Bonjour tout le monde ! Merci à tous pour vos commentaires, votre fidélité ! Je suis toujours touchée de recevoir vos impressions et j'espère que vous apprécierez ce chapitre autant que les précédents. Je vous souhaite à tous une très bonne lecture !


Scène 8

Infirmerie, Poudlard, 18 Novembre 1977

— Miss McFlyer, vous n'avez donc pas eu assez de l'infirmerie la semaine dernière ?, soupira Pomfresh.

— En fait, je viens voir Remus Lupin…, demanda-t-elle timidement. Il est malade depuis avant-hier et je voulais m'assurer…

— Oui, oui, la coupa rapidement l'infirmière. Cinq minutes.

Et sans plus mot dire, elle la dépassa et accueillit avec aussi peu de chaleurs les nouveaux arrivants. Amy ne se fit pas prier et se dirigea aussitôt vers le seul rideau levé. Remus était allongé sur un lit juste derrière. Il se releva en la découvrant, l'air terriblement affaibli. Les yeux violacés, il semblait souffrir à chaque mouvement, aussi Amy s'empressa-t-elle de s'approcher pour l'empêcher de trop bouger.

— Amy !, s'exclama-t-il d'une voix pourtant faible. Que fais-tu ici ?

— Comme cela fait trois jours que je ne te vois plus, je me suis inquiétée, dit-elle. James m'a dit que tu ne te sentais pas très bien ces derniers temps…

— Oui mais ça va déjà mieux, répondit-il rapidement. Encore une bonne nuit de sommeil et je serais sur pied.

Amy ne sut quoi faire d'autre que sourire légèrement. Elle sentait qu'il ne disait pas tout mais hésitait à l'interroger plus. La curiosité l'emporta.

— J'avais remarqué que tu n'étais pas très bien, lâcha-t-elle. Quand tu es venu me voir à l'infirmerie, je t'ai senti tendu… Différent…

— Vraiment ? (Amy remarqua le manque de conviction dans sa voix mais ne dit rien.) Tu dois avoir raison. Je me sentais déjà pas très en forme. Je suis désolé de t'avoir inquiété.

— Ne t'excuse pas ! C'est fait pour ça, les amis.

— Les amis, hein…

Il l'avait prononcé dans un murmure, sans doute involontaire, mais Amy entendit tout et resta muette. Elle se sentit curieusement nerveuse, ne pouvant pas oublier l'ambigüité de l'instant qu'ils avaient partagé vendredi dernier, dans l'infirmerie, après le départ quelque peu précipité des autres Maraudeurs.— Amy espéra se faire des idées. Elle ressentait de la culpabilité à chaque qu'elle y repensait et l'idée que Remus put espérer encore d'elle des sentiments réciproques lui faisait mal, en quelque sorte. Blesser ce précieux ami était la dernière chose qu'elle voulait faire. Mais avait-elle le choix ?

Tout était de sa faute, elle le savait bien. Si elle n'avait pas été si faible et lâche si elle ne s'était pas accrochée aux premiers bras tendus vers elle si elle n'avait pas désespérément cherché à ne plus être seule… Elle n'aurait pas de remords et aucun cœur ne serait blessé. Mais elle avait été faible et lâche et voilà le résultat. Pitoyable et triste résultat.

Remus se laissa retomber, sans doute accablé par la fatigue. Elle sentit qu'elle le perdait et décida d'écourter cette fatigante visite. Elle aura été bien inutile… Dans un sursaut de conscience, ou peut-être justement parce qu'il était à demi-conscient, Remus lui attrapa le bras et murmura plus qu'il ne le dit : « Non, reste ». Sa voix s'était tue et Amy n'avait plus bougé. Qu'aurait-elle dû faire ? Que devrait-elle faire ? Elle se sentit partagée. Son devoir d'amie lui ordonnait de rester et de veiller sur Remus. Mais la peur que cette ambigüité ne ressurgisse et l'oblige une fois de plus à se réfracter la rendait nerveuse.

Il avait l'air si faible, cependant, qu'elle ne parvint à se convaincre de partir. Elle tira une chaise et s'y installa. Remus maintenait difficilement ses yeux ouverts et elle aurait souhaité qu'il ne lutte plus. Elle tenta de le convaincre de s'endormir mais il décréta avoir suffisamment dormi ces dernières vingt-quatre heures.

— Remus, dit-elle, hésitante. Est-ce que tu es malade ?

— Plus maintenant, répondit-il. Ça va déjà mieux.

— Oui mais, je veux dire, j'ai bien remarqué que tu t'absentais souvent. James explique toujours que tu ne te sens pas bien à ces moments-là… Tu n'es pas obligé de répondre, bien sûr, je comprendrai… Mais… ?

— C'est parce que je suis un…

Amy se pencha pour entendre la suite mais la voix de Remus s'étouffa et il sombra définitivement dans le sommeil, laissant Amy là avec sa curiosité éveillée. Je suis un… quoi ?, se répéta-t-elle, perplexe.

oOo

Stade, Poudlard, 18 Novembre 1977

Oliver lâcha le manche de son balai et s'étira dans tous les sens. On aurait dit un chat perché sur son arbre, parfaitement à l'aise avec la hauteur qui le séparait du sol. Mais contrairement au félin, le Gryffondor ne retomberait sûrement pas sur ses pieds s'il tombait. Pourtant, pas un instant il flancha, dérapa ou même hésita. Il se décontractait les muscles avec une agilité impressionnante.

— Tu n'es pas fou ?, lui lança James. Tu risques de tomber !

— Hors de question, répondit-il en secouant la tête, comme s'il avait s'agi d'une évidence. Si je me posais la question, c'est sûr, je serais déjà mort.

James éclata de rire.

— Là, tu vois, lui fit Oliver en souriant. Tu as lâché ton balai et tu t'en portes bien, non ?

Le Maraudeur s'en rendit compte et reposa une main sur son manche. Il ne le tenait pas fermement, c'était à peine s'il refermait ses doigts autour, mais il ressentait encore le besoin d'avoir un contact permanent avec, pour se rassurer. Il n'avait pas le vertige mais était toutefois conscient du vide qui était en-dessous de lui il n'était pas le seul, tous les autres également gardaient un contact permanent avec le balai. Ils attrapaient le souaffle à deux mains mais rattrapaient aussitôt leur manche et se redressait.

Oliver jouait différemment. Il avait un style qui lui était propre, clairement dû à ses entraînements intensifs tous les étés depuis bien avant Poudlard. Il était quasiment né dans les airs, selon ses propres dires. Ça se voyait quand il volait autour du stade. Il faisait partie du décor, mais d'un décor duquel il était difficile de détacher son regard. Sa popularité récente s'expliquait par l'attractivité que son talent lui apportait. Jusque-là, c'était à peine si les autres le connaissaient. A présent, il était happé dans les couloirs, certaines lui couraient après, d'autres, garçons compris, cherchaient à gagner sa sympathie.

James était un peu jaloux. Sa popularité lui était due certes pour sa participation dans l'équipe, mais elle existait déjà avant. Parce qu'il était un des Maraudeurs. Parce qu'on lui trouvait un joli minois ou même un certain charme. Parce qu'il était drôle et que ses blagues faisaient rires. Mais Oliver, lui, avait gagné le respect par son talent, n'était-ce pas là le summum du mérite ?

Et si ce n'était que ça ! A force de le côtoyer, James se rendait compte à quel point le Gryffondor était quelqu'un d'intelligent et de drôle. Surtout il avait une façon d'être intelligemment drôle. Certes, ses paroles pouvaient être dures et blessantes mais finalement toujours de bon sens et dites dans le but d'amélioration, d'aide, de partage. Oliver n'était pas quelqu'un d'asocial il aimait juste la sincérité de la vie et se moquait bien d'attirer les convoitises. Ceux qui lui tournaient autour pour sa popularité ne l'intéressaient pas. Il ne regardait que les plus méritants, ceux qu'il jugeait vraiment intéressant, Amy et Jane en tête de liste.

James pensait faire partie à présent de son cercle privé. Il suffisait de voir la façon dont Oliver le traitait. Il ne le montrait pas de façon directe, plutôt avec une subtilité tacite mais bien sensible. Quand on l'observait bien dans ses interactions avec les autres, on pouvait le sentir aisément.

