Nanmin no Shima

Tachi et ses infirmières se précipitèrent vers Bonney et Law, qui portaient chacun des villageois qui semblaient aux portes de la mort. Des gouttes de sang tombaient sur le sol à une vitesse terrifiante, laissant supposer l'état grave dans lequel ces innocents se trouvaient. La rose déposa délicatement une jeune fille sur les dalles de la rue. Une partie de son visage était brûlée au second degré, sa jambe droite était en lambeaux et Tachi sut instinctivement qu'elle ne pourrait la sauver il faudrait l'amputer.

L'infirmière en chef jeta un coup d'œil à ses subordonnées. Elles la soulevèrent doucement - bien qu'elle ne dût plus sentir grand-chose, étant proche du coma, et l'entraînèrent sous la tente de fortune, qu'elles avaient montée pour soigner les victimes. Tachi se détourna rapidement et écouta Trafalgar énoncer d'une voix froide et sérieuse :

« Multiples brûlures sur le torse, poumons perforés, trauma crânien, hémorragie causée par l'amputation de sa main lors de la chute du toit. »

L'infirmière de Barbe Blanche acquiesça et regroupa l'équipage de Law et les médecins faisaient partis des pirates présents. Tous se précipitèrent sous l'hôpital de fortune. Les cris ne cessaient jamais, tandis que les hors-la-loi continuaient de ramener des survivants.

Alors qu'elle allait anesthésier l'homme amené par le capitaine des Heart Pirates, Barbe Blanche apparut et annonça de sa voix grave qu'il partait dans la forêt chercher des villageois, qui auraient pu se réfugier dans les bois. Son regard fut attiré par Kidd, qui se tenait légèrement en retrait de l'homme le plus fort du monde. Dans ses bras reposait un corps lâche, mou. Le sadique se rapprocha de Tachi et lui demanda d'une voix dénuée d'émotion.

« Elle était dans la même maison que ces deux-là, dit-il en désignant l'homme apporté par Law et l'adolescente ramenée par Bonney. Sûrement la mère… Elle est morte sur le trajet. Je la dépose où ? »

L'infirmière en chef de Barbe Blanche cligne des yeux et détailla le visage de la femme plein de suie, puis les brûlures au troisième degré sur sa poitrine et son cou. Elle n'aurait pas survécu assez longtemps pour l'emmener sur l'un des navires pour pratiquer une chirurgie en toute sécurité. C'était d'ailleurs un miracle qu'elle est survécue autant de temps. Elle croisa le regard froid de Kidd et désigna rapidement d'un signe de tête le fond de la tente où des corps étaient entreposés sous des draps blancs.

M&S

Marco s'arrêta net en apercevant en face de lui la seconde division, qui semblait en pleine discussion, laquelle se termina lorsqu'ils virent le phénix et ses subordonnés derrière lui.

« Qu'est-ce que tu fous là ? s'exclamèrent en chœur les deux commandants.

- On cherche à retrouver la quatrième et cinquième division, répondit le blond en même moment où le brun lançait :

- On discute sur ce qu'on devrait faire. »

Les deux hommes se sourirent, puis redevinrent graves.

« Occupe-toi de la princesse Shizen, railla Portgas. Nous, on va aller voir Vista et ses hommes.

- On se rejoint ici. »

Sur un signe de tête, ils se séparèrent. La première division se dirigea vers l'Est et, celle d'Ace vers l'Ouest. Ce dernier avait remarqué que le Mentaru avait observé la direction opposée à celle de Lia et ses subordonnés en désignant le groupe de l'Épée fleurie.

M&S

Kan, qui se trouvait en première position avec Hiroshi, se figea immédiatement en voyant devant lui Ritsu hurler, les yeux exorbités fixant avec angoisse Itsuki. La lame de la scie continuait d'avancer, assoiffée de sang, menaçant le vieil homme qui fermait férocement les yeux, les joues noyées de larmes.

