Katia

Après avoir passé une nuit assez agitée, je me suis levée aux aurores. Ma femme était encore endormie et elle n'avait pas bronché lorsque j'avais écarté ses bras pour être en mesure de quitter notre lit. Avant d'aller me doucher, j'ai jeté un coup d'oeil dehors et j'ai vu qu'une station de télé avait élu domicile juste devant chez nous! J'ai juré en italien avant de poursuivre ma route vers la salle de bain. Une fois sous les innombrables jets d'eau chaude, je me suis mise à spéculer sur le genre de nouvelles qui avaient pu être imprimées ce matin pour qu'une station de télévision se soit déplacée jusqu'ici. Une chose était certaine, tout ceci était de bien mauvais augure. J'ai soupiré lourdement tandis que je rinçais tout le savon que j'avais appliqué sur ma peau.

Après m'être séchée et habillée, j'ai décidé d'ouvrir mon ordinateur portable et de parcourir les sites des principaux quotidiens de Washington. Je dois avouer que je n'ai pas été déçue par la créativité de nos détracteurs. Certains d'entre eux nous accusaient d'être des escrocs et des criminelles alors que d'autres se faisaient un plaisir d'expliquer les liens que Ziva entretenait avec le MOSSAD. Certains rédacteurs parlaient d'un complot afin de doubler ou tripler notre fortune. Je n'étais guère surprise de voir tous ces mensonges qui visaient à faire vendre plus de torchons. En farfouillant un peu plus, j'ai pu lire des propos carrément diffamatoires concernant notre mode de vie et le fait que nous étions un couple de femmes déviantes qui ne méritaient aucune compensation pour l'accident. Enfin, j'ai pu lire certaines phrases particulièrement blessantes concernant la condition d'Aaliyah.

À force de lire toutes ces bêtises, des larmes m'étaient montées aux yeux. Je sanglotais malgré moi et je me sentais impuissante devant toutes ces attaques gratuites. Je savais que la majorité de la population de Washington allait absorber ces écrits sans se poser la moindre question. Les jurés allaient possiblement y être exposés aussi, ce qui était synonyme de catastrophe pour notre affaire. J'espérais que ma femme et notre avocat auraient des idées pour faire taire les médias avant que trop de torts nous soient causés. Il était encore temps d'agir afin de nous assurer une victoire éclatante face à maître Kennedy et son client!

Ziva

Après une nuit assez courte au final puisqu'il a été très difficile d'empêcher mon cerveau de repenser à la première journée du procès et surtout d'anticiper la seconde qui arrivait, je me suis réveillée en sursaut à cause d'un manque de chaleur manifeste. Il pouvait s'expliquer facilement car ma princesse était déjà debout et je me suis sentie seule dans la chambre. Une fois ce constat établi, j'ai décidé de me lever et de me doucher dans la foulée. Une fois que j'étais un peu plus présentable, je me suis mise en route pour retrouver mon épouse.

Je l'ai trouvée assise dans notre salon avec son ordinateur portable sur les genoux. La situation aurait pu être banale à un détail près qui avait tout son importance. Ma tigresse pleurait à chaudes larmes devant son écran et je n'ai pas eu à me demander pourquoi plus de quelques secondes. Lorsque je me suis approchée d'elle, j'ai pu apercevoir ce qu'elle lisait et ce que je voyais m'a donné un coup de poing dans le ventre. Ce que l'on craignait se produisait, la presse s'était emparée de notre affaire pour la traîner dans la boue.

Silencieusement et avec toute la douceur du monde, je me suis assise aux côtés de Katia pour la prendre dans mes bras après avoir écarté son appareil pour le poser sur la table basse qui trônait devant nous. Tout le monde dans notre équipe savait que ce genre de calomnies seraient écrites, mais le voir était un choc terrible. J'encaissais les faits stoïquement mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à notre fille aînée qui allait devoir affronter la future meute de hyènes malgré son jeune âge. Malgré tout, je restais convaincue que nous avions fait le bon choix en acceptant de mener ce combat devant les tribunaux et il fallait tenir bon pour obtenir justice.

Je sais que c'est dur mon cœur. Je ne sais pas tout ce que tu as pu lire ce matin et je n'ai pas osé regarder dehors pour savoir si des charognards nous attendaient ou non. Mais je te promets que nous allons faire face à tout cela. Il faut te ressaisir et retrouver ton calme pour pouvoir les attaquer avec la vérité. Œil pour œil, dent pour dent mon amour.

Même si mon discours était galvaudé au possible, j'étais persuadée que c'était les seules paroles qui auraient un impact sur le psychisme de ma belle amazone. En attendant qu'elle réagisse, je la berçais doucement pour qu'elle se sente en sécurité tout en lui témoignant tout l'amour dont j'étais capable. Une chose était certaine, il fallait agir vite et avec précision si nous voulions gagner notre bras de fer contre la ville de Washington et la société civile toute entière.

Katia

Je continuais de fixer l'écran de mon ordinateur portable en espérant que les mots allaient s'effacer et que je me réveillerais de ce cauchemar. Mes pleurs étaient de plus en plus sonores et je savais que je finirais par être entendue par l'un des membres de ma famille. Je n'ai pas été surprise de voir mon adorée s'avancer vers moi doucement. Après avoir déposé mon ordinateur sur la table basse, elle m'a prise dans ses bras pour me consoler. Je me suis laissée aller contre elle en écoutant sa voix mélodieuse.

Au fond de moi, je savais qu'elle avait raison sur toute la ligne. Il fallait que je me ressaisisse rapidement et que nous établissions une stratégie pour que les médias ne nous gênent pas. D'après ce que j'avais compris la veille, ma femme possédait des informations sur maître Kennedy qui pourrait nous aider à contre-attaquer. Je me suis redressée pour pouvoir m'asseoir en tailleur. Cette posture m'aidait à me concentrer et à me détendre. Au bout de cinq minutes de silence, j'ai fini par prendre la parole.

- On doit faire pression sur l'avocat adverse pour qu'il rappelle ses chiens... Il suffit de lui dire que nous contacterons la presse pour révéler tout ce que nous savons sur lui et qu'il ne pourra alors plus sortir de chez lui sans qu'on l'insulte et lui crache dessus.

J'ai fait une petite pause pour laisser le temps à ma princesse de bien intégrer ce que je venais de dire. Je croyais qu'il fallait également nous préparer à faire une brève déclaration aux médias afin qu'ils aient quelque chose à se mettre sous la dent.

- Je veux aller parler au journaliste qui campe devant notre porte afin de relancer le débat sur ce qui importe vraiment. Il n'est pas normal qu'une administration soit négligente avec l'entretien de sa flotte de véhicules. Qu'est-ce que tu en penses ma chérie?

Je me suis légèrement tournée vers ma déesse et j'ai attendu qu'elle me donne son avis. Pour le moment, je ne souhaitais pas qu'elle se penche sur les gros titres du jour. Il fallait éviter que la rage nous envahisse afin de demeurer aux commandes de cette mission très spéciale. Pour ma part, j'étais toujours autant déterminée à ce que justice soit faite et que les coupables paient pour leurs erreurs.

Ziva

Ce qui était toujours très étonnant avec ma femme, c'est qu'elle acceptait toujours d'être épaulée lorsque ça n'allait pas fort, contrairement à moi qui essayait toujours de résister seule, même si mon comportement changeait au fil des mois. C'est ainsi que ma princesse s'est laissée aller contre moi pendant que je la rassurais. Assez rapidement, ma déesse latine s'est redressée pour faire face à la situation. Il était temps d'abattre nos premières cartes, d'autant que j'avais laissé entendre au tribunal que maître Kennedy avait de sacrées casseroles aux fesses.

Une fois que ma belle amazone était assise en tailleur à côté de moi, le mode Stratégie était enclenché et j'ai entendu Katia parler d'une voix grave et déterminée. Elle avait la ferme intention de faire pression sur l'avocat de la défense pour qu'il fasse machine arrière vis-à-vis de la presse. En outre, Katia voulait effectuer une déclaration auprès du journaliste qui campait devant chez nous, ce qui m'a confirmé que nous étions effectivement attendues à l'extérieur. J'étais totalement d'accord avec les éléments avancés par ma compagne et je n'avais aucune raison de la contredire.

Je suis parfaitement d'accord avec la marche à suivre que tu as formulée chérie. Voilà ce que l'on va faire. Pierre est déjà à la cuisine pour préparer le petit-déjeuner, je l'entends d'ici. Pendant que je vais m'habiller et m'occuper d'Evelyne, tu vas consulter les informations concernant notre avocaillon préféré sur ma tablette. Concentre-toi en particulier sur sa carrière à Palm Springs. Il y est question de malversations, d'arnaques financières et autres joyeusetés de ce genre. Une fois que ce sera fait, contacte Alan dans mon bureau pour faire un point sur la situation. Il aura peut-être des idées à nous soumettre. Une fois que toute notre tribu sera rassasiée et présentable, nous irons faire une déclaration. En famille. C'est très important pour moi.

Comme souvent depuis que je devais m'occuper des miens, j'avais pris le problème à bras le corps et ma belle italienne aurait pu prendre cette déclaration pour une suite d'ordres quasiment militaires à exécuter. En réalité, c'était plus fort que ça. Je voulais que tout le monde, y compris Pierre s'il le souhaitait, prenne part à la bataille qui allait s'engager en marge du procès retentissant que nous avions provoqué. Mais connaissant la discrétion de notre employé et ami, je me doutais qu'il préférerait rester dans l'ombre pour nous assister le plus possible. Mon épouse avait fait en sorte que je ne lise pas les manchettes nauséabondes qu'elle avait dû subir pour me protéger. C'est en agissant ainsi qu'elle me démontrait une fois de plus à quel point notre couple était solide et que rien ne pourrait nous arrêter.

Katia

Après m'être exprimée concernant ce qui allait constituer notre angle d'attaque, j'ai fixé mon attention sur le visage de mon ange. J'essayais d'anticiper sa réaction et comme ses traits ne s'étaient pas durcis, j'étais prête à parier qu'elle se rallierait à moi. Comme prévu, sa réponse n'a pas tardé à venir et ma femme a profité de ce moment pour affiner notre stratégie. J'ai alors été mise au parfum concernant ce qui s'était passé à Palm Springs. Apparemment, maître Kennedy n'avait pas toujours respecté les principes de la loi. J'allais bientôt pouvoir découvrir de quoi il s'agissait exactement puisque ma compagne allait me laisser consulter le dossier qui se trouvait sur sa tablette.

- Je trouve que tes idées sont très pertinentes mon amour. Si tu le permets, je vais tout de suite me mettre au travail afin que nous ne perdions pas de temps. Pourrais-tu te charger d'aller voir si Aaliyah est réveillée? J'ai remarqué qu'elle a tendance à être en retard ces jours-ci...

Depuis bien longtemps déjà, je considérais Ziva comme étant une véritable partenaire. Nos idées se complétaient naturellement et nous n'avions pas besoin d'argumenter pendant des heures. D'un point de vue extérieur, on aurait pu croire que nous échangions des ordres militaires. Pourtant, c'était loin d'être le cas puisque nous étions toujours prêtes à prendre en considération le point de vue de l'autre. Par ailleurs, je dois avouer que je ne détestais pas entendre une pointe d'autorité dans la voix de l'élue de mon coeur. Je la trouvais extrêmement désirable, même si ce n'était ni le temps ni le lieu pour se faire des mamours.

Avec détermination, je me suis dirigée vers le bureau de ma princesse pour m'acquitter de ma tâche. Je me suis délectée des informations qui se trouvaient dans ce fameux fichier. L'avocaillon était loin d'être un enfant de coeur et il avait abusé de ses fonctions pour extorquer de l'argent à certains de ses clients. J'ai également retenu qu'il avait été soupçonné de prendre part à l'élaboration d'un système de Ponzi. En gros, il avait dû se faire un maximum de profit qui dormait aujourd'hui dans un compte off-shore. Au final, il avait été acquitté uniquement parce que toutes les preuves avaient disparu! J'avais peine à croire ce que j'étais en train de lire. Lorsque je suis arrivée au bout de ma lecture, j'ai suivi le conseil de mon épouse et j'ai téléphoné à Alan. Ce dernier n'a pas mis beaucoup de temps à décrocher même s'il était relativement tôt. Pendant que je discutais avec l'homme qui nous représentait dans ce procès, j'ai envoyé un message à ma sirène :

Je suis au téléphone avec Alan. Ne m'attendez pas pour manger, je grignoterai quelque chose sur le chemin du tribunal. Je t'aime.

Ziva

A partir du moment où notre tableau de marche était parfaitement établi, chacune de nous savait ce qu'elle avait à faire. Nous n'avons pas perdu plus de temps et nous nous sommes levées au même instant du canapé. J'appréciais toujours autant cette osmose qui se manifestait entre nous, en particulier lorsque les enjeux pour notre tribu prenaient de l'importance. Alors que ma femme se rendait dans mon bureau, je me suis dirigée vers la chambre d'Aaliyah car comme Katia me l'avait fait remarquer, notre rayon de soleil avait bien du mal à se lever ces derniers temps.

J'ai d'abord frappé à la porte du refuge personnel de ma petite princesse et je n'ai pas entendu de réponse de sa part. Je suis donc entrée dans la pièce très doucement tout en ne masquant ni ma présence ni mes intentions. Ce que j'ai pu apercevoir à ce moment précis m'a surprise. Ma petite guerrière état assise en tailleur sur sa terrasse en train de méditer. Elle était déjà habillée et ses autres affaires personnelles trônaient sur le lit. En quelques enjambées je l'ai rejointe en silence avant de poser une main rassurante sur son épaule droite.

Bonjour mon coeur. Il faut que tu rentres car le petit-déjeuner va être servi très bientôt.

Ma fille aînée s'est levée sans un mot pour revenir dans son antre et j'ai fermé la porte-fenêtre le plus rapidement possible pour essayer de ne pas laisser trop de chance au photographe planté devant la maison de nous prendre en photo toutes les deux. J'ignorais totalement si ma protégée avait compris qu'elle était peut-être observée ou non et dans le doute j'ai préféré poser la question, histoire d'éviter une zone d'ombre bien inutile dans le tourbillon qui nous atteignait tous de plein fouet. Pour le moment aucun mot n'était audible entre moi et ma cascadeuse préférée.

As-tu ressenti la présence de la presse devant la maison lorsque tu étais assise sur la terrasse ?

Aaliyah : Oui, je savais parfaitement que j'étais observée mais je n'en ai rien à faire. Qu'est-ce que tu veux qu'ils écrivent dans leurs serpillières encore sales ? Une petite fille fait du yoga sur sa terrasse ? Quel scoop maman.

