Un supplément d'âme

Merci JKR pour le casting, Montage sauvage de Fénice
avec le soutien technique d'Alixe, Dina, Fée et Thalys.

Autographes à Tallia, Plumière, EtoileDeNeige, Agathe,Gambetta, Na, Pacha8,
Hermy, BastetAmidala, Kirjavva
et Remy (premier reviewer toutes catégories).
A ceux qui n'ont pas de compte, je mets une réponse sur mon blog...

Hope has gone.
It's murder.

TMV

38. La disparition de l'espoir (Severus)

Le lendemain, Remus et Dora sont là avant les garçons. Tous les deux ont l'air inhabituellement tendus.

« Puis–je demander ce que vous avez fait des jumeaux ? » – je m'enquiers en tirant les lourds rideaux de velours devant les fenêtres. La pièce n'est plus éclairée que par deux lampes et le feu dans l'âtre. La nuit en plein jour.

« Je les ai emmenés chez mes parents. De toute façon, nous y allions demain déjeuner », répond nerveusement Nymphadora, les mains au dessus du feu comme si elle n'arrivait pas à se réchauffer.

« Ils aiment beaucoup être chez Androméda et Ted », ajoute Remus, et je me demande s'il l'ajoute pour moi ou pour elle. « Je me mettrai dans ce coin–là », il annonce ensuite en me montrant le côté du salon adjacent à ma chambre. peut-être faut–il cesser toute prétention à la légèreté ?

« Tu leur as dit quelle heure ? », questionne sa femme en se tournant vers moi.

« 14 heures. Je crois qu'ils seront à l'heure. », je réponds en souriant in petto de leur surprise hier quand je leur ai parlé du scooter. Des enfants, vraiment. De simples gosses.

J'en ai évidemment trop dit, et Remus me lance un regard circonspect, mais Dora ne se laisse pas distraire du fond :

« On va faire comme on a dit alors ? Mêler épreuves magiques et psychiques ? Ce n'est pas un peu dur ? Pour une première fois ? »

« Hier soir nous étions d'accord pour envisager le pire », je lui rappelle, sans doute trop sèchement connaissant leur besoin de sentiments et d'empathie. Mais je déteste quand Lupin lit en moi trop facilement, sans même recourir à la légilimencie.

« L'idée est de leur donner la mesure du boulot qu'on attend d'eux », intervient ce dernier comme s'il présidait le conseil de l'école.

« Ça va terrifier Harry ! », proteste encore sa femme.

« Au contraire, ça va le crever, lui donner d'autres trucs à penser que : Voldemort est–il toujours vivant ? », estime Remus. Et il aura bien de la chance, Harry, j'ai envie d'ajouter, parce que moi, il m'en faudra plus et je le sais.

Dora se mord les lèvres comme si elle hésitait avant de murmurer : « Tu crois qu'il a compris que sa cicatrice pouvait être... un Horcruxe ? »

« Tant que nous ne savons pas combien d'autres sont encore en circulation, tant que nous ne savons pas comment les Malefoy comptent les utiliser, je ne vois pas l'intérêt d'insister sur ce point », répond Remus, et je connais assez ses inflexions maintenant pour savoir qu'il contient des paroles moins calmes.

Sans doute est–il agacé de devoir affronter la question de manière aussi directe. Je ne lui jette pas la pierre. Moi même, je me contente de la disséquer, de la réduire en différentes questions qui chacune séparément ne pose pas celle de la survie finale de Harry. Comme c'est tout ce que je peux faire, je leur soumets une des choses auxquelles j'ai réfléchi pendant mes propres insomnies.

« Sans compter que je doute que les Malefoy y aient pensé. »

« Oh, je vois. L'effet de surprise serait enfin dans notre camp », persifle Nymphadora tellement bien qu'on dirait son fils adoptif puîné.

« Dora, c'est toi même qui disais hier qu'il ne nous restait qu'à organiser nos défenses », remarque doucement son mari – on peut compter sur lui pour nous empêcher de nous disputer.

« Mais depuis je n'ai pas fermé l'œil de la nuit et je me demande si Harry l'a fait », lui rétorque Nymphadora d'une voix pathétique.

Deux coups frappés à ma porte nous font taire. Nymphadora se détourne, Remus hésite et je vais ouvrir.

« Quatorze heures pétantes ! », m'accueille Cyrus, Harry a un bref sourire condescendant devant la gouaillerie de son frère. Le clown et le condamné. S'ils s'enferment chacun dans leur rôle, on ne va pas aller très loin. Et je me dis que peut-être Remus a raison. Il faut leur donner des soucis immédiats.

« Entrez donc et gardez votre énergie, vous allez en avoir besoin », je réponds donc avec un geste d'invite de la main.

