Bonjour à tous ! Aujourd'hui découverte de David Stevens, que je n'aime pas et que vous n'allez pas aimer ! :D Et une deuxième partie de chapitre beaaaaauuuucoup plus intéressante héhéhé ^^
Si vous vous en ennuyez, n'hésitez pas à faire un tour sur mon autre histoire "La Mémoire du corps" ;) En plus maintenant, elle est finie ! ;)
Comme d'habitude, gloire/disclaimers/remerciements à mes bêtas/dieux/lecteurs et revieweurs.
Bonne lecture !
Crabe Partie 4
Chapitre 5
Rapidement, ils se retrouvèrent à la clinique Fleming, et John découvrit qu'ils se repéraient désormais de mieux en mieux dans le dédale. Cela suscita un goût acre de dégoût dans sa bouche. Certes, se perdre n'avait rien d'agréable ou de sympathique, mais bien connaître les couloirs supposait qu'ils les avaient déjà beaucoup pratiqués, et la perspective n'était guère plus réjouissante.
À l'instar de Janet Douglas, David Stevens, le psychothérapeute de Sherlock avait une salle d'attente et son cabinet au sein même de la clinique. John et Sherlock n'y patientèrent pas assez longtemps pour avoir le temps de s'y asseoir. Ils avaient eu pile poil le temps d'arriver que c'était l'heure de leur entretien. À croire que le rappel sur le téléphone de John, programmé par Mycroft, avait été chronométré en sachant pertinemment qu'ils étaient à Scotland Yard et pas à Baker Street. Connaissant l'homme, ce n'était même pas improbable.
Au contraire de la sexologue, en revanche, l'homme demanda à recevoir son patient et son accompagnant simultanément, sauf refus express de l'une ou l'autre des parties. Sherlock haussa négligemment les épaules, et John accepta la proposition. En tant que blessé militaire souffrant de PTSD et ayant vécu un profond traumatisme par la mort de son meilleur ami par suicide, John avait une certaine expérience des psys et ne les aimait pas beaucoup. Mais pour Sherlock, cela allait bien au-delà de ça. C'était des gens comme David Stevens qui avaient dit à Mr et Mrs Holmes que leur fils était autiste et anormal. La relation que le détective entretenait avec les psys était vraiment particulière, et John n'aurait laissé tomber son ami dans une situation particulière pour rien au monde.
En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, ils se retrouvèrent donc assis dans des fauteuils très confortables, et le docteur Stevens leur proposait une tasse de thé. John avait eu sa dose à Scotland Yard, mais Sherlock accepta poliment.
Un moment, seul le silence gouverna, simplement entrecoupé des bruits de cuillères sur la porcelaine des tasses.
- Que savez-vous de moi, monsieur Sherlock ? demanda doucement David Stevens après une gorgée.
Sherlock haussa les épaules.
- J'insiste.
Le praticien avait une voix très douce et très ferme tout à la fois, et son sourire était encourageant. La blancheur de ses dents tranchait nettement avec la couleur noire de sa peau.
Sherlock inspira profondément. Scanna. Et commença son show.
- Né en Ouganda, une très ancienne colonie britannique, il y a de cela cinquante ans. Non moins. Pas encore tout à fait cinquante ans. Vous n'assumez pas votre âge. Il y avait une femme, aussi. Votre fiancée. Bel avenir dans votre pays. Une guerre, probablement, vous l'a pris avant même le mariage. Vous avez longtemps porté le deuil là-bas, avant de tout recommencer à zéro ici. Et vous spécialiser dans les problèmes psychologiques des autres. Plutôt que la carrière de diplomate que vous envisagiez.
Sherlock avait débité tout cela d'un ton froid et clinique, très détaché et peu agréable à entendre, mais John ne put s'empêcher de laisser échapper un sifflement admiratif. Lui, la seule chose qu'il voyait, c'était que l'homme était noir (ce qui était franchement évident), qu'au vu de son accent il n'était pas natif d'Angleterre mais plutôt d'Afrique (donc potentiellement une ancienne colonie), et il avait une alliance à son doigt, et une autre passée sur une chaîne autour du coup (ce qui était un indice sur sa vie amoureuse, mais John ne savait pas le décrypter).
- J'ajouterai, poursuivit Sherlock, que vous êtes resté fidèle à un fantôme depuis tout ce temps, et qu'à part la trompette et le jazz, vous n'avez guère de passe-temps, expliquant que vous êtes en mesure de donner des rendez-vous un dimanche après-midi à vos patients.
Au grand étonnement de John, leur interlocuteur sourit à pleines dents.
- Parfaitement correct, monsieur Sherlock. Un très bref résumé de ma vie, mais relativement exhaustif sur les points essentiels. Voici donc tout ce que vous savez de ma vie. Je ne sais absolument rien de la vôtre. Et si nous équilibrions cela ?
John étouffa un rire dans son poing. Sherlock s'était fait piéger comme un bleu, et il se mordait les lèvres au sang (ça ressortait nettement, sur sa peau pâle) de frustration. David Stevens continua de sourire.
- Je ne souhaite en rien vous piéger, monsieur Sherlock. Mais au contraire, vous aider. Vous êtes libre de vouloir de mon aide.