Le calme et la froideur a peine voilée de mon adolescente était tout simplement incroyable. Elle était déjà dans sa bulle pour se préparer à affronter l'audience qui se tiendra dans quelques heures. Je me suis donc contentée de lui prendre la main pour sortir de son espace de vie. Je n'avais pas besoin de lui dire de se rendre à la cuisine, je suis donc allée chercher Evelyne qui babillait dans son berceau. Une fois que tout le monde était réuni dans la cuisine en dehors de ma déesse latine, nous nous sommes attablés rapidement et dans un silence assourdissant.

Mon épouse m'a informée par SMS qu'il ne fallait pas l'attendre et qu'elle mangerait sur la route vers le palais de justice. J'ai donc ingurgité mon petit-déjeuner anglais à la vitesse de la lumière avant de préparer une version condensée de ce repas pour ma dulcinée qu'elle emporterait dans une boîte en plastique. J'allais donc conduire ce matin pendant que ma compagne se remplirait l'estomac convenablement. Je ne voulais pas que ma belle italienne subisse la moindre défaillance alors que nous allions subir les foudres de maître Kennedy et des médias.

Katia

Ma conversation avec Alan s'est avérée très fructueuse puisque nous avons pu établir une stratégie digne de ce nom. En effet, il valait mieux que je n'intervienne pas directement en menaçant la partie adverse. Alan avait donc suggéré qu'une séance de médiation ait lieu le plus rapidement possible afin que nous puissions glisser un mot à maître Kennedy sur son passé véreux. Ayant pu observer l'homme la veille, je savais qu'il serait bouche bée d'apprendre que nous ayons pu constituer un dossier sur lui aussi rapidement. Je me délectais d'avance de sa réaction et j'avais hâte de passer à l'action. Cependant, il fallait d'abord que je finisse de me préparer et que je rejoigne les miens pour faire notre petite déclaration à la presse.

Avec une vitesse relative, j'ai vérifié que ma coiffure et mon maquillage étaient parfaits avant de me présenter dans la cuisine. Aaliyah y était toujours attablée et elle parlait avec Pierre à voix basse tandis que mon adorée finissait de préparer mon goûter à emporter. J'ai été très touchée de voir qu'elle avait pensé à tout. En guise de remerciement hâtif, j'ai déposé un baiser sur les lèvres de ma princesse et je l'ai ensuite entraînée avec moi dans le vestibule. Notre petite puce n'a pas mis beaucoup de temps à nous suivre et je l'ai aidée à enfiler son manteau. Lorsque j'ai jugé que ma tribu était prête à rencontrer les médias, j'ai pris mes deux amours par la main et j'ai ouvert la porte de la villa. Au bout de seulement deux minutes de marche, un journaliste et un caméraman se sont approchés de nous.

- Bonjour à tous. Nous aimerions simplement dire que nous demandons à ce que justice soit faite, car nous méritons de recevoir une compensation pour toute la souffrance qui a découlé de l'accident de madame Ziva David. Nous tenons également à souligner qu'il est inacceptable pour une administration de lésiner sur le coût de l'entretien de sa flotte de véhicules. Combien de personnes devront composer avec la maladie et la mort avant qu'une enquête ne soit menée sur ce sujet?

J'avais fait tout mon possible pour me montrer calme et déterminée tout en choisissant chacun de mes mots. J'avais essayé de projeter une image positive de notre famille et j'espérais que mon intervention aurait un réel impact chez monsieur et madame tout le monde. N'importe qui aurait pu être victime de l'accident de la route qui avait obscurci nos jours et il était important que tout le monde le comprenne. Avec grâce, j'ai entraîné mon rayon de soleil et ma déesse vers notre voiture et j'ai pris place du côté passager. Pendant le trajet, nous avons peu discuté puisque nous essayions toutes de rassembler nos forces pour faire face à notre bataille juridique du jour. J'ai aussi profité de ce moment pour déguster le petit-déjeuner à l'anglaise qui avait été soigneusement placé dans une boîte en plastique. La nourriture était délicieuse et c'était exactement ce dont j'avais besoin pour reprendre des forces!

Ziva

Après un petit déjeuner relativement silencieux puisque notre pipelette préférée n'a pas pu s'empêcher de deviser avec Pierre, nous nous sommes rendues devant les médias. Notre employé de maison comme je l'avais envisagé, a préféré rester à l'intérieur de la villa, ce que je comprenais parfaitement. La déclaration de ma femme était sobre et parfaitement construite, ce qui fait que le sujet de notre vie privée n'a même pas été abordé. Le but de cette intervention était double à mes yeux, ma princesse voulait à la fois recentrer le débat sur ce qui était important et surtout que la population comprenne qu'une administration ne pouvait pas rester impunie face à un manquement qui aurait pu me coûter la vie.

A la fin du discours de Katia, elle nous a entraînées vers la voiture afin que nous partions vers le palais de justice. Le trajet s'est déroulé dans un calme absolu car tout le monde voulait rester concentré pour affronter la séance d'aujourd'hui. Même si nous avions parfaitement négocié la piste glissante que maître Kennedy avait tenté de mettre en place, il n'était pas impossible que ses attaques soient encore plus virulentes aujourd'hui. Par ailleurs, j'ignorais totalement ce que ma compagne et notre avocat ont pu se dire ce matin au téléphone et à quel point cette conversation allait être déterminante pour que le procès que nous avions engagé soit gagné par notre camp.

Lorsque nous nous sommes garées devant la bâtisse qui allait accueillir notre combat, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que la meute de journalistes avait grossi depuis hier. Je n'avais aucun doute sur le fait que les gros titres que ma belle amazone avait lus ce matin n'y étaient pas étrangers. Pour être certaine que notre entrée dans le tribunal soit fluide et maîtrisée, j'ai attendu de voir notre ténor du barreau se diriger vers l'entrée de l'arène avant de sortir de la voiture. Mes deux amours m'ont suivie sans un mot et nous avons rejoint Alan sans coup férir.

A partir de cet instant, les questions fusaient, que ce soit au sujet de ma vie de couple avec Katia, le handicap d'Aaliyah ou pire encore, concernant mon métier et le MOSSAD. J'attendais de voir si Alan allait parler lui aussi à ces charognards car si je me laissais aller, mes paroles seraient certainement violentes et je devais absolument éviter de donner du grain à moudre à notre avocaillon préféré. Je suis donc restée calme et stoïque tout en affichant un masque de neutralité teintée de détermination. Mes deux princesses affichaient elles aussi un visage neutre pour tenter de rester fortes face à la rude journée qui nous attendait.

Katia

Une fois devant le tribunal, nous avons attendu de voir le véhicule de notre avocat pour nous approcher de l'entrée. Les journalistes piaillaient tous plus fort les uns les autres pour poser leurs questions. Cette cacophonie était assez assourdissante, mais j'ai quand même pu comprendre quels sujets étaient à l'ordre du jour. Comme la veille, nous avons observé un silence quasi-religieux tandis que nous fendions ce troupeau informe. Au dernier moment, Alan s'est retourné pour faire une déclaration.

- Mes clientes n'ont aucun commentaire supplémentaire à faire. Cessez de les importuner ou je demanderais que soit délivrée une injonction vous interdisant de les approcher! Bonne journée messieurs et mesdames!

J'avais envie d'applaudir cette intervention, mais je me suis efforcée de masquer mes réactions. J'ai été soulagée de constater que mes deux amours avaient aussi réussi à se contrôler malgré les horribles propos tenus par les médias. Il faut dire que les membres de ma famille étaient plutôt du genre à se défendre de tous les coups qui pouvaient être portés. Dans la situation actuelle, cela nous aurait porté préjudice et je me doutais que c'était la seule raison qui avait poussé ma femme à ne pas réagir.

Quelques minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans la salle d'audience. Nous étions largement en avance puisque notre ténor du barreau tenait à faire visiter les lieux à notre fille. En faisant preuve de beaucoup de patience, il l'a guidée à travers les différentes zones de la pièce. Alan avait bien compris que notre rayon de soleil avait besoin de repères pour se sentir tout à fait à l'aise. Notre petite fleur a profité de ce moment pour poser quelques questions concernant le déroulement de la journée. Maître Wilkinson lui a expliqué qu'elle était le tout dernier témoin qu'il allait appeler à la barre. Par la suite, le juge entendrait les experts de la partie adverse ainsi que monsieur Lincoln. La journée serait donc particulièrement chargée et il faudrait que nos nerfs soient faits d'acier pour passer au travers de cette épreuve.

Ziva

Une fois que notre avocat était dans le périmètre qui nous permettait de le retrouver rapidement, nous sommes donc allées vers l'entrée du tribunal avec lui. Nous avons fendu la meute de journalistes qui étaient présents sans mot dire car tout le monde savait que le moindre mot compris de travers aurait des conséquences désastreuses. En voyant tous ces macaques s'agiter autour de nous, je n'étais pas mécontente que Pierre s'occupe d'Evelyne à la maison car non seulement elle était entre de bonnes mais si jamais un de leurs collègues avait l'idée de se présenter à la villa pour obtenir des informations en notre absence, notre ami se ferait un plaisir de l'envoyer sur les roses.

Une fois que nous étions entrés à l'intérieur du bâtiment, nous avons pris la direction de la salle d'audience. Comme il était encore très tôt, Alan a pris le temps de faire repérer les lieux à notre fille aînée. Cette prise en charge m'a étonnée dans le sens où à aucun moment pendant nos réunions préparatoires, le fait qu'Aaliyah doive prendre des repères n'a été mentionné. J'ai donc accueilli cette attention de la part de notre ténor du barreau avec beaucoup de reconnaissance avec un grand sourire qui lui était adressé.

Par la suite, je me suis assise à ma place avec ma tablette sur les genoux. Katia s'est placée à ma droite et dès qu'elle ne bougeait plus, elle a cherché instinctivement un contact avec ma main droite. Même si nous n'aurions probablement pas besoin de témoigner à nouveau, ma déesse latine tremblait légèrement. J'ai attribué ce léger sentiment de panique au fait que notre rayon de soleil allait devoir se débrouiller seule face à l'adversité mais j'avais une confiance inébranlable quant à la maîtrise et la verve de ma protégée.

Je comprends que tu t'inquiète mon amour, vraiment. Mais Aaliyah sait ce qui s'est passé et ce qui l'attend. De plus, elle a toujours démontré à quel point elle était mature pour son âge. Maître Kennedy pense certainement qu'il pourra la manipuler, mais crois-moi, c'est elle qui va le piéger et probablement encore mieux que nous l'avons fait nous-mêmes hier !

Aaliyah : Je t'ai entendue maman !

Mais j'espère bien ma puce !

Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire pendant que notre petite fleur revenait vers nous au bras de notre homme de loi pour ce procès. J'espérais sincèrement que ce trait d'humour allait défendre à la fois l'atmosphère et les nerfs de chacun de nous.

Katia

Après avoir répondu à toutes les questions d'Aaliyah, notre avocat est revenu vers nous et j'ai remarqué qu'il était tout sourire. Alan nous avait caché qu'il savait très bien s'y prendre avec les enfants, alors que c'était tout à son honneur! Lorsque j'ai pris place aux côtés de ma femme, j'ai cherché à serrer sa main pour y trouver un peu de réconfort. En effet, je ressentais une certaine appréhension par rapport à ce qui allait se dérouler au tribunal aujourd'hui. Même si je savais que notre rayon de soleil était fort et qu'elle saurait se débrouiller seule, je tenais à ce que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je considérais qu'elle avait assez souffert dans sa vie et qu'elle ne devait pas supporter les insultes par rapport à sa condition physique ou ses origines ethniques. Je me rendais compte que j'endossais parfaitement mon rôle de mère et que c'était pour cette raison que je tenais à protéger mon petit poussin.

Maître Kennedy est arrivé avec son client à peine une minute avant l'heure fixée pour la reprise des débats. Je n'étais guère surprise de les voir rire sous cape tous les deux. Le serpent à sonnettes avait sans doute remarqué que notre lys blanc se trouvait avec nous et il s'était sans aucun doute moqué d'elle. En gros, il devait la sous-estimer et considérer qu'elle serait une proie facile... L'avocaillon allait être très déçu lorsqu'il s'apercevrait que notre cascadeuse était parfaitement à l'aise devant un public!

Le juge Clark est entré après avoir été annoncé et il a déclaré que la séance était ouverte. Aaliyah a été appelée à la barre afin de nous livrer son récit en tant que témoin de l'accident. Maître Wilkinson avait préparé ses questions afin de lui faciliter la tâche. Ainsi, nous avons pu l'entendre lui demander de raconter quels étaient ses souvenirs de la balade à bicyclette qui aurait pu coûter la vie à sa mère.

Aaliyah : Je me souviens de beaucoup de choses, comme de la chaleur et l'absence de brise ce jour-là. Je me rappelle aussi de certaines odeurs particulières. La circulation n'était pas particulièrement dense à ce carrefour et Katia a pu le traverser rapidement sans aucun problème. Soudainement, il y a eu un gros bruit de collision et j'ai entendu maman tomber par terre. Je savais que c'était elle puisqu'elle n'était pas à nos côtés, là où elle aurait dû être...

Alan : Je te remercie Aaliyah pour ta précision. Après l'impact, comment as-tu réagi?

Aaliyah : J'étais en état de choc et je craignais pour la vie de maman. Je me suis enfermée dans le silence parce que je ne voulais pas croire qu'elle avait eu un accident.

Alan : Je n'ai pas d'autres questions. Maître Kennedy, c'est à vous d'interroger la fille de mes clientes.

Notre ténor du barreau a regagné sa place calmement et il semblait satisfait de ce qui venait de se passer. Par contre, j'étais persuadée que notre adversaire allait profiter du contre-interrogatoire pour établir qu'une non-voyante ne pouvait pas être aussi fiable qu'un témoin oculaire standard. Même si notre puce avait prouvé qu'elle se souvenait de beaucoup plus de détails que n'importe qui d'autre, sa version des faits allait être remise en cause uniquement parce qu'elle était une personne handicapée et je trouvais cela très injuste.

Ziva

Une fois que le repérage des lieux était terminé, notre fine équipe est donc revenue vers nous et nous n'avions plus qu'à attendre l'ouverture de la séance. Maître Kennedy et son client sont arrivés au dernier moment en riant sous cape dès l'instant où ils ont aperçu notre fille aînée. J'aurais pu m'en offusquer mais il n'en était rien. Au moins, je savais quel état d'esprit les habitait et quel type de stratégie allait être employée par notre raclure du barreau. Cette manière de dévoiler leur jeu aussi facilement était puérile et grotesque, au point que j'ai voulu en sourire mais je me suis retenue de le faire par pur argument tactique.

