Coucou me revoilou ! Non je ne suis pas morte ! Mais oui j'ai été très absente. Pour des raisons indépendantes de ma volonté (non ce n'est pas la CIA qui m'a enlevé :P), je n'ai pas vraiment pu écrire ou prendre le temps d'écrire. Je n'avais pas vraiment la tête à cela. Mais certains d'entre vous ont été tellement adorables en m'envoyant des PM d'encouragements, de soutien et de menaces de mort que je n'ai pas pu résister très longtemps au fait de finir ce chapitre x). Alors voici pour vous !

Bonne lecture ! :P


Qu'est-ce qui pouvait provoquer un tel retournement de situation ? Les Gardiens étaient en partie désunis. Deux d'entre eux étaient sous sa menace quasi constante. Même l'Homme de la Lune ne leur viendrait pas en aide. Alors pourquoi la confiance en la réussite de son plan se couvrait peu à peu de doutes ?

Une ombre se différencia sur les murs de la caverne. D'abord recouvrant la totalité de la façade visible, elle se rétrécit lentement, en corrélation avec l'humeur de son possesseur. Mais la contrariété ne le quitta pas entièrement. Son corps se matérialisa enfin, révélant un visage aux traits tirés, perceptibles grâce au peu de lumière qu'accordait une sphère couverte de points lumineux. Il se mit à faire les cents pas, effectuant des cercles autour du globe, signe d'anxiété chez lui.

Si cette fille devenait une menace maintenant, tout tomberait à l'eau ! Il devait à tout prix empêcher que cela se produise. Mais comment ? C'était sa peur qui provoquait l'augmentation de sa puissance. Alors quoi ? Elle n'avait plus peur ? Non ! Elle avait été terrifiée lorsque le Roi des Cauchemars s'était introduit dans l'esprit du jeune Frost et qu'il l'avait contrôlé à l'instar d'une marionnette. Quel délice ca avait pu être de se sentir l'épouvante émanait aussi fortement d'elle ! Un vrai bonheur.

Il y avait-il eu un changement dans ses émotions ? S'était-elle mise à apprécier le jeune homme malgré sa « trahison » ? Pourtant, elle avait cherché à le fuir par tous les moyens. Il n'avait pas pu imaginer la frayeur si intense qui l'avait parcouru de la tête aux pieds. L'avait-il trop réconfortée ? Trop rassurée au point qu'elle pensait désormais être en sécurité ? Elle s'était probablement rapproché des Gardiens plus que le Croque-mitaine ne l'avait spéculé. Maudits protecteurs de bambins braillards et pleurnichards ! Pitch devait agir vite. Trouver un moyen pour ramener la situation à son avantage.

Il observa le globe terrestre face à lui, et frustré, le fit violemment pivoter sur lui-même, émettant un léger grincement de temps à autre, l'agaçant encore plus. Il serra les dents et fronça les sourcils, le regard furieux. S'il ne réussissait pas à arranger cela, alors tout serait perdu. Il releva finalement la tête et jeta un nouveau coup d'œil sur l'objet qui finissait sa course folle et se stabilisa dans un dernier bruit sourd.

Devant lui s'étendait l'Asie. Et là encore, beaucoup d'enfants croyants. Sauf au Nord de la Russie évidemment, il y faisait bien trop froid. Il y en avait très peu également dans les régions les plus montagnardes. L'altitude, les accès restreints…

Le visage de Pitch s'éclaira soudainement. Ses épaules se relevèrent alors qu'un sourire carnassier se plaquait de l'une à l'autre de ses joues blafardes. Il se mit à rire en basculant la tête vers l'arrière. Le hasard faisait bien les choses après tout. Peut-être pourrait-il aussi faire d'une pierre, deux coups.

oOo

Il claqua la porte mais laissa ses mains sur la poignée de couleur or. Il ne savait pas ce qu'il attendait, ni même s'il attendait quelque chose en réalité. Lentement, ses doigts lâchèrent prise. Il repositionna sa capuche, cachant un peu plus sa frimousse triste, et avança, regard vers le sol. Il perçut alors comme un cognement à travers la cloison et put entendre un « Et merde ! » très distinctement. Il s'immobilisa et baissa la tête, touchant pratiquement sa poitrine avec son menton.

Et encore une !

