L'Inspecteur Murdoch mit quelques courtes minutes pour arriver au poste de police, pour monter à l'étage où se trouvait son bureau et pour retrouver ses collègues dans le bureau de son supérieur.
-Ah enfin, Murdoch, soupira Meyers en se tournant vers lui.
-J'ai fait aussi vite que j'ai pu Meyers, alors ne commencez pas, grommela-t-il d'un ton sec.
-De mauvaise humeur en plus de cela?
William ne répondit pas et lui lança un regard noir. Oui, il était de mauvaise humeur. Il préférait se trouver avec Julia à cet instant qu'avec ses collègues dans ce bureau. Il était en colère en pensant ce qu'il ferait sans doute à cette seconde même si Meyers ne l'avait pas appelé, s'il avait été capable de régler cette affaire sans lui. Mais plus encore, William était en colère contre lui-même, à cause de tout cela, Julia était en colère contre lui. Il allait lui être difficile de se faire pardonner après cela et il le savait.
Il tentait de chasser de son esprit la jeune femme et il se concentra sur l'enquête. Ils se trouvaient autour de la table et discutaient stratégie.
-Il prendra un petit jet, voici son plan de vol, lança Meyers en tendant le papier sur la table, vos hommes resteront à l'extérieur du hangar, et nous l'intercepterons à l'intérieur.
-Bien entendu, lança Brakenreid, que la gloire revienne aux agents spéciaux et pas aux petits policiers.
-Nous sommes habitué à ce genre de situations, répondit aussitôt Meyers piqué au vif.
-Bien allons-y, murmura Brakenreid, Crabtree, Murdoch, vous passez par l'armurerie, on se retrouve en bas.
Les deux jeunes hommes acquiescèrent et tous les quatre quittèrent la pièce. Alors que William se chargea de vérifier son chargeur et que George ferma son gilet par balles, il prit timidement la parole.
-Vous êtes sûr que tout va bien Monsieur? Demanda-t-il à son supérieur.
-Oui, George.
-Monsieur, je vous ai vu dans un tel état une fois par le passé et vous avez pris une balle, alors si vous voulez parler de ce qu'il vous tracasse, je…
-Merci George, mais ça ira, répondit William en souriant avant de quitter la pièce.
Le jeune homme le suivit presque aussitôt et ils se mirent en route pour l'aéroport de Toronto Island. Les hommes se déployèrent rapidement et silencieusement tout autour du bâtiment et attendirent simplement. Ils virent arriver une voiture sombre, en descendre un homme blond, grand et apparemment pressé et sur ses gardes.
Les hommes du poste numéro quatre ne bougèrent pas, attendant que l'homme ne rentre dans le bâtiment.
-Murdoch, c'est lui? Grommela Brakenreid à ses cotés.
-Je crois, oui, je ne pourrais en être certain, mais je crois que c'est lui.
-Bien, alors on fonce.
-Mais Meyers?
-Rien à foutre de ce crétin, on a plus fait pour l'enquête que lui, alors pas question qu'il récolte toute la gloire. On entre et on serre Gillies.
William acquiesça simplement et une seconde après ils s'engouffrèrent dans le bâtiment à leur tour. Ils pointèrent leurs armes en direction de l'homme qui continuait sa route vers l'avion. Mais le jeune homme laissa la mallette qu'il avait avec lui sur la table avant de vouloir monter dans l'avion.
-POLICE, cria William en approchant de lui, vous êtes en état d'arrestation.
Le jeune homme voulut monter dans l'avion mais Meyers en sortit en pointant son arme sur le fugitif.
-Pas par là mon grand, dit-il en souriant.
Il leva les bras au-dessus de sa tête et William continua sa route vers lui, toujours son arme pointée vers lui.
-Je croyais vous avoir demandé d'attendre dehors, grommela Meyers.
-J'ai dû mal comprendre, répondit aussitôt William, retournez-vous très doucement ordonna-t-il.
Le jeune homme s'exécuta dans la seconde. Et lorsque William croisa son regard, il se figea sur place. Cet homme n'était pas James Gillies.
-Qui êtes-vous? Vous n'êtes pas Gillies.
-Non, un gars m'a payé pour venir ici et prendre cet avion.
Personne n'eut le temps de faire quoique se soit qu'un autre homme s'avança dans la pièce, armé et furieux.
-Qu'est-ce que vous avez fait de ma femme pourriture? Lança James Pendrick en se dirigeant vers l'inconnu.
-Pendrick?
-Penphrew?
-Ok, les gars, on va tous poser nos armes et causer je crois, lança Meyers.
Ils échangèrent tous un regard et l'Agent arrêta l'inconnu avant que les autres policiers rangent leurs armes.
-Je vais d'abords tuer cet homme.
-Vous n'allez tuer personne, reprit William, posez votre arme et nous allons discuter. Vous allez m'expliquer ce qu'il se passe.
-Vous foutez pas de moi Penphrew, si c'était votre femme qui avait disparu vous feriez tout pour la retrouver et faire payer celui qui est responsable de sa disparition.
-Sally a disparu ? Et vous croyez que cet homme l'a enlevé?
-C'est évident, non? Et vous, qu'est-ce que vous faites là? Je vous croyais en croisière avec votre épouse.
