Bonjour,

Voici le 36ème chapitre ! On est proche de la fin de cette fic ... elle va me manquer. Je suis actuellement en train d'écrire une nouvelle histoire qui sera différente de celle ci mais sera également une histoire entre Dean et Castiel.
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture !

Merci de continuer à me lire et à m'envoyer des messages.

Sydney8201

Musique du chapitre :

Clinging on for life de The Hoosiers

Chapitre 36 : Tout ira bien

« Made enough mistakes

Between the two of us

To sing this thing

We still clinging on for life »

The Hoosiers

Dean était convaincu que le docteur Harvelle était la personne la plus à même de comprendre ce qu'il traversait et de lui donner les conseils adéquates. Il savait qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur de lui parler. Elle ne l'avait jamais jugé. Ne s'était jamais moquée de lui ou permise de faire des remarques désagréables. Elle se contentait de l'écouter et de lui donner de bons conseils. Il avait fini par la voir comme une mère de substitution et l'aimait sans doute plus qu'il n'était raisonnable de le faire. Il pouvait parfaitement imaginer être élevé par une femme de son genre. Il serait probablement devenu quelqu'un d'autre avec elle pour le guider. Il ne serait pas devenu un garçon terrifié par sa propre ombre et incapable d'avoir une relation amoureuse stable et durable. Il aurait réellement aimé pouvoir être son fils.

Le problème était qu'en la considérant comme sa mère, il avait les pires difficultés du monde à aborder certains sujets. Il pouvait discuter de son travail, de ses doutes, de ses cauchemars ou de son père. Mais il bafouillait et devenait extrêmement inconfortable quand il s'agissait d'aborder quoi que ce soit d'un tant soit peu sexuel avec elle. Quelle personne abordait ce sujet facilement avec ses parents ou les membres de sa famille ?

Dean avait pourtant besoin d'en parler. Il savait que ce qu'il vivait nécessitait qu'elle l'aide et il avait réellement besoin de son analyse objective des blocages qu'il rencontrait. Mais comment pouvait-il lui dire sans être mal à l'aise qu'il ne parvenait pas à avoir une érection quand il était avec son petit ami ? Comment pouvait il lui raconter la façon qu'il avait eu de se tendre quand Castiel avait tenté de faire pénétrer un doigt en lui ? Ce n'était définitivement pas une chose facile à évoquer avec une femme qu'il considérait comme une mère de substitution.

Le docteur Harvelle devait sans doute avoir senti son malaise – elle avait un sixième sens pour deviner les choses qui le tracassaient – et aborda d'elle-même le sujet lors de l'un de leurs rendez vous.

- Comment vont les choses avec Castiel ?

Dean leva la tête de ses mains qu'ils avaient jointes entre ses cuisses et fronça les sourcils.

- Elles vont … elles vont bien je suppose.

Le docteur Harvelle secoua la tête puis posa son calepin et son stylo sur la table entre eux. Dean savait qu'elle lisait clair en lui et qu'elle le pousserait jusqu'à obtenir les informations qu'elle voulait. C'était aussi pour ça qu'il l'aimait autant. Elle ne se contentait pas de ce qu'il lui donnait. Elle faisait en sorte qu'il s'ouvre à elle. Et il finissait toujours par parler sans même s'en rendre compte. Il avait confié des choses dont il n'avait parlé à personne. Confessé des choses auxquelles il préférait ne pas penser la majeure partie du temps. Elle avait un don.

- Ce que je veux savoir c'est comment vont les choses sexuellement entre vous ?

Dean détourna aussitôt la tête en sentant ses joues rougir. C'était idiot bien sûr. Le docteur Harvelle ne pouvait pas nier qu'il était sexuellement actif et puisqu'il était avec Castiel depuis plusieurs mois, elle devait forcément se douter qu'ils avaient déjà couché ensemble. Il avait même évoqué leur première fois avant qu'il ne se décide à se remettre avec le jeune libraire. Il n'avait aucune raison d'être gênée qu'elle aborde ce sujet. Mais c'était plus fort que lui.

- Dean, je suis une grande fille tu sais. Tu peux me parler de sexe sans avoir honte. Je sais que tu n'es pas vierge et je ne le suis pas non plus. Tu ne vas pas me choquer et je ne vais certainement pas me moquer de toi. Alors s'il te plait … dis moi ce qui te tracasse qu'on puisse avancer sur le sujet.

Dean poussa un long soupire mais ne tourna pas la tête. Il préférait de loin aborder ce sujet sans regarder sa psychologue dans les yeux. Il était suffisamment mal à l'aise comme ça.

- On n'a toujours pas … on n'a toujours pas fait l'amour, lâcha t-il.

Il repensa brièvement à la soirée catastrophique qu'il avait partagé avec Castiel trois soirs plus tôt. Il avait tenté de passer outre ses craintes mais il avait lamentablement échoué. Ils avaient ensuite regarder un film ensemble en mangeant des pizzas. Mais malgré le bonheur ressenti en se blottissant contre Castiel, il n'en avait pas pour autant oublié la honte qu'il avait ressenti en repoussant violemment le jeune libraire. Il ne voulait plus jamais rien vivre de ce genre.

- Est-ce que vous avez essayé ? Demanda le docteur Harvelle.

