Salut à tous!

Merci énormément pour les réponses qu'il y a eu à mon message "coup de gueule". Je précise malgré tout encore une fois : je m'adressais uniquement à tous les lecteurs que je peux apercevoir mettre en favoris, et suivre la fiction; sans jamais dire un mot. Et beaucoup ont ainsi fait cet effort, ont envoyé même quelques mots, en anonyme ou pas, et je vous remercie plus que tout! Je n'en attendais pas grand chose, et j'ai pu voir que mon espoir en l'humanité demeure fondé.

(enfin bon, sur ffnet en tout cas vous avez été top, sur Ao3 y a pas eu un mot lol)

Bref, je cesse de badiner, merci encore pour votre soutien, et je pense que le chapitre qui va suivre va vous récompenser comme il faut! Have a good read!


15. Avancer jusqu'à disparaître au loin


« Je... crois que je suis un peu nerveux. »

Haruka leva les yeux au ciel, finissant de se brosser les dents tandis que son meilleur ami demeurait assis devant son portable, à relire, encore et encore, le mail qu'il avait reçu il y a déjà une heure, et qui ne sortait pas de ses pensées. Il ne cessait de l'observer, comme pour y chercher un message caché alors que du point de vue de Haru il ne s'agissait que d'une pauvre phrase sans ponctuation et vide d'intérêt; mais pour Makoto c'était l'un des plus grands mystères de sa vie.

« Pourquoi? fit-il en revenant après s'être rincé la bouche, frottant sa joue et le bleu qui ne tarderait pas à y apparaître.

– A ton avis? gémit-il, tordant légèrement ses mains, assis en tailleur sur le futon qu'il avait déroulé pour Haru. Je lui ai dis que j'étais prêt, que j'en avais assez d'attendre, mais c'était sur le coup! C'était un mensonge total, parce que j'étais frustré! Je ne m'attendais pas à ce qu'il le fasse pour de vrai...! »

Pour être honnête, Haruka se serait bien passé d'entendre parler de ce genre de choses. La relation qu'avaient Sousuke et Makoto lui passait par dessus la tête, et leur vie sexuelle encore plus. Mais maintenant que c'était officiel, et surtout après avoir vu l'air stressé sur le visage de son meilleur ami, il n'avait pas été capable de faire comme si de rien était. Il lui avait dit de lui en parler, s'il voulait, et si le châtain avait été un peu gêné et appréhensif, il n'avait pas fallu grand chose pour qu'il vide son sac, qu'il avait visiblement dû garder fermé pour pratiquement une semaine.

« C'est juste du sexe. »

Un long soupir retentit, suivi d'un grognement un peu rancunier :

« Haru, je ne suis pas sûr que ton expérience avec Rin soit un bon exemple... Tu as pu te dire ça, car tu ne ressens rien pour lui. Ce n'est pas notre cas! »

Ainsi, Haru ne put au final rien répondre, gardant le silence en s'asseyant aux côtés de l'étudiant, qui faisait retomber son dos contre son lit, se mordillant la lèvre inférieure. Il s'écoula ainsi un silence un peu gêné entre les deux, et comme souvent, Makoto put facilement analyser ce que son ami disait, mais dans sa tête :

« Désolé. Je t'embête avec mes histoires.

– ...ce n'est pas vraiment embêter. C'est juste que je ne sais pas quoi te dire. »

Un bref sourire traversa alors son visage, alors qu'il fermait les yeux, et Haruka l'observa faire ainsi, réfléchissant, se demandant ce qu'il pourrait bien dire pour le rassurer, ce qu'il était capable de faire. Il ne voulait pas laisser Makoto sur le côté, il était bien trop important pour ça. Et le perdre, lui aussi, après ce qu'il s'était passé avec Rin, c'était hors de question.

Alors il savait que jamais il ne lui en voudrait s'il s'éloignait un peu de lui pour le laisser avec Sousuke, mais il ne voulait pas que cela risque de le faire véritablement disparaître de sa vie. C'est pour cela qu'il finit par murmurer, sentant la fatigue le recouvrir, avec l'heure tardive et le relâchement de ses nerfs après une semaine si intense :

« Il t'aime, Makoto. Il ne fera rien que tu ne veuilles pas faire. »

Le calme demeura dans l'appartement, entre les deux hommes, à l'aise dans leur chambre éclairée par une lampe de chevet aux reflets un peu verts. Un petit rire échappa à Makoto, qui résonna dans la petite pièce qui n'avait changé depuis son emménagement, cinq ans plus tôt.

« A vrai dire, ce n'est pas vraiment ça qui me stresse... j'ai plus peur de ne pas savoir quoi faire, moi.

– Moi ça a été, répondit Haru en haussant les épaules, se glissant sous ses draps alors que ses paupières tombaient de fatigue.

– Mais toi tu es bon en tout... » bougonna-t-il, avant de pousser sur ses bras et grimper sur son lit, imitant son ami.

Après encore quelques secondes sans aucune réponse, Makoto alla éteindre la lumière. Ils savaient cependant l'un comme l'autre qu'ils ne dormaient pas.

« Qu'est-ce que tu vas faire? Pour Rin. »

Ce qui suivit fut le silence. Makoto s'endormit en sachant que Haruka avait entendu sa question. Mais qu'il n'avait pas répondu car il ne connaissait pas la réponse.

/

« Quoi? Vous avez vraiment encore rien fait? »

L'exclamation de Rin retentit dans la salle de sport heureusement peu peuplée, et Sousuke envoya un regard noir à son meilleur ami qui ne savait pas la fermer quand il fallait.

On était déjà mardi, et ces derniers jours, ils les avaient passés entre eux, pour profiter de la présence de leur meilleur ami pour les quelques jours qui restaient avant que Rin ne reparte, ou ne recommence l'entraînement. Heureusement, après les Jeux il avait droit à plusieurs mois de vacances bien méritées, mais s'il allait en profiter pour rentrer quelques temps à Iwatobi avec lui, il partirait ensuite en Australie, et peut-être autre part, il n'était pas encore certain. En tout cas, il ne faudrait pas beaucoup attendre pour le voir repartir en vadrouille, et pour cette raison il avait accepté l'idée de rester collés pendant au moins une semaine, même quand il allait chez Makoto.

Celui-ci ne s'en plaignait pas, au contraire, il était toujours heureux de voir Rin, car il n'était pas le seul à qui il avait manqué. Non, ce qui posait problème c'était bien évidemment que Makoto vivait la même chose que lui avec l'autre grand gagnant olympique qui avait donc décidé de passer son temps dans son appartement, ceci que Rin y soit ou pas.

Et des prises de becs, il y en avait eu, parfois tant que Sousuke avait été forcé d'intervenir, bien qu'il ait envie d'attraper son petit ami et de les laisser s'engueuler tous seuls, sans qu'ils aient besoin d'y assister. Au moins, Nanase semblait avoir écouté ce qu'il avait dit, affichait le bleu sur sa joue qui ne tarderait déjà pas à disparaître, et aucun des deux n'avaient cherché à les traîner dans leur histoire. Rin avait boudé, évidemment, mais Sousuke était capable de lui rétorquer sans sourciller qu'il ne méritait rien d'autre.

Alors il les voyait se tourner autour, et vraiment, il avait de plus en plus l'impression que ça aurait pu être la parade nuptiale des nageurs-olympiques-butés. Entre les insinuations de Rin, les répliques cassantes et parfois à mourir de rire de Nanase, ainsi que la tension entre eux, il avait été tenté une ou deux fois de leur dire d'aller baiser un bon coup et ça irait mieux.

