Disclaimer: Je ne possède ni les personnages présentés dans cette histoire ni la majorité des scènes qui s'y déroule. Je ne possède que mes personnages Baraz et Fíli, fils de Kíli ainsi que les aventures qu'ils vivent.
38. La fin du voyage
2 F.A.
8 janvier
Quand Baraz revint à elle, elle se rendit compte de plusieurs choses. Un : elle avait un mal de tête horrible là où elle avait été frappée. Deux : il y avait un certain nombre de personnes autour d'elle, si le constant bourdonnement de conversations était un indice fiable. Trois : ça sentait la mort.
« Elle est réveillée ! » murmura une voix non loin – si près, en fait, qu'il était clair que la personne à qui la voix appartenait était agenouillée à côté d'elle. Dans la faible lumière de la pièce, elle reconnut le visage de son père.
« Papa ! » s'exclama-t-elle d'une voix brisée. Elle essaya de s'asseoir, mais son crâne lui faisait comprendre qu'il allait bientôt exploser et elle se recoucha, laissant Bofur la prendre délicatement dans ses bras.
Il ne portait pas son chapeau, et ses cheveux étaient entièrement gris désormais, les tresses tombant en désordre sur ses épaules. Mais ses yeux gris étaient pleins de vie, et cela la fit sourire. Néanmoins, cela ne dura pas.
« Papa… Je suis tellement désolée… Je ne voulais pas- » elle ne savait pas trop ce qu'elle n'avait pas voulu faire, car elle n'avait en réalité que trop peu pensé à son père pendant les deux dernières années, mais il avait sans doute compris et hocha la tête.
« Ce qui est fait est fait, ma fille. Maintenant tu es là, mais apparemment ce n'était pas le bon moment. » Quelqu'un pouffa de rire près d'eux et Baraz vit son oncle Bombur, assis sur le sol, étonnamment toujours aussi enrobé malgré les privations. Il fit un signe de la main vers son frère, puis vers lui-même et enfin, le reste des gens qui étaient avec eux. « Oui, tu as raison, mon frère, nous non plus, on ne veut pas de nous. »
Pour la première fois, Baraz regarda autour d'elle, et ses yeux s'écarquillèrent.
Smaug avait bien fait son travail, il ne servait à rien de le nier. Autrefois, cette pièce avait sans doute été une sorte d'armurerie, car il y avait encore les marques de crochets et étagères aux murs ainsi que des vieux bouts d'acier qui étaient désormais réduits en poussière de rouille.
Mais plus impressionnant que la pièce elle-même, était le nombre de personnes qui s'y trouvaient. Il y avait bien là une centaine de Nains, mâles, femelles, enfants. Elle reconnaissait vaguement certains d'entre eux, des artisans et des serviteurs plus ou moins affiliés à la Montagne et à son Roi.
Dans un coin, on avait empilé les squelettes des Nains qui étaient morts pendant l'occupation du Dragon. La chair en décomposition avait depuis longtemps disparu et avait laissé derrière elle les os, une vision d'horreur s'il en était. Il s'agissait sans doute aucun d'un avertissement : ils finiraient un jour comme cela, eux aussi.
Baraz se tourna vers son père une fois qu'elle put s'asseoir convenablement, le choc dans sa tête se calmant doucement. « Que s'est-il passé ici ? »
« C'est comme ça depuis quelques mois maintenant, » répondit-il en soupirant. « Des gens ont commencé à disparaitre, des familles, des enfants, et quand on a posé trop de questions, ils nous ont mis ici aussi. Même Gimli n'a pas pu convaincre son père. Des idiots, tous ceux-là ! »
Baraz regarda autour d'eux afin de repérer son ancien compagnon de Quête, cherchant sa masse de cheveux roux et la tresse dans laquelle il avait placé trois cheveux appartenant à une Dame Elfe. Elle ne le trouva pas. « Où est-il ? » Sa gorge se serra.
« Il s'occupe de Nóri et des autres malades. Viens, je vais t'y emmener. »
C'était incroyable que des enfants aient été ainsi menés dans une telle prison. Certains étaient encore accrochés au sein de leur mère ! Baraz en eut la nausée.
