancien lycée et je me rappelais alors de ce détail qui m'avait échappé: nous avions déménagé à Oto et un an s'était écoulé. Donc Sakura… n'était plus là.
Une boule dans la gorge, je tombai de très haut. Je fixai les élèves autour. Certains me regardaient, après ma course effrénée et Deidara s'empressa de m'emmener dans un endroit où nous serions seuls et tranquilles, à l'abri du regard des autres sur moi.
- C'est bon, il n'y a plus rien à voir, regardez ailleurs sales curieux ! Cria-t-il.
Je ne m'en rendais même pas compte. J'étais tellement anéantit, d'avoir réalisé seulement maintenant que la seule amie que j'avais était très loin d'ici. Était-elle restée à Konoha ? Pff… quelle question débile. Évidemment qu'elle était restée là-bas. Et en un an, qu'était-elle devenue ? Elle me manquait, autant que je me manquais moi-même.
Il me fallut quelques minutes pour me réveiller de ce demi-rêve. Je m'avançai dans la salle de bain et me laisser tomber par terre contre le mur. Mes yeux étaient perdus et je ne savais pas quoi regarder. Je sentis Deidara s'approcher de moi et un soupir sortit de ses lèvres.
- Pourquoi faut-il que cette fille soit la première chose dont tu te souviennes? Marmonna-t-il dans sa barbe tout en se fixant dans le miroir.
Perdu, je relevai la tête après avoir entouré mes genoux de mes bras.
- " Cette fille " ? Pourquoi parles-tu d'elle sur ce ton dégoûté ?
- Parce que. Lâcha-t-il simplement.
- Non, dis-moi.
J'insistai parce que j'en avais plus que marre de ne rien savoir. Des larmes se formaient dans mes yeux. Désormais, j'étais plus seul que jamais.
Deidara me regarda alors et je décidai de me relever. Nous étions de la même hauteur et je ne perdis pas mon courage, j'attendis jusqu'à ce qu'il décide de parler. J'avais du mal à soutenir son regard, plein de souffrance. Peut-être que lui et moi avions été de très bons amis, que notre lien fut si solide et précieux qu'il en avait aussi mal que mon frère et c'était encore une chose qui m'échappait.
Mais comme il ne parla pas, je continuai moi-même.
- Je t'en prie, soufflai-je en attrapant sa main. J'ai besoin d'une raison.
J'avais vraiment besoin d'une raison. Une raison d'être bouleversé, une raison d'avoir les larmes aux yeux, une raison pour que Deidara soit si bouleversé à son tour. Une raison pour tout ça…
Je finis par baisser la tête. Je ravalai cette envie de pleurer et j'eus des frissons dans tout mon corps quand j'entendis la cloche retentir dans toute l'école. Maintenant, où devais-je aller ? Deidara serra un peu plus ses doigts avec les miens et chuchota:
- Suis-moi.
Je reniflai et le suivis.
Il m'emmena dans un local déjà bourré à craquer. Un professeur était devant et semblait peiner à contrôler le brouhaha de la classe. Les bras levés, il criait le silence mais personne ne semblait écouter. Oh mon Dieu, mieux vaut mourir ! J'avais envie de disparaître. Je n'aimais pas être le centre d'attention, là j'allais être servi !
Deidara me traîna jusqu'à l'avant de la classe et demanda tout bas au professeur quelque chose que je ne compris pas. Je faillis m'évanouir quand tout le monde se tut en me voyant. Intrigué, je tournai la tête et virai au vert quand je vis trente deux regards braqués sur moi. Non pas avec pitié, pas avec amusement et moquerie. Non, tout le monde semblait me regarder avec admiration… Mais… Non, ce n'est pas possible !
- Sasuke, s'exclama le professeur.
Je bondis sur mes pieds et me tournai vers lui.
- Quel soulagement de te revoir vivant, dit-il en souriant chaleureusement.
- Euh… Oui, senseï, balbutiai-je un peu confus.
- Merci Deidara, continua le professeur et Deidara remercia à son tour.
Se tournant vers moi, il déclara:
- Bonne journée Sasuke, tu t'en sortiras nickel !
- Hein ? Quoi ?
- Je dois aller à mon cours, dit-il en souriant malicieusement.