Parce que s'il ne savait pas et n'en avait rien à faire de savoir si Nanase était juste un nouveau type de tsundere, il savait reconnaître un mec frustré, et ça, malheureusement, Rin l'avait remarqué, et en jouait. C'était clair qu'on devenait rapidement accro au sexe, surtout en le découvrant, mais là Nanase avait vraiment l'air au fond du trou, incapable d'empêcher une certaine lueur dans ses yeux quand les insinuations de Rin allaient trop loin. Et c'était assez drôle à voir, si seulement c'était pas aussi parfois mortellement gênant.

Au moins, il se rassurait en se disant que si lui aussi il avait affaire à un type sexuellement frustré, Makoto demeurait plus relax à ce sujet, et se contentait d'avoir des regards de plus en plus appuyés au fur et à mesure que la date qu'il avait lui-même choisie se rapprochait. Et il appréciait, oh que oui, qui serait-il pour ne pas apprécier de voir un beau gosse le mater?

Mais bien sûr, il aurait dû s'attendre à ce que la vérité atteigne Rin à un moment. Il aurait tout de même préféré qu'il ne capte pas au moment-même où ils étaient en public, surtout qu'ils n'avaient au final que peu pu sortir vu que l'autre était maintenant une star nationale.

« Ça va, t'es sûr que le bâtiment entier a entendu? Ce serait bête que ça arrive pas aussi aux oreilles des journalistes qui campent devant l'entrée du complexe.

– Quoi, ils sont là? s'exclama-t-il en lâchant son haltère, s'approchant de la fenêtre.

– Ils le seront si tu deviens pas plus discret! » grogna-t-il, croisant le regard d'un type qui courait un peu plus loin, et qui les observait et maintenant déviait rapidement les yeux en rougissant. Sousuke put ainsi se dire qu'il n'était probablement pas un journaliste, peut-être un simple fan ou un gars qui avait regardé la télé ces derniers jours, pas besoin de s'inquiéter. Mais tout de même.

« Je veux qu'on aille à notre rythme.

– Uh? Ok, je veux bien, mais il vous reste pas genre à peine deux semaines ensembles? A ta place, j'en profiterai pour baiser tous les soirs.

– Alors d'abord, je suis pas toi, qui l'a fait avec un certain quelqu'un dès qu'il a dit oui; et ensuite merci je suis au courant, et peut-être que j'aurais pu le faire plus tôt si tu roupillais au Village.

– Eh, c'est mon appart! Et j'ai dit non! »

Il leva les yeux au ciel, reprenant tranquillement sa série de pompes alors que Rin trottait à nouveau vers lui, passant une main sur son front humide de sueur.

« C'est donc pour ça que Makoto fait sans arrêt cette tête. Ugh, ce serait pas plus simple de vous prendre une chambre?

– Je commente pas tes engueulades avec Haru, commente pas mamanière de séduire.

– Parce que c'est de la séduction...? » commenta-t-il, blasé rien qu'à l'idée.

Finalement, ils en finirent avec leur entraînement, et Rin eut un petit regard satisfait en tournant son poignet visiblement totalement guéri. Cependant, ils furent détournés de leur chemin vers les douches quand ils virent quelqu'un s'approcher d'eux, et Sousuke reconnut le coureur de tout à l'heure.

« Euh, excusez-moi, vous êtes Matsuoka Rin, hein? »

Le nageur cilla, et hocha la tête, comme s'il aurait pu mentir, de toute façon. Il était à mi-chemin en train d'enlever son t-shirt, et n'avait ni sa casquette ni ses lunettes, et c'est pas comme si ses cheveux étaient super discrets pour ne pas se faire remarquer.

« Je voulais pas vous emmerder, hein, c'est juste que je suis les Jeux, e-et wouah, je pensais pas vous croiser ici! Vous vous entraînez souvent là?

– Ça m'arrive parfois, mais d'habitude je suis avec l'équipe, alors on a la salle pour nous. C'est pour ça qu'elle est fermée le mardi, d'habitude. »

Il ouvrit la bouche, puis s'esclaffa :

« Ah merde, je pensais que je pourrais vous recroiser une prochaine fois mais ça semble raté alors... »

Sousuke observa encore une seconde les deux, et il n'eut besoin que d'un coup d'œil pour reconnaître la lueur d'intérêt dans les yeux de Rin. L'autre gars avait eu l'air de prendre son courage à deux mains pour tenter une approche, et était radieux en voyant le nageur répondre aussi facilement.

Et ce n'était clairement pas une bonne idée, oh que non. Il avait beau refuser de s'en mêler, il était capable de sentir les moments où Rin était sur le point de merder, et draguer un type, maintenant, le serait. Il posa alors sa main sur l'épaule de son ami, et le secoua un peu :

« Bon, c'est pas tout, mais je me les gèle, là. »

Rin eut l'air surpris, et le type un peu gêné, l'observant comme s'il venait de le remarquer. Mais il ne perdit pas de temps, et tourna les talons, sachant que le nageur avait croisé son regard, avait lu ce qu'il y disait, c'est-à-dire qu'il ne sentait pas cette affaire; il ne tarda donc pas à dire au revoir à l'autre, enlever ses habits et le suivre.

« Eh, c'est quoi cette tronche de petit ami jaloux que t'as fais?

– Tant mieux pour lui s'il pense ça, en tout cas ça change rien au fait que c'est pas en passant la soirée avec ce type qu'il ne se sera plus rien passé avec Nanase. »

Et à ces mots, Rin se mit à grogner, pas seulement car l'eau de la douche était froide. C'est pour cela que sa réponse suivit rapidement :

« Je faisais que discuter!

– Ouais, ouais. »

Un regard agacé plus tard, et il passait ses mains dans ses cheveux, le regard un peu dans le vague. Sousuke entendit un soupir, et profita du jet et de l'intimité de sa cabine pour s'étirer un peu le dos.

« Je crois que de voir même toi casé ça m'a un peu foutu les boules.

– Désolé de pas être désolé.

– Je sais, s'esclaffa-t-il. Et puis, c'est pas comme si vous aviez pas putain de mérité d'avoir enfin ça tous les deux, je suis vraiment content pour vous. C'est juste que moi je reste exactement au même point de départ qu'avant, et que j'en ai vraiment marre. »

Peut-être que dans la salle, il y avait d'autres personnes qui se douchaient, peut-être que certains entreraient, et les entendraient. Mais cela ne changea rien. Dans l'atmosphère saturée, la brume soulevée par l'eau passant trop vite du froid au chaud, les mots de son meilleur ami continuaient de planer :

« Je suis certain que c'est pas dans ma tête, Sousuke. Je suis certain que ça pourrait marcher. Le seul truc c'est que je ne sais vraiment plus quoi faire, là. J'ai finis par épuiser toutes mes options, j'en suis même arrivé au coup du sex-friend, c'est dire à quel point j'étais désespéré, et même ça ça merde. »

Le silence plana, entre l'écoulement de l'eau, le jet tombant sur les épaules, une bouteille de shampooing ouverte. Le brun fixa le siphon, l'eau qui y entrait en un petit tourbillon. Il réfléchit, se demanda si c'était vraiment une bonne idée d'avouer à son meilleur ami qu'il pensait comme lui, que maintenant ça pouvait être vrai, que Nanase avait peut-être des sentiments pour lui, et que s'il le rejetait encore plus désormais c'était parce qu'il en avait peur, et non pas parce qu'il trouvait ça ridicule.

Mais ce n'était qu'une supposition, et les faux espoirs, il connaissait. C'était une des pires choses qui soit. Alors il se contenta de répondre :

« Il finira par venir, Rin. Pour être ton pote, ou autre chose. Une fois dans ta vie, arrête de lui courir après. Montre lui ce que ça fait d'être celui laissé sur le carreau. Fais-le te chercher, et pas le contraire.