Bofur lui expliqua en chuchotant qu'on les nourrissait quelques fois par semaine, et qu'il n'y avait aucun moyen pour eux de savoir si c'était le jour ou la nuit. Les corps de ceux qui succombaient étaient emportés et on les jetait dans une fosse commune. Tels étaient les ordres du Conseil.
Nóri était couché sur un matelas de vieux vêtements, le visage pâle, la respiration difficile. Il souffrait de sévère déshydratation, comprit-elle rapidement. Une silhouette qu'elle reconnut immédiatement était assise à côté de lui, vérifiant si sa poitrine se soulevait assez régulièrement.
« Gimli… » murmura-t-elle quand son père l'aida à s'asseoir à côté de son presque cousin – bien que ce que son père leur avait fait à tous les deux aurait bien mérité qu'elle retire son titre honorifique de sa mémoire.
Le Nain leva la tête, ses yeux assombris d'une manière inédite. Il n'avait jamais paru aussi troublé, même pendant la Quête. Même quand ils avaient dû dire au revoir à Boromir, même quand ils avaient perdu Merry et Pippin. Même quand Gandalf était tombé.
Il ne dit pas un mot, mais la salua avant de retourner à sa veille. Baraz lui prit la main et ne la lâcha pas, elle aussi tournant son regard vers son oncle malade.
Le temps passa, elle ne sut combien d'heures, et la monotonie de l'emprisonnement n'était brisée que par les quelques fois où Nóri se réveilla et durant lesquelles Baraz et Gimli lui donnèrent un peu d'eau.
Quand les provisions se mirent à manquer, il y eut un bruit qui fit écho dans l'immense pièce, comme des chaines que l'on traine par terre, et les grandes portes de bois s'ouvrirent, laissant entrer une dizaine de gardes, la moitié desquels vinrent s'assurer que les malades vivaient encore et distribuer des vivres.
L'un d'eux s'approcha assez près pour que Baraz lui adresse la parole – il examinait la forme immobile d'un enfant qui, heureusement, ne faisait que dormir.
« Excusez-moi, mais le Mariage Royal a-t-il déjà eu lieu ? » C'était la seule chose qu'elle pouvait se permettre de demander, car cela lui donnerait une idée du jour.
Le Nain la fixa avec dédain et répondit. « Ça se passe demain matin. Non pas que tu y seras, sale Sang-Mêlé… »
Baraz ferma les yeux quand il l'insulta, et toucha son collier. L'Anneau de sa mère y pendait toujours, et était si mat désormais qu'on ne pouvait le reconnaitre comme un anneau elfique. « Puis-je vous demander de donner ceci à Lady Ceassa ? Comme cadeau de mon clan. »
C'était risqué. Dans les traditions naniques, chaque clan se devait d'offrir un cadeau à son Roi ou sa Reine lors d'un mariage. Ce mariage ne faisait pas exception, même si Ceassa épousait Bard, un humain. Mais rien ne permettait à Baraz d'être certaine que le garde accepterait de suivre cette tradition.
Il fusilla l'Anneau du regard quelques instants, puis lui arracha des mains. « Tu as un message pour notre Dame ? »
Baraz aurait pu souffler de soulagement. Elle sourit et dit « Dites-lui que j'espère que cette bague lui plaira à elle ainsi qu'à son fiancé, et que je serais honorée qu'elle la porte pour la cérémonie. »
Le garde acquiesça, puis grommela et repartit vers la porte. Baraz soupira alors et se rassit.
A partir de cet instant débuta l'attente. Des minutes, des heures, des jours, des semaines ? Baraz n'arrivait pas à mettre un nombre sur le temps qui était passé depuis que le garde était parti avec son cadeau et son message.
Ce qu'elle espérait était que Ceassa avait montré sa bague à Bard, et que lui, sachant de quoi il s'agissait, comprendrait qu'elle était revenue. Mais ça aussi était risqué. Bard pourrait ne pas vouloir la voir, pourrait ne pas souhaiter stopper des célébrations aussi importantes juste pour elle.
