Quand on écrit, on peut avoir le trac. Ça fait très longtemps que j'écris (j'ai toujours écrit, en fait, mais disons que je j'ai commencé régulièrement à composer des nouvelles quand j'avais treize ans, donc cette année, cela fait... dix-huit ans...)
Et ça m'arrive toujours, assez régulièrement, de ressentir ce trac. Je sens que j'ai un truc à raconter, et puis, au moment de me mettre devant mon clavier, j'ai l'estomac noué.
Bref, entre le trac, la fatigue et quelques autres trucs, ce chapitre a mis un peu de temps à arriver, désolée, j'espère qu'il vous plaira en tout cas :)
Ah, et puis comme j'aime bien faire connaissance avec vous au fur et à mesure, autre chose que vous ne savez pas sur moi, c'est que je suis plutôt métalleuse d'apparence et de cœur, mais même au sein de ce genre musical, je suis très éclectique (même si je reste avant tout branchée black metal). Et l'un des trucs qui m'a inspirée ici, c'est le titre Atoma, sur l'album Skylight... par Atoma :) Cette rythmique électronique et martiale, c'est typiquement le genre de trucs qui m'aide à écrire ce genre de chapitre.
Et puis sinon, sans aucun doute Kibasen, sur l'OST de Boku no Hero Academia, l'un de mes morceaux favoris ever :)
Mais pour la dernière partie : Sognariket Sine Kirgarar, de Windir (mon côté black metal)
Enjoy !
« Je suis certain que vous êtes tous impatients de savoir en quoi va consister l'épreuve d'aujourd'hui ! » s'enthousiasma l'homme-citrouille.
Il pivota sur lui-même, examinant la foule matinale rassemblée dans les gradins. Les duels organisés en bonus pour Fairy Tail avaient pris fin la veille : la véritable compétition commençait maintenant.
« Il s'agit d'une épreuve un peu particulière, ajouta-t-il. Nous allons organiser une course de motos ! »
Un murmure confus parcourut les gradins. Cette épreuve n'avait encore jamais figuré dans le programme des Jeux, mais le public céda vite à l'enthousiasme : une course avec l'intervention de la magie, ça allait certainement se révéler palpitant.
« Tous les coups sont permis, précisa l'arbitre. Le premier arrivé remportera trois points, le deuxième deux points, et le troisième un seul point. Tous les autres concurrents qui parviendront à franchir la ligne d'arrivée ne le feront que pour la gloire. »
Dans l'arène, les mages échangèrent des regards partagés entre la curiosité et l'inquiétude, et chacune des équipes en compétition se rassembla pour déterminer qui de ses membres serait le plus à même de disputer cette épreuve.
Le choix fut vite fait : Edo-Fairy Tail convint d'envoyer Edo-Natsu, Lamia Scale dépêcha Sheria – personne n'était persuadé que c'était une épreuve faite pour elle, mais personne n'avait non plus envie de contrarier une chasseuse de dieux surexcitée – Quatro Cerberus choisit Norbaly, Sabertooth jeta son dévolu sur Dobengal, Blue Pegasus envoya Eave, et Fairy Tail parvint vite à la conclusion que Grey, en dépit de ses blessures, était le plus à même de relever le défi.
Les concurrents se rassemblèrent derrière la ligne de départ. Les jambes plantées de chaque côté de leurs chevaux de métal, les concurrents firent rugir le moteur.
Natsu, qui suivait l'épreuve avec ses camarades sur les écrans géants, réprima un frisson : Grey sur une moto, ça devait bien être l'une des visions les plus sexy qu'il pouvait imaginer. La posture légèrement cambrée appelait le regard sur son cul parfait, et la façon dont il pressait le monstre de métal entre ses jambes avait un je-ne-sais quoi d'érotique qui lui faisait monter le rouge aux joues. Et même s'il était toujours inquiet à propos de l'état mental de son compagnon, il se laissa envahir par l'enthousiasme mêlé d'excitation qui précédait toujours une épreuve des Jeux Magiques.
À ses côtés, Erza lui sourit gentiment et posa une main sur son épaule.
« Grey est peut-être plus émotif que toi, Natsu, mais il est au moins aussi résistant. Tout ira bien pour lui.