– J'ai déjà fais ça il y a quelques semaines, regarde où ça m'a amené.

– Ça a rien à voir. C'est pas des excuses que t'attends aujourd'hui de lui, non? Et même si c'était une idée de con, je veux bien avouer que ce qu'il s'est passé ça a forcément changé des trucs. La dernière fois il est venu pour refaire partie de ta vie, cette fois il viendra pour te confirmer en tant que quoi. »

Il finit par éteindre la douche, puis se sécha sommairement, avant de tirer son rideau. Rin se trouvait derrière, à l'attendre, ses cheveux trop longs mouillés atteignant presque ses épaules.

« Toi, donner des conseils de cœur? Putain faut que Makoto me donne la recette. »

Au moins, pour quelques instants, Rin avait l'air mieux qu'il y a plusieurs jours. Il ne demandait rien d'autre.

/

On sonna à sa porte aux alentours de dix-huit heures, et le cœur de Makoto sauta dans sa poitrine, celui-ci encore dans sa salle de bain, ne cessant de passer une main dans ses cheveux, ou de se retourner pour regarder ce à quoi il ressemblait de dos. L'idée que cela puisse être son petit ami qui soit devant sa porte, alors qu'il était censé se rendre chez lui, lui vint à l'esprit alors qu'il se dépêchait d'aller ouvrir, bien qu'au fond il se dise que c'était sûrement quelqu'un d'autre.

Son souffle se coupa quand il aperçut l'homme devant lui, ses yeux s'écarquillant et son sourire s'agrandissant lentement.

Parce que c'était bel et bien Sousuke, et il était magnifique. Sobre, une chemise avec une cravate noire pas très bien nouée, et ses manches roulées jusqu'à ses coudes. Visiblement, il s'était contenté de passer un coup de main dans ses cheveux, et il n'avait besoin de rien d'autre. Et enfin, le mieux, c'était son regard, chaud, perçant, qui traversa sa poitrine et le rendit incapable de faire autre chose que rougir, car il lisait ce qu'il sous-entendait.

Toi, ce soir, tu finiras dans mon lit.

« T'es prêt? » demanda-t-il, et Makoto aurait pu jurer que sa voix était encore plus rauque et pourtant douce que d'habitude. A cet instant, il avait juste envie d'attraper cette cravate et de le tirer dans son appartement, de ne pas attendre.

Il oublia toute peur ou angoisse, sentit juste une explosion de bonheur en lui, qui le fit répondre, l'air certainement béat :

« Quand tu veux. »

Et il ne fut pas le seul à se mettre à arborer un sourire idiot. Sousuke s'écarta de sa porte, et plongea ses mains dans ses poches, l'invitant à le suivre d'un mouvement de tête, et il ne se fit pas prier. Tapotant rapidement ses poches, il repéra ses clés, son porte-feuille dans lequel il avait mit des préservatifs, au départ un seul, puis deux, jusqu'à en mettre cinq parce qu'on ne sait jamais. Il espérait juste qu'ils ne tomberaient pas tous dès qu'il sortirait un billet.

Ils partirent donc jusqu'au parking où l'attendaient la voiture de Sousuke, marchant côte à côte en se demandant comment s'était passée leur journée. Makoto était en train de lui expliquer qu'il avait fini tous ses devoirs des vacances il y a quelques heures quand il vit la voiture rutilante, que son petit ami ouvrit d'une pression sur sa clé, accompagnant cela d'un :

« Le carrosse de Monsieur est servi... »

Bien que l'idée d'être comparé à une princesse ne lui plaise guère, la vile courtoisie le fit sourire, et il murmura en grimpant sur le siège passager, se prenant au jeu :

« Tu me ramènes avant minuit?

– T'as oublié tes baskets en vair, alors si je ne le fais pas et que tu t'enfuis, je sais pas comment je te retrouverai et t'amènerai dans mon château enchanté. »

Ses épaules se secouèrent quand il se mit à rire, et ils partirent tranquillement à travers les rues, discutant allègrement. Ils ne s'arrêtèrent pas même quand Sousuke coupa le contact, arrivé là où il voulait l'emmener soit un izayaka au coin d'une rue particulièrement sympa, et où l'alcool était bon. Ils mangèrent bien, sans se préoccuper de ce qui les entouraient, et Makoto fut forcé d'avouer qu'il appréciait ce rendez-vous avec Sousuke, comme un prélude avant ce qu'ils attendaient tous les deux.

« Après le premier, je m'attendais quand même à quelque chose de plus spectaculaire, se moqua-t-il doucement, sachant que l'ego de Sousuke ne serait certainement pas froissé, au contraire.

– Eh, on va réserver le spectaculaire pour la deuxième partie, ok? Et promis, le prochain je t'emmène dans l'espace. »

Il dut couvrir sa bouche pour ne pas rire trop fort dans le restaurant, l'autre visiblement fier de sa répartie à toute épreuve. Sousuke aussi, au bout d'un moment, finit par en rire, se mordit la lèvre inférieure.

« Sincèrement, désolé de t'avoir fait poireauter, mais j'y tiens, à faire les choses dans l'ordre.

– Je sais, ne t'inquiète pas, et puis je ne me plains pas.

– A peine, se moqua-t-il. Toi et tes ultimatums vous êtes pas très convaincants. »

Ses yeux s'écarquillèrent, et il se cacha une seconde le visage, son sourire crispé malgré la sensation de honte le recouvrant.

« Ça n'avait vraiment rien d'un ultimatum, je ne pensais pas du tout que tu le ferais! C'était juste... la frustration qui parlait, mais je ne pense pas que j'aurais pu t'attacher quelque part pour te forcer à coucher avec moi...

– Ohlà, on va garder les fantaisies du genre pour plus tard, hein?

– Mais non! » gémit-il.

Sousuke se mit à doucement rire, hochant malgré tout la tête, en allant piocher un morceau de poisson dans l'un des bols du kaiseki qu'ils partageaient.

« Ben même si t'étais pas sérieux, je peux t'assurer un truc : ce matin-là, quand je t'ai dis non? T'aurais insisté encore un peu, et j'aurais été cuit.

– Quoi? Enfin, bien sûr que non...

– Comment ça, 'quoi'? Oh que si! » il planta ses yeux dans les siens et asséna, voulant transmettre sa sincérité par ses pupilles. « Sérieux, Makoto, va falloir que tu te rendes compte de l'effet que tu me fais. Je te l'ai dis, je t'ai repoussé plusieurs fois, mais ça m'a pas fait du bien, oh que non. »

L'air peu convaincu, le châtain tenta alors :

« Est-ce que tu es en train de me dire que tu es masochiste?

– Mais nan!

– Pas un tout petit peu? »

Sans pouvoir se retenir, le brun lâcha un éclat de rire retenu, comme un grognement, et tenta de sa justifier en faisant de grands gestes de main :

« Hé, c'est juste que... j'aime prendre mon temps, quand je suis avec quelqu'un! Je veux profiter de tous ces moments, pour rendre la baise encore meilleure. L'attente en vaut la peine, c'est tout ce que je dis, même si ça veut dire que je me frustre tout seul.

– Tu es incroyable. »

En entendant ceci, Sousuke releva brusquement la tête, ne s'y attendant pas. Et après une ou deux secondes à réfléchir, Makoto poursuivit :

« Je ne suis pas aussi fort que toi. Il ne m'est pas venu une seule fois à l'idée de prendre notre temps, et pour être franc... » il se mit à rougir fortement, et frotta un peu ses joues, mais parvint à souffler, les yeux détournés : « Cela fait depuis la cérémonie d'ouverture, depuis que tu m'as dit à voix haute ce que tu ressentais, que je veux que tu m'attrapes et que tu me fasses... tout ce que tu veux. »

Les yeux fortement écarquillés, tandis que Makoto baissait la tête en fermant les paupières, grimaçant un peu alors que l'aveu planait entre eux; le brun trouva enfin la force de dire, l'air d'être coincé sur sa chaise.