- Et de quoi doit-on parler ? répliqua sèchement Sherlock.
- De ce que vous voudrez, qui vous aiderait psychologiquement à affronter la maladie. Je travaille en étroite collaboration avec Janet, qui a en charge tout ce qui change physiquement en vous. Moi, je travaille sur le mental. La déprime. Les angoisses. La colère. La frustration. Tout ce que la maladie va générer comme émotion sur le plan psychologique. Comment vous sentez-vous vis-à-vis de tout ça actuellement ?
Sherlock haussa les épaules, dents serrées.
- Vous avez le droit de ne pas répondre, mais ne me mentez pas en disant que cela ne vous fait rien. Tout le monde ressent quelque chose.
- Les sentiments ne sont pas un avantage, fusa la réponse de Sherlock.
- Ce qui ne veut pas dire que vous en êtes dépourvu, releva le psychothérapeute. Cependant je ne parle ici pas de sentiments, mais d'émotions.
John haussa un sourcil. Il n'était pas psy, et il ne voyait pas vraiment la différence. L'homme dut le comprendre car il précisa son propos.
- Les émotions sont des réactions affectives, généralement de courte durée et intense, à l'annonce un évènement quelconque, d'une stimulation extérieure. Les sentiments, ce sont la conséquence des émotions. Mais sur un plus long terme. Ici, en l'occurrence, je veux notamment parler de vos réactions affectives et spontanées aux différents stades de la maladie, les émotions ressenties sur le moment. Par exemple à l'annonce de votre cancer ?
- Le déni.
Sherlock fusilla aussitôt du regard John, qui avait osé ouvrir la bouche.
- Quoi ? se défendit-il. C'est vrai non ? J'ai dû te traîner aussi par la force et le chantage, ou presque ! Tu refusais de croire que tu pouvais avoir un truc, et tu ne voulais pas voir Harding !
- C'est totalement différent. C'est Elliot, que je n'avais pas envie de voir, mais ça n'avait rien à voir avec le... le... la maladie.
David Stevens haussa un sourcil.
- Vous n'êtes pas en mesure de dire le mot ?
Mâchoire serrée, Sherlock ne répondit pas. La main de John, sortie de nulle part, se posa soudainement sur la sienne, si brièvement que ce n'était même pas une caresse. De l'extérieur, on ne pouvait même pas dire qu'il s'agissait d'un geste volontaire.
- Si, il le dit. Pas toujours et pas avec quiconque, c'est tout, affirma John en regardant l'autre droit dans les yeux.
Le médecin avait les yeux étincelants, prêt à défendre son Sherlock bec et ongles, et comprenant parfaitement dans la colère de son ami toute sa phobie hospitalière et son malaise quant au fait d'être ici.
Comprenant que le terrain n'était pas propice, le psychothérapeute battit en retraite et posa une autre question.
- Et à propos des suites de la maladie ? Comment l'envisagez-vous ? Ou plus exactement, quel est le premier sentiment qui vous vient quand vous pensez aux prochaines semaines de chimio ?
Sherlock ne répondit pas, agacé. Il n'avait pas envie de poursuivre cette discussion.
- Ça ne me fait rien, affirma-t-il.
Mais il ne pouvait pas être crédible dans ce rôle. Il avait beau se cacher, ne pleurer qu'en présence de John, prétendre être fort, ne rien montrer aux médecins, attaquer Elliot Harding et descendre en flamme quiconque approchait un peu trop près de son armure ; les toubibs n'étaient pas si idiots. Sherlock n'était qu'un humain, même s'il s'en défendait avec force. Ils savaient bien qu'il avait en privé les mêmes réactions que tout le monde : la peur, l'inconnu, la douleur.
Malheureusement, lui faire admettre cet état de fait était une toute autre paire de manches.
- Rien n'existe pas pour l'humanité. Tout le monde a un cœur, affirma David Stevens.
Dans l'esprit de John et Sherlock dansa alors immédiatement une même image, un souvenir parmi les plus douloureux de leur existence commune. Moriarty, auréolé de gloire et de splendeur, promettant à un Sherlock qu'il tenait en joue qu'il réduirait son cœur en cendres.
- Je sais de source bien informée que je n'en ai pas, répliqua Sherlock.
Et juste après, sa vision s'obscurcit. La maladie et les médicaments étaient compliqués à endurer tant sur le plan physique que psychique. Ces perpétuelles questions sur ce qu'il pensait de lui-même, de la maladie, sur comment il vivait la maladie, étaient une agression permanente dans son palais mental. Rajouter les souvenirs de Moriarty, et quelques éléments gênants avec John, et il se sentait partir. Cela ne lui était pas arrivé depuis très longtemps.
Il avait conscience de tout ce qui l'entourait avec une prescience effrayante, mais il ne voyait rien du tout. Il savait cependant qu'il était en train de se balancer d'avant en arrière dans des mouvements spasmodiques, ses bras se crispant et revenant naturellement entourer son corps dans un réflexe d'auto-défense autiste qu'il n'avait pas eu depuis ses sept ans, quand Barberousse était mort.
Du fin fond de sa crise de noirceur, qui s'apparentait à une descente aux enfers plus sombre que la nuit sans lune elle-même, il y eut soudain une lumière.
