─ C'est comment, les soirées du professeur Slughorn ?

Lily poussa doucement Alexia dans le trou aménagé dans le mur avant de la suivre hors de la tour des Gryffondor. Tôt dans la semaine, le professeur Dumbledore avait annoncé que les cours du mardi ne seraient pas maintenus, en raison de la présence d'une équipe du ministère de la Magie venue réparer les dégâts causés par le séisme dans les sous-sols.

Le lendemain même, les invitations de la première soirée organisée par Slughorn était parvenue à tous les nouveaux, ainsi qu'à certains anciens dont il ne se lassait toujours pas. L'appréhension d'Alexia ne la surprenait pas, cependant : en attendant le vendredi soir, plusieurs étudiants amers de ne pas avoir leur invitation s'étaient fait un plaisir de répandre toutes sortes de rumeurs et de potins inquiétants sur les conséquences des soirées de Slughorn.

─ C'est très intéressant, la rassura Lily. Slughorn invite plusieurs personnes extérieures à Poudlard qui sont souvent au cœur de l'actualité ou très influentes. L'année dernière, une Poufsouffle a obtenu une promesse d'emploi de la part du directeur du Bureau de liaison des gobelins et, quand j'ai été passée mon permis de transplanage, j'ai pu constater qu'elle avait effectivement été embauchée. C'est une occasion en or pour tenter de s'offrir un avenir professionnel.

─ Kimberley Liarset prétend qu'un ancien Poursuiveur a été agressé à la sortie d'une soirée, dit Alexia en fronçant légèrement les sourcils. Et Rebecca m'a racontée que Moira avait failli se retrouver toute nue…

─ N'écoute pas trop Rebecca, Choupinette, l'interrompit Lily. Je reconnais que certains invités qui ont un ennemi sont parfois victimes d'un mauvais coup, mais tu n'as jamais causé de tort à personne, si ?

─ Non, assura vigoureusement Alexia.

─ Donc, tu n'as rien à craindre, conclut Lily avec un sourire. De toute façon, on rentera toutes les deux à la tour Gryffondor, et Harry nous accompagnera sûrement sur le chemin du retour.

─ Il n'avait pas l'air très heureux d'être invité, commenta Alexia.

Mais Lily ne doutait pas une seule seconde que Harry profiterait de la soirée pour s'éloigner du dernier membre des Maraudeurs. Malgré son occlumancie souvent dressée, le nouveau Gryffondor paraissait difficilement supporter la présence de Pettigrow, même s'il s'efforçait de ne rien en montrait. Il fallait avouer que « Queudver », comme les Maraudeurs le surnommaient, était devenu encore plus invivable que l'année dernière.

Que s'était-il passé ? Lily n'en avait aucune idée, mais le dernier Maraudeur semblait s'être offert une nouvelle confiance. Moins pleurnichard, elle l'avait surpris à afficher quelques petits airs hautains qui ne lui étaient guère coutumiers. Il réussissait même à s'éloigner de ses amis plus d'une heure… Lily se livra une bataille féroce pour ne pas éclater de rire lorsqu'elle envisagea de demander son opinion à la Pitchoun sur le brutal changement de personnalité de Pettigrow.

Elles arrivèrent, de toute manière, devant le plus grand cachot des sous-sols. Frappant contre la porte en adressant un sourire rassurant à Alexia, Lily entendit la voix du maître des potions s'exclamer et le panneau pivota un instant plus tard sur le large professeur à la moustache de morse. Dès qu'il identifia les nouvelles arrivantes, un grand sourire illumina son visage.

─ Celles que j'attendais ! s'exclama-t-il. Entrez, entrez !

Apparemment, elles étaient les dernières invitées à se présenter à la soirée, car Lily repéra rapidement les nouveaux, les jeunes femmes de Serpentard, ainsi que les autres anciens régulièrement conviés aux petites réunions organisées par le maître des potions.

Le professeur Slughorn les entraîna aussitôt vers Harry, qui écoutait avec un intérêt poli un très vieux sorcier lui faire partager quelques aventures qu'il avait lui-même connues du temps de sa scolarité :

─ Ah, c'était un véritable tyran ! s'écria le vieillard d'un ton animé. Il suffisait qu'on le croise sans lui faire une courbette pour qu'il vous considère comme son prochain souffre-douleur !

─ Allons, allons, Hector ! lança Slughorn avec jovialité. Il est grand temps que tu fasses ton deuil, cela faisait plus de trente ans que Gregory est mort.

─ Son âme était assez noire pour avoir réussi à se raccrocher au monde des vivants, répliqua le vieux sorcier d'un ton abrupt.

─ Sottises ! s'esclaffa Slughorn. Laisse-moi plutôt te présenter Lily Evans et Alexia Lake, deux de nos étudiantes les plus compétentes dans toutes les matières. Mesdemoiselles, voici Hector Mann, l'un de mes anciens camarades de classe et directeur du Service des Sortilèges Expérimentaux.

─ Ah ! dit Mann. J'essayais justement de convaincre ce jeune homme de nous rejoindre, car nous ne sommes guère plus nombreux. Ca vous tente ?