« Tu ne peux pas rester comme ça pour toujours, Baraz. » Elle était assise devant la porte depuis ce qui semblait être une éternité quand son père vint se tenir près d'elle.
Ce qui était plus surprenant était que son oncle Bombur, Gimli et quelques autres mâles quelle ne connaissait pas s'étaient eux aussi approchés, des cernes sous les yeux.
« Que voudrais-tu que je fasse ? » demanda-t-elle d'un murmure.
« Te battre ! » Gimli dit-il, le poing en l'air, « comme nous l'avons fait dans la Moria, comme nous l'avons fait à Parth Galen, comme nous l'avons fait à Fangorn ! » Baraz se leva, et il la regardait gravement. « Tu es Azbad Gazardu ! Tu as sauvé Dale et Erebor des armées de Sauron ! Tu es une héroïne de guerre, pas une demoiselle en détresse ! »
Elle n'avait pas besoin de lui répondre. Baraz acquiesça une fois, les larmes aux yeux devant cette confiance que plaçait son ami en elle, mais refusant de les laisser couler. Elle avait besoin de force, pas de faiblesse.
« Essayons de nous trouver des armes, alors. »
Bien sûr, Frír et ses minions avaient emmené toutes les véritables armes qui avaient un jour été présentes dans la pièce, mais Baraz et ses compagnons étaient des artisans, et nombre d'entre eux savait fabriquer n'importe quoi qui fasse le boulot.
Gimli parvint à sauver une plaque d'une vieille armure de la pile de squelettes, et l'usa contre une pierre jusqu'à obtenir une forme de tête de hache. Bombur cassait des bouts de bois pour en faire des lances et l'un des plus jeunes hommes – qui s'appelait Astár – essaya de leur offrir une pointe menaçante. Bofur et l'autre jeune – Drór – faisaient des tas de cailloux en fabriquant des lance-pierres avec des bouts de cuir.
Baraz faisait le guet. Elle aurait tout donné pour avoir son arc avec elle, se sentait presque nue sans tandis qu'elle surveillait les cinq gardes à la porte.
Le temps sembla ralentir tandis qu'ils travaillaient, jusqu'à ce qu'un peu avant l'aube – bien qu'ils n'auraient pu le savoir – un garde cria en direction des autres. Tous les cinq, sauf un, partirent dans le couloir et, assez vite, elle entendit le bruit caractéristique du métal frappant contre métal.
Bofur arriva avec un lance-pierre, Bombur avec une lance, et Gimli avec sa hache rudimentaire. Tous trois se placèrent pour protéger Baraz au mieux, jusqu'à ce que le cinquième garde se lance dans la bataille. Son corps ensanglanté réapparut au même moment qu'un Fíli couvert de sang, ainsi qu'une Sigrid dans le même état. Tous deux paraissaient prêts à tuer, et ils l'avaient probablement déjà fait.
« Fíl ? Sigrid ? » Baraz n'en croyait pas ses yeux. Elle avait cru acquis que son meilleur ami aurait été emprisonné lui aussi, et pourtant il était là, tournant des clés et ouvrant des portes pour libérer les siens.
Sigrid se lança dans les bras de Baraz. A presque dix-huit ans, elle avait grandi en taille et aussi en beauté. Et, semblait-il, en talents d'épéiste. « Nous avons reçu ton message, » dit-elle d'une voix tremblante. « Nous pensions qu'ils t'avaient exécutée sans procès. »
« Non, ils m'ont gardée en vie, pour une raison inconnue, » répondit-elle avec un petit sourire avant de tourner son regard vers Fíli. « Deux contre une armée ? »
Il sourit et l'enlaça lui aussi. « Deux sont plus discrets que cent. Viens, on doit arrêter la cérémonie. »
« Mais… » Baraz les arrêta dans le couloir, « Sigrid… Tu devrais y être ! »
La princesse grimaça de colère. « Je ne fais plus partie de la vie de mon frère depuis l'annonce de ses fiançailles. Ses conseillers et ceux du Roi Thorin m'ont interdit formellement de le voir jusqu'après son mariage. J'ai été reniée par mon propre frère… » Elle soupira. « Ma mère est elle aussi prisonnière, dans le palais. J'irai la libérer quand nous serons sortis d'ici. »
Baraz écarquilla les yeux. Qu'était devenu ce monde pour que ceux qui vous étaient chers vous trahissent ?