Par bien des aspects, Oliver méritait qu'on le respecte. Mais son caractère taciturne, sa façon de distinguer qui étaient ses amis et qui ne l'étaient pas, son mépris même qu'il montrait envers ceux qu'il jugeait de peu d'intérêt, et bien d'autres faits le rendait inabordable pour les autres. Il émanait de lui une certaine aura qui n'incitait pas à l'approcher.

— Est-ce que quelqu'un, ici, a vraiment compris qui on affrontait samedi ?, demanda Opale, nerveuse.

Opale était la nouvelle attrapeuse de l'équipe et jouerait son premier match ce week-end-là. Manque de chance, leur match contre Serpentard étant été annulé, ce serait une confrontation avec l'équipe de Serdaigle. Or, cette dernière était redoutable en Quidditch, ayant raflé pratiquement toutes les Coupes de Quidditch depuis au moins six ans. Du point de vue stratégie, elle surpassait toutes les autres équipes et l'équilibre de sa composition rendait encore plus difficile la victoire. Pourtant, Gryffondor avait ses chances. James le savait.

— Elle a raison, déclara Oliver. As-tu réfléchi à une tactique pour samedi ?

A cet instant, tous les joueurs se tournèrent vers James qui hésita. Alors s'envola tout son flegme légendaire et il se mit à stresser. Ce n'était pourtant pas parce qu'il n'y aurait pas réfléchi ou ne s'y était pas préparé. Il avait passé deux nuits blanches à essayer de concevoir quelque chose qui briserait les défenses des Serdaigles tout en protégeant leur but. Pourtant il se souvint des années précédentes où tout cela lui semblait si évident et où il ne comprenait pas pourquoi Thierry était aussi à cran. La vérité était qu'être capitaine impliquait bien plus de choses qu'il ne l'aurait pensé tout d'abord. Non pas qu'il n'était pas content d'avoir été sélectionné – au contraire, quel honneur ! – mais plutôt parce qu'il ne savait pas comment il devait s'y prendre et ça le démangeait.

Il sentit la température monter en lui en même temps qu'une vague de panique qu'il tâcha de garder discrète. Il vit pourtant dans le regard des autres cette lourde insistance qui lui demandait de dire quelque chose et de les guider. De faire son travail de capitaine. Il ne voulait pas les décevoir et avouer que malgré tous ses efforts il n'avait pas de plan. Mais plus il restait silencieux et plus cela devenait difficile. Des gouttes de sueur perlèrent le long de son dos et il frissonna. Il n'était pas timide mais, bon sang, tous ses regards, cette attention, braqués sur lui…

— James ?, le rappela d'ailleurs Jessie en secouant la tête.

— On t'a perdu, James ?, enchaîna Marc.

— Hé, laissez-lui un peu de temps, réagit Sirius. Soyez cool, les gars !

— On aurait été cool si ça n'avait pas été Serdaigle !, contra Marc.

— Quoi ? Parce que contre Serpentard, tu n'aurais pas été si stressé de la vie ?, railla Sirius.

— Ne commencez pas, soupira Jessie. Je ne veux pas te presser, James, mais bon. Marc a un peu raison. Serdaigle a toujours été la plus forte jusque-là. Ils ont une équipe solide, une stratégie bien menée… Il nous faut quelque chose.

— Oui, dit James d'un ton hésitant. Oui, tu as raison. Il faut une stratégie innovante… qui les surprendra…

— On t'écoute, affirma Jessie d'un ton pressant.

— Seulement, je n'ai pas encore trouvé laquelle, admit finalement James. Je l'avoue et je suis désolé… J'y ai réfléchi sans trouver ce qui serait le plus efficace contre eux.

— Pas besoin de chercher forcément loin, tu sais, déclara Opale. Parfois, l'idée la plus simpliste peut être celle qui nous sauvera la mise et nous fera remporter la victoire.

— Elle n'a pas tout à fait tord, acquiesça Jessie.

— Allez, courage cap'tain !, lança joyeusement Sirius.

Marc et Merry ne dirent rien mais on voyait bien ce qu'ils pensaient au fond. Ce fut accompagné d'un sentiment de défaite que James déclara la séance terminée et piqua vers le sol. Oliver le suivit, se posa et partit se changer. Ce fut à cet instant où il le dépassa pour rejoindre les vestiaires que James se rendit compte qu'il n'avait rien dit, pas émis la moindre parole. Pourtant, le Maraudeur était certain que, de tous, Oliver serait le plus à même pour le guider et lui proposer des stratégies qu'il avait apprises lors de ses stages d'été. Et il s'était tu.

James s'interrogea. S'était-il trompé ? Oliver le considérait-il vraiment comme son ami ?

— Hé, t'en fais pas, va, lui lança Sirius en lui tapant l'épaule. Tu finiras bien par trouver quelque chose pour samedi !

— Hm, fut la seule réponse que James lui donna en retour.

Ils étaient à présent dans le vestiaire et James s'arrangea pour se changer près d'Oliver. Ce dernier lui sourit amicalement et retira ses protections. Mais il ne dit rien. Le Maraudeur s'éclaircit la gorge.

— Tu n'as rien à me dire ?

Oliver prit un temps pour considérer la question et haussa les épaules.

— Non, pourquoi ?

— Rien. Rien du tout.

James s'empressa d'enfiler son uniforme et s'éloigna, les dents serrés.

oOo

Salle commune, Tour de Gryffondor, Poudlard, 19 Novembre 1977

— Ouah, James ! Quelle tête, ce matin !, s'exclama Eleanor.

— Merci, grommela James.

Il se passa une main sur le visage et dans les cheveux en soupirant bruyamment. La nuit avait été horrible. Il avait passé tout son temps à réfléchir à une stratégie possible mais rien ne lui était venu. Quelques idées traînaient de-ci et là mais rien de très probant. Pourtant, les années précédentes, cela lui avait semblé naturel. Des idées lui étaient venues, parfois même au cours d'un match et il les avait appliquées avec succès. A présent qu'il était capitaine, c'était comme si une épaisse brume noire lui bloquait tout accès à son imagination. Et la peur de ne pas être à la hauteur lui tordait le ventre.

— Merlin, on dirait que tu vas vomir, remarqua Sirius en grimaçant.

— Sympa, railla James.

— Je suis sérieux, tu devrais aller à l'infirmerie.

— Ca ira, soupira-t-il. Allons manger, ça ira mieux après.

— Si tu le dis, Jimmy.

— Si tu m'appelles comme ça une fois de plus, c'est sûr, je te vomis dessus.

Sirius ricana et passa le tableau. James détestait ce surnom que son grand-père lui donnait parfois. Passant toute une partie de l'été chez son ami, Sirius avait fini par le savoir et depuis s'amusait à le titiller. Cela faisait grincer James à chaque fois et le rendait de mauvaise humeur pendant au moins quelques heures. Ajouté à cela le brouillard dans laquelle sa tête était depuis quelques jours, il n'était pas prêt à passer une bonne journée.

Elle s'améliora quand il vit Remus les rejoindre à table en bien meilleure forme. Toutefois, cela ne suffit pas à le rendre joyeux pour autant. Dans sa tête, samedi sonnait comme le glas. Cela s'empira quand Sirius évoqua le sujet à table. Il se mura dans le silence tandis que son ami vantait ses soi-disant mérites. Peter acquiesçait à chacune de ses paroles, comme il le faisait toujours. Remus écoutait attentivement avec un sourire poli. Un moment leurs regards se croisèrent et Remus l'interrogea en silence. Le Maraudeur faisait partie de ces personnes sensibles, capables de percevoir dans un regard la détresse de ses amis, et discrètes, assez en tout cas pour ne pas formuler sa question à voix haute. James lui offrit un rapide sourire et Remus hocha la tête et cligna des yeux.

Comme tous les langages nés d'amitié, seuls ceux à qui les messages étaient destinés pouvaient comprendre leur signification. Ils étaient tous différents, même dans un groupe d'amis aussi solide que celui des Maraudeurs. Sirius n'aurait pas pu saisir le sens de leur échange silencieux, si néanmoins il leur avait porté la moindre attention. Les messages codés se transmettaient souvent dans le secret le plus total. Les quelques fois où ils étaient surpris par un regard assez vif pour les capturer, ils demeuraient toutefois parfaitement indescriptible, si bien qu'on aurait pu les confondre avec d'autres messages, plus anodins ceux-là.