─ Heu… non, répondit Lily sur un ton d'excuses.

─ C'est une erreur, soupira le vieil homme.

Slughorn tapota l'épaule de son ancien camarade d'un air compatissant puis entraîna les deux jeunes femmes et Harry vers un sorcier plus jeune, étrangement difforme, avec une toute petite tête ronde sur ses larges épaules.

─ Vous connaissez peut-être Patrice Green ? dit Slughorn. Il a rédigé la nécromancie de ce pauvre Ian McGead… mais il est surtout connu pour ses recherches très prometteuses au sein de Ste Mangouste, n'est-ce pas ?

─ Bof, marmonna Green en haussant les épaules.

─ Désolée pour votre ami, intervint Lily.

─ Mon ami ? répéta Green d'un ton grincheux. J'ai jamais pu encadrer McGead depuis notre scolarité et ça ne s'est pas arrangé quand il a commencé à gravir les échelons. Ce sac à fientes était plus pourri qu'une pomme abandonnée un mois dans une cave ! Mais fallait quelqu'un écrive quelque chose de gentil sur ce lourdaud…

─ Et votre récit était remarquablement écrit, Patrice, le félicita Slughorn.

─ Pas si remarquable que ça, ricana Green d'un air malveillant. La Gazette s'est permis d'effacer tous les passages ridicules, comme la fois où McGead s'est retrouvé la tête dans une cuvette des toilettes du troisième étage… Ils ont même supprimé le moment où je racontais comment il s'était fait surprendre dans la bibliothèque, au beau milieu de la nuit, avec un bouquin sur les pirates…

Du coin de l'œil, Lily perçut un mouvement de Harry. Lorsqu'elle tourna la tête vers lui, il observait le sorcier avec plus d'intérêt qu'auparavant, comme si quelque chose avait réveillé sa curiosité. Il ne dit rien, cependant, mais resta perdu dans ses pensées pendant un moment, tandis que Slughorn continuait à présenter toutes sortes de personnes.

─ Et pour conclure, voici Hermione Granger.

Harry releva si brutalement la tête que Lily se demanda s'il ne s'était pas mordu la langue. Balayant la foule d'un regard étrange, il pâlit légèrement lorsqu'il s'arrêta sur une jolie jeune femme à la chevelure brune et touffue.

─ Hermione descend directement du célébrissime Hector Dagworth-Granger qui, vous le savez peut-être, est le fondateur de la Très Extraordinaire Société des potionnistes ! poursuivit Slughorn. Elle a eu la gentillesse d'accepter mon invitation ! Hermione, je vous présente Lily Evans, un prodige dans ma matière, ainsi qu'Alexia Lake, non moins impressionnante, et Harry Potter, qui semble doté d'une très étonnante faculté à adopter et mélanger différents styles de préparation !

La jeune femme lança un regard calculateur, presque moqueur, à Harry, mais elle salua malgré tout les trois Gryffondor avec bonne humeur, attardant un regard intéressé sur Alexia. A l'évidence, Hermione Granger avait senti toute la singularité de la personne de la Choupinette, nullement dissimulée.

Slughorn se retourna brusquement, comme si quelqu'un l'avait interpellé, mais ses yeux globuleux se posèrent sur la porte d'un air un peu surpris.

─ Par Merlin ! s'exclama-t-il soudainement. J'avais complètement oublié Logan !

Et il s'éloigna précipitamment pour accueillir le Serpentard qui, en effet, se tenait derrière la porte. Les trois Gryffondor restèrent silencieux mais, à en juger par le regard qu'Hermione Granger lança à Lily et à Alexia, elle désirait sincèrement rester seule avec Harry.

Partagée entre un certain amusement et une perplexité grandissante, Lily entraîna Alexia vers la table croulant sous les bouteilles, les gâteaux et les bonbons. Elle en était certaine, Hermione Granger avait quelque chose de bien particulier à dire à Harry. Quelque chose qui, contrairement à ce qu'elle avait cru au début, ne devait pas aboutir à la naissance d'une relation sentimentale.

─ Pourquoi Harry n'est pas venu avec nous ? demanda Alexia.

─ Apparemment, Hermione Granger voulait lui parler.

─ Elle ne s'appelle pas Hermione Granger, s'étonna Alexia.

Lily lança un regard curieux au petit bout de femme, qui tourna le dos à la foule pour faire apparaître dans ses mains un gobelet rempli de l'éternel boisson mauve qu'elle savourait chaque soir avant de se coucher.

Lily n'était pas vraiment étonnée par l'affirmation d'Alexia. Le petit bout de femme paraissait sentir des choses qui échappaient totalement au commun des mortels, mais elle n'avait pas le réflexe de dire tout ce qu'elle savait. Le mercredi matin, par exemple, elle s'était arrêtée devant un mur nu pour faire apparaître une porte en posant simplement son index sur une pierre. Ca, Alexia Lake était une jeune femme pleine de surprises !

─ Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Lily en baissant la voix.

