Chapitre 37 :

Je me sens super mal… ce que j'ai dit à Greg… c'était totalement faux… bien sûr que j'aurais bien voulu continuer un bout de chemin de la vie avec lui… mais voilà à cause de mon passé j'avais décidé de stoppé tout ça de mon plein gré. Résultat j'ai tout un tas de regrets qui s'accumule au fond de mon cœur, et en plus j'ai l'impression d'être une garce. Je sais pas comment gérer ça… et surtout j'ai peur de le revoir ce soir… je l'avais profondément blessé, et même si on se parlait encore un peu, c'était le minimum syndicale. Notre complicité me manque déjà… « Tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même… ». Je le sais bien. Je claque la porte de mon casier et je me laisse tomber sur le banc. Pour la première fois depuis que je bossais au LVPD j'avais hâte d'être de jour… juste pour ne pas le croiser constamment et surtout ne pas éveiller le sentiment de mal-être qui ne manquerait pas de pointer le bout de son nez en sa présence. Perdue dans mes pensées, je n'entends pas la porte s'ouvrir, et c'est quand j'entends un grand « bonsoir Heaven » que je remarque la présence de Cath.

Oh salut Cath…

T'as une petite mine toi… ça va ?

Ouais… pas de problème.

Elle s'assoie a côté de moi et me pose une main amicale sur l'épaule.

Je vois bien qu'il y a un truc qui colle pas alors arrête de me dire que tout va bien… hier quand vous êtes rentrés t'avais l'air complètement paumée… il s'est passé un truc pendant le weekend ?

J'allais lui répondre que non, mais mon portable à la bonne idée de sonner.

Excuse-moi…

Je m'éloigne un peu pour décrocher, mais avant je jette un œil au numéro. Connais pas…

Allô ?

Heaven ? c'est Jack Malone…

Jack ? Ça fait un bout que tu m'as pas appelé….

Je sais oui…

Oula tu as une petite voix toi… y a un problème ?

Il laisse un léger blanc et éveil en moi une sourde panique.

Si je t'appelle… c'est pas pour t'annoncer une bonne nouvelle…

L'angoisse s'accentue… j'ai déjà peur de la suite.

Martin… Martin est à l'hôpital…

Quoi ? mais qu'est ce qui s'est passé ? qu'est-ce qu'il a ? c'est grave ?

Je peux pas retenir l'avalanche de questions.

Une intervention à mal tournée et… il s'est pris une balle. Il au bloc depuis une heure…

Je suis sous le choc. Pas Martin… non… pas lui…

Heaven ?

Je… je suis là… je… j'arrive dès que je peux… je… il faut que je vienne…tiens moi au courant dès que tu as des nouvelles…

C'est promis…

Je raccroche et me laisse glisser le long du mur, les larmes brouillent ma vue et je ne fais rien pour les retenir. J'ai totalement zappé que Catherine était encore là, elle s'accroupie devant moi et pose ses deux mains sur mes épaules.

Qu'est ce qui se passe ?

Mon… mon frère… il s'est fait tirer dessus… il est à l'hôpital… au bloc opératoire.

Je suis désolée…

Elle me prend dans ses bras comme le ferais une mère et je craque totalement. Je ne veux pas perdre Martin, je ne pourrais pas le supporter. Je me calme doucement et je reprends le dessus.

Il faut que j'aille à New-York… je peux pas rester là à attendre.

Je comprends oui… vas-y je parlerais a Brass.

Je me lève, récupère mon sac, remercie Cath et file à toute allure dans le couloir. Je manque de percuter Nick, je m'excuse à peine et je continue mon chemin. Une fois chez moi j'entasse pêle-mêle des affaires dans un sac et je file à l'aéroport. Je dois patienter deux heures avant de pouvoir enfin m'envoler vers ma ville. Entre temps j'ai passé quelques coups de fils, à ma mère notamment, elle est complètement paumée. Je sais même pas si elle a compris que j'arrivais au plus vite. Le vol me semble interminable, et je n'arrête pas de penser à Martin. J'espérais au plus profond de moi qu'il s'accrochait. Une fois arrivée, je me sers de mon badge de flic pour choper un taxi rapidement. Je fais pas dans le sentimental là, j'ai besoin d'arriver au plus vite à l'hosto. Vingt minutes plus tard je suis enfin arrivée, je règle la note au chauffeur et je me précipite à l'accueil. Mais j'ai pas besoin de me renseigner, car au loin j'aperçois mes parents. Je les suis jusqu'au service de réanimation.

Maman ! Papa !

Ils se retournent tous les deux d'un même mouvement. Ma mère à les yeux rougis par les larmes, mon père quant à lui à toujours ce regard froid et ce visage impassible. Alors qu'elle amorce un geste pour me prendre dans ses bras, il l'a stoppe en plein élan.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Son ton froid me fait comme un électrochoc.