A onze heures, cette journée-là, James et Remus n'avaient plus besoin d'être silencieux. Le ciel leur en avait offert l'opportunité. Laissant Sirius et Peter disputer une partie interminable du Jeu Sans-Fin, les deux amis s'étaient installés sur un canapé suffisamment éloigné pour être certain de parler tranquillement. La Salle-Sur-Demande était formidable pour ceci : elle donnait exactement ce que les visiteurs voulaient. James avait désiré très fort d'une disposition qui leur permettrait justement de discuter en paix.

Ce qui était plus sympa encore, c'était qu'on y trouvait également des petits plus forts appréciables. Le verre de bièraubeurre en main, James remercia silencieusement la Salle-Sur-Demande. La seule chose qui lui manquait, néanmoins, c'était l'assurance de ne pas être dérangé par un autre visiteur. Comme ils l'avaient découvert en tout début d'année, il n'y avait pas d'exclusivité. Si quelqu'un cherchait à la trouver avec un besoin bien spécifique, elle lui ouvrirait ses portes. Heureusement, très rares étaient ceux qui connaissaient s'en existence.

— Au final, je n'ai toujours rien trouvé, soupira James. Et je ne sais pas ce que je vais faire…

James éprouvait beaucoup moins de difficulté à avouer son impuissance à Remus qu'à aucun autre de ses amis. Peut-être parce que ce dernier n'aimait pas le Quidditch et n'en serait guère affecté. Peut-être parce qu'il avait toujours montré un rare talent à écouter et à conseiller.

— En matière de Quidditch, je ne suis pas de très bon conseil, admit Remus avec une moue désolée. Pourquoi ne pas demander à tes coéquipiers ?

— Je ne peux pas leur demander !, s'exclama James. Je suis leur capitaine. C'est à moi qu'incombe de décider d'une stratégie…

— De décider, oui, acquiesça Remus. Cela ne veut pas dire que tu ne peux pas leur demander leurs avis, si ?

James s'agita, ne pouvant nier la justesse de ce propos, encore moins l'accepter. Ce serait admettre sa propre faiblesse à tous. Or, pour ce premier match, il voulait absolument marquer le coup et montrer qu'il méritait ce poste.

— Pourquoi tu n'en discutes pas avec Oliver ?, demanda Remus. Il est sans doute la personne la mieux placée pour te dire quoi faire, vu tous ses entraînements… Il a peut-être des conseils à te transmettre, des astuces que lui auraient données les professionnels qui l'entraînent chaque été.

— C'est ce que j'ai pensé aussi… Mais je préfèrerais me confier à un vrai ami.

Remus le regarda avec surprise.

— Je croyais pourtant que vous vous entendiez vraiment bien ?

— C'est bizarre, fit James en haussant les épaules. Sans réfléchir, je te répondrai que oui… D'ailleurs, je l'aime bien. Mais bon, avec Oliver, c'est dur de savoir si c'est vraiment réciproque. Ou s'il se contente d'être… courtois.

Remus cligna des yeux. « Courtois » n'était pas vraiment l'adjectif qu'il aurait donné à Oliver. Indifférent, impassible, froid, distant, oui. Et encore, Oliver montrait clairement quand il ne ressentait aucun intérêt pour son interlocuteur. En fait, le Gryffondor ne cachait pas ce qu'il pensait des gens. Par exemple, Remus l'intriguait. Cela se voyait clairement dans la façon dont il l'étudiait du regard, observait ses mouvements. Remus éprouvait une certaine inquiétude car il sentait bien que, de tous, Oliver était capable de percevoir des signes invisibles aux yeux des autres. Il était intelligent et, pire, perspicace. Ce pourquoi Remus faisait bien attention à garder ses distances, même quand ils étaient tous ensemble.

— Je crois qu'il t'aime bien, déclara-t-il finalement. Ça va te paraître étrange venant de ma part mais cela se voit quand vous jouez au Quidditch ensemble.

— En effet, c'est bizarre, admit James en riant. Sérieusement, qu'est-ce que tu veux dire ?

— Une certaine harmonie se dégage de vous quand vous volez dans les airs, échangez des passes… On dirait que vous ne faites plus qu'un, en fait. Et je ne crois pas que ce serait le cas si Oliver, de son côté, ne te faisait pas confiance et ne te considérait pas, d'une certaine façon, comme son ami. C'est un mec étrange mais je crois qu'il est plutôt franc comme personne. Tu l'aurais senti s'il ne t'aimait pas, crois-moi.

— Ouais, intervint Sirius de son siège. Et ça fait mal.

Sirius faisait référence à la fois où, persuadé qu'il avait heurté Amy, Oliver lui avait flanqué un poing sans jamais s'excuser, quand bien même le Maraudeur avait été innocenté.

— Tu nous écoutais depuis le début ?, s'offusqua James.

— Non, répondit-il en abattant ses cartes. Du moins, pas au début. Pourquoi vous parliez de lui ?

— Oh, pour rien, éluda James.

Sirius haussa les épaules et redistribua les cartes. James et Remus restèrent un moment silencieux.

— Dis-moi, reprit James, Amy est-elle passée te voir à l'infirmerie ?

— Oui, acquiesça-t-il. Puis, après une seconde de silence : Pourquoi ?

— Elle s'est aperçue que tu n'étais pas là, expliqua James. Quand je lui ai répondu que tu ne te sentais pas très bien, elle a eu l'air intriguée… Elle a remarqué que tu t'absentais de façon régulière.

— Elle me l'a dit.

Remus se pinça les lèvres d'un air hésitant.

— Elle est venue me voir hier, dit-il. Elle a commencé à me dire qu'elle avait remarqué que j'étais malade assez souvent et m'a posé une question…

— Et qu'as-tu répondu ?

Remus haussa les épaules.

— Je me suis endormi à ce moment-là, avoua-t-il. J'étais encore fatigué et j'ai sombré dans le sommeil…

— Donc, tu ne lui as pas répondu, conclut James avec soulagement.

— A vrai dire, je n'en suis pas certain… Quand elle m'a posée cette question, j'avais déjà la tête dans le brouillard, et je me vois en train de commencer une phrase, mais c'est peut-être une illusion. Un effet de la fatigue.

Il secoua la tête, signant son impuissance. James prit un temps pour réfléchir. La situation était délicate si Remus avait trop parlé, Amy pourrait découvrir son secret – si ce n'était déjà le cas. Or, tous deux savaient qu'il ne fallait absolument pas qu'elle le sache.

— On ne peut pas lui demander, soupira-t-il. Ou on risque d'éveiller définitivement sa curiosité. Mais je ne crois pas avoir décelé chez elle quelconque réaction ce matin.

— Moi non plus, affirma Remus. Ce qui me laisse penser que je n'ai rien dit…

L'incertitude pourtant demeurait et Remus semblait vraiment inquiet. James savait à quel point la découverte de son secret le nuirait. Depuis qu'il savait, il portait plus d'attention au sujet et avait ainsi pu lire dans les journaux bon nombre d'articles préjudiciables sur les loups garou auxquels tout le monde portait une confiance aveugle. Dès lors qu'un homme se faisait mordre, la communauté toute entière le rejetait, l'accusant d'être un monstre dangereux et inhumain, oubliant qu'avant tout ils n'étaient que des victimes…

— Ne te perds pas en hypothèse, lui dit James, préoccupé par l'air sombre de son ami. Voyons plutôt ce qu'il en est cet après-midi. Amy est une fille plutôt transparente, on verra bien si elle sait quelque chose ou non.

— Et si elle sait… ?

Le visage de Remus pâlit et sa voix faiblit, étouffant quelques mots incompréhensibles.

— Alors nous aviserons, conclut le Maraudeur gravement. Une chose est sûre toutefois : Amy ne dira rien. Je lui fais confiance pour cela.

Remus mit un certain temps avant d'acquiescer.

oOo

Stade de Quidditch, Poudlard, 19 Novembre 1977

A l'exception près qu'Amy ne semblait pas avoir pris connaissance de l'état de lycanthrope de Remus, le reste de la journée ne fut pas fameuse. Heureusement, il trouva un répit quand arriva l'heure des cours optionnels. Sirius et lui avaient pris soin de n'en choisir que le minimum afin de s'assurer des heures libres. Il savait que ce n'était pas forcément judicieux pour son avenir, mais il ne voyait pas en quoi la Divination, l'Etude de Rune ou même l'Arithmancie aurait pu lui apporter de plus. Aucune de ces matières ne l'intéressaient et il en se voyait pas évoluer dans aucune de ces disciplines.