Ont–ils dormi ? Ils n'ont pas de cernes, mais ils sont si jeunes. Leurs corps ne rechignent pas encore à la fatigue comme les nôtres – je parle ici de Remus et de moi, pas de Nymphadora. Sans leurs uniformes, en jean et gros pull, ils me semblent encore plus jeunes. A moins que ça ne soit à cause de la façon dont ils se sont plantés, incertains, au milieu de mon salon après avoir embrassé leurs parents. Des agneaux avant le sacrifice, je me dis. Ma grand–mère moldue serait peut-être heureuse de voir que j'ai encore des restes du catéchisme qu'elle a essayé de m'enseigner.

« Il s'agira aujourd'hui d'un test », j'annonce donc car maintenant qu'il ne nous reste que l'action pour éviter le désespoir, toute attente est superflue. « Il décidera de la manière dont nous devrons travailler avec vous par la suite. »

« Depuis trois ans, nous n'avons plus réellement travaillé votre défense de manière active », continue Remus. « Et encore moins vos défenses psychiques à certaines formes de magie »

« Oh non, pas d'Occlumencie ! », soupire Cyrus.

« Cyrus, nous parlons de magie noire, d'Horcruxes, de forces magiques et psychiques fortes, nocives et sans pitié », intervient Dora avec une voix tellement nette et professionnelle que j'ai du mal à croire que c'est la même femme qui gémissait quelques minutes plus tôt et avait peur de se montrer trop dure. « Oui, il y aura des sortilèges, des réflexes et du combat mais il y aura aussi de la Légilimencie, de l'Occlumencie et de la théorie ! »

« Bien, Commandant », répond Cyrus moquant le formalisme des Aurors et renforçant ainsi ma propre lecture du comportement de Nymphadora. Elle a plus ou moins renoncé à son empathie de mère pour jouer l'Auror. Je ne sais pas si elle tiendra, mais en fait, je l'espère.

« Maintenant que Dora a planté le décor, je propose que nous ne perdions pas trop de temps à expliquer les règles. Dans la vraie vie, les combats n'ont pas de règles, et la magie noire est le pire des combats », enchaîne Remus, lui aussi semblant avoir ravalé profondément ses sentiments. « Ceci est donc une attaque surprise... »

La lumière tombe et le feu s'éteint – Nymphadora était bien sûre prête. Les meubles dans la pièce changent de formes à la demande silencieuse de Remus. Nous nous reculons chacun dans un coin de la pièce comme nous l'avions décidé. Sans trop tarder, les sortilèges pleuvent. Des apparitions diverses (Remus), des attaques directes, des plus simples aux plus créatives (Nymphadora) assaillent les garçons, qui sont dans le noir et dans un environnement modifié. Au début, ils semblent se gêner l'un l'autre plus qu'autre chose. J'entends leurs excuses mutuelles quand ils se bousculent ou répondent avec des sortilèges contraires aux mêmes menaces.

« Dos à dos, Harry », souffle finalement Cyrus.

« T'as raison », répond son frère pas plus haut.

Je ne crois pas que ça soit pour que nous ne les entendions pas mais plutôt parce qu'ils sont hors d'haleine. Ils contrent assez bien le flux d'attaques auquel ils doivent faire face mais le fait même qu'aucun des deux n'ait contre–attaqué me semble révélateur. Ils ne sont pas loin d'être submergés. Et pourtant il va falloir que j'ajoute à leurs difficultés. Et ce qui me retient n'est pas seulement la pitié. La magie à laquelle je vais recourir, je ne l'ai plus pratiquée depuis des années, depuis seize années et, en quelque sorte, c'est Harry qui m'en a délivrée. Jouer avec les peurs intimes des autres : c'était ma spécialité. Peu de Mangemorts le pratiquaient parce que peu en étaient capables. Ils me craignaient à cause de ça. Et Voldemort respectait ouvertement mes capacités en la matière. Et j'en étais satisfait. Jusqu'au jour où tout cela m'a écœuré. Très peu de temps avant que je ne sache que Lily était la prochaine victime programmée de la prise du pouvoir de Voldemort. Trop peu de temps.

Legilimens, tel est le début. Leurs esprits, déstabilisés par les attaques physiques continuelles qu'ils subissent, ne se défendent pas. Ils sont concentrés sur l'action et ne protègent en rien leurs inconscients. Dans l'esprit de Cyrus, je crois d'abord voir Nero puis, devant la multitude d'images à des âges différents, je comprends que la faiblesse de Cyrus reste les remords que Sirius garde envers son frère. Rien de surprenant, bien sûr, Cyrus lui même l'a reconnu plusieurs fois depuis la rentrée. L'angoisse profonde de Harry n'est pas sa propre survie – comme le craignait sa mère adoptive – mais sa capacité à être à la hauteur de la tâche, notamment que d'autres tombent à sa place – Remus, Dora, Cyrus et même moi. Je n'ai pas le temps de me demander qui je protège en me choisissant moi en premier. Mon cadavre apparaît donc dégouttant de sang sur le sol devant eux. La seconde d'après j'y ajoute un Regulus de seize ans et rieur – allez savoir pourquoi cette image revenait en boucle dans la mémoire perméable de Cyrus. Les deux apparitions éclairent la scène d'une lumière bleutée et jouent leur rôle attendu de diversion.