Une fois que les débats étaient ouverts, c'est évidemment Alan qui a interrogé ma petite princesse en premier. Avec un calme impressionnant, elle a répondu aux questions de notre ténor du barreau avec la précision qui la caractérisait. Ce mélange d'innocence et de détermination semblait étonner le jury et je n'ai pas pu m'empêcher d'être très fière de mon enfant. Même si elle me désignait comme le font toutes les petites filles par le mot maman, je comprenais très vite pourquoi notre lys blanc s'était levé tôt ce matin et surtout pour quelle raison elle avait décidé de méditer avant de nous rejoindre pour le petit-déjeuner. Ma protégée voulait être prête pour ce moment crucial dans la vie de notre famille et personne ne pourrait la désarçonner.

Maître Wilkinson a terminé son interrogatoire assez rapidement pour laisser la parole à notre adversaire direct. Ce crétin est arrivé près de notre puce avec une démarche hautaine, le torse gonflé de sa future arrogance. Si ma femme était encore légèrement anxieuse si j'en juge par sa crispation sur ma main droite, j'étais totalement confiante sur le fait que notre petite guerrière allait non seulement répondre aux questions de ce nabot en robe noire mais elle allait surtout lui rappeler qu'il avait les idées courtes et j'attendais avec impatience le début de ce combat !

Katia

D'après mes propres observations, le jury avait apprécié le témoignage de notre petite puce. Il faut dire qu'elle était plus mature que les petites filles de son âge et que les adultes étaient souvent pris au dépourvu devant elle à cause de cela. On ne peut pas dire que maître Kennedy avait été intimidé le moins du monde par notre petit coeur. Il avait l'air trop sûr de lui tandis qu'il s'approchait de la barre. Je me suis demandée qui il cherchait à convaincre en agissant de la sorte, bien que ce ne soit pas très important au final.

Maître Kennedy : Mademoiselle, vous êtes aveugle et sourde. Comment pouvez-vous nous assurer que votre témoignage n'a pas été construit par l'avocat de la poursuite?

Aaliyah : Grâce à mes appareils auditifs, je perçois très bien les sons. D'ailleurs, je vous ai entendu dire à votre client que je ne suis qu'une sale gamine arabe et rire sous cape lorsque vous avez mis le pied dans cette salle ce matin. Je sais aussi que vous avez très mauvais goût en terme de parfum. Celui-ci que vous portez a une trop forte proportion de musc et c'est franchement écoeurant!

La réponse de notre lys blanc était parfaite en tout points. J'étais très contente qu'elle ait choisi l'attaque comme stratégie puisque l'avocaillon était facilement impressionnable. Le serpent venimeux n'a tout de même pas battu en retraite et il a énoncé une autre question. Il parlait très rapidement, sans doute pour embrouiller le témoin.

Maître Kennedy : Est-il vrai que madame David a fait plusieurs cascades dans les semaines qui ont précédé son accident et que c'est parce qu'elle prend des risques inutiles que vous avez préféré monter en tandem avec madame Fortini?

Tout de suite après avoir prononcé ces mots, notre opposant s'est retourné et il a dévisagé ma compagne. Je suppose qu'en ayant accès à son dossier médical, il avait pu avoir connaissance de ses précédentes hospitalisations. En attendant que notre puce réponde, j'ai broyé les os de la main de mon adorée...

Ziva

Comme souvent lorsque notre fille aînée prenait la parole, la maturité de son discours semblait avoir touché le jury qui était de biais avec nous. Après un interrogatoire rondement mené par notre avocat, maître Kennedy entrait en scène et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne comptait pas changer ni de comportement ni de système d'approche par rapport aux témoins de ses adversaires. A un détail près, car il apparaissait que l'attaque était plus franche pour ce deuxième jour du procès. Il n'a pas pris de gants lorsqu'il a avancé l'hypothèse que le témoignage présenté actuellement était probablement monté de toutes pièces par l'avocat qui nous représentait.

La réponse d'Aaliyah était parfaitement construite et mon coeur de mère a bondi dans ma poitrine en entendant les arguments qu'elle avançait pour contredire notre raclure du barreau. Même si la charge était équivalente au coup reçu, notre détracteur ne s'est pas démonté en enchaînant rapidement avec une autre question qui m'a fait mal, je devais le reconnaître. Etait-il possible que ma petite princesse ait choisi de monter sur le tandem loué par nos soins avec Katia à cause du fait que je prenais des risques dans ma vie professionnelle ? Je savais parfaitement que c'était faux et je comptais sur la répartie de notre lys blanc pour clouer le bec à ce corbeau qui commençait sérieusement à me taper sur les nerfs.

Sachez cher maître que vos insinuations nauséabondes ne vous rendent pas service. Pour répondre à votre question, j'ai choisi de me placer derrière Katia sur le tandem pour une raison toute simple. J'ai toujours adhéré au principe de l'équité dans notre famille, qui est une valeur cardinale pour nous. J'ai deux mères formidables et je tiens à ce qu'elles puissent vivre toutes les deux les joies de la vie à mes côtés de manière égale. Vous savez, c'est comme ça que commence la démocratie. Un principe que vous ignorez depuis le début de ce procès, puisque vous vous acharnez à essayer de salir les gens que j'aime. Et je dois dire que votre façon de faire est assez maladroite pour le moment.

Cette fois, notre petite fleur avait envoyé une batterie de missiles à la tête de son opposant. Je craignais évidemment que le juge Clark ne proteste sérieusement car il était évident que le coup porté était violent voire inconvenant. Au regard de ce que nous avions aperçu du comportement de notre nabot préféré la veille, il y avait à nouveau deux solutions possibles. Soit il était sonné pour de bon ou alors il attaquerait comme un damné pour se défendre, notamment sur notre comportement personnel considéré comme déviant. La balle était donc dans son camp à présent.

J'espérais sincèrement que cette dernière option serait retenue par ce petit rongeur insignifiant et pour appuyer mes sentiments, je l'ai défié du regard, même de loin, histoire de le rendre dingue. Ma protégée avait les moyens de l'abattre et ce serait la pire des humiliations pour lui. Sans compter que nous n'avions pas encore eu recours à mes munitions concernant le passé de ce moins que rien. Même si le témoignage de l'employé de la municipalité n'avait pas encore eu lieu, j'avais la conviction que le moment décisif de cette séance était arrivé. C'est donc ma huitième merveille du monde qui pouvait remporter cette partie d'échecs dès maintenant ou tout du moins prendre une pièce importante dans le camp adverse.

Katia

Avant de répondre à la dernière question posée par maître Kennedy, notre fille a profité de l'occasion pour lui faire remarquer que sa stratégie d'attaque ne lui rendait pas vraiment service. J'avais envie d'applaudir notre rayon de soleil pour l'aplomb qu'elle démontrait devant la cour. J'ai adoré sa manière subtile de l'envoyer paître tout en se moquant de lui. Bien sûr, il s'agissait d'un comportement risqué puisque nous nous trouvions dans un tribunal régi par un juge. D'ailleurs, j'ai eu l'impression que l'honorable juge Clark aurait eu envie de sévir si le témoin n'avait pas été une gamine de 12 ans qui tentait de protéger sa famille...

Maître Kennedy : Jeune fille, je vous demanderais de faire preuve d'un peu plus de respect. Je sais bien que votre éducation est déficiente puisque vous n'avez pas de père, mais ce n'est pas une raison pour vous en prendre à moi. Je pose les questions et vous y répondez.

Aaliyah : Je vous répondrai lorsque vous aurez des questions intelligentes à poser concernant l'accident de la route de maman!

Le ton était en train de monter rapidement et je me doutais que l'avocaillon ne manquerait pas de montrer son véritable visage dès maintenant. Il était évident qu'il était en colère et qu'il ne saurait pas se retenir plus longtemps. Malheureusement, cela voulait dire que notre petite fleur allait être exposée à la bave de ce crapaud puant...

Maître Kennedy : J'ai ici une copie des factures attestant le coût de vos opérations et bizarrement, cette somme est à peu près la même que celle réclamée par les plaignants. Vous êtes un fardeau pour votre famille et c'est pour cette raison qu'elles ont monté cette arnaque!

Maître Wilkinson : Objection! Il maltraite le témoin pour la pousser à avouer n'importe quoi.

Juge Clark : Retenu. Maître, je vous écoute raconter vos sottises depuis plus d'un quart d'heure. Cette enfant n'a pas à subir un interrogatoire aussi serré. Elle a dit ce qu'elle savait et vous pouvez éclaircir sa déclaration autant que vous voulez. Mais sachez que je ne tolérerai plus les attaques gratuites dans ma salle d'audience!

Ziva

Cette fois, notre rayon de soleil était véritablement dans la tourmente. Le jury semblait s'agiter mais il était impossible de déduire la moindre opinion de leur part. Maître Kennedy commençait sérieusement à s'énerver et je voyais parfaitement que le masque de calme teinté de mépris commençait à se défaire. J'aurais aimé encourager ma fille aînée à continuer sur sa lancée mais je n'en avais pas le droit et ce ne serait pas une bonne chose pour nous de toute façon. L'avocaillon adverse sortait sérieusement de ses gonds et il est allé jusqu'à affirmer que cette affaire était une tentative d'arnaque financière et surtout qu'Aaliyah était un fardeau pour notre famille !

Alan a vivement protesté face à cette accusation et le juge Clark l'a appuyé dans ce sens. Il a été clairement demandé à notre opposant de se concentrer sur la déclaration du témoin présent à la barre et de s'en tenir à cela. J'entendais également au loin l'agitation des médias qui étaient persuadés que la joute verbale allait tout de même s'envenimer encore un peu plus. Ces charognards l'espéraient fortement alors que ma femme et moi souhaitaient le contraire. Pendant ce temps, les deux combattants étaient stoïques, chacun d'eux attendant la suite des coups portés avec impatience.

Malgré le fait que je voulais voir notre cascadeuse préférée aller encore plus loin dans la provocation pour que le véritable visage de cet imbécile en robe noire se montre enfin, je me doutais qu'il serait difficile de le pousser à exposer ses véritables sentiments par rapport à notre tribu. Il avait bien sûr parlé d'éducation déficiente pour ma protégée puisqu'elle n'avait pas de figure paternelle à ses côtés mais je savais depuis le début qu'il voulait exposer notre sexualité alternative aux yeux du monde. C'est certainement pour cette raison qu'il semblait réfléchir à toute vitesse pour essayer de reprendre la main et abattre l'impertinente gamine de 12 ans qui osait le défier aujourd'hui.

Katia

Alors que le juge venait de rappeler à l'ordre la partie adverse, je me suis demandée si cela n'allait pas contribuer à ce que l'avocat de Lincoln explose de rage. Après tout, l'homme ne risquait pas grand-chose si ce n'est un outrage à magistrat. D'après ce que je connaissais de cet avocaillon, il n'avait pas peur de ce genre de conséquences d'autant qu'il n'avait toujours pas sali nos réputations autant qu'il le voulait. Alors que nous étions au beau milieu de cette fosse aux lions, je me sentais extrêmement impuissante. Ma seule consolation était de savoir que nous détenions des informations juteuses contre ce petit emmerdeur.

Maître Kennedy : Je n'ai pas d'autres questions pour cette sotte élevée par deux femmes qui ont commis des crimes et qui sont des pécheresses de surcroît.

L'homme de loi a fait une pause théâtrale avant de reprendre la parole à voix basse. Il semblait être possédé par une force extérieure.

Maître Kennedy : Bienvenue en enfer...

À ce moment, le juge a frappé trois coups pour faire taire l'ignoble personnage et il lui a effectivement décerné une amende. J'ai été surprise de voir que notre petite fleur ne réagissait presque pas. Soit elle était choquée et se retenait de toutes ses forces de hurler, soit elle avait une idée derrière la tête. Lorsque notre courageuse adolescente a été libérée du box, le greffier s'est approché d'elle pour l'aider à se diriger et elle l'a repoussé avec force. Plutôt que de marcher calmement pour nous rejoindre, notre cascadeuse préférée a couru vers la table de travail de nos opposants et elle a craché à la figure du défenseur.

Aaliyah : C'est vous qui irez en enfer! Et je vous conseille de ne plus dire un seul mot contre ma famille!

Juge Clark : Maître Kennedy et maître Wilkinson, venez dans mon bureau immédiatement! Je ne tolérerai plus tout ce cirque!

Les deux avocats ont quitté la salle précipitamment et j'ai remarqué que notre ténor du barreau affichait un sourire en coin. L'autre petit con était bien entendu dans un état de colère apocalyptique et il faudrait en profiter pour l'achever avec ce que nous savions sur lui...

Ziva

L'ambiance devenait de plus en plus électrique et le jury ne restait plus aussi stoïque qu'à l'accoutumée. J'attribuais ce changement de comportement au fait que maître Kennedy perdait ses nerfs et était entré lentement dans un état de colère sourde qui allait le dévorer de l'intérieur. Aaliyah est restée calme pendant tout le reste de l'action en cours, même lorsque notre adversaire l'a traitée de sotte élevée par des criminelles qui étaient des pécheresses par-dessus le marché. Il s'est ensuite mis en scène avant de dire à notre rayon de soleil qu'elle était arrivée en enfer. A cet instant, le juge Clark a mis fin à la folie de ce nabot en imposant le silence avant de lui coller une amende dans la tronche.

Le greffier est ensuite venu voir notre petite fleur pour l'aider à se rendre près de nous. Au lieu de cela, elle l'a repoussé fermement pour se rendre en courant près de la table de travail de la partie adverse et elle a craché au visage de cet enfoiré de la défense en lui disant qu'il irait lui-même en enfer ! Elle l'a même menacé directement s'il s'avisait à nouveau de nous discréditer. Devant de tels agissements, l'honorable juge Clark a demandé à voir les deux avocats en privé en ajoutant qu'un tel manque de discipline ne serait plus toléré dans ce tribunal.

Les deux avocats ont obtempéré aussitôt et j'ai pu apercevoir le sourire en coin d'Alan, ce que j'ai voulu interpréter comme un signe positif pour la suite de la procédure. Pendant ce temps, notre cascadeuse préférée est revenue vers nous avec une démarche déterminée pour montrer au jury qu'elle ne regrettait absolument pas son comportement. Juste avant qu'elle ne prenne place près de nous, j'ai fait signe au greffier de s'approcher. Le jeune homme s'est exécuté rapidement avec une légère pointe d'appréhension. Une fois que le calme était totalement revenu dans l'arène et que ma famille était assise, j'ai pris doucement la parole.