— Je sais, répondit-il aussitôt. La conduite, c'est une affaire de maîtrise, et Grey excelle dans ce genre de trucs. Il a la tête froide et il sait calculer les choses. »
Le sourire d'Erza, bien que mêlé de perplexité, s'élargit. Il lui semblait que c'était juste hier, cette époque où Natsu n'aurait jamais reconnu une quelconque qualité au mage de glace. La reine des fées reporta son attention sur les écrans géants.
Sheria, minuscule sur sa grosse moto chromée, semblait bien inoffensive, mais Erza savait qu'il fallait s'en méfier. Edo-Natsu, concentré comme si sa vie en dépendait, scrutait la piste d'un œil d'expert. Eave de Blue Pegasus semblait chercher une position confortable sur sa moto, apparemment peu familier de ce genre d'engin. Erza leva un sourcil. Peut-être, avec un peu de chance, cette épreuve lui donnerait l'occasion de confirmer une vieille théorie : selon elle, Eave était une femme. Elle en avait toujours été intimement persuadée, et elle attendait avec impatience le jour où elle pourrait avoir une certitude définitive sur la question.
Dobengal et Norbaly s'échangèrent des regards venimeux par-dessous la visière de leur casque. La tension était à son comble.
Enfin, l'arbitre se positionna devant les concurrents en exécutant au passage quelques ronds de jambe.
« Vous êtes prêts ? Je répète : tous les coups sont permis. Tout le monde croit en vous. À mon signal ! »
Il se décala sur le côté et leva bien haut son bras droit.
« Trois... Deux... Un... Partez ! »
Un grondement de moteur s'éleva dans l'air presque immobile de ce jour d'été. Les concurrents, le visage fermé, refermèrent les mains sur les commandes et la fumée jaillit des pots d'échappement. Six motos bondirent comme des chevaux sauvages sur la piste que la municipalité avait prévue pour eux.
Les coups bas commencèrent aussitôt à pleuvoir. Grey évita de justesse les tourbillons de neige lancés par Eave, juste avant de devoir freiner brutalement pour esquiver un mur de pierre que Norbaly venait de faire s'effondrer sur la route. Il eut un rire sauvage. Ce ne serait pas suffisant pour l'arrêter, loin de là. Il donna un gros coup d'accélérateur et la moto bondit en avant dans les gravats. À force de dextérité et de pure témérité, il parvint à dépasser tous ses adversaires. Il claqua dans ses mains et se pencha dangereusement près du sol tandis qu'il criait : Furoa ! La glace commença instantanément à s'étendre sur les pavés, colonisant toute la largeur de la chaussée avant que ses concurrents n'aient une chance de l'esquiver. Grey éclata de rire tandis que les motos dérapaient sur la patinoire, envoyant valser les conducteurs aux quatre coins de la rue...
Tous... sauf Edo-Natsu. Sourire aux lèvres, son concurrent d'Edolas le rattrapa aisément.
« C'est tout ce que tu sais faire, Grey ?! » lança-t-il d'un ton joueur qui ne lui ressemblait pas le moins du monde. Décidément, Edo-Natsu était vraiment une toute personne dès qu'il avait quelque chose à piloter...
Grey lui adressa un clin d'œil.
« Non, c'est pas tout, Natsu... »
Edo-Natsu pâlit quand Grey, l'air de rien, le visa avec un putain de bazooka tout en gardant son équilibre sur sa moto.
Ces mages d'Earthland sont vraiment complètement cinglés, pensa-t-il. Ils s'amusent beaucoup trop dans ce genre de situation potentiellement mortelle.
Il se raidit, les cuisses serrées sur la cambrure de cuir et de métal de sa moto, le volant vibrant entre ses mains. Heureusement, les paroles de Makarov lors de la soirée d'inauguration retentirent dans son esprit. Vous êtes jeunes, inexpérimentés, et vous avez peur de décevoir les autres. Mais vous êtes bien plus forts que vous ne le croyez. Vous allez nous épater.
Edo-Natsu remercia le vieux intérieurement, et avant que Grey n'ait le temps d'activer son arme, il vira de côté et n'hésita pas à heurter violemment son concurrent.
Ça eut au moins pour effet de faire disparaître le bazooka, mais à la grande surprise d'Edo-Natsu, Grey tint bon. Il réussit à redresser sa moto et accéléra de plus belle, pas le moins du monde troublé par ce qui venait de se passer.
« Alors, Natsu, tu rêvasses ? Tu la veux, cette première place, ou non ? »
Edo-Natsu fronça les sourcils.
Quel enfoiré.