Dean se força alors à la regarder. Elle ne semblait pas gênée par ce qu'il disait. Pas plus qu'elle ne semblait avoir envie de se moquer de lui. Il savait qu'il pouvait tout lui dire. Il avait juste du mal à aborder ce sujet là. Mais il était conscient qu'il était nécessaire pour lui de vider son sac.

- On a essayé … je pensais pouvoir me forcer et Cas … il … je sais qu'il a envie de moi.

- Est-ce que tu peux me dire ce qui s'est passé ?

Dean hocha la tête avant de prendre quelques secondes pour réfléchir. Il ne pourrait pas éviter de donner tous les détails à sa psychologue.

- Dean, je sais comment fonctionne le sexe entre deux hommes. Tu ne vas rien m'apprendre, assura le docteur Harvelle.

Le jeune homme hocha une nouvelle fois la tête. Il était idiot. Il n'avait aucune raison d'avoir honte. Mais il n'avait jamais réellement parlé de ce genre de choses avec ses parents. Quand il était petit, son père lui avait donné un très rapide cours d'éducation sexuelle quand il avait cherché à savoir comment on faisait les bébés. Ca avait été extrêmement gênant pour lui et probablement tout aussi difficile pour son père. Et quand il avait eu quatorze ans, sa mère lui avait expliqué qu'il était en âge de s'intéresser aux filles et qu'il était temps pour lui dire de savoir à quoi servait un préservatif. Mais il n'avait jamais abordé de lui même ce sujet avec eux. Principalement parce qu'il ne se voyait pas demander à ses parents comment il devrait s'y prendre si toutefois il voulait coucher avec un autre garçon. Il avait tout appris en surfant sur Internet et en laissant Chris lui montrer le reste. Le sexe n'était pas un sujet tabou pour lui. Il en parlait souvent avec ses amis et parfois avec son frère quand il avait envie de le mettre mal à l'aise. Mais il n'avait jamais eu une telle conversation avec une personne qu'il considérait comme une figure parentale. Il soupira longuement.

- J'avais tout préparé pour que la soirée soit parfaite. J'avais rangé l'appartement, choisi mes vêtements pour qu'il ait envie de les arracher et … j'avais même allumé des bougies dans la chambre … je pensais que … j'avais envie que les choses fonctionnent entre nous et je pensais sincèrement que tout planifier était la meilleure manière d'y arriver. J'ai ignoré les signaux que m'envoyaient mon corps et mon esprit. Je n'ai pas prêté attention à l'angoisse que je ressentais. Je pensais qu'il suffisait de me remettre en scelle pour oublier le reste. De toute évidence, je me suis trompé.

Le docteur Harvelle avait les bras croisés sur sa poitrine, ses jambes étendues devant elle et un sourire amicale sur les lèvres. Dean savait qu'elle voulait en savoir plus. Il allait devoir lui donner tous les détails. Il détourna les yeux.

- Quand il est arrivé, je pensais être prêt. Je l'ai conduit dans la chambre et … on s'est embrassé. Au début, tout allait bien parce que je … les baisers ne sont pas un problème maintenant. Mais ensuite, il a commencé à me caresser et … j'ai commencé à paniquer … à avoir peur. Je transpirais et mon cœur battait trop fort. J'ai refusé de m'arrêter.

Il déglutit avec peine alors que les images de la soirée lui revenaient en mémoire. Il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti quand Castiel avait commencé à le déshabiller. Il avait eu peur. Il avait été terrifié.

- Il m'a conduit jusqu'au lit et je lui ai retiré ses vêtements. Je pensais que le voir nu réveillerait mon désir pour lui … mais … je sais que je l'aime et je le trouve toujours aussi attirant. Pourtant c'était comme … comme s'il ne me faisait aucun effet.

Dean secoua la tête puis se passa la main dans les cheveux. Il détestait son corps pour lu avoir fait faux bond au pire des moments. Il aurait aimé pouvoir aller jusqu'au bout. Il était sûr que coucher avec Castiel lui permettrait de mettre définitivement derrière eux les problèmes qu'ils avaient. Le sexe n'était pas forcément la solution mais l'intimité en revanche l'était. Et Dean ne voyait rien de plus intime que de faire l'amour.

- Quand il m'a couché sur le lit, il s'est installé au dessus de moi et j'ai eu la sensation … je me sentais prisonnier. J'étais terrifié. J'avais l'impression qu'il allait me faire du mal alors que je savais qu'il en serait parfaitement incapable. Et comme je suis têtu, je l'ai tout de même laissé me déshabiller. Quand il m'a retiré mon pantalon, il a constaté qu'il y avait … qu'il y avait un problème.

Dean jeta un coup d'oeil au docteur Harvelle et fut une nouvelle fois rassuré de constater qu'elle ne semblait pas s'amuser de ce qu'il disait. Il savait qu'il était idiot de redouter sa réaction. Malgré tout, il avait du mal à mettre des mots précis sur ce qui était arrivé.

- Tu n'as pas réussi à avoir d'érection ?

Dean s'étouffa avec sa salive en entendant la question de sa psychologue. Il toussa pendant de longues secondes, incapable de reprendre son souffle. Quand il eut retrouvé un minimum de calme, il se passa une main sur le visage. Ses joues étaient brûlantes et il se maudit de se comporter comme un adolescent lors de son premier cours d'éducation sexuelle.

