Salut tout le monde je suis de retour avec le chapitre 36. Désolé si le rythme n'est plus vraiment régulier, je suis en train de remplir des tas de papiers depuis quelques jours et ça me prends beaucoup de temps. Aussi, le 16, c'est mon anniversaire. C'était pour la petite anecdote inutile. Dans ce chapitre je mets en avant Renji, qui avait besoin d'un chapitre qui démontre clairement son importance dans cette histoire. J'espère que ça va vous plaire. Je vous laisse à la lecture de ce chapitre, on se retrouve plus bas.
Voilà. Maintenant que j'ai traversé la maladie, le malheur, et que j'ai enfin appris la vérité au sujet de ma mère, je me retrouve sans aucun repère.
Je suis là, dans ce lit mécanisé qui a été creusé au fil des semaines par mon poids maigre, impuissant, faible, sans aucune foutue idée de la façon dont je devrai aborder mon futur. La façon dont je devrais me comporter à l'égard de ma mère, de mon père, ou ce que je devrais faire après mon opération.
Certes, j'ai des envies -la plus forte étant celle de retourner sur les terrains, mais ces envies me paraissent infranchissables. Je ne sais pas comment procéder, et j'ai l'impression que personne ne pourra jamais m'éclairer.
C'est quelque chose que je dois traverser seul. Pourtant, au fond de moi, j'ai le désir étrange de me confier, de vider mon sac. Jusqu'à aujourd'hui, ça n'était jamais arrivé, et je pensais fermement être de ceux qui parviennent à tout garder en eux, qui se débrouillent toujours seul. J'ai toujours eu l'orgueil de me croire capable de tous les exploits, d'être sûr de mes capacités ; aussi bien sportives que intellectuelles, ou émotionnelles.
Néanmoins, il semblerait que je sois aussi misérable que tout le monde, finalement.
Je tourne la tête en direction de la fenêtre de la chambre. Malgré le retour du beau temps, la pluie est souvent au rendez-vous depuis plusieurs jours, et dans ces paysages gris, j'ai souvent de mauvaises pensées qui me traversent.
Le Docteur Tenma est venu hier. Il m'a parlé de ma nouvelle date d'opération, puis nous avons longuement discuté à propos de mes crises d'angoisse. Il semblerait d'après lui que ma faible constitution augmente mes chances de provoquer des crises. En effet, avec un air positif, il m'a assuré qu'après l'opération et une longue rééducation, tout devrait s'en aller. À cet instant, j'ai simplement acquiescer, mais maintenant que j'y réfléchis plus longuement, je me dis que j'aimerais aller encore plus loin. Plus loin qu'un simple contrôle de mon métabolisme.
J'ai envie de me surpasser. Je voudrais dépasser mes limites, et prouver à tout le monde, à moi-même, que ce corps n'est pas encore totalement fichu.
Mais comment faire ? Suis-je censé travailler ma détermination ? Me suer lors de ma rééducation ? Désobéir aux ordres du Docteur Tenma et me muscler plus que nécessaire… ? Je suis dans un flou total, et quelque part dans la brume, il y a toujours ce tonnerre bourdonnant, qui résonne par vagues irrégulières, et qui me susurre l'horrible vérité ; celle que, peut-être, je n'arriverai pas même à survivre à mon opération.
Car d'après le Docteur Tenma, le taux de réussite a encore diminué. Le fait d'avoir eu un tel bouleversement immunitaire, ajouté à la constante dégradation de mon corps, rendent mon intervention à venir très risquée. Toutefois, j'ai accepté de la subir, malgré les longues séances de préventions du Docteur.
Mon choix est fait. Je veux vivre. Et avec ce corps actuel, c'est soit mourir, soit survivre.
Apparemment, mon père a longtemps été en désaccord avec mon choix. Il a même participé à plusieurs rendez-vous entre le Docteur Tenma et moi, afin de certainement mieux comprendre ma décision. Lorsqu'il était présent, il ne disait pas un mot, se contentant d'écouter attentivement notre conversation, comme un élève studieux.