Sting secoua la tête de dépit en voyant Dobengal sonné, gisant sur la piste. Il n'allait pas s'en relever, de celle-ci. Grey et Edo-Natsu faisaient la course en tête, et Sting devait bien avouer que ces deux-là étaient incroyablement à l'aise avec cette épreuve, comme s'ils passaient tous leurs week-ends à brutaliser des motos sur des circuits de course. Il haussa les épaules. Tant mieux pour Grey, il avait visiblement besoin de soigner son ego après sa défaite contre Leon.
En parlant de soigner son ego... Sting en connaissait un autre qui devait être très occupé à faire de même, entre deux cachets d'aspirine. Il ne put s'empêcher de sourire en se rappelant l'état de Rogue la veille. Avec le recul, ça avait été plutôt marrant, mais il était à peu près certain que Rogue n'était pas de cet avis. Ce matin, il avait dépêché Yukino pour l'informer qu'il n'aurait pas besoin de venir aujourd'hui : Sting savait qu'il serait non seulement hyper embarrassé, mais qu'il souffrirait aussi d'une gueule de bois massive qui le rendrait parfaitement inutile pour la journée.
Le sourire de Sting s'effaça quand il se souvint que même si tout ça avait été fort drôle, ça n'empêchait pas que Rogue et lui devaient vraiment avoir une petite conversation. Une conversation qu'il appréhendait plus que tout.
Et en plus de cela, la discussion qu'il avait eue hier avec Natsu ne l'avait pas vraiment aidé... Maintenant, la moindre d'idée d'intimité avec son partenaire lui donnait des sueurs froides. Et vu tout ce que Rogue avait picolé hier soir, c'était pareil pour lui.
Il soupira lourdement. Tout cela était bien trop compliqué. Il se demandait comment diable ils en étaient arrivés là. Et surtout, qu'est-ce que tout cela signifiait. Rogue avait été celui qui avait fait le premier pas, à chaque fois. Est-ce que ça voulait dire... Qu'il avait des sentiments pour lui ?
Sting secoua la tête. Fais chier, pensa-t-il laconiquement. Si seulement je passais pas mon temps à angoisser... Et faut dire qu'aujourd'hui, c'est pas Dobengal qui va me remonter le moral !
Du côté de Fairy Tail, Natsu demeura bouche-bée devant les prouesses de son alter-ego. Il lui était toujours aussi difficile de concevoir qu'une personne qui lui ressemble à ce point soit également à ce point différente. Rien qu'à le regarder sur cette moto, il en avait la nausée. D'ailleurs, il éprouvait aussi une pointe de jalousie : jusque-là, il ignorait que Grey était si doué pour la moto, et surtout à quel point il aimait ça. À le voir dressé sur sa bête chromée, il semblait aux anges, plus confiant que jamais. Et ce n'était certainement pas quelque chose qu'il pourrait partager avec Natsu, jamais, à cause de son putain de mal des transports.
Natsu se tourna vers l'alter-ego de Grey, qui suivait la course avec une intense concentration, une expression étrangement pleine d'assurance sur le visage. Natsu ne s'y habituerait jamais. Les doubles d'Edolas, c'était vraiment trop étrange. Par exemple : on était en juin, et Edo-Grey portait un manteau long, une écharpe et des gants. Et pourtant, c'était le portrait craché de son Grey, surtout quand il regardait les écrans comme ça, avec une expression à la fois rêveuse et intense, un léger sourire aux lèvres. Tout comme son propre double affichait en ce moment un sourire prédateur qui devait probablement ressembler en tout point au sien, sauf que son alter-ego chevauchait une moto comme s'il était né dessus, or, pour Natsu, de telles conditions de naissance ne pouvaient qu'être la preuve de la haine totale et absolue de toutes les divinités possible.
Edo-Natsu jeta un coup d'œil au rétroviseur : Eave avait réussi à se relever et était en train d'accomplir une remontée fulgurante. Tout en surveillant Grey du coin de l'œil, il dégaina son arme magique et visa les roues de son concurrent de Blue Pegasus.
Il tira.
Eave, qui l'avait vu sortir son arme, dressa une muraille de neige qui ne gênerait pas son trajet mais bloquerait les projectiles. Eave contourna l'obstacle aisément et se tendit, penché sur sa moto, guettant sa prochaine attaque. Edo-Natsu choisit alors une stratégie plus audacieuse.