Harry se fait toucher au bras par une langue de feu et doit rouler au sol pour l'éteindre. Cyrus semble d'abord totalement perdu – déchiré entre l'envie d'aider son frère et celle de faire disparaître les apparitions. Sa baguette se pointe plusieurs fois sur mon cadavre et sur Regulus sans savoir quoi faire – comme ce ne sont que des projections de leurs propres esprits, il peut essayer, je l'attends. Il finit par choisir et rejoint Harry à quatre pattes. Quand un sortilège d'assommoir arrive dans son dos, je me dis que c'est terminé mais Harry se relève d'un bond et hurle :

« Protego ! »

Dans l'éclair de lumière que produit la rencontre du sortilège avec le bouclier, je les perds. Ils s'enfuient de concert et se cachent à ma vue derrière la grosse masse sombre qui a remplacé ma table de salon. Remus les cueille de l'autre côté et les échanges se font plus vifs. Les garçons tirent enfin leurs premiers sortilèges offensifs, et comme les tirs de Remus changent d'angle, ils semblent les ajuster mieux que précédemment. Je remplace mes premières apparitions par d'autres images volées à leurs esprits – un Regulus qui répète ab nauseam : « C'est tellement dommage, Sirius » et une Dora pliée en deux au niveau du ventre. Le cri « Mae » à moitié étranglé me prouve que cette angoisse–là est forte.

« C'est une apparition, Harry ! », gronde Cyrus – ils ont migré vers ma droite, angle moins bien couvert par Remus et Dora. « Des trucs qu'ils piquent dans nos têtes ! »

Les images vacillent un instant, je dois transmettre plus d'énergie à mes apparitions pour les maintenir. Je sens leurs efforts pour rompre le lien – Cyrus y arrivant mieux qu'Harry, il me semble. Cela reste insuffisant. Je pourrais profiter de ma porte entrouverte pour les défaire complètement, mais je pense que cette leçon est déjà suffisamment importante. Ils doivent avoir mesuré leur insuffisance.

« Finite Incantem », j'annonce à voix haute. Et la lumière revient, révélant Nymphadora appuyée contre le mur, Remus les yeux fermés et les garçons au milieu, baguettes dressées, prêts à combattre un nouveau danger. L'adrénaline ne s'est visiblement pas encore estompée dans leurs corps.

« C'est fini », je confirme. « Pour l'instant »

Ils baissent lentement leurs baguettes, et Remus en trois longues enjambées est auprès d'eux.

« Ce n'est rien », gronde presque Harry quand il s'inquiète de sa brûlure.

« Laisse–moi juste regarder. »

« On est en dessous de tout, hein ? », continue le même en laissant néanmoins son bras à l'examen de son père.

« On ne vous a pas fait de cadeaux », remarque Nymphadora qui s'est approchée à son tour, rendant leur forme initiale aux meubles sur son passage, pour s'affaler dans le dernier fauteuil qu'elle a transformé.

« Ça ! », proteste Cyrus en faisant comme elle. « On en a presque plus jamais fait de l'Occlumencie et voilà qu'il faut l'utiliser en même temps qu'on se bat ! »

« Mais c'est sans doute ce qu'on aurait à faire », rappelle Harry, debout, toujours bouillant de rage face à sa propre impuissance. « Et on ne sait plus se battre non plus. »

« Disons que vous avez mis un certain temps à retrouver des choses qui doivent être des réflexes », confirme Remus, en le poussant vers le canapé. « Assieds–toi. »

« Ça va nous prendre des mois », se désole Harry en s'exécutant.

« Mais non. Ça va revenir plus vite que tu ne le croies », essaie de le rassurer sa mère adoptive.

« Et on va retravailler les éléments séparément – le combat, les sortilèges, l'Occlumencie », ajoute Remus. « Mais il nous paraissait important que vous ayez une idée du but... »

Cyrus siffle : « Sacré programme ! On va pouvoir direct entrer en deuxième année d'aspirant Auror à ce rythme ! »

« Tu sembles oublier que la formation d'Auror couvre bien d'autres domaines que la Défense contre les forces du Mal », remarque Nymphadora.