Fíli lui mit enfin un objet familier entre les mains, et elle sourit quand elle réalisa qu'il s'agissait de son arc elfique. « Viens, Azbad Baraz. Ton peuple t'attend. »
Elle regarda en arrière, et Gimli avait déjà récupéré une véritable hache sur un pan de mur. Bofur et Bombur restèrent en retrait. « On va emmener les autres en sécurité. » Son père lui sourit avec fierté, et elle suivit ses trois amis.
Sigrid était devenue presqu'aussi grave que si elle avait combattu pendant la Bataille de Dale deux ans auparavant. Bien qu'elle ait été présente, Baraz aurait cru qu'elle avait été préservée des horreurs de la guerre. Il semblait qu'elle soit devenue une vraie guerrière par après, cependant.
Elle portait un corset en cuir qui ressemblait à celui que Tauriel portait, au-dessus d'une robe beige, et avait deux dagues à la hanche gauche. Son épée légèrement incurvée brillait à sa main gauche – elle était gauchère – et elle avait noué ses longs cheveux dans sa nuque.
Baraz la fixa du regard tandis qu'ils grimpaient tous dans les niveaux, et elle comprit à quel point Sigrid lui ressemblait désormais…cela l'attrista, étonnamment.
Erebor était plongée dans l'obscurité alors que Baraz était guidée vers la liberté. Fíli expliqua que lui et Sigrid avaient utilisé la Porte Arrière de la Montagne pour entrer, cette même porte que Kíli et les parents de Baraz avaient utilisée pendant leur propre Quête. Elle avait été mise au jour par un petit tremblement de terre quelques mois auparavant, mais personne ne l'avait remarqué.
Ils ne croisèrent que peu de monde en sortant. Quelques gardes, quelques citoyens, mais pas assez que pour dire que la Montagne était pleine de vie. On aurait presque dit une cité fantôme.
Quand ils se faufilèrent dehors dans le soleil levant, les yeux de Baraz lui brulèrent. Elle n'était plus habituée à la lumière du jour, mais aussi à la vue qui était devant elle maintenant. De là, elle pouvait voir l'immensité des plaines de la Désolation, et les murs les plus proches de Dale. C'était aussi magnifique que terrifiant.
Cette émotion qu'elle avait ressentie deux ans auparavant était revenue.
Ce sentiment d'être en plein siège.
« Sigrid va t'emmener à sa cachette. Tu pourras y faire un brin de toilette. Gimli et moi allons prévenir les autres, des gens qui pourront nous aider à renverser le Conseil. On fera vite. » Fíli les salua toutes deux et lui et Gimli rentrèrent de nouveau dans la Montagne.
« Viens, Baraz. Ce sera bientôt fini. » Sigrid lui sourit tristement et partit sur le chemin escarpé qui descendait vers la vallée. Elle suivit la princesse, la gorge serrée.
Sigrid avait quitté la petite officine, visiblement, préférant se réfugier dans un entrepôt abandonné près de là où la Bataille avait eu lieu. Il se trouvait dans un quartier relativement calme, et il était aisé de passer inaperçu des gardes qui y patrouillaient.
Sigrid avait fait de sa cachette un petit nid douillet, avec un coin dédié à son matériel de guérisseuse, un autre pour dormir, et un autre pour manger. Elle attrapa immédiatement une pomme dans un panier et en lança une autre à Baraz qui fixa le fruit avant de le porter à sa bouche. Jamais une pomme n'avait été plus délicieuse…
« Assieds-toi. Je vais ramener de l'eau fraiche du puits, » la princesse annonça-t-elle, et elle prit un seau avec lequel elle disparut dehors.