Il profita donc de ce répit pour aller s'installer dans les tribunes du stade. Les premières années suivaient leur cours de vol et James se rappela avec quel plaisir il avait abordé cette matière. Il déplorait qu'il n'ait pas existé de cours optionnel de Quidditch intensif et se demanda d'ailleurs comment Mme Bibine faisait pour ne pas s'ennuyer le reste du temps où elle ne donnait pas de cours. Quatre classes de deux heures de cours par semaine ne remplissaient guère plus de quelques demi-journées.

Son esprit se tourna très vite à son problème. Que faire pour marquer le coup samedi ? Déjà, il devait savoir ce qu'il fallait pour être un bon capitaine. De ce fait, il tira de son sac plusieurs magazines où des articles étaient consacrés à ce poste stratégique. Il les avait, bien sûr, déjà lues mais se dit qu'il avait peut-être raté l'essentiel. Mais non. Il avait bien tout saisi mais les qualificatifs et tous ces bons conseils n'étaient pas d'une grande aide. Tout juste servaient-ils aux amateurs de juger des capitaines des équipes, pas de le devenir.

Toutefois, il nota dans sa tête qu'un bon capitaine devait inspirer la confiance et le respect qu'il devait être stable et lui-même confiant de ses propres capacités qu'il se devait avant tout de se connaître lui-même et, surtout, ses limites qu'il devait être le moteur de l'équipe, le rocher (et par là, les journalistes entendaient la stabilité émotionnelle du joueur) sur lesquels les autres joueurs peuvent s'appuyer sans crainte qu'il devait pouvoir anticiper…

Comment y parvenir ? Voilà la question qui restait sans réponse.

Il se mit à réfléchir au seul exemple qu'il avait vu évoluer sur le terrain : Thierry Bell. Un instant, il regarda les magazines posés à côté de lui et éclata de rire. Thierry n'était certainement pas un très bon capitaine, au vu de ce que les articles disaient. Il n'était pas patient il s'emportait régulièrement et pour un rien il ne s'entendait pas avec les autres joueurs il se souciait peu du sort de ses coéquipiers…

Pour autant, James devait reconnaître qu'il avait réussi à garder la tête haute en toute circonstance, même quand l'humiliation était la plus totale. Quand ils avaient perdu un match, Thierry prenait toujours le temps de les féliciter et de les encourager avant de quitter les vestiaires et s'isoler quelque part, sans doute à l'abri des regards, pour défouler sa colère et accuser la déception de la défaite. Quoique vaniteux, il prenait soin à ce que chacun est son compte de compliments – même s'il se réservait les meilleurs, quand il ne les dictait pas lui-même.

Finalement, sans avoir été « bon », Thierry n'avait pas été un « mauvais » capitaine non plus.

James se demanda en quoi cela l'aidait et pourtant, il sentit son estomac se desserrer un peu. Une heure plus tard, le cours était terminé et le Maraudeur comprit que les autres n'allaient plus tarder. Il sentit l'appréhension le gagnait les autres n'allaient pas hésiter à lui demander ses conclusions. Comment réagiront-ils s'il leur avouait n'être parvenu à dessiner aucune sorte de plan ?

Il descendit des tribunes et rejoignit les vestiaires. Les Premières Années s'étaient dépêchées de se changer, trop pressées de profiter des quelques heures de détente avant le dîner. James se mit à les envier, insouciants qu'ils étaient !

Inéluctablement, les joueurs de Gryffondor arrivèrent. Et, presque aussitôt, Marc passa à l'attaque.

— Alors, c'est quoi, le plan ?

— Et si tu le laissais parler, enfin !, réagit Opale en secouant la tête.

James s'éclaircit la gorge. Il n'avait toujours pas trouvé ce qu'il allait leur dire...

— Et si nous nous changions d'abord et en discutions sur le terrain ?, proposa Oliver. Avec tout le vacarme que vous faites en enfilant vos protections, c'est à peine si on s'entend parler.

— Tu parles !, s'offusqua Marc. Tu es celui qui fais le plus de bruit.

— Il a raison, acquiesça Merry. Je n'entends pas grand-chose... Et j'ai hâte de voler !

James s'étant changé avant leur arrivée, il en profita pour sortir et inspirer profondément, tâchant de se reprendre. « Bon sang !, pensa-t-il. Qu'est-ce qui m'arrive ? » James s'insurgea de sa propre faiblesse. Il n'était pas quelqu'un de timide mais c'était à peine s'il arrivait à se dire qu'il devait parler. Et pourtant, la peur le rongeait le ventre. Ses mains tremblaient quand il enfourcha son balai et frappa le sol de son pied. Mais dès qu'il sentit l'air battre son visage alors qu'il s'élevait vers le ciel, il se sentit mieux.

Le Quidditch, il n'y avait pas mieux pour prendre de l'assurance. Comment être timide quand on osait braver le vide sous ses pieds, lutter contre l'attraction terrestre qui provoquait tous ces vertiges ô si délicieux ?

Il vit Oliver sortir en second et le rejoindre. Il l'étudia un instant et lui sourit avec gratitude, se rendant compte que le Gryffondor avait réagi pour l'aider. Pendant un instant, ils ne dirent rien. Oliver commença à s'échauffer les muscles. En dessous d'eux, Sirius et Marc entrèrent dans le terrain.

— Oliver, appela James, poussé par un élan qui rendit son ton plus pressant qu'il ne l'aurait souhaité.

Ce dernier arrêta de se mouvoir et se tourna vers lui.

— Je ne sais pas quoi faire, avoua rapidement le Maraudeur, voyant Sirius et Marc commencer à s'élever. Je n'ai pas trouvé d'idées pour samedi...

— Dans ce cas, pourquoi ne nous demandes-tu pas notre avis ?, l'interrogea Oliver.

— Hein ?

— Merry a de très bonnes idées, par exemple, explicita Oliver. Tu devrais lui demander.

— Qui a de bonnes idées ?, demanda Marc en arrivant à leur hauteur.

— Merry, répéta Oliver.

— La batteuse ?, s'étonna Sirius.

Oliver secoua la tête avec exaspération. « Qui d'autre ? » demanda son regard levé vers le ciel.

— Vous avez commencé à discuter stratégie sans nous ?, s'enquit la voix de Jessie. Sympa !

— Fallait pas être en retard, traînasse !, lança Marc.

— Tu dis ça mais j'en connais un qui ferait mieux de passer plus de temps à travailler et moins de temps à rôder sur le terrain, répliqua Jessie. Et pourtant, je ne suis pas en Septième Année, moi !

— C'est justement ça qui est flippant, corrigea-t-il. Tu n'es pas encore en Septième Année et tu flippes déjà !

— Bon, sérieusement, qu'est-ce qu'on a manqué ?, enchaîna-t-elle en haussant les épaules, décidant qu'il était vain de le raisonner.

— Ah, Merry, l'héroïne que nous attendions !, fit Marc en riant.

Merry Chair était la plus jeune de toute l'équipe et aussi la plus timide. Ce qui était surprenant venant de la part d'une batteuse capable de repousser un cognard avec une force surprenante. Dès qu'elle quittait le sol et tenait sa batte d'une main et son balai de l'autre, la jeune Gryffondor devenait une autre personne, bien que quelques rouages de timidité demeuraient. D'ailleurs, elle rougit légèrement en leur demandant ce qu'ils attendaient d'elle. Ce fut James qui l'interrogea le premier, réaffirmant ainsi son rôle de capitaine :

— Oliver m'a dit que tu avais de bonnes idées pour le match de Serdaigle. C'est vrai ?

— J'ai quelques idées, acquiesça-t-elle d'un ton vague.

— Alors ?, la pressa Sirius. C'est quoi ?

— Et bien, euh, en observant le jeu des Serdaigles, j'ai trouvé qu'ils avaient pas mal de petits stratèges efficaces et astucieuses, particulièrement efficaces parce qu'il s'agit surtout de petites actions menées de façon presque aléatoire.

— Presque ?, répéta Jessie.

