Bonjour à tous ! Je désespérais de finir ce chapitre avant ce week-end, mais je l'ai fait ! *grand moment d'autosatisfaction*
Merci à Camhyoga pour sa correction, une pensée à ma pseudo-muse personnelle qui doit s'amuser comme une folle et un bisou spécial à ma fille de coeur que j'adore. Merci aussi à tous ceux qui m'ont donné leur avis par rapport au second opus de Mafia Blue, ça m'a conforté dans ma décision ! :)
Enjoy et kiss à tous !
Mafia Blue – Chapitre 38
Mu arriva au pied de l'immeuble où habitait Egidio, un sac sous le bras. Marcher à tête reposée depuis l'arrêt du bus avait calmé les quelques craintes qui l'habitaient. Après tout, il y avait encore beaucoup d'inconnues devant lui, même s'il s'en était défendu devant Shaka. Mais il était relativement confiant, et puis il avait fait une promesse à l'irascible italien.
Il parvint à l'entrée du bâtiment et entra, faisant attention à ne pas faire grincer la porte d'entrée. Pourtant la concierge apparut devant lui, comme si elle avait des capteurs de présence. Une vraie sorcière, Egidio avait raison.
« Bonjour jeune fille, le salua-t-elle. Vous vous êtes réconciliée avec monsieur Granchio ?
-Nous n'avons jamais eu de problèmes, rétorqua Mu en plissant les yeux.
-Je me demandais, parce que vous étiez partie de chez lui… J'ai eu peur qu'il vous soit arrivé quelque chose ! »
Mu sentit sa patience être mise à rude épreuve. Cette femme avait un véritable don pour parvenir à l'énerver aussi prodigieusement.
« Enfin, je suis bien contente que vous soyez de retour, il est beaucoup plus aimable lorsque vous êtes avec lui. »
Ah ? Mu resta silencieux, un peu surpris, tandis que la concierge continuait à monologuer :
« … et franchement, je n'aimerais pas être à votre place. Il a un tel caractère ! Je ne sais pas comment vous faites, ma petite. En tout cas vous avez repris du poids il me semble, non ? Je vous trouve plus en chair. Un heureux évènement peut-être ? »
Mu écarquilla les yeux avant d'éclater de rire et répliqua :
« Ça me semble peu probable, madame.
-Il ne faut pas désespérer jeune fille, surtout à votre âge ! fit la concierge. Vous verrez, il vous suffira d'amadouer un peu monsieur Granchio.
-Je crois que vous n'avez pas saisi la situation, nia l'atlante avec un sourire amusé. Ça sera difficile, vu qu'Egidio et moi sommes des hommes. Bonne journée, madame. »
La concierge resta bouche bée, tandis que Mu commençait à monter les escaliers, ne prenant même pas la peine de vérifier si l'ascenseur était encore en panne ou non. Une fois devant la porte de l'appartement, il toqua légèrement, un sourire amusé persistant toujours sur ses lèvres.
« Salut Mu, le salua l'italien en ouvrant. T'es ponctuel, dis donc.
-Je crois que j'ai choqué ta concierge pour la fin de la semaine, rit Mu en entrant.
-Je te dois une fière chandelle alors, ricana Egidio. Comment tu as fait ?
-Je lui ai dit que j'étais un homme. »
L'italien haussa un sourcil avant de sourire. C'est vrai que la commère était persuadée que Mu était une femme… Elle en avait eu pour ses frais. Ceci dit, il en entendrait parler pour les prochaines années à venir, s'il ne se décidait pas à changer d'appartement d'ici là.
« Entre, reprit-il en laissant passer le jeune atlante. Tu veux boire quelque chose ? Il doit me rester du jus de fruit quelque part.
-Avec plaisir » accepta-t-il en s'avançant dans la pièce tandis que l'italien refermait derrière lui.
Egidio partit vers la cuisine et fouilla ses placards à la recherche des bouteilles qu'il avait gardées. Mu s'installa sur le canapé, parcourant la pièce du regard. L'appartement manquait de couleurs, de vie. Il reflétait probablement l'humeur de son propriétaire. Mu caressa distraitement le sachet plastique qu'il transportait, perdu dans ses pensées. Il ne vit pas l'italien revenir et ne réagit que lorsqu'il déposa un plateau devant lui.
« Merci, sourit-il en se saisissant du verre.
-Quand tu m'as appelé tout à l'heure, hésita Egidio en se passant une main peu assurée dans les cheveux, tu avais des idées en tête ? Enfin je veux dire… Tu as dit que tu voulais passer l'après-midi avec moi, mais j'ai rien à te proposer…
-Je ne demande rien de spécial, tu sais, rit Mu. Enfin si, il y a une chose que j'aimerais qu'on fasse, si tu es d'accord. »
Un peu étonné, le policier haussa un sourcil avant d'hocher la tête. Après tout, si c'était la dernière fois qu'ils se voyaient, il pouvait bien lui faire plaisir.