Il freina brusquement pour surprendre son adversaire, puis actionna à nouveau la gâchette.
Cette fois, il fit mouche. Les pneus d'Eave éclatèrent dans une détonation effrayante, et le mage perdit le contrôle de sa moto, qui alla s'encastrer dans un mur voisin.
Edo-Natsu reporta aussitôt son attention sur Grey, qui avait profité de l'incartade pour prendre la clef des champs. Edo-Natsu, bien qu'un peu loin, accéléra tout en ajustant son prochain tir.
Mais, avec une rapidité quasi-surnaturelle, Grey parvint à dresser un bouclier de glace qui résista à l'impact de ses balles, et maintenant, Edo-Natsu avait un autre problème : se débarrasser du bouclier qui se dressait à quelques dizaines de mètres devant lui, occupant toute la largeur de la rue.
Et il s'en rapprochait à vitesse grand V.
Il ne se laissa pas démonter, visa un point précis près de la base et vida son chargeur. La muraille envahit la totalité de son champ de vision et il bloqua inconsciemment sa respiration.
Puis, la glace craqua et la barrière magique vola en éclats presque à l'instant où il allait la heurter de plein fouet. Déterminé à rattraper son retard coûte que coûte, il accéléra comme un forcené en dépit de son cœur qui battait furieusement contre ses côtes. Maintenant n'était pas le moment pour se laisser déstabiliser. Surtout pas quand on était en compétition avec un cinglé de Fairy Tail d'Earthland.
Mais un autre problème se profilait déjà derrière lui : Sheria, qui avait évité la patinoire de Grey en faisant littéralement s'envoler son véhicule, remontait à sa hauteur à toute vitesse, boostée par sa magie de l'air. Il grimaça et sortit une lacrima qu'il avait prévue spécialement pour ce genre de cas. Une flamme rouge vif y brûlait, impatiente de délivrer toute sa puissance. Ce n'était pas vraiment le moment de faire du bricolage, mais il se débrouillerait.
Il cala d'un coup de pied la lacrima entre la jante et le pot d'échappement, la brisant au passage. L'énergie magique déferla, le propulsant en avant avec une puissance dévastatrice. Les flammes gonflèrent derrière lui, menaçant d'engloutir la pauvre Sheria qui eut le plus grand mal à les dissiper en soufflant des vents violents.
Profitant de son élan, Edo-Natsu négocia adroitement les virages et parvint à remonter à la hauteur de Grey. Celui-ci avait gardé la tête froide et prévu une éventuelle remontée de sa part : il tenait déjà sa glace toute prête à la recevoir. Le timbre grave de sa voix couvrit le rugissement du moteur tandis qu'il lançait son incantation.
« Aisu Meiku : Ransu ! »
Une dizaine de flèches de glace jaillirent de la paume de ses mains, filant dans sa direction.
Edo-Natsu se pencha de côté, son coude droit frôlant le sol, mais il parvint néanmoins à redresser la moto.
Il avait évité toutes les lances de glace.
Grey lui sourit d'un air appréciateur.
« Ok, Natsu, si tu veux la jouer comme ça... »
Au grand dam d'Edo-Natsu, les pieds de Grey s'enflammèrent. Le mage de glace grimaça dans un effort visible pour augmenter sa puissance, et se servit des flammes comme d'un turbo, exactement comme Edo-Natsu venait de le faire avec sa lacrima.
Très bien, pensa-t-il. Combien de temps tu peux tenir avec ça ? À cette vitesse, la moindre erreur sera fatale. Et j'ai une autre lacrima.
Il n'hésita pas plus longtemps et brisa sa seconde lacrima. De nouveau, une tempête de flammes engloutit Sheria qui tenait bon, maintenant à deux doigts de le rattraper. Il s'autorisa un coup d'œil dans le rétro mais ni vit rien qu'un déluge de flammes. Un petit cri aigu retentit, suivi d'un craquement assourdissant qui ne présageait rien de bon pour la petite chasseuse de dieux.
Edo-Natsu reporta son attention sur le mage de glace, qui avait toujours de l'avance sur lui, et qui continuait à foncer, boosté par les flammes. Il inspira profondément. Tout était encore jouable. Grey allait finir par commettre une erreur, et il serait là pour en profiter.
Grey jeta un regard nerveux dans le rétroviseur. Edo-Natsu le talonnait. Pas de doute, le petit mage d'Edolas en avait sous la pédale.
