Chap 36 :

Le trajet se fit dans un silence complet. Elle était restée les yeux baissés, les mains crispées sur ses genoux tandis qu'il l'observait discrètement sans rien dire. En sortant du taxi, il la guida à travers le hall en posant sagement sa main sur son dos et ne la retira qu'en entrant dans l'ascenseur. Elle senti un froid l'envahir quand la douce chaleur de sa main quitta son dos et elle se raidit encore plus. Les yeux invariablement baissés, elle n'osait pas le regarder de peur de croiser son regard réprobateur. Seul dans le large ascenseur, elle se sentait comme prise au piège. Elle avait l'impression que l'apesanteur l'écrasait complètement.

Ren, appuyé nonchalamment contre la paroi opposée, décida de briser ce silence étouffant. Il avait eu du mal à enfermer sa jalousie, mais il se doutait que cette rencontre était l'œuvre de Fuwa.

- « Tu es encore fâché contre moi parce que je voulais sauter mon dîner ? » demanda-t-il tout en rigolant pour détendre l'atmosphère

- « Non... je... je pensais que tu étais en colère contre moi parce que je t'ai fait attendre et que... »

- « Tu t'es déjà excusé pour ça ! Je n'ai donc aucune raison de t'en vouloir » la coupa-t-il pour qu'elle n'aborde pas le sujet de Fuwa qui était encore un sujet trop sensible pour qu'il arrive à contenir l'horrible monstre de jalousie qui lui rongeait les entrailles.

- « Merci Ren-san » murmura-t-elle les joues roses et les yeux pétillant de reconnaissance.

Oh God ! She's so cute ! Il se redressa et s'approcha d'elle, lentement ses lèvres plongeaient sur les siennes. Elle était immobile, tétanisée par l'effet que lui faisait l'empereur de la nuit. Son souffle caressait déjà sa peau, le contact était inéluctable. Une vague de désir et de peur l'envahissait entièrement pendant qu'une attraction magnétique se dégageait de ce corps athlétique qui se penchait vers elle. Ding ! Elle sorti instantanément de son état hypnotique pour s'enfuir quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Il soupira... Dire qu'il avait songé à l'instant à appuyer sur le bouton stop de ce fichu ascenseur et à lui faire l'amour sans aucune retenue. Il se mordit la lèvre inférieure et s'admonesta pour ses idées amorales envers une jeune femme encore pure et innocente. Il la suivit d'un pas détaché et sourit en la voyant l'attendre.

- « Tu n'ouvres pas ? Tu as la clé pourtant... » la taquina-t-il

- « Oh... je ne peux pas me permettre de faire ça, c'est chez toi... »

- « Ouvres... je t'ai déjà dit que c'était Ta clé et que tu pouvais venir comme bon te semble... »

- « Mais... ça ne se fait pas ! »

- « Si tu n'ouvres pas nous allons rester toute la soirée à la porte... » plaisanta-t-il pour l'inciter à utiliser sa clé.

Hésitante, elle glissa la carte magnétique dans la serrure et enclencha la poignée. De son bras gauche, Ren poussa doucement la porte pour l'inviter à entrer tout en la taquinant encore.

- « Tu vois ce n'était pas si dur... »

Elle passa la première et enleva ses chaussures pendant qu'il refermait le loquet derrière lui. Puis déposant son manteau sur le porte-manteau à l'entrée, elle se retourna vers lui.

- « Que voudrais-tu que je te prépare ? »

- « Tu n'es pas obligé de cuisiner... »

- « Ren-san ne pense pas que je vais te laisser sauter le repas » l'interrompit-elle

- « Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire... je me disais que tu étais sans doute fatiguée de ta journée et que tu voudrais toi aussi te reposer. On peut simplement commander quelque chose à se faire livrer... »

- « Oh... je croyais que tu voulais manger des plats fait-maison... » elle sentit un petit pincement au cœur sous le poids de sa déception.

- « C'est vrai que je préfère ta cuisine... mais je ne veux pas t'imposer cette corvée, tu as beaucoup travaillé et... »

- « Ce n'est pas une corvée ! C'est une nécessité ! Tu n'as presque rien mangé ce midi et il en est hors de question que je te laisse en faire de même ce soir... tu dois reprendre des forces et pour ça il faut que tu ais des repas équilibrés » le gronda-t-elle avant de se diriger directement vers la cuisine.