Dis moi mon coeur, tu n'aurais pas des excuses à formuler au greffier qui a dû subir ta mauvaise humeur ?

Aaliyah : En effet maman. Je suis désolée monsieur le greffier. Je sais que vous vouliez m'aider et je vous en remercie. Mais je ne pouvais pas laisser un tel affront impuni vous savez.

Greffier : C'est tout à fait naturel mademoiselle. A cause de ma position professionnelle actuelle, je ne peux rien vous dire sur mes sentiments à ce sujet, mais vos parents vous expliqueront ce qu'ils peuvent lire sur mon visage.

Sur ces bonnes paroles, l'homme est rapidement retourné à sa place. Je me suis simplement contentée de tracer les mots compréhensif et souriant dans la main de ma protégée avant de passer ma main dans ses cheveux. J'étais très fière d'elle car elle avait tenu bon dans la tempête qui faisait rage autour d'elle et ma femme semblait soulagée elle aussi. Dans le silence de la salle d'audience, quelques murmures se faisaient entendre et je préférais ne pas y prêter attention pour le moment. Ce qui était important à l'heure actuelle se déroulait dans le bureau du juge Clark avec les avocats de ce procès. J'espérais sincèrement que notre ténor du barreau allait faire des étincelles et mettre son opposant dans une fâcheuse posture.

Katia

Notre petite puce avait l'air très fière de sa conduite, probablement parce qu'elle avait ressenti une bonne dose d'adrénaline en parlant franchement à maître Kennedy. Pourtant, j'avais bien envie de lui faire un petit commentaire concernant son impertinence. Je me suis retenue parce que nous étions en public et parce que je savais que tout le monde scrutait le moindre de nos mouvements. Par ailleurs, quelque chose me disait que notre jeune adolescente allait argumenter qu'elle ne faisait qu'appliquer les principes que nous lui avions inculqués. Dès que notre fille a repris sa place près de nous, mon adorée a fait signe au greffier de venir nous voir afin que des excuses lui soit présentées. Bizarrement, l'homme se montrait assez solidaire à notre cause même s'il ne pouvait pas nous donner son appui formellement.

[...]

Pendant ce temps, les avocats avaient été appelés à se rendre dans le bureau du juge Clark. Après avoir pris place face à celui-ci, ils ont dû entendre les remontrances du magistrat. Il n'était pas très content de la tournure que prenait l'audience qu'il comparait à une cour de récréation. Il est vrai que les insultes avaient fusé et que la famille David-Fortini en avait pris plein la gueule.

Juge Clark : J'ignore ce qui se passe, mais maître Kennedy vous jouez avec le feu. Il était totalement hors de propos d'insulter la partie adverse. Il est inacceptable d'intimider des témoins de cette manière. Vous avez outrepassé ma patience aujourd'hui! Quant à vous maître Wilkinson, je vous demanderais de mieux tenir vos témoins.

Maître Wilkinson : Aaliyah n'aurait jamais agi ainsi si mon confrère s'était contenté de poser des questions pertinentes.

Maître Kennedy : Je n'en suis pas si certain! Elle est aussi mal élevée que ses parents.

Juge Clark : Ça suffit! L'audience se poursuivra lorsque vous aurez fait une séance de négociations. Maintenant, dégagez. Je ne veux plus vous voir.

[...]

Au bout d'une quinzaine de minutes, Alan est venu nous trouver pour nous annoncer que nous allions procéder à des pourparlers. Je savais ce que cela voulait dire pour notre équipe. Nous allions enfin pouvoir nous amuser à faire chanter ce petit con pour qu'il nous laisse tranquilles. Lorsqu'il comprendrait qu'il était dans son intérêt de ne pas s'entêter, il allait forcément changer d'attitude...

Ziva

En attendant que le juge et les avocats reviennent dans l'enceinte du tribunal, j'ai pris le temps d'essayer de détendre ma femme avec une tentative assez désespérée pour qu'elle cesse de me broyer la main. J'aurais cru que ce temps de flottement la calmerait, mais il n'en était rien. J'attribuais cette tension au fait que nous étions observées comme des bêtes de foire à la fois par les médias présents dans la salle d'audience et par le jury, qui semblait apprécier plus que moyennement le fait de devoir attendre le retour des hommes de loi qui faisaient autorité lors de ce procès.

Au bout d'un quart d'heure d'attente, Alan est revenu vers nous pour nous expliquer que des pourparlers allaient être engagés entre les deux parties. Maître Kennedy est allé prévenir son client de son côté et le moins que l'on puisse dire, c'est que ni son client ni notre avocaillon n'étaient heureux de devoir négocier avec nous. Pour ma part, j'étais très contente que cette phase de la procédure ait enfin lieu car je savais que le moment serait parfait pour mettre notre raclure du barreau face à ses contradictions personnelles et qu'il n'allait pas pouvoir se battre bien longtemps contre nous.

Notre ténor du barreau nous a emmenées dans une petite salle de réunion attenante à l'arène que nous venions de quitter. La partie adverse marchait quelques pas derrière nous et je pouvais entendre qu'ils se parlaient à voix basse. Notre équipe n'avait pas besoin de ce subterfuge car notre stratégie était établie depuis le début de la journée. Lorsque nous sommes entrées dans cet antre exigu et sombre, chacun s'est placé autour de la table assez naturellement. Aaliyah était aussi tendue que sa mère alors que j'affichais une sérénité de façade plus que nécessaire. L'heure des règlements de compte était arrivée et le ton allait monter en flèche, c'était une certitude.

Katia

Alors que nous attendions tous que quelque chose se passe, Alan a demandé à notre famille de venir avec lui pour que des négociations aient lieu. Puisqu'il s'agissait d'un ordre du juge, nous devions tous nous plier à ce commandement. Notre petite troupe avait l'air de se réjouir davantage que la partie adverse. Une fois assis dans cette salle, j'ai remarqué à quel point monsieur Lincoln semblait amorphe et repentant. Son avocat quant à lui semblait toujours sur le point d'exploser. Son visage était tout rouge, signe qu'il devait souffrir de haute pression. Maître Wilkinson a ouvert la discussion le plus naturellement du monde.

Alan : Voici le montant que mes clientes demandent à titre de réparation.

Notre ténor du barreau a fait glisser un bout de papier de l'autre côté de la table sans que nous puissions le voir. J'avais une bonne idée de la somme qu'il demandait et je savais que l'avocaillon allait éclater de rire. Comme prévu, un ricanement presque sadique est sorti de son gosier.

Maître Kennedy : Et voici le montant que nous sommes prêts à vous octroyer: zéro dollar! La ville ne va jamais dédommager des anciennes espionnes qui n'ont pas de respect pour les lois.

- En tant que membres d'organisations gouvernementales, nous avions l'immunité. Je crois que vous devriez réviser vos leçons de droit! D'ailleurs, j'ai apprécié d'en apprendre plus sur Palm Springs. Vous savez que les crimes en col blanc sont passibles d'emprisonnement? Nous avons pu déterrer votre passé très facilement, maître Kennedy. Mais peut-être devrais-je vous appeler Richard Flower?

J'avais dévoilé cette information en restant très posée. Je voulais que notre opposant direct sache qu'il n'était plus à l'abri et que nous connaissions son pseudonyme. Le dossier que nous avions sur cet individu était embryonnaire pour l'instant, mais nous avions assez de détails pour faire peur au serpent venimeux qui s'était amusé à jouer avec les nerfs de notre tribu. Maintenant, c'était à lui de subir toutes les attaques et il allait regretter de nous avoir piqué au vif!

Ziva

Nous étions tous enfermés dans cette petite salle de réunion et chacun des protagonistes observait les autres. Monsieur Lincoln était extrêmement silencieux, comme il l'a toujours été pendant toute la procédure jusqu'à présent. A voir sa mine grave et son air contrit, j'étais persuadée qu'il ne se sentait pas à sa place ici et que la municipalité l'avait entraîné dans une procédure qu'il n'appréciait pas le moins du monde. Ma femme avait engagé une procédure contre lui évidemment, mais nous savions tous qu'il n'était pas le méchant de l'histoire, mais un passager de ces événements qui ne pouvait pas contrôler quoi que soit.

Alan a engagé les négociations en présentant le montant demandé par ses clientes à titre de réparation. Evidemment, maitre Kennedy a refusé de courber l'échine en disant qu'il n'était pas question que Washington paie le moindre cent pour des espionnes qui méprisaient la loi. Avant même que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche, Katia a contre-attaqué en expliquant que l'immunité nous protégeait toutes les deux et que notre nabot préféré devait revoir sérieusement les textes qui se rapportaient à cette disposition précise.

Sans prendre le temps de respirer, elle a enchaîné directement en parlant du dossier que nous avions sur la véritable identité de notre adversaire, Richard Flower. Au bout de quelques secondes, notre interlocuteur est devenu livide, comme si un revenant lui rendait visite. J'ai beaucoup apprécié le fait de voir cette scène et pendant un très court instant, un silence total s'est abattu sur l'assemblée. Je me suis retenue de sourire pour éviter de donner du grain à moudre à l'avocat de la défense qui ne semblait pas se remettre de la carte que nous venions d'abattre.

Maître Kennedy : Co... Comment avez-vous pu avoir accès à ces informations ? Elles devaient être totalement détruites !

Tout se sait un jour ou l'autre maître. Nous avons simplement fait notre travail d'investigation à la suite de votre comportement agressif d'hier. Par ailleurs, si j'ai bonne mémoire, je vous avais prévenu juste avant la fin de la séance...

Maître Kennedy : Vous n'avez aucun droit de faire ça ! Ni l'une ni l'autre ! C'est une violation de la vie privée !

Au contraire Richard. Si j'ai pris ma retraite du NCIS et Madame Fortini a démissionné du MI6, j'ai pris la direction du MOSSAD récemment et il se trouve qu'en tant que directrice de cette organisation, je suis parfaitement en droit d'avoir mené cette enquête. Echec et mat mon cher ami.

Cette allusion aux échecs teintée d'ironie allait certainement plaire à ma fille aînée. En attendant, il était très plaisant de voir notre agresseur numéro un se décomposer devant nous yeux. La négociation allait certainement prendre une autre tournure à présent.

Katia

Bien entendu, maître Kennedy n'a pas mis beaucoup de temps à réagir et il semblait très surpris que nous ayons pu en apprendre autant à son sujet. Il faut dire que ma femme et moi savions à quel point il était important de connaître nos ennemis afin de pouvoir les affronter. On peut dire que nous étions parvenues à nos fins puisque le minable qui nous faisait face était complètement déstabilisé. Tout en affichant un visage neutre, ma compagne a expliqué que tout finit par se savoir et que nous nous étions contentées de mener notre petite enquête. L'avocat adverse a tenté de se défendre en affirmant que nous n'avions pas le droit de violer sa vie privée ainsi. J'avais très envie de rétorquer qu'il ne s'était pas gêné pour fouiller dans la nôtre et de l'exposer aux médias. Ma chérie a été plus rapide que moi et elle a profité de cette ouverture inespérée pour mentionner qu'elle était à la tête du MOSSAD.

Lorsque ma sirène a inclus une référence aux échecs, j'ai senti que notre fille était conquise par cette allusion. Notre petite fleur adorait ce jeu qui permettait à deux personnes de s'affronter en toute civilité. Maintenant que ce grossier personnage avait eu le bec cloué, il n'avait pas d'autre choix que de négocier avec nous. Il lui était impossible de continuer dans la voie qu'il s'était donnée puisqu'il était évident que nous n'hésiterions pas à communiquer à qui de droit le fameux dossier que nous avions sur lui. Pour m'assurer qu'il avait bien compris le message, j'ai repris la parole :

- Je vois bien que vous cherchez vos mots. Sachez que tout ce qui s'est passé dans cette salle restera entre nous si vous rappelez à l'ordre vos chiens et que vous cessez de nous salir. Dans le cas contraire, je suis navrée de vous dire que vous n'échapperez pas à des poursuites Richard.

Maître Kennedy : Mais qu'est-ce que vous voulez à la fin! Nous n'allons pas plaider coupable.

- Cela nous importe peu. Nous voulons que le jury délibère et qu'il décide du verdict. Je crois savoir que monsieur Lincoln doit témoigner prochainement. Il n'aura qu'à nous dire ce qui s'est réellement passé. Nous avons besoin de savoir.

Le silence s'est installé dans le petit réduit que nous occupions. Chacun semblait réfléchir à ce qui venait de se passer et à la réelle possibilité d'établir une trêve. Pour ma part, je savais que je pourrais respecter ma part du marché. Par contre, dès l'instant où je sentirais que quelque chose clochais, je n'allais pas hésiter avant de porter un coup fatal.

Ziva

Le bras de fer entre chaque côté de la table continuait de plus belle. Notre avocaillon préféré essayait tant bien que mal de sauver les apparences mais personne n'était dupe dans notre équipe. Ma femme a demandé à notre adversaire de calmer les médias et qu'il mette fin immédiatement à son travail de sape à notre égard. En scrutant le visage déformé par la peur et le rage qui animait ce nabot qui commençait sérieusement à me gonfler, j'aurais juré que s'il avait pu en venir aux mains il l'aurait fait sans hésiter. Malheureusement pour lui, le piège que nous lui avions tendu s'était refermé sur lui.

L'avocat de la défense semblait persuadé que nous avions engagé cette procédure civile uniquement pour nous enrichir encore plus. Ma princesse lui a envoyé à la figure que nous espérions simplement que le jury rende son verdict et surtout connaître la vérité en ce qui concerne monsieur Lincoln. Je voulais moi aussi que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l'accident qui avait failli coûter la vie à moi et à mon bébé. Un silence pesant s'est installé à la suite de cette déclaration, comme si cette évidence avait frappé tous les protagonistes de cette réunion de plein fouet.