Encore une personne qu'il blessait. Pfff…comme s'il n'avait pas déjà fait plus que nécessaire ! Son inconscience avait manqué de peu d'être fatale à Jamie, aux Gardiens, et par deux fois à Sophie…ou Swann. La jeune fille était d'ailleurs certainement consignée dans l'une des chambres aux alentours, essayant de fuir, plongée dans ses rêves par Sab, ou encore prostrée dans un coin, résignée… Il songea un instant à aller la voir. Mais pour lui dire quoi ? Et obtenir quel genre de réaction ? Pendant son séjour au pays des pantins de Pitch, il avait, pour un laps de temps, regagner ses sens. Dans cette bâtisse délaissée, l'adolescente s'était retrouvée à ses pieds, jambes et mains gelées au sol, tremblante de peur.

Cependant il avait pu le lire dans son regard, elle avait abdiqué. L'envie de vivre l'avait tout bonnement abandonnée. Et malgré son consentement total d'affirmer que le Croque-mitaine le contrôlait, il s'en voulait d'être la raison de cette capitulation. Une personne qui croyait en lui. Qu'il se devait de protéger. Et enfin de compte, il était maintenant devenu son bourreau. Décidément il n'était bon à rien.

Cela ne servait à rien de remuer le passé. Il aurait pu mentir ou insister. Bunny ne l'aurait certainement pas cru, mais au moins il n'en serait pas là. Il ferma les yeux, les larmes se remirent à couler de plus belle. Il fit un pas, puis deux, et avant qu'il puisse s'en rendre compte, il était en train de courir. Pour aller où et dans quel but, il n'en avait aucune idée. Agir ainsi n'arrangerait rien. Pourtant il continua sur sa lancée. Sa vue fut troublée par le liquide salé qui emplissait entièrement ses orbites.

Sans réfléchir, il bifurqua à gauche au premier croisement. La porte de la pièce où il se trouvait précédemment s'ouvrit à cet instant, révélant un lapin géant qui eut à peine le temps de remarquer le fuyard disparaître de son champ de vision. Un voile de peine marqua l'air déjà abattu de l'animal. Mais il ne bougea pas pour autant. Ses oreilles se baissèrent inconsciemment, montrant l'accablement qui hantait désormais le Porteur d'Espoir.

oOo

Dans un autre continent, le calme était revenu au Palais. Ou du moins l'ambiance habituelle dans cet endroit.

-Quenotte, tu es en charge jusqu'à mon retour. annonça Fée.

La récolteuse se dressa de tout son petit corps et fit un salut militaire puis fila vers la tour centrale de la propriété. La femme ailée hocha la tête et un fin sourire prit place sur ses lèvres. Elle avait confiance. La minuscule créature avait déjà fait ses preuves plus d'une fois et elle prenait tout cela très au sérieux..

-Rainbow ! appela la Gardienne en voyant passer l'une de ses fées près d'elle.

La concernée se retourna immédiatement. Contrairement à ses sœurs, elle avait la particularité de posséder une plume frontale, aux couleurs rayées diagonalement et ayant une ressemblance avec un arc-en-ciel, sans doute à l'origine de son nom. Elle portait dans ses mains une molaire fraîchement cueillie.

-Garde un œil sur Quenotte pour moi, tu veux bien ? demanda-t-elle avec un clin d'œil.

Mieux valait être prudente. La créature acquiesça vivement, heureuse de se voir attribuer cette responsabilité. L'être mi-femme, mi-oiseau afficha une expression de satisfaction et de fierté puis battit des ailes plus fortement pour s'envoler à toute vitesse et quitter les lieux.

La petite fée fit volte-face. Elle devait ranger son précieux butin à l'endroit qu'il conviendrait et s'acquitter de sa tâche ensuite. Au moment de poser la dent, un mouvement sur sa droite attira son attention. Comme un flash sombre. Mais lorsqu'elle vérifia, elle ne vit que la mosaïque du mur doré près d'elle, ainsi que sa propre silhouette à la surface. Suspicieuse, elle cala la molaire sous son bras et leva le deuxième, réalisant un petit signe de la main, suivi d'un geste circulaire brusque du poignet. Pas de doute, c'était bien son ombre. Elle dodelina alors de la tête et rit devant le résultat reflété sur la façade. Ses plumes les plus hautes étaient ébouriffées. C'était un peu bête d'avoir peur de sa propre ombre.

Elle distingua les bruits d'une dispute derrière elle. Quenotte voulait certainement faire sa petite chef, plus que nécessaire. Rainbow leva les yeux au ciel et s'empressa d'aller calmer les ardeurs de la fée et de ses pauvres « victimes ».