Il s'approcha d'elle pendant qu'elle était à moitié immergée dans le réfrigérateur à la recherche des ingrédients pour préparer le repas. Elle avait l'air dans son élément et fredonnait un air joyeux. Il s'amusa à la regarder et à s'imaginer vivre avec elle, la voir, lui parler, la toucher, ne plus être si seul... Il sorti de ses songes et revint à la réalité. Sur le plan de travail était déjà étalé quelques légumes et il se dit qu'il pourrait au moins l'aider un peu. Il sorti les couteaux du tiroir et plaça une carotte sur la planche à découper. Il n'allait pas être évident pour lui d'utiliser le couteau et de tenir le légume avec un seul bras. Après une courte réflexion, il commença à décrocher son attelle.

- « Ren-san... Qu'est ce que tu fais ? »

- « Je me suis dit qu'avoir deux mains étaient définitivement plus pratique pour découper les légumes... »

- « Remets tout de suite ton attelle ! Je n'ai pas besoin de toi ici... tu peux aller te reposer dans le salon, je m'occupe de tout ! »

- « Je t'ai fait venir alors que tu voulais de toute évidence rester te reposer... laisse-moi au moins t'être utile... regarde ! Je peux maintenant un peu bouger mon bras et tant que je ne fais pas de grand effort je n'ai pas mal. » expliqua-t-il en faisant de tout petit mouvement d'épaule et en camouflant derrière ses talents d'acteur le tiraillement qu'il ressentait à chaque fois qu'il écartait trop le bras.

Elle referma d'un coup de talon le réfrigérateur et déposa sur le comptoir les différents produits qui lui encombraient les mains. Puis se tournant vers lui, elle fronça les sourcils d'un air sévère et lui enleva le couteau qu'il tenait pour le poser sur la planche à découper.

- « Je ne veux pas que tu fasses quoi que ce soit, ton épaule n'est pas rétablie... » Elle posa ses mains sur son torse et le poussa gentiment pour qu'il parte de la cuisine « Ce n'est pas la peine d'insister... va regarder la TV... prend ta douche... fais ce que tu veux... mais je m'occupe de tout »

Elle le fit reculer jusqu'à qu'il soit hors de la cuisine et acceptant sa défaite, il posa un rapide baiser sur sa joue tout en la remerciant encore. Déjà débarrasser de son attelle, il se dirigea vers sa chambre tout en déboutonnant sa chemise. Il fini de se déshabiller en entrant dans la grande salle de bain qui communiquait directement avec sa chambre et regarda son visage dans le miroir.

- « Kuon... reste tranquille... ne lui fait rien qui lui ferai peur » chuchota-t-il à son reflet. « Oh God, i need a cold shower ! » (Oh mon dieu, j'ai besoin d'une douche froide!)

Après avoir enfilé un pantalon en toile légère, il termina de s'habiller en remontant la fermeture éclair de son gilet. Sa tenue était simple et confortable, mais même décontracté il avait beaucoup de style. Son gilet se moulait discrètement à sa large carrure faisant ressortir le dessin de ses épaules et les lignes de son dos. Son pantalon flottait légèrement au niveau de ses jambes, tandis que le tissu suivait l'agréable courbure de sa chute de rein. Souhaitant ce soir se passer du carcan de son attelle, il s'installa confortablement sur son canapé pour regarder la TV et plaça son bras de façon à reposer au mieux son articulation blessée.

Quelques minutes plus tard, Kyoko le rejoignit dans le salon en apportant leurs assiettes. Il glissa du canapé pour s'accroupir en face de la table et la regarda déposer son plat devant lui. Ses yeux ne la quittait plus depuis qu'elle était entrée dans la pièce et brillaient d'un éclat particulier. Il la trouva fraîche comme la rosée avec son léger sourire de satisfaction qui éclairait son visage, tandis que son petit tablier enserrant sa taille fine lui donnait des airs de jeune épouse. Elle prit ensuite place à côté de lui et l'invita à manger.

- « Tu n'as presque rien dans ton assiette » lui fit-il remarquer

- « J'ai mangé de bonne heure avec ma propriétaire... je ne me suis servi que pour t'accompagner un peu car je n'ai plus faim »

- « Tu n'a pas à te forcer si tu n'as pas faim... c'est déjà gentil d'être venu pour me tenir compagnie »

Il commença à humer l'exquise odeur qui se dégageait de son assiette avant d'attraper ses baguettes. Il n'y avait vraiment que ses petits plats qui lui donnaient l'envie de manger. Peu importe ce qu'elle lui préparait, il trouvait toujours cela incroyablement bon et encore plus quand il mangeait de sa main. Un petit rire le secoua en imaginant la crise de jalousie que ferait sa mère si elle le voyait manger si docilement. Dire qu'il avait lutté toute sa vie pour éviter les repas et que maintenant, il attendait avec joie ce moment qu'il allait partager avec elle. Elle se redressa et leva un sourcil interrogatif.