- Dean, s'il te plait … tu peux me parler, assura le docteur Harvelle.

Le jeune homme hocha la tête. Il le savait. Il avait confiance. Mais il n'avait pas l'habitude de parler de ce genre de choses ouvertement. En général, il le faisait par des sous-entendus et uniquement avec Chris qui l'avait déjà vu nu et savait tout de lui.

- Ok, oui je n'ai pas réussi à … avoir d'érection et … j'ai pensé que j'avais besoin d'un peu de stimulation. Avec le temps, on fini par savoir ce qu'on aime et ce qui nous excite le plus. J'ai fait comprendre à Castiel qu'il devait utiliser ses doigts et … enfin vous voyez quoi ?

- Je connais la mécanique du sexe anal si telle est ta question.

Dean préférait ignorer cette dernière remarque parce qu'elle l'amenait à imaginer des choses auxquelles il préférait ne surtout pas penser. Le jeune homme ferma les yeux une seconde en se pinçant l'arrête du nez.

- Quand il a introduit un doigt en moi, je … brusquement, c'était comme si mon corps se fermait complètement et … c'est devenu douloureux pour lui et pour moi. Il a reculé et m'a assuré que tout allait bien … qu'il ne m'en voulait pas et qu'il pouvait attendre. Et je sais qu'il ne me forcera pas mais … c'est un homme de trente ans et il finira par ressentir un besoin trop fort … qu'est-ce que je vais faire si c'est le cas ? Je devrais le laisser partir ?

Dean rouvrit les yeux, soupira longuement puis posa son regard sur sa psychologue. Elle lui souriait toujours et ne semblait pas choquée par ce qu'il venait de dire. Dean espérait sincèrement qu'elle aurait des réponses à lui apporter parce qu'il était à court d'idées.

- Tu crois vraiment qu'il pourrait aller voir ailleurs ? Demanda t-elle finalement après quelques secondes.

Dean savait que Castiel était quelqu'un de fidèle. Mais il savait également qu'il finirait par ne pas être satisfait de leur relation et qu'il serait dans l'obligation de trouver quelqu'un capable de lui donner ce dont il avait besoin.

- Je ne sais pas … je préfère ne pas avoir à me poser des questions … je voudrais redevenir comme avant et … je voudrais pouvoir faire l'amour avec l'homme que j'aime !

Le docteur Harvelle hocha la tête puis croisa ses jambes et ses bras.

- Dean, est-ce que tu peux me décrire avec précision ce que tu as ressenti quand Castiel a commencé à te toucher ?

J'ai paniqué … c'était comme si une partie de moi savait qu'il ne me ferait jamais de mal et qu'une autre me criait qu'il était sur le point de me violer. Je dois probablement devenir dingue non ?

- Tu n'es pas fou Dean. Je peux te le garantir.

- Alors quoi ? Si je ne suis pas fou ou schizophrène, qu'est-ce qui m'arrive ?

Dean aurait aimé que le docteur puisse mettre des mots précis sur ce qu'il vivait. Qu'elle établisse un diagnostic clair à partir des symptômes qu'il venait de lui énumérer. Il se fichait du mot qu'elle emploierait. Il voulait savoir contre quoi il devait se battre. Avoir un nom de maladie lui offrait l'opportunité de trouver un traitement. De se soigner et de guérir.

- Je vais te poser une question un peu dure mais j'aimerais que tu me répondes honnêtement, avança le docteur Harvelle après de longues secondes de silence.

Dean lui fit signe de parler d'un geste de la main.

- As-tu déjà été violé ?

Le jeune homme secoua aussitôt la tête puis prit une seconde pour réfléchir. Cette question faisait écho à toutes les choses auxquelles il pensait souvent. A l'attitude de ces hommes qui avaient couché avec lui sans réellement se demander s'il le voulait réellement. Michael avait tenté de le violer et s'en était pris physiquement à lui mais tous ces inconnus l'avaient marqué psychologiquement et émotionnellement.

- Personne ne m'a jamais forcé à … il y en a un qui a essayé mais j'ai réussi à m'échapper. Les autres … pour les autres … j'étais consentant.

- Vraiment consentant ?

Dean haussa les épaules. C'était une question compliquée. Il n'avait jamais eu la sensation d'être contraint de dire oui à ces hommes. Il s'était rendu dans ces bars pour trouver de la compagnie. Pour multiplier les conquêtes. Pour oublier tout le reste. Et c'était sans doute là que le problème se posait. Il n'avait que très rarement couché avec des hommes parce qu'il les aimait et qu'il en avait réellement envie. Il y avait eu Chris, Jamie et Castiel. Dean avait souvent vu le sexe comme un échappatoire. Il était trop jeune et trop naïf pour se rendre compte que cela faisait de lui quelqu'un de vulnérable. Peut-être ces hommes auraient-ils du s'en rendre compte. Peut-être auraient-ils du dire non pour son bien. Peut-être avait-il était violé en fin de compte.

- Peut-être pas tant que ça … mais je n'ai jamais dit non. Je ne leur ai jamais dit d'arrêter. Je suppose que j'étais trop jeune pour me poser les bonnes questions et sans doute qu'ils auraient du se demander ce qu'un gamin de quinze ans pouvait faire dans un bar. Ils sont sans nul doute coupables d'avoir abusé de mon état mais ils n'ont jamais abusé de moi.