« Alors que nous, on vise plutôt l'option ultra–spécialiste en mage noir refusant de mourir, hein ? », sourit Harry. Et qu'il soit capable de le faire me semble le résultat le plus important que nous puissions atteindre.

oo

Il me semble que tout a changé. Il y a quelques mois à peine, Poudlard était mon ultime refuge et le monde avait des défauts mais aussi des qualités que j'avais appris à apprécier. Mais depuis la rentrée, depuis la Bulgarie, depuis l'accumulation des preuves que le pire seul était envisageable, et que par nature nous le sous–estimions, ces repères s'étaient envolés. Tout était inquiétant. J'ai eu peine le dimanche à préparer mes cours. Seule la perspective de la pleine lune, mercredi, m'a donné la force d'aller me pencher aux dessus de mes chaudrons. Remus n'a pas besoin d'une mauvaise pleine lune en ce moment. C'était bien la seule conviction positive à laquelle je pouvais me rattacher.

Le lundi, enseigner m'a paru dérisoire, déprimant et superflu. J'ai été mauvais dans tous les sens du terme, trop hanté par mon passé comme par le futur pour m'intéresser au présent. J'avais fui de bonne heure chez moi, pas que j'y sois mieux mais par respect pour les autres quand Remus est venu me faire écouter le bref compte–rendu envoyé par Albus à propos de sa rencontre avec Percy.

« Ce portrait n'est décidément pas ordinaire, même envers ceux qui ne sont pas Fourchelang. Et il faut mettre au crédit du jeune Percy d'avoir perçu la menace qu'il constituait. Le portrait distille des idées inquiétantes, un peu comme le Journal qu'avait reçu Cyrus il y a quelques années. Sans doute est–il capable des mêmes effets de persuasion et de possession. Il est donc peut-être à noter qu'il a trôné de longues journées dans le bureau de Fudge et celui d'Ombrage. Encore que sa situation actuelle, dans un couloir, montre qu'eux-mêmes ont gardé une certaine liberté par rapport à lui... Tout ça pose une fois de plus davantage de questions que ça n'apporte de réponses, j'en ai peur. Mais c'est une piste importante sur l'influence gagnée par certaines idées au sein du Ministère. Je compte la creuser cette semaine. Kingsley doit aussi interroger un spécialiste en peinture de cette période. Tenons–nous au courant."

« Combien crois–tu qu'il y ait d'Horcruxe« j« ai demandé à Remus quand la voix d'Albus s'est tue.

« Trop », il a presque aboyé, avant d'ajouter, presque à contrecoeur : « Si on enlève les reliques des Fondateurs de la liste de Regulus, il n'en reste que trois : le journal, le serpent et un anneau« .

« On sait ce qui est advenu du journal », j'ai remarqué.

« On est quasiment sûr du serpent », il a soupiré.

« Reste l'anneau. »

Ni l'un ni l'autre n'avons trouvé quoi que ce soit à ajouter. Je l'ai enjoint à prendre ses potions dans le bon ordre, comme tous les mois depuis dix ans. Il m'a demandé quand je comptais travailler avec les garçons.

« Cyrus a du temps demain et Harry, mercredi. »

« Séparément ? »

« Leurs besoins sont différents », j'ai indiqué sobrement. Sans doute parce que j'ai – je devrais dire nous avons – passé tellement de temps avec Cyrus à travailler sur sa maîtrise de ses pensées, il était celui des deux qui s'était ressaisi le premier. Et si son intervention avait ramené Harry à plus de lucidité, il était certain que ce dernier devait d'abord progresser seul.

« Je compte aussi les voir séparément », m'a répondu Remus à ma grande surprise.

« Tu auras le temps de faire deux séances ? Tu ne pourras pas travailler dès jeudi à ce niveau de magie », j'ai objecté.

« Harry vient maintenant et Cyrus vendredi soir. Comme toi, que je prenne leurs qualités ou leurs défauts, j'arrive à la conclusion qu'ils n'ont pas les mêmes choses à travailler. »

Comme je ne trouvais pas d'arguments suffisants, je me suis rabattu sur le factuel :

« Et Nymphadora ? », j'ai demandé, déclenchant son premier sourire.

« Jeudi – je resterai avec les petits », il m'a indiqué, presque déjà la main sur la porte. « Elle les prend ensemble – 'un Auror ne se bat jamais seul', tu sais ».

Le mardi après-midi, Cyrus m'a rejoint chez moi. Je n'ai pas demandé comment il expliquait son absence, ni s'il avait parlé de nos nouvelles découvertes à ses petits amis. Autant lui demander si Hagrid avait trouvé de l'essence pour leur scooter !

« On va faire comme samedi ? », il a demandé. « Tu vas chercher ma pire angoisse et me la jeter à la figure ? »

« Oui. »

« Tu sais Regulus, ou Nero, ça fait des mois que je me bats contre eux, je veux dire contre les sentiments de Sirius envers eux », m'a alors confié Cyrus. « Alors, oui, ça m'a fait un choc de le voir apparaître pendant le combat, mais en même temps, c'était plus facile pour moi que pour Harry de prendre de la distance. »

« J'ai vu. Néanmoins tu étais loin d'être capable de m'interdire l'accès à ces images », j'ai remarqué.