Grey sourit : il s'amusait comme un fou. Faire la course avec Natsu, que ce soit celui d'Earthland ou de l'autre monde, c'était l'un de ses vieux fantasmes. Mais voilà, son chasseur de dragons était incapable de grimper sur quoi que ce soit qui bouge sans vomir ses tripes. La seule exception étant de se faire transporter par Happy. Parce que Happy « n'était pas un moyen de transport ». Si tous les chasseurs de dragons n'avaient pas été atteints de la même bizarrerie, Grey aurait juré qu'il s'agissait d'une manifestation psychosomatique due à un quelconque traumatisme, parce qu'il ne voyait vraiment pas la différence entre se faire balader par un chat ailé et chevaucher une moto.
Il haussa les épaules. Ce n'était pas vraiment le moment de chercher le pourquoi du comment. Il allait tellement vite qu'il avait besoin de toute sa concentration s'il ne voulait pas finir les quatre fers en l'air au beau milieu des débris de sa superbe monture.
À cette vitesse, il devenait difficile de tenter la moindre attaque, et pourtant il savait qu'Edo-Natsu n'hésiterait pas à lui tirer dessus. Les derniers mètres allaient déterminer qui serait le meilleur pilote. Il entendait le rugissement du moteur de son concurrent juste derrière lui. Putain, cet enfoiré était bon !
Il négocia le virage à 90° qui se trouvait devant lui en manquant le mur de quelques centimètres, et enfin, il vit la ligne d'arrivée. Il ne restait plus qu'une grosse ligne droite, mais il pouvait pratiquement sentir les vibrations de la moto d'Edo-Natsu hérisser son épiderme. Ça allait être très, très serré.
Erza écarquilla les yeux. Deux choses se produisirent simultanément et jetèrent la confusion chez elle ainsi que tous les autres spectateurs.
Grey pivota sur la selle de sa moto et exécuta quelques signes rapides. Un glyphe se matérialisa et une lumière fulgurante en jaillit. Au même moment, Edo-Natsu lui balança sa troisième et dernière lacrima.
Le feu et la glace se heurtèrent dans un déluge de lumière.
Sur les écrans géants, l'image crépita pendant quelques interminables secondes avant de se rétablir.
Edo-Natsu et Grey fonçaient au coude-à-coude, comme si rien ne s'était passé. Ou presque.
Edo-Natsu luttait pour garder le contrôle de son corps et de son véhicule, donnant des coups de pieds forcenés pour briser la gangue de glace sur son volant tout en gardant son équilibre, les Dragons savaient comment, et agitait violemment son bras gauche à moitié gelé pour tenter de regagner sa mobilité. Quant à Grey, il appliquait en toute urgence de la glace sur la partie droite de son corps partiellement carbonisée, tout en empêchant l'incendie de se répandre dans sa chevelure hirsute.
En voyant ça, Natsu explosa de rire.
« Ça va le faire, dit-il à Happy, Erza, Edo-Grey, et quiconque d'autres pourrait l'entendre. Ce type, je l'ai cautérisé sur tout le flanc sans anesthésie pour refermer ses blessures. À ce stade, se faire brûler au troisième degré, ça devient presque la routine. »
Et en effet, Grey se remit plus vite que son concurrent. Natsu avait vu juste : il avait l'habitude d'être brûlé. La sensation des flammes, même agressives, lui était intimement familière. La morsure brutale, la douleur blanche, même l'odeur de chair brûlée... Il avait appris à vivre avec.
Il laissa son adversaire s'empêtrer dans sa glace et s'envola sur la piste, avec la sensation que les roues décollaient du sol. Ni lui ni sa moto ne pesaient plus rien. C'était une sensation si intense qu'elle en était quasiment sexuelle. L'adrénaline grondait dans ses veines, ses muscles contractés envoyaient des signaux contradictoires de plaisir et de douleur. Alors qu'il fonçait, presque couché sur sa moto, les éléments opposés de sa magie l'enveloppèrent dans un cocon protecteur, repoussant Edo-Natsu. Sa magie s'écoula dans son sillage en laissant des plaques de verglas, le feu le boostait en le propulsant en avant.
Edo-Natsu tenta le tout pour le tout. Il rechargea son flingue magique d'un mouvement machinal dénotant une longue habitude, puis il visa le dos du mage de glace.