« J'aimerais qu'on aille à la plage, finit par dire le jeune homme avec un air un peu gêné. Mon cousin m'a dit qu'il y avait été avec Dokho et qu'il avait trouvé ça magnifique, alors…
-Dokho a emmené Shion à la plage ? répéta Egidio.
-Oui, avant… »
Mu s'interrompit, lèvres serrées. L'italien fit la moue et soupira :
« Ouais, je vois ce que tu veux dire.
-Tu veux bien ? demanda le jeune homme.
-Si ça te fait plaisir » accepta le policier.
Mu lui adressa un sourire éblouissant, ravi. Egidio se racla brièvement la gorge et reprit :
« Bon ben… On y va quand tu veux.
-J'aimerais te donner ça, avant. »
L'italien avisa le paquet que tenait l'atlante et s'approcha du canapé, intrigué. Mu le lui tendit avec un brin d'hésitation et observa attentivement le policier ouvrir le papier kraft qui entourait la boîte. Egidio se figea en découvrant de quoi il s'agissait, avant de relever les yeux vers son vis-à-vis.
« Toutes les photos que tu as prises de la guerre étaient en noir et blanc. Depuis que tu es revenu d'Iraq, tu n'as pas mis de couleur dans ta vie. J'ai pensé qu'il était temps d'y remédier. Tu ne crois pas ? »
L'ancien tireur d'élite reporta à nouveau son attention sur la boîte. Un appareil photo. Il ouvrit la bouche, la referma, ne sachant pas quoi dire. Il avait refusé catégoriquement de retoucher à un appareil depuis la guerre. Comment Mu l'avait su ou deviné, il ne savait pas. Comment l'atlante avait fait pour aussi bien voir en lui en si peu de temps, il l'ignorait.
« Considère ça comme un remerciement pour ce que tu as fait pour moi, ajouta Mu face au silence de son hôte. Notre séjour en Grèce, à Shion, Kiki et moi, se serait bien plus mal passé si vous n'aviez pas été là.
-Un remerciement ? marmonna l'italien.
-Tu m'as demandé de t'apprendre à rire, reprit Mu avec un ton doux mais aussi extrêmement sérieux. Et pour rire, tu dois vivre, Egidio. Rien de plus. Alors apprends à apprivoiser les couleurs qui sont autour de toi, et vis. »
L'italien fronça les sourcils tandis qu'il serrait les mains sur la boîte sans s'en rendre compte. Comment Mu voulait-il qu'il puisse le remercier ou dire quoi que ce soit après ça ? Pour la première fois depuis bien longtemps, Egidio eut envie de pleurer. Putain, mais comment devait-il réagir face à Mu ?
L'atlante hésita un bref instant puis déclara :
« Tu me montres comment ça marche ? Je sais qu'il faut appuyer sur le déclencheur, mais après c'est du charabia…
-C'est vraiment pas difficile » répondit Egidio, ravi d'aborder un sujet parfaitement maitrisé.
Il déballa l'appareil et commença ses explications, sous l'œil attentif de son invité. Tandis que l'italien faisait des démonstrations de ce qu'il explicitait, Mu écoutait. Les intonations de sa voix, la fluidité de ses paroles, la chaleur de ses propos passionnés, les battements de son cœur. Il y avait une nette différence par rapport au jour où ils s'étaient rencontrés. Indubitablement, la concierge avait raison : Egidio paraissait nettement plus doux. Tout son corps le criait. Mu esquissa un sourire et reporta son attention aux boutons que désignait son compagnon.
« …et là tu règles la luminosité, c'est génial à manier tu peux faire des trucs extra pour capter la bonne lumière. Et après, avec un logiciel, tu peux t'éclater, je te montrerai. »
Egidio s'interrompit soudain et se renfrogna légèrement. Quand aurait-il le temps de lui montrer, si Mu repartait le lendemain ?
« Bon, je crois que j'ai fait le tour, déclara l'italien avec un sourire en reprenant contenance. On va la voir, cette plage ?
-Avec plaisir ! »
Les deux compagnons quittèrent l'immeuble, observés avec indiscrétion par la concierge qui les dévisagea autant qu'elle le put. Durant le trajet, ils restèrent silencieux, plongés l'un dans ses pensées et l'autre regardant tranquillement le paysage. Lorsqu'ils arrivèrent au parking situé près de l'espace de baignade, Egidio ronchonna :
« Et voilà, il y a un monde fou. C'est dingue cette obsession générale de se faire cramer par des UV. »
Mu éclata de rire et ouvrit la portière, rabattant ses cheveux vers lui en sentant le vent commencer à souffler.
« Il fait beau, c'est normal de vouloir sortir, répondit-il tout en se faisant une tresse rapide.
-C'est tout de même plus agréable de voir la plage quand on est seul, rétorqua l'italien en fermant les portières. Enfin, je présume qu'on a pas le choix.
-Rabat-joie, sourit Mu. Regarde, tous ces gens qui sont heureux. Moi, je les envie.
