Chapitre 8 :
Dans les couloirs encore vides en ce samedi matin, Hermione se dirigeait d'un pas rapide vers la salle sur demande. Contrairement aux autres élèves, elle était levée depuis longtemps : elle avait eu le temps de faire son jogging, se doucher et de déjeuner. Maintenant, elle pouvait mettre son temps à profit pour se défouler suite aux événements de la veille. Mais alors qu'elle repassait pour la troisième fois devant le mur du couloir du septième étage, la porte refusa d'apparaître. Hermione ré-effectua la manœuvre plusieurs fois et toujours le même résultat.
Tout en retournant à ses appartements, elle réfléchit au phénomène. La seule raison qui pouvait l'expliquer était que la salle était déjà utilisée. Mais par qui ? Rares étaient les personnes à connaître l'existence de cette salle et encore moins son emplacement et son mode de fonctionnement. Un unique nom lui vint à l'esprit tandis qu'elle franchissait le portrait de ses appartements : Harry Potter. Elle traversa le salon vide de toute présence ainsi que tout l'appartement. Et à la réflexion, ça valait mieux. Elle se laissa tomber sur son lit et repensa à l'Elu.
Pour qu'il ait besoin de la salle sur demande, cela voulait dire qu'il mijotait quelque chose… Mais quoi ? Peut-être avait-ce un rapport avec l'AD ? Ou même l'Ordre ? Mais compte tenu de ses relations plus qu'houleuses de ces derniers temps, elle aurait du mal à en apprendre plus. Sans compter que la carte du maraudeur avait été détruite l'an dernier durant l'attaque des Mangemorts… Alors que le Survivant possédait toujours sa cape d'invisibilité… Et s'il s'en servait pour la suivre elle ? L'espionner ? Il fallait absolument qu'elle trouve un moyen de le repérer quand il était dans les parages même sous la cape…
Elle se promit d'y réfléchir mais décida de s'offrir une journée de repos pour changer. D'un coup de baguette, elle fit léviter sa télévision qu'elle avait ramenée de chez elle et l'alluma grâce à un sort. Elle mit un de ses DVD dans le lecteur et se rallongea dans son lit. Le film avait commencé depuis à peine 5 min quand elle entendit du bruit provenant du salon.
– Hermione ? l'appela Blaise.
– En haut ! Dans ma chambre !
Elle lui avait donné le mot de passe sachant qu'il passait les trois quart de son temps ici : soit avec Malefoy soit avec elle. Il la rejoignit rapidement et admira sa chambre qu'il découvrait pour la première fois.
– Eh bah on ne se refuse rien ! Une vraie chambre de princesse ! Même le bordel…
Ils rirent et il se laissa tomber sur le lit à ses côtés avec toute la grâce dont il était capable. Son attention fut vite attirée par la télévision.
– Qu'est-ce que c'est que ce truc exactement ?
Et elle lui expliqua pendant près de dix minutes le fonctionnement de la télévision et tous ces gadgets : télécommande, lecteur de DVD, DVD…
– Mais je croyais que les équipements moldus étaient interdit dans Poudlard et encore plus leur utilisation, remarqua le métis.
– Et bien que Dumbledore vienne me faire une réflexion, il serait bien accueillit ! lui garantit-elle.
Blaise rigola à l'idée d'une Hermione rembarrant le directeur. Mais il l'en savait capable, elle avait tellement changé… Sentant le trouble de son ami, elle lui demanda ce qui le tracassait.
– Toi, répondit-il. Tu es si mystérieuse, tu as tellement de secrets… J'arrive pas à savoir si je te connais aussi bien que je le pensais…
En le voyant ainsi, elle se sentit soudainement coupable et honteuse de lui cacher tant de choses.
– Je suis sincèrement désolée de te causer tant de soucis, Blaise. Mais je ne me sens pas encore capable de parler de toute cette histoire, de mon histoire. Mais crois bien que dès que je m'en sentirais le courage, tu seras le premier à l'entendre !
– Ok. Il paraissait soulagé de ces paroles. Mais je peux quand même te poser une question ?
– Tente toujours, l'encouragea-t-elle. Je verrais si je te réponds.
– Pourquoi tu ne viens jamais manger dans la Grande Salle le midi ?
