Et voici la fin. Merci à tous les fidèles qui m'ont suivie malgré la longueur. Merci à vos reviews (presque 100, j'en attendais pas autant) qui m'ont encouragée dans l'effort. Merci missClo, qui m'a rebrieffée sur Gohan et Videl, même si j'ai un peu corné les personnages.

J'espère que vous avez autant aimé lire que j'ai aimé écrire.

J'encourage tous ceux qui hésiteraient à se lancer à écrire, à nourrir le fandom francophone dbz. Les personnages et leurs histoires ouvrent un millier de possibilités. Pensez-y.

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Epilogue

Le ciel d'été était devenu rose pâle, hésitant timidement à tirer sur le violet de la nuit. Quelques nuages rares, discrets et légers, s'étiraient paresseusement de loin en loin. Couché dans l'herbe, les mains derrière la nuque, Gohan les observaient attentivement. Il attendait de voir si les couleurs changeantes autour d'eux, et la lumière doucement tamisée du soleil mourant, se décideraient à leur donner une forme quelconque. N'importe quelle forme, qui ne serait pas une simple forme de nuages. Mais ils restaient définitivement des nuages aux allures cotonneuses et étranges. Malgré tout, Gohan aimait continuer à les regarder rêveusement et les trouvaient fascinants. Il entendait au loin, le bruit des moteurs et les éclats de voix de la petite foule, des disputes, des rires, le cri de surprise d'une fille.

Un papier tomba du ciel et se colla sur son nez. Sortant de sa méditation, il s'en saisit avec étonnement. C'était un billet. Il fut bientôt suivi d'une pluie d'autres billets, qui se déversèrent sur lui. Il se redressa et constata que Sharp se tenait debout au-dessus de lui, tenant une liasse à chaque main avec un sourire triomphant.

- J'ai gagné, annonça-t-il simplement, il y avait un sacré paquet.

Gohan lui rendit son sourire satisfait et ramassa les billets autour de lui.

- Videl est en train de courir, tu vas pas la voir ? demanda Sharp en s'asseyant.

- Elle va gagner, répondit tranquillement Gohan, qui n'avait pas vraiment envie de bouger, surtout pour s'approcher de la piste, et respirer de la poussière au milieu d'un boucan insupportable.

Sharp défit le haut de sa combinaison pour mieux respirer. Avec l'approche du soir, la température infernale redescendait lentement, mais il était en sueur. Il avait noué ses cheveux sur sa nuque pour avoir moins chaud. Il saisit une bières parmi celle qui s'entassaient au pied de Gohan.

- Toujours, plein de cons ici, grogna Erasa, qui arrivait avec une mine renfrognée, une barquette de frites à la main.

Elle s'assit auprès de ses amis, tandis que Sharp tendait la main pour se servir abondamment dans son plat.

- Videl courre, elle va gagner, chantonna Erasa en écartant instinctivement ses frites hors de portée de Sharp.

Gohan hocha la tête et saisit une bière à son tour.

- Au fait, Gohan, tu nous a pas dit, reprit Sharp, tes vieux ont pas trop râlé à cause de l'exam ?

- Hmm, un peu mais… ça a été.

- Ton père est revenu finalement, nota Erasa.

Elle se mordit aussitôt les lèvres. Gohan ne répondit pas et avala d'une traite plusieurs gorgées de sa bière, laissant planer un silence embarrassant entre eux. Son père était revenu d'entre les morts. Mais pour ses amis, il était simplement « revenu » et Gohan ne pouvait pas vraiment leur expliquer les détails. Il savait parfaitement, qu'ils croyaient tous que Gokû était réapparu piteusement après avoir abandonné sa famille pendant des années, comme un millier d'autres pères, un peu plus normaux, le faisaient. Et la version officielle de sa « mort » n'aurait été qu'une façade pour sauver l'honneur de Chichi. C'est ce qu'Erasa et Sharp avaient très logiquement déduit de la réapparition de Gokû. Et finalement, Gohan se disait qu'ils n'étaient pas si loin du compte. La mort n'avait jamais été un réel obstacle pour son père. Il avait décidé d'en faire un, mais s'il avait voulu, il serait resté auprès d'eux. S'il était parti avec une maîtresse, ça n'aurait peut-être pas fait grande différence.

