Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Camille continuait d'assister aux réunions stratégiques. Elle avait gagné suffisamment d'expérience par l'observation pour qu'elle décidât un jour d'intervenir. Ce fut avec un grand étonnement que les hommes l'écoutèrent. La stupéfaction fut plus grande encore lorsque leur général préféra le conseil de la petite fille au leur.

Edwin était un homme intelligent et utilisait efficacement les ressources qu'il avait à disposition. Si une enfant était plus capable qu'un homme, alors il n'avait aucun problème à appliquer ses recommandations. Or, il avait depuis un moment déjà remarqué les capacités d'analyse de Camille. Elle parvenait à prendre tous les paramètres en compte et à les réorganiser pour l'appliquer sur un champ de bataille. Si bien qu'Edwin l'emmenait souvent observer le relief du lieu du prochain combat. Ce n'était pas pour rien qu'il la gardait sous la tente de commandement.

Un jour, il y eut un clash monumental entre le général des armées alaviriennes et sa fille. Cela aurait pu être une scène comique mais elle terrifia plutôt les hommes quand le père et la fille se mirent à se crier dessus. Les hommes sous la tente avaient envie de disparaître. Ils n'osaient pas bouger, de peur d'attirer le courroux de l'un ou de l'autre sur leur personne. A l'extérieur, les soldats ne s'attardaient pas pour savoir ce qu'il se passait. Ils avaient reconnu les voix.

– Dehors ! s'exclama finalement Edwin à bout. Tu n'es qu'une petite fille qui n'a rien à faire là !

– Quoi ! s'indigna Camille. Ça te va bien de me chasser maintenant que nos opinions divergent ! Mon avis t'intéressait bien hier et avant-hier et la semaine passée et ces sept derniers mois !

– Tu ne sais pas de quoi tu parles !

– Et bien explique-moi ! Contrairement à toi, moi je suis prête à écouter !

Ils continuèrent à se disputer pendant un bon moment, frôlant parfois les insultes. A eux deux, ils réussirent quand même à constituer un plan qui n'avait finalement rien à voir avec ce que l'un ou l'autre avait proposé au départ. Mais ils quittèrent la tente fâchés.

Camille alla trouver un Frontalier pour s'entraîner afin de se défouler, de faire retomber la pression induite par sa colère et son sentiment d'injustice. La vapeur se changea rapidement en eau. Il était trop douloureux de ne pas être à cent pour cent dans un combat, même factice, contre un Frontalier. Il n'acceptait pas le manque de concentration de la part de son élève.

– Je suis sûr qu'on vous a entendu hurler dans tout le camp, déclara-t-il alors qu'il laissait une pause à Camille.

Cette dernière grimaça à cette annonce. Elle n'avait vraiment pas fait attention au volume quand elle s'était énervée.

– On peut dire que tu as des poumons pour un microbe, poursuivit-il. Entendre crier Edwin, c'est rare. Y a pas à dire, tu es douée.

Camille commença à se sentir mal vis-à-vis de la situation.

– Ça en valait le coup ?

– On était tous les deux en tort et il faut que je m'excuse parce que je suis allée trop loin, reconnut-elle.

Une fois l'entraînement terminé, Camille partit à la recherche d'Edwin. Elle trouva le guerrier pensif, en train de brosser un cheval.

– Edwin ! appela-t-elle.

Le susnommé se retourna, surpris d'entendre son nom avec cette voix familière.

– Je suis désolée de m'être emportée, enchaîna Camille.

– Mais pas d'avoir remis mes ordres en question ?

– Ce n'était pas encore des ordres. Et puis tu avais tort.

– Toi aussi.

– Je n'ai pas dit le contraire.

Les deux compères souriaient. Puis Edwin redevint sérieux.

– Je m'excuse. Je n'aurais pas dû me comporter ainsi.

Camille vint le serrer dans ses bras et le guerrier sut que tout était pardonné. Il savait aussi qu'ils recommenceraient à se disputer à un moment ou un autre. Il était bien trop autoritaire, et Camille bien trop têtue pour qu'il en aille autrement.

Pour détendre l'atmosphère, Camille ajouta avec un sourire espiègle :

– Mais maintenant que j'y repense, c'était aussi marrant. Tu te souviens de la tête que faisait les hommes ? Ils étaient complètement terrifiés.

Edwin éclata d'un rire franc et clair. Les hommes, tout aussi inhabitués à entendre leur commandant rire que crier, se retournèrent pour voir de quoi il s'agissait. En découvrant que Camille était encore à l'origine de ce changement, les soldats frissonnèrent mal-à-l'aise. Leur routine bien intégrée avait des difficultés à accepter ce qui sortait de l'ordinaire.