« Je sais », a-t-il très calmement reconnu. « Au boulot ! »

Je sais qu'il a fait de son mieux mais pourtant on est resté loin du souhaitable. J'ai arrêté la séance quand il a réussi à me rejeter en bloc de ses pensées pendant quelques secondes.

« C'est l'idée », j'ai reconnu. « Mais ça te demande beaucoup trop d'énergie de me rejeter tout entier. Il serait plus judicieux de me canaliser dans un secteur de ton esprit. De me faire perdre mon temps et mon énergie, tout en gardant la tienne. »

« Tout ça en étant capable de me battre ? », il a demandé avec une bonne dose d'incrédulité, relevant à peine la tête posée sur ses genoux d'épuisement.

« Oui. »

« Tu parles de Grand–père là, Severus. Comment veux–tu qu'un môme de seize ans comme moi y arrive ! »

« J'y arrivais juste après mes dix–sept ans », je lui ai appris et il m'a regardé de longues secondes la bouche ouverte de stupeur.

« Sirius ne s'en souvient pas », il a finalement objecté. Sirius, mieux que l'Encyclopédie Magique en 30 volumes pour Cyrus.

« Je ne me souviens pas l'avoir affronté comme cela », j'ai d'abord répondu. Mais la tentation était là et j'y ai succombé, « Mais lui doit se rappeler de Tybalt Moore. Il me semble qu'il a participé à l'enquête. »

Les yeux de Cyrus sont devenus vagues alors qu'il se plongeait dans ses mémoires. C'était toujours fascinant à observer.

« Un jeune Auror... de la même promotion que lui... Il s'est suicidé », il a indiqué à haute voix avant que l'éclat de son regard ne revienne pour demander – presque pour affirmer : « Tu l'as poussé au suicide ? »

« Je lui ai fait croire qu'il avait tué sa propre sœur », j'ai confessé. Pas que je cherche une absolution mais parce que c'était la vérité et que nul autre que Cyrus n'était plus en droit de la connaître.

« C'est pire que ce que tu nous as fait à nous », il a froidement constaté.

« Ce que je vous ai fait était bien suffisant, non ? »

Cyrus a longuement hoché la tête avant d'annoncer, comme une suite logique de tout ce qui avait précédé :

« Je vais y arriver. »

« Je sais. »

Harry est venu me rendre visite le mercredi soir sous le prétexte officiel d'aller garder ses petits frère et soeur un soir de pleine lune m'a-t-il expliqué. Comme il est moins rodé que Cyrus à compartimenter ses pensées, même s'il a lui aussi quelques notions de Légilimencie et d'Occlumencie, c'est sur cela que je lui ai proposé de travailler. Pas d'attaque mais simplement la compartimentation de son esprit entre l'ouvert et le fermé. Et en une séance, on n'a bien sûr que peu progressé.

« J'arrive à rien », il a décidé, d'un seul coup tellement proche du Harry enfant que j'avais pu côtoyer que j'ai été sans doute trop gentil avec lui.

« Bien sûr que si, je sens que tu essaies. »

« Tu parles ! Tu entres comme tu veux ! », il s'est agacé, comme s'il me rendait coupable de son échec.

« Harry, tu peux te noyer dans ta pitié envers toi même ou décider que tu vas y arriver et te battre », j'ai donc fermement répondu cette fois – les Gryffondors n'aiment–ils pas se battre, en particulier pour les causes perdues ?

« Comme s'il suffisait de décider ! »

« Oui, décider. Tu en as les capacités. C'est juste que tu réprouves cette forme de magie – et ne me dis pas le contraire, ton esprit me l'hurle à chaque fois que j'y entre. Tu ne peux pas y arriver sans accepter de t'en servir. »

« Est–ce que les pensées ne devraient pas être accessibles qu'à ceux qui les ont ? »

« Quel beau principe anéanti par la réalité ! »

Harry s'est d'abord vexé. Et on est restés tous les deux à se toiser dans mon salon pendant une bonne minute.

« Tu crois vraiment que c'est utile ? » il a finalement demandé.

« Harry, renforcer tes défenses mentales me paraît plus qu'important quand on voit comment tu réagis devant un simple tableau contenant un Horcruxe ! Ou comme tu perds tous tes moyens quand on insinue que tes parents ou même moi pourrions être blessés ! » – je lui ai durement rappelé. « La tâche devant toi sera sûrement plus ardue que tout ce que nous pourrons imaginer. Se préparer au pire et au plus difficile est la seule chose que tu puisses faire ! »

Il a continué à me regarder avec ses immenses yeux verts brillants sans rien dire pendant un nouveau moment – mais le gros de sa colère était passé.