Même si les circonstances actuelles pouvaient amener à une trêve entre les deux camps représentés dans cette affaire, je n'y croyais absolument pas. Notre raclure du barreau était un être abject et je doutais fortement qu'il soit touché par la grâce de l'humanisme en quelques minutes. Si un compromis était trouvé, il serait extrêmement fragile et l'odeur de la trahison ne tarderait pas à diffuser ses effluves nauséabondes. Malgré tout, il fallait avancer pour que le procès aille à son terme car je n'oubliais pas que nous étions tous attendus dans la salle d'audience…

Katia

Après beaucoup d'hésitations, maître Kennedy a fini par tendre la main vers nous. Il avait l'air un peu ridicule dans cette posture figée et c'est Alan qui a mis fin à cette situation en serrant la main de notre adversaire. Évidemment, je savais que nous ne pouvions pas avoir confiance en cette raclure du barreau. Tôt ou tard, il romprait sa promesse et j'allais prendre un malin plaisir à faire de sa vie un enfer! Cependant, nous n'en étions pas là aujourd'hui et c'est dans le plus grand calme que nous sommes retournés dans la salle d'audience. Le greffier est allé chercher le juge dans son bureau afin que le procès puisse continuer. J'ai remarqué que les membres du jury étaient particulièrement agités. Il était clair qu'ils n'avaient pas apprécié que la séance soit suspendue de la sorte. Au bout de cinq minutes, le magistrat qui présidait notre cause a regagné son siège et nous avons pu reprendre la séance avec le témoignage de monsieur Lincoln.

Maître Kennedy : Monsieur, veuillez nous décrire les événements qui sont survenus le jour de l'incident tel que vous vous en souvenez.

Lincoln : C'était une journée de travail ordinaire et je devais me rendre à l'autre bout de la ville pour inspecter une conduite d'eau. Je venais de signaler à mon chef que mon véhicule devait être révisé à nouveau parce qu'il se comportait mal lorsque j'ai percuté madame David. J'ai eu le temps de l'apercevoir, mais il était trop tard pour faire une manoeuvre d'évitement et mes freins n'ont pas fonctionné. Je suis désolé de vous avoir percuté... Je vois un thérapeute qui m'aide à passer au travers des séquelles psychologiques que cet accident a laissées sur moi.

Le conducteur du pick-up avait l'air sincère lorsqu'il s'excusait et j'étais certaine que les jurés allaient en tenir compte. J'étais heureuse de savoir que l'homme avait effectivement observé des défaillances mécaniques et qu'il avait pris les mesures adéquates pour que la situation soit rectifiée. Je ne ressentais pas d'aversion particulière pour cet employé de la ville qui était pris en otage dans les procédures judiciaires. Par contre, il venait de confirmer que Washington était à blâmer dans cette histoire et c'était un bon point pour nous. Il restait à voir si l'avocaillon avait d'autres questions en réserve pour son client ou si nous allions passer directement au contre-interrogatoire d'Alan.

Ziva

Puisque la phase de négociation semblait avoir été une réussite, en apparence tout du moins, nous sommes tous revenus vers la salle d'audience. En entrant à l'intérieur, j'ai été saisie par l'agitation du jury qui semblait en avoir plus qu'assez de nous avoir attendus. Aaliyah avait l'air contrariée elle aussi mais j'ai associé son comportement à un certain degré de fatigue mêlé à son aversion totale vis-à-vis de maître Kennedy. Ma fille possède beaucoup de qualités humaines mais il était de notoriété publique qu'elle était aussi très rancunière.

Une fois que le juge Clark était de retour pour présider de nouveau, l'heure du témoignage de monsieur Lincoln avait enfin sonné. Notre tribu allait savoir pourquoi ma vie et celle d'Evelyne auraient pu s'arrêter ce jour-là. Cette fois, il était logique et normal que ce soit l'avocat de la défense qui interroge le témoin en premier. Le témoignage de l'employé de la ville était précis et nous avons eu la confirmation de ce que nous savions déjà, la ville de Washington avait fait preuve de négligence par rapport à l'entretien du véhicule utilisé par l'homme qui nous faisait face.

Monsieur Lincoln a tenu à s'excuser d'avoir provoqué l'accident et il a aussi précisé qu'il voyait un thérapeute pour essayer de gérer la culpabilité qui s'était emparée de lui à la suite de cet événement traumatisant. En voyant cet homme repentant et sincère dans ses paroles, je ne pouvais pas ressentir de la colère envers lui. Par ailleurs, je savais qu'il s'était arrêté après la catastrophe et qu'à aucun moment cet homme n'a cherché à se soustraire à ses responsabilités. Néanmoins, Je me souvenais que ma femme m'avait indiqué que notre conducteur avait peut-être été déconcentré à cause de son portable et c'était un élément à ne pas négliger, notamment dans le futur contre-interrogatoire de notre ténor du barreau.

Katia

Après cette entrée en matière précise, je me demandais si maître Kennedy allait essayer de faire dire autre chose à son client. Il faut dire que l'avocat avait l'air un peu surpris que monsieur Lincoln ait avoué avoir des séquelles psychologiques. J'imagine que cela ne faisait pas partie de leur stratégie de défense et que cela modifiait le plan du serpent venimeux. Toujours est-il que l'interrogatoire devait continuer avant que le juge s'énerve à nouveau...

Maître Kennedy : Qu'est-ce que vous pouvez nous dire à propos de la minute qui a précédé l'impact?

Lincoln : Je ne m'en souviens pas clairement, mis à part le fait que j'ai aperçu une silhouette. J'ai eu peur d'avoir un accident et c'est ce qui s'est produit.

À demi-satisfait, notre cher opposant est retourné s'asseoir tandis que l'employé de la ville prenait une gorgée d'eau. Ce dernier était pâle et on pouvait sentir qu'il avait hâte que tout soit fini. Il devait cependant subir un contre-interrogatoire de la part de notre ténor du barreau. Alan a relu ses notes avant de s'avancer calmement vers la barre. Une fois de plus, j'allais pouvoir observer notre avocat dans son habitat naturel. Le plus tranquillement du monde, l'homme de loi a déposé une feuille devant le témoin.

Alan : Monsieur Lincoln, pouvez-vous lire le texte qui a été surligné?

Lincoln : Il est écrit 17:39 appel entrant et durée 33 secondes.

Alan : Il s'agit du relevé de votre compte téléphonique et cet appel a eu lieu tout juste avant l'impact. Cela expliquerait-il pourquoi vous avez seulement aperçu ma cliente et pourquoi vous avez brûlé ce feu de circulation?

Je comprenais tout à fait où il voulait en venir. Même s'il y avait eu un problème mécanique sur le véhicule, il était interdit de prendre son téléphone en main tout en conduisant. La ville de Washington partageait la responsabilité du coma de ma femme avec son employé. Le jury devrait tenir compte de cet important élément de preuve pour rendre son verdit un peu plus tard... J'ai jeté un oeil vers ma compagne pour essayer de déceler ce qu'elle pouvait bien penser de tout cela et du fait que le procès touchait à sa fin.

Ziva

Jusqu'à présent, l'atmosphère qui régnait dans la salle d'audience était pesante mais le fait qu'une négociation avait eu lieu quelque temps auparavant avait calmé les esprits de part et d'autre. L'interrogatoire de notre avocaillon portait principalement sur les faits sans vraiment les relier aux causes de l'accident. Le fait que monsieur Lincoln avoue qu'il était suivi psychologiquement n'a pas été apprécié par son avocat et il était évident que cet élément n'entrait pas dans la stratégie du camp adverse, ce qui était un point positif pour nous.

Après une fin d'intervention assez morne, Alan est entré en scène pour mener son contre-interrogatoire. Après avoir relu rapidement ses notes il est allé au centre de l'arène en déposant une feuille sous les yeux du témoin au préalable. A la lecture de celle-ci notre adversaire indirect confirmait qu'il était au téléphone au moment de l'impact et que par conséquent son attention était altérée. La preuve des torts partagés entre la municipalité et son employé était manifeste. Le témoin qu'Alan questionnait était de plus en plus pâle et mal à l'aise face aux faits qui l'accablaient.

Dans le même temps, j'ai vu que ma compagne m'interrogeait du regard pour essayer de savoir ce que je pensais de tout ça. Je me suis contentée de lui dire que tout allait bien en langage des signes. J'avais de la peine pour ce pauvre homme qui se tenait face à l'audience. Il était rongé par la culpabilité et le donnait l'impression de ne pas parvenir à dépasser ce sentiment terrible qui vous ronge de l'intérieur. Je le savais mieux que personne puisque j'avais vécu une expérience similaire récemment. Pour moi, il était temps que ce procès se termine avec un verdict ferme mais juste.

Katia

Pour le moment, tout semblait se dérouler parfaitement puisque nous obtenions les preuves nécessaires à prouver que nous avions raison. En guise de réponse à ma question silencieuse, ma chérie a employé la langue des signes pour me dire qu'elle se portait bien. Mon attention s'est donc portée vers notre petite fleur qui semblait de plus en plus fatiguée. Discrètement, je l'ai attirée contre moi pour qu'elle puisse se reposer et pour la rassurer. Je lui ai également murmuré que les avocats allaient bientôt pouvoir présenter leurs conclusions avant que les jurés délibèrent.

Étant donné que notre avocat n'avait pas d'autres questions pour monsieur Lincoln, ce dernier a pu regagner sa place. Avec ses épaules tombantes, il avait l'air d'un chien battu que l'on aurait déjà condamné. J'étais certaine que nos opposants avaient tout fait pour que ce relevé téléphonique soit égaré. Il s'agissait d'une preuve accablante qui allait certainement aider le jury dans sa prise de décision.

Juge Clark : Je remercie toutes les personnes qui ont livré un témoignage. Nous allons maintenant entendre les remarques de maître Wilkinson.

Alan : Mesdames et messieurs les jurés, nous vous avons démontré que la ville de Washington et monsieur Lincoln sont coupables de cet accident routier. Si ce pick-up avait été mieux entretenu et si l'accusé avait laissé son portable sonner, il est fort probable que cette catastrophe aurait été évitée. Nous vous avons mis en lumière que la collision a eu pour conséquence de plonger madame David dans un long coma et que son bébé a été mis en danger. Nous demandons à ce qu'elles reçoivent une somme en guise de dédommagement.

Notre avocat est venu nous rejoindre pour laisser sa place à la partie adverse. J'anticipais ce qu'il allait dire puisqu'il y avait de grandes chances pour qu'il continue de sous-entendre que nous étions des déchets de la société qui ne méritaient pas de recevoir de l'argent. La probabilité que maître Kennedy fasse preuve de respect pendant toute sa tirade était effectivement bien mince!

Ziva

J'étais assez satisfaite de voir que les preuves qui s'ajoutaient au dossier de l'instruction allaient dans notre sens. La fin de l'interrogatoire d'Alan a semblé être interminable pour monsieur Lincoln, probablement parce qu'il devait en avoir plein les bottes, comme tout le monde dans cette salle d'audience. Notre ténor du barreau à mis fin au supplice très rapidement et c'est un homme abattu qui a regagné sa place. Du coin de l'oeil, j'ai pu m'apercevoir que ma femme avait un geste de tendresse envers notre fille aînée qui montrait des signes de fatigue elle aussi.

L'honorable juge Clark a ensuite remercié tous les témoins de ce procès avant de donner la parole à notre avocat pour qu'il puisse donner ses conclusions à la cour. Je n'étais pas inquiète quant à la rigueur et la finesse d'analyse que notre homme serait capable de déployer pour convaincre le jury. Son discours était clair et concis et ne souffrait d'aucune approximation. Au regard des preuves apportées et à la lumière des témoignages étayés dans cette arène depuis deux jours, il était évident que la culpabilité conjointe de la ville de Washington et de son employé était sans équivoque.

Malgré tout, j'étais à la fois curieuse et légèrement angoissée à l'idée d'entendre maître Kennedy exposer ses arguments sur cette affaire. Même si notre négociation précédente impliquait qu'il ne devait plus s'attaquer à notre vie personnelle, Il y avait très peu de chances pour qu'il respecte sa parole une fois qu'il serait face aux jurés. Du coup, lorsque ce nabot en robe noire s'est avancé pour prendre la parole, je m'attendais au pire. J'étais certaine qu'il allait tenter une ultime charge contre nous et ce crétin savait que ce serait sa dernière occasion d'écorner notre réputation. Nous étions dans sa ligne de mire et son sourire narquois n'augurait rien de bon.

Katia

C'était maintenant le temps d'écouter la plaidoirie de maître Kennedy. L'homme s'est levé et il s'est placé face au jury de manière à pouvoir capter leur attention. J'avais l'impression qu'il se prenait pour un grand manitou et qu'il croyait sincèrement pouvoir convaincre ces hommes et ces femmes de l'innocence de son client. Après avoir pris une grande inspiration, il s'est mis à déverser son venin en appuyant sur chacun de ses mots.

Maître Kennedy : La partie adverse vous a dit que mon client était distrait et que son véhicule manquait d'entretien. Je tiens à vous rappeler que madame David est connue pour prendre des risques inutiles, surtout lorsqu'elle conduit un véhicule. Par ailleurs, ni sa conjointe ou leur fille ne peuvent confirmer hors de tout doute que la circulation a été respectée. Enfin, le point le plus important à se souvenir est qu'il s'agit d'une famille déviante qui a sans cesse besoin de s'enrichir! Je crois qu'il est évident qu'elles n'ont pas besoin d'un revenu supplémentaire pour alimenter leurs petites fantaisies : voyages en jet privé, villa aux États-Unis et plusieurs résidences secondaires. Elles ont tout ce qu'elles désirent alors qu'elles ne méritent rien du tout parce qu'elles sont lesbiennes!

Le serpent à sonnettes s'est retourné et il nous a défiées du regard. Il devait se dire qu'il n'avait pas rompu sa promesse puisqu'il avait plus ou moins répété les mêmes arguments qu'il avait eu plus tôt. Je n'appréciais pas qu'il nous accuse de ne pas être un couple ou une famille normale et qu'il insinue que nous étions cupides et exubérantes. Je devais faire des efforts surhumains pour ne pas me lever et aller décocher un coup de poing au visage de ce connard homophobe! Aaliyah semblait aussi sur le point d'exploser et j'ai senti tous ses muscles se tendre en même temps. Le juge Clark a choisi ce moment pour abattre son marteau en demandant aux membres du jury de ne pas tenir compte de cette dernière remarque qui était complètement déplacée... Il avait lui aussi l'air d'être sous le choc que de tels propos puissent être tenus de nos jours.

Ziva

L'heure de la plaidoirie de maître Kennedy était arrivée et vu le comportement de l'intéressé au moment de prendre la parole, j'étais persuadée que le voyage serait haut en couleurs. Dire qu'il en faisait des tonnes pour capter l'attention du jury était un doux euphémisme et dès l'instant où il a ouvert la bouche, il était clair que notre famille allait en prendre plein la gueule. Après avoir démonté les arguments avancés par Alan un par un, il a cru bon de déplacer le débat sur le fait que je conduisais assez imprudemment depuis mon arrivée à Washington. C'était un angle d'attaque qui ne tenait pas la route puisque je me suis assagie au fil du temps et de mes responsabilités familiales grandissantes.

