Il faisait encore chaud en cette fin d'après-midi de mi-septembre. Le soleil brillait fort, mais de sombres nuages se profilaient à l'horizon. Une jeune femme marchait sereinement vers le cimetière magique situé derrière le Chemin de Traverse. Elle avait un tailleur gris foncé qu'elle portait de façon négligée depuis qu'elle avait quitté le travail. Elle avait également détaché ses cheveux, retenus par un chignon strict quelques instants auparavant. Le cimetière était entouré d'arbres aux feuilles dorées.
Hermione Granger sourit. Elle aimait ces dernières journées d'été. L'air était chargé d'une atmosphère électrisante. L'orage approchait. On entendait déjà le grondement sourd du tonnerre au loin. Le vent chaud faisait tourbillonner la poussière et les feuilles mortes qui parsemaient le sol.
Hermione déambulait entre les tombes, parcourant distraitement les noms gravés sur les stèles. Au milieu du cimetière, un immense mausolée se dressait. Sur la pierre noire, les noms des personnes mortes pendant la guerre étaient écrits en lettres d'argent. Comme à son habitude, elle lu l'intégralité de la gravure, bien qu'elle la connût par cœur. Elle caressa du bout des doigts le nom de Ron Weasley.
Hermione : Bonjour Ron. Ça fait un petit moment que je ne suis pas passée te voir. Je suis vraiment désolée, mais avec tous ces procès auxquels je devais témoigner ou même juste faire acte de présence, je n'ai pas eût une seconde à moi. Kingsley s'en sort très bien en tant que ministre de la Magie. Lui au moins il ne cherche pas à se servir de l'image de Harry pour redorer le blason du ministère. Il nous a offert une médaille, je t'en ai parlé. Il en a même fait une à ton nom. Il nous a proposé aussi un poste d'Auror. On a tous les deux refusés. Pour le moment, on a eût assez de Mangemorts. Harry surtout. Il a vraiment besoin de se reposer. Heureusement qu'il a Ginny. À propos, ils ont arrêté une date pour leur mariage. Ce sera le jour de ton anniversaire. Ils souhaitaient te rendre un dernier hommage, je crois. Fleur et ta mère sont en train de faire une crise à ta sœur parce qu'elles estiment que le délai est trop court pour une fête inoubliable. Mais tu la connais, elle ne se laisse pas faire. Moi, le mariage… disons que ce n'est pas d'actualité. Ma vie me plaît telle qu'elle est et y assister me suffit. Ta mère prétend que c'est parce que je n'ai pas encore trouvé chaussure à mon pied. Ça m'a fait sourire.
Elle marqua une pause. Cela faisait bientôt trois mois que la guerre avait prit fin. Trois mois qu'elle avait perdu un de ses deux meilleurs amis. Elle avait eût besoin d'une période de deuil. Elle n'était sortie de chez elle que pour la cérémonie d'adieu aux victimes de la guerre. Elle avait eût lieu un mois après la bataille de Poudlard. Cela signa la fin de cette période. Les procès des Mangemorts avaient commencé quelques temps après et Hermione avait assisté à chacun d'eux.
Un nouveau grondement, plus fort que les précédents, résonna dans le cimetière. Les nuages étaient dangereusement proches du soleil.
Hermione : Je ne peux pas rester longtemps, je suis désolée. Je reviendrais bientôt, je te le promets.
Elle tourna les talons et s'éloigna vers la sortie du cimetière. Quand elle passa l'arche qui délimitait l'endroit, elle sentit une goutte d'eau glisser le long de son avant-bras. Un sourire mutin aux lèvres, elle ferma les yeux et leva le nez vers le ciel. Des dizaines de gouttes de pluie s'écrasèrent sur son visage. Elle resta ainsi quelques minutes, savourant la sensation de la pluie chaude s'infiltrant dans ses vêtements. L'averse était violente, comme toutes les averses d'orage, mais c'était les moments préférés de Hermione.
À regret, elle rouvrit les yeux et reprit sa route. Mais elle marcha sans se presser. Elle voulait profiter jusqu'au bout de cet instant. Elle huma l'air à pleins poumons : une délicieuse odeur de bitume humide emplit ses narines. Elle aurait voulu enlever ses chaussures pour sentir sous ses pieds l'eau qui glissait sur les pavés, mais elle craignait de passer pour folle si jamais elle croisait quelqu'un.
Sur cette pensée, elle s'arrêta. Elle fronça les sourcils, fixant quelque chose, ou plutôt quelqu'un qui avançait vers elle. Quand elle le reconnu, son sourire enfantin s'élargit. La pluie lui allait si bien. Ses cheveux blonds ruisselants de pluie tombaient sur son front. Sa chemise blanche, complètement trempée, collait son torse et ses larges épaules. Il avança rapidement jusqu'à elle. En s'arrêtant, il soupira d'exaspération.
Drago : J'étais sûr que tu resterais à te mouiller jusqu'à tomber malade.
Hermione se mit sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur les lèvres du jeune homme.
Hermione : Et moi je savais que tu viendrais.
Il ne put réprimer un sourire tendre alors qu'il écartait les quelques mèches humides qui barraient le visage de sa compagne. Elle lui rendit son sourire et ils disparurent dans un « pop » sonore, couvert par le bruit de la pluie qui s'abattait sur le sol.