Finalement, je suppose qu'il a saisi mes motivations, car il a fini par accepter de signer l'accord de mon intervention, ainsi que de payer pour cette dernière.
Je me souviens avoir eu une conversation à ce sujet, avec le Docteur. Je ne comprenais pas comment mon opération avait pu être programmée auparavant, si mon père n'avait pas fait ces démarches. Le Docteur Tenma m'a alors révélé que ma mère avait accepté toutes ses requêtes, avant de devenir injoignable.
Je me suis dis à cet instant, que peut-être ça signifiait qu'elle tenait un minimum à moi.
En pleine contemplation du paysage, je me rends compte qu'aujourd'hui également, le ciel commence à se couvrir. Les épais nuages sombres ne renforcent en rien la gaieté de mon humeur, et j'observe, maussade, les reflets froids du ciel contre les carrosseries de voitures stationnant sur le parking de l'hôpital. Lorsqu'il fait ce temps, j'ai toujours une impression de début d'apocalypse, comme si le ciel menaçait d'une minute à l'autre d'exploser rage et fougue contre nous, pauvres mortels.
Mais aussi, quelque part en moi, j'ai souvent cette envie de passer du temps au chaud, avec mes amis. De discuter de tout et de rien tranquillement, en attendant que le Soleil revienne. D'ailleurs, j'attends de la compagnie. Renji m'a dit hier qu'il viendrait me rendre visite.
Apparemment il souhaite converser un peu avec moi, sans Genichirou. Comme toujours lorsqu'il s'agit de Renji, je n'ai aucun indice sur les sujets qu'il veut aborder, mais je ne doute pas de ses bonnes intentions.
Depuis que nous sommes amis, il a toujours été très doux. Un peu mal à l'aise en société parfois, mais certainement gentil et bienveillant. C'est une personne fiable, et de confiance. De mon point de vu, il regroupe toutes les qualités d'un bon ami, et c'est également pour cette raison que j'ai tendance à suivre ses idées sans vraiment les réfléchir.
Je suis heureux de l'avoir près de moi. Entre la fougue de Genichirou et mon orgueil, nous avons besoin d'une personne comme Renji ; raisonnable, qui sait convaincre sans aucune once d'agressivité.
Il est plein de bons sentiments, et c'est certainement ce que je préfère à son sujet.
C'est pourquoi, lorsque la porte de la chambre s'ouvre délicatement, j'offre un sourire sincère aux paupières étirées. Renji m'offre un petit sourire en retour, avant de s'asseoir à côté du lit mécanisé, calmement.
Son uniforme me prouve qu'il revient de la pratique, et comme à l'accoutumé, il porte sa veste de survêtement fermée, sa fermeture éclaire remontée jusqu'en haut de son col droit.
J'ai toujours été intrigué par sa façon de se camoufler avec ses vêtements. En effet, Renji est le genre de garçon à se vêtir de pièces larges, longues, et possède une fâcheuse manie de cumuler les couches de vêtements. J'aime à croire que c'est à cause de sa pudeur, mais peut-être que je me trompe.
- Bonjour Seiichi, Dit-il de sa voix douce, Comment te sens-tu aujourd'hui ?
- Mieux qu'hier, je suppose. Eludais-je.
Il hoche la tête, comme s'il comprenait davantage de mots. Nous débutons par la suite une conversation mondaine, peu pertinente. Il me parle du temps et des cours, et moi de ce que je lis en ce moment dans les magazines de sports que m'apporte Genichirou. Nous faisons tourner les aiguilles de l'horloge dans un tour complet, avant que finalement, la discussion évolue ;
- Tu sais, j'aimerais qu'on parle un peu de ta situation familiale. Avoue Renji, J'aimerais savoir ce qu'il en est actuellement, et ce que tu comptes faire à présent.