– Oh, ça ! s'exclama-t-elle presque soulagée de la question. Eh bien j'ai pris l'habitude de sauter ce repas durant le deuxième mois de vacances.
– Mais pourquoi continuer ? Insista-t-il, soucieux de sa santé. C'est pas bon pour toi !
– Je te l'ai dit : c'est devenu une habitude. Et puis je mets ce temps à profit pour faire autre chose… Et je dois bien avouer que moins je passe de temps avec les autres Gryffondor et mieux je me porte !
– Tu pourrais venir manger avec moi !
A ces mots, ils rirent tous deux. Il est vrai qu'Hermione prenant place à la table des Serpentard avait quelque chose de comique. Une fois calmés, ils passèrent la journée à regarder des films : la trilogie des Rush Hour. Blaise était vraiment très impressionné par les cascades.
– J'espère que nous aussi on saura faire ça après les cours de corps à corps ! s'exclama-t-il tandis qu'ils rejoignaient la Grande Salle pour le diner. Et paf ! Un coup de pied latéral ! Et boum ! Un uppercut.
Hermione rit en le voyant mimer les figures dans le couloir, il ressemblait à un vrai gamin.
– Eh bien parle pour toi ! temporisa-t-elle. Moi je me sens bien incapable de telles prouesses, je suis nulle pour me battre !
– Tu plaisantes ! Toi qui as mis une droite à Dray en troisième année et un magnifique coup de tête à Astoria l'année dernière serais nulle pour te battre ?!
Hermione rougit à ces souvenirs embarrassant bien que flatteurs pour elle.
– Oui mais c'est parce qu'ils ne l'ont pas vu venir et n'ont pas répliqué, expliqua la préfète. Dans un combat loyal je serais KO en moins de deux ! Je ne suis pas Jacky Chan moi !
Arrivés à destination, ils se séparèrent pour regagner leurs tables respectives avec le sourire.
La journée du lendemain se passa de la même façon : la salle sur demande refusant toujours son accès à Hermione, elle avait passé la journée avec Blaise à regarder des films. Ne remarquant ni ne s'inquiétant du manque de présence de son homologue.
Et sans même qu'elle puisse s'en rendre compte, une nouvelle semaine commençait et Hermione se dirigeait vers le couloir de la salle de DCFM le regard rivé vers ses pieds. Elle avait une boule de stress dans le ventre comme elle n'en avait pas eu depuis longtemps. Cela était-il dû au cours ou à la présence d'un certain blond ? Elle n'aurait pu le dire. Arrivée à une dizaine de mètres de la salle de classe, elle inspira un grand coup et redressa la tête. Presque immédiatement et sans le vouloir, son regard croisa celui acier de Malefoy. Il exprimait une telle haine qu'Hermione en frissonna. Mais il ne lui laissa pas le temps de réfléchir, il attrapa Astoria, qui se trouvait pas loin de lui comme toujours, et l'embrassa. Mais pas d'un simple baiser : il lui lécha les lèvres pour qu'elle ouvre la bouche et il entreprit de mélanger leurs langues de façon ostensible, faisant glousser les autres filles présentes. Pour Hermione, le message était clair : « oublie l'autre soir, ça n'arrivera plus ! ».
Elle s'arrêta à un ou deux mètres et ne put retenir un petit « beurk ! » à l'entente d'un bruit de succion des plus écœurants d'après elle. Elle fut bientôt rejointe par Blaise qui n'avait désormais plus aucun problème de conscience en venant lui parler devant tout le monde.
– Bonjour, Princesse ! la salua-t-il, visiblement de bonne humeur.
Hermione ne put s'empêcher de sourire en le voyant venir la saluer avec ce surnom débile et une telle joie de vivre. Blaise était devenu son rayon de soleil. Mais si Blaise n'était pas gêné de venir lui parler, ce n'était pas le cas de tous les Serpentard et encore moins leur Prince. Le professeur les fit rentrer et le sourire d'Hermione disparut rapidement. Blaise le remarqua et tenta de la réconforter tandis que le professeur donnait les consignes.
– Bonjour à tous ! Comme je vous l'ai dit vendredi, aujourd'hui nous débutons les duels de corps à corps. Rassurez-vous, on va y aller doucement pour commencer. Mais j'aurais besoin de deux volontaires.