Les balles éclatèrent pitoyablement en faibles flammes sur la chape de glace qui recouvrait le dos du mage.
Edo-Natsu fronça les sourcils. À quel point Grey était-il intouchable ?
Au même instant, Grey aurait été incapable de répondre à cette question. Il avait bien senti l'impact des balles... Mais elles ne l'avaient simplement pas atteint. Il ne pouvait attribuer cette bizarrerie qu'à une seule cause : sans même utiliser la magie démoniaque, il était actuellement au summum de ses capacités. Et la cause de ce miracle, c'était la pure euphorie qui l'emportait corps et âme.
Il avait trouvé une partie de la réponse à l'énigme de son labyrinthe mental : il fonctionnait au maximum de son potentiel quand la joie oblitérait le doute et faisait passer le désespoir pour un simple oncle grincheux qu'on oublie aisément. Il savait que ce serait un état difficile à conjurer, une expérience de vie rare. Mais ça fonctionnait.
Et ça fonctionnait si bien qu'il franchit la ligne d'arrivée en premier dans un déluge de magie.
Edo-Natsu arriva un dixième de seconde après lui. Les deux mages freinèrent brutalement, pressés de reprendre leur souffle.
Personne ne les avait suivis.
Ils échangèrent un regard.
Edo-Natsu n'était pas du genre à se vexer d'une défaite. Surtout pas face à quelqu'un comme Grey, et encore plus quand le mage de glace en question souriait de cette façon. Son bonheur était juste trop contagieux pour lui en tenir rigueur.
Ils descendirent de leurs motos, les jambes un peu tremblantes et des vertiges plein la tête tandis qu'ils reprenaient pied dans le monde réel.
Grey plongea ses yeux gris sombre dans les yeux bruns d'Edo-Natsu, encore humides d'émotion et d'adrénaline, et il fut incapable de résister. Il le serra contre lui en riant et lui donna une claque amicale dans le dos.
« Merci, murmura-t-il, les lèvres collées à son oreille. C'était juste fantastique. »
Edo-Natsu sourit, le menton posé sur son épaule.
« J'ai adoré aussi. »
Et avant qu'il n'ait pu s'en empêcher :
« Je t'aime, Grey.
— Je sais, murmura le mage de glace. Je t'aime aussi. Mais ne le dis pas à ton alter-ego. Et j'en ferais de même avec le mien.
— Marché conclu », rigola Edo-Natsu en le lâchant.
« Eh bien, c'était... inattendu », remarqua Chapati Lola, le commentateur officiel, en essuyant son front couvert de sueur. « Les concurrents semblent s'entendre parfaitement. »
Natsu aurait bien eu envie de lui envoyer une énorme boule de feu pour lui faire ravaler ses remarques idiotes, mais Erza se tenait à moins de cinquante centimètres de lui. Et puis, même s'il n'appréciait guère de voir Grey toucher son alter-ego d'aussi près, il était juste trop heureux pour taper une crise de nerfs. Cela dit, il ne comptait pas attendre pour féliciter son mage de glace préféré.
Le circuit formait une boucle autour du stade et il ne faisait aucun doute qu'avant de vouloir se faire rafistoler, Grey aurait envie d'une douche froide.
Sting sourit en voyant Grey franchir en premier la ligne d'arrivée. Il était content pour lui, et en plus, ça ferait aussi sûrement plaisir à Rogue. Il ne savait pas trop quels liens le dragon de l'ombre avait tissés avec le mage de glace, mais apparemment, tous les deux étaient plutôt en phase. Aux yeux de Sting, ce n'était pas vraiment étonnant. Il ne connaissait pas encore très bien Grey, mais en revanche, il connaissait par cœur son partenaire. Et les deux mages avaient en commun une certaine réserve qui était à la fois due à de la timidité et de la pudeur émotionnelle, mais aussi quelque chose que les gens prenaient aisément pour de le froideur, et qui n'était qu'en réalité le reflet de leur refus de réagir et d'interagir avec autrui sans bonne raison. L'un comme l'autre n'étaient pas à proprement asociaux : ils étaient toujours ouverts à la discussion si on les abordait, mais par contre, ils avaient tendance à éviter le contact d'autrui, non par mépris, mais parce qu'ils avaient simplement du mal à s'entendre penser et à garder un indispensable sentiment de maîtrise quand trop de gens et trop de bruit les parasitaient.