Encore une fois, il a le don pour toucher les cordes sensibles. Je détourne le regard quelques secondes, réfléchissant à une façon d'expliquer mon ressenti sur les derniers jours. Je commence alors par expliquer les révélations de mon père. Renji m'écoute avec grande attention, imperturbable. J'aperçois dans ses iris beaucoup d'encouragement et de compréhension, ce qui me pousse à me livrer davantage. FInalement, la discussion évolue, et j'intime ;
- Je ne sais pas vraiment ce que je devrais faire… Je suis un peu perdu.
Yanagi demeure muet un long moment. Je comprends qu'il songe réellement à ma phrase, dans le but de m'aider du mieux qu'il peut.
Au bout de plusieurs minutes de silence, il finit néanmoins par amorcer un geste. Dans un mouvement composé, il apporte sa main contre mon bras, son toucher aussi léger qu'une feuille.
- Peut-être que tu devrais procéder par étapes. Essaie d'abord de te remettre sur pieds, puis lorsque tu seras de nouveau en pleine forme, tente d'avoir une discussion avec ta mère. Ne te précipite pas, cherche d'abord à résoudre les problèmes de l'immédiat.
Je laisse apparaître un sourire plus franc. Encore une fois, Renji sait trouver les mots qu'il faut. Je suppose qu'il a raison, je devrais d'abord me concentrer sur le présent ; et en ce moment, le plus important, c'est mon opération. Il faut que je m'endurcisse et fasse abstraction de mes problèmes de famille, pour pouvoir mettre toute ma détermination dans mon rétablissement.
Je sais qu'au départ, je vais avoir du mal à oublier les mots de mon père, ni les dernières réactions de ma mère, mais la proposition de Renji est pertinente. Il est toujours incroyable, car en quelques mots, il parvient systématiquement à trouver des solutions à tous nos problèmes.
Quelque part, je me sens un peu coupable… Depuis plusieurs mois j'ai l'impression d'avoir laissé mes amis de côté. Je ne me suis pas aperçu des sentiments de Niou à mon égard, je n'ai plus entraîné Akaya personnellement (une habitude que nous avions), et évidemment, j'ai laissé tomber Renji. Je me sens honteux, et j'aimerais désormais remédier à cette erreur que j'ai commis.
Alors, posant ma paume par-dessus celle de Renji, je questionne d'une voix avenante ;
- Merci Renji, je pense que je vais suivre tes conseils… Et sinon, toi comment ça va ? J'aimerais bien que tu me racontes comment toi et Akaya vous vous êtes rapprochés l'un de l'autre.
Je le vois papillonner des yeux légèrement, un fait rare. Les probabilités que je m'intéresse soudainement à sa vie ne devait pas être hautes. Néanmoins, il se remet rapidement de sa surprise, souriant avec davantage de chaleur, alors qu'il entame une explication, de sa voix douce ;
- Eh bien… Au départ je l'aidais simplement à faire ses devoirs… Puis j'ai commencé à l'entraîner personnellement durant les pratiques… Finalement, jour après jour, les probabilités évoluaient à son propos, et après plusieurs mois je me suis rendu compte que cela ne comptait plus pour moi, les pourcentages. Quand il s'agit d'Akaya, c'est autre chose.
Mon sourire glisse et s'agrandit. Cette sensibilité est touchante, et en même temps assez surprenante. De la part de Renji, s'exprimer avec aussi peu de précision est extrêmement rare, et j'apprécie ce changement.
- Tu as raison… Encourageais-je, Avec Genichirou c'est pareil, c'est autre chose.
La mine pourtant agréable de Renji se transforme tout à coup en un visage sérieux, son sourire se fanant tandis que ses iris châtaignes plonge dans mon regard avec beaucoup d'impassibilité.
- D'ailleurs, en parlant de Genichirou… Commence t-il, Est-il revenu depuis son altercation avec ton père ?
Je retiens une grimace, détournant le regard. Sans le personnel hospitalier, ils en seraient certainement venus aux mains, la dernière fois.