- N-non !
Je me tus quand je me rendis compte que toute la classe nous observait. Je rougis, devins complètement écarlate alors que Deidara me serra affectueusement dans ses bras. Puis il partit en courant car, si je comprenais bien, il m'avait reconduit à mon cours alors il était en retard au sien. Le professeur me désigna ma place d'un doigt et je m'empressai de m'y installer, pivoine. Pourquoi ce silence ? Et pourquoi tous ces regards sur moi ? Habituellement, je me fondais dans la masse et personne n'arrêtait de respirer quand j'entrais dans une pièce.
Je n'y comprenais rien !
- Vous avez donc constaté que Sasuke est de retour parmi nous, déclara le senseï et, serrant mon sac contre moi, je réalisai en écarquillant de nouveau les yeux, que tout le monde tourna encore une fois la tête vers moi.
Il ne pourrait pas se taire ce professeur ? Pas la peine de me faire des éloges ! Qu'avais-je fait de spéciale ? Est-ce que tout le monde savait pour mon accident ?
À mes côtés, un grand garçon aux cheveux blonds-roux se pencha vers moi.
- Bon retour Sasuke, murmura-t-il.
Je tournai mes yeux et ne le reconnaissant pas, mis quelques minutes avant de balbutier timidement:
- M-Merci…
Il me sourit affectueusement et je me sentis bizarrement bien. Une minute plus tôt, j'avais envie de disparaître et ce type me souriait et je me sentais mieux, à ma place. Et cette place, ce pupitre, ils m'étaient familiers. Je desserrai l'emprise que mes bras avaient sur mon sac et le baissai quelque peu pour que mon visage ne soit plus caché. Ouais, j'avais cette habitude de me cacher quand j'étais embarrassé.
C'est alors que, devant moi, une fille aux longs cheveux roux se retourna. Un sentiment de nostalgie m'étreignit quand je vis son visage, son expression mêlée à de la douleur, de la tristesse, de la culpabilité et du soulagement. Ses lunettes noires me dirent vaguement quelque chose et quand elle me sourit, je me sentis – sans savoir pourquoi – étouffer. Comme si une immense main venait de me serrer la gorge.
- Sasuke, dit-elle tout bas.
Je restai prisonnier de longues secondes dans ses yeux. Elle me regarda également de longs moments sans rien dire. Puis, à côté d'elle, un garçon avec des cheveux blancs et fins se tourna et me regarda à son tour. Je vis plusieurs têtes se tourner vers moi. Je me sentis rougir, et j'essayais de sourire à tout le monde en même temps, pour ne pas montrer mon malaise ni mon sentiment de solitude.
- Ça va Sasuke ? Demanda le garçon.
- Sui-Suigetsu ?
Ses yeux s'écarquillèrent.
- Tu te souviens de mon nom ?
- M-Mon frère me l'a dit… murmurai-je, honteux de ne pas être capable de m'en rappeler moi-même.
La fille posa alors sa main sur la mienne.
- Sasuke, je…
- Okay, ça suffit les enfants ! S'exclama le professeur. Laissons Sasuke tranquille et poursuivons notre cours je vous prie.
Elle me regarda une dernière fois, et un petit sourire s'étendit sur ses lèvres avant qu'elle ne fronce tristement les sourcils et qu'elle me tourne le dos rapidement. Le garçon, Suigetsu, me fit un petit sourire qui semblait dire « T'inquiète pas, va, tout ira bien » et qui me rassura.
Juugo me coinça contre lui quelques petites secondes, d'un gros bras autour de moi. Je me sentais bien autour de cette petite bande. Selon mon frère, ils étaient des amis que je m'étais fait ici, à Oto. Peu à peu, je me souvins de cette classe, de ce cours de biologie et de la matière que l'on étudiait. Je me rappelais de Karin, Suigetsu et Juugo comme les trois gentils étudiants qui m'avaient si bien accueillis, je me souvenais de leurs sourires et leurs bonnes humeurs mais pas plus que ça. Et puis, je ne cessais de tourner la tête vers la fenêtre, fixant l'horizon en essayant de repeindre ce paysage dans ma tête et en me demandant si je n'avais pas rêvé ce souvenir de tout à l'heure. Si Sakura Haruno avait vraiment été mon amie dans mon ancien lycée ou si…
« Pourquoi faut-il que cette fille soit la première chose dont tu te souviennes? »
…elle n'était plus mon amie et que ça aussi, je l'avais oublié.