Bien sûr, ce n'étaient que pures spéculations, mais c'étaient les hypothèses que lui dictaient son instinct, et Sting avait appris à s'appuyer sur son intuition.
Aussitôt, une petite voix mentale agaçante l'interrompit dans sa réflexion.
Ton instinct, hein ? S'il est si affûté que ça, pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à appréhender ce qui se passe avec Rogue ? Pourquoi tu as peur de lui parler ? Et pire, de te retrouver seul avec lui ?
Sting crispa les poings. Il fallait que ça cesse. D'une manière ou d'une autre. Les Jeux étaient loin d'être terminés et il voulait la victoire pour Sabertooth. Il s'était promis de remporter cette victoire. Bon sang, il y avait certains moments dans sa vie, où juste... il se détestait.
« Sting ? Je peux te parler ? »
La voix cristalline de Yukino le tira brutalement de ses pensées. Il cligna des yeux et bafouilla :
« Euh... oui, évidemment, Yuki... »
La constellationniste l'invita à l'accompagner dans le couloir sombre derrière le tribune, et il la suivit pratiquement comme un zombie.
Ils s'enfoncèrent dans le calme et les ténèbres relatifs, puis Yukino l'invita à s'asseoir sur un banc à mi-chemin entre les tribunes et les escaliers qui rejoignaient la sortie de l'arène.
Il tourna la tête vers elle, un peu inquiet. Et ne fut pas rassuré par son air confus.
La constellationniste rejeta nerveusement une mèche de cheveux blancs derrière son oreille, puis se mordit la lèvre.
« Écoute, Sting, je me sens juste obligée de te dire quelque chose. »
Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit pendant de trop longues secondes.
« Q-quoi ? » parvint-il finalement à articuler.
Yukino modifia légèrement sa position sur le banc, et enfin, se décida à relever la tête pour le regarder dans les yeux.
« Tout le monde a remarqué que tu te comportais bizarrement, ces deniers temps.
— Comment ça, bizarrement ? » répliqua-t-il aussitôt, déjà prêt à se mettre en colère.
Elle leva une main en signe d'apaisement.
« Je veux dire que tu sembles troublé. Et... J'ai parlé à Orga et Rufus hier, et... »
Sting blêmit. De quoi pouvait-elle bien avoir parlé avec eux ?!
« Eux et moi ne sommes pas les seuls à le penser, reprit Yukino. Ce n'est pas... comment te dire... Personne n'essaie de se mêler de tes affaires. C'est juste que...
— Que QUOI ?! »
Sting avait pensé avoir fait du bon boulot pour se retenir de hurler, mais vu la tête que faisait Yukino, il avait lamentablement échoué.
« Excuse-moi, marmonna-t-il. Je suis juste... Un peu confus. Essaie de me dire directement ce que tu as sur le cœur. J'ai l'impression que tu es sur le point de m'annoncer que vous avez décidé que j'étais pas à la hauteur de mon rôle de maître de guilde... Yukino, on se connaît bien. Tu peux me le dire. Si vous pensez que je fais pas l'affaire, j'ai... J'ai juste besoin de le savoir. »
Elle le fixa avec de grands yeux choqués.
« Non... Sting, non ! Ça n'a rien à voir avec ça ! »
Il s'en sentit d'autant plus décontenancé.
« Mais alors... quoi, au nom des Dragons ?! »
Yukino soupira et regarda ses mains.
« Sting, tu es un super maître de guilde. À l'époque de Jienma, dans les meilleurs jours, on s'ennuyait. La plupart des autres, on avait peur. Tu... tu l'as tué. Ça nous a tous choqués. Mais... qu'on le veuille ou non, c'est... un soulagement. Sting. Tu es... C'est toi qui portes l'avenir de notre guilde, et tout le monde a confiance en toi. »
Il frissonna.
« Je... Yuki... Je sais pas quoi dire. »
Le voyant aussi bouleversé, elle ne put s'empêcher de sourire. Elle posa une main sur son épaule et imprima une pression sur sa clavicule.
« Tout va bien, Sting. Je ne veux pas te parler d'un problème. Je me fais la porte-parole de la guilde sur un sujet qui est important pour toi. Un sujet sur lequel on tient tous à te dire qu'on te soutient. Personne n'a peur, personne n'est dégoûté, personne n'est en colère. C'est ok pour nous. »
Sting se déroba au contact des doigts de Yukino. Il commençait à voir où elle voulait en venir.
La constellationniste reprit une grande inspiration.