Même dans la situation dans laquelle j'étais à ce moment-là, j'avais compris que quelque chose clochait à propos de Genichirou. Il semblait à fleur de peau ; plus irrité, plus affolé qu'à l'accoutumé. Beaucoup trop fatigué par ma perfusion, par les émotions fortes que j'avais vécu, je n'ai pas vraiment cherché à l'apaiser… Et finalement, le pire scénario arriva. Mon père et lui commencèrent une dispute au beau milieu de la chambre.
C'était la première fois que j'entendais mon père crier. D'habitude, il est le genre d'homme à imposer autorité et rigueur d'un simple regard. Toutefois, ce jour-là, j'ai eu l'impression de découvrir une partie de mon père que je ne connaissais pas, et que je pense, ne voulais pas connaître.
Il était absolument ridicule. Il criait, ses traits se déformaient, et devant moi soudain, je n'avais plus l'impression d'observer le symbole de réussite et de fermeté qu'il a toujours été dans mon esprit, mais plutôt une sorte de bête, monstrueuse, beuglant et crachant son venin sans aucune maîtrise d'elle-même.
Je n'avais pas envie de voir ça. Alors, aidé par les gouttes de ma perfusion, j'ai fermé les yeux, et j'ai fini par m'endormir. Mais avant que mes paupières se collent l'une contre l'autre, j'ai aperçu un infirmer pénétrer dans la salle, alerté par les cris. C'est certainement lui qui a séparé Genichirou et mon père, puisque lorsque je me suis réveillé, plusieurs heures plus tard, le Docteur Tenma ne m'a signalé aucun débordement, seulement le fait qu'ils étaient partis de l'hôpital chacun de leur côté.
Depuis, Genichirou n'est pas encore revenu me rendre visite. Néanmoins, maintenant que Renji évoque le sujet, j'ai l'impression que je devrais m'en soucier.
Alors, en fixant de nouveau mon regard dans le sien, je fronce les sourcils, questionnant ;
- Non, il n'est pas revenu… Pourquoi, quelque chose de grave est arrivé ?
Il retire sa main, la posant contre son genoux tout en abordant une mine grave. Aussitôt, une angoisse me tord le ventre, appréhendant grandement l'annonce que s'apprête à me faire Renji. Aussi je fixe ses iris, sa silhouette, afin de me rassurer grâce à un quelconque langage corporel, mais il reste stoïque et immobile. Déglutissant, je l'écoute déclarer ;
- Genichirou est à cran depuis plusieurs jours. Il en fait beaucoup trop, il a giflé injustement plusieurs de nos joueurs, et il s'entraîne férocement… Je dirais 65% de plus qu'à l'ordinaire. (Prenant une pause, il extirpe de son sac de tennis des poids, qu'il pose sur ses genoux avec difficulté) Je l'ai vu porter ce type de poids aux poignets et aux chevilles ; ils pèsent presque quatre kilogrammes chacun.
Fronçant davantage les sourcils, je scrute les bandes de cuir rembourrées par de lourdes barres métalliques. Je connais Genichirou impulsif, et parfois un peu abusif, mais jamais à ce point. Je comprends donc l'inquiétude de Renji, une inquiétude que je partage désormais, mes dents se serrant à l'intérieur de ma bouche.
- … Alors du coup, j'ai dressé plusieurs probabilités, Reprend Renji, J'ai l'impression que Genichirou agit ainsi car il est stressé par la finale qui approche, ton intervention chirurgicale, mais également par un tas de détails, comme sa dispute avec ton père, son inquiétude vis-à-vis de ta vie familiale ou encore ta santé, sans oublier le fait qu'il a beaucoup de mal à dormir depuis que tu es hospitalisé-
- Quoi ? Coupais-je aussitôt, Il a du mal à dormir…? Qu'est-ce que tu sais d'autres à son propos ?
Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé… ? Je pensais connaître Genichirou par coeur, j'étais persuadé de tout apercevoir par-delà son regard… Notre relation, depuis toujours, est basée sur la confiance et la compréhension mutuelle, et ce même avant que nous formions un couple…
...Alors pourquoi ai-je l'impression de découvrir un nouveau garçon, lorsque Renji me parle de lui ?