« On... va changer de sujet.

– Oui, bonne idée! » fit-il avec empressement, l'air sur le point de mourir mortifié.

Heureusement, la conversation changea rapidement de voie, bien que les sous-entendus entre les deux ne disparaissent jamais vraiment. Et le repas fini, ils marchèrent un peu dans les rues, traversant Ikebukuro et ses animations nocturnes, passèrent près de quelques artistes itinérants jouant sur le trottoir, deux ou trois chanteurs avec leur guitare, un bol devant eux et leur voix.

« Eh, ça me rappelle, je t'ai jamais entendu chanter, commenta-t-il tandis qu'ils revenaient vers la voiture du brun.

– Ah? Je ne sais pas, je ne suis pas un grand chanteur... Toi non plus, je te signale, parce qu'à part chantonner en cuisinant...

– Je ne chantonne pas. »

Ceci rappela à Sousuke quelques souvenirs de karaoke, notamment avec Rin. Il se revit quelques années plus tôt, quand leurs vacances coïncidaient, et qu'ils s'étaient rendus à Kobe pour une soirée. C'était, il lui semblait, pour fêter leur passage à la majorité. Ils avaient donc bien bu, et bien ri.

Soudain, cela lui semblait vraiment loin, et il se rendait compte que beaucoup de choses avaient changé depuis. Lui, Sousuke, avait changé, était maintenant en plein rendez-vous amoureux avec Makoto; Rin était deux fois champion olympique mais aussi avait couché avec Haruka. Ces quelques semaines avaient vraiment bouleversé beaucoup de choses, et il se prenait à se demander ce qu'il se passerait lorsqu'il retrouverait son quotidien banal, sa maison sur la plage, ses journées longues motivées par la seule impatience de croiser les lycéens du club de natation, son retour au célibat, aux femmes de quelques soirs.

Cette pensée le traversa, le fit déglutir, comme pour la rejeter en entier, et il colla son épaule à celle de châtain tandis qu'ils marchaient.

« Eh, je sais que ça me regarde pas trop, mais Haru t'a parlé de ce qu'il se passe avec Rin? »

Le sujet sembla surprendre son petit ami, qui ne s'attendait certainement pas à cela. Il amena donc une main près de sa mâchoire pour la grattouiller, l'air un peu embêté, et finit par lâcher :

« Oui, un peu, mais pas beaucoup. Comme souvent, il ne me confie que ce qu'il juge être le nécessaire...

– T'as pas tenté de lui tirer les vers du nez?

– Si, bien sûr, mais pour ce coup-là ça n'a absolument pas fonctionné. En fait... » il poussa un soupir, puis secoua légèrement la tête, ses yeux dirigés vers le sol qu'ils foulaient, lentement, en ce début de nuit d'été. « S'ils s'ignoraient, il m'en aurait certainement parlé. Il a fini par m'appeler pour me dire ce qu'il lui avait fait juste avant les Jeux, après tout.

– T'as réagi comment? »

La seule chose que, sur le coup, Makoto trouva à répondre était une grimace.

« Tu te doutes bien que je ne m'y attendais pas. Enfin... j'ai surtout trouvé que c'était terrifiant, car il me le racontait, mais je n'étais même pas capable de l'imaginer. Ce n'était pas Haru, et... c'est vrai que le stress, surtout si gros, peut changer une personne, et je l'avais vu au fil des semaines, mais j'étais moi-même tellement anxieux que je n'ai pas pu faire grand chose. »

Sousuke hocha la tête, comprenant pas mal le sentiment, surtout cet ahurissement face à cette histoire terrible, voire horrible, lorsque c'était Rin qui la lui avait racontée.

« Enfin, ce que je voulais dire, fit-il rapidement pour revenir au sujet. C'est que cette fois-ci ça n'a rien à voir car ils se parlent. Ils peuvent très bien être dans la même pièce! Mais ils ne font que se crier dessus, se lancer des piques, et parfois c'est drôle, mais ça pousse Haru à ne prendre ça que pour un caprice de Rin. Je sais qu'il le pense, je vois très bien ses têtes, et si je tente de lui faire comprendre que non, il m'enverra balader. »

Le brun plongea ses mains dans ses poches, levant la tête vers le ciel, les rues bondées lumineuses dans la nuit, entre néons, illuminations et façades colorées.

« J'aurais bien envie de voir si moi je peux lui mettre du plomb dans la tête mais vu que je suis extérieur à cet histoire, et que je sais pas tout, je me ramasserai.

– Mais ils vont bien finir par le régler, non? » pressa-t-il en se tournant vers lui, semblant un peu paniqué.

Il ne put qu'hausser les épaules, l'air de ne véritablement pas être capable de connaître la réponse.

« Je pense qu'il arrivera un moment où ils arrêteront de se prendre le nez, mais à quel instant le problème sera-t-il résolu, là, j'en sais rien... ça pourrait bien prendre des années avant que... que je-ne-sais-même-pas-quoi arrive. Sérieusement, Makoto, tu crois que Nanase...? »

La phrase sans fin le laissa perplexe, mais il put sans problème deviner ce qu'il voulait dire.

« J-Je ne sais pas, enfin, il n'en a absolument pas l'air!

– Je sais bien, et, pour être franc, il y a genre une ou deux semaines j'aurais été totalement d'accord avec toi! J'en sais rien, c'est juste une impression, mais le problème c'est qu'on peut même pas dire que c'est lui qui est le plus au courant de ça parce que visiblement le problème c'est que quoiqu'il arrive il reste buté à dire que rien n'a jamais changé...

– Mais d'où tu sors cette impression? »

Il émit un gémissement car il ne voyait vraiment pas comment l'expliquer, car cela était du domaine de la sensation, voire de l'intuition, ce n'était pas un mot, ou une phrase, mais des moments, particuliers. Il réfléchit alors, tandis qu'ils arrivaient au parking où il était garé, et trouva enfin un semblant de réponse lorsqu'il ouvrit la portière.

« Sa tronche.

– ...c'est-à-dire...? fut forcé de répliquer Makoto, assis sur son siège, et l'air dubitatif.

– Sa tronche quand il est avec Rin. C'est pas exactement ça, mais... » il hocha la tête, plongé dans ses souvenirs, se rappelant de l'air de Haruka, de l'impression de familiarité qui l'avait traversé, perturbante. « Il le regarde exactement comme toi tu me regardais. Avant. Et parfois maintenant. »

Il était facile de comprendre pourquoi Makoto tourna rouge pivoine en entendant ceci, avant de répliquer avec hargne, tandis que Sousuke enclenchait le contact :

« J-Je ne ressemble pas à Haru!