« Le pire, hein ? »

« Malheureusement, oui. »

« On recommence alors ? »

Les deux séances ont donc été satisfaisantes en un sens mais sans apaiser mes doutes. Est–ce que ce que je fais est suffisant ? Est–ce que ce que je leur promets, que je les prépare au pire n'est pas un leurre ? Je n'ose partager ces questions avec personne même si je sais que Remus et Nymphadora doivent hanter les mêmes eaux. Y répondre par la négative serait trop dangereux. Ça nous couperait bras et jambes.

« J'ai eu la confirmation par Phinéas », m'annonce Remus alors que nous nous croisons dans la salle des professeurs le vendredi matin. « Le tableau, de très mauvaise qualité selon lui, était bien à Poudlard au début de son directorat. Le fait qu'il soit réputé comme ayant appartenu à Salazar semble avoir permis de le vendre cher – l'expert en peinture classique contacté par Kingsley semble douter fortement d'ailleurs que ce soit la cas, mais est-ce important ? Plus qu'il ne le méritait, m'a dit Phinéas qui avait l'air content de lui ».

« Et après ? »

« D'après toujours le même expert, il aurait beaucoup changé de mains. Son dernier acquéreur connu aurait été Abraxas Malefoy. »

« Le père de Lucius ? »

« Exactement. »

« Toujours les Malefoy. Ce n'est pas une preuve, je sais mais... »

« Ils l'ont peut-être offert à Voldemort », souffle Remus après avoir vérifié que nous sommes toujours seuls.

« Quelle importance ? »

« Severus, on ne fabrique pas des Horcruxes à la place des autres ! »

Je ferme les yeux, stupéfait de mon propre aveuglement.

« Que Monsieur le directeur me pardonne, je n'arrive pas à réfléchir correctement ces derniers temps », je murmure.

« Tu n'es pas le seul, Severus, tout ça doit finir très vite, sinon nos nerfs nous lâcheront les premiers », il souffle et il me quitte après m'avoir serré l'épaule brièvement sans doute pour me donner du courage. Il n'y a qu'un Gryffondor pour penser que le courage se transmet.

En sortant de cette conversation, encore plus songeur qu'avant, j'ai failli heurter de plein fouet– pour ainsi dire – le Baron Sanglant.

« Professeur Rogue, vous avez l'air bien soucieux ! »

« Un peu », je reconnais, aimablement. « Le privilège des vivants... »

« Croyez–vous ? »

« Pardon ? »

« Les morts emmènent leurs soucis avec eux, savez-vous. Ils ne les perdent pas en perdant la vie. Leurs échecs, leurs regrets, leurs remords restent avec eux parfois pour l'éternité », il gronde avec l'air de savoir de quoi il parle. Je tiens peut-être la raison de sa légendaire mauvaise humeur. Sauf que je ne sens aucune sympathie pour ses remords – j'en ai suffisamment moi même.

« Voilà une description de la mort qui lui ferait préférer un séjour à Azkaban ! », je remarque plus sèchement.

« Il est sûr qu'il vaut mieux payer ses dettes de son vivant », me répond gravement le Baron.

« Est–ce que vous voulez me dire quelque chose ? », j'interroge fatigué de ses sous-entendus. « Quelque chose que je devrais savoir en tant que sous–directeur de Poudlard ? », j'insiste rappelant sans vergogne mon statut.

« Rien qui ne concerne Serpentard », il répond. C'est ténu mais j'ai l'impression qu'il me supplie de poser une autre question. Sauf que je ne vois pas quoi demander.

« Alors quoi ? », je gronde.

Le Baron me toise un instant, il a une haute stature et des mains de guerrier, avant de déclamer des paroles étonnantes :

« Il est des fois où le passé hante le présent de multiples façons, Professeur Rogue. Ne croyez pas que les fantômes de ce château n'ont pas fait de leur mieux pour éviter cela. Mais il viendra peut-être un temps où passé et présent devront trouver une fin commune », il affirme et, sans me laisser le temps de trouver une autre question à lui poser, il disparaît.

ooo

Le message laconique m'arrive presque au milieu de la nuit alors que je finis de corriger des copies de troisième année qui vont sans doute être déçus de leurs résultats. Il faut dire que rarement ma patience pédagogique n'a été aussi mince. Ça faisait longtemps que je n'avais pas enlevé autant de points et distribué de lignes. J'ai juste eu la présence d'esprit de ne pas me punir moi même en démultipliant les retenues.