Une telle précaution était inutile : les groupes parlaient plus fort les uns que les autres et, même Alexia en s'exclamant, personne n'avait entendu son imprévisible révélation sur l'imposture de la sorcière qui s'entretenait en ce moment même avec Harry.

─ C'est une drôle de créature qui peut prendre n'importe quelle apparence, expliqua Alexia d'une voix impressionnée. Je l'ai sentit quand elle m'a serrée la main. Moi, je crois que Harry nous cache quelque chose, parce qu'il sait parfaitement que cette créature n'est pas Hermione Granger. Son occlumancie est satisfaisante, mais il lui reste encore quelques progrès à faire…

Alexia ne finirait jamais d'impressionner Lily. Du moins, c'était la sensation de la préfète-en-chef, qui remarqua alors le regard insistant de Samantha Darkmind. Visiblement, la Serpentard ne tenait pas à s'approcher du petit bout de femme tant que Lily serait en sa compagnie, mais la préfète-en-chef n'en ressentit aucune émotion particulière.

─ Tu devrais peut-être rejoindre Samantha, Choupinette, suggéra-t-elle. Si Moira débarque, elle va te faire boire autant d'alcool que possible pour te déshabiller…

C'était un mensonge… enfin, en partie. La Pitchoun n'avait pas besoin de faire ingurgiter une quantité d'alcool quelconque pour tenter de déshabiller quelqu'un, mais Alexia accueillit l'idée de Lily avec un réel enthousiasme. Se frayant un chemin jusqu'aux jeunes femmes de Serpentard, elle sauta au cou de la belle brune et s'assit joyeusement sur ses genoux en lui présentant son gobelet à moitié vide.

Avec un sourire, Lily détourna les yeux pour rechercher la Pitchoun. En général, Moira se chargeait de l'accueillir dès son entrée, mais elle était apparemment trop concentrée sur la discussion que tenaient deux Poufsouffle, dont Kimberley Liarset. Accroupie derrière le bureau de Slughorn pour espionner la conversation, elle afficha une moue contrariée lorsque les deux jeunes femmes s'éloignèrent, mais son sourire réapparut sur ses lèvres dès qu'elle remarqua – enfin – la préfète-en-chef.

Traversant le cachot d'un pas joyeux, elle bondit au cou de Lily comme Alexia l'avait fait une minute auparavant avec Samantha Darkmind.

─ On joue les espionnes ? dit Lily.

─ C'est elles qui sont venues parler près de moi, prétendit Moira d'un air innocent très convaincant.

─ Et tu as entendu quelque chose d'intéressant ?

─ Bof, répondit la Pitchoun d'un air déçu. Elles sont parties au moment où ça devenait intéressant. Il paraît que Melania Grown a fait des cochoncetés avec Sean Simons et que Liarset a tout vu, mais un pauvre trouduc les a interpellées au même moment et je n'ai pas entendu la suite.

Lily hocha simplement la tête. Indéniablement, le Choixpeau magique ne s'était pas trompé : Melania Grown était une parfaite Poufsouffle. Ou, tout au moins, elle était la camarade idéale certains jeunes hommes de sa maison, comme Brown et Simons.

─ Tu sais que j'ai réussi à faire parler Logan Mirves ? s'enquit la Pitchoun.

─ Tu me l'as dit au moins cinq fois par jour depuis cet exploit, répondit Lily en souriant.

─ Ah, dit Moira d'un air surpris.

Elle se remit vite, affichant brusquement un sourire malicieux que Lily ne connaissait que trop bien : la dernière fois qu'elle avait vu ce sourire, c'était cet été, chez les McDowell, quelques minutes avant que la Pitchoun ne pénètre dans sa chambre comme une voleuse pour essayer de se rincer l'œil. Hélas pour elle, Lily ne dormait pas et avait fait capoter le plan « machiavélique » de la Serpentard.

─ Qu'est-ce que tu as derrière la tête ? dit Lily, soupçonneuse.

─ Rien, mentit la Pitchoun d'un ton joyeux. Sauf que tu as trahi ta promesse !

Lily réprima un éclat de rire. Elle s'était longtemps demandée quand Moira s'apercevrait qu'au moins une personne avait vu son ventre avant elle. A savoir Tim, que la Pitchoun semblait considérée comme son principal rival.

─ J'avoue tout, admit Lily. Comment me faire pardonner ?

─ Je veux que tu me fasses un cadeau incroyable à mon anniversaire ! déclara la Pitchoun.

─ Ah ? s'étonna Lily. Tu ne veux pas voir mes seins tout de suite ?

─ Non, y a trop de monde, dit Moira d'un ton vif. Mais ils ont intérêt à compter dans mon cadeau, ou je boude jusqu'à ma mort !

Lily sourit en contemplant la joyeuse jeune femme.

─ Comment pourrais-je survivre sans toi ? dit-elle en déposant un baiser sur la joue de Moira. Pour la peine, tu auras aussi un cadeau incroyable à Noël ! Et si Tim voit quelque chose que tu n'as pas encore vu, je le menacerai de bouder jusqu'à ma mort s'il ne te montre pas son zizi.

La Pitchoun rayonna comme jamais.