- Eh bien… Répond t-il après une certaine hésitation, J'ai découvert qu'il faisait beaucoup de cauchemars… Ses notes ont sensiblement chutées, et je dois avouer que depuis que tu es ici, il est de plus en plus impartial à l'entraînement. Les premières années le craignent désormais.
Je demeure muet, complètement ahuri par de telles révélations. Ici, je le voyais inquiet à mon sujet, toutefois, jamais je n'aurais imaginé que son inquiétude puisse avoir autant de répercussions sur sa vie quotidienne…
Actuellement, c'est un mélange d'émotions qui me traversent. Je me sens triste d'apprendre la réalité de la vie de Genichirou, mais simultanément, il y a une colère, et une profonde déception qui m'envahissent.
J'aurais aimé qu'il m'en parle. Même si je suis malade, mourant, tremblant… Peu importe, je n'ai pas envie que le mensonge soit l'une des bases de notre relation. S'il va mal, je veux pouvoir le soutenir autant qu'il me soutient au quotidien depuis plusieurs mois.
- C'est donc pour ça qu'après la dispute qu'il a eu avec mon père, il n'est plus revenu me rendre visite… Soufflais-je plus pour moi-même que pour entretenir la conversation.
- Oh tu sais si je t'en parle c'est parce qu'il-
Tout à coup, la porte de la chambre s'ouvre entièrement, révélant la stature virile de Sanada, qui tient son sac de tennis d'une poigne de fer.
- … Devrait pas tarder… Termine Renji tout en faisant volte-face, Eh bien, je suppose que je vais vous laisser… À bientôt Seiichi.
Je me contente d'un hochement de tête, mes yeux scrutant Genichirou avec la même intensité qu'une sonde. Pendant que Renji quitte la pièce, refermant la porte derrière lui, mes yeux ne quittent pas le visage de Sanada, qui prend très rapidement la place de Yanagi, laissant tomber son sac de tennis au sol, avec la même hâte.
- Quelque chose ne va pas ? Questionne t-il en soutenant enfin mon regard.
J'ai aucune idée de la mine que j'aborde actuellement. Le mélange de sentiments semble me rendre assez anxieux, et je ressens mon coeur cogner de plus en plus douloureusement dans ma poitrine, une mauvaise appréhension sabotant mon rythme cardiaque.
- Renji m'a dit certaines choses à ton propos. J'aimerais qu'on en discute.
J'aperçois son dos se tendre l'espace de quelques secondes, avant d'aborder une posture droite, les traits de son visage aussi sérieux que la mort.
Je tente une bataille de regard. Avant d'être hospitalisé, je jouais souvent avec l'autorité naturelle que je possède ; afin d'assurer mes fonctions de capitaine évidemment, mais également lorsque j'avais besoin d'informations. C'est pourquoi, en me remémorant l'état d'impartialité dans lequel je me glissais auparavant, j'inspire profondément, puis ferme mon visage.
Genichirou soutient mon regard de fer. Comme moi, il se braque, et j'ai beau détailler la moindre lueur de ses iris d'ambre, je n'arrive à déceler aucune émotion.
C'est un combat orgueilleux, et je comprends qu'il est inutile si nous souhaitons faire avancer la conversation.
Alors, finalement, j'explique d'une voix calme ;
- Il m'a dit que tu avais un comportement particulier ces derniers temps. Que tu n'étais pas dans ton état normal durant la pratique, et que depuis mon hospitalisation, tu n'étais pas au top de ta forme.
Il demeure silencieux, ses yeux abandonnant peu à peu leur fermeté. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas ce qui me dérange, qu'aucune phrase de réponse ne semble lui venir en tête. Sa main vient se glisser jusqu'à sa nuque, la frottant dans un signe distinctif de perplexité.
- Seiichi… ? M'encourage t-il à continuer, perdu.