Mais son ombre ne la suivit pas… Au contraire, ses contours se floutèrent et bientôt, une masse foncée parut voleter un moment sur la cloison, pour finalement se faufiler hâtivement vers la roche intérieure de la montagne. Cette ombre, à l'image d'un nuage d'orage, se déplaça sur l'immense pierre et glissa dans une mince ouverture vers le dehors. Quoi qu'elle fût, la chose avait quitté le Palais des Dents.

oOo

Ce n'était pas pour rien que la Fée des Dents était réputée rapide. A vol d'oiseau, elle se montrait plus agile que Jack, et remporterait facilement une course face à Bunny. La chose serait plus équitable si le lapin savait voler, mais elle garderait l'avantage. N'en déplaise au Gardien de Pâques.

Elle arriva très vite à Burgess. Et retrouva facilement l'adresse du petit Bryan, le fameux garçon que l'Esprit de l'Hiver avait protégé un tantinet plus tôt à Silver-Sea. A l'instant où Fée avait atteint son Palais, elle s'était souvenue de la promesse qu'elle avait faite à l'Esprit de l'Hiver. Et n'ayant toujours pas mené à terme sa mission, elle s'était empressée de repartir au pas de course, ou plutôt à vol d'oiseau, jusqu'au jeune Davis.

Elle passa d'abord par le rez-de-chaussée, où deux silhouettes paraissaient se quereller. Sans doute les parents. La femme ailée ne percevait que des bruits étouffés à travers les vitres parsemées de buée due à la condensation. Elle frotta ses doigts contre un carreau de la fenêtre pour entrevoir le salon. Au vu de la décoration, il était facile de deviner que les propriétaires avaient une vie plutôt aisée. Un quartier résidentiel, une grande maison, un intérieur moderne à la fois chic et sans prétention. Ils n'étaient pas riches comme Crésus mais menaient une existence confortable et partaient sans doute en vacances durant chaque période de repos scolaire. Sauf qu'à cet instant précis, ce n'était pas le bonheur qui régnait.

La Gardienne distingua deux personnes. D'abord un homme, assis au bord d'un fauteuil bordeaux en cuir. Il était de dos mais on distinguait ses cheveux bruns et son air plus calme que celui de sa présupposée épouse. Cette dernière, blonde et élégamment vêtue, faisait des allers-retours, ses lèvres bougeant sans cesse alors que son mari tentait désespérément de l'arrêter. Du moins, c'est ce qu'il paraissait de l'extérieur.

Elle laissa la scène de côté et monta en altitude, vers son premier objectif. La nuit était déjà tombée et elle n'eut pas à se cacher autant que cet après-midi. Mais la chambre à l'étage n'était toujours pas éclairée, ce qui rendait presque impossible la possibilité d'y voir quoi que ce soit. Fée se rapprocha lentement et plaça ses mains en cercle sur la vitre, pour enfin y coller son visage, espérant apercevoir la chambre en détail. Pas le moindre mouvement. Elle recula, hésita une seconde puis revint se placer au même endroit. Elle décala son bras vers le carreau et ses doigts entreprirent une dans étrange, exécutant des mouvements lents et gracieux. En réponse, le loquet fermant l'accès se leva petit à petit. La Fée des Dents continua ainsi jusqu'à entendre le cliquetis révélateur de l'ouverture.

-Oui ! s'exclama-t-elle en un murmure.

Ses filles avaient beau pouvoir passer à travers cette matière, la Gardienne ne savait en faire de même. Et cette faculté lui était assurément très utile. Elle passa la tête et un coup d'œil rapide lui permit de comprendre qu'il n'y avait personne. Elle pénétra dans l'habitation et referma sans plus attendre les battants en bois, sans toutefois les claquer. La discrétion était l'une de ses plus grandes qualités.

Mais cette fois, c'était sans compter l'ombre qui se déplaça vivement à l'extérieur, la suivant depuis son Palais…

La femme ailée se demanda tout d'abord si 'elle n'avait pas fait erreur. Quelques jouets soigneusement rangés sur une minuscule étagère suspendue, un bureau impeccable, aucun dessin, aucune photo, ni marque de feutre sur les murs pourtant joliment tapissés. Cette chambre semblait…si vide. Ca ne pouvait être celle d'un enfant… Du moins pas d'un petit garçon de cet âge, et aussi casse-cou. Seul le lit à moitié défait montrait que quelqu'un vivait toujours ici. Un objet un peu particulier posé sur le bord de la couchette attira l'attention de l'arrivante. Elle le saisit et l'examina attentivement. C'était une sculpture en plâtre peinte, dont deux empreintes de mains en ornaient le centre. L'une d'enfant, et l'autre légèrement plus grande. Les couleurs l'œuvre étaient chatoyantes et attiraient l'œil. Le contraire de la pièce en somme.