« Ô mon Dieu », s'étrangla Sohalia le regard rivé sur l'ancien médecin en chef de leur équipage.

Au son de la voix féminine, Itsuki ouvrit brusquement les yeux et les écarquilla en apercevant la blonde. Kenta relâcha la commandante et se précipita vers l'engin mortel. Ikaku le suivit immédiatement avec Hayate, afin de détruire la scie ou de la stopper un court instant. Hogo, lui, entreprit d'enlever les chaînes de l'ancien amant de Lady. Aki et Yori étaient déjà aux côtés de Ritsu, qui ne s'arrêtait pas de brailler qu'ils devaient sauver Itsuki. Remarquant que le plus jeune de la division avait du mal avec les menottes de l'ancienne marine, Hiroshi vint lui prêter main-forte ? Genjiro, Hade, Kan et Sohalia se trouvaient toujours devant l'entrée de la salle, pétrifiés par la terreur, regardant tour à tour la scie et l'horloge.

Soudain, un bruit de ferrailles les fit tous sursauter. Aki et Hiroshi venaient de libérer la rousse de ses chaînes. Le plus jeune et le médecin de la division la forcèrent à rejoindre l'entrée, pendant qu'Hiroshi s'empresser de détacher la main droite d'Itsuki, alors qu'Hogo semblait devant une impasse sur la menotte de la main gauche.

Sohalia écoutait le vieil homme les supplier de filer, de le laisser, qu'ils ne pourraient rien faire. Une boule vint bloquer sa gorge. Elle n'avait plus la force nécessaire pour faire apparaître quelque chose d'assez imposant pour protéger Itsuki. Elle maudissait sa faiblesse tout en priant que ses hommes réussissent à le sauver. Mais, fatalement, la scie se rapprochait.

L'ancien médecin en chef planta son regard d'un vert pénétrant dans le sien. Ses yeux n'étaient pas comme ceux de Jef. Ils n'avaient rien de fascinant, d'hypnotisant ou qui vous mettez mal à l'aise. Lorsqu'on avait la chance de croiser son regard, on ressentait une chaleur douce et accueillante, une patience sans limite, et un amour pour la vie et ses proches. La Shizen se sentit redevenir la petite fille blonde intrépide, impatiente, têtue qu'elle avait été. Elle se revoyait assise dans l'infirmerie, un Itsuki plus jeune se tenait devant elle, usant de toute sa patience pour la convaincre de se laisser vacciner. Puis, le médecin était au-dessus d'elle, fronçant les sourcils sous la concentration, un fil et une aiguille dans une main, se préparant à soigner une blessure quelconque qu'elle avait eue. Ce même médecin transformant chaque examen médical en jeu afin qu'elle se tienne tranquille.

« Je suis content de te savoir en vie, Lia-chan… » souffla-t-il.

La boule grossit et les larmes dévalèrent les joues sales de la jeune femme sans sa permission. Pitié, pas encore, pas lui… martelait-elle dans ses pensées. Frénétiquement, son regard ne cessait d'aller de la scie à Itsuki. Il devait bien y avoir un moyen ! Il était hors de question qu'il meurt ainsi devant ses yeux ! Une idée ! Doucement, elle le sentit pénétrer son esprit.

« Il y a un moyen… La scie a soif… Donne-lui ce qu'elle veut… Du sang… »

Le Mentaru partit aussitôt de ses pensées. Elle cligna des yeux et oublia instantanément l'intrusion de Jef comme si l'idée venait d'elle. C'était ça ! C'était le seul moyen ! Oui, le seul ! Elle analysa une dernière fois la situation.