– Non! Et heureusement, il manquerait plus que je sorte avec un type qui parle à l'eau et se branle sur des cascades! » une oeillade désapprobatrice ainsi qu'un peu exaspérée lui fut envoyée. « Non, je veux dire, vraiment : je saurais pas te dire exactement ce que c'est, mais c'est pareil. Le même genre, et ok, à l'époque j'avais vraiment rien capté, mais maintenant je sais que dans ta tête tu m'arrachais mes vêtements! Nanase sûrement pas, mais-

– Sousuke, du calme, c'est bon, respire deux secondes... le coupa-t-il, parce qu'il sentait qu'il était prêt à partir dans une tirade sans fin s'il ne le faisait pas. Je... vois à peu près où tu veux en venir. »

Un peu de soulagement le recouvrit alors, le faisant se reconcentrer sur la route, et Makoto poursuivit :

« En fait, oui, peut-être que moi aussi j'ai cette impression depuis longtemps, confia-t-il, regardant pas la fenêtre. Depuis qu'on est petits, Rin est quelqu'un de spécial pour Haru. Pour autant, je ne saurais pas te dire si c'est de l'amour, dans le sens romantique, ou non... tout ce que je sais, et je l'ai répété maintes fois à Haru, c'est qu'il lui est précieux, et ils ont besoin l'un de l'autre. Alors ils en tireront leurs propres conclusions, et ce sera le mieux; mais je n'ai pas envie de les voir se déchirer... »

Après un temps, Sousuke acquiesça, ne répondant rien, jusqu'à ce qu'il s'arrête à un feu et balance sa tête en arrière, soupirant lourdement :

« Bon sang ce que ça fait du bien d'en parler! Ça me ronge depuis plusieurs jours je dois dire, et c'est pas comme si je pouvais le balancer à Rin, il en tirerait les conclusions qu'il veut.

– Oui, tu as bien fait, fit-il avec un petit sourire. C'est donc pour ça que tu as abordé ça maintenant?

– C'est pas comme si on avait vraiment eu du temps à nous tous seuls depuis plusieurs jours... »

Makoto écarquilla un peu les yeux, passant ensuite une main sur le devant de son visage, comme pour se gratter, mais c'était plus un geste nerveux qu'autre chose.

« Ce n'était pas le sujet que je pensais aborder ce soir...

– Eh, se mit-il alors à rire, lui lançant ensuite un rapide regard en coin. Je peux t'assurer que j'ai pas ce programme-là pour le reste de la soirée. »

A ces mots, son petit ami ne le regarda pas dans les yeux. Mais d'un nouveau coup d'œil, il put voir celui-ci sourire sous sa main, faisant mine de regarder l'extérieur.

Alors quand ils furent enfin en face de l'appartement de Sousuke, qui lui sourit doucement avant d'ouvrir sa porte, l'estomac de Makoto se retourna dans son ventre, l'impatience faisant un peu trembler ses mains. A ce moment précis, il était totalement prêt à oublier tout ce qui touchait à Haru, Rin, ses amis, Ikura, n'importe quoi. En passant le genkan, et en voyant le grand brun se retourner, il sut qu'il était désormais incapable de reculer, et que son attente allait enfin avoir du sens.

« J'ai pensé qu'on pourrait boire un peu, avant, j'ai du vin dans mon frigo. C'est toi qui choisit. »

C'est pour cela qu'il avança, sans peur, et attrapa son petit ami par le col, pour plaquer ses lèvres contre les siennes.

Le message ne mit pas longtemps à passer. Disparus, les troubles de leurs amis, les Jeux Olympiques, la fin qui s'approchait. Sousuke répondit avec envie, ne tardant pas à entrouvrir sa bouche et faire glisser sa langue contre la sienne, récoltant un frisson. Il ne prit pas non plus son temps pour traverser l'appartement, tirant déjà sur sa cravate alors que leur respiration s'accélérait, qu'ils restaient collés l'un à l'autre, la température grimpant rapidement dès que Makoto laissa tomber sa veste et passa la porte.

Plongés dans le noir, Makoto se sentit un peu tâtonner jusqu'à ce que Sousuke l'attrape par la taille et le fasse basculer en arrière sur le lit. Il finit ainsi surplombé par un large brun, qui glissa ses lèvres vers sa mâchoire, sa gorge, ne tarda pas à l'embrasser avec enthousiasme, tandis que les bruits humides près de son oreille achevaient de rendre le châtain bel et bien excité.

Il sentait son érection derrière son jean, et une des jambes de Sousuke était entre les siennes, très proche. Après avoir donc lâché un soupir au fur et à mesure que sa gorge était recouverte de traces de dents, et qu'une main défaisait, un à un, les boutons de sa chemise, il leva les hanches pour venir rencontrer la dureté d'une cuisse.

L'effet fut immédiat, quand il sentit Makoto se coller, voire se frotter à lui. Le brun releva la tête, haletant un peu, et retourna l'embrasser avec fougue, la langueur l'envahissant, dirigeant ses mouvements, le poussant à rouler ses hanches vers l'avant. Le son de la fermeture éclair qui se baisse résonna ensuite entre eux, et un frisson les parcourut, tandis que le châtain retirait son pantalon avec des mains un peu tremblantes.

Sousuke, lui, acheva d'ouvrir la chemise de son petit ami, et la fit descendre de ses épaules, ainsi que devenir le seul des deux encore habillés. Et cela, Makoto le refusa, car il les fit rouler, finissant à cheval sur lui, et défit ses boutons, sans cesser de le regarder dans les yeux, une flamme au fond d'eux.

Leurs mouvements de bassins reprirent, en cadence, et Sousuke ne tarda pas à se retrouver à son tour torse nu, qui plus est surplombé par un bien bel homme dont les joues, la gorge et le haut de la poitrine étaient rouges, mais dont les pupilles brillantes ne le lâchaient pas, au contraire. Il le regardait avec intensité, passant ensuite une main un peu hésitante sur ses pectoraux, ses côtes. Son pouce glissa sur un téton sombre, et le brun soupira doucement, répondant d'un mouvement de bassin léger. Il ne fit aucun geste qui laissait croire qu'il voulait reprendre sa place au dessus : il le laissait choisir ce qu'il voulait faire, diriger leur étreinte, en tout cas pour le moment. S'approprier ces sensations inconnues, s'en gorger autant qu'il le voulait.

Il s'agissait ici non pas seulement de sexe, c'était bien plus : c'était l'ouverture totale de leur personne, la démonstration de confiance la plus profonde, la preuve d'un amour sincère, presque passionnel.

Et, sans un mot prononcé, Makoto fit ce qu'il souhaitait. Il se pencha, passa ses lèvres sur la peau plus sombre que la sienne, l'embrassa doucement. Il respira dans l'épiderme chaud, voire brûlant, passa sa main sur les avant-bras musclés, parcourus de veines épaisses, un biceps gonflé et typique du body-builder. Progressivement, ses gestes se firent de plus en plus décidés, fermes, tandis que les hanches continuaient de se rencontrer, de langoureusement onduler. Il fit mine de mordre le haut d'une clavicule, suçant ensuite la peau douce et un peu salée. Sous lui, la chair de poule apparut, et une longue exhalation retentit.

Les mains ne le poussèrent pas à se déloger de sa place, mais semblaient à son tour vouloir toucher, et faire plaisir. Les doigts durs, calleux, de Sousuke glissèrent le long de son dos, sa nuque, jusqu'à glisser contre l'élastique de son boxer, caressant la peau douce s'y trouvant, enveloppant ses fesses. Le contact le fit instinctivement bouger un peu plus brusquement, détachant ses lèvres d'une épaule pour y coller son front et lâcher une expiration.

Makoto ne tarda ainsi pas à remonter vers le visage de son petit ami, les paupières un peu basses, et les joues de plus en plus rouges, alors que son érection coincée sous le tissu devenait pressante. Il laissa alors descendre ses bras, venant à son tour défaire la ceinture de Sousuke, et tirer sur son jean qui descendit difficilement étant donné la position du brun.

Celui-ci se redressa donc, et le renversa sur le dos, une main placée autour de sa taille pour ne pas le faire tomber du lit. La vue, le large torse qui semblait le recouvrir, illuminé par la faible lumière extérieure, remua quelque chose en Makoto qui accompagna Sousuke dans son mouvement pour se débarrasser de son pantalon, ayant soudain plus qu'envie de le voir sans plus aucun vêtement.