Tant de choses se mélangeaient dans ma tête que je ne parvins pas à suivre le discours du professeur.
- Sasuke Uchiwa est vraiment de retour ? Kyaaaa ! Il faut absolument que je lui parle !
- Oui, c'est un vrai héro !
- En plus il est trop mignon.
- Oooh, qu'est-ce que j'aimerais qu'un garçon comme lui vienne à mon secours de cette façon.
- Ce serait vraiment trop extra.
Deidara fronça les sourcils. Il était assis à une table et attendait son ami, Sasuke, qui avait dû rester en classe parce que son professeur voulait lui expliquer certains détails et lui faire part des dernières études. Et en ce moment, le blondinet essayait d'ignorer ces pimbêches derrière lui qui n'arrêtaient pas de bavarder au sujet de Sasuke.
Elles étaient vraiment chiantes, pensait-il. Avant, tout le monde rejetait Sasuke comme la peste et parlait de lui comme l'éternel ringard et ce, partout où il mettait les pieds. Et maintenant, parce qu'il avait passé cinq jours dans le coma après avoir secouru une fille qui avait couru après le trouble, là, tout le monde voulait lui parler, tout le monde réalisait qu'il existait lui aussi.
C'était vraiment injuste de vivre dans cette société. Il fallait se mettre en danger de mort pour finalement être reconnu comme quelqu'un de « cool ». En tout cas, il ne fallait pas que Sasuke les entende parler. Il se poserait vraiment trop de questions inutiles sur le fait que tout le monde l'appelait maintenant « le héros du bahut ».
- Vous pensez qu'il a une petite amie ?
- Cette Karin, quelle pimbêche ! Elle a tellement de chance ! Et elle n'essaye même pas de sortir avec lui. Elle a tout mais elle n'en laisse pas aux autres !
- Tu as raison ! Dès ce soir, je vais aller parler à Sasuke. Vous savez comment je suis douée pour ça, je suis certaine qu'il voudra sortir avec moi !
Assez, c'est assez, pensa Deidara.
D'un coup brusque, il se leva et se retourna. Il fit quelques pas vers la table des pom-pom girls – car c'étaient elles – et, furieux, serra les poings et s'exclama:
- Vous avez pas finit ?
Une fille blonde releva ses yeux verts vers lui. Elle leva un sourcil et regarda une brunette à ses côtés avant de reposer son regard méprisant sur Deidara.
- Euh… Salut ? Ça va ? Oui, toi ? Tu pourrais être plus poli en t'adressant à moi.
- Ouais, admettons que j'en aie envie. Pourrais-je savoir ce que vous avez tous à parler de mon ami de cette façon ?
- Hum, grogna la fille. Premièrement, de quel ami tu parles et de quelle façon ?
- De Sasuke, grogna Deidara. Comme s'il était une bête de foire.
Soudain intéressée, la fille se leva de la table. Elle posa sur celle-ci le liquide à ongle qu'elle était en train d'appliquer sur ses doigts et s'avança vers Deidara. Elle était plus grande, et c'était dû à ses talons aiguilles. Deidara la fixa droit dans les yeux, pas impressionné pour deux sous.
- Sasuke n'est pas ton ami. Un homme comme lui ne peut pas traîner avec un minus comme toi !
- Tss. Un homme comme lui ne sortira jamais avec une belle salope comme toi.
- Traite-moi encore de salope pour voir !
Elle était rouge de colère et bouillante de frustration. Elle serrait les poings et Deidara soupira.
- O.K., je n'avais pas le droit de dire ça. Mais sérieusement, vous pensez que Sasuke est un vrai héros ?
La brunette gloussa derrière.
- Absolument ! Lança-t-elle. Il a sauvé la vie de Karin.
- Et comment cela se fait-il que vous soyez au courant ?
- Les potins roulent vite dans cette école, continua le blonde devant Deidara.
- Qui vous l'a dit ? S'impatienta Deidara.
Une rousse se leva et rejoignit la blonde devant le blond.