Yori et Aki s'occupaient de Ritsu. Genjiro était alerte, prêt à défendre leur petit groupe au moindre de signe de danger. Kan, lui, avait les yeux perdus dans le vide, essayant sûrement de savoir ce qu'il allait se passer. Verrait-il sa mort ? Voyait-il ce qu'elle avait l'intention de faire ? Aurait-il le temps de l'en empêcher ? Elle secoua la tête, s'attirant un regard curieux du médecin. Hade fixait anxieusement Hogo et Hiroshi qui continuaient de se débattre avec les chaînes du vieil homme. Kenta et Ikaku, aidé d'Hayate, tenter de dessouder la scie du sol pour l'envoyer contre un mur. Même si Kan voyait ce qu'elle préparait, il n'aurait pas le temps de donner l'alerte, de la stopper. Aucun d'entre eux ne le pourrait.

Brutalement, les cris de l'ancienne marine s'intensifièrent, se faisant plus aigus, plus pressants, plus désespérés. Sans même savoir comment, la Shizen se propulsa vers Itsuki. Elle tomba lourdement sur lui, le recouvrant entièrement de son corps, lui offrant le meilleur rempart qu'ils puissent créer pour le sauver. Tout ce qu'elle perçut fut les hurlements de ses hommes, éclipsant le bruit horrible de la scie mordant dans la chair. Puis, plus rien.

S&H

Les yeux écarquillés par l'horreur, le bras tendu vers la jeune femme dans un geste vain de la stopper, il fit un pas en avant tout en hurlant avec les autres. La chair fut à peine mordue que la scie se figea et le corps retomba inerte sur les deux autres dans une éclaboussure de sang.

La seconde suivante, la vie sembla réintégrer les personnes présentes. Tous se précipitèrent vers les trois pirates inconscients. Marco retrouva, lui aussi, la capacité de mouvoir ses jambes. Hogo, Ikaku, Kenta et Hayate étaient déjà en train de déplacer Hiroshi. Il avait été le premier à réagir. Il s'était interposé sans aucune hésitation.

Le phénix avait encore les images qui frappaient au ralenti son esprit. Il venait tout juste d'arriver lorsqu'il avait vu Sohalia s'envoler littéralement vers Itsuki. Il avait d'abord été ébloui par la scène. La Shizen avait alors été enveloppée de papillons dorés, qui s'étaient évanouis à l'instant où elle avait percuté le vieil homme. Il avait ensuite vu Hiroshi les protéger de son corps, s'effondrant sur eux de tout son poids.

Yori criait des ordres à plein poumons au médecin de la première division, qui avait également assisté au sacrifice, plaquant ses mains sur la plaie béante dans le dos du pirate, déclenchant chez lui une série de beuglements dus à la douleur.

Aki et Marco s'occupèrent de dégager la commandante, couverte de sang. Les autres explosèrent les chaînes d'Itsuki à grands coups d'épée. Le vieil homme était inconscient, tout comme la blonde. Les deux hommes la déposèrent délicatement sur le sol et le second de l'équipage s'empressa de retirer les cheveux de son visage. Il se pétrifia en le voyant, tandis qu'Aki hoquetait violemment. Du sang coulait lentement, mais sûrement, de ses oreilles, ses yeux, son nez et sa bouche. Rapidement, le phénix lui prit son pouls et blanchit.

« Yori ! Son corps ne bat plus ! »

S&H

Jamais, oh grand jamais, il n'avait cru qu'elle ferait ça ! Il avait voulu qu'elle sacrifie quelqu'un, mais pas elle ! Non, pas elle ! Il se tourna vivement vers la sphère et lui ordonna de l'emmener là-bas, peu importe le prix, il le paierait. L'ancien ne dit mot et s'exécuta. L'instant d'après, il était dans le labyrinthe à quelques pas de la Shizen.

Ritsu fut la première à le remarquer. Avant même, qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche, il s'infiltra dans ses pensées remplies de terreur, de douleur, de désespoir, ce qui le ravi, et lui ordonna de se taire, de ne pas bouger. L'esprit de la rousse se vida et son corps se détendit avant de s'écrouler au sol, tel une poupée de chiffon. Bien vite, il eut sous son contrôle les pirates qui l'entouraient, avançant ainsi tranquillement vers Sohalia. Il s'étonna quelque peu de la hargne qu'il perçut dans les pensées du phénix, alors qu'il s'agenouillait à côté de la blonde, mais l'ignora aussitôt. Il n'était rien pour lui.