Sherlock ! Sherlock ! SHERLOCK ! hurlait la voix. Vous avez vu ce que vous lui avez fait ? Sherlock ! C'est moi ! Sherlock ! Sherlock, je ne sais pas quoi faire ! Sherlock, reviens !
La lumière continuait de crier, et de grandir, doucement et sûrement, jusqu'au moment où Sherlock, enfin, fut de nouveau capable de combattre par lui-même la noirceur et battit des paupières pour s'en dégager, ouvrant doucement les yeux.
Sans surprise, John était accroupi devant lui, dévoré par l'inquiétude. De force, il avait obligé son ami à descendre ses bras, et avait essayé de stopper les mouvements de balancier. Derrière lui, le psychothérapeute se tenait debout, l'air embêté. Il n'avait de toute évidence pas envisagé une réaction aussi violente de son patient. À sa décharge, Sherlock n'était pas un patient facile, cachait en permanence ce qu'il ressentait, et n'avait pas eu de crises de ce genre depuis plus d'une trentaine d'années.
- Je le ramène chez nous, ordonna John d'un ton militaire qui n'admettait aucune réplique.
L'homme n'émit aucune objection, et s'approcha pour aider John à mettre Sherlock sur ses pieds. Aussitôt, une nouvelle réaction d'auto défense du détective s'enclencha. Il ne voulait pas être touché. La peau de John contre la sienne, d'accord, mais rien d'autre.
- Je me débrouille, affirma John en interrompant l'avancée de l'autre d'un geste de la main.
Il n'avait suffi que d'un bref tremblement de Sherlock pour que John comprenne.
Lentement, John se releva, et entreprit de mettre son ami debout à son tour. D'abord aussi peu réactif qu'une poupée de chiffon, Sherlock retrouva peu à peu pied avec la réalité et parvint à mobiliser assez de forces pour mettre un pied devant l'autre et suivre son colocataire sur le chemin de la sortie.
Sur le pas de la porte néanmoins, John se retourna et échangea quelques phrases avec le praticien, dont Sherlock ne comprit pas toute la teneur, un peu trop shooté. Il était manifestement question de noter l'incident dans un dossier, et de faire attention la prochaine fois, ou ils auraient affaire à John. Le comportement plus protecteur qu'une louve de John réchauffait le cœur du détective.
Le temps d'un battement de cil, ils étaient de retour à Baker Street, et Sherlock acheva définitivement de se remettre de sa crise d'angoisse.
- Pardon... marmonna-t-il à l'adresse de son ami en s'enfouissant dans le canapé.
John s'interrompit dans son mouvement (il voulait attraper la télécommande de la télé) pour regarder son colocataire, surpris. Il avait du mal à croire en voyant ce grand dadais recroquevillé sous un plaid que moins de six heures plus tôt, ce même homme à l'impressionnante stature expliquait en long en large et en travers un meurtre à un inspecteur du Yard. Sherlock était un mélange compliqué de force et de faiblesse, l'adulte et le petit garçon luttant en lui en permanence, ne sachant comment s'équilibrer. Il n'avait pas eu d'adolescence pour faire sa mue et passer d'un stade à l'autre. Il était brusquement devenu adulte, sans jamais faire le deuil de son enfance, en connaissant bien trop tôt l'enfer de la drogue. Et puis il était redevenu clean, et avait enfermé à double tour son jeune lui dans son palais mental sans jamais prendre le temps de s'y intéresser.
Et aujourd'hui, la maladie faisait ressortir l'enfant effrayé qui ne savait pas comment vivre.
- Pardon de quoi ? demanda John de son ton le plus doux.
- De ce que... j'ai... fait... bégaya Sherlock.
- Tu n'as rien fait, Sherlock, répliqua fermement le médecin. Tu as eu une crise, provoquée par quelqu'un d'autre que toi. Cela arrive à des tas de gens, et tu n'as absolument jamais à t'excuser pour être ce que tu es. Et surtout pas à moi. Je sais qui tu es, et je serai là quoi qu'il arrive.
La capacité merveilleuse de John à toujours trouver les mots qui apaisaient l'esprit brisé de Sherlock était un miracle. Sherlock en doutait même parfois qu'il en soit réel, tant cet homme atteignait la perfection, parfois.
Ils passèrent ainsi leur fin de dimanche calmement chez eux, et enchaînèrent le lundi sur le même mode.
John s'attendait à moitié que Sherlock devienne un peu plus insupportable au fur et à mesure que les heures filaient et se rapprochaient de l'heure d'aller se coucher (et donc de la séance de chimio du lendemain), mais il n'en fut étonnamment rien. Le médecin se félicita du calme de leur appartement et en apprécia chaque seconde.
Du moins, jusqu'au moment où Sherlock sortit de la douche.