— Laisse-la parler, l'arrêta Marc. Et donc ?

— Ben, jusqu'ici, on perdait pas mal de points à cause de ces petits effets, dit-elle. Je me suis dit qu'en fait, si nous réussissions à surprendre les Serdaigles à leur propre jeu, nous pourrions bénéficier d'un effet de surprise bénéfique pour prendre de l'avance dès l'entrée de jeu.

— Plus clairement, qu'est-ce que tu proposes ?, lui demanda James, intrigué par sa façon de penser.

— Je propose que l'on applique les mêmes stratagèmes que Serdaigle, termina Merry.

Après plusieurs interjections, Merry put enfin expliciter son plan. L'idée était très simple : les Serdaigles étaient des joueurs astucieux, intelligents et vifs. Ils n'avaient pas leur pareil pour piéger leurs adversaires par des petites astuces qui tiraient leur efficacité d'une simplicité enfantine. Merry l'avait remarqué depuis un moment mais n'avait réussi à les décortiquer que récemment.

— Je croyais qu'ils étaient simples ?, fit remarquer Marc.

— Ils le sont, intervint Oliver. Toutefois, tout est une question de timing. Et c'est là le plus dur : il suffit d'une seconde trop tôt ou trop tard pour que tout foire.

— C'est comme ça qu'ils perdent d'ailleurs quelques points, enchaîna Merry. Par inadvertance, parce qu'ils ont soit trop anticipé soit pas assez.

— Bon, c'est très bien tout ça, dit Jessie. Mais il ne nous reste que trois jours. Comment on fait pour apprendre leurs méthodes en seulement trois jours ?

— On ne peut qu'essayer, affirma James, qui était, lui, convaincu. Si on réussit, on pourra gagner des points d'avance, peut-être suffisamment pour couvrir nos arrières en cas d'apparition tardive du Vif d'Or.

— Et si ça ne réussit pas ?, demanda Sirius, plus sceptique.

— Alors nous jouerons comme nous l'avons toujours fait, répliqua James. Nous ne sommes pas moins talentueux que les Serdaigles. Ils ont les astuces mais nous avons le courage et la force !

Ses coéquipiers sourirent, à la fois amusés par la façon maladroite dont James commençait à s'habiller de son rôle, et motivés de montrer à toute l'école qu'ils étaient les meilleurs. Les Gryffondors étaient la maison du courage quoi qu'il en coûte, aussi court était le temps restant pour s'entraîner, aussi difficile qu'apparaissait le match à venir, ils feraient pour l'emporter.

James donna alors naturellement la main à Merry qui entreprit d'expliquer des mouvements offensifs simples. Ce fut au début fastidieux : elle ne savait pas comment s'y prendre et surtout par quoi commencer. Mais en mettant en application elle-même les méthodes qu'elle décrivait de mémoire, elle parvenait à assembler des bouts cohérents et ils s'y entraînèrent tous. Sirius et Opale servaient d'adversaires, afin que les poursuiveurs s'assurent de bien mener leur rôle.

En fait, bien qu'ils mirent du temps avant de réellement s'y mettre, ils ne purent que constater la véracité des propos de Merry. Les petites astuces auxquelles ils se livraient étaient d'une facilité risible. Leur facilité d'application démontrait également qu'il était également aisé de les contrer. Toutefois, l'élément majeur, presque magique, était l'incapacité des adversaires à prévoir quand elles étaient appliquées.

Aussi bien, deux heures plus tard, ils avaient maîtrisé la plupart des mouvements enseignés par Merry. Toute l'équipe redescendit se poser sur le sol avec contentement. Ce n'était certainement pas grand-chose, il restait encore à déterminer comment ils allaient jouer le match samedi, mais ils avaient avancé et allaient peut-être créer la surprise.

— J'ai hâte de voir la tête des Serdaigles quand ils s'apercevront que nous avions copier leurs tactiques !, s'exclama Sirius.

— En attendant, j'attends de vous la plus grande discrétion, affirma James. Pas un mot à qui que ce soit, même à vos amis. On risquerait de vous entendre.

Plusieurs têtes acquiescèrent et James sourit. Cette fois, il avait l'impression de commencer à vraiment endosser son rôle de capitaine. C'était en partie grâce à Oliver qui, une fois de plus, était intervenu en sa faveur.

— Merci, lui souffla James discrètement. Tu m'as sauvé la mise deux fois aujourd'hui.

— Ah bon ?, s'étonna ce dernier pourtant d'un ton fort peu étonné.

Ils se sourirent d'un air entendu. Puis, Oliver sembla hésiter à parler – ce qui ne lui ressemblait pas, lui qui était plutôt franc.

— Je ne sais pas grand-chose sur le poste du capitaine, dit-il. Ça ne s'apprend pas comme ça... Mais je pense néanmoins qu'un bon capitaine est avant tout un bon communiquant. Tu ne crois pas ?

— Si, répondit James. Si, bien sûr.

— Pour le reste, ça viendra, continua Oliver. Et puis, tu devrais rester naturel. Rien que ça, je pense que cela suffira pour faire de toi un bon capitaine.

Il termina sa phrase en claquant l'épaule de James et sortit, laissant ce dernier surpris, peu habitué à ce genre de gestes affectueux de la part du Gryffondor. Peut-être finalement étaient-ils vraiment devenus amis.

oOo

Toit d'Astronomie, Poudlard, 20 Novembre 1977

Amy sursauta en entendant la porte claquer derrière elle. Elle se retourna et, ne trouvant personne, conclut que le vent en avait été le responsable. Depuis qu'ils s'entraînaient tous les soirs, Sirius ne venait plus traîner sur le toit. D'ailleurs, tous les joueurs revenaient de leurs entraînements harassés. Jane s'inquiétait qu'ils se fatiguent trop avant le match, ce à quoi Oliver répondit que ce jour-là serait leur dernier soir.

La nuit était belle mais froide. L'hiver était définitivement en train de s'installer et le vent n'arrangeait rien. Amy se blottit dans son manteau de toute façon, elle ne resterait pas tard. Elle était venue plus par habitude, par envie de regarder un instant ce beau ciel découvert de nuage et livrant quelques étoiles et un petit morceau de lune, et parce qu'elle rentrait d'un entraînement avec son professeur attitré.

D'habitude, ses pensées véhiculaient librement sur les événements qu'elle avait vécus, sur une problématique qui la préoccupait, sur sa famille qui se recomposait, sur sa mère qui lui manquait tant et les souvenirs qui lui restaient ce soir, rien ne lui venait. Pour la première, Amy ne pensa à rien.

Et comme toute personne se rendant soudain compte que son esprit ne formulait aucune image, aucune phrase, elle se le remarqua: « Je ne pense à rien. » tout en s'efforçant de ne pas formuler ce constat dans sa tête mais trop tard malgré elle, elle avait pensé.

Amy gloussa. Cela faisait partie des choses qui l'amusaient et que les autres trouvaient « bizarre ». Mais qui, dans sa vie, peut se vanter de ne pas avoir expérimenté ce fait si commun ?

C'était une si bonne soirée, se disait-elle, que j'aurais tord de la gâcher en pensant à quelque chose.

Mais sitôt pensa-t-elle cela que son esprit dérapa. Elle voulut l'en empêcher, en vain. Son esprit évoqua une série d'images sans rapport et parfois même qui ne lui disaient rien, jusqu'à ce que le souvenir de son passage à l'infirmerie lui revienne. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Remus aurait dit s'il avait pu terminer sa phrase ou s'il aurait seulement accepté de l'achever.

« C'est parce que je suis un... » Un quoi ? Elle pensa à ceux qui souffraient de maladie chronique mais quelque chose lui faisait dire que ce n'était pas là où il avait voulu en venir. Mais qu'est-ce qu'il avait bien voulu dire ? Bien sûr, elle ne l'avait pas interrogé ensuite et avait essayé de rester le plus naturel possible. C'était une question très privée, elle ne se permettrait pas de la soulever en public, même quand ils n'étaient entourés que d'amis.

Elle souhaitait lui en parler seul à seule sans pour autant chercher à le prendre à part. Elle ne voulait pas qu'il croit qu'elle ne le faisait que par curiosité et non pas parce qu'elle s'inquiétait pour lui comme une amie le ferait. Si elle devait le lui demander, ce serait en toute discrétion et si elle sentait le moment propice. Pas autrement.