C'est pour cela qu'il fit tomber sa main contre sa hanche, glissant un doigt sous le sous-vêtement, avant de lever un œil vers le brun, comme pour lui demander la permission. Et celle-ci fut facilement donnée, quand, à genoux au dessus de lui, Sousuke se pencha et reprit possession de ses lèvres, comme affamé, et pour lui faire comprendre qu'il voulait le voir faire de même.

La sensation gênante d'être nu face à quelqu'un parcourut un peu Makoto, qui se mordit la lèvre en fermant les yeux, et ses genoux se resserrant sans réfléchir. Sousuke choisit de ne pas le forcer à s'exposer immédiatement, et revint l'embrasser, sans toucher à son sexe qui effleurait le haut de ses cuisses et le rendait, lui aussi, un peu nerveux. Après tout, si jusque-là il maîtrisait ce qu'il se passait, s'y connaissait en préliminaires, il demeurait un amateur quand il s'agissait de faire plaisir à un homme. Il en était un, alors évidemment il savait que Makoto mourrait d'envie de sentir sa main contre son érection, c'était réciproque; mais il était beaucoup moins certain concernant ce qui suivrait.

Il n'avait pas peur des gestes, mais était juste certain que ça ne lui viendrait pas comme par magie. Il n'avait jamais été intéressé par l'anal avec ses petites amies, et c'était un passage obligé dans une relation homosexuelle. Il avait bien tenté l'expérience tout seul, mais il savait que de le faire soi-même n'avait rien à voir avec le fait de recevoir l'attention, et se disait que si Makoto aimait tellement cela c'était qu'il y avait bien une raison, qu'il serait beaucoup plus réceptif à l'attention.

Cela ne l'empêchait pas de prendre tout son temps, de refuser d'aller trop vite, d'attendre de sentir le châtain se détendre sous lui, ne serait-ce que de pouvoir attraper son sexe, avant de penser à autre chose. Au moins, une fois que Makoto fut assez habitué à sa nudité, ou qu'en tout cas qu'il comprit qu'il devait faire quelque chose pour oublier son état, Sousuke se retrouva à son tour totalement nu, et se laissa descendre vers le bassin de son petit ami, appréciant la pression ainsi que la sensation de la peau contre la peau, sans aucune barrière.

Il n'y avait que la présence d'un autre sexe, dur, humide, contre le sien, qui n'était pas familier, mais il n'y réfléchit pas plus longtemps, la sensation bien trop plaisante. Un râle s'échappa de sa gorge quand les deux verges glissèrent l'une contre l'autre, coincées entre leurs corps, et il rouvrit un œil pour voir Makoto la bouche entrouverte, le haut de son visage caché par sa main.

Il sourit alors doucement, et continua le mouvement, allant embrasser le haut de la main, puis la mâchoire, et les lèvres. Les doigts ne tardèrent alors pas à s'éloigner, et ses doigts glissèrent dans les cheveux châtain, un sourire doux, rassurant, suivant naturellement :

« Ça va? »

Aussitôt, un hochement de tête lui répondit, et le brun sentit un petit rire secouer sa poitrine, alors que Makoto semblait tellement submergé qu'il n'en était plus capable de parler.

« Tu veux que je... commence? »

Il déglutit, et acquiesça à nouveau, laissant simplement souffler :

« Pas... besoin de me demander la permission. »

Bien qu'il ait envie de protester, il ne put qu'accepter sa demande, partant prendre le lubrifiant. Au moins, les gestes n'étaient pas nouveau pour lui, il savait de quelle manière préparer quelqu'un, il avait simplement un peu peur que ce soit plus long pour l'anal, et il n'avait aucune idée de la façon dont on trouvait la prostate, pas d'une manière agréable en tout cas. Mais il respira lentement, ses doigts humides, et se redressa sur ses genoux, glissant ses phalanges vers l'orifice.

La respiration de Makoto eut un à-coup, et il détourna ses pupilles du bas du corps du châtain pour observer son visage, une quelconque réaction, qu'il sache s'il le faisait bien. Et ça semblait être le cas, car il ne voyait plus aucun inconfort, juste de l'envie, peut-être un peu d'impatience. Cela le poussa à, en même temps, amener sa main pour entourer le sexe bandant devant lui, ainsi que de masser l'intimité de Makoto, et la réaction du châtain lui fit littéralement ouvrir la bouche d'ébahissement.

Le son, ce son qui glissa des lèvres de Makoto, l'excita comme jamais. Il le sentit résonner en lui, ce gémissement balbutié de son prénom, presque suppliant, et il ne voulut qu'une seule chose : que cela recommence. Il reproduit alors son geste, et cette fois laissa son poignet continuer de s'activer sur le membre dur et chaud, alors qu'insidieusement, son index s'introduisait en lui.

Il se mit à réellement avoir chaud, alors que Makoto laissait échapper toutes sortes de sons, cherchait peut-être à les retenir, mais ne pouvait empêcher ses soupirs, ses murmures appréciateurs. Il commençait à s'habituer à l'attention, aux vas-et-viens, et ne faisait plus que respirer amplement, quand Sousuke sut que c'était le moment parfait pour ajouter un autre doigt.

Et l'homme en dessous de lui appréciait, plus que tout, il le voyait. Il s'accrochait à lui, fermait les yeux, se laissait emporter par le plaisir, vivre ce qu'il lui avait confié être, des années plus tôt, le plus grand de ses fantasmes. C'est sûrement pour cela qu'il accapara assez de courage pour lever un bras vers l'érection du brun, et Sousuke l'attrapa immédiatement, presque paniqué, pour le rabattre contre le matelas, son autre main s'introduisant plus violemment dans le corps qui trembla sous son geste.

« Dé-Désolé, souffla-t-il, se rendant seulement compte qu'il avait retenu sa respiration, croisant les pupilles vertes qui l'observèrent avec un peu de surprise quand il ralentit ses gestes. C'est juste que si tu... fais ça, je vais jouir, et je t'assure que pour ce coup-ci il va me falloir un bon moment pour un deuxième round. »

Celui-ci sembla l'accepter assez facilement, comprenant en déglutissant et hochant la tête. Il sembla réfléchir un petit moment, avant de descendre son autre main vers le poignet du brun, et l'utiliser pour le pousser à recommencer ses mouvements en lui.

« D-Dans ce cas, dépêche-toi. Moi aussi je veux te faire plaisir. »

Sa bouche déjà ouverte ne sembla ainsi pas prêt de se refermer. Il cilla une fois ou deux, avant de murmurer :

« Je t'assure que là, je fais plus qu'en prendre... »

Et la langue qu'il passa sur ses lèvres sèches, comme un prédateur, fit se hérisser les poils sur les avant-bras de Makoto, dont la rougeur s'intensifia. Alors, les sourcils un peu froncés, et son érection collée à une cuisse, il reprit ses mouvements, n'hésitant pas cette fois à être plus direct. Leurs respirations s'accélérèrent de concert, alors que Makoto venait à la rencontre de sa main, et Sousuke vint embrasser sa nuque, ou son pectoral, quand il sentit qu'il pouvait faire entrer un troisième doigt qui poussa son petit ami à écarter un peu plus les jambes ainsi qu'à lâcher une nouvelle plainte.

Il gardait les yeux fermés, se gorgeant des sons près de son oreille, de la chaleur contre lui, le mouvement de ses doigts qu'il rêvait de reproduire avec ses hanches. Le besoin de plus, de contact, de sons, prit sur lui, et un grognement presque animal lui échappa quand des lèvres se faufilèrent à son oreille, que les soupirs pressants l'atteignirent.