Gohan avait été heureux de son retour malgré tout. La vie au Mont Paozu avait repris des couleurs, et il ne parvenait pas vraiment à en vouloir à son père. Il était comme ça, insouciant comme un enfant par moment, et pas vraiment taillé pour affronter autre chose que des monstres redoutables, pas vraiment taillé pour faire face à la réalité rugueuse. D'ailleurs, il les avait sauvés, une fois de plus, en détruisant Majin Boo, et c'était au moins un domaine dans lequel on pouvait toujours compter sur lui.

- De toute façon, tu l'as pas loupé de beaucoup cet examen, tu l'auras l'année prochaine, ajouta Erasa, pour dissiper le malaise qu'elle avait cru créer en évoquant le retour de Gokû.

- Sûrement, acquiesça distraitement Gohan.

Il avait raté l'examen final. Chichi aurait dû être furieuse et désespérée, mais elle se s'était plutôt sentie coupable. Elle restait persuadée qu'il aurait brillamment réussi, si elle ne l'avait pas poussé à s'entraîner plus pour le tournoi. Le tournoi. Videl avait eu l'idée. Videl avait dit que c'était le meilleur moyen de canaliser le besoin de Gohan d'exercer sa puissance. Elle avait aussi pointé le fait que c'était une façon plus honnête de gagner l'argent qui lui manquait, et elle lui avait proposé de lui avancer les fonds en attendant que le tournoi se tienne. Il s'était laissé convaincre plutôt facilement. Et, comme elle ne doutait jamais de rien, elle s'y était inscrite aussi, en rappelant qu'elle avait promis de le faire. Il l'avait soupçonnée de croire que s'ils arrivaient tous les deux en finale, il n'oserait pas la battre.

Mais il avait vite compris que Videl n'arriverait pas en finale, quand Végéta et son père avaient décidé de participer. Chichi avait adoré l'idée du tournoi quand il lui avait parlé du montant des gains. La suite des évènements avait un peu dérapé. Carrément dérapé. Mais tout était pour le mieux maintenant, et, surtout, son père était revenu.

L'examen avait eu lieu une semaine avant le tournoi. Gohan savait, quelque part au fond de lui, qu'il aurait pu le réussir. Certainement s'il l'avait voulu. Il était en réalité ravi à la perspective de refaire une année au lycée Satan. Il n'aurait pas trop à travailler, il n'aurait à tuer personne, il n'aurait plus à mentir au sujet de Videl. Ce serait une vraie année de lycéen normal. Une chose dont il n'avait jamais osé rêver. Il observa Sharp et Erasa qui se disputaient autour de la barquette de frites et s'aperçut, qu'il se sentait tout à fait heureux. Il ne se souvenait plus de ce sentiment, enfoui dans ses souvenirs d'enfance. L'impression qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter du lendemain, pas de raison de mesurer ses paroles, ses actes.

- Sharp ! Tu m'as tout bouffé ! hurla Erasa

- T'inquiète, j'ai pleins de petits billets pour en racheter des frites à la con, grogna Sharp en allumant une cigarette.

- Vraiment ? Alors tu viens faire la queue au milieu de tous ces bourrins avec moi, s'indigna Erasa en pointant la baraque à frites en contrebas, assaillie par une foule de types plus ou moins ivres et bruyants.

Sharp soupira en levant les yeux au ciel mais finit par se lever, pour la suivre de mauvaise grâce. Gohan entendait Erasa râler qu'elle détestait cet endroit, la moto, le bruit et la poussière. Elle disait toujours ça, mais Gohan savait qu'après un certain nombre de bières, elle se faisait toujours tout un tas d'amis improbables. Et il était très possible, qu'à la fin de la soirée, ils auraient du mal à la convaincre de rentrer. Il observa ses amis qui s'éloignaient en continuant à discuter vivement.