Une question ne cessait de se poser pour Baraz, et elle profita que son hôtesse fût revenue pour la lui poser alors qu'elle retirait ses habits souillés pour se laver.
« Sigrid, si je peux me permettre… Tu as dit que vous avez reçu mon message, mais…je l'avais envoyé à ton frère. »
« Ceassa nous a prévenus quand elle l'a reçu. Je ne suis pas certaine que Bard sache que tu es là, » dit Sigrid tristement tout en lui tendant une tunique propre. « Il sera surpris. »
« Comment…comment va-t-il ? » osa-t-elle demander. Son cœur faisait des bonds dans sa poitrine et elle n'était pas certaine d'être prête à entendre la réponse.
Sigrid eut un autre sourire triste. « Il a compris pourquoi tu as fait ce choix. Mais il n'a jamais arrêté d'espérer. Son engagement lui a fait perdre quelque peu espoir, cependant. Je ne le reconnaissais plus, à la fin. Il avait perdu toute envie de se battre. Un roi…comme c'est ironique, » ajouta-t-elle les dents serrées.
Baraz s'habilla et laissa Sigrid lui brosser les cheveux, se demandant ce qu'elle dirait si elle se retrouvait devant l'homme qu'elle n'avait pas réussi à oublier. L'aimait-elle toujours comme deux ans auparavant ? Et lui ? Voudrait-il toujours l'épouser ?
Mais la chose la plus importante était d'arrêter le mariage et de mettre un terme au règne de ceux qui avaient pris le contrôle d'Erebor. La ville prospérerait de nouveau, et Fíli serait heureux. Le reste pouvait attendre.
Fíli et Gimli revinrent une heure plus tard, alors que les deux jeunes femmes grignotaient en buvant un thé bien chaud. Fíli avait l'air satisfait, vu qu'il avait libéré la majorité des partisans de Thorin et avait rendu 'éternellement indisponibles' certains des hommes de Frír.
Tous deux profitèrent de pouvoir se rafraichir eux aussi, et Gimli et Baraz discutèrent de toutes ces fois où, dans la forêt de la Lórien, ils s'étaient retrouvés en compagnie de la Dame, ou de Legolas.
« Tu penses qu'il se souvient de moi ? » demanda le Nain dès qu'ils eurent mentionné le Prince de Greenwood.
Baraz sourit. « Je te parierais toute ma petite fortune que personne ne peut oublier son meilleur ami, et vous deux êtes certainement faits l'un pour l'autre ! » Elle éclata de rire. « Je l'ai vu en venant ici. Tu lui manques et il espère que tu pourras lui rendre visite plus tard dans l'année, sachant que tu ne voudrais pas passer du temps dans les halls de son père. »
Gimli fit une grimace de dégout, mais acquiesça. « Je pourrais supporter les bois, mais pas la maison du Baiseur d'Arbres. » Elle pouffa en entendant le venin dans sa voix, et bien vite, ils riaient tous les deux.
C'était tellement bizarre de rire.
« Il est temps. » Sigrid se tenait à la porte depuis des heures, et dès que le soleil atteignit sa onzième heure, elle rentra, signifiant aux autres que la cérémonie commencerait bientôt.
Fíli acquiesça. « Il y aura beaucoup de gardes des deux royaumes autour du palais. Nous devrons soit être très rapides soit être prêts à tuer plus que nécessaire. »
Baraz grimaça. « Je ne veux pas de morts. Il y en a déjà trop eu. »
Les trois autres semblèrent surpris de l'entendre dire cela, mais donnèrent leur accord quoi qu'il en soit. Sigrid soupira alors. « Je peux nous faire entre dans le palais. Mais on y rencontrera sans doute une certaine…résistance. Il y a un tunnel qui passe sous les cuisines. »
Fíli fronça les sourcils, comme s'il était en pleine réflexion. « Nous devons les attirer dehors. »
Baraz était prête à leur suggérer de l'utiliser comme appât, mais Gimli fut plus rapide. « Le Prince et moi pouvons aller au palais avec ceux qui sont loyaux à Thorin, faire un peu de grabuge. Vous, Mesdames, pouvez vous faufiler à l'intérieur et arrêter cette mascarade ! »
Fíli acquiesça et Sigrid fit de même avant d'accrocher sa longue épée à sa ceinture. « Baraz, tu auras besoin d'armes, » dit-elle avant de s'avancer vers un coin de sa cachette. « Nous n'avons pas réussi à retrouver ton carquois, il a peut-être été détruit, mais je t'ai apporté l'un des nôtres. »
Baraz remercia la princesse pour son cadeau, car les flèches de Dale étaient aussi redoutables que celles des Elfes. Sigrid se retourna vers les autres et parut soudainement bien plus âgée que ses dix-huit printemps.