Il fronça alors les sourcils pour rester au maximum maître de ses gestes, ne pas être trop brusque, et retira sa main pour la faire glisser sur une cuisse, une fesse, les écarter, les masser. Il enfila un préservatif, serrant les dents quand il fit quelques allez-retours sur sa verge, puis se plaça, s'allongeant au dessus du châtain qui hocha la tête avant qu'il ne le pénètre enfin.

Makoto laissa partir sa tête en arrière en sentant le sexe, la masse bien plus grosse que ce dont il avait l'habitude, entrer en lui. La sensation des doigts, plus tôt, avait déjà été nouvelle, unique, comparée à celle des siens. Le corps étranger, qui entrait en lui, doux, langoureux, faisait battre son cœur plus fort, et il avait l'impression d'être sur le point de venir depuis un long moment, en sachant pourtant qu'il n'en était encore qu'au début.

C'était pour cela qu'il n'avait qu'une peur : venir bien trop tôt. Sousuke ne dirait rien, mais il savait très bien que plus c'était long, mieux c'était. Il voulait être à la hauteur, et satisfaire le brun autant qu'il était satisfait. Alors il se concentrait, tâchait de garder pied, de se contrôler. Mais sentir Sousuke entrer en lui, penser, une seconde, que toute leur relation les avait menés à ceci, à cet instant d'union totale, lui fit perdre tout fil. Il garda les lèvres entrouvertes en un son coincé dans sa gorge, la sensation inédite, surprenante, mais absolument indescriptible l'envahissant.

Et il n'était pas le seul. Car, les poings serrés près de sa tête, Sousuke fronçait les sourcils, et il voulait bouger. Ça n'avait rien à voir avec du sexe vaginal. Il n'était pas dans une enveloppe humide, qui se contractait autour de lui, mais était faite pour l'accueillir. Ici, il était bien plus serré qu'il n'aurait pu l'imaginer, avait l'impression que son sexe ne pourrait y retourner s'il faisait un seul geste pour en sortir. Et la sensation nouvelle, couplée à la vue de Makoto en plein dans son plaisir, le persuadait qu'il pourrait venir immédiatement, sans même un mouvement.

Mais la main qui se posa sur son bras, un peu moite, le rendit incapable de faire autre chose que d'amorcer un mouvement, contractant ses muscles pour ne pas aller trop vite, et se retenir de jouir sur le champ. Sous lui, Makoto lâcha un long et bruyant soupir appréciateur, l'accompagnant dans son mouvement, sa verge plus rouge et suintante que jamais.

Le châtain ne se sentit plus capable de maîtriser ses membres, ses bras le long de son corps, alors que le va-et-vient en lui accaparait tous ses sens, toute son attention, le rendait telle une poupée, seulement capable de ressentir, recevoir. Il n'était plus qu'une masse vaguement sursautante, gémissante au fur et à mesure que Sousuke se perdait dans son mouvement, accélérait, attrapait ses hanches, soufflait son prénom, les yeux fermés. Son torse était humide, ses cheveux aussi, et il sombrait lui aussi dans son plaisir, ses mouvements amples en lui, sans plus aucune retenue.

Il sentit sa poitrine se gonfler de plus en plus vite, alors que la verge en lui le remplissait, le rendait extatique, sans même atteindre sa prostate. Le simple geste, l'acte, l'excitait tellement, et lorsque sa verge fut à nouveau attrapée, il sut qu'il n'en avait plus pour très longtemps.

Comme un sursaut, il retrouva l'usage de ses membres, et attrapa la nuque de Sousuke de ses bras, ses jambes encerclant l'arrière de ses genoux, pour plus de contact, qu'il aille plus profond. Le brun dans ses bras en lâcha un juron, et se mit pour de bon à aller plus fort, ses sourcils froncés et sa voix lui échappant, ainsi que sa poigne se resserrant.

La chaleur en Makoto, qui ne faisait que monter depuis qu'il était tombé sur ce lit, devint soudain une brûlure, et le rendit presque incapable de respirer. Ce fut brusque, mais en quelques secondes il sut qu'il ne pouvait plus se contrôler, car c'était trop bon, et il jouit avec un long geignement qui fut noyé lorsque Sousuke vint recouvrir ses lèvres des siennes, grognant dans sa bouche.

La vue le rendit dingue, et le brun se sentit un peu défaillir lorsque la verge devant lui laissa échapper le liquide blanc qui recouvrit le bas du ventre de son petit ami haletant, rouge, les yeux perdus dans le vague. La pression autour de son érection s'intensifia et le fit geindre à son tour, et venir en plusieurs coups secs dans le corps frémissant, se vidant totalement, si fort qu'il sentit le coin de ses yeux s'humidifier.

Il tâcha de garder une prise sur ses bras pour ne pas s'effondrer sur Makoto qui était encore en nage, gardant son visage collé au sien pour faire glisser ses lèvres sur les siennes, souffler son nom, jusqu'à ce qu'il puisse se tirer jusqu'à sa gauche et s'effondrer sur le lit, retirant la capote d'une main avant de la jeter sans la fermer dans la corbeille placée près du lit.

Ils mirent du temps à reprendre leur respiration ainsi que leurs esprits, Makoto fixant le plafond et Sousuke le nez dans son coussin. Il finit cependant par tourner la tête vers l'autre homme, et, une fois qu'il se sentit capable à nouveau de parler, passa une main sur son ventre encore couvert de sperme, et souffla :

« Ça va...? »

L'air encore sur le carreau, le châtain se tourna lentement vers lui, les paupières tombantes, et un de ses sourires tueurs lui répondit. Il ne put alors que sourire à son tour comme un imbécile, incapable de faire autre chose que de se rapprocher et de se coller à nouveau contre lui, et l'embrasser, bien plus doucement, sans même ouvrir la bouche.

« Merci... »

Le mot, chuchoté contre lui, lui fit ouvrir doucement les yeux, ne pouvant s'empêcher de hausser un peu un sourcil.

« Merci de quoi...? »

Son sourire demeura sur son visage, malgré sa question, et il se contenta de répondre, tout simplement, d'un air joyeux contrastant avec sa réponse débordant d'ironie :

« D'avoir... arrêté de me faire attendre? »

Immédiatement, il perdit son sourire, et bougonna :

« Hé... tu vas pas me faire croire que c'était pas bien, cette soirée.

– Si... mais on aurait très bien pu en venir directement à ceci.

– Trop tard, mon caprice c'était d'avoir ma soirée avec toi. Et je l'ai eue. » un sourire taquin aux lèvres, il se rapprocha, faisant frôler leur nez. « Si tu en as un aussi, il faudra te battre pour l'avoir, je compte pas être à ta merci... »

Et à ceci, Makoto écarquilla un peu les yeux, rougit aussi, l'air légèrement indigné, avant qu'une moue décidé n'apparaisse sur son visage, et qu'il roule à son tour, pour cette fois finir à cheval sur le brun, sa bouche à quelques centimètres de la sienne.

« Si c'est comme ça...

– H-Hey, j'étais sérieux, je suis fini pour la nuit, là! C'est mort! »

Passant ses lèvres entre ses pectoraux, Makoto tourna les yeux vers lui, et laissa sa main continuer de descendre vers le sud.

« On va vérifier ça. »

/

Rin abattit son verre sur la table alors que pour la première fois de sa vie, il avait véritablement envie de quitter une fête plus tôt que prévu.