Sherlock avait annoncé aller prendre une douche il y avait de cela un certain temps maintenant. John avait entendu logiquement l'eau, qui avait été coupée, puis remise, puis Sherlock qui évoluait dans la salle de bains pour se sécher, puis la porte s'ouvrir. Il avait jeté un coup d'œil, et avait aperçu son colocataire vêtu de sa robe de chambre bleue en soie. Celle qui épousait tellement les contours de son corps que cela en était indécent. Il avait détourné le regard, un peu rougissant, mais conscient que c'était parfaitement normal. Sherlock oubliait souvent ses vêtements ou son pyjama, et il lui arrivait de sortir en serviette ou, comme aujourd'hui, en robe de chambre, pour aller dans sa chambre récupérer de quoi s'habiller, avant de s'en retourner dans la salle de bains. Aujourd'hui ne fit pas exception, et John entendit bientôt de nouveau le clic de verrouillage de leur nouvelle porte de la salle d'eau, qu'il avait fini par faire changer. À leurs frais. Après des grands cris de Mrs Hudson, quand elle avait vu ce qui était arrivé à la précédente.
John se réabsorba dans son journal et n'entendit plus rien en provenance de la salle de bains.
- John.
L'appel de son nom, clairement prononcé par Sherlock, commença à faire remonter John à la réalité, absorbé qu'il était dans un article passionnant sur le conflit en Syrie dans le Times.
- John, répéta la voix.
Cette fois, ce ne fut pas l'appel qui fit réagir John. Ce fut le ton. C'était la voix habituelle de Sherlock, il n'aurait reconnu entre mille, mais le timbre n'était pas exactement le même que d'habitude. Il avait cette fois un je-ne-sais-quoi de plus grave, plus ténébreux. Alors John releva les yeux, et tomba dans celui de son colocataire. Il eut conscience que ses pupilles s'élargissaient de désir et que sa bouche s'ouvrait de désir, mais il était incapable de faire autrement. Sherlock était planté devant lui, bien plus proche qu'il ne l'avait imaginé, toujours vêtu de sa robe de chambre en soie. Ses boucles étaient globalement sèches, mais elles avaient été parfaitement dessinées sur son crâne. La soie épousait chacune de ses formes avec une perfection obscène, et s'ouvrait largement sur son torse. La ceinture était nouée lâchement autour de sa taille. Le tissu tombait jusqu'au-dessus des genoux, et laissaient les jambes libres et nues. En résumé, tout le corps de Sherlock qui n'était pas caché par la robe de chambre était nu. Et le médecin eut subitement la certitude qu'il était également nu en dessus. Le tableau tout entier était à la fois la chose la plus obscène et l'image la plus pure de beauté qu'il avait vu dans sa vie, et il était cloué dans son fauteuil, incapable du moindre mouvement.
De toute manière, il n'aurait pas su quoi dire ou quoi faire. Il ne pouvait que subir cette torture visuelle à laquelle son corps réagissait sans lui demander son ami, ses poils se hérissant, ses veines charriant du feu et de la glace, son sexe frémissant d'envie.
- John, répéta Sherlock du même ton que précédent.
Et cette fois, il accompagna son appel d'un mouvement, celui d'une main gracile qui se lève et va négligemment se poser sur la ceinture de soie, tirant doucement sur le nœud à peine fait. Sans opposer la moindre résistance, la soie glissa dans un froissement léger qui gémissait la luxure dans le silence de la pièce. Libérés, les deux pans de la robe de chambre s'ouvrirent pour se placer le long des flancs de Sherlock, et voilà tout le devant du corps du détective.
John déglutit bruyamment.
Sherlock était nu. Sherlock était entièrement nu. Sherlock était entièrement nu, et à moitié en érection. Sherlock était nu, à moitié en érection, et il s'approchait de John. Qui ne pouvait rien faire d'autre que le regarder franchir les deux pas qui les séparaient encore, hébété.
Sherlock avait détesté sa conversation avec le docteur David Stevens, qui avait fait remonter à la surface des vieilles terreurs qu'il avait cru avoir effacées depuis bien longtemps, qui se révélaient simplement enfouies, et moins loin qu'il ne le pensait. Mais John avait été là, John son colocataire, pilier inébranlable de sa vie. S'il avait été croyant, Sherlock aurait béni l'existence de John. Comme il ne l'était pas, il ne pouvait que remercier muettement le médecin de rester à ses côtés.
Et puis le lundi était arrivé, et avec lui le rappel de la chimiothérapie du lendemain. Il ne savait pas comment il devait se comporter vis-à-vis de cela. Il savait juste qu'il avait peur, et qu'il voulait se vider la tête. Cesser de penser. Et qu'il voulait remercier son ami pour tout ce qu'il faisait pour lui. Et qu'il avait envie de réitérer l'expérience de la semaine précédente. Même s'il s'était acharné à l'oublier, elle ne cessait de revenir à son esprit.
Tout se mélangeait et tout était confus, mais une seule chose restait claire : John.
Alors sans qu'il ne contrôle quoi que ce soit à ses gestes, il se retrouva nu devant son colocataire, la robe de chambre fluide sur les épaules, cloué sur place par le désir latent qu'il voyait dans les pupilles de son ami.
Son corps décida alors de prendre le contrôle de lui-même de nouveau, et il avança.
Avec une lenteur délibérée qui aurait pu rendre fou de désir n'importe qui (et John était loin de faire exception à la règle), Sherlock se pencha, accrochant ses bras aux accoudoirs, juste après avoir fait valser le journal de John. Celui-ci se fit l'absurde réflexion qu'il fut heureux qu'il lise la version papier et non pas numérique sur son ordinateur ou son téléphone, ou le geste de Sherlock n'aurait pas eu les mêmes conséquences.
