Le mois de Septembre était enfin arrivé après l'interminable mois d'aout. Contrairement aux autres années où Sam adorait ses vacances d'été, il les avait détesté cette fois-ci. Cela faisait trente long jours que son frère était parti. Trente jours que sa mère se rongeait les sangs près du téléphone et trente jours que son père sillonait la ville, en désespoir de cause. Cela ne servait à rien, d'après lui Dean était déjà loin depuis un bout de temps. Parce que Dean faisait des choses importantes même s'il n'avait aucune idée de leur objet...
Il n'avait appelé qu'une seule fois. Une seule fois en un mois...Et Sam se sentait déçu, en colère et frustré de ne rien pouvoir faire...Il lui avait promis d'être toujours là, d'être toujours son grand-frère! Ca faisait un mois qu'il n'avait plus de nouvelle!
La rentrée avait été un autre jour de désillusion pour ses parents. Son père avait été persuadé que Dean allait retourné au lycée malgré les dires de sa mère, qui n'y croyait pas vraiment. Et pour cause, Dean ne s'était pas présenté à la rentrée et le directeur n'en savait pas plus qu'eux. Sa mère s'était mise à pleurer et son père avait tenté de lui sourire en se voulant rassurant.
- Tu croyais réellement qu'il allait retourner à l'école, John? Avait demandé une Mary affligée.
- Je ne pensais pas qu'il foutrait son avenir en l'air à cause de ça...Avait répondu son père d'un ton déçu.
Contrairement à eux, il ne s'inquietait pas vraiment pour Dean. Dean était un héros et les héros sont pratiquement invincibles mais sa présence se faisait cruellement ressentir. Il n'avait jamais eu autant conscience de ce qui le liait à son frère que maintenant qu'il n'était plus là. La vie était juste morose sans lui...
Lui, par contre, avait reprit le chemin de l'école pour sa dernière année au collège, et pour la première fois, cela ne suscita pas d'excitation particulière. C'était à Dean qu'il racontait tout, des amis qu'il se faisait jusqu'aux matières qu'il préferait. C'était à Dean qu'il se plaignait des brutes du collège et à lui encore qu'il demandait un coup de main en cas de besoin.
Aujourd'hui donc, était un jour triste selon lui. Sans Dean. Le ciel semblait être de son avis puisqu'il pleuvait averse. Cela faisait deux semaines que l'école avait reprit et il n'avait pas encore su s'interesser à quoique se soit. Aucune leçon n'arrivait à attirer son attention. Un soupir las passa la barrière de ses lèvres alors qu'il enfilait ses chaussures. Etrangement, depuis que Dean était parti, ses parents commençaient à lui laisser une certaine autonomie. Peut-être avaient-ils peur qu'il ne ressente, lui aussi, le besoin de partir un jour? Peut-être avaient-ils simplement décidés qu'il était assez mature pour comprendre que Dean n'était pas un exemple à suivre...De toutes les manières, il allait et rentrait seul du collège maintenant, qui ne se trouvait jamais qu'à trois rues de la maison.
La journée passa lentement, entre les cours auquels il essayait réellement de prendre goût et ses amis, qui l'abreuvaient de conseils tous aussi creux les uns que les autres.
- Faut pas t'inquièter, Sam, mon frère aussi a fugué et il est revenu quand il avait plus un sous...
- En plus, il doit vraiment bien s'amuser, non, sans les parents sur le dos?
- Toute façon, ton frère, il était assez spécial, non?
Sam avait fini par les envoyer se faire voir. Dean n'avait pas fuguer. Ce n'était pas une simple fugue, merde! Il était parti! Parti pour de bon! A la fin de la journée, Sam s'était isolé dans le fond de la classe, la mine fermée, tentant tant bien que mal de se concentrer sur ses math. Quand la sonnerie retentit signifiant la fin des cours, il s'éclipsa discrètement et soupira lourdement en franchissant les portes du collège. Il pleuvait des cordes et il n'avait aucune envie de courire jusque chez lui...
Avec fatalité, il sortit du préau de l'école et affronta la pluie tiède qui tombait littéralement en cascade. Moins de cinq minutes plus tard, il était trempé jusqu'aux os, ses vêtements dégoulinants misérablement sur le sol déjà inondé. Mais il ne pressa pas le pas, incapable de ressentir la moindre envie de retourner dans sa maison trop vide.
Cela faisait un quart d'heure qu'il marchait, des idées pleins la tête quand il sentit quelque chose lui agripper le bras et le tirer dans une ruelle. Ayant une mémoire encore très vivace de sa mauvaise expérience alliant une ruelle et un inconnu, il se débattit sauvagement contre sa agresseur jusqu'à ce qu'une voix étouffée par le clapotis de la pluie lui parvienne.