- Peu importe ! Nous avons la chance d'avoir un vrai héro ici dans cette école. Je vais en profiter !
Elle se mit à ricaner et la brunette la bouscula.
- Hé, il est à moi, je l'ai vu la première !
Réellement désespéré, Deidara roula des yeux en soufflant:
- Vous êtes pitoyables. Pour votre information, Sasuke n'est pas célibataire.
Là, le silence le plus cruel tomba. Les trois filles le fixèrent avec de grands yeux. Deidara eut l'irrésistible envie de sourire, très fier de sa réplique, mais la blonde s'empressa de lâcher avec fureur:
- Quoi ? Et peut-on savoir qui est cette belle et heureuse élue ? Grogna-t-elle avec un sarcasme plus que méchant, posant ses mains sur ses hanches.
- Elle, lâcha-t-il en souriant malicieusement, contrairement à vous, a gagné sa place auprès de Sasuke.
- Vraiment ? Soupira la blondinette pas du tout impressionnée. Et comment ? En lui faisant son numéro de charme ?
- Non, répliqua Deidara et redevenant sérieux. En ayant appris à le connaître et à l'aimer pour ce qu'il est vraiment. Pas pour ses actes soit disant héroïques.
- Es-tu en train de dire que Sasuke n'a pas été héroïque l'autre soir avec cette Karin ?
- Pas du tout, dit doucement Deidara en croisant les bras. Évidemment qu'il a été héroïque. Mais il ne l'a pas fait pour que tout le monde le regarde. Il l'a fait parce que pour lui, sauver une amie, c'est plus important que d'avoir tous les regards des filles parfaites comme vous sur lui. Autrement dit, c'est inutile de continuer de parler de lui entre vous et de vous imaginer à son bras parce qu'il n'en a réellement rien à foutre de vos caprices. Je suis même certain qu'avant cet accident, vous ne l'avez jamais remarqué, ni même regardé. Vous l'avez sûrement rejeté parce que tout le monde l'a fait.
La blonde semblait choquée alors que les deux autres avaient plutôt l'air triste, comme si elles réalisaient le mal que l'indifférence pouvait faire à quelqu'un comme Sasuke.
Deidara soupira et tourna les talons.
- Attends ! S'exclama la brunette.
La blonde regarda son amie, avec dégoût, se diriger en courant vers Deidara alors qu'il s'éloignait. Comme si elle voyait cela comme une trahison, elle lâcha un « Tss ! » en se retournant pour se rassoir à sa table.
La brunette, elle, rattrapa Deidara et toucha son bras pour qu'il se retourne vers elle.
- Hum, balbutia-t-elle, embarrassée.
- Ouais ?
- Comment est-ce qu'il… se porte… Sa-Sasuke ?
Voyant qu'elle était plus sincère que tout à l'heure, Deidara soupira.
- Eh bien… Pas mal. Il va de mieux en mieux.
- C'est bien, chuchota-t-elle. Je suis désolée, en tout cas. J'ai vraiment dit n'importe quoi.
- C'est rien.
Puis Deidara retourna s'assoir à sa table.
Au lieu d'être soulagé d'avoir réglé ça, au lieu d'être fier d'avoir fait comprendre à des gens comme eux qu'est-ce que voulait vraiment dire le terme « héros », il se sentait plutôt fatigué et découragé. Comme s'il réalisait en même temps qu'elles que Sasuke était en plus mauvais état qu'il ne le croyait ou qu'il ne voulait le croire.
Posant sa paume dans son menton d'un geste las, il fixa droit devant lui la route. Tout d'un coup, il était vraiment fatigué et il avait hâte de rentrer.
Je marchais dans le corridor de l'école tout en écoutant mon ventre crier famine. Toute la matinée s'était déroulée comme ça: moi dans mes pensées, moi perdu dans mes idées noires et mêlées, moi perdu dans la tempête de mes souvenirs qui revenaient par bribes. Voilà pourquoi mon professeur de littérature m'avait convoqué pour me demander s'il y avait quelque chose qui me tracassait. Évidemment, tous mes profs savaient pour mon accident alors il me demanda si je voulais discuter avec la psychologue de l'école. J'avais refusé mais il avait insisté. Il me donna le numéro de son local mais je n'avais pas l'intention d'y aller. Je n'étais pas fou ! Juste perturbé…
Je ralentis le pas au beau milieu du couloir, et me mis à fixer le sol d'un regard absent. De nouveau, je me posais plein de questions. J'étais seul car c'était l'heure du déjeuner alors tout le monde profitait de la belle journée d'aujourd'hui pour déjeuner dehors. Nous étions en novembre mais étrangement il faisait chaud et le soleil était bien haut dans le ciel.