- « Qu'est ce qui te fais rire ? »

- « Rien de spécial... »

- « Tu n'aime pas ? »

- « Non ! En fait, je pensais juste que je déteste manger depuis que je suis tout petit, mais que j'aime bien avec toi »

Elle rougit devant le compliment et mal à l'aise essaya de dévier la conversation vers autre chose que ses qualités de cuisinière.

- « Tu ne parles jamais de toi... comment étais-tu enfant ? »

Pourquoi avait-elle lancé le sujet sur son passé ?

- « Eh bien... je ne sais pas... je crois que j'étais plutôt un enfant calme » répondit-il un peu hésitant … et un adolescent dure et sauvage

- « Tu as des frères et sœurs ? »

- « ... Setsu a été ma seule petite sœur... hahaha »

Elle sourit en repensant à leur dernière collaboration. Elle avait adoré être sa sœur et pouvoir travailler à ses côtés, même si leur relation n'était pas tout à fait celle de frères et sœurs ordinaires. Elle le scruta discrètement et se demanda si c'était à cause du rôle de Setsu qu'il avait développé une affection particulière pour elle. Elle devait avoué qu'elle s'était habitué à sa présence en permanence auprès d'elle et à la tendresse qu'il lui montrait.

- « J'aimais bien être Setsu... » se souvint-elle avec nostalgie

- « J'ai beaucoup aimé être ton frère, mais je préfère être ton petit-ami... parce qu'en tant que Cain je ne pouvais pas t'embrasser... » il termina sa phrase en déposant un chaste baiser sur ses lèvres et elle ne put s'empêcher de rougir furieusement sous ce petit geste tendre.

- « hmm... tu devais alors avoir un tas d'amis pour te tenir compagnie » continua-t-elle pour reprendre le contrôle de ses sens.

- « j'étais plutôt solitaire...je passais beaucoup de temps à travailler pour essayer d'être à la hauteur des attentes de mes parents » Un jour je te parlerai de Rick et j'espère que tu ne me quitteras pas car j'ai trop besoin de toi.

- « je n'ai jamais été assez bien pour ma mère, mais je suis sûr que tes parents sont très fier de toi »

- « ta mère n'a pas comprit la chance qu'elle avait d'avoir une fille telle que toi » affirma-t-il en lui soulevant le menton pour plonger dans son regard

- « ma mère ne me voulait pas... c'est pour ça qu'elle m'a abandonnée » conclu-t-elle en baissant les yeux, une aura de déprime rayonnant autour d'elle.

Ren se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras pour la poser sur ses genoux. Il fronça brièvement les sourcils en manoeuvrant son bras blessé, mais oublia rapidement sa douleur en la serrant contre lui. Ses bras étaient devenu un cocon de bien-être et elle s'apaisait sous l'effet magic de Ren. Sa douce chaleur, le bruit régulier de son cœur, sa force tranquille, elle se sentait en sécurité contre lui. Sa voix mélodieuse la berçait et il savait toujours trouver les mots pour la réconforter. Elle avait l'impression d'être une petite fille ainsi blotti contre sa large et solide carrure. Elle s'affaissa un moment au creux de son épaule, puis reprenant soudain ses esprits, elle se rappela qu'il n'avait pas fini de manger. Elle voulu s'écarter pour retourner à sa place, mais il resserra sa prise autour de sa taille. Il ne dit pas un mot, son regard suffit à lui faire comprendre, il ne voulait pas qu'elle parte.

Il attrapa alors ses baguettes pour continuer à manger tout en la gardant sur ses genoux, mais elle posa sa main sur la sienne et les lui retira pour entreprendre de le nourrir. Ils étaient si proche l'un de l'autre. Il n'avait jamais partagé une telle intimité avec quelqu'un. Personne jusqu'à ce jour n'avait réussi à envahir sa bulle. Il se sentait tellement bien quand il était avec elle. Ses bras s'enroulaient autour de sa taille fine et il senti une douce chaleur se répandre dans ses veines. Personne ! Personne ne l'apaisait comme elle. Il était simplement heureux.

Plus vite qu'elle ne l'aurai voulu, elle termina l'assiette en ramassant la dernière bouchée avant de la porter à ses lèvres. Il ouvrit docilement la bouche et se laissait nourrir comme un enfant sans à aucun moment décrocher son regard d'elle. Il la fixait avec une telle expression de douceur qu'elle senti des micro frisson lui parcourir le corps.