Je veux voir Martin…

Tu n'as rien à faire ici tu m'entends ? retourne donc à las Vegas arrêter tes voleurs de jetons de poker.

Il ressert l'emprise sur le bras de ma mère, ils s'éloignent à grands pas et finissent par entrer dans une chambre. Je remarque alors seulement que Danny est juste à côté. Je croise son regard, il vient vers moi.

Comment il va ?

Il est dans le coma… les médecins… les médecins ne se prononcent pas pour le moment… je suis désolé…

Non… non il peut pas mourir… non…

Mes jambes se dérobent sous moi, et Danny me retient tout juste avant que je m'effondre totalement.

Lâche-moi Danny ! Lâche-moi !

L'angoisse et la douleur me submerge, je me débats comme je peux pour échapper à son emprise, je cogne des deux poings sur son torse avant de lâcher toutes les vannes et de pleurer à chaudes larmes. Il me sert un peu plus fort contre lui.

Ca va aller… il va s'en sortir…

Je m'accroche comme je peux à sa veste, comme si le simple fait de rester comme ça allait me sortir de ce cauchemar. Mais non, rien ne se passe, je suis toujours dans cet hôpital a quelques pas de la chambre de Martin. Chambre dans laquelle il doit être relié à tout un tas de machine à se battre contre la mort… Des talons claques derrière moi avant que deux mains ressemblant à des serres de râpasse ne m'accroche les épaules et me tire violement en arrière.

Tu dégages de là toi !

Elena arrête…

Tu te tais Danny ! je veux pas qu'elle te touche c'est compris ?

T'en fais pas je vais pas te le piquer… je suis pas une salope comme toi moi… je brise pas les couples…

J'ai à peine fini ma phrase que je me prends une gifle magistrale de sa part.

Tu m'insultes encore une fois et je te réduis en bouillie !

Ouais c'est ça…

Danny la retient tout juste, et ils s'éloignent côte à côte. Je me laisse tomber sur un siège ivoire du couloir. De nouveau l'angoisse monte et je craque… seule. Je suis totalement perdue, désemparée aussi… les heures passent, mes parents sortent enfin de la chambre. Aucun regard échangé… dès qu'ils se sont éloignés je rentre à mon tour. Mon cœur se sert quand je vois Martin, allongé là, les yeux clos. Il est pâle et comme je l'avais imaginé, il est relié à des machines… je retiens mes larmes… je ne veux pas craquer devant lui…. Parce que je suis sûr qu'il sait que je suis là, et je dois être forte pour lui. Je m'assoie sur le lit et je me penche à son oreille.

Accroche toi Martin… je t'en supplie me laisse pas… je pourrais pas continuer à avancer sans ton soutient, alors s'il te plaît ne me fait pas faux bon… Bats toi s'il te plaît… je t'aime Mart'…

Je dépose un baisé sur son front et je ressors. Ça me fait trop mal de le voir comme ça. Dans le couloir je retrouve Vivian, Samantha et Jack. Chacun leur tour ils me serrent dans leur bras. Et puis de nouveau c'est l'attente. Jack me raconte comment ça s'était passé… Ils avaient repérés la planque d'un gars qui avait kidnappé un gosse, Martin était rentré en premier, mais un complice sorti de nulle part avait dégainé et tiré… Je reste soixante-douze heures à New-York, soixante-douze heures pendant lesquelles il n'y a aucune amélioration. Et puis je dois rentrer, Jack me promet de m'appeler dès qu'il y aura du nouveau, et c'est la peur au ventre que je reprends l'avion pour Vegas.

A peine arrivé, je file directement au labo. Je me vois pas rester chez moi à attendre que le téléphone sonne. J'ai deux bonnes heures d'avance sur l'horaire initiale, mais quand j'arrive sur le parking je vois que je ne suis pas la seule. Greg est assis sur le capot de sa voiture et semble attendre quelqu'un. La porte s'ouvre et Camilla sort au petit trot un grand sourire aux lèvres, elle se précipite vers lui et l'embrasse à pleine bouche. J'assiste impuissante au spectacle… je me prends tout de même une grand gifle et je peux pas m'empêcher de penser qu'il a été rapide pour oublier ce qui c'était passé entre nous. C'est con mais ça me fait un mal de chien… j'ai l'impression qu'une fois de plus mon cœur vole en éclat… à ce rythme-là, il n'allait plus en rester grand-chose. Remarque au moins je suis sûr d'une chose, il n'est pas différent des autres… un menteur et un baratineur de plus. Je fais un détour pour ne pas passer près d'eux et j'entre. Dans le couloir je croise Nick et Sara qui prenne des nouvelles de Martin. Je leur réponds mécaniquement, puis je reprends mon chemin. J'ai l'impression de vivre comme un robot à présent, comme si plus aucune émotion ne pouvait me traverser. Ces derniers jours j'ai eu ma dose de souffrance, et mon corps se met en mode sécurité… c'est le seul moyen qui me reste pour ne pas sombrer.