C'est idiot, mais je commence à me sentir énervé. Au plus profond de moi, je sais pertinemment que ce n'est pas le comportement à avoir, que c'est même une réaction assez puérile… Toutefois je ne peux empêcher le venin de la colère s'infiltrer le long de mes veines, pervers.
Et ce qui l'anime, c'est l'incrédulité de Genichirou, car elle me donne l'impression qu'il n'a pas même songé à me parler de ses problèmes, qu'il n'a pas songé à l'éventualité de trouver du réconfort auprès de moi.
Je me sens trahis. Malgré mon orgueil, je lui ai montré les parties les plus misérables de moi-même ; mes faiblesses les plus pitoyables, toute ma laideur.
J'espérais donc qu'il me fasse confiance également, et qu'il me parle de ses troubles plutôt qu'il me les cache.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Questionnais-je d'une voix plus froide que je le souhaitais, Je pensais que tu avais arrêté de cauchemarder, que tu parvenais à gérer la pratique et ta vie scolaire. (Je prends une profonde inspiration, dans une tentative de calmer la fougue dans ma voix ;) Tu m'as même apporté tes leçons, et tu me disais toujours que tout allais bien durant les entraînements… Je pensais que ça allait… Je…
Ma main vient trouver mon avant bras dans un geste nerveux… Puis je sursaute légèrement lorsque mes doigts touchent le pansement collant ma perfusion dans ma veine. Aussitôt, je retrouve mon calme, ce retour à la réalité me permettant de faire le tri dans mes mots. Alors, essayant rapidement de remettre en ordre mes idées, je lève doucement la main en l'air, comme pour lui faire comprendre que je n'ai pas fini de parler. Je le vois se figer de nouveau sur sa chaise, comme un enfant prêt à recevoir la dispute de ses parents, et le mouvement adouci tout à coup ma pensée.
Genichirou est vraiment… Maladroit. J'aimerais conserver la fermeté que j'avais il y a quelques secondes, mais c'est impossible, je le trouve vraiment attendrissant avec sa mine de chiot apeuré.
Lentement, je soupire… Il faut toutefois que je lui explique mon comportement.
- … J'aurais aimé que tu m'en parles. Repris-je, Nous sommes censés nous faire confiance Genichirou, et que j'apprenne par Renji que tu agissais étrangement, ça m'a blessé ; même si je suis malade, je peux toujours t'épauler. Je ne veux pas que tu me caches des choses, et par dessus tout que tu me caches que tu te sens mal.
S'il était véritablement un chiot, j'aurais certainement vu ses oreilles s'affaisser contre sa tête.
Au lieu de ça, il frotte de nouveau sa main contre sa nuque, une légère grimace déformant la commissure de ses lèvres. L'ambre de ses yeux est traversé d'une lueur vulnérable, en complète contradiction avec l'aura impénétrable qu'il possédait il y a peu de temps. Toutefois, il ne détourne pas les yeux des miens, dans un reste de fierté.
- Seiichi, euh… Commence t-il avec une certaine hésitation, Je vais faire de mon mieux pour régler tout ça, je ne voulais pas t'embêter avec… Ma faiblesse d'esprit.
- Toi et ta faiblesse d'esprit, Soupirais-je, Il faut que tu fasses la différence entre s'endurcir et faire confiance aux autres. Ce n'est pas toi qui m'a dit qu'entre amis on pouvait tout se révéler ? Est-ce parce que je suis devenu plus qu'un simple ami que tu ne parviens plus à te livrer à moi ?
Il grimace. Pendant un instant, j'ai l'impression qu'il ne souhaite pas répondre, lorsque tout à coup il se lève de sa chaise, abaissant la barrière de sécurité du lit mécanisé dans un geste expert, avant de prendre place contre le matelas, sa hanche frôlant la mienne.
- Je suis désolé, j'étais faible, mais maintenant ça va aller. L'équipe va remporter la finale, et tout ira bien… (Il déglutit, puis reprend d'un ton moins ferme ;) Et toi, est-ce que tu te sens prêt pour l'opération…?