« Allons-y. J'ai hâte de voir la tête que fera l'imbécile de Bouffeur de Pierre quand nous l'empêcherons de prendre le pouvoir ! » Baraz grimaça en entendant l'insulte, mais quand elle pensa à la trahison de Frír, elle ne put qu'être d'accord avec la jeune fille.
Après avoir embrassé Fíli et Gimli sur la joue, Baraz suivit Sigrid dehors, se faufilant entre les bâtiments comme si elles étaient faites de fumée plutôt que de chair et d'os.
Baraz suivit la Princesse dans des ruelles et rues qu'elle ne se rappelait pas avoir visitées malgré ses années de vie, et après moins de dix minutes, elle se retrouva devant ce qui ressemblait à l'entrée d'un égout.
Sigrid montra la grille. « C'est par là qu'on va entrer. On l'utilisait avant pour faire sortir des provisions dans le cas d'un siège. » Elle repoussa le fer rouillé, et laissa Baraz se glisser dans l'ouverture avant de refermer la grille derrière elles deux.
Le tunnel était très bas, mais assez large que pour que des wagons puissent y évoluer aisément. Elles avancèrent tête baissé et dans l'obscurité, Sigrid menant Baraz comme si elle avait souvent emprunté cette entrée secrète. La Semi-Naine se dit qu'elle avait dû l'explorer pendant son enfance.
Après de nombreux virages et une longue marche, Sigrid s'arrêta, la main levée tandis qu'elle écoutait ce qui les entourait. Baraz pouvait entendre des pas tout près, et remarqua une odeur douçâtre dans l'air. Sigrid baissa la main et avança de quelques pas avant d'ouvrir une trappe cachée au plafond.
Elles se retrouvèrent au milieu des cuisines royales, une pièce immense remplie de fours, de feux et de tables débordant de mets divers. Chacun avait arrêté de travailler dès que la trappe s'était ouverte, et bien vite, le visage d'une cuisinière entra dans leur champ de vision. C'était une femme d'un certain âge, dont le visage s'illumina de bonheur en reconnaissant Sigrid. « C'est la Princesse ! » s'exclama-t-elle, et la cuisine entière cria sa liesse.
Sigrid et Baraz furent hissées dans la pièce, et la Princesse fut en effet vite entourée de serviteurs loyaux qui ne perdirent pas de temps pour se plaindre des Nains et de leur Conseil et de ses décisions. Elle-même passa presque inaperçue.
« Nous devons arrêter le mariage de notre Roi, » Sigrid dit-elle enfin par-dessus les cris. « Savez-vous où se passe la cérémonie ? »
« Ils l'ont emmené dans son bureau, » répondit un jeune homme avec un regard noir, « personne n'a été invité. »
Sigrid acquiesça, les yeux lançant des flammes de colère que Baraz n'avait jamais vues dans ce regard-là. « Je vous promets que, quand notre Roi se mariera, tout Dale sera présent. » Puis elle fit signe à Baraz de la suivre, et elles sortirent des cuisines.
« Nous devons aller à l'étage, » la jeune femme dit-elle en serrant les dents dès qu'elles furent dans le corridor. « Utiliser les escaliers de service est trop risqué. »
Baraz mit une main sur le bras de son amie. « Les hommes auront fait leur part normalement. Le hall d'entrée ne devrait plus être gardé. »
Sigrid acquiesça et la guida le long du couloir, tournant deux fois avant de ralentir le pas. Elle sortit sa lame de son fourreau et Baraz comprit qu'il était temps qu'elle encoche une flèche.