- Ca revient au même Dean … et mon but n'est pas de les pointer du doigt même si je crois réellement qu'ils sont en partie responsables de tes problèmes aujourd'hui. Ce que je veux te faire comprendre c'est que ton passif a un impact inévitable sur ton présent.

Dean prit quelques secondes pour repenser à tous ces hommes avec qui il avait couché. Il y en avait certains qui avaient pris le temps de le faire jouir lui aussi. Qui s'étaient montrés délicats et l'avaient regardé avec une certaine adoration. Certains en revanche n'en avait pas grand chose à faire de son propre plaisir. Ils utilisaient son corps, se montraient trop brusques et ne s'embarrassaient pas vraiment de le préparer. Il avait eu mal parfois. Il s'était souvent senti extrêmement sale en rentrant chez lui. Peut-être le docteur Harvelle avait-elle raison de penser que tout ceci ressemblait réellement à un viol. Il n'avait jamais dit non clairement mais tout chez lui criait qu'il n'était pas prêt, pas réellement lucide et certainement pas suffisamment mature pour prendre ce type de décisions. Dean se prit la tête alors que la réalisation de ce qu'il avait vécu s'insinuait en lui et lui nouait la gorge.

- Castiel n'est pas comme eux, protesta t-il contre la paume de ses mains.

Il savait que le docteur Harvelle ne portait aucun accusation contre Castiel. Elle ne l'accusait pas d'avoir cherché à abuser de son petit ami à un quelconque moment de leur relation. Mais il ressentait tout de même le besoin de le défendre.

- Je le sais … tu le sais toi aussi mais … il t'a trahi et parfois … ton cerveau associe Castiel avec la souffrance occasionnée et il te renvoie aux autres hommes qui t'ont fait souffrir … des hommes qui ont abusé de ton corps et de ta vulnérabilité. Il se rebelle contre chacun de ses gestes parce qu'il redoute qu'il puisse te faire mal à nouveau. Le sexe requière beaucoup de confiance en la personne avec qui on le partage … tu n'as plus confiance en Castiel. Il est tout à fait normal que les choses soient devenues aussi compliquées pour vous deux.

Dean retira ses mains de son visage pour regarder à nouveau sa psychologue dans les yeux. Elle semblait extrêmement sérieuse et le jeune homme prit le temps nécessaire pour analyser son explication. Elle tenait la route. Bien sûr qu'elle tenait la route. Le docteur Harvelle était définitivement plus lucide que lui sur le sujet. Elle avait le recul nécessaire, l'expérience et les années d'études suffisants pour lui permettre de mettre des mots sur ce qu'il ressentait.

- Ok, alors qu'est-ce que je fais ? Parce qu'il est hors de question pour moi de passer ma vie sans sexe. J'ai dix huit ans et j'ai un homme incroyablement sexy qui n'attend que moi ! Je refuse de faire vœu de chasteté à mon âge !

Le docteur Harvelle secoua alors la tête et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, elle semblait légèrement amusée par ce qu'elle entendait. Ce qui n'était pas du tout du goût du jeune homme.

- Ca vous fait rire ? Demanda t-il en fronçant les sourcils.

La psychologue se redressa alors et étendit ses jambes devant elle. Elle reprit son bloc note et son stylo et le fit tourner quelques secondes entre ses doigts. Elle souriait toujours et pendant une seconde, Dean eut envie de lui dire d'arrêter. Il eut envie d'hurler et de taper dans les murs. Il serra les poings sur ses cuisses et attendit patiemment sa réponse.

- Je ne me moque pas de toi Dean … crois moi, il n'y a rien de drôle dans ce que tu traverses. J'ai simplement été amusée par la façon que tu ais eu de le formuler.

Dean soupira longuement. Il devait probablement avoir l'air d'un idiot. Il en était un d'ailleurs. Il n'avait aucune raison de s'emporter contre le docteur Harvelle. Elle faisait son possible pour l'aider et elle n'avait jamais porté aucun jugement sur lui. Il s'était souvent énervé entre ces quatre murs. Il avait crié, manqué de respect à sa psychologue et dit des choses qu'il regrettait aujourd'hui. Elle n'avait jamais élevé la voix de son côté. Ne l'avait jamais jeté en dehors de son bureau. Et malgré toutes les marques d'affection qu'elle lui avait donné, il continuait de douter d'elle. Il se demandait parfois comment elle pouvait continuer à le supporter.

- Mais pour répondre à ta question, je crois qu'il existe des solutions à ton problème. Le tout est de se montrer patient, expliqua le docteur Harvelle.

Dean hocha la tête. Il savait qu'il allait avoir besoin de temps pour aller mieux. Après son échec avec Castiel, il avait pris conscience qu'il était inutile de chercher à avancer trop vite.

- Ok j'attends mais … combien de temps ?

- Je doute qu'il soit possible de donner un délai Dean. Tout dépend des personnes et du traumatisme. Le tien est profond et je crois qu'on a eu tort tous les deux de l'ignorer jusque là.