Et puis toute pensée rationnelle quitta son esprit lorsque les lèvres de Sherlock effleurèrent les siennes avec la douceur d'une question. Il n'y eut aucune seconde de temps de réaction avant que John n'ouvre grand la bouche, cherchant à être embrassé jusqu'à ce que Sherlock le vide de tout son oxygène et qu'il s'évanouisse. C'était une réponse, et Sherlock le comprit immédiatement. Sauf qu'il n'embrassa pas John. Et fit au contraire glisser sa bouche et sa langue le long de la joue, traçant le contour de la mâchoire, avant de s'attaquer au cou, à la jugulaire, et plus précisément au point de jonction entre l'épaule et le cou, là où la peau était douce et tendre, et sentait le gel douche de John, le thé et l'odeur de son colocataire.
Colocataire qui haletait désormais, ne retenait pas les gémissements de plaisir que lui procurait le traitement de son ami.
Sherlock poursuivit alors ses découvertes, cette fois en s'asseyant complètement sur les genoux de son amant.
Le denim du pantalon de John était épais, mais ne pouvait tout de même pas cacher la déformation dont s'ornait le bas-ventre. Quant à Sherlock, il n'avait pas la moindre envie de dissimuler l'envie dévorante qui ravageait son corps et qui se voyait nettement grâce à son érection.
- John... répéta une nouvelle fois Sherlock dans un souffle, aspirant la peau entre ses dents.
Il jouait de sa langue, comprenant aux bruits indécents émis par John ce qui lui plaisait ou non. Puis décida de faire entrer une main dans la partie, la faisant glisser sur le torse encore couvert de son amant, caressant les flancs et faisait frissonner John. Et puis d'une main, il attaqua l'ouverture des boutons, tout en ramenant sa bouche contre celle de John, l'embrassant cette fois pleinement et totalement, jouant de sa langue contre la sienne.
- Mon dieu... soupira finalement John lorsque Sherlock lâcha enfin ses lèvres.
Il réalisa au même moment que sa chemise était entièrement ouverte, flottait sur ses hanches, et que les deux mains de son amant s'affairaient désormais aux alentours de sa boucle de ceinture et sa braguette. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il entende le « ting » de la ceinture débouclée, et le « zip » de la fermeture éclair descendue.
Immédiatement après, il y eut une main posée à la lisière de son boxer, qui jouait en pressant doucement sur la bosse qui déformait le tissu. La respiration de John devint complètement erratique.
Le froid fut soudain sur lui, et John releva les yeux, paniqué à l'idée d'avoir fait quelque chose de mal, ou d'avoir été manipulé par Sherlock juste comme ça, pour passer le temps.
Mais debout devant lui, les yeux du détective brillaient d'une lueur lubrique, il bandait plus dur que John n'avait jamais vu bander quelqu'un, et surtout, il tendait la main, paume offerte.
- Viens, ordonna-t-il.
Sans la moindre hésitation, John se saisit de la main tendue, et Sherlock l'entraîna aussitôt sans ménagement en direction de sa chambre. Durant le bref instant que dura leur course, John eut le loisir d'observer les fesses de Sherlock, moulées dans la soie bleue, et son sexe se tendit encore plus d'anticipation. Maintenant qu'il avait retrouvé l'usage de ses jambes, il comptait bien reprendre le contrôle de la situation et épingler son amant sur le matelas jusqu'à le faire jouir encore et encore.
Ils étaient à peine arrivés dans la chambre du détective, la porte claquée dans leur dos que John avait repris le contrôle de la situation, bloquant son amant contre la porte close. John avait beau être petit, il n'en restait pas moins vif et fort, Sherlock fut bientôt à sa merci, poupée désarticulée qui ne tenait debout que parce qu'un bras de son amant lui entourait encore la taille.
John avait commencé à l'embrasser, l'embrasser vraiment, pas comme Sherlock le faisait. Le détective avait beau être très passionné, il n'en était pas moins classique, et relativement technique. John, lui, avait des années d'expérience à sa disposition qu'il comptait mettre en pratique.
Il ne se contenta pas d'embrasser la bouche, mais mordit les lèvres, dessina le contour du visage, baisa les paupières closes, aspira le souffle erratique de Sherlock, dévora un lobe d'oreille l'un après l'autre, et découvrit juste en dessous de l'oreille, presque derrière, une zone particulièrement érotique qui faisait crier Sherlock sans retenue.
John, encore parfaitement habillé, aurait pu jouir dans son pantalon rien qu'à écouter son ami crier.
De ses mains, il avait fait glisser à terre la soie fluide, et Sherlock était ainsi parfaitement nu, alors que John avait seulement sa chemise ouverte, et la beauté du corps frémissant, recouvert d'une chair de poule délicieuse. Le tableau avait de quoi séduire, et John n'y faisait pas exception. Il avait oublié qu'il pouvait bander aussi fort.
Tandis qu'il s'occupait du visage et de la bouche de son amant de sa langue, ses mains avaient pris d'assaut le corps. La première soutenait la taille fine, et évitait à Sherlock de tomber. John avait obligé Sherlock à sucer les doigts de l'autre, et avait ensuite promené ses doigts humides le long du torse, occasionnant des sursauts, des cris et des frémissements.