- Dean? Lança-t-il avec entrain et espoir.
- Non mais qu'est-ce qu'il te prend de te ballader comme ça sous la pluie? Gronda son grand-frère en le trainant sous une corniche pour les abriter.
- C'est vraiment toi? Demanda le plus jeune avec un sourire jusqu'aux oreilles.
- Non, c'est le pape! Répliqua Dean, partageant le même sourire.
- T'es vraiment là? S'assura Sam, des larmes au fond des yeux.
Dean ne répondit pas tout de suite, se contentant de sourire tout en passant une main dans la tignasse ruisselante de son petit frère.
- Evidemment, banane. Souffla-t-il tendrement.
- Je...je...Tu m'as manqué, Dean! S'écria alors Sam en fonçant dans les bras de Dean.
Celui-ci l'acceuillit chaleureusement dans ses bras, enfouissant son visage dans les cheveux fin de son frangin. Il pouvait sentir Sam bouiner son visage dans son torse et laisser ses larmes détremper sa chemise. Il ressera ses bras.
- Je suis désolé, bonhomme. Souffla-t-il doucement. Je sais que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé...
Sam ne répondit pas, la figure toujours enfouie dans la poitrine de son grand-frère. C'était fou comme sa présence pouvait le rassurer...Même quand il était plus jeune, les bras de Dean était plus réconfortant que ceux de son père. Il s'y sentait plus protégé...Après un moment de ce silence complice, Sam se décolla de son frère pour le regarder dans les yeux.
- J'ai rien dit, tu sais? J'te l'jures! Lança-t-il avec gravité.
- Je sais Champion...Sourit Dean en repassant une de ses mains dans ses cheveux en bataille.
- Tu va revenir à la maison? Demanda le plus jeune, une note d'espoir dans la voix.
Un triste sourire se peignit sur le visage de Dean avant qu'il ne secoue la tête de droite à gauche, doucement.
- Non, champion, je ne rentres pas...
- Papa regrette, tu sais? Il ne voulait pas dire ça! Et maman n'arrête pas de pleurer et je...S'emballait Sam.
- Non, Sammy, je ne rentre pas. Le coupa gentiment Dean.
- Mais pourquoi? Lança Sam, telle une plainte.
Encore une fois, Dean sourit tristement, un air embêté plaqué sur le visage. Il ne pouvait pas dire la vérité à Sam, comme quoi ce départ était tombé à point pour lui et qu'il était nécessaire mais il ne voulait pas non plus lui mentir.
- Je suis venu pour te donner quelque chose. Répondit-il simplement en sortant un objet de son sac.
- Quoi? Interrogea Sam en tendant le cou, aussi curieux que n'importe quel enfant de son âge.
- Ca...Lui répondit Dean en lui tendant un téléphone portable. Comme ça, continua-t-il, on pourra se joindre plus facilement. J'en ai un, moi aussi, et mon numéro est déjà encoder dedans.
Pour toute réponse, Sam se contenta de regarder le téléphone de plus près. Un de ses camarades de classe en avait déjà un et il avait paradé devant toute la classe avec, se vantant du fait que son père était assez riche pour pouvoir lui en acheter un...Comment Dean, ayant fugué de chez leurs parents il y a peine plus d'un mois, pouvait en avoir les moyens? Il jeta un coup d'oeil suspicieux à son frère qui le capta aussitôt...
- Ne pose pas de questions Sam, prends-le juste. L'avertit alors Dean.
- Je suppose que je ne peux pas le dire à maman et papa? Demanda le plus jeune, les sourcils fronçés.
- Tu supposes bien. Opina Dean avec un sourire.
- Pourquoi? Lança Sam, avec de la plainte de nouveau audible dans sa voix.
- Parce que Sammy. C'est entre toi et moi, d'accord?
- NON! S'écria Sammy en s'écartant de lui. Non! Tu as toujours dit que la famille était le plus important! Lança-t-il avec détresse et colère. C'est ce que tu m'as toujours dit! Et là, alors que maman et papa ne demandent que ça, tu veux pas revenir! Ils sont vraiment très tristes! Insista Sam, le regard brillant.
- Sam, n'insiste pas. Souffla Dean, soudain gêné. Je ne rentrerais pas.
- Tu m'as mentis alors! La famille, c'est pas si important que ça pour toi! Siffla Sam, partagé entre la colère et la déception.
- Ne redis jamais ça! Gronda Dean en se rapprochant brutalement de lui pour lui saisir le bras.