Je m'arrêtai complètement et restai, de longues minutes, complètement immobile au milieu du couloir. Jusqu'à ce que j'entende mon nom prononcé par une voix hésitante. Je relevai la tête et aperçus, à quelques mètres devant moi, les trois adolescents de mon cours de biologie, Karin, Suigetsu et Juugo. Karin avait l'air bouleversé et à la fois soulagé de me voir. Suigetsu ne fit que sourire, avec un geste de la main en lançant un joyeux : « Salut ! ». Juugo restait silencieux mais il souriait doucement.
Un petit sourire se peignit malgré moi sur mon visage peiné.
- Salut, soufflai-je.
Karin s'avança vers moi d'une démarche rapide, et avant que je n'aie le temps de le voir venir, elle me sauta dans les bras et me serra si fort qu'on aurait pu entendre nos os craquer. Je ne sus pas quoi dire ni quoi faire. J'ouvris plus grands les yeux en fixant les deux garçons derrière et, quand Karin se mit à sangloter dans mes bras, je paniquai. Posant mes mains sur sa taille timidement, je la fis reculer. Elle s'écarta et voyant son visage baigné de larmes, j'eus un choque. J'entrevis rapidement une ruelle sombre et j'entendis des cris dans ma tête, un visage que je semblais connaître, moi qui brandissais un long bâton.
Je fermai les yeux et secouai la tête, et aussi vite il fût apparu, le souvenir s'effaça et je regardai Karin.
- P-Pourquoi pleures-tu ?
- Parce que… Marmonna-t-elle en essuyant rapidement ses joues. Parce que tu m'as sauvé la vie, Sasuke ! Je n'arrive pas à croire que tu aies risqué la tienne pour moi, surtout après que j'aie été si méchante avec toi.
- Quoi ?
- Karin, murmura Suigetsu en se postant près d'elle.
Il se pencha à son oreille et j'entendis un faible : « Il est amnésique, souviens-toi ». Cette phrase me laissa confus. Je lui avais sauvé la vie? En risquant la mienne? Ce qui expliquerait mon accident.
Je baissai la tête, essayant de remettre de l'ordre dans mes idées.
- Oh, souffla-t-elle. C'est vrai… Je… J'avais juste besoin de…
Elle détourna le regard et essuya ses larmes qui continuaient de couler. Suigetsu s'approcha alors d'elle et ils se chuchotèrent quelques mots l'un à l'autre. Pendant ce temps, Juugo me regardait et me souriait pour me rassurer.
Lorsque Suigetsu s'écarta de Karin, il s'approcha de moi et me présenta sa main, d'une façon très solennelle. Je levai alors les yeux vers lui, incrédule, et vit une infinie reconnaissance dans ses pupilles.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Demandai-je, ricanant nerveusement.
- Merci.
- Merci ?
Derrière, Karin souriait, avec des rougeurs sur les joues. Elle avait l'air plus apaisée et je me demandai ce que Suigetsu venait de lui dire.
- Je pense que tu es dans le droit de savoir ce qui s'est passé ce soir là.
Je regardai Suigetsu, puis Karin et puis Juugo. L'incompréhension se lisait sans doute sur mon visage. Mon cœur battait la chamade et mes doigts étaient tremblants.
J'allais tout savoir…
- Ce soir, nous allons dormir chez Itachi et Sasuke.
Deidara releva la tête et aperçut Naruto arrivant de nulle part et se laissant tomber par terre près de lui, contre la clôture.
Après avoir mangé, Deidara s'était éclipsé de la cours, énervé d'entendre toutes sortes de ragots au sujet de Sasuke, et était parti s'assoir près du terrain de basket extérieur. Assis contre la clôture qui le délimitait, il était à fond dans un bouquin qu'il devait lire pour l'un de ses cours quand son frère débarqua.