Il se demanda à nouveau s'il restait quelque chose entre eux. Il n'avait jamais revue Erasa chez Sharp, en tout cas pas seule avec lui chez lui. Mais il avait reconnu un de ses T-shirt accrochée dans la salle de bains. Une fois. Et Sharp ne sortait plus avec Aya. Si on pouvait considérer qu'il était jamais vraiment sorti avec elle. Il ne la fréquentait plus. Il n'était pas sûr que ces détails signifiaient vraiment quelque chose. Sharp avait beaucoup changé depuis la mort de son beau-père. Il avait miraculeusement retrouvé des bijoux, que Maya avait oubliés dans la maison, et s'était empressé de les vendre, ainsi que la voiture dans le garage, pour éviter de travailler. Mais il étudiait un peu plus sérieusement. Il se justifiait toujours en rappelant l'intérêt financier qu'il avait à faire ça. Mais Gohan comprenait que, s'il avait glandé toutes ces années pour contrarier sa mère, il était devenu sérieux exactement pour la même raison. Ça n'avait d'ailleurs pas l'air d'attirer plus l'attention de Maya. D'après ce que Gohan en savait, Sharp et elle s'étaient vus une seule fois depuis le rendez-vous du notaire. Et Sharp parlait de moins en moins d'elle. Et il avait cessé de boire en dehors des soirées entre amis.

L'ombre de Videl s'allongea sur Gohan et troubla le cours de ses pensées. Il leva la tête. Elle était debout devant lui, avec une mine renfrognée, le casque à la main.

- J'ai perdu, marmonna-t-elle, en écartant rageusement une mèche qui s'était collée à son front et menaçait de glisser devant ses yeux.

Elle laissa tomber le casque rudement, et s'assit sur le sol, à côté de lui, avec un soupir de frustration.

- Qu'est-ce qui a pu arriver à la grande Videl Satan, la fille du Sauveur, pour qu'elle perde si lamentablement ? demanda malicieusement Gohan en lui jetant un œil en coin.

- J'ai crevé, coupa Videl, piquée au vif.

Il sourit devant son air boudeur. Elle était très mauvaise perdante. Il passa sa main sur son épaule et la serra contre lui.

- Moi, je te laisserai pas tomber, dit-il avec une voix singeant la tragédie.

Elle se dégagea de son emprise pour saisir une bière.

- C'est nul ! Maintenant je peux plus courir de la soirée ! râla-t-elle, encore contrariée de sa mésaventure.

Elle but une gorgée et entreprit d'enlever sa combinaison. Il était derrière elle et l'observait se débattre avec le tissu rigide. L'opération dénuda une partie de son épaule, allumant une étincelle dans le ventre de Gohan. Elle avait les cheveux courts maintenant, elle les avait coupés sur son conseil, en prévision du tournoi. La lumière rasante du soir tombant se reflétait sur sa peau. Après plus de six mois, elle continuait à le subjuguer. Le moindre des détails de sa personnalité, de son corps, de sa vie même, continuait à le fasciner.

Elle n'avait jamais révélé son secret. Elle n'avait jamais craqué. Un flic, un peu plus perspicace que les autres, lui avait tourné autour avec insistance, persuadé qu'elle en savait plus qu'elle ne le disait. Il avait renoncé. Elle protégeait Gohan plus sûrement qu'un rempart, et il savait que, quoi qu'il arrive, elle le ferait toujours. Comme lui la protégeait. C'était elle qui avait décidé de ce silence. Elle avait décidé que personne n'avait besoin de savoir.