« Tu es stupide… » souffla-t-il en caressant sa joue.

Ces saignements étaient le signe que la jeune femme avait trop usé de ses pouvoirs, et son corps ne l'avait pas supporté. Il n'arrivait pas à croire ce qu'elle avait réussi à faire. Ces papillons étaient la forme que prenaient les esprits purs pour guider et aider ceux qui en avaient besoin. Jusqu'à ce jour, seul un membre de chaque lignée avait réussi à les utiliser. Les Shizen en comptaient dorénavant deux.

Lentement, il posa ses mains sur la poitrine de la blonde, déclenchant un accès de rage chez le commandant de la première division, et entama un massage cardiaque. Un, deux, trois, quatre, cinq… Il se pencha sur les lèvres rougies de sang et insuffla une bouffée d'air. Un frisson l'agita au contact de sa bouche sur la sienne, lui remémorant des souvenirs qu'il avait enfouis aux fins fonds de sa mémoire. Pas la peine de parler d'âme dans son cas, puisqu'il n'en avait plus depuis un certain temps déjà.

Il recommença une fois, deux fois, trois fois. Encore et encore… Ne s'arrêtant pas. Ne perdant pas un espoir. Il était certain de pouvoir la ranimer. Ce ne fut qu'à la septième fois qu'elle écarquilla les yeux et inspira profondément, tout en se dérobant de l'emprise du Mentaru. Jef s'écarta encore un peu plus, voulait garder une distance de sécurité qu'il estimait non négligeable compte tenu du caractère sulfureux de la Shizen. Il attendit, impassible, qu'elle reprenne ses esprits. Il perçut le soulagement du phénix, ainsi qu'une colère soutenue dirigée vers sa petite personne. Il aurait bien souri, mais Sohalia le transperçait de son regard, les cheveux en bataille, lui donnant ce petit air d'animal sauvage qu'il adorait tant.

« J'suis morte ? questionna-t-elle en le dévisageant, méfiante.

- Non, mais ce n'était pas loin, répondit-il sereinement comme s'ils discutaient de sa pointure de chaussures.

- Alors, que fous-tu là ? siffla-t-elle en se redressant et en tanguant sur ses pieds.

- Je suis venu te sauver.

- Jef… Tu veux me tuer… soupira-t-elle comme si elle expliquait quelque chose de simple à une personne lente d'esprit.

- Oui, dit-il en lui lançant un immense sourire.

- Sois logique ! s'écria-t-elle.

- Je veux te tuer, mais pas de cette manière. Pas d'une façon aussi froide. Je ne veux pas assister à ta mort comme un spectateur, mais en être le metteur en scène et l'acteur principal. Je veux que ça soit mes mains qui t'ôtent la vie. Ces mêmes mains qui ont exploré chaque centimètre de ta peau, qui t'ont enlacé, caressé. Je veux que tu éprouves ce que je ressens pour toi. Mon amour, comme ma haine.

- Dire que ce n'est que maintenant que je comprends que tu es un grand malade… » grommela-t-elle.

Il ne répliqua pas, bien trop intrigué par la fureur pure qui venait d'éclater dans l'esprit du commandant de la première division, attirant par la même occasion le regard de la Shizen sur celui qui retenait l'attention de Mentaru.

Le phénix était toujours statufié, à genoux sur le sol. La blonde se précipita vers lui en l'appelant, se plaça à sa hauteur et le secoua dans tous les sens dans l'espoir d'avoir une réaction. N'en remarquant pas, elle plongea ses yeux dans les siens.

Jef ne manqua aucun geste de Sohalia, ne la quittant pas du regard. Il la vit observer ce pirate droit dans les yeux, ne semblant pas être mal à l'aise, bien au contraire. Il lui fut impossible de ne pas déceler la douceur du sourire qu'elle lui adressa, ni même la tendresse qu'elle eut en posant délicatement ses mains sur les joues du phénix. Mais, surtout, il lui fut inimaginable de ne pas remarquer l'amour qui jaillit dans l'esprit du commandant de la première division.