Personnes ne bougea ne serait-ce que le petit orteil.
– Eh bien quel enthousiasme ! Remarqua Booth. Bien je vais donc désigner deux volontaires… Hum, monsieur Flint venez ici s'il-vous-plait. Qui sera le deuxième ?
Le professeur inspectait ses élèves qui essayaient de se faire le plus petit possible tandis qu'Hermione et Blaise continuaient de chuchoter.
– Puisque je te dis que je n'y arriverais jamais, répétait Hermione pour l'énième fois. J'en suis incapable…
– Tiens ! reprit le professeur. Puisque Miss Granger semble avoir plein de choses à dire, elle va nous faire l'honneur d'une petite démonstration ! Venez ici s'il-vous-plaît.
Toutes les têtes se tournèrent vers une Hermione rouge de honte. Elle avait l'impression que le ciel lui tombait dessus. Une démonstration ? Devant toute la classe ? Avec ce grand baraqué de Flint ? Elle tourna lentement la tête vers Blaise qui retenait à grand peine son fou rire.
– Courage Jacky Chan ! lui murmura-t-il pour l'encourager.
Comme dans un film, Hermione avança au ralenti pour rejoindre son professeur et Flint. Elle pouvait voir tous les regards rivés sur elle : encourageants, neutres, méprisants, compatissants, dégoutés… Il y avait l'embarra du choix. Elle arriva finalement à côté de Flint qui la regardait comme si elle n'allait pas faire long feu, ce qui était probablement le cas…
– Miss Granger, Monsieur Flint vous allez vous contenter de mettre en pratique les différents mouvements que nous avons étudiés, expliqua Booth. Ne cherchez pas à faire dans le compliqué : ceci n'est qu'une démonstration. Allez-y.
Les élèves et le professeur se reculèrent pour laisser de l'espace. Hermione inspira un grand coup et se concentra, tentant de faire abstraction de ce qui l'entourait et de la peur qui lui nouait les entrailles. Elle réussit à éviter la première attaque de Flint et reprit confiance. Mais elle déchanta bien vite. Marcus Flint était un garçon qui avait l'habitude de se battre et Hermione le comprit à ses dépens. Sa première attaque n'était en réalité qu'une diversion et Hermione n'eut pas le temps de voir le second arriver : il lui faucha les jambes et elle tomba au sol. Il se rua sur elle pour l'empêcher de se relever et profita de cette position pour lui murmurer quelque chose à l'oreille alors qu'elle se débattait du mieux qu'elle le pouvait.
– Je suis sûr que tu as laissé Malefoy te baiser... J'ai bien vu la façon dont il tu l'as regardé, y a un truc entre vous. Je ne savais pas que vous étiez si liés. Comment a-t-il fait pour écarter les cuisses de la Miss-je-sais-tout ? Il a fait le coup du garçon sensible et tu t'es laissée séduire ? Remarque, c'est un bon plan quand on trouve une fille assez idiote pour le croire ! Je me demande ce qui a dû lui déplaire, tu dois être trop coincée… Peu importe tu ne dois pas valoir le coup qu'on y retourne et maintenant que j'y pense on me l'a déjà dit, qui c'était attends… Ah oui ! Cédric…
Plus il parlait, plus Hermione sentait la colère prendre possession de son corps. Mais quand il mentionna Cédric, ce n'était plus simplement de la colère qui l'animait, mais de la rage à l'état pur. Elle poussa un grognement presque animal et repoussa brutalement Flint qui ne s'y attendait pas et tomba sur le dos. Hermione en profita pour se relever comme ils avaient appris à le faire : en posant ses mains au sol, pliant ses jambes et, tout en poussant sur ses mains, jeta ses jambes en avant pour retomber sur ses pieds. Elle n'avait plus conscience de la réalité, et tout comme le soir de sa retenue, elle laissa sa rage prendre contrôle de son corps. Elle enchaîna les mouvements à une vitesse ahurissante : uppercut, esquive, crochet, coup de pied… Et dans un dernier élan de colère elle envoya un coup de pied tournant à son adversaire dans lequel elle déversa toute sa haine, sa tristesse et sa colère. Hermione étant souple, Flint se prit le pied de la jeune fille dans la mâchoire et tomba au sol, étourdi, sous la puissance du coup.