Le jeune homme était surpris d'entendre sa thérapeute reconnaître qu'elle avait commis une erreur. Ils avaient parlé de tout ensemble et il avait évoqué même les plus noirs de ses secrets. Mais jamais elle ne lui avait demandé de s'attarder sur ses expériences sexuelles passées. Et Dean avait fini par croire que cela n'avait aucune importance aujourd'hui. Il s'était trompé. Ils s'étaient trompés tous les deux.

- Mais il n'existe aucun moyen de … je ne sais pas de travailler sur le problème ? Demanda t-il.

Il pouvait envisager de s'accorder du temps. Mais il refusait catégoriquement d'attendre éternellement sans garantie de résultats. Il perdrait Castiel et avec lui l'espoir d'une vie normale. Il avait besoin de certitudes. Besoin de faire au moins un pas en avant.

- Je peux te proposer un exercice si tu veux, répondit le docteur Harvelle en inclinant la tête sur le côté.

Son attitude laissait à penser que ce qu'elle allait dire ne plairait pas au jeune homme. Ou qu'il allait probablement être mort de honte quand il aurait connaissance de la nature de l'exercice en question. Mais il s'en fichait. Il était prêt à tout.

- Dites moi, l'encouragea t-il.

Le docteur Harvelle nota quelque chose sur son calepin puis le referma. Elle le garda sur les genoux, ses mains jointes au dessus de la couverture.

- D'après ce que tu m'as dit, ton problème n'est clairement pas physique. Il t'est donc parfaitement possible de prendre du plaisir dans un acte à caractère sexuel. En revanche, tu ne parviens pas à accepter que Castiel te touche de manière trop intime. Je pense qu'il est possible pour vous de trouver un arrangement … de travailler sur ce problème.

Dean avait la sensation qu'elle cherchait à faire durer le suspens et il avait un peu de mal à se montrer patient. Mais il ne dit rien et se contenta de se mordiller la lèvre pour ne pas laisser le moindre son franchir le seuil de sa bouche. Le docteur Harvelle baissa alors les yeux sur ses mains.

- J'aimerais que tu fasses venir Castiel chez toi et que tu te masturbes devant lui. Tu peux le laisser te toucher mais je veux que ses caresses restent au dessus de ta taille. Si cela fonctionne alors vous pourrez envisager les fellations. Cela devrait permettre de faire progresser les choses suffisamment lentement pour que ton corps comprenne qu'il n'a rien à craindre de ton petit ami.

Dean sentit ses joues rougir instantanément et il détourna les yeux automatiquement. Ok, il avait voulu une réponse. Il l'avait. Mais entendre le docteur Harvelle parler de masturbation et de fellation aussi librement le mettait réellement extrêmement mal à l'aise. Il se frotta la nuque une seconde puis se leva du canapé et s'éloigna d'elle. Il lui tourna le dos et observa le mur devant lui.

- Comment faire … tout ça si je n'arrive pas à … enfin vous savez … devant lui ? Demanda t-il.

Sa question n'était sans doute pas très clair mais elle avait le mérite d'être nécessaire. Il existait clairement un problème technique dans cette solution. Il ne pouvait pas imaginer se masturber devant Castiel s'il ne parvenait pas à avoir d'érection en sa compagnie. Il n'en revenait pas d'avoir ce genre de conversation avec sa psychologue.

- Si sa présence ne suffit pas alors tu peux utiliser autre chose … peut-être un film pornographique ?

- Vous êtes en train de me demander de regarder un film pornographique avec mon petit-ami et ensuite de me masturber devant lui sans le laisser me toucher ? Je n'aurais jamais cru que vous étiez ce genre de femme, plaisanta Dean en croisant ses bras sur son torse.

Il avait besoin de plaisanter. Besoin de détendre l'atmosphère. Il était extrêmement tendu et il n'avait aucune idée de la façon dont il allait proposer à Castiel de faire toutes ces choses. Son petit ami n'était pas du genre à avoir de tels fantasmes. Il était plutôt du genre classique en matière de sexe.

- Tu serais étonné de savoir ce que je fais de mon temps libre Dean, rétorqua le docteur Harvelle.

Le jeune homme se tourna finalement vers elle et grimaça une seconde.

- Ok, trop d'infos … définitivement trop d'infos ! Répliqua t-il.

Le docteur Harvelle rit pendant une seconde avant de secouer la tête et de faire signe à son patient de revenir s'asseoir sur le canapé en face d'elle. Dean s'exécuta aussitôt en souriant puis poussa un long soupire. Il était épuisé mais il commençait à avoir la conviction qu'il allait réellement s'en sortir. Sa psychologue parvenait toujours à lui donner de l'espoir.

- Mais je vais suivre votre conseil … je vais tenter ma chance avec Castiel et croiser les doigts pour que cela fonctionne. Je veux que ça marche.

- Si toutefois vous échouez à la première tentative, tu ne dois surtout pas baisser les bras. Il se peut que tu aies besoin d'un peu plus de temps.

Dean le savait. Il avait conscience qu'il allait peut être échouer à nouveau. Mais il redoutait plus que tout sa réaction si c'était le cas. Il avait repris espoir et il en avait terriblement besoin. Il avait simplement besoin de trouver un moyen d'aborder le sujet avec Castiel à présent. Comment allait-il lui expliquer qu'il avait besoin de se masturber devant lui sur les conseils de sa psychologue ? Même en y pensant, le jeune homme ne pouvait pas cacher qu'il trouvait cela extrêmement bizarre. Et peut être un peu dérangeant. Il se passa une main dans les cheveux.