Il capta sans mal certaines images dans les pensées du second de l'équipage. Sohalia était assise dans un lit d'hôpital et relevait la couette tout en forçant le blond à s'allonger à ses côtés. L'échantillon de souvenirs se modifia et la jeune femme s'asseyait à présent sur les genoux du pirate. Le Mentaru sentait le désir émanait de l'homme. La vision changea. La colère remplaça l'envie, alors qu'il apercevait la Shizen endormie sur le torse de Portgas. Soudain, ce fut la frustration pendant qu'il fixait la commandante dans sa tenue officielle, sa tenue de membre d'une famille d'élite. Le soulagement de la serrer à nouveau dans ses bras, alors qu'ils étaient dans l'obscurité des cales du navire. La joie de la voir rire avec ses hommes, bien qu'elle soit couverte de neige. La sérénité qu'il avait ressentie durant la matinée qu'ils avaient passé ensemble dans sa cabine. Sa fureur qui l'avait consumé lorsque Sohalia leur avait avoué que le Mentaru avait été son premier amant avant d'être un ennemi. L'horreur, la jalousie et la douleur qui l'avait assailli en la voyant se placer aux côtés du prince Akihide Shizen, vêtue d'une simple serviette à l'image du prince, en comprenant qu'ils avaient couché ensemble. De son désespoir alors qu'elle l'ignorait après l'avoir giflé. De son bien-être quand il lui avait avoué ses sentiments et qu'elle avait accepté de lui laisser une chance de la séduire. De son bonheur en voyant qu'elle ne le fuyait plus suite à leur petit-déjeuner en tête à tête. De son euphorie lors de leur danse durant la fête pour sa nomination de commandante de la quatrième division. De son espoir en s'apercevant qu'il la troublait plus que ce qu'elle voulait bien admettre.

Ô oui… Jef n'en perdit pas une miette, sentant la fureur grandir à chaque moment que le pirate et la jeune femme avaient partagé. Il était loin d'être idiot, et encore moins aveugle. Il voyait comment la Shizen détaillait le pirate. Sohalia l'avait contemplé de cette façon aussi, autrefois… Sa respiration s'accéléra avec l'accès de rage qui le ravageait.

Soudain, la blonde le transperça d'un regard dur et froid.

« Que lui as-tu fait ? s'écria-t-elle en se redressant pour s'enquérir de l'état de ses frères. Qu'as-tu fait ? Redonne-leur leur liberté ! Libère… »

La jeune femme se figea. Ses yeux fixèrent avec horreur la flaque de sang, qui grandissait à vue d'œil. La commandante tangua aux côtés d'Hiroshi et se laissa tomber, ignorant le plasma qui tâchait ses jambes. Elle eut un haut-le-cœur en apercevant le dos déchiqueté de l'homme.

« Libère Yori ! Je t'en prie, Jef ! Libère les médecins ! Il faut faire quelque chose ! Par pitié, Jef ! » hurla-t-elle de désespoir.

Le Mentaru la dévisagea comme s'il ne savait pas de quoi elle parlait. L'esprit de l'homme aux cheveux blancs était encore concentré sur les images qu'il avait vues dans les pensées du phénix. Il voulait qu'elle souffre autant que lui. Il voulait se délecter de ses expressions lorsque le pirate pousserait son dernier souffle de vie - ce qui ne devrait plus tarder. Ils pourraient libérer tout le monde, comme elle le lui demandait, afin de la faire espérer et rendre cela encore plus douloureux, mais il savait pertinemment qu'une partie d'entre eux se jetterait sur lui, l'empêchant d'être présent au moment fatidique. Il sourit doucement et Sohalia comprit.

« Jef… S'il te plaît… » souffla-t-elle en fermant les yeux.