Il s'est ensuite accroché au fait que selon lui, personne ne pouvait confirmer à 100% que les feux de circulation avaient été scrupuleusement respectés. Là encore, si j'avais envie d'être pointilleuse, il suffisait de s'appuyer sur les caméras de surveillance des environs du carrefour. Enfin, pour bien enfoncer le clou, il s'est décidé à se lâcher complètement sur ses ressentiments indirects sur notre vie de couple et familiale. Il a débité son flot de haine d'un seul bloc, en arguant que notre famille était déviante et cupide à souhait et que seule l'accumulation de richesses guidait notre vie. Il a appuyé son propos avec des exemples réels mais totalement extraits de leur contexte pour tenter de rallier les jurés à sa cause.

Une dernière charge est arrivée avec encore plus de force puisque ce fumier a carrément affirmé que nous ne méritions aucune réparation car nous étions lesbiennes ! A cet instant précis, le juge Clark a abattu son marteau sur son bureau en demandant au jury de ne pas tenir compte de cette remarque homophobe et particulièrement choquante de nos jours. J'ai d'ailleurs pu apercevoir le choc et l'horreur se dessiner sur le visage du juge avant qu'il ne retrouve sa neutralité obligatoire. Notre serpent à sonnettes avait déversé son venin et il semblait content d'avoir réussi son coup.

Dès la fin de sa déclaration, ce nabot en robe noire nous défiait du regard pour scruter nos réactions respectives. Mes deux amours avaient évidemment une envie irrépressible d'aller déverser leur rage physiquement sur cette raclure du barreau mais il fallait qu'elles restent tranquilles. J'ai pris une main de chacune de mes princesses dans les miennes pour essayer de les calmer. Comme je m'attendais à une telle démonstration de force, je suis restée impassible devant cette provocation de cour d'école. Mais je savais que ma femme avait promis à ce connard de lui faire vivre un enfer s'il dérapait encore, c'est donc ce qui allait se produire. De mon côté, j'allais m'assurer qu'il ne pourrait plus plaider la moindre affaire d'importance et se contenter d'être un avocat commis d'office pour le reste de sa misérable carrière.

Katia

Je m'étais préparée à l'éventualité de devoir utiliser le dossier que nous avions sur maître Kennedy. Par contre, je ne pensais pas qu'il recommencerait à nous insulter aussi rapidement. Le juge avait protesté, mais le mal était déjà fait. En quittant cette pièce, les jurés allaient se rappeler que nous étions une famille atypique qui était loin de faire partie de la classe ouvrière. J'étais certaine que cela allait teinter les discussions même si notre orientation sexuelle n'avait rien à voir avec ce procès. Malheureusement, il n'y avait rien d'autre que nous pouvions faire pour nous défendre contre les accusations gratuites de ce serpent à sonnettes!

Avant que les délibérations débutent, le juge Clark a donné des instructions très précises. Il a rappelé quels étaient les chefs d'accusation et les différents verdicts possibles. En observant nos pairs, je me suis aperçue qu'ils étaient exaspérés par la longueur de cette procédure. Chacun avait envie de rentrer chez lui le plus rapidement possible. Pourtant, ce serait certainement difficile pour ce groupe de gens à parvenir à l'unanimité. J'aurais aimé être une petite souris pour voir de quelle manière ils allaient procéder pour obtenir un consensus.

En attendant qu'une décision tombe, notre liberté nous a été rendue. Alan allait nous téléphoner dès qu'il recevrait des nouvelles du tribunal afin que nous assistions à la conclusion du procès. Aaliyah s'est retenue d'exprimer toute forme d'émotion tant que nous étions scrutées par les médias. J'ai pris par la main mes deux amours afin que nous quittions la salle en projetant l'image d'une famille unie. Je voulais montrer à tous ceux qui nous observaient que nous étions fortes dans l'adversité. Alan n'était pas bien loin derrière nous et c'est lui qui se chargeait de dire à tous les journalistes que nous n'avions pas de déclaration à faire. Nous avons donc fendu la foule de charognards pour nous rendre jusqu'à l'extérieur, avant de regagner notre voiture. Cette fois-ci, c'est moi qui allais conduire et je pensais qu'un peu d'air nous ferait du bien à tous. C'est pour cette raison que j'ai mis le cap sur un parc du voisinage où nous pourrions laisser libre cours nos frustrations.

Ziva

Une fois que notre imbécile adoré s'était retiré, l'heure des délibérations était arrivé. Le juge Clark a donné des instructions très précises à ce sujet, en rappelant les verdicts que les jurés avaient à leur disposition. En les observant de plus près, je me suis rendue compte qu'ils avait hâte que le procès se termine et ils ne se gênaient pas pour le montrer. Une fois que tout était clair vis-à-vis de cette partie de la procédure, nous avons été invités à reprendre notre liberté, le temps qu'un consensus soit trouvé. Alan nous a aussi assuré qu'il nous appellerait dès que les délibérations seraient terminées.

Notre famille s'est levée d'un seul bloc pour sortir de cette arène empoisonnée par les paroles de l'avocaillon en chef. Notre fille aînée affichait un visage de marbre pour éviter de laisser la moindre chance aux médias d'interpréter son comportement. Nous avons fendu la foule de journalistes unies comme jamais avant de voir un soleil éclatant inonder l'extérieur du tribunal. Une fois dehors, ma femme a pris le commandement des opérations en s'installant au volant de notre berline. Je n'avais pas d'objection à faire puisque tout ce que je voulais c'était m'enfuir du périmètre.

Ma déesse latine nous a emmenées près d'un parc que je ne connaissais pas encore. Ce serait néanmoins un excellent endroit pour laisser éclater nos ressentiments. En sortant de la voiture, Aaliyah s'est figée en s'adossant à la carrosserie de la Chrysler. Au bout de quelques secondes, Katia et moi assistions à un hurlement d'une puissance incroyable. Toute la puissance des cordes vocales de notre rayon de soleil ont été mises à contribution. Pendant de longues secondes, ce cri profond a envahi nos tympans avant de s'envoler vers les cieux. A la fin de ce cérémonial primaire, notre puce était essoufflée.

Aaliyah : Il fallait... Que ça sorte...

Je comprends totalement mon coeur. Au moins, tu libères toute ta colère.

Aaliyah : Pas encore. Tu n'imagines pas à quel point je suis emplie de haine envers ce connard.

Oh que si, nous l'imaginons tous.

Nous étions toutes adossées contre notre voiture et il était clair que nos corps étaient tendus comme la corde de trois arcs pointés dans la même direction. Je savais que j'avais vraiment besoin d'évacuer tous ces sentiments empoisonnés qui coulaient dans mes veines mais j'attendais de voir comment ma belle amazone allait s'exprimer à son tour avant de me lâcher. J'avais envie de me battre pour me débarrasser de tout ça. Un combat d'entraînement me ferait le plus grand bien.

Katia

Une fois arrivées au parc, nous sommes descendues de la berline. J'ai pu constater que personne ne nous avait suivies et que nous étions les seules âmes dans ce périmètre. Aaliyah s'est adossée contre notre véhicule et elle a poussé un hurlement primaire qui a résonné dans mes oreilles. Après avoir exprimé toute sa colère, notre petite puce s'est excusée tout en expliquant qu'elle ne pouvait plus garder ses ressentiments pour elle. Même si notre fille aînée avait pu se défouler, son corps semblait toujours aussi tendu qu'auparavant. C'est à ce moment que je me suis rendue compte que tous mes muscles étaient figés. Nous avons pris place de chaque côté de notre rayon de soleil tandis qu'elle expliquait à quel point elle abhorrait cet abruti d'avocaillon.

Évidemment, je partageais entièrement le point de vue de notre merveilleuse enfant. Ces deux derniers jours, j'avais encaissé de nombreux coups sans pouvoir me défendre. Le fait de savoir que je pourrais détruire ce connard était une mince consolation. Il fallait absolument que la pression redescende avant notre retour au tribunal ou je risquais d'égorger maître Kennedy malgré moi. Sans prononcer un seul mot, je me suis éloignée de mes deux amours et j'ai ramassé une branche par terre. Je l'ai utilisée pour tracer un grand cercle dans la neige. Connaissant ma femme, elle avait aussi besoin d'un exutoire et elle apprécierait ma proposition.

- J'aimerais vraiment pouvoir battre à mort ce salopard, mais il devra plutôt souffrir jusqu'à la fin de ses jours. Chérie, rejoins-moi dans cette arène de combat improvisée. Aucun coup au visage et aucune manœuvre qui pourrait nous mener l'une ou l'autre à l'hôpital. J'ai besoin de me défouler!

J'étais sûre que mon adorée allait accepter ce défi, mais il était pas certain que notre cascadeuse préférée bondisse de joie…

Ziva

Après avoir laissé notre fille aînée se défouler oralement, il était plus que temps de s'occuper de notre propre cas. Quelques minutes plus tard, ma belle amazone s'est éloignée de nous pour tracer un grand cercle dans la neige. Je n'ai pas compris instantanément ce qu'elle voulait faire, ce n'est que lorsqu'elle s'est adressée à moi que j'ai pu appréhender ce qu'elle attendait de ma part. Ma princesse avait envie de se battre contre moi pour essayer d'évacuer toutes nos frustrations communes par rapport à cette procédure mentalement difficile à supporter.

Notre rayon de soleil n'a quasiment pas bougé. Je savais pertinemment qu'elle n'allait pas approuver ce combat, malgré le fait que ma compagne avait énoncé des règles claires pour limiter les coups de ce pugilat. Pour ma part je me suis approchée de ma merveilleuse épouse pour lui signifier que j'approuvais sa proposition. Je me suis contentée de sourire face à l'appréhension de notre petit lys blanc car je savais que Katia allait être ferme voire violente mais elle ne me blesserait jamais volontairement. Il s'agissait de vivre une expérience que nous n'avions pas effectuée souvent.

Je me suis mise en garde pour me préparer au premier round face à ma guerrière préférée. Même si nous n'avions pas une tenue parfaitement adaptée à ce genre de sport, j'arborais un sourire carnassier à l'idée de me battre contre ma douce moitié. Aaliyah a fini par s'asseoir en tailleur sur une souche toute proche de la zone de combat que ma belle italienne avait mise en place. Nous étions en train de nous tourner autour et nous restions à bonne distance afin de ne pas être à la portée des poings de l'adversaire. À mes yeux, c'était à ma dulcinée de porter le premier coup de cette séance musclée à venir.

Katia

Calmement, ma compagne s'est approchée de moi et elle a accepté de relever le défi que je lui lançais. Aaliyah est restée silencieuse et elle a mis plus de temps à se rapprocher de nous. J'imagine qu'elle s'était fiée aux sons de nos pas dans pas neige pour emprunter la bonne direction. Même si elle n'avait pas l'air en accord avec l'activité que je proposais, elle ne s'y est pas directement opposée. Le combat a pu s'amorcer tranquillement puisqu'il fallait bien s'échauffer. Pendant l'espace de quelques minutes, nous allions être en opposition l'une et l'autre. Je m'efforçais de ne pas considérer cette bataille comme un simple jeu car je voulais que la meilleure de nous gagne!

Nous sommes restées à bonne distance l'une de l'autre tandis que nous faisions des mouvements circulaires. Je profitais de cet instant pour observer mon adversaire et décider du moment opportun pour la surprendre avec une première frappe. J'ai serré les poings et je me suis préparée mentalement à inaugurer les hostilités. En usant de ma vitesse, je me suis propulsée vers la guerrière qui me faisait face et j'ai tenté de l'atteindre à l'épaule. Je n'ai pas réussi à atteindre ma douce moitié parce qu'elle a parfaitement esquivé. J'ai alors poussé un cri de rage avant d'y aller avec une autre attaque.

Même si je sais très bien comment neutraliser un criminel, on ne peut pas dire que j'excellais particulièrement pour les arts martiaux. Au mieux, je connaissais quelques prises de lutte qui peuvent mettre quelqu'un hors d'état de nuire. Par ailleurs, je manquais cruellement de pratique dans ce domaine. Je me suis rapidement rendue compte que mes gestes manquaient de précision par rapport à ceux de ma chérie. Il était évident que son entraînement au sein du MOSSAD lui donnait l'avantage. Cependant, je n'allais pas lui céder la victoire aussi facilement. Il ne faut jamais abandonner et donner raison à la partie adverse. C'était un postulat de base que nous appliquions dans nos vies et j'allais l'honorer quoi qu'il arrive!

Ziva

Le combat proprement dit avait commencé et ma princesse guerrière avait tenté d'ouvrir les hostilités. Pour le moment, ses mouvements étaient fluides mais la lecture de ses déplacements et de ses actions étaient faciles à décrypter. Je savais par expérience que ma déesse latine n'était pas friande de ce genre d'exercice car j'avais tenté à plusieurs reprises de l'intéresser aux sports de combat sans jamais y parvenir. L'agent Fortini trouvait toujours un moyen de se défiler alors que je considérais que cette partie de l'entraînement était essentielle.

A partir du moment où les premières tentatives de mon épouse s'étaient avérées infructueuses, je considérais qu'il était temps que je réplique correctement tout en préservant l'intégrité physique de ma partenaire. J'ai donc porté plusieurs coups de poing rapides sans résultat puis un coup de pied qui a atteint la cuisse droite de Katia. Notre fille aînée nous observait toujours aussi silencieusement mais j'espérais qu'en nous entendant nous affronter, elle finirait par se prendre au jeu d'une manière ou d'une autre. Il fallait absolument que notre rayon de soleil comprenne que les risques que je prenais face à ma dulcinée étaient extrêmement limités.

Après ce premier coup porté avec succès, je me doutais que ma belle amazone n'allait pas rester aussi passive qu'auparavant. Sa fierté allait finir par ressortir et si je n'y prenais pas garde, j'allais me faire rosser proprement. Nous continuions à nous tourner autour et ma garde était relativement haute ce qui interdisait à mon adversaire de m'atteindre au visage ou sur le haut de mon corps. Je voyais bien que ma belle italienne avait envie d'en découdre et que la suite de ce pugilat serait féroce ! Je me suis donc rapprochée de mon opposante pour venir la provoquer afin que les choses sérieuses commencent.