Le hall n'était, contrairement à ce qu'elles avaient espéré, pas vide, mais une bagarre avait lieu devant le palais et elles purent se faufiler inaperçues jusqu'au grand escalier.
Tout se passa bien jusqu'à ce qu'elles atteignent le haut dudit escalier. Au moins six Nains se tenaient là, haches ou épées à la main, gardant la porte derrière laquelle se trouvait Bard. Sigrid grogna, ce qui la fit ressembler à une louve en colère, et elle se jeta promptement sur le garde le plus proche qui, en la voyant, sonna l'alarme.
« Nous sommes attaqués ! » hurla-t-il avant qu'un coup de lame ne lui hôte la vie.
Baraz se sentait presque malade tandis qu'elle-même décochait ses flèches sur les gardes qui tentaient de frapper sa jeune amie. Elle ne tua pas, ne fit que blesser, dégoutée à l'idée de verser le sang de l'un des siens. Sigrid n'avait pas les mêmes scrupules, découpant dans leurs chairs avec une férocité que Baraz espérait ne jamais revoir sur son visage, jusqu'à ce qu'une épée en particulier ne s'arrête à la gorge de la princesse et ne la stoppe dans son élan.
« Princesse Sigrid…merveilleux, » se moqua-t-il, et Baraz reconnut Grár, fils de Frír. « Ceci est, je le crains, la dernière erreur que vous commettez. »
Baraz encocha une flèche et cria le nom du Nain, le distrayant assez longtemps que pour que Sigrid ne s'échappe de sa poigne. Les yeux sombres s'obscurcirent de rage, et il leva sa hache.
Il tomba, mort, une seconde plus tard, une flèche enfoncée profondément dans sa gorge. Baraz s'approcha de son corps et lui cracha dessus. « Mon cousin est un bien meilleur homme que tu l'as jamais été. »
Sigrid lui signifia qu'elle lui était reconnaissante de lui avoir sauvé la vie, puis toutes deux se tournèrent vers la porte. Elles entendaient quelqu'un se battre à l'intérieur de la pièce, mais était-ce un invité du mariage ou les gardes se préparant à les recevoir, elles ne le savaient pas.
« Pour Dale, » Sigrid chuchota-t-elle, et elle donna un coup de pied dans la porte, qui s'ouvrit à la volée.
Baraz vida son carquois en quelques secondes. Apparemment, l'entièreté de la garde personnelle de Frír, ainsi que certains Conseillers, avaient pris les armes, et essayaient d'empêcher les deux femmes de progresser dans la pièce.
Elle se rendit rapidement compte qu'elle n'avait pas apporté d'épée avec elle, mais une lame fut placée dans sa main, et elle se tourna vers le côté, où elle trouva Fíli, Gimli et un groupe de soldats ensanglantés. Tous hurlèrent « Pour Erebor ! » avant de se lancer dans la bataille.
Baraz suivit, se frayant un chemin de sang jusqu'à ce que Gimli lui prenne le bras. « Baraz, va ! Maintenant ! On s'occupe de ces imbéciles ! »
Elle acquiesça et fit en sorte d'atteindre la porte opposée, essayant dans le même temps de retrouver Sigrid. Elle vit alors la fille des Hommes dans l'embrasure de la porte, deux gardes la maintenant fermement, et, derrière elle, un homme brun que Baraz eut soudainement extrêmement peur de revoir.
« Baraz ! » Sigrid cria-t-elle avant qu'on ne la tire dans le bureau. Elle comprit alors que Bard devrait être le cadet de ses soucis, et atteignit enfin la porte, qui avait été refermée.
Il fut aisé de la rouvrir, car quelqu'un l'aida de l'intérieur. Il fut également aisé de comprendre de qui il s'agissait quand ses yeux rencontrèrent ceux, bleus, de l'Homme devant elle.
« Bard… » murmura-t-elle, des larmes lui montant soudain aux yeux. Son épée tomba au sol dans un bruit de ferraille, et pourtant, il ne faisait que la regarder, comme s'il était incapable de croire qu'elle se tenait vraiment devant lui.