- Je le sais … et je serais patient. Je vous le jure, assura t-il en observant le docteur Harvelle du coin de l'oeil.

Elle semblait réellement satisfaite de lui avoir fait entendre raison. Dean réalisa alors qu'elle avait toujours obtenu ce qu'elle voulait avec lui. Elle avait réussi à le faire parler quand il s'était juré de ne plus jamais rien dire à personne. Elle était parvenu à lui faire confier ce qu'il avait systématiquement sur le cœur. Elle avait définitivement un don. Du moins un qui fonctionnait parfaitement avec lui.

- Dean, je sais que les choses te paraissent réellement compliquées en ce moment et je sais aussi que tu te fais énormément de soucis mais … tu n'as vraiment aucune raison de te montrer pessimiste. Tu as toutes les raisons d'être heureux et même si ta situation n'est pas parfaite, tu es amoureux et tu as la chance d'avoir un homme qui t'aime. Tout ira bien pour toi, assura le docteur Harvelle en souriant.

Dean aimait l'optimisme qui transpirait dans son ton. Il aimait la sincérité dont il ne doutait jamais la concernant. Elle lui avait toujours dit ce qu'il avait besoin d'entendre sans chercher à édulcorer les choses ou à le ménager. Elle pensait réellement que les choses allaient s'arranger pour Castiel et lui et il lui faisait totalement confiance.

- Vous devez commencer à en avoir assez de moi non ? Demanda t-il pour plaisanter.

Il avait besoin de dédramatiser un peu les choses et de passer les minutes qu'il lui restait à discuter de tout et de rien avec cette femme qu'il avait appris à aimer comme une mère.

- Je dois t'avouer que tu n'es pas le plus simple de mes clients … mais tu es sans nul doute le plus mignon, répliqua le docteur Harvelle en entrant dans son jeu.

Dean secoua la tête puis pointa son indexe dans sa direction.

- Je savais que vous craquiez pour moi … je le savais. Mais je suis gay … désolé … gay et fou amoureux. Toutefois si ça peut vous rassurer, j'aurais adoré être hétéro et libre … parce que je vous aurais sans nul doute dragué.

Il trouvait le docteur Harvelle séduisante. C'était évident qu'elle devait faire tourner des têtes. Elle n'était pas très grande mais elle avait un corps à tomber par terre. Ses yeux trahissaient sa grande gentillesse. Il aurait définitivement pu tomber amoureux d'elle même si elle était de vingt ans son aîné. Visiblement, il avait quelque chose pour les gens plus âgés que lui.

- Il t'aurait fallu vingt de plus mais tu m'en vois flattée, fit remarquer le docteur Harvelle.

- Je veux faire ma vie avec un homme de dix ans mon aîné … je n'attache aucune importance à ce genre de détails.

Dean avait toujours considéré que l'âge n'était pas qu'une question de chiffres. Il s'agissait avant tout d'un état d'esprit. Et il estimait également que les gens avaient tendance à embellir avec les années.

- Peut-être mais moi si … toutefois, je suis heureuse de constater que je peux avoir de l'effet sur un jeune homme comme toi.

- Comme moi ? Demanda Dean en fronçant les sourcils.

Le docteur Harvelle hocha la tête et son sourire s'élargit considérablement.

- Mignon et séduisant. Un des ces garçons qui m'aurait probablement ignoré à l'époque du lycée.

- Oh je vous en prie, vous êtes canon !

Le docteur Harvelle rit de longues secondes avant de secouer la tête et de détourner les yeux. Dean était content d'avoir réussi à changer de sujet. Il se sentait bien en compagnie de sa psychologue. Il se sentait totalement en sécurité. Et c'était quelque chose qu'il ne trouvait pas très souvent ces derniers temps. Il n'y avait que Sam, Benny et Castiel qui lui faisaient cet effet. Ses autres amis lui avaient fait trop de mal. Il n'avait pas encore réussi à leur pardonner. Il ne savait pas s'il le pourrait un jour. Peut-être aurait-il du aborder ce sujet avec le docteur Harvelle. Mais il n'en avait pas la force.

- Merci du compliment Dean mais cette conversation doit cesser maintenant. Elle n'est pas acceptable entre un patient et sa thérapeute. Alors il serait nettement préférable d'en revenir à des sujets plus classiques, rappela le docteur Harvelle en se passant une main sur le visage.

Dean la regarda une seconde et fut surpris de constater qu'elle avait les joues légèrement rouges et qu'elle se mordillait la lèvre inférieure. De toute évidence, cette conversation la rendait nerveuse. Il aurait sans doute pu en profiter pour se venger de toutes les fois où il avait été à sa place, mal à l'aise à l'idée d'évoquer des choses trop intimes. Mais il n'avait pas envie de la décevoir ou de l'énerver. Elle avait toujours été de son côté et il ne voulait surtout pas profiter de son malaise pour se moquer d'elle.

- Des sujets classiques comme ma perpétuelle dépression ou mon impuissance ? Plaisanta t-il à la place.