- « Tu as froid ? » chuchota-t-il au creux de son oreille avant de déposer un petit baiser sur sa joue.

- « Non ça va » bredouilla-t-elle tandis que son cœur battait la chamade

- « Tu tremble Kyoko... viens contre moi ! » lui proposa-t-il tout en resserrant son étreinte pour qu'elle se blottisse contre lui.

Il était si tendre qu'elle se laissa attirer contre son torse protecteur. Amoureusement, il glissa sa main le long de son dos en une caresse affectueuse et remonta jusqu'à son cou où il égara ses doigts dans ses cheveux soyeux. Si elle avait été un chat, elle se serait mise à ronronner tant ces sensations étaient agréables. Elle se blotti davantage contre lui. Puis la joue pressée sur son torse, elle écouta d'une oreille distraite le bruit de son cœur. Le battement sourd résonnant sereinement lui apportait une impression de paix et ses paupières s'abaissèrent légèrement. Sa respiration lente et régulière la berçait et à moitié somnolent, ses doigts commencèrent à jouer avec la fermeture éclair de son gilet. Lentement, elle tira sur la petite boucle créant ainsi une ouverture sur la peau lisse de son torse. Inconsciemment son bras continua à descendre et ses yeux se posèrent sur ses pectoraux saillants. Le bruit de cœur cœur changea un peu, s'accélérant légèrement, ce qui la ramena à la réalité et elle ouvrit grand les yeux en réalisant qu'elle était en train de le déshabiller. Elle remonta discrètement le zip en espérant qu'il ne s'offusquerait pas de son comportement impudique.

- « Il est tard... je pense que je vais rentrer »

- « Tu peux rester dormir ici si tu veux »

- « Non je n'ai prévenu personne que je ne rentrai pas, je ne voudrai pas les inquiéter et puis je n'ai pas mes affaires pour demain »

- « Quel est ton programme pour demain ? As-tu le temps de venir déjeuner avec moi ? Je serais à Fuji TV »

- « Euh... Attends...j'ai mon cours d'art dramatique jusqu'à 13h... après celui de technique orale à 15h … et ensuite je prend un café Endo-san avant d'aller au Daruyama » marmonna-t-elle de façon à peine audible pour se faire une check-list avant de finalement conclure par « Oui ! Je passerais te retrouver au studio de Fuji TV »

Sa voix avait beau avoir été presque imperceptible, qu'il saisit tout de même le nom d'Endo-san. Ses entrailles se tordirent. Après Fuwa, le monstre de jalousie ne tarda pas à s'exprimer de nouveau sous le nom de cet inconnu. Il aurait voulu dire au monde qu'elle était à lui et à lui seul. Elle ne savait rien des hommes et de leurs désirs. Il baissa ses yeux sur l'innocente jeune femme assise sur ses genoux et lui caressa doucement la joue.

- « Et tu n'as pas de tournage de Box-R prochainement ? » demanda-t-il ingénument

- « Non pas avant la semaine prochaine »

Une lueur de malice éclaira rapidement ses iris pendant qu'il se penchait vers sa joue.

- « Je te remercie pour le dîner de ce soir... » il posa un baiser très sensuel « c'était délicieux! » souffla-t-il tout en laissant courir les lèvres sur sa peau avant d'arriver au creux son cou. Il parsema le fin épiderme de petit baiser provoquant de léger tremblement. Puis avec une extrême volupté, il s'attarda à l'embrasser plus longuement lui arrachant de petits gémissements qu'elle essayait d'étouffer. Un peu troublé et excité par la sensibilité de Kyoko à ses baisers, il décida d'arrêter avant que son pantalon de toile ne se déforme de façon trop significative. Il s'écarta légèrement et admira son travail satisfait. Un léger suçon ornait à présent la peau blanche et fine de son cou. Suffisamment visible, il indiquerait assez aisément à ce « Endo-san » qu'elle n'était pas disponible.

- « Je vais te raccompagner... »

- « Non ça va aller, tu peux rester tranquillement ici »

- « Kyoko... J'insiste...je viens avec toi ! » Ne serait-ce que pour vérifier que Fuwa n'est pas resté t'attendre

MERCI POUR TOUS VOS MESSAGES!

Ils ont été une grande source de réconfort et de motivation. Du coup, ce we j'ai annulé tous mes rendez-vous et je suis resté travailler sur l'histoire. MERCI!

J'espère que la suite continuera à vous plaire!