« Ceci est un outrage ! » hurla quelqu'un dans la pièce, et Bard fut repoussé à l'intérieur par un Frír dans une colère immense. Il fit face à Baraz et la gifla. « Tu n'es qu'un suppôt de Sauron ! » lui cracha-t-il au visage.
Baraz regarda ses pieds un instant avant que toute la colère qu'elle ressentait ne remonte à la surface, et elle releva les yeux vers lui, le dominant de sa taille et de sa rage. « Et toi, tu n'es pas mieux qu'une bouse d'Orc ! » Elle le poussa sans ménagement et il trébucha en arrière. Elle le suivit dans le bureau et fit face au Conseil d'Erebor au presque complet, à son Roi, et aux généraux de Dale. « Tu as monté ton peuple contre son Roi dans l'espoir d'usurper le trône. Toi, Frír, tu es celui qui a torturé et assassiné des femmes et des enfants. Toi, Frír, » ajouta-t-elle dans un murmure sans pitié, « tu as perdu cette bataille. »
Derrière elle, elle pouvait sentir la présence de ses cousins, les armes à la main.
La rébellion avait été matée.
Le visage de Frír devint de plus en plus rouge au fil des secondes, jusqu'à ce qu'il se tourne vers Thorin. « Votre Majesté, sûrement vous ne croirez pas ce que cette trainée- »
« Cette…trainée, comme tu dis, cher général, a une fois de plus sauvé Erebor d'un destin bien pire que la mort. Un destin que j'aurais été incapable de stopper moi-même. » Thorin s'avança jusqu'à se tenir devant Baraz. « Je suis désolé, Azbadu men. »
Elle hocha la tête. « Ne le sois pas, Thanu men. Tous les hommes peuvent être trahis par leurs plus proches amis quand leur cœur est affaibli. » Elle sourit tristement, puis se tourna de nouveau vers Frír. « Cette…farce…va prendre fin. Tu vas libérer Lady Ceassa de ces fiançailles forcées, et tu vas accepter qu'elle se lie à Fíli, fils de Kíli. Maintenant. »
Il y eut un concert de chuchotements autour de la pièce, même de la part de ceux qui étaient restés loyaux envers la Montagne, puis, Frír eut un sourire cruel. « Et que feras-tu de ton souhait à toi, Lady Baraz ? Car je n'ai aucun doute qu'il manquait quelque chose d'important à ce petit discours ! »
Il ne dit rien de plus, mais Baraz devina de quoi il voulait parler, et elle jeta un coup-d'œil rapide à Bard qui la fixait toujours comme si elle n'était pas vraiment là. Elle croisa son regard bleu et déglutit. « Je ne forcerai pas Bard, Roi de Dale, à m'épouser, et je ne le déshonorerai plus en répétant la même erreur qu'autrefois, en le quittant alors qu'il avait besoin de moi. Ce que j'ai fait aujourd'hui je ne l'ai pas fait pour moi, mais pour mon ami le plus précieux, celle qu'il aime, et mes deux peuples. »
« Bien dit ! » s'exclama Dwalin de là où il se tenait, puis, Fíli dépassa son amie et se jeta dans les bras de Ceassa qu'il enlaça tendrement. Tous deux pleuraient.
Baraz sourit en les regardant. Quand Frír fut emmené, le sourire disparut. Elle salua de la tête son Roi, et se tourna pour partir.
« Azbadu men ! » l'appela une vois avant qu'elle ne puisse atteindre la porte. Elle se retourna vers Ceassa qui s'approchait. Elle était en effet très jolie, avec à peine une ombre de barbe. Elle avait l'air aussi fragile que forte, et elle sut que Fíli avait bien choisi sa compagne. « Nous ferez-vous l'honneur de présider la cérémonie ? » demanda la jeune femme d'une voix timide. Baraz sourit largement.
Elle évita le regard de l'Homme qui se tenait désormais à sa droite, et acquiesça. « Avec grand plaisir. »