Le hibou qui toque à ma fenêtre a l'air épuisé. En ouvrant le message et en tombant sur des caractères cyrilliques, je mesure la distance qu'il a parcourue et je lui trouve une poignée de noix avant de me pencher sur le message. Le texte sur le parchemin ressemble à du bulgare et je lance donc un sortilège de traduction qui me laisse d'abord perplexe. En lieu et place des élégantes lettres cyrilliques s'est en effet inscrit un message tout aussi sibyllin bien que tracé en cursives anglaises : l'espoir a disparu....

Comme rien d'autre n'apparaît à l'examen magique du parchemin, je pars à la bibliothèque alors que le château dort. Je ne songe pas un instant à mon lit – comment pourrais-je avoir sommeil ? Tout en haut des rayonnages, je déniche un dictionnaire de bulgare qui n'a pas l'air d'avoir beaucoup servi depuis qu'il est entré dans cette bibliothèque. Pourtant c'est un bon ouvrage, très complet ; il offre même la prononciation des mots recherchés. Je trouve péniblement le premier des caractères tracés dans l'alphabet puis le second. Finalement, je trouve le mot tout entier, dont la signification est bien espoir. Par pure curiosité, je pointe ma baguette sur la prononciation qui résonne dans la salle vide de la bibliothèque. Je répète plusieurs fois l'opération pour me convaincre : ça ressemble à Nadedja... mon sang se fige plus encore.

L'espoir – Nadedja... – a disparu ?

Les questions se bousculent immédiatement en masse dans ma tête : quand, comment ? Et que veut dire « disparu »? Marina, Tudor et Vasile devaient la faire transférer en Suisse dans une institution privée pour finir de la faire soigner et lui offrir une autre identité. Ils devaient aussi me prévenir de l'avancée de ce plan mais je peine à croire que ce message ait pu être « L'espoir a disparu ». Si je comprends qu'ils aient été cryptiques dans leur message par crainte qu'il soit intercepté, et même qu'ils n'aient pas eu recours à la magie, j'enrage qu'ils n'aient pas donné plus d'information. Si je m'écoutais, je prendrais la première cheminée pour la Bulgarie afin de mener l'enquête moi même. Et je me retrouverais sans nul doute face à Brytan, je conclus en me ramenant sévèrement à la raison. Sans parler d'une deuxième hypothèse pas moins inquiétante qui se forme dans mon cerveau : comment savoir si le message n'est pas un piège ? Qu'il m'ait bien été envoyé par les Spasov ? Affolé par la multiplicité des possibles, je reste figé dans la contemplation fiévreuse du dictionnaire – comme si j'espérais que son contenu change. Je suis presque certain que si je me mettais en mouvement, je ferai des choses trop hardies et irréfléchies.

La porte de la bibliothèque grince derrière moi. Je me retourne et voit Madame Pince qui entre en robe de chambre, la baguette allumée à la main et l'air sidérée.

« Oh, c'est vous Professeur Rogue ? », elle me salue plutôt timidement – et j'imagine que beaucoup d'élèves seraient stupéfaits de savoir qu'elle peut l'être. « Quelque part, je préfère que ce soit vous... »

« Je connais peu d'élèves qui viendraient en pleine nuit vérifier une traduction », je remarque, heureux d'entendre ma voix relativement ferme.

« Je sais bien, mais... depuis la rentrée, j'ai plusieurs fois retrouvé au matin des livres déplacés... en particulier des livres sur l'histoire de Poudlard... des manuscrits anciens qui ne sont disponibles que sur demande parce qu'il convient de les protéger de la lumière du soleil et de mains peu respectueuses... », elle m'apprend en s'approchant.

« Vraiment ? », je demande, cherchant vainement dans mon esprit le souvenir que Remus ou Rusard m'en aient parlé. Mais j'ai été absent longtemps et peut-être ont-ils oublié de le faire. « Vous en avez parlé au professeur Lupin ? »

« Oh non », elle me répond en rougissant un peu. « D'abord, ça ne s'est pas produit tous les soirs ni très régulièrement. Au début, j'ai pensé que j'avais peut-être commis une erreur en quittant la bibliothèque. C'est seulement quand j'ai retrouvé les manuscrits anciens dérangés que j'ai commencé à me poser des questions... Comme malgré tout, tout cela paraissait un peu ridicule, j'ai simplement mis un sortilège d'alarme sur la porte... »

« Un sortilège que j'ai déclenché ce soir », je complète pour moi autant que pour elle.

« Oui. »

« J'avais une chose à vérifier », j'explique, en me relevant et en fermant le dictionnaire. Le temps de la réflexion est passé.

« Un manuscrit bulgare », elle commente avec un air entendu.