Katia

En guise de représailles, ma chérie a également tenté de m'atteindre avec ses poings. J'ai réussi à esquiver les premiers coups grâce à ma perspicacité. Maintenant que le combat était réellement ouvert, je savais que ma femme n'allait pas me ménager. Ainsi, j'ai reçu son pied sur ma cuisse droite et j'ai perdu l'équilibre pendant une fraction de seconde. La douleur était vive et me rappelait que j'étais faite de chair et de sang. Tout mon corps s'est réchauffé et j'étais de nouveau envahie par un grand sentiment de colère. Il n'était pas question que je me laisse vaincre sans montrer tout ce que j'avais dans le ventre!

J'ai constaté que nous avions pratiquement piétiné toute la neige contenue dans le cercle à force de nous tourner autour. Ma tigresse devait commencer à s'impatienter puisqu'elle avait réduit la distance qui nous séparait. Elle protégeait le haut de son corps et de son visage à l'aide de ses bras. Si je voulais réussir à la toucher, il faudrait que j'utilise mes jambes. Sans prévenir, j'ai fait un tour sur moi-même tout en prenant appui sur mon pied gauche. Mon autre pied s'est logé dans les côtes de ma princesse. J'ai profité de ce moment pour essayer de la faire tomber au sol. Je savais que le combat tournerait peut-être à mon avantage si je pouvais dominer mon adversaire de cette manière.

Malheureusement pour moi, il n'était pas si facile de déséquilibrer ma compagne. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression de parvenir à mes fins pour me rendre compte que j'avais tort. Par ailleurs, dès que mon adorée a compris ce que je tentais de faire, elle est devenue extrêmement méfiante. Pendant ce temps, Aaliyah ne bougeait presque pas et elle semblait attentive aux bruits de nos déplacements. Même si l'idée d'être témoin de ce combat ne l'enchantait pas au départ, sa moue avait fait place à un petit sourire. Peut-être allait-elle commencer à nous encourager dans notre bêtise en choisissant de nous supporter l'une ou l'autre...

Ziva

Le round d'observation était terminé et je savais qu'à partir de ce moment précis, ma belle amazone allait mettre un point d'honneur à essayer de me vaincre. Après quelques mouvements préparatoires, mon adversaire m'a décoché un magnifique coup de pied circulaire qui m'a atteint aux côtes. Malgré une douleur vive qui aurait pu me déconcentrer je suis restée en équilibre en évitant de laisser Katia avoir la chance de me faire tomber. Elle semblait bien décidée à prendre le dessus sur moi malgré sa relative inexpérience en la matière.

Malheureusement pour elle, son atteinte précédente a fait que je me méfiais sérieusement. Même si la vitesse d'exécution de ma partenaire était de plus en plus impressionnante, je parvenais, parfois par miracle, à ne pas être atteinte par ses coups. Du coin de l'œil, je me suis aperçue que notre fille aînée commençait doucement à se décontracter et à s'amuser de la situation. J'ai donc voulu mettre les pendules à l'heure concernant le combat qui se déroulait devant elle. Si ma femme voulait gagner ce duel, elle allait devoir s'employer plus sérieusement encore.

Après une suite de coups de poing que j'ai eu bien du mal à éviter, je me suis propulsée en avant pour atterrir contre le corps de ma déesse latine. En usant de tout mon poids je l'ai fait basculer sur le dos tout en accompagnant sa chute pour éviter qu'elle ne se blesse. Une fois que ma manœuvre était terminée, je dominais ma sublime épouse en arborant un magnifique sourire narquois alors que chacune de mes jambes cernaient le corps magnifique de ma guerrière préférée. Je me suis assurée que mon opposante ne pouvait plus bouger avant de prendre la parole.

Alors jeune fille, on commence à regretter de ne pas avoir voulu assister à mes cours particuliers ? Peut-être que si tu l'avais fait, j'aurais pu ouvrir les yeux plus tôt sur tes envies de moi...

J'avais murmuré ses paroles à l'oreille de ma dulcinée pour la piquer au vif. Je n'avais pas envie de gagner facilement et je savais aussi qu'en agissant de la sorte, elle allait se démener et évacuer tout ce qui l'empoisonnait depuis des jours. J'étais aussi très curieuse de voir comment Aaliyah allait réagir en comprenant que sa mère était au sol...

Katia

Même en m'appliquant dans chacun de mes gestes, je ne parvenais pas à déjouer la vigilance de ma chérie. Le plan que j'avais établi s'est rapidement retourné contre moi alors que ma femme a réussi à me plaquer au sol. Afin d'éviter de me blesser au dos, elle m'avait parfaitement accompagnée dans ma chute. Après s'être assurée que je ne pourrais pas m'enfuir facilement, ma femme m'a murmuré quelques mots au creux de l'oreille. Je commençais effectivement à regretter mon manque d'entraînement dans ce domaine et le fait d'être surplombée par ma chérie faisait chavirer mon coeur.

- Je ne crois pas que j'aurais pu contrôler mes pulsions si nous nous étions retrouvées dans cette posture à l'époque...

J'ai pris le temps d'appuyer mes dires d'un regard sensuel avant de me libérer de cette étreinte bien spéciale. Il a fallu que j'utilise toutes mes forces pour parvenir à me redresser tout en utilisant mon centre de gravité pour repousser mon épouse. Même si ses jambes me maintenaient toujours en place, j'ai pu l'attraper par les poignets pour l'empêcher de me frapper. Une partie de moi était heureuse que note fille ne puisse pas voir ce qui se passait. Notre combat avait pris une tournure un peu sexuelle qui n'était pas tellement appropriée pour son âge.

Aaliyah : Ziva, laisse Katia se relever. Vous n'êtes plus sur un pied d'égalité et je crois que vous devriez vous dépêcher de finir votre jeu avant que maître Wilkinson ne vous parvienne à vous interrompre...

Notre petite fleur avait raison de nous rappeler à l'ordre de cette manière puisque le jury pourrait finir de délibérer à n'importe quel moment. J'ai donc lâché ma prise pour permettre à ma tigresse de se relever. J'ignorais de quelle manière nous allions bien pouvoir déterminer la gagnante de ce combat, mais je savais que rien ne m'obligeais à être loyale. Dès que j'ai pu retrouver l'usage de tous mes membres, je me suis remise sur pied avant de frapper ma guerrière israélienne de toutes mes forces. Cette fois-ci, je n'éprouvais pas autant de difficultés à l'atteindre. Il faut croire que je prenais confiance en moi au fur et à mesure que la bataille progressait!

Ziva

Ma petite pique concernant le manque d'entraînement de ma princesse et le sous-entendu qui allait avec avait parfaitement fonctionné. Ma femme m'avouait que dans ces conditions, elle n'aurait pas pu rester de marbre face à moi. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en entendant une telle révélation de sa part et son regard, sensuel à souhait en disait long sur ses sentiments actuels. Par la suite, mon adversaire s'est relevée partiellement tout en bloquant les mains pour éviter les coups que je pourrais lui administrer. C'est à cet instant que notre rayon de soleil nous a rappelées à l'ordre en me demandant de laisser ma guerrière adorée se relever et en nous conseillant d'abréger notre pugilat pour être prêtes pour le futur verdict.

J'ai donc libéré la prisonnière en pensant que nous allions nous arrêter là. Malheureusement pour moi, Katia n'a pas été loyale envers moi. Dès l'instant où elle avait retrouvé ses appuis, elle m'a frappée à la poitrine de toutes ses forces. Totalement surprise par cette attaque vive comme l'éclair j'ai basculé sous le choc et c'est moi qui ait senti le froid de la neige fondue sous mon dos. En me voyant en si mauvaise posture, j'ai voulu rouler sur le côté pour empêcher une immobilisation trop facile pour mon adversaire mais c'était trop tard pour cela...

Ma déesse latine a usé de tout son poids pour tomber sur moi. J'ai à peine eu le temps de croiser les bras sur ma poterne pour protéger les poignets que je me suis retrouvée au sol avec ma belle amazone littéralement allongée sur moi. Ses yeux étaient enflammés comme jamais et j'aurais juré que si notre fille aînée n'avait pas été présente, la suite des événements aurait été radicalement différente. En regardant ma dulcinée me dévorer du regard ainsi, je n'avais même pas envie de me défendre. Aucun être humain sur cette planète n'était capable de me fixer ainsi et qu'en retour j'en fasse de même. Cette alchimie était unique et j'en profitais comme jamais en attendant de savoir si mon épouse allait prendre la parole ou faire autre chose.

Katia

Aussitôt sur nos pieds, je me suis empressée de porter une dernière attaque et j'ai enfin obtenu les résultats escomptés. Ma chérie s'est retrouvée au sol et j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour l'immobiliser sur place. Tandis que j'étais allongée sur l'élue de mon coeur et je n'ai pas pu m'empêcher d'éprouver du désir pour elle. J'étais certaine que ma femme était capable de comprendre mes pensées sans qu'un seul mot ne soit prononcé. Nous sommes restées ainsi pendant une minute, sans que les choses dérapent. J'ai ensuite pris la parole pour marquer la fin du combat.

- Match nul mon amour. Je crois que j'accepterai ton offre pour des leçons particulières la prochaine fois...

Tout en restant extrêmement évasive dans mes propos, je me suis écartée et j'ai tendu la main à ma princesse pour l'aider à se relever. C'est à ce moment que j'ai pris conscience que nous étions couvertes de neige toutes les deux. Comme il était hors de question de paraître ainsi au tribunal, nous allions devoir faire un saut à la villa avant que le verdict ne soit annoncé. Cela nous donnerait l'occasion de voir Evelyne et de discuter un peu avec Pierre. Il n'y avait aucune raison pour que notre petite diablesse se porte mal, mais je ressentais un brin de culpabilité de me trouver loin d'elle pendant si longtemps...

Notre rayon de soleil est venu nous rejoindre au centre du cercle d'affrontement et elle nous a enlacées comme elle seule sait le faire. Je crois qu'elle était contente de voir que nous avions respecté les règles et qu'aucune de nous n'était blessée. Au final, notre cascadeuse préférée était restée neutre pendant toute la durée de notre défouloir. Sa maturité n'était plus à prouver et j'étais très fière de son comportement exemplaire. J'ai pris mes deux amours par la main et je les ai menés calmement vers la voiture. Une fois près de la Chrysler, j'ai tendu les clés à ma tigresse et j'ai pris place dans le siège passager. Après avoir dépensé autant d'énergie, j'avais besoin de reprendre des forces et c'est ce que j'allais faire pendant le trajet.

Ziva

Une fois que j'étais au sol sous mon adversaire, nous avons pris le temps de nous observer pendant une minute avant que Katia ne déclare notre affrontement nul et qu'il était probable qu'elle allait se présenter plus facilement à mes futurs entraînements particuliers, ce qui me ravissait d'avance. Ma princesse s'est ensuite relevée puis elle m'a tendue la main pour que je retrouve une position verticale rapidement. Peu de temps après, notre fille aînée est venue nous rejoindre dans l'arène improvisée par ma partenaire pour nous enlacer toutes les deux.

C'est à cet instant précis que j'ai remarqué que j'étais recouverte de neige et mon ancienne adversaire également. Il était donc urgent de faire un crochet par la villa pour que nous poussions nous changer afin d'être présentables au moment où le verdict sera rendu. Ce sera aussi l'occasion de faire un coucou à mon petit bout de chou et de discuter avec Pierre, notamment si des événements particuliers se sont déroulés pendant notre absence. Notre petite diablesse n'avait pas opposé de résistance vis-à-vis de notre majordome pour le moment mais les enfants sont parfois imprévisibles...

Une fois que tout le monde avait regagné notre berline, ma belle amazone m'a confié les clés de notre véhicule pour que je ramène tout ce joli monde à la maison. Le trajet s'est déroulé en silence car mon épouse avait visiblement besoin de récupérer de ses efforts physiques et mentaux précédents tandis que notre cascadeuse préférée semblait perdue dans ses pensées. Pour ma part, je ne pouvais pas m'empêcher d'anticiper la lecture du verdict qui interviendrait très bientôt. Est-ce que notre raclure du barreau avait réussi son entreprise de déstabilisation du jury ? Rien n'est moins sûr.

Katia

Après un court trajet en voiture, nous sommes arrivées à la villa. Aaliyah s'est dépêchée de sortir pour entrer dans la maison afin de faire un gros câlin à sa petite soeur. J'ai pris quelques photos à l'aide de mon smartphone et je les ai envoyées aux différents membres de notre famille. Pierre a paru surpris de nous voir revenir aussitôt et j'ai dû lui expliquer que nous attendions le verdict et que nous étions seulement de passage. Par la suite, j'ai entraîné ma femme dans notre chambre afin de choisir d'autres vêtements qui nous iraient à merveille. J'ai refermé la porte derrière nous et je me suis déshabillée avec nonchalance en sachant que mon adorée ne manquerait pas d'observer chacun de mes mouvements.

- Chérie, je pensais mettre une jupe noire et un top rouge... Qu'en penses-tu?

Pour illustrer mes propos, j'ai mis la tenue en question devant moi et j'ai attendu les commentaires de ma douce moitié. Même si Alan nous avait recommandé de porter des couleurs sobres, je croyais que nous pouvions nous permettre d'être plus flamboyantes lors de cette dernière phase du procès. Alors que je prenais toutes sortes de poses devant le miroir de notre chambre, j'ai entendu mon portable vibrer. Je me suis précipitée vers celui-ci pour me rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un appel de notre avocat, mais plutôt d'un message texte de la part de ma mère. La photo que je lui avais envoyée l'avait fait beaucoup rire et elle me demandait de la tenir au courant de nos déboires judiciaires. J'ai tapé une courte réponse avant d'expliquer à ma compagne qu'il s'agissait d'une fausse alerte.

- Nous avons encore un peu de temps devant nous, mais tu devrais quand même t'activer un peu mon amour. Lorsque maître Wilkinson nous fera signe, il faudra se dépêcher de regagner le palais de justice.

Il était évident que nous ne pourrions pas nous attarder ici trop longtemps. À moins qu'il y ait un problème majeur entre les jurés, ils n'allaient pas y passer toute la nuit! Beaucoup d'entre eux avaient démontrés des signes évidents de fatigue pendant l'audience et j'étais persuadée que chacun avait envie de rentrer chez soi le plus rapidement possible.

Ziva

Après avoir conduit ma tribu à la villa, j'ai dû être très vigilante car à quelques secondes près, notre fille aînée aurait pu tenter de faire une cascade pour sortir de la voiture alors qu'elle était encore en mouvement ! Malheureusement, je n'ai guère eu le temps de réprimander ma protégée car elle avait déjà filé vers la maison. Pierre semblait surpris de nous voir mais ma femme lui a expliqué que nous étions simplement de passage avant de retourner au tribunal. Je demeurais très silencieuse car je restais concentrée sur mes projections mentales concernant le verdict qui allait être rendu très prochainement.