-Pourquoi ? demanda l'italien, sincèrement étonné. Qu'est-ce qu'ils ont de plus que toi ? »
Le jeune homme ne répondit pas immédiatement, observant les alentours avec un regard brillant. Finalement, il se retourna vers son compagnon et déclara :
« Ce serait être égoïste de dire qu'ils n'ont pas de choix difficiles à faire, car on doit tous faire face à une situation compliquée un jour. Mais je les envie de profiter ainsi de l'instant présent, sans se soucier de ce qui peut arriver…
-Et c'est toi qui me fais la leçon à propos d'être heureux ? se moqua le policier. T'es pas beaucoup mieux loti que moi, à ce que je vois. »
Mu eut un léger rire et hocha la tête.
« Sans doute. Après tout, on voit plus facilement les problèmes des autres que les siens, non ? »
Ils commencèrent à marcher près de l'eau, évitant les enfants qui jouaient bruyamment avec le sable. Egidio laissait le jeune atlante décider de la route, se contentant de le suivre de près. Ils finirent par s'asseoir sur des rochers un peu à l'écart.
« Je comprends pourquoi Shion a dit que c'était beau, murmura alors Mu.
-Il s'est passé quoi entre ton cousin et Dokho ? demanda l'italien de but en blanc.
-Je ne sais pas exactement, mais ça ne nous regarde pas.
-Déformation professionnelle, commenta le policier. J'ai le droit de poser une autre question en compensation ?
-Si tu veux, rit le jeune homme.
-Est-ce que tu veux vraiment rentrer chez toi ? »
Le jeune homme sursauta. Il s'était attendu à n'importe quoi, sauf à ça. Jetant un coup d'œil à Egidio, il vit que l'italien était on ne peut plus sérieux.
« T'as l'air triste en regardant la mer. Alors je me demande, est-ce que t'as vraiment envie de retourner au Tibet ?
-C'est mon pays, éluda Mu en plissant les yeux.
-C'est pas ça qui m'a empêché de venir m'installer à Athènes, contra le policier.
-Il ne s'agit pas de ce que je veux ou non, soupira l'atlante en secouant la tête. N'en parlons plus, s'il te plaît. »
Egidio fit la moue puis acquiesça. Il sortit l'appareil photo de son étui et l'alluma, se tournant ensuite vers la petite foule d'enfants qui s'éclaboussaient en criant. Il resta un moment à les contempler en silence, le doigt sur le déclencheur et la netteté en attente. Le spectacle était attachant, Mu avait raison. Alors pourquoi est-ce qu'il hésitait à appuyer… ?
« Il ne leur arrivera rien, tu sais » fit doucement le jeune homme près de lui.
L'italien réprima un ricanement : alors c'était pour ça ? C'était pathétique. Vraiment. Il se pensait plus fort que ça. Il avait bien surmonté tout ça jusqu'à présent, pourquoi est-ce que tout foutait le camp maintenant ?
« Pourquoi t'arrives si bien à comprendre ce qui tourne pas rond chez moi ? marmonna le policier. Moi je patauge, et pour toi c'est limpide.
-Parce que tu es expressif, même si tu le caches bien. Tu as confiance en moi ?
-C'est quoi cette question ? demanda Egidio, sur ses gardes.
-Je te jure qu'il ne leur arrivera rien, ni aux autres personnes que tu prendras en photo, sourit Mu. Alors fais-toi plaisir. »
L'italien esquissa un sourire et releva l'appareil pour mieux coller l'œil au viseur. Le déclic se fit, léger, tandis que le policier sentait un poids le quitter. Dire qu'il avait fallu que Mu l'aide pour qu'il se rende compte que c'était aussi simple. A moins que tout lui paraissait facile parce que l'atlante était avec lui ?
« Je peux la voir ? »
Egidio lui tendit l'appareil sans un mot, laissant son compagnon observer le cliché.
« Tu as vu, tu l'as prise au moment où l'un des enfants en poussait un autre, rit le jeune homme.
-Ah bon ? »
L'après-midi passa, l'ancien tireur d'élite prenant des photos drôles ou sensibles, Mu lui montrant quelles scènes immortaliser avec son appareil. Une mère tenant un nourrisson dans ses bras. Un ballon farouchement défendu dans une partie de foot. Des gouttelettes d'eau de mer jaillissant de l'endroit où venait de plonger un enfant.
« Il va falloir que je rentre, fit soudain l'atlante en regardant le soleil baisser à l'horizon.
-Reste au moins pour le coucher de soleil, ça serait dommage de louper ça » tenta Egidio.
Mu hocha la tête et s'assit en tailleur sur le sable, attendant solennellement que le soleil ait disparu. L'italien en profita pour le détailler vraiment : il y avait une sorte de grâce dans tout ce que faisait le jeune homme, comme s'il venait d'un monde totalement différent. Un elfe, ou quelque chose qui y ressemblerait. Après tout, il en avait déjà les longs cheveux et les yeux légèrement en amande, une silhouette fine et un sourire divin. La lumière déclinante du jour illuminait son visage, soulignant un éclat mélancolique dans ses yeux clairs, malgré le sourire qui ornait ses traits fins. Avait-il le droit de prendre sur le fait le portrait de cet être étrange, heureux mais résigné, qui avait tant bouleversé sa vie en si peu de temps ?