- … Je rêve où tu essaies de changer de sujet ?
Il saisit aussitôt ma main, son visage se rapprochant du mien alors qu'il tente de me convaincre rapidement ;
- Non, pas du tout ! Je te promets de te prévenir si je suis… Faible. Mais pour l'instant le plus important c'est ton opération… Alors, est-ce que tu te sens prêt ?
Je soupire. Je suppose qu'il a compris la leçon… Je ne devrais pas m'énerver davantage, après tout, le Docteur Tenma m'a dit de ne pas multiplier les émotions fortes, et si je me souviens des mots de Renji, il est plus sage de penser dans l'immédiat.
Ce qui revient à donner raison à Genichirou ; penser à mon intervention.
- Oui, je suppose. Mais d'après le Docteur, nous ne devons pas reporter une nouvelle fois l'intervention, sinon… (Je prends une discrète inspiration, puis ;) Sinon mon corps ne pourra plus le supporter.
Un silence pesant s'installe dans la pièce.
C'est une vérité que je ne dois pas ignorer. Plus d'émotions fortes, plus de nouvelles choquantes. Le Docteur Tenma a été catégorique à ce sujet, et pourtant je me suis laissé allé à la colère il y a pas même dix minutes…
Je devrais me ressaisir. Finalement je crois que c'est moi, qui possède un "faible esprit".
Soudain, je sens un main glisser contre ma joue, et j'observe Genichirou coiffer les mèches ternes de mes cheveux derrière mon oreille, dans un geste délicat.
- Tout va bien se passer. Assura t-il, Et promis, je ne serais plus faible.
J'accepte son baiser. Je ressens comme des mots d'excuse contre mes lèvres, et je presse plus franchement ma bouche contre la sienne.
Je suis sûr que tout va bien se passer. Je fais confiance à Genichirou ; il va calmer ses angoisses, et se comporter de nouveau comme à l'accoutumé.
J'en suis sûr.
OoO
Fais chier… Je me suis encore laissé emporté.
- Genichirou, ça suffit. Ordonne Renji d'une voix sifflante, Il faut contrôler ta colère.
Je garde le silence. Ma main siffle de douleur, un souffle chaud en constante diffusion, qui me prouve la puissance de la gifle que je viens d'asséner.
- Genichirou, j'aimerais que tu me répondes. Reprend Renji avec plus d'insistance.
Complètement amorphe, je fais volte-face. Mes yeux rencontrent ceux de Yanagi, avant que je ne dépasse rapidement sa silhouette.
- Retournons à la pratique. Répondis-je simplement.
Néanmoins Renji n'obéit pas. D'une voix glaciale, que je n'ai jamais entendu par delà ses lèvres, il déclare avec assurance ;
- Genichirou. Tant que tu ne changes pas ton comportement, je refuse de participer à la pratique, ni à la finale.
Lorsque je me retourne afin de le retenir, il est déjà de dos, et je comprends alors dans une réalisation terrible, que Seiichi avait raison.
J'aurais dû lui parler de ma peur effroyable de le perdre… Car maintenant, noyé dans mon angoisse, je suis en train de tout foirer.
Tout ce que je lui ai promis de réussir.
… Comment suis-je censé calmer ma rage dans ce cas ?
Voilà, fin du chapitre. La finale approche à grands pas (encore je dirais, 3 chapitres ...?). Après la finale, il y aura encore deux chapitres sur chaque intrigue (sûrement), puis je pense, la fin de cette loooongue et laborieuse histoire. Désolé pour les intrigues bancales, mais malheureusement j'ai besoin de tout clore correctement de façon à ce qu'il n'y ait pas de zone d'ombre. J'espère que ça ne vous ennuie pas... Enfin bref, merci de continuer la lecture de cette histoire. N'hésitez pas à la commenter et à la partager si elle vous plaît. Je vous embrasse.
Prenez soin de vous, on se retrouve normalement la semaine prochaine.