Elle s'arrêta d'y penser, jugeant qu'elle n'avancerait pas en se tracassant inutilement. Elle saurait en heure et en temps voulu, et si elle ne l'apprenait jamais, c'était peut-être mieux ainsi. Pour Remus. Il ne voulait peut-être tout simplement pas attirer la pitié et préférait que les gens ignorent sa condition pour ne pas souffrir de la moindre gêne. Pouvoir être naturel et vivre une vie normale. Amy ne pouvait que comprendre d'une certaine manière, elle aussi avait vécu ça. Même indirectement.

Indéniablement, ses pensées dérivèrent vers sa mère. Elle se demanda encore une fois s'il existait ce que les Moldus appelaient le Paradis et s'il se trouvait là-haut, dans ce très lointain ciel, au-dessus des nuages, au milieu des étoiles. Peut-être les âmes des défunts partaient s'égarer dans une de ces autres planètes où ils découvraient une nouvelle vie. Amy préférait qu'il n'en fut rien ce serait dire que sa mère l'aurait oubliée. Elle ne le supporterait pas.

Penser qu'elle était là, quelque part, d'une certaine façon à ses côtés, ou simplement à veiller sur elle, ne comblait pas le vide que sa mort avait creusé imaginer le contraire rendait plus terrible encore son absence.

Alors vint le moment des souvenirs et elle se laissa bercer par la sensation de chaleur qui en découlait. Peu de choses lui restaient en mémoire - sa mère était morte si vite et si tôt ! - mais le peu qu'il en restait suffisait à la rendre heureuse et triste à la fois. Heureuse de pouvoir s'en rappeler, triste qu'il n'y en ait pas d'autres.

Devenant morose, elle décida que c'en était assez et retourna à l'intérieur du château. Parcourut les couloirs et les escaliers jusqu'à sa Tour. Traversa la salle commune de Gryffondor...

— Hé, Amy !, s'exclama une voix à côté d'elle.

Elle sursauta en poussant un cri effrayé.

— Sirius !, dit-elle sur le ton de reproche. Tu as failli me tuer !

Le gredin ne ressentit aucune pitié et ricana.

— Bon, tu avais quelque chose à me dire ?, demanda-t-elle, ronchon.

— En fait ! Non, admit Sirius. Mais comme je t'ai vue, j'ai eu envie de t'appeler.

— Ah !

Il y eut un moment de silence. Puis, Amy reprit :

— Je te croyais trop fatigué, dit-elle.

— Je l'étais, répondit-il. Je ne le suis plus.

— Qu'est-ce que tu racontes ?

Sirius s'avança vers un fauteuil sur lequel il se laissa tomber avec bien peu de grâce, poussa un soupir vaincu, et ne dit rien.

— Sirius ?, l'interrogea Amy, intriguée par son drôle de comportement.

Elle fit un pas vers lui et s'arrêta, jetant un coup d'œil vers les escaliers du haut de lesquels son lit l'attendait avec grande impatience. Abandonnant l'idée d'aller se blottir sous sa couette chaude, elle partit rejoindre la cheminée la plus proche. Seuls, elle n'avait pas besoin d'être près de lui pour se faire entendre.

— Je n'arrive pas à dormir, avoua le Gryffondor.

— A cause du match ?, supposa Amy.

Il balança sa tête de droite à gauche et soupira encore.

— Ce n'est qu'un simple match, lâcha-t-il.

Amy ouvrit la bouche puis la referma. Que venait-il de dire ? Nul besoin de bien connaître le Maraudeur pour savoir que c'était mauvais signe. JAMAIS au grand jamais Sirius ne tolérait que quelqu'un critique le Quidditch qu'il désavoue ainsi se soucier du match n'était pas dans sa nature.

— Tu... penses encore à ta mère ?, osa-t-elle demander.

C'était un sujet délicat à aborder, Amy le savait, pourtant c'était la première idée qui lui était venue. Après tout, cela ne faisait que quelques mois... Et puis, ce n'était tout simplement pas le genre de souffrance qui se panse facilement ni même rapidement. D'ailleurs, en guérissait-on jamais ? Être ainsi rejeté par sa propre mère, et abandonné par le reste de sa famille, Amy ne pouvait espérer réussir à comprendre l'ampleur des dégâts émotionnels que cela avaient du creuser en Sirius. Malgré toutes leurs discussions le soir sur le Toit de l'Astronomie, le Maraudeur avait tout fait pour étouffer sa peine et amoindrir ses réelles pensées, la profondeur de sa douleur...

Amy savait aussi qu'elle ne pouvait rien faire, pas plus que personne n'avait jamais pu la consoler d'avoir perdu sa mère. Elle se désola de comprendre le désarroi face à l'impuissance. Ne pas pouvoir aider une personne que l'on aime, c'était vraiment désappointant, culpabilisant presque. Elle se dit alors qu'elle devait exactement avoir la même tête que ses amis à ce temps-là et baissa son visage, honteuse. De la pitié, c'était sans doute la dernière chose que Sirius devait avoir envie de voir. La compassion était un noble sentiment, que les gens tristes réclamaient, mais qu'en silence espéraient ne pas voir. Le sentir, indirectement, mais pas voir.

Sirius sursauta.

— Ma mère ?, répéta-t-il avec un brin de perplexité. Non… Pourquoi est-ce que tu veux que je pense à…ma mère ?

Il prononçait le mot « mère » comme si cela lui écorchait la gorge et la langue. D'ailleurs, il ne put s'empêcher de finir sa phrase danse une grimace.

— Si ce n'est pas elle, reprit Amy avec prudence, qu'est-ce qui te préoccupe autant ?

— Qui te dit que je suis préoccupé ?, répliqua-t-il. Je n'arrive pas à dormir. Cela arrive à tout le monde.

— Quand je ne dors pas, c'est que je pense trop fortement à quelque chose, argumenta-t-elle.

— C'est donc que tu cogites trop.

Amy se renfrogna, vexée par ses paroles. Elle sentait bien qu'il n'était pas tout à fait sincère elle comprit qu'il ne s'ouvrirait pas à elle, en tout cas pas ce soir.

— Peut-être, lâcha-t-elle, d'un ton plus énervé qu'elle ne l'avait souhaité. Est-ce que tu veux en parler ?

— De quoi ?, se borna-t-il à répondre.

— De rien... soupira-t-elle. Puis, en s'éloignant de la cheminée : Je suis fatiguée, je monte me coucher.

Elle aurait souhaité prendre congé plus gentiment mais la gêne l'en empêchait comment réagir de façon naturelle dans une ambiance aussi tendue ? Décidant qu'elle n'arrangerait rien en restant, elle se dirigea vers les escaliers sans rajouter un mot de plus. Sirius ne dit rien elle referma la porte sur son silence et partit se coucher. Heureusement, la fatigue la gagna vite et elle sombra dans le sommeil sans trop y réfléchir.

oOo

Salle Commune, Poudlard, 22 Novembre 1977

— Je n'ai plus aucun entraînement avant la rentrée, soupira Amy. McGonagall pense qu'il faut que je me concentre encore plus sur mes études... Comme si cela allait changer quelque chose !

— Si tu travailles plus, tu auras de meilleures notes, suggéra Opale.

— Mais je travaille assez !, répliqua Amy. Pas moins que les autres, en tout cas.

— C'est vrai, acquiesça son amie. Mais tu pourrais mettre à profit ces heures libres pour t'entraîner, je ne sais pas, aux potions ?

Amy s'étrangla.

— Tu plaisantes ? Je ne réussirai jamais cette matière... La théorie, peut-être, mais la pratique, jamais !

— Tu dis ça mais...

— J'ai fait fondre le fond de ma marmite en composant un breuvage sensé assouplir !

Devant la force de l'argument, Opale préféra ne rien rajouter. Amy était une véritable catastrophe quand il s'agissait de composer des potions, toute l'école le savait.

— Tu pourrais aussi profiter de ce temps de répit pour faire ce qui te plaît, proposa Lily.

— Lily, est-ce bien toi qui parle ?, ironisa Opale. Celle qui a décrété ne pas vouloir dîner avant de terminer trois chapitres d'arithmancie ?

— N'as-tu jamais entendu parler de l'adage qui disait « fais ce que je dis et non pas ce que je fais » ?