Rien ne se passait bien. C'était la cérémonie de fermeture des Jeux, mais il n'était pas particulièrement heureux. Il déprimait par moments à l'idée que cela soit déjà fini, et avait dû dire au revoir à certaines personnes avec qui il était devenu ami. Les joueurs de volley, qui avaient obtenu la médaille de bronze, fêtaient et étaient très fiers d'eux, mais maintenant ils étaient devenus amis avec Haru. Et il se sentait mis à l'écart.

Il savait bien que ce n'était pas vrai, mais n'appréciait pas. Il avait tellement de mal à ne serait-ce qu'avoir une discussion avec le brun, et voilà que eux ils y arrivaient en une soirée. En plus, il y avait aussi quelques gars du ping-pong, et au fur et à mesure qu'il descendait ses verres, il observait d'un œil de plus en plus mauvais le chinois, qui avait l'air assez proche de Haruka. Il en était même venu à poser une main sur son bras pour le réconforter car il était reparti sans médaille, bien que l'autre lui ait répondu que la prochaine fois, il ne repartirait pas sans.

De la jalousie bête et méchante, qui agissait avec fureur sur lui, mélangée à l'alcool. A ce moment de la soirée, il se contentait de vider verre après verre, de recevoir des regards surpris, de ne répondre qu'à moitié quand on lui adressait la parole.

Au fond de lui, il demeurait une lueur appelée Sousuke, qui lui disait de ne pas se prendre la tête, de faire comme si Haru n'existait pas. Et s'il y avait cru, c'était terminé. Quoiqu'il fasse, il se sentait comme une merde dans cette situation, et il n'aurait jamais cru que les sons que font un type en jouissant seraient capable d'être à ce point imprimés dans son crâne.

Il voulait Haru, il voulait encore coucher avec lui, et l'embrasser, et dormir à ses côtés, et lui parler sans avoir besoin de réfléchir, être lui-même, ne pas se planquer derrière des mensonges comme je ne suis pas gay devant les journalistes ou je vais oublier mes sentiments à Haru.

C'était faux, il en avait la preuve, était un disque rayé repassant encore et encore le même morceau, revenant toujours au même point. Il se mettait tout autant à rêver de ne jamais quitter le Village Olympique que d'enfin prendre des vacances, s'éloigner de tout cela, de Haru, des journaux, aller en Australie, ou autre part, tranquille.

Alors quand le brun s'approcha de lui, son humeur s'aggrava. Il eut très envie de partir, tout bonnement, faire une sortie magistrale, lui coller la porte au nez, mais le simple mouvement de relever la tête lui flanqua le tournis. Rin ne put alors que marmonner dans sa barbe, l'observant arriver d'un œil mauvais :

« Quoi?

– Les autres sont inquiets pour toi. »

Il étrécit les paupières, et siffla :

« C'est donc ça ton excuse pour venir me parler? Du haut niveau.

– Tu as trop bu.

– Ouais, et? »

Haruka ouvrit la bouche, comme pour lui rétorquer quelque chose sur le vif, mais se retint, fermant les yeux pour se calmer, et dire plus doucement.

« Je vais te raccompagner à ton appartement.

– Et tu vas encore me plaquer contre un mur, me branler, puis me jeter comme un vieux mouchoir? »

Un silence de plomb tomba entre eux, bien qu'autour, personne n'ait visiblement entendu ou remarqué, demeurant dans leur fête. Haruka garda la bouche entrouverte, véritablement ahuri, et ferma les yeux, soufflant presque comme une supplication :

« Rin, je suis désolé, je te le redirai autant de fois que possible-

– Ouais, ouais.

– -mais tu n'as pas le droit de me lancer ça en pleine figure alors que je veux juste t'aider! »

Sans attendre, Rin sauta sur ses pieds. Il sentit la terre bouger un peu, mais conserva son regard noir, avant de siffler.

« Pas besoin d'aide. »

Le visage encore pétrifié dans une expression mêlant culpabilité et terreur, Haru ne put que bafouiller :

« T-Tu ne peux pas rentrer en voiture comme ça.

– Je vais appeler quelqu'un pour me raccompagner.

– Qui? »

Et ce fut trop pour Rin. Il refusa d'accepter que Haruka soit réellement inquiet, il refusa de voir les remords qu'il portait, il refusa tout ce qui pouvait être la moindre trace d'affection, et pesta, accentuant chaque syllabe tout en se penchant lentement vers lui :

« Va, te, faire, foutre. »

Il se mit immédiatement à marcher vers la sortie, titubant un peu. Il plissa les yeux en prenant son portable et parcourant sa liste de contact, sa moue ne faisant que baisser à chaque fois qu'il voyait un nom, et souhaitait un peu plus s'enterrer sous terre.

Il finit par en composer un qui était moins pire que les autres. Ce fut cruel, mais il ne sut quoi faire d'autre, car dans d'autres cas il aurait appelé Sousuke, mais qu'il devait être avec Makoto, qu'il ne voulait pas l'entendre lui demander ce qu'il se passait, qu'il ne voulait pas le voir non plus.

A l'autre bout du fil, l'autre fut surpris, mais accepta de venir. Dans la vingtaine de minutes qui lui fut nécessaire pour sortir du Village et arriver à un endroit accessible au public, la voiture eut le temps d'arriver. Il sentit le sol bouger violemment, mais s'approcha quand même et entra. Au volant, Akage le fixa avec de grands yeux perdus.

« Mec, t'es bourré? »

Il entra dans l'habitacle et se pencha pour l'attraper, l'embrasser, ayant l'impression d'avoir la bouche un peu molle, comme anesthésié. Sous lui, l'autre eut un sursaut, et répondit vaguement au baiser, ayant surtout l'air sur le carreau.

« T'es avec personne en ce moment, nan? »

Lentement, celui-ci fit non de la tête. Rin se mit à sourire.

« Une soirée pour penser à que dalle? Je te demande que ça. »

Il eut l'air hésitant, et balbutia :

« Je crois pas, t'es pas en état; je... Rin, sérieux, t'es raide mort!

– M'en fous. »

Ses sourcils se froncèrent, et Rin vint embrasser le piercing qui se trouvait en haut de son arcade de gauche. Sous lui, l'autre homme grogna, et se dégagea un peu, avant de faire un signe de la tête vers l'extérieur :

« T'es vraiment vraiment sûr là? » fit-il avec un semblant d'agacement.

Rin se retourna lentement, vit Haruka à une vingtaine de mètres, immobile. Leurs yeux se croisèrent, même de loin, puis celui-ci hocha vaguement la tête avant de rebrousser chemin, les mains dans ses poches.

Il sut qu'il n'était pas venu jusque-là par jalousie, ou par envie d'être celui qui le raccompagnerait, et lui ferait l'amour. Mais parce qu'il était inquiet qu'il prenne la voiture tout seul. Le nageur se détacha alors de son ex-petit ami, et se contenta d'asséner :

« Roule. »

Akage plissa les paupières, mais s'exécuta. Rin put voir, au loin, la silhouette de son vieil ami, dans sa veste blanche et rouge, disparaître derrière un arbre.

Depuis une autre voiture, à une centaine de mètres, un nouveau 'clic' résonna.

A suivre...


Ok, ok, le début passait mieux que la fin... mais vous allez pas vous plaindre, hein! Enfin finie, la vie de moines bénédictins de Sousuke et Makoto, et bon sang ils ont du temps à rattraper lol

Pour Rin et Haru, vous pouvez pressentir que les choses ne vont pas se passer si facilement, surtout que désormais, le facteur des journalistes va enfin prendre son sens ^^ Et c'est aussi au tour de Akage de revenir un peu! Ah, mon chéri, il sera pas là pour longtemps, mais vous aurez quand même l'occasion d'admirer son magnifique langage si fleuri un petit moment.

Bref, à la semaine prochaine! Portez-vous bien!