Longtemps, John avait joué avec les tétons dressés de Sherlock. Habitué à prendre en coupe les seins plus ou moins généreux des femmes, il avait d'abord été perturbé par l'absence de forme à cet endroit-là. Et puis il avait soufflé le chaud sur un mamelon humide de froid et Sherlock avait projeté ses hanches en avant, appuyant sa hampe contre le jean de John, et le médecin avait trouvé cela parfait. Sherlock était d'une sensibilité et d'une réactivité exacerbée à cet endroit-là, notamment le gauche.
La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés dans cette situation, il y avait une semaine tout pile, John n'était que gestes désespérés, priant pour ne pas être rejeté, savourant chaque seconde en pensant que ce serait la dernière. Mais maintenant qu'ils recommençaient (et clairement, à l'initiative de Sherlock), John voulait tout cartographier. Un traître sentiment d'espoir faisait battre son cœur et il ne pouvait s'empêcher de penser que s'il se montrait un amant fabuleux, Sherlock en redemanderait. Encore une fois. Et si Sherlock en redemandait, il lui faudrait se montrer à la hauteur, et donc savoir où, précisément, son amant aimait les caresses.
Une fois qu'il estima avoir assez joué avec le haut du corps, John laissa glisser un index, chatouilla le nombril, et referma sa main sur la hampe tendue de Sherlock.
Il fut surpris de la découvrir si épaisse, si dure. Sa propre érection lui semblait bien peu de choses face à celle de Sherlock. Cela ne lui donna que plus envie encore. Et rapidement, sinon il allait vraiment finir seul dans son pantalon comme un adolescent. Alors qu'il avait initialement prévu de caresser tout le corps de Sherlock de sa bouche, et s'agenouiller entre ses jambes pour lui donner quelque chose que lui-même n'avait jamais que reçu, il se pencha contre le corps de son amant, et murmura à son oreille.
- Suis le mouvement et accroche tes jambes à ma taille.
Sa propre voix, rendue rauque par le désir, lui parut étrangère. Mais de toute évidence, elle séduit Sherlock. Lorsque John fit glisser ses deux mains sous les fesses de Sherlock (d'un galbe parfait, ainsi qu'il ne put s'empêcher de le remarquer) et tira vers le haut, les hanches de son ami décollèrent, ses jambes se nouèrent autour de la taille du médecin, et Sherlock lui tomba dans les bras. Sans la moindre parcelle d'hésitation, et sans trembler, John fit demi-tour et se dirigea immédiatement vers le lui, où il déposa son précieux chargement sur les couvertures. Avant de se débarrasser de sa chemise et son jean. Avant même que Sherlock ne réalise où il était, John avait grimpé à son tour, et dominait son amant, seulement vêtu de son boxer.
- Je vais te faire hurler mon nom jusqu'à ce que tu oublies le tien, promit-il dans un murmure, sa langue léchant le pavillon de l'oreille de Sherlock, et sa main affairée à masturber vigoureusement la verge de son amant.
Les mots avaient manifestement une réaction rapide et immédiate sur l'épiderme de Sherlock, qui était couvert de chair de poule, et sur son envie. Il tendait les hanches, recherchait plus de contact, gémissait sans retenue.
- Je veux t'entendre supplier, murmura de nouveau John, avec une caresse plus appuyée.
- Jo... J... Joh...
Sherlock n'était même pas capable de faire une phrase cohérente, et il semblait évident que même s'il voulait supplier, il n'y parviendrait pas. Quant à John, il était bien trop excité pour être capable d'attendre. Il aurait pu prendre son amant immédiatement et à sec, mais il savait que cela aurait été bien trop douloureux pour eux deux.
Le problème, cependant, était que John n'avait plus de préservatifs. Celui de secours dans son portefeuille, il l'avait utilisé dans cette même chambre la semaine dernière. Depuis, il n'avait pensé à en mettre une autre. Il ne pensait pas qu'un truc comme ça pouvait arriver, et il n'avait pas vraiment eu de rencard dernièrement. Peut-être en avait-il une boîte entamée dans sa chambre, mais il ne parvenait pas à s'en souvenir. De plus, il était parfaitement incapable de bouger de cette chambre. Comment aurait-il pu s'éloigner de la perfection de ce corps offert pour lui, tremblant et gémissant ?
Fort heureusement, Sherlock devait lire dans ses pensées car dans un sursaut de lucidité, il tâtonna en direction de sa table de nuit, l'ouvrit, et en ressortit un flacon de lubrifiant et une boîte de capotes, neufs tous les deux.
Une pensée rapide traversa l'esprit de John, réalisant que Sherlock n'avait rien fait spontanément. Son coup était préparé. John ne savait pas s'il devait être flatté, ou au contraire inquiet. Tout explosa néanmoins quand Sherlock, trouvant son immobilité provisoire vexante, fit sauter ses hanches en direction des siennes.