Après l'incendie allumé par Iko, Gohan n'était plus très sûr de savoir ce qu'il devait faire, ni dans quelle direction il devait aller. Pour la première fois de sa vie, ses idées n'étaient plus si claires, ses convictions avaient vacillé. Il s'était senti coupable vis-à-vis des victimes d'Iko, mais, assez bizarrement, il n'avait jamais regretté d'avoir refusé d'exécuter le contrat de M. Il avait juste retourné mille fois dans sa tête, la question de savoir ce qu'il aurait dû faire, ce qu'il avait raté. Avec le temps, doucement mais fermement Videl lui avait fait comprendre qu'il n'avait pas à porter le poids du monde sur ses épaules. C'était un discours nouveau aux oreilles de Gohan. Son père avait pu le lui tenir quand il était plus petit, mais il ne l'avait jamais mis en pratique et n'avait pas hésité, malgré tout, à placer les espoirs de tous entre ses mains d'enfants. Videl n'exigeait rien de tout cela, juste qu'il soit heureux. Et il s'apercevait que, quand était venu le temps de combattre Boo, il avait été volontaire pour le faire. Vraiment volontaire. Il avait pensé à elle en premier lieu et il s'était presque réjoui d'avoir l'occasion de la protéger une nouvelle fois. Et il avait aimé se battre. Il n'avait pas eu besoin de forcer sa colère.

M avait envoyé d'autres photos, et des messages aussi. Gohan avait fini par détruire le portable. Surtout, il n'avait jamais cherché à savoir qui étaient les gens sur les clichés. Un jour, en sortant du lycée, il avait trouvé M, l'attendant de l'autre côté du trottoir, son gros cigare en bouche. Gohan n'avait pas hésité à le rejoindre pour lui parler. Il n'était ni embarrassé, ni furieux de le voir, juste déterminé.

- Eh, bien Gohan, tu es sûr de vouloir rompre nos accords ? avait tranquillement demandé M.

- C'est fini. Je vous l'ai déjà dit, répliqua Gohan

- Je sais, mais tu ne fais pas toujours ce que tu dis. Je me demandais…

- Arrêtez de vous poser des questions. Et arrêtez de m'envoyer des photos.

M avait levé un sourcil et, pour la première fois, Gohan avait senti son flegme s'émousser.

- Dommage…avait-il simplement murmuré.

Puis il s'était éloigné, et Gohan n'en avait plus jamais entendu parler. Il avait redouté un temps que M ne cherche un moyen de le ramener vers lui, d'une manière ou d'une autre, mais il ne s'était plus manifesté. Il avait littéralement disparu de sa vie. Gohan n'avait jamais essayé de savoir qui il était réellement, ou le but qu'il avait poursuivi en lui faisant tuer tous ces gens. Il avait juste eu envie d'oublier.

Mais, après le combat contre Boo, Gohan avait redouté que Végéta ne parle à son père de ce qu'il avait fait. Il s'était vite rendu compte que c'était une crainte totalement stupide. Gokû aurait certainement été la dernière personne à qui Végéta se serait confié. Il n'avait même visiblement jamais rien raconté à Bulma. Végéta semblait considérer que ce que Gohan avait fait, s'être laisser aller à devenir un tueur, sans réels remords, et même parfois avec satisfaction, relevait de son côté saïyen. C'était un problème de saïyen qui ne pouvait être compris que par des saïyens. Les saïyens sont violents, ils aiment le sang, c'est comme ça. L'inaction et les petites civilités du monde des humains sont parfois pénibles pour nous. Peut-être qu'il avait raison après tout. Végéta lui-même avait laissé le démon l'emporter en permettant à Majin Boo de le posséder. Il s'était procuré un alibi pour se livrer à cette violence que les humains interdisaient. Cette violence que Bulma, ou même Videl, interdisaient. Gohan soupira. Il se sentait heureux mais il ne devait pas oublier à quoi tenait ce bonheur, il devait veiller à ce que le démon ne puisse plus faire surface.

Il enroula ses bras autour de la taille de Videl, qui s'était rassise à côté de lui, et observait la course en cours à la jumelle. Il appuya sa tête sur son épaule. Un peu surprise, Videl baissa les yeux sur lui et passa affectueusement sa main dans ses cheveux. Savourant la douceur de sa main dans ses mèches et son odeur entêtante, Gohan regarda rêveusement le ciel. Il se fit la réflexion que la nuit ne paraissait finalement pas vraiment décidée à tomber.

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