— Oh, tu me fatigues avec tes adages !

Amy s'amusa de l'échange entre les deux amies. Toutes deux étaient des élèves brillantes et travailleuses Lily en particulier étudiait avec un sérieux rare. Opale possédait, quant à elle, une facilité d'apprentissage qui lui permettait de s'octroyer plus de répit. Sans compter qu'elle n'escomptait pas gagner les meilleures notes, mais celles qui lui suffiraient pour réussir dans ce qu'elle voulait.

— Je ne vois pas les garçons, remarqua la préfète en regardant autour d'elle, les sourcils froncés. J'espère qu'ils ne préparent pas encore un de leurs coups...

— Je ne crois pas, affirma Opale. Pas la veille d'un match !

Ceci dit, elle croisa les doigts avec les Maraudeurs, on ne pouvait être sûrs de rien. Mais s'ils se faisaient attraper, le match du lendemain serait sans doute annulé James ne pourrait jamais risquer d'être ainsi écarté du tournoi.

— Oliver non plus n'est pas là, rajouta Amy. Je me demande où ils sont... ?

— Tu ne crois pas qu'ils sont allés s'entraîner ?, s'inquiéta Lily. Avec tous les efforts qu'il a déjà fournis toute la semaine et le match de demain... ce serait de la folie !

Amy et Opale regardèrent la préfète avec surprise, puis amusement.

— Ne me dis pas que tu es sérieusement en train de t'inquiéter pour James ?, fit Opale en riant.

Bien malgré elle, Lily rougit.

— Non !, dit-elle avec vivacité. Je m'inquiète pour eux tous ! Ai-je cité James en particulier ?

— Non mais tu as utilisé le singulier, dit Opale en souriant. Tu as dit, je cite : « tous les efforts qu'il a déjà fournis... » !

Lily voulut répliquer mais ne réussit qu'à s'embrouiller et bafouiller une réponse inintelligible. Amy et Opale rirent aux éclats, amusées de voir leur amie si gênée face à sa propre bafouille.

— Enfin ! Vous savez bien que je déteste James !, finit par affirmer Lily à bout de souffle.

Toutes ses tentatives pour leur faire convaincre qu'elle se moquait éperdument du Maraudeur ne réussirent qu'à les faire pouffer de plus belle et croire l'exact contraire.

— Oh vous m'avez énervé et maintenant je ne vais plus pouvoir me concentrer !, soupira-t-elle finalement en levant les bras en signe de reddition.

— Allez, dit Opale en s'essuyant les yeux, on ne fait que te taquiner. On sait bien que tu ne le blaires pas, ton Potter !

— Ce n'est pas mon Potter !, s'offusqua Lily avant de se rendre compte qu'elle était tombée dans le pièce précisément comme Opale l'avait espéré et ses deux – traîtresses – d'amies repartirent en grands éclats de rire.

Elle abandonna toute idée de les raisonner et se contenta de secouer la tête, tant pour exprimer son exaspération et paraître un minimum détachée que pour chasser les rougeurs sur ses joues. Maudite pigmentation ! Si seulement elle pouvait s'empêcher ses joues de virer de couleur chaque fois qu'une émotion l'emportait ! Un brin de contrariété suffisait à la rendre rose - évidemment, ce qu'elle avait ressenti n'était qu'une irrépressible irritabilité envers le Maraudeur !

Maudit James !

Depuis la première année, leur relation était électrique. Pourtant, cela aurait pu être tout autre s'il n'y avait pas eu Severus ils auraient pu être amis si elle n'avait pas été si proche du Serpentard. Bien qu'elle n'aurait jamais apprécié cette antipathie facile et injustifiée pour la maison argentée, elle aurait peut-être plus facilement toléré les agissements des Maraudeurs. Comme Opale, elle se serait sans doute contentée de secouer la tête avec exaspération et un peu de regret. Mais elle connaissait Severus, était amie avec lui et se souciait de ce qui lui arrivait. Il était donc impossible qu'elle appréciât jamais James.

Le personnage n'était pas non plus facile à apprécier quand on avait un caractère comme le sien. Opale répétait toujours qu'elle exagérait, que James n'était pas si exubérant que ça. Lily ne le voyait pas ainsi certes, le Maraudeur savait se montrer généreux et attentif aux autres, elle avait déjà remarqué qu'il aidait toujours ceux qui étaient plus faibles que lui, à commencer par Peter d'un autre côté, il débordait d'une arrogance irritante, d'une fierté si développée que l'honneur avait chez lui quelque chose de sacré – de négativement sacré. Il justifiait tous ses actes de vandalisme et de malveillance par la nécessité de défendre son honneur – comme s'il y avait quelque honneur à faire du mal.

« Du mal ?, s'était-il insurgé un jour qu'ils se disputaient encore. Je ne leur fais pas du mal ce ne sont que des bêtes plaisanteries ! C'est pour rire. »

Juste pour rire. Curieux, comme elle n'avait jamais trouvé ça drôle.

Oh, elle n'était pas assez naïve pour croire que les Serpentards ne se vengeaient pas pour les mêmes raisons, pour l'honneur. Ce stupide honneur. Et comme ils rendaient grâce à leur fierté, ils bafouaient celle des Maraudeurs qui, du même effet, devaient sauver la mise, etc.

Lily s'était souvent demandé : qu'est-ce que l'honneur ? Elle n'en était pas dénuée son honneur ne ressemblait en rien aux leurs. Il était plus noble car basé sur des valeurs honorables. Du moins, elle le pensait car la réflexion la rendait perplexe. Comment caractériser son honneur ? Que signifiait ce mot très exactement ? Avait-il le même sens pour tout le monde ? Clairement, il ne possédait pas la même texture d'une personne à l'autre. James en appelait à l'honneur chaque fois qu'il devait se justifier d'une action – souvent peu honorable. Sirius réclamait l'honneur de leur maison comme si Gryffondor avait été créé pour dominer Serpentard – mais le mot même de « domination » ne trouvait pas son sens ici – comment dire si une maison dominait l'autre quand il s'agissait seulement de se piéger l'une et l'autre sans fin ? Il n'y avait jamais de gagnant, à ce jeu, c'était seulement des perdants qui prenaient leur revanche des perdants qui accusaient une vengeance et réclamaient la leur...

Lily soupira et se massa le front. Tout cela lui donnait la migraine... C'était là des réflexions intéressantes mais inutiles. Elles ne lui serviront pas à passer ses examens avec succès. Elle secoua la tête et tenta de se reprendre. Amy et Opale discutaient toujours, peu enclines à poursuivre leurs révisions. Lily se surprit à refermer son livre.

— Alors, vaincue ?, remarqua Opale en la voyant faire.

— Ça suffit, capitula la rousse. Je n'arriverai pas à retenir une ligne de plus. Faisons autre chose !

Ravies de cette trêve, les deux filles s'empressèrent d'acquiescer et de refermer leur livre. Lily se retint de leur rappeler que cela faisait déjà dix minutes qu'elles avaient cessé de travailler.

Il se trouvait qu'à Poudlard, tout le monde aimait partager un moment à jouer. Il fallait dire qu'une fois la nuit tombée, et donc le couvre feu passé, les élèves respectant cette règle n'avaient pas tellement de choses à faire dans leur salle commune. Passant leurs journées ensemble, leurs discussions ne variaient pas beaucoup passé un temps, sauf s'ils étaient férus de lecture, de travail ou d'arts plastiques, seuls les jeux de société ou de cartes étaient encore capables de les occuper. Tout le monde possédait donc un jeu de cartes sorcier, des échecs sorciers, et parfois, quelques jeux plus extravagants qui attiraient l'attention d'un certain nombre, ravis de trouver une distraction dans leur monotone quotidien.

Lily se demanda si elle repenserait à ces doux instants avec nostalgie quand elle sera adulte et qu'elle croulera sous les responsabilités de son métier, de sa vie de femme, et qui sait même d'épouse et de mère ? Sans doute alors, accablée par les affres de la vie d'adulte lui feraient repenser à sa scolarité à Poudlard, à ce petit quotidien tranquille où il n'était question que de réussir les prochains examens, de se faire des amis, de discuter de Quidditch, de musique tendance et de mode, des derniers cours, des professeurs qu'on appréciait, ceux que l'on préférait ne pas avoir - surtout ceux que l'on ne préférait pas avoir -, etc.