-Je ne suis pas Monsieur Penphrew, répondit William, je suis Inspecteur de police
-Et ce n'est pas sa femme, ajouta Meyers en arrivant à leur hauteur.
-Ecoutez, je m'en contre fiche de qui vous êtes, soupira James, cet homme a enlevé Sally et me réclame une rançon que je devais venir déposer ici à vingt heures précises.
-De qui vous vient cette information?
-Une enveloppe laissé à la secrétaire, elle contenait une photo de Sally.
-Il me faudra voir cette enveloppe, murmura William.
-Monsieur? Appela George un peu plus loin. Vous devriez venir voir ça.
William échangea un regard avec James et se dirigea vers la table sur laquelle se trouvait différentes poudres, une tablette et un mot.
« Essayez de m'attraper Inspecteur Murdoch, avant qu'il ne soit trop tard. »
James se pencha lui aussi sur le mot et sur les poudres qui se trouvaient sur la table. Un des sac fuyait doucement et lorsque les deux hommes le virent ils se figèrent sur place.
-QUITTEZ LE BATIMENT IMMEDIATEMENT ! Hurla William. Vite, vite, vite.
-Bon sang Murdoch, vous…
Meyers n'eut pas le temps d'en dire davantage que William l'entraina avec lui. Ils ne se trouvaient qu'à quelques mètres de l'entrepôt que celui-ci vola en éclats dans une énorme explosion. Les hommes se protégèrent comme ils le purent mais de nombreux débris tombèrent autour d'eux et les blessèrent à plusieurs endroits.
Il se passa quelques minutes avant que les secours n'arrivent et n'éteignent l'incendie, prenant en charge les blessés. William regardait le bâtiment brûler quelques instants avant d'entendre une fois encore la voix de George à côté de lui.
-Inspecteur, j'ai pris la tablette qui se trouvait sur la table avant de sortir.
-Vous avez pu en tirer quelque chose? Demanda William en se tournant vers lui.
Son collègue ne répondit pas, mais il croisa son regard inquiet, juste avant qu'il ne fixe le sol.
-Oui Monsieur, murmura-t-il doucement, il y a un message pour vous.
Il lui tendit la tablette et l'alluma. Aussitôt le visage souriant de Gillies s'afficha à l'écran.
-Bonjour Inspecteur Murdoch , dit-il en souriant, j'espère que vous avez aimé mon petit cocktail explosif ? Si vous voyez ceci c'est que vous avez survécu après tout. Dites-moi, on ne vous a jamais appris à ne pas mentir Inspecteur? Parce que les mensonges peuvent avoir de lourdes conséquences, très, très lourdes. Enfin, quoiqu'il en soit, il semblerait que vous ne m'ayez pas attrapé et que le jeu ne fait que commencer. D'ailleurs j'ai avec moi une joueuse forte intéressante. Elle est fascinante. Dès la première fois que je l'ai vu j'ai su que nous étions fait pour nous entendre tous les deux, je sais enfin ce que vous lui trouvez. Tenez, elle a un petit mot pour vous.
A ce moment là, il tourna la caméra et la dirigea vers une jeune femme qui se trouvait un peu plus loin, assise sur une chaise, attachée aux jambes et aux poignets. Gillies s'en approcha et laissa glisser ses doigts sur la peau de son cou pour écarter quelques mèches de ses cheveux.
-Dites bonjour Docteur, l'Inspecteur serait tellement heureux d'entendre votre voix.
Mais Julia ne répondit pas, laissant une larme glisser sur sa joue.
-Dites bonjour, répéta Gillies en lui tirant les cheveux en arrière un instant.
-William, murmura Julia au bord des larmes, je vous en prie aidez moi, dit-elle simplement.
Gillies s'éloigna d'elle et revint à la caméra.
-Et elle est très belle en plus de cela. On va tellement s'amuser tous les deux, dit-il en riant avant de couper la vidéo.
William resta là, le souffle court, la tablette entre les mains. Il leva les yeux vers George et sentit la panique l'envahir totalement.
-George, il a Julia, Gillies a Julia, répéta-t-il inlassablement comme si cela allait le faire se réveiller de cet horrible cauchemar.
Mais cela n'eut que pour seul effet de le faire vaciller. Son ami le rattrapa et le conduisit vers un brancard où il le fit s'asseoir. William n'était plus en mesure de lutter, il sentait son cœur saigner dans sa poitrine. Il se sentait tellement impuissant, tellement vide. Il ne remarqua pas le sang couler de son front, ni même ses jambes trembler. Tout ce qu'il voyait était le visage de Julia, ses mains attachées, les larmes qui glissaient sur ses joues, son regard effrayé et triste.
William refusa de se rendre à l'hôpital et il reprit le chemin du poste de police, en silence, perdu dans ses pensées. Il se haïssait tellement, il détestait qui il était. Il allait retrouver James Gillies, il allait lui faire payer le mal qu'il faisait à la femme qu'il aimait. Eh puis, s'il s'en trouverait digne, il tenterait de se faire pardonner par elle et il veillerait à ce que jamais plus elle ne soit mise dans une telle situation, plus jamais. Si seulement il était capable de la sauver à temps.
à suivre...