Une fois que j'ai pu atteindre notre chambre à coucher avec mon épouse, celle-ci s'est aussitôt mise en quête de son nouvel apparat alors que je restais toujours autant dans le vague. J'avais aperçu du coin de l'oeil la petite séance photo improvisée que ma princesse avait effectuée un peu plus tôt mais j'avais bien du mal à rester attentive à mon environnement proche. Ce n'est que lorsque ma belle amazone m'a demandé mon avis sur sa nouvelle tenue que je suis sortie de ma bulle. C'est aussi à cet instant précis que les sons me parvenaient parfaitement aux oreilles et j'ai eu l'impression que quelqu'un avait brutalement monté le son de perception de mes tympans.

Ta tenue te va à ravir mon amour et je sais que ton comportement n'est pas anodin tu sais.

J'avais prononcé cette phrase avec une pointe de provocation plus que bienvenue qui indiquait à ma compagne que j'étais réceptive à ses petites attentions. Puisque ma dulcinée allait porter une jupe noire et un top rouge, j'ai décidé de porter un chemisier noir et une jupe rouge ce qui allait peut-être donner une image intéressante pour l'assistance de la salle d'audience mais aussi pour les médias, ce qui pouvait être assez amusant pour moi. J'avais envie de flirter avec la ligne jaune maintenant que le procès touchait à sa fin tout simplement.

Je me demandais d'ailleurs quelle réaction l'emportera dans la presse au moment où le jugement sera rendu, que ce soit à notre avantage ou non. Par la suite, ma déesse latine essayait de me faire accélérer le pas car comme elle l'indiquait, Alan pouvait nous appeler à tout moment. Je me suis donc changée rapidement avant de me préparer à revenir dans le salon avec ma tigresse à mon bras. Même si nous pouvions parfaitement nous rendre seules dans cette pièce de vie, j'appréciais de me prêter à ce genre de cérémonial un peu désuet pour entretenir l'amour que je portais à ma douce moitié.

Katia

Tout en approuvant mes choix vestimentaires, ma compagne m'a fait savoir subtilement qu'elle savait pourquoi je me trémoussais devant elle. Je me suis contentée de lui décocher mon plus beau sourire tout en continuant de m'habiller. Assez rapidement après avoir été rappelée à l'ordre, mon adorée s'est levée et elle a choisi sa propre tenue en se basant sur mes choix. Elle avait décidé de porter les mêmes couleurs que moi, mais de manière inversée. Ce faisant, nous allions être parfaitement coordonnées pour parader devant les journalistes, le juge et les jurés. Après nous être changées, ma chérie m'a prise par le bras et nous sommes descendues ainsi au salon.

Pierre : Vous êtes magnifiques toutes les deux! Quelle belle manière de voler la vedette au dernier moment...

- C'est ce que nous pensons aussi. Je commence à ressentir un brin de nervosité. Je crois que je vais aller me servir un thé. Vous en voulez?

J'ai attendu la réponse de chacun avant d'aller à la cuisine pour préparer ce breuvage si réconfortant. J'avais décidé d'agrémenter le tout avec un peu de miel, ce qui n'a pas manqué de me rappeler certains souvenirs de notre passage en Italie. À mon retour au salon, Evelyne était dans les bras de ma tigresse et elle essayait d'agripper son nez pour jouer. On aurait dit que notre petite diablesse s'était ennuyée de nous et qu'elle ne voulait pas nous voir repartir. Malheureusement pour elle, notre pause tirait à sa fin. Une quinzaine de minutes plus tard, Alan nous a contactées et il nous a demandé de le rejoindre dans la salle d'audience.

Sans perdre de temps, nous avons enfilé nos manteaux et nos bottes. Aaliyah tenait à nous accompagner malgré son état de fatigue avancé. Nous ne pouvions pas refuser ce privilège à notre rayon de soleil puisqu'il était important qu'elle puisse boucler cette histoire avec nous. D'ici moins d'une heure, nous allions enfin connaître le dénouement du procès. Je savais que nous avions fait tout ce qui était en notre pouvoir pour prouver que nous avions raison. Il restait à savoir si le jury était en accord avec nous ou avec maître Kennedy…

Ziva

Lorsque nous sommes apparues au salon, Pierre n'a pas tari d'éloges concernant nos tenues d'apparat. Il avait parfaitement compris l'effet que nous voulions obtenir en revenant au tribunal. Ma femme a ensuite mentionné le fait qu'elle était légèrement nerveuse et qu'elle allait faire du thé pour se détendre. Quasiment tout le monde a répondu favorablement à sa proposition de breuvage et pendant que j'ai vu ma dulcinée disparaître dans la cuisine, Pierre m'a confié ma fille cadette dès qu'elle a tendu les bras vers moi. Au moment où Katia est revenue avec nous, notre petite diablesse essayait d'attraper mon nez pour s'amuser.

Au bout d'un quart d'heure, Alan s'est manifesté pour nous demander de le rejoindre dans la salle d'audience, ce qui voulait dire que le dénouement du procès était proche. Notre fille aînée a tenu à nous accompagner et malgré sa fatigue prononcée, nous ne pouvions pas rejeter sa demande. Lorsque j'ai pris le volant de notre Chrysler, j'ai commencé à ressentir une grosse vague de nervosité. Du coup, mes vieux démons étaient de retour car je conduisais vite et assez brutalement. Il n'était pas certain que mes passagères apprécieraient une telle manifestation de mes états d'âme.

En arrivant à destination, j'ai garé la voiture le plus rapidement possible pour éviter de faire attendre quiconque dans l'arène qui nous attendait. Comme notre rayon de soleil connaissait parfaitement le chemin, elle n'a pas fait de détail en essayant de nous précéder. J'aurais pu la réprimander pour son manque de prudence mais je considérais que le moment serait mal choisi. Comme je le craignais, une meute de journalistes nous attendait, mais ils n'ont reçu de notre part qu'une gigantesque vague d'ignorance. Notre cascadeuse préférée était à présent entourée de ses deux parents au moment d'entrer dans ce théâtre qui allait peut-être voir éclater notre victoire face à maître Kennedy.

Katia

Notre retour vers le tribunal s'est effectué en vitesse puisque mon adorée conduisait en prenant des risques calculés. Il faut croire qu'elle commençait à se sentir anxieuse par rapport au dénouement qui nous attendait. Ma tigresse a garé notre berline sans faire de cérémonie et Aaliyah nous a précédé dans les escaliers menant à l'entrée du palais de justice. Nous l'avons rapidement rattrapée pour éviter qu'elle se fasse coincer par les journalistes qui nous attendaient avec impatience. Comme toutes les fois précédentes, nous avons refusé de faire un commentaire et nous nous sommes empressées de nous rendre en salle d'audience.

Notre avocat était assis à sa place en nous attendant. Il semblait étrangement serein et fier du travail accompli. Nous avons pris le temps de le saluer avant de prendre place à ses côtés. Pendant ce temps, la partie adverse avait fait son entrée en chuchotant. Maître Kennedy fanfaronnait toujours autant et j'avais envie de l'empoigner par le col et de fracasser sa tête contre le mur de lambris. Ce n'était malheureusement pas le moment de laisser libre cours à mes pulsions primaires. Je me suis donc contentée de lui offrir mon plus beau sourire avant de faire quelques exercices de méditation en silence.

Lorsque le juge est arrivé, tout le monde s'était levé par signe de respect. Nous sommes tous restés debout jusqu'à ce que le jury entre dans la salle. Le juge a demandé au porte-parole des jurés de lui remettre une feuille contenant le verdict. Après avoir pris connaissance de ce qui était écrit sur ce bout de papier, le juge Clark a demandé au même homme de faire la lecture du verdict. À ce moment, j'ai pris les mains de mes deux amours dans les miennes. Nos forces étaient ainsi unies et c'est ainsi que nous allions apprendre ce qui avait été décidé par nos pairs.

Premier juré : Au chef d'accusation de conduite dangereuse, nous déclarons que monsieur Lincoln est conjointement coupable avec la ville de Washington. Au chef d'accusation de négligence, nous déclarons que la ville de Washington est coupable. Le jury recommande qu'une indemnité compensatoire de 7.5 millions de dollars soit versée à madame David et madame Fortini.

J'avais retenu mon souffle pendant tout ce temps et j'ai mis un peu de temps à réaliser ce que cela signifiait. Nous avions obtenu justice et nous allions recevoir une somme d'argent encore plus grande que ce que notre avocat nous avait fait miroiter. J'avais sincèrement du mal à assimiler toutes ces informations et ce que cela voulait dire pour notre famille!

Ziva

Une fois à l'intérieur de la bâtisse qui avait accueilli les débats qui nous concernaient, j'avais pris le temps de respirer un bon coup avant d'entrer dans la salle d'audience. Alan nous attendait à la place qui était la sienne depuis le début de la procédure et il avait l'air serein et satisfait de son travail. J'ai interprété ce signe positivement et nous avons pris place à ses côtés. En ce qui concernait la partie adverse, je me suis simplement attardée sur l'air fanfaron de maître Kennedy qui m'exaspérait au plus haut point. Je devais rester calme mais j'avais une envie terrible de lui cisailler la figure.

Lorsque le juge Clark est entré, tout le monde s'est levé en signée de respect. Pour ma part, j'ai agi comme un robot car je ne parvenais pas à me détendre. Nous nous sommes tous assis de nouveau dès que le jury avait pris place dans la salle. J'étais tellement stressée que je n'ai pas vraiment prêté attention à la délivrance du verdict. J'ai tout juste senti la main de ma femme dans la mienne et j'ai simplement entendu de loin que monsieur Loncoln et la ville de Washington étaient responsables à différents niveaux. Cela signifiait que nous avions obtenu gain de cause et qu'une indemnité assez faramineuse nous était octroyée mais je n'ai pas réussi à réagir face à tout cela.

Ce n'est que lorsque la fille aînée à sauté dans mes bras que j'ai compris ce qui nous arrivait. Lentement, un sourire s'est épanoui sur mon visage et j'ai enfin compris ce qui se passait. Quelques larmes de joie ont coulé sur mes joues et j'ai pu voir les sourires s'allumer tout autour de moi. Je n'ai pas osé jeter un coup d'œil vers nos adversaires car je craignais qu'une nouvelle saillie de la part de notre raclure du barreau gâche notre joie. Je me suis donc abstenue tout en gardant notre rayon de soleil contre moi pendant que la séance était levée.

Katia

Alors que le verdict venait d'être délivré par le premier juré, ma femme semblait avoir atterri sur une autre planète. En effet, elle ne réagissait pratiquement pas aux informations qu'elle venait d'entendre. Ce n'est que lorsque notre petite puce l'a enlacée qu'elle a pris connaissance de notre victoire face à nos adversaires. J'ai constaté qu'elle était émue par ce dénouement et qu'elle se retenait de jeter un regard à maître Kennedy et son client. Pour ma part, je ne me suis pas gênée de les dévisager tout en promettant silencieusement à ce cher avocat de pacotille qu'il allait vivre l'enfer qu'il méritait!

Le juge Clark a dû rappeler tout le monde à l'ordre puisque les murmures de l'assistance avaient pris de l'ampleur. Les médias étaient secoués par l'information qui venait d'être rendue publique. J'étais certaine que nous serions harcelés par eux dès notre sortie de cette salle. L'honorable juge Clark a ensuite confirmé la sentence proposée par le jury avant d'annoncer que la séance était levée. Pendant tout ce temps, notre fille était restée blottie dans les bras de ma chérie. Je me suis contentée de déposer un baiser sur son front pour lui signifier que toute cette histoire était derrière nous. Par la suite, nous avons tous quittés le palais de justice sous une pluie de flashs d'appareils photo! Une fois de plus, Alan a réitéré que nos n'allions pas faire de déclaration autre que celle d'affirmer que nous étions très satisfaits d'avoir gagné notre cause!

Avant de nous séparer, notre ténor du barreau a affirmé qu'il nous téléphonerait lorsqu'il aurait reçu notre chèque. Nous étions maintenant libres de reprendre le cours de nos vies et ce n'était pas moi qui allais m'en plaindre! Nous avions travaillé tellement fort pour en arriver là. Cette fois-ci, j'ai pris le volant de notre Chrysler pour permettre à ma femme de prendre conscience que tout était terminé et que les responsables de son accident allaient payer. Ma douce moitié aurait pu perdre la vie ce jour-là et aucune somme d'argent ne pourrait réellement faire office de compensation. Cependant, j'espérais que la ville de Washington allait se réveiller et comprendre qu'il était inacceptable pour une administration de ne pas investir correctement dans sa flotte de véhicule. Les incidents de ce genre devaient être évités à l'avenir!

Ziva

Une fois que le verdict a été confirmé par le juge et que la séance était clôturée, nous n'avons pas mis longtemps à sortir du palais de justice. Alan a de nouveau fait face aux journalistes en expliquant que nous étions satisfaits de la décision qui avait été rendue. Je considérais moi aussi qu'il était inutile de s'étendre sur le sujet même si je me doutais qu'en coulisses ma femme fomentait déjà sa vengeance vis-à-vis de maître Kennedy. Notre ténor du barreau nous a affirmé qu'il nous contacterait dès la réception de notre chèque de dédommagement.

Par la suite, ma femme a pris le volant et je n'allais pas la contredire car j'avais vraiment besoin d'atterrir. Cette procédure avait été aussi violente que nécessaire et si j'avais été capable de démontrer une maîtrise totale de mes nerfs, ce n'était pas sans conséquences sur mon organisme. Je devais me reposer même si ce n'était pas ma tasse de thé. À partir de maintenant, je pouvais commencer à refermer la blessure morale qui découlait de cet accident de la route qui aurait pu me coûter la vie ainsi que l'existence d'Evelyne. Une fois que j'étais assise dans notre berline, j'ai poussé un énorme soupir de soulagement.

Il était plus que temps de rentrer chez nous à la fois pour savourer notre victoire récente et profiter de notre famille. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser une dernière fois aux péripéties que notre tribu avait vécues ces deux derniers jours qui me revenaient en tête. J'aurais aimé décerner une médaille à Aaliyah qui a été la plus valeureuse d'entre nous pour défendre son honneur et celui des siens. Le trajet vers notre demeure s'est déroulé calmement et il était certain que le reste de la journée serait calme et doux pour tout le monde. Une page se tourne et c'est tant mieux !