- Sérieux ?
- Ouais, Itachi nous a invité tout à l'heur.
- Je vois…
Naruto avait plutôt l'air en forme aujourd'hui, constata-t-il quand son frère se permit de lui voler un biscuit dans le petit plat qu'il avait sur les genoux.
- Hey, c'est à moi ! Grogna-t-il en essayant de le lui reprendre.
- Juste un, marmotta Naruto la bouche pleine, souriant à moitié tout en se dégageant de son petit frère.
- T'as l'air en forme, lâcha Deidara en regardant Naruto avaler le biscuit au chocolat.
Naruto haussa les épaules.
- J'essaie de reprendre ma vie en main, avoua-t-il en fixant son regard sur le bouquin.
- Qu'est-ce que ça veut dire, ça, en d'autres termes ?
- Que j'essaie de reprendre ma vie en main.
- Oula, ça m'en dit beaucoup ! Soupira Deidara sarcastiquement en reprenant son livre.
Il replongea dans sa lecture mais ne resta pas une minute dans le silence que Naruto se pencha par-dessus son épaule et essaya de voir ce qu'il lisait.
- T'es un élève exemplaire, frérot, ricana-t-il. C'est un bouquin pour l'école ?
- Ouais…
- C'est bon ?
- Non.
- Tu sais qu'il existe un remède pour ça ?
- Pour quoi ?
Naruto esquissa un sourire malicieux et pinça son frère sur le bras. Deidara sursauta.
- Hey ! Pourquoi fais-tu ça ?
- Souris Deidara ! Tu vas te créer des cernes sous les yeux !
- Je peux savoir ce qui est arrivé à mon frère ? Vous l'avez enlevé et vous avez pris son corps ?
Naruto éclata de rire.
- Mais non, rit-il en arrachant une brindille ou deux sous lui.
Il les prit dans sa main, les regarda un petit moment tout en jouant avec nerveusement.
- Je me suis juste… dit que ce n'est pas en me voyant déprimé comme ça que Sasuke se souviendra de moi. Je vais essayer de redevenir le gars que j'étais un an auparavant. Oublier tout ce qui a pu arriver.
- Quoi ? Souffla doucement Deidara. Même vos plus beaux moments? Je veux dire…
- Je sais ce que tu veux dire, Deidara. Mais… tu n'es pas d'accord, toi? En se mettant dans la même situation que Sasuke, ça l'aidera. Enfin, je pense. Et puis, il a peut-être oublié nos plus beaux moments, mais il a aussi oublié les pires et les mauvais. Par exemple, quand je lui ai brisé le cœur. Tu te souviens? Eh bien, ça, il l'a oublié, tu vois.
Deidara écouta son frère avec un regard nostalgique. Il avait raison, d'un côté, mais de l'autre, il avait tort.
Deidara baissa la tête après ces paroles sincères.
- Tu as raison Naruto, mais…
- Mais quoi ? S'intéressa le grand blond en jetant les brindilles par terre.
Il se permit de voler un second biscuit et cette fois-ci, Deidara ne grogna pas, ne dit rien. Naruto se rendit compte qu'il y avait bien quelque chose de sérieux.
Deidara fixait depuis quelques secondes le vide devant lui. Naruto passa sa main devant son visage.
- Allô ? La terre appelle mon petit frère ! S'exclama Naruto en secouant Deidara et finalement celui-ci tourna des yeux sérieux et inquiets vers lui.
Naruto s'arrêta et son sourire s'effaça lentement. Il figea, ne sachant pas trop comment interpréter cette expression fixée dans les traits de Deidara. Quelque chose était-il arrivé à Sasuke ce matin? S'était-il souvenu de quelque chose?
Il frissonna quand Deidara déclara les mots qu'il redoutait le plus:
- Tu as raison, mais en même temps, tu as tort de penser que Sasuke puisse seulement se souvenir de vos plus beaux moments. Ce sont, d'ailleurs, les mauvais qui sont remontés à la surface en premier.
- Q-Qu'est-ce que tu veux dire ? Balbutia Naruto.
Deidara remonta ses yeux – qu'il avait baissés – vers Naruto.
- Tout à l'heure, Sasuke m'a dit qu'il avait très hâte de retrouver Sakura.