Évidemment. Est–ce que je ne rentre pas de Bulgarie où je suis réputé avoir travaillé sur des potions inédites ? C'est au dessus de mes forces de confirmer ou d'infirmer. Je sors avec un signe de tête, la laissant ranger les volumes que j'ai retirés des rayonnages – je ne crois pas avoir jamais fait cela auparavant. Je laisse ensuite mon corps me conduire à l'appartement des Lupin sans réellement en prendre la décision. Mes pensées sont sur tout ce que je viens d'apprendre en moins d'une heure – des recherches mystérieuses et inattendues sur l'histoire de Poudlard, la disparition de Nadedja... Et je sais qu'il y a obligatoirement un lien, peut-être indirect mais certain, entre les deux. Est-ce que ça peut avoir un lien avec l'étrange mise en garde du Baron Sanglant sur le passé ? Je me rends compte que je n'ai même pas interrogé Madame Pince sur les manuscrits déplacés. peut-être cela nous aurait-il aidé. Je ne suis décidément pas dans mon état normal, je m'agace et ma colère envers moi même me réveille – un peu comme Harry pendant les séances d'entraînement.

Il faut un certain nombre de coups avant que la porte des Lupin ne s'ouvre. Ils devaient dormir mais ils sont là tous les deux, unis et solidaires comme jamais je ne le serais avec personne. A ma vue, Nymphadora blêmit et s'écrie :

« Merlin, Severus, que ce passe-t-il ? »

« L'espoir a disparu », je réponds faute de savoir par quoi commencer.

oooo

« C'est Zeverus ! » – annonce Kane en ouvrant la porte avec difficulté mais d'autant plus de fierté affichée.

« Z'est Seve'us ! » – répète sa sœur en écho. Et ils me conduisent dans le salon en me tirant chacun par une main. Ça doit faire déjà un moment qu'ils sont debout et alerte à en croire le réseau ferré en construction devant la cheminée.

« Remus est allé parler à Madame Pince », m'explique Nymphadora en venant à ma rencontre. « Et Albus vient de nous dire qu'il était bien rentré et qu'il vous attendait. »

J'acquiesce. Albus s'était une nouvelle fois révélé parti en représentation diplomatique mais heureusement pour nous en France seulement cette fois. Quant à Madame Pince... je ne pouvais en vouloir à Remus d'y être allé sans moi, même si je me disais que la bibliothécaire allait se demander à quel moment j'avais pu narrer ses révélations de la nuit dernière à notre supérieur hiérarchique. J'avais le pressentiment que Radio Poudlard allait s'emparer de l'affaire – c'était toujours mieux que si elle s'intéressait aux garçons, j'ai raisonné.

« On va voir Grand–père », se réjouit Iris en battant des mains.

« Nous, on va rester ici », intervient Nymphadora. « Kane, toi et moi, on reste ici. »

« Pourquoi ? », boude déjà l'enfant. Et son jumeau n'est pas loin de décider en faire autant.

« Nous, on ira voir Cyrus et Harry s'entraîner au Quidditch », promet alors Nymphadora en s'accroupissant pour être à leur hauteur.

« On emmènera notre balai ? », enquête encore Iris.

« Je suis sûre qu'ils vous feront faire un tour ! »

« Tout en haut, tout en haut ! » – saute de joie et d'excitation la même qui boudait la seconde d'avant. Et elle et son frère de parcourir le salon en zigzaguant pour mimer ce vol historique.

« Qu'est–ce qu'il ne faut pas faire ! », me souffle Nymphadora très bas – m'enlevant cette sage parole de la bouche.

Remus arrive alors, recevant de plein fouet sa fille lancée comme un projectile.

« Iris ! Mais regarde où tu vas ! »

« Je vole, Papa ! »

« Voilà qui n'excuse rien », il lui affirme fermement.

« On vole aussi haut que Harry et Zyrus », ajoute son frère.

« Ça m'étonnerait ! Ils ne me sont jamais rentrés dedans ! » – contre Remus en les soulevant chacun du sol à un bras. Les deux rient et crient qu'ils veulent voler plus haut encore.

« J'ai promis de les emmener voir l'entraînement de Quidditch », explique alors Nymphadora avec un sourire stupéfiant. Vraiment on dirait qu'on a que ça à faire ce matin !

« Ah voilà ! », comprend Remus, souriant lui aussi, mais il croise mon regard et sent mon impatience. Il s'accroupit à son tour au niveau de ses enfants pour négocier notre libération : « Bon, les deux champions de Quidditch, écoutez–moi. On va, Severus et moi, à une réunion avec Grand-père et, vous, vous allez voir Cyrus et Harry voler avec Mae, et plus tard, on voit ceux qui se sont le plus amusés ! »

« Nous ! », prédit intelligemment Kane.

oooo

Bon, ça prend forme, pierre après pierre, élément après élément...
La suite s'appelle "Mes forces dans la bataille" et est racontée par Harry. Le récit s'y accélère encore, même sacrément. En raison des vacances scolaires, je ne sais pas encore exactement quand je le posterai. Mais le plus tôt possible, promis. Cartes postales appréciées.