Elle les rouvrit rapidement en sentant le corps de son frère avoir un sursaut. Elle toucha doucement son visage, essayant de l'apaiser. Hiroshi était secoué de spasmes de plus en plus violents. La Shizen ravala ses sanglots et, en évitant soigneusement de croiser les yeux de ses frères, elle le retourna pour que son visage soit face au ciel. Elle déposa délicatement la tête de son frère sur ses genoux, puis déchira un morceau de sa chemise pour lui nettoyer le visage. Lorsqu'elle découvrit les larmes de son camarade, les siennes lui firent écho.

Elle se redressa une fois sa tâche accomplie et tourna ses yeux vers le ciel d'un gris sinistre. Elle inspira profondément et expira longuement afin d'être sûre que sa voix ne tremblerait pas. Elle n'avait jamais chanté cette chanson à haute voix. Cette musique était connue sur toute son île. Tous la connaissaient. Elle apaisait les âmes tourmentées. C'était Emi qui lui avait appris. Normalement, on la chantonnait doucement, mais, aujourd'hui, il y avait plus d'une âme à tranquilliser. Elle ouvrit les yeux et caressa la joue d'Hiroshi, en espérant que sa voix atteigne ceux dont l'esprit était agité.

Jef n'avait jamais cru aux propriétés apaisantes de cette mélodie. C'est pourquoi il fut stupéfait en constatant qu'Hiroshi cessait de paniquer. Il fut encore plus surpris quand il capta dans les pensées du phénix un souvenir où la blonde et lui étaient allongés dans un lit. La jeune femme chantonnait doucement la même chanson.

Le Mentaru serra les dents et se concentra de nouveau sur la princesse et le pirate. L'homme se laissait bercer par le chant doux, tout en ranimant ses souvenirs joyeux. Ca allait du simple dessert fait par sa mère aux doux baisers d'une femme. Étonnamment, son entrée dans l'équipage fut celui qui fut le plus clair, le plus vif. Il avait ressenti tellement de fierté, tellement de joie. Il s'était retrouvé un foyer. Les beuveries et la gente compagnie succédèrent aux tendres souvenirs d'enfance.

L'homme aux cheveux blancs sursauta, surpris, en entendant le pirate crier le prénom de sa supérieure, qui était alors une enfant. Jef se concentra sur elle, ravi de voir des moments qu'il ne connaissait pas. Le pirate semblait tentait d'apprendre à pêcher à la fillette, qui semblait particulièrement distraite. La jeune Shizen apparaissait de temps à autre, souvent accompagnée du commandant du mourant et du phénix. Le Mentaru vit la blonde grandir et devenir celle qui l'avait rencontré sur l'île. Puis, soudainement, elle disparut, pour revenir après une longue série d'images.

Sentant Hiroshi se détendre, elle posa deux doigts sur son cou pour avoir son pouls. Elle le sentit ralentir peu à peu et ferma les yeux férocement et les rouvrit pour sourire à son frère, qui observait le ciel. Sohalia ferma de nouveau les paupières, ne supportant plus de voir le sang couler de ses lèvres closes.

L'homme aux cheveux blancs continuait de s'immiscer dans l'esprit du pirate, tandis que la Shizen poursuivait son chant. Les souvenirs commencèrent à faiblir. Jef sortit des pensées d'Hiroshi et détailla la commandante de la quatrième division, ébloui. La blonde gardait son visage dirigé vers le ciel, les yeux clos, des perles salées dégoulinant sur ses joues. La jeune femme avait toujours été belle, mais ce n'était pas ce qui laissait sans voix son ancien amant.

En effet, Sohalia était de nouveau entourée par des papillons dorés. Tournant autour des deux corps, ils finirent par se poser sur Hiroshi. Ils y restèrent de longues secondes, puis s'envolèrent vers le ciel pour disparaître dès l'instant où la Shizen ouvrit les yeux pour fermer ceux d'Hiroshi. Elle posa son front contre le sien et éclata en sanglot.