Tous ses soucis lui sembleront alors si futiles ! Lily n'était pas si sûre de vouloir que cela arrive ; là, elle savait à quoi s'en tenir ; qui sait ce que l'avenir lui réserve ? Elle était bien consciente de ne pas avoir une vraie idée de ce qui l'attendait après Poudlard. La vie d'une sorcière diplômée ? Elle n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être, n'ayant aucun exemple chez elle. Elle appréhendait cette vie, si peu ordinaire, si peu semblable à celle qu'elle avait toujours connue. Sur quels repères s'appuyer ? Où vivrait-elle ? Que ferait-elle ?

Et puis, ce monde était-il vivable ? Elle s'était documentée, avait cherché les lieux où la communauté sorcière existait. Il s'avérait que de tels endroits étaient très rares et dispersés et que, de ce fait, tout le monde ne réussissait pas à y percer et devait se débrouiller pour évoluer dans le monde moldu - ce qui n'était pas non plus des plus faciles, ayant été dé-scolarisé depuis longtemps voire pas du tout pour ce qui était des enfants issus familles sorcières.

À cela s'ajoutait les multiples crimes additionnés à l'encontre des moldus et dont les responsables semblaient tous faire partie d'un groupe de sorciers dangereux, qui réunissaient de plus en plus de partisans et prétendaient défendre la « cause sorcière ». Ils prétendaient que les sorciers étaient un peuple d'une qualité et d'une intelligence supérieures au peuple de ceux qui ne l'étaient pas et les sorciers issus de familles moldus, des « erreurs » qu'il fallait évincer de la société. L'idée défendue par ces criminels n'était pas en soi très neuve : depuis des siècles, des familles entières de sorciers contrôlaient rigoureusement l'origine familiale des partis auxquels ils mariaient leurs propres enfants, allant même jusqu'à l'inceste. Aujourd'hui, rares étaient les familles sorcières pouvant prétendre être tout à fait exempt de sang moldu. À Poudlard, Lily avait déjà pu rencontrer plusieurs personnes qui pensaient ainsi s'ils n'étaient pas les seuls à le croire, les Serpentards étaient les plus nombreux à oser l'affirmer. Lily savait cependant que parmi ces personnes, beaucoup ne pouvaient s'affirmer de Sang Pur, et pourtant ils persistaient à promouvoir ces idées ancestrales et dépassées.

Voilà également une des raisons qui éloignaient chaque année un peu plus Lily de Severus. D'abord, parce que ses fréquentations lui déplaisaient, ainsi que le garçon qu'il semblait devenir, mais surtout parce que les idées qui germaient en lui la rendaient nerveuse, l'effrayait presque. Elle n'arrivait pas à comprendre comment un garçon aussi intelligent que lui puisse se laisser ainsi berné comment pouvait-il mettre en avant la noblesse des Sangs Purs en se sentant supérieur alors que lui-même était de Sang Mêlé ? Chaque fois qu'il s'oubliait et qu'il en parlait, Lily se braquait, se sentant attaquée par chacune de ses paroles. Sitôt s'en rendait-il compte qu'il changeait de discours et lui assurait que cela ne la concernait pas, qu'elle était différente, mais Lily n'arrivait pas à voir en quoi elle serait écartée des autres enfants issus de familles moldues. Chaque fois, elle le suppliait de s'ouvrir à elle, de lui parler, de s'éloigner de cette influence néfaste que les autres avaient sur lui chaque fois, elle échouait. Severus n'entendait pas qu'on lui dise ce qu'il devait faire - même par elle.

Alors elle se taisait et leurs rencontres se faisaient de plus en plus silencieuses et tristes. Elle repensa nostalgiquement au moment où elle l'avait vue pour la première fois, à la sensation de confiance qui avait aussitôt germé en elle malgré son apparence sombre et étrange où était passé ce garçon qui l'avait accepté et guidé dans ce nouveau monde ?

oOo

Stade de Quidditch, Poudlard, 23 Novembre 1977

Jamais personne n'aurait cru cela possible voir McGonagall émue au point d'en avoir la larme à l'œil tenait presque du mirage. Pourtant, elle regardait James avec émotion et un sourire qui s'étirait jusqu'à ses deux oreilles. Alors elle prononça des mots qui allaient marquer le Maraudeur pour le reste de sa vie, bien qu'il ne l'avouera jamais à personne. Le regardant droit dans les yeux, son visage semblait transformé. Loin des traits durs et sévères qui la caractérisaient et qu'elle lui montraient chaque fois qu'ils avaient été amenés à se parler plus ou moins en privé, McGonagall parla avec chaleur :

— Je suis fière de vous, Mr Potter.

Cette phrase, James fut le seul à l'entendre autour de lui, les gens laissaient exclamer leur joie à grands cris et hourras. McGonagall lui sourit une dernière fois et s'écarta, laissant Gryffondor savourer sa victoire. James se dit alors qu'elle avait précisément dit ces paroles, cette confidence, parce que personne ne l'entendrait. Quelque part, il lui en fut reconnaissant l'honneur qu'il ressentait à avoir été la fierté de cette femme d'ordinaire si intransigeante ne regardait personne d'autre que lui. Dans les vestiaires, il se tourna vers Sirius et lui frappa l'épaule.

— Alors, qui doutait de moi ?, lui lança-t-il d'un ton badin.

— Marc !, répondit ce dernier en pointant du doigt le gardien.

— Hein ? Quoi ?, s'étonna Marc. Vous m'avez appelé ?

— Je lui disais que tu avais douté de lui, indiqua Sirius en désignant James d'un mouvement vague de la tête, un sourire espiègle sur le visage.

— Oh, quel crétin, s'exaspéra James.

— Ah... Oui, déglutit Marc. Puis il s'éclaircit la gorge : Désolé, vieux, j'ai pas été très cool avec toi... Mais sérieux, t'as été génial ! Jamais plus je ne douterai de toi. T'es le meilleur, capitaine ! Franchement, je suis sérieux.

— Tu l'as déjà dit... Aïe !

James interrompit Sirius d'une claque sur la tête et se tourna vers Marc :

— Merci, dit-il. Mais c'est une victoire d'équipe et je compte bien fêter ça comme il se doit !

— Alors, là, pas besoin de me le répéter : on y va les gars !

— ET les filles, rectifia Jessie. Nous sommes aussi là. Vous avez tendance à l'oublier !

— D'ailleurs, c'est Merry que nous devrions porter en victoire, souligna Opale. Désolée James, tu as été génial – c'est clair. Mais ce sont les idées de Merry qui nous ont fait gagner.

— Oh non ! Ce n'est pas la... AAAAAH !

Merry hurla de terreur quand elle sentit qu'on la soulevait du sol et qu'elle vit s'approcher dangereusement le plafond des vestiaires. Elle devint si hystérique que les garçons s'empressèrent de la ramener sur terre en s'excusant de nombreuses fois, surpris et sonnés par les coups désespérés qu'elle leur avait donné en s'affolant. Rouge et confuse, il fallut deux bonnes minutes à Merry pour réussir à se reprendre. Ça et le match l'avaient complètement harassés. Jessie regarda les garçons d'un regard exaspéré.

— Bien joué, leur dit-elle en aidant Merry à se relever.

— On ne pouvait pas savoir... bougonna Sirius en haussant les épaules, un peu penaud toutefois de son effet manqué.

Quelques minutes plus tard, l'incident était oublié et le groupe quitta joyeusement le stade pour rejoindre le château. Tout le monde était retourné à la Tour de Gryffondor, sans doute en train de préparer la fête, mettant déjà de la musique et une ambiance euphorie. James adorait ces soirées festives, pleines de joie et d'entrain. Il aimait aussi ce moment de calme juste après un match éprouvant et avant d'essuyer la tempête de joie, de cris, d'embrassades et de discours effrénés. C'était un instant de grâce où il pouvait savourer sa victoire en temps de défaite, c'était aussi un moment privilégié où il devait mesurer l'ampleur de sa déception et tacher de la contenir, du moins pour la soirée, tant que tout le monde serait levé. Mais ils avaient gagné et plus encore, lui, James Potter, avait réalisé un véritable exploit.

« Je suis fière de vous, » avait dit McGonagall.

James se mit à sourire.