La respiration irrégulière et bruyante, Hermione regarda le garçon au sol, sentant l'adrénaline s'écouler doucement de son corps encore tremblant.
– Euh, bien, intervint le professeur qui, comme les élèves, n'avait pas tout suivi. Merci, Miss Granger. Monsieur Crabbe, veuillez amener Monsieur Flint à l'infirmerie s'il-vous-plaît. C'était un exemple mais pour commencer, on va y aller plus en… douceur. Miss Granger, vous devriez aller vous asseoir un instant.
Hermione se contenta, d'un vague signe de tête, toujours sous les regards ahuris de ses camarades. Pendant que le professeur continuait ses explications, Blaise vint à sa rencontre, hésitant entre l'inquiétude et l'humour de la situation.
– Hermione ? Comment tu te sens ?
Revenant lentement sur terre, Hermione perçut l'inquiétude dans la voix de son ami et tenta de le rassurer.
– Bien. Mieux que Flint en tout cas.
Blaise sourit avant de la prendre dans ses bras.
– Et après tu oses me dire que tu es nulle ? s'exclama-t-il, faussement indigné.
– Flint m'a mise hors de moi, se défendit-elle. Il m'a dit des choses horribles et a osé parler de Cédric…
Blaise comprit alors mieux la réaction de la jeune fille, faisant également le lien avec l'événement de leur retenue. Voulant empêcher qu'elle ne replonge dans un état dépressif, il tenta l'humour.
– Je pense qu'il a compris la leçon et ne recommencera pas, la rassura-t-il. Eh oui, c'est ça quand on tente de s'en prendre à ma Princesse !
Cette fois, Hermione rit. Ce garçon avait un don pour lui redonner le moral.
– Merci, Blaise. Mais tu devrais retourner avec les autres, va t'amuser ! Tu vas avoir des ennuis sinon.
– A vos ordres, chef ! approuva-t-il.
Il lui déposa un baiser sur son front et rejoignit le groupe. Hermione le regarda partir avec un sourire et alla s'asseoir sur l'un des bancs en soupirant. Elle se sentait complètement vidée, épuisée par toute cette rage qui avait pris possession d'elle. Elle regarda ses camarades s'entraîner. Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir une petite vie bien tranquille comme eux ? Pourquoi fallait-il que les ennuis la poursuivent ? Remarquant que le cours était presque fini, elle se releva dans le but de rejoindre les autres quand elle sentit une présence dans son dos. Avant qu'elle n'ait le temps de se retourner, quelqu'un lui saisit le poignet et lui fit une clé de bras, exerçant une forte pression sur son poignet au passage. Elle ne tarda pas à reconnaître la personne responsable de son supplice.
– Ecoute moi très attentivement, Granger, lui susurra-t-il à l'oreille. Tu te crois peut-être forte mais tu ne l'es pas. Tu peux toujours essayer de changer de vêtements, de look, d'attitude ou de fréquentations, pour moi tu resteras toujours une sang-de-bourbe, un être inférieur ! – il accentua sa pression sur son poignet ce qui arracha un gémissement à la jeune fille. Et ne va surtout pas penser que les choses ont changé malgré l'autre soir. Tu es insipide et sans intérêt ! Tu vaux peut-être mieux que Potter et Wesaley mais ça ne veut pas dire que tu vaux grand-chose pour autant ! Je ne suis pas comme Blaise, tu ne m'auras pas aussi facilement que lui ! Et tes petites démonstrations ne m'impressionnent pas le moins du monde ! Alors reste à ta place où je n'hésiterais pas à te tuer !
– MONSIEUR MALEFOY ! cria Booth en se dirigeant vers eux, ainsi que tous les regards. Que faisiez-vous au juste ?!
Drago lâcha Hermione qui tomba à genou, ramenant son poignet meurtri contre sa poitrine.
– Nous nous entrainions, professeur, répondit calmement le blond sans accorder un regard à son homologue.
Après lui avoir lancé un regard noir, le professeur se tourna vers Hermione.
– Est-ce que tout va bien, Miss Granger ?
La sonnerie retentit au même instant et Hermione en profita pour se relever à toute vitesse, attraper ses affaires et partir en courant vers ses appartements, bien décidée à ne pas aller en cours du reste de la journée.