Revenant à lui, John reprit le contrôle des opérations, et lui arracha des mains le lubrifiant. Il en fit couler une bonne dose sur ses mains, appréciant l'odeur fruitée. Il ne savait pas identifier précisément ce dont il s'agissait, mais ce n'était pas le premier prix, mais une gamme particulièrement excitante. Hibiscus peut-être.
Sans plus y réfléchir, John masturba de nouveau Sherlock de ses mains refroidies par le liquide, avant de rapidement passer aux bourses, puis à l'anneau de chair. À sa grande surprise, il ne rencontra aucune résistance. Sherlock était déjà prêt à l'accueillir, au moins de ses doigts. Il en glissa rapidement un deuxième, imprima les mouvements de ciseaux nécessaires à détendre les chairs, et constata avec plaisir que cela était très efficace. Un troisième doigt suivit les deux premiers, et de la pulpe de l'index, John trouva soudain la prostate.
Sherlock hurla.
- PLUS ! ordonna-t-il, premier mot correct qu'il formulait depuis un certain temps.
Son ton était fait à moitié d'envie et moitié de colère et John ne pouvait que s'y soumettre. Il retira sa main, s'assurant que la zone était bien lubrifiée une dernière fois.
- Retourne-toi, ordonna-t-il.
Joignant le geste à la parole, il n'attendit pas la réponse de son ami avant de forcer son ami à se mettre à plat ventre. Instinctivement, Sherlock se mit sur les genoux, et leva le derrière. John en aurait bavé. Son ami offert ainsi était beau à pleurer.
Attrapant rapidement la boîte de capotes, il batailla un court instant avec le plastique transparent, avant de réussir à l'ouvrir et en extraire un petit carré aluminium. Il nota in petto, que c'était la bonne taille. La dernière fois, le préservatif venait de John, et il connaissait parfaitement sa taille. Cette fois, cela venait de Sherlock et il avait eu la justesse de ne pas acheter une boîte taille classique, mais le modèle d'au-dessus. John avait la fierté d'être mieux membré que la moyenne. Petit, mais vigoureux. Comme on disait, grands pieds, petite bite... Et bien avec John, on pouvait également dire l'inverse. Et Sherlock ne s'était pas trompé dans la taille. Il était donc capable de lire les mensurations d'une femme sans effort, mais également d'un homme.
Sherlock remua les fesses sous le nez de John, et ce dernier ôta enfin son boxer, laissant sa vigueur se déployer, plus dure que jamais. Avec la force de l'expérience, John déroula le préservatif sur sa verge, et aligna ses hanches avec Sherlock.
Il flatta les fesses, lui intima d'un mouvement de main de se cambrer au maximum, et le pénétra, intolérablement lentement, leur arrachant à tous les deux un soupir de bien-être et de « enfin » mêlés.(1)
Ils avaient passé tellement de temps dans les préliminaires qu'ils eurent immédiatement besoin de vigueur, ce que Sherlock fit rapidement comprendre à John par quelques mouvements de bassin bien placé. John y répondit automatiquement, attrapant les hanches de son ami à y laisser des traces de doigts, accélérant le rythme de ses coups de rein. Il ne leur fallut pas longtemps pour trouver de manière certaine, à chaque coup, la prostate, ce qui laissait Sherlock un peu plus gémissant et pantelant à chaque instant.
Quant à John, il s'était tellement occupé du corps de son amant en négligeant le sien qu'il savait qu'il ne tiendrait pas longtemps. Il aurait aimé se montrer digne de sa réputation, et de la promesse qu'il venait de faire à Sherlock, mais il n'en pouvait plus. S'il se retenait trop, cela allait avoir l'effet inverse et il ne serait plus capable de lâcher, ni lui ni Sherlock ne finirait, et le souvenir serait très désagréable.
- Viens pour moi, Sherlock, murmura-t-il donc à l'oreille de son amant.
Dans le même temps, il se saisit de l'érection du détective, rapprochant leurs deux corps un peu plus, et y appliquant quelques pressions.
Il suffit de deux ou trois poussées supplémentaires, accompagnées de mouvements similaires sur la verge de Sherlock pour que celui-ci jouisse sur le matelas, hurlant le nom de John. La seule vision du corps tremblant de plaisir de Sherlock aurait pu suffire à faire venir John, mais l'orgasme foudroyant du détective s'accompagna également d'un resserrement de ses chairs intimes, et la sensation dut si formidable qu'il en jouit à son tour, juste après son amant.
Il fallut à John une sacrée dose de contrôle sur son corps pour ne pas s'effondrer immédiatement sur le dos de Sherlock. Ce dernier s'était d'ailleurs laissé complètement tombé sur le matelas, épuisé, et haletait en essayant de reprendre son souffle. Dans un dernier sursaut avant que ses jambes ne le laissent complètement tomber, John parvint à rouler à côté de Sherlock, toujours sur le ventre. John se coucha sur le dos et laissa les étoiles qui avaient fait leur nid sous ses paupières danser calmement.
Lorsqu'il eut repris son souffle, dix minutes après, le préservatif se rappela à son bon souvenir, et il l'ôta, songeant vaguement que selon les préconisations d'utilisation, il aurait dû faire cela avant la fin de son érection, ce qui n'était pas le cas, mais il s'en moquait.