Le docteur Harvelle haussa les épaules. Visiblement, elle était partante pour discuter de tout sauf de sa vie amoureuse. Il se demandait parfois ce qu'elle avait pu vivre de ce point de vue là. Il savait qu'elle avait une fille. Il savait également qu'elle ne portait pas d'alliance. Mais il ignorait si elle avait quelqu'un dans sa vie ou ce qui avait pu arriver au père de sa fille. Il aurait aimé poser ces questions parfois. Mais il estimait ne pas en avoir le droit. Il avait beau se sentir extrêmement proche d'elle, il n'en restait pas moins un patient. Peut-être oserait-il évoquer ces sujets quand il n'aurait plus besoin d'elle comme thérapeute … si toutefois il n'avait plus besoin d'elle un jour. Il en doutait sérieusement. Il commençait à croire qu'il ne pourrait jamais se passer de ces séances. Il les espacerait sans doute. Mais elles étaient un moyen de dire ce qu'il n'osait pas dire à qui que ce soit d'autre. Un moyen d'évacuer sa frustration, sa colère et son chagrin. Il en avait besoin. Il en aurait sans doute toujours besoin.

- Tu n'es pas impuissant Dean et si tu es effectivement déprimé, je ne crois pas que tu sois toujours dépressif. Il existe une différence non négligeable entre les deux. Quand je t'ai rencontré pour la première fois, tu entrais définitivement dans la deuxième catégorie. Cela t'avait conduit à tenter de te suicider. Mais aujourd'hui, je n'ai plus le même garçon en face de moi. Tu as tellement changé qu'il est parfois difficile d'imaginer que tu es la même personne que celle qu'on a conduit de force dans mon bureau il y a deux ans. Alors oui, tu as encore quelques problèmes et des difficultés à les affronter seul. Mais c'est parfaitement normal. Cela ne fait pas de toi quelqu'un de dépressif. Cela fait de toi quelqu'un de normal. Même si tu refuses de le croire …

- Pourquoi me dire tout ça ? Demanda Dean, surpris par le brusque accès de sincérité de sa thérapeute.

Elle lui avait souvent dit qu'elle refusait de lui donner son avis sur son état autrement qu'en attribuant des termes cliniques à ce qu'il vivait. Mais il y avait quelque chose de différent dans le discours qu'elle venait de lui servir. Quelque chose de personnel. Elle ne lui avait pas uniquement donné son avis en tant que psychologue. Elle semblait impliquée. Elle semblait réellement concernée.

- Peut-être parce que je suis très fière de toi et que … bien que je reste ton médecin avant tout, je ne peux pas nier que j'ai fini par m'attacher à toi. Je n'ai jamais eu de fils mais si j'en avais eu un … j'aurais réellement aimé qu'il soit comme toi.

- Vous ne pensez pas ça ! Protesta Dean en secouant la tête. Vous ne pouvez pas me dire que vous auriez aimé avoir un fils comme moi. Ca aurait été trop de soucis pour vous.

Le docteur Harvelle se leva alors de son fauteuil et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, elle vint s'asseoir à côté de Dean sur le canapé. Cela devait sans doute enfreindre toutes les règles médecin/patient qu'elle avait apprises au cours de ses études mais Dean s'en contrefichait. Il aimait qu'elle soit proche. Il avait besoin qu'elle ne soit pas comme tous les autres thérapeutes qui se fichaient totalement de leurs patients du moment qu'ils étaient payés. Il observa la psychologue saisir sa main pour la serrer entre les siennes.

- Si j'avais eu un fils comme toi, je ne l'aurais jamais mis à la porte. Je me serais totalement fiché qu'il soit gay ou non. Ca n'aurait eu aucune importance pour moi du moment qu'il aurait été heureux. Su tu avais été mon fils, je t'aurais aimé en toutes circonstances et tu serais devenu l'homme que tu es aujourd'hui … courageux, fort, généreux et drôle … mais avec tous les problèmes qui te freinent en moins. J'aurais aimé avoir un fils comme toi. Parce que tu es réellement quelqu'un de bien Dean Winchester.

- C'est la thérapeute qui parle ?

Le docteur Harvelle secoua la tête. Elle avait les yeux rivés sur leurs mains jointes. Dean aurait probablement du se sentir mal à l'aise mais c'était tout le contraire. Il se sentait bien.

- Probablement pas non … disons plutôt que c'est l'amie, proposa le docteur Harvelle.

- Je crois que j'aurais aimé vous avoir comme mère, répliqua le jeune homme en souriant.

Il n'avait jamais pensé lui confier cela aussi facilement. Mais il n'avait pas honte de ce qu'il ressentait. Pas honte de voir cette femme incroyable comme une mère de substitution. Le docteur Harvelle tourna le visage vers lui et lui sourit.

- Ma fille te le déconseillerait probablement. Je peux être une mère tyrannique quand l'envie m'en prend. Jo me déteste parfois.

- Oui mais elle sait la chance qu'elle a … j'espère qu'elle sait la chance qu'elle a. Je n'ai pas réellement eu de mère moi. Enfin je sais que Mary m'aimait … je pense juste qu'elle ne savait pas comment me le montrer. Et …

Il ne termina pas sa phrase, incapable de dire un mot de plus à ce sujet. Il ne parvenait toujours pas à évoquer sa mère sans avoir la gorge qui se nouait et les larmes aux yeux. Il les sentit rouler sur ses joues et hésita, pendant une seconde, à se cacher pour qu'elle ne le voit pas. Mais il avait appris à ne pas avoir honte de ses émotions en sa présence.