Le brusque changement d'humeur de son frère, ainsi que son geste et sa voix, l'effraya et Sam se défit rapidement de la prise tenace de son frère. A présent, des larmes roulaient librement le long de ses joues rougies par les émotions.
- J'te déteste! Lança-t-il sauvagement avant de partir en courant.
. . .
J'te déteste!
Les mots se répétaient en boucle dans sa tête, encore et encore. Des mots assassins qui le tuaient sur place, qui comprimaient sa poitrine et l'étouffaient littéralement. C'était la première fois que son frère les disait dans ce monde et certainement pas la dernière. Avant, dans l'autre vie, l'adolescence de Sam avait été ponctuée de ces mots assassins aussi blessants que vides de sens. Il revoyait le visage tendu de son petit frère, claquer la porte de sa chambre après lui avoir craché ces trois petits mots, parce qu'il avait soutenu leur père.
J'te déteste!
Dean savait que ce n'était pas vrai. Son frère l'aimait, et bien trop pour réagir avec tant d'ardeur. Mais les mots faisaient mal, comme seul des mots peuvent le faire. L'impact d'une gifle en plein visage. Dean savait aussi que Sam avait sans doute des remords, qu'il se culpabiliait d'avoir dit ces mots. Avant, il avait toujours l'opportunité de s'excuser, avec son regard de chien battu et son visage tellement sincère et inquiet que Dean ne pouvait que pardonner. Cette fois-ci était différente. Sam n'aurait pas l'occasion de lui demander pardon tout de suite et il n'oserait pas l'appeler par crainte de sa colère...Franchement, comment pourrait-il être en colère après Sam pour agir en gamin de 12 ans responsable?
Un soupir passa ses lèvres alors qu'il tentait de se reconcentrer sur le manuel de mathématique qu'il potassait. Il avait abandonné l'école mais était bien décidé à avoir son bac en étudiant par lui-même...Sans qu'il ne s'en rende compte, Helen déposa un énième verre de coca devant lui. Il la remercia d'un sourire auquel elle répondit par un clin d'oeil jovial. Depuis leur dernière chasse, Bill et lui n'avait pas vraiment eu de discussion mais son comportement vis-à-vis de lui avait indébiablement changé. L'homme lui accordait simplement davantage de crédit...
C'est un brouhaha provenant du bar qui le sortit de sa réflexion. Bill semblait se disputer avec un jeune homme...Ou plutôt, non, décida Dean avait avoir observé la scène, Bill voulait carrément mettre l'autre dehors. C'était un jeune homme un peu plus âgé que lui, élancé, avec des cheveux blond qui lui retombaient sur les épaules de manière brouillonne. Dean fronça les sourcils, intrigué par le garçon malgré lui...Il lui rappelait quelqu'un qu'il n'aurait jamais pensé revoir (même si c'était plutôt logique de le retrouver ici...). Le garçon parlait avec une nonchanlance qui agaçait apparement Bill et un sourire abstrait colorait ses traits. Ses yeux, bordés de rouge, étaient d'un bleu cristallin, légèrement voilés par une fatigue, certainement post-guindaille.
- Dégage, j'te dis! Je ne veux pas de drogués dans mon bar! Et remballes tes faux papiers, tu veux? S'écria Bill.
- Wow man, qui a parlé de drogues? Lui répondit lentement l'autre. J'ai juste abusé des cocktails hier soir...Ajouta-t-il avec un sourire entendu.
- Sors! Retourne chez tes parents! Cingla de nouveau Bill, intraitable.
- Hooo allez man...Y a bien quelqu'un qui a besoin de faux papiers ici, non? J'veux dire, c'est plutôt utile pour vous, non? Je fais les meilleurs du marché, sans mentir!
- De quoi tu parles, gamin?
Le jeune homme se contenta d'un sourire railleur en haussant les épaules. Bill fronça les sourcils et Dean le devina serrer les poings, méprisant l'attitude du plus jeune.
- Alors? Reprit-il. Personne n'est interressé par des faux-papiers plus vrais que nature?
- No...
- Si! Lança-t-il d'une voix forte en coupant Bill qui le foudroya du regard. Moi, il me faut des papiers...
L'autre haussa un sourcil en le détaillant des pieds à la tête, se disant certainement qu'il paraissait bien jeune pour le boulot, avant de lui sourire franchement d'un air décontracté.
- D'ac o'd'ac! Lui répondit-il finalement avec un clin d'oeil. Tu sera le mineur avec les meilleurs faux-papiers des états-unis! Fais-moi confiance!
- Je te fais confiance...Rétorqua-t-il simplement, souriant.
- On se connaît? Demanda alors le jeune homme, les sourcils froncés.
- Moi je te connaîs, Ash. Moi, je te connaîs...