« La... » Elle s'interrompit, souffla de nouveau, puis reprit : « La moitié de la guilde pense que vous êtes déjà ensemble. Moi, je sais que ce n'est pas le cas. Mais ça n'a jamais posé problème, et ça ne posera pas de problème à l'avenir. Quoi que vous décidiez. Rien ne te retient, Sting. Désolée d'avoir mis autant de temps à le formuler, mais c'est ça que je voulais te dire, au nom de toute la guilde. »
Il ne dit rien. Il n'entendait plus rien que les battements violents de son cœur dans ses oreilles bourdonnantes. Est-ce que Yukino venait bien de lui dire ce qu'il croyait ? Depuis quand c'était devenu une affaire publique ?
« Comment... murmura-t-il faiblement. Pourquoi... ? »
Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées.
« Yukino, reprit-il d'un ton un peu plus assuré, je ne suis pas sûr de savoir de quoi tu me parles exactement. Et si c'est bien ce à quoi je pense... 'Porte-parole' de la guilde ?! C'est... c'est privé, merde ! »
La constellationniste se recroquevilla sur le banc.
« Je sais, je sais ! J'essaie de respecter ton intimité. Je veux juste te dire que peu importe ce que tu vis, peu importe ce dont tu as envie, s'il y a un obstacle, cet obstacle n'est pas Sabertooth. Nous ne nous mettrons jamais en travers de ton chemin. »
Sting frémit et soudain, un nœud se forma dans sa gorge.
« Je... Je ne sais pas quoi dire », répéta-t-il pour la deuxième fois.
Yukino lui sourit.
« Je ne suis pas venue pour que tu me dises quelque chose. C'était moi qui avais quelque chose à dire. Essaie de t'en souvenir, Sting. Ceux qui restent chez Sabertooth le font pour toi. Ceux qui avaient des doutes sont partis avec Jienma. Tout le monde t'aime beaucoup. »
Elle se mordit la lèvre de nouveau, et ajouta à voix basse : « Et Rogue aussi. »
Avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter quelque chose, Yukino avait pris la fuite. Elle avait déjà pris énormément sur elle pour lui parler. Pour se faire le porte-parole de la guilde. Merde !
« Yukino ! » cria-t-il tandis qu'elle s'éloignait dans le couloir.
Elle se figea. Il en profita pour se rapprocher à grand pas. Une fois devant elle, il hésita. Ne sachant trop comment exprimer autrement ce qu'il éprouvait, il la prit dans ses bras et la serra contre lui.
« Merci », chuchota-t-il dans le creux de son oreille.
La constellationniste sourit et lui pressa l'épaule.
« Pas de problème, Sting. Je serai toujours là pour toi.
— Avant que tu partes... Rogue, ce matin... Comment il allait ? »
La jeune femme se décala en arrière, une main posée sur chacune de ses épaules.
« Ça allait. Enfin... »
Elle détourna le regard et sourit.
« Tu le connais. C'était la poker face du lendemain de gueule de bois. »
Sting rigola en entendant ça.
« Je vois, dit-il. Mais, il... Il ne t'a rien dit de spécial ?
— Non. Mais je crois que tu devrais aller le voir.
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » demanda-t-il, étonné.
De nouveau, Yukino baissa les yeux.
« Lui aussi, il se comporte bizarrement. Je ne suis pas sûre qu'il aille bien. Il est... Un peu trop émotif par rapport à la normale. Et, Sting, puisque tu veux que je dise les choses directement, je pense que c'est à cause de toi. Réglez ça. »
Sur ce, elle tourna les talons et il resta comme un con dans le couloir en clair-obscur, le cœur battant et toutes les armées de l'angoisse trépignant à l'intérieur de son crâne et de sa cage thoracique.
Vu que j'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre, non pas parce que celui-ci était difficile en soi mais juste parce que parfois cette histoire me dépasse, j'avais envie de vous livrer le truc tout frais. Le point positif ? Ça a réactivé ma créativité pour la suite. Disons que y avait pas mal d'éléments d'intrigue dont je connaissais la direction, mais, je n'arrivais pas trop à écrire la transition. Parce que cette fichue fanfiction dépasse toutes mes prévisions en terme de longueur physique mais aussi d'investissement temporel. Rassurez-vous, je ne regrette rien. De mon point de vue, c'est juste un peu surprenant et troublant d'en arriver là :)