- Dean … souffla le docteur Harvelle.

Le jeune homme hocha la tête puis se tourna vers sa thérapeute et baissa le visage jusqu'à ce que son front touche l'épaule du docteur. Il ferma ensuite les yeux et laissa libre court à ses larmes. Il avait souvent pleuré pour sa mère. Pleuré parce qu'il ne l'avait jamais réellement connu. Pleuré parce qu'elle lui manquait et qu'il avait longtemps estimé être responsable de sa mort. Aujourd'hui n'était pas réellement différent. Il continuait de souffrir de son absence. Elle avait laissé un vide derrière elle qu'il ne pourrait probablement jamais combler. Mais il avait oublié sa culpabilité. Il avait fait un grand pas en ce qui concernait Mary Winchester. Il espérait pouvoir effectuer le même travail pour son père. Les larmes qui roulaient de ses joues à son menton étaient en partie pour lui également. Pour sa mort et pour le fait qu'ils n'avaient jamais réussi à s'entendre. Et le docteur Harvelle le laissa faire sans broncher. Elle referma même ses bras dans son dos pour le garder près d'elle. Ils restèrent ainsi de longues secondes, le silence uniquement brisé par les sanglots étouffés du jeune homme. Puis quand il estima qu'il avait assez pleuré, quand ses yeux redevinrent secs et qu'il jugea qu'il était l'heure pour lui de reprendre les choses en mains, il se redressa et déposa un baiser sur la joue du docteur Harvelle.

- Merci pour tout, murmura t-il d'une voix rendue rauque par ses pleurs.

La psychologue hocha la tête puis lui sourit largement. Elle avait les yeux brillants et Dean savait qu'elle avait du se retenir de pleurer.

- Merci à toi de me faire confiance, répliqua t-elle.

Dean l'embrassa à nouveau sur la joue puis la reprit dans ses bras. Il savait que cela n'était pas conforme au comportement qu'il devait adopter dans ce bureau. Il savait qu'il n'aurait jamais du initier un quelconque contact physique avec son médecin. Mais il se fichait des règles. Il se fichait du code de déontologie ou de ce que les gens pourraient penser de son attitude. A cet instant précis, Ellen Harvelle n'était plus sa psychologue. Elle était son amie. Celle à qui il avait confié tous les détails de sa vie, même les plus intimes. Celle à qui il demandait des conseils et auprès de qui il espérait trouver des réponses. Elle était sans nul doute la personne au monde qui en savait le plus sur lui. Et elle continuait de l'aimer. C'était un sentiment incroyable pour le jeune homme. Elle lui avait prouvé qu'il méritait qu'on s'occupe de lui et qu'on l'aime comme n'importe qui d'autre sur Terre. Elle lui avait redonné confiance en lui. Elle lui avait donné envie de se battre. Et c'était exactement ce qu'il allait faire à présent. Il ne laisserait pas le destin, la vie ou la malchance l'emporter. Il ne laisserait jamais personne lui barrer la route. Il avait bien l'intention de triompher de tous les obstacles. Il se le jura en se serrant un peu plus fortement encore contre le docteur Harvelle. Il laissa ses mains tracer des formes aléatoires dans son dos et ses lèvres prononcer des mots apaisants et réconfortant comme une mère le ferait avec son enfant après un cauchemar. C'était un peu ce que Dean avait vécu jusque là. Un long et atroce cauchemar. Mais il était réveillé à présent. Il ne dépendait plus que de lui de mettre ses souvenirs et ses souffrances derrière lui. Il était jeune et il avait toutes les raisons d'espérer. Il ferma les yeux et laissa la présence de sa psychologue chasser ses derniers doutes lentement. Il espérait sincèrement qu'elle savait à quel point il lui en était reconnaissant. Un simple « merci » ne suffisait pas à exprimer correctement son immense gratitude à son égard. Il aurait pu le répéter encore et encore mais il savait que cela serait insuffisant. Il supposait que sa guérison totale serait probablement la meilleure des récompenses pour le docteur Harvelle. Et c'était une motivation suffisante pour se donner à fond et parvenir à surmonter cette dernière étape. Il devait le faire pour elle mais également pour Sam. Il voulait aller mieux pour tous ceux qui croyaient en lui et l'aimaient malgré tout. Et il savait à présent qu'il devait également le faire pour lui même. Il méritait d'être heureux. Il méritait d'avoir une vie simple et normale, entouré des gens qu'il aimait plus que la vie elle-même. Il était temps pour lui de tirer un trait définitif sur ce passé qui continuait de l'entraver sur la voie de sa guérison. La première étape était d'arranger les choses avec Castiel. De faire en sorte que leur relation reparte de plus belle. Il savait que le jeune libraire en avait autant envie que lui. La seconde était d'abandonner une bonne fois pour toute toute la culpabilité qui le freinait perpétuellement et d'accepter qu'il ne pouvait pas avoir le contrôle sur tout. Il savait à présent et grâce à la femme qui le serrait contre elle qu'il en était parfaitement capable.