En revanche, le froid qui le mordait était beaucoup plus désagréable. Il avait envie de se recroqueviller sous les couvertures, se serrer dans le dos de son amant, et nicher son nez à la jonction du coup et du coup, là où les boucles étaient les plus fines et sentaient désespérément Sherlock.
Sauf que pour cela, il aurait fallu que Sherlock bouge. Or il semblait complètement amorphe. Et sa position était encore plus désagréable que celle de John, puisqu'il devait être couché sur la couverture souillée, humide et froide.
John se redressa un peu, espérant faire réagir son amant, mais n'obtint aucune réaction. Il se leva complètement, sans qu'il n'y en ait davantage. Le cœur serré, John se demanda s'il s'agissait d'un moyen de le congédier après avoir obtenu ce qu'il voulait.
Le médecin n'était pas complètement idiot. Sherlock ne donnait pas dans les relations amoureuses, ni sexuelles, et encore moins dans les coups d'un soir. Il fallait des circonstances exceptionnelles pour qu'il se comporte comme il l'avait fait. Le crabe et la chimiothérapie étaient une circonstance exceptionnelle. Sherlock n'avouerait sans doute jamais à quel point il était terrifié par sa maladie, et l'idée de mourir. Un cancer n'était pas une maladie anodine. Bien sûr, Sherlock était bien traité, avait été détecté tôt, avait à sa disposition une batterie de médecins prêts à se battre jusqu'au bout, il avait eu la chance d'être atteint par un cancer non à petites cellules dans un stade I... Mais il n'en restait pas moins qu'on parlait davantage de rémission que de guérison, et que l'idée avait de quoi en effrayer plus d'un. De plus, Sherlock n'était pas un homme normal, et ses formidables capacités intellectuelles autant que sa grande fragilité psychologique rendaient le tout très compliqué. Se jeter du haut d'un toit pour sauver John, Mrs Hudson et Lestrade ne faisait pas sourciller une seule seconde le grand génie, parce qu'il l'avait prévu. Même si cela n'avait pas été une mise en scène mais un vrai suicide, John savait que Sherlock aurait sauté sans la moindre parcelle d'hésitation, tout simplement parce qu'il en aurait décidé ainsi.
Mais le crabe, lui, était pernicieux, pouvait le réduire à l'état de légume ou le tuer à tout instant, et c'était cela que le détective ne pouvait pas supporter.
Alors il décidait, pour vaincre ses terreurs, de vérifier le contrôle qu'il avait encore sur sa vie. Et pour cela, quoi de mieux que le contrôle qu'il exerçait sur son meilleur ami. En vérifiant l'effet qu'il avait sur John ? En y récoltant sa part de plaisir au passage ?
John n'était ni stupide, ni idiot, en déplaisait à Sherlock : ce qui était arrivé l'avait été parce que Sherlock l'avait voulu et qu'il en récoltait un avantage (oublier pour un temps la chimiothérapie du lendemain), mais il en ressentait néanmoins du plaisir (personne ne bandait aussi fort pour simuler. Personne. Même le viagra n'aurait pu créer une telle excitation). De cela le médecin était sûr. Mais il ne savait pas comment il devait agir par la suite. Partir ? Dormir dans son lit ? Rester auprès de Sherlock ? Quel geste serait considéré comme un rejet violent, et quel geste pourrait être interprété comme un « truc de couple », émotionnellement trop impliqué ?
En désespoir de cause, John attrapa son boxer échoué, et quitta la pièce pour passer à la salle de bains. Il jeta la capote usagée, et s'essuya sommairement, puis se rhabilla juste pour cacher la pudeur, et retourna dans la chambre, un gant de toilette humide et une serviette à la main, pour Sherlock. A son retour, le détective avait bougé, et ses yeux paniqués et effrayés parlaient pour lui. Il accepta sans un mot ce que John lui tendit, s'essuyant sans aucune pudeur, alors que John détournait les yeux.
Toujours sans prononcer une parole, Sherlock ouvrit ensuite le lit et se glissa sous les draps. Les questionnements qui tourbillonnaient dans l'esprit de John n'allaient pas tarder à le rendre fou. Sherlock avait peur, ses yeux l'exprimaient très clairement, mais de quoi : de ce qu'il avait fait, ou parce que John avait quitté la pièce sans qu'il s'en rende compte ?
Indécis, il hésitait, planté comme un piquet à côté du lit, lorsque Sherlock lui offrit un début de réponse.
Le détective glissa de l'autre côté du lit, laissant proche de John une place vide, draps ouverts, offerte. John tombait de sommeil. Il n'était plus dans le brouillard post-coïtal, mais la fatigue orgasmique lançait ses muscles et il ne voulait rien d'autre qu'une bonne nuit de sommeil. Sherlock lui tournait le dos. Tant pis. John se laissa tomber dans le lit, songeant qu'il serait toujours temps demain de trouver le courage d'avoir une vraie conversation avec son colocataire sur ce qu'il venait de se passer. Sur cette dernière pensée, il s'endormit.
(1) J'ai écrit ce lemon un 25 décembre avec la famille et les enfants à côté… dont mon filleul de 2 ans que je surveillais d'un oeil. C'est beau le dévouement d'un auteur, hein ?
Prochain chapitre le Me 30 Novembre !
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