Fée caressa l'ouvrage du bout des doigts mais fut tirée de ses pensées en entendant, cette fois clairement, la conversation des adultes en bas.

-Et comment tu peux rester aussi… indifférent ? clama une voix féminine.

-Chérie, calme toi, je-

-Comment veux-tu que je reste calme ? Tout recommence ! Il allait mieux et… Et là… Il…

Elle éclata en sanglots. Et malgré la présence du mari qui lui énonçait des mots doux pour l'apaiser, le son de ses pleurs parvenait aisément jusqu'aux oreilles de la Protectrice des souvenirs. Curieuse, cette dernière s'approcha de la porte close dans le but de mieux entendre, mais la discussion avait pris fin. Il n'y avait plus que les soubresauts à peine audibles de la femme aux cheveux d'or pour couvrir le silence de la maison.

Enfin…Peut-être pas aussi silencieuse que cela finalement.

CLANG !

Fée se retourna dans un faible hoquet de surprise. Le regard vif et en alerte, la tête pivotant de tout côté. Mais elle ne trouva qu'une chambre plongée dans la pénombre du soir et sans aucun mouvement suspect. Prudemment, elle remit le plâtre là où elle l'avait trouvé et se posa au sol et s'accroupit, mais rien de louche sous le lit. Le sol était aussi propre et impeccable que le reste. La femme ailée se releva et amena deux doigts à son menton, un air suspicieux sur le visage. Elle n'avait pourtant pas rêvé. Ou alors les derniers évènements la rendaient paranoïaque. Il fallait vraisemblablement qu'elle se détende un peu.

Alors qu'elle commençait à se poser sérieusement la question, elle pensa apercevoir du coin de l'œil, une silhouette disparaissant à la fenêtre et s'y précipita pour vérifier. Cependant, tout était calme dehors. Nulle personne en vue.

CLANG !

La Gardienne se releva d'un coup et braqua les yeux sur l'armoire de la pièce. Le bruit venait de là, assurément. Elle laissa quelques secondes passer et s'avança prudemment, voletant par-dessus le lit pour atteindre l'objet en question. Lentement, elle cala son oreille sur la cloison, et un son étrange, comme un frottement sur la paroi du meuble, se fit entendre. Finalement, ses nerfs ne lui jouaient peut-être pas des tours. Elle recula et attrapa doucement les poignées des deux mains. Elle inspira le moins bruyamment possible et tira les portes d'un coup sec, s'écartant au passage et se préparant à l'attaque, poings en avant et ailes prêtes à réduire n'importe qui en charpie. Sauf qu'à part une tonne de vêtements, il n'y avait rien.. Imaginer entendre un bruit une fois, c'était une chose, mais deux ?

Elle attrapa fermement les vêtements accrochés aux cintres, et les fit glisser sur la barre transversale. Et pour être honnête, elle ne s'attendait pas à tomber sur la raison de sa venue à Silver-Sea.

Dans le fond droit du placard, presque entièrement emmitouflé dans une mince couverture à carreaux, se tenait le jeune Bryan, visiblement apeuré. Seul le contour de son visage demeurait perceptible et hors du morceau de tissu, lui donnant un aspect semblable à un extraterrestre bien connu du grand public. La scène aurait pu être comique si ce n'était pour ces petits yeux emplis d'effroi.

La Fée des Dents mit quelques secondes avant de réagir. Mais une fois avoir enregistré le fait qu'il n'y avait aucun danger, la femme ailée se radoucit et vola à ras du sol, jambes légèrement fléchies, afin de paraître le moins menaçante possible. Elle tenta alors un sourire un peu crispé en prenant conscience qu'elle avait failli s'attaquer à un petit garçon. Elle leva doucement la main dans un signe amical.

-Eh, coucou toi ! lança-t-elle le plus joyeusement qu'elle le put.

Et son geste, bien qu'affectueux, n'eut pas exactement l'effet escompté. La respiration du jeune bambin s'accéléra de façon manifeste et il débuta des mouvements de balancements en avant puis en arrière dans un rythme plutôt rapide. Il essaya de se fondre encore plus dans son bouclier de toile et se replia davantage sur lui-même, provoquant machinalement le bruissement entendu un instant précédent à travers la cloison en bois.

-Hé ! Du calme ! Je suis venue en amie.

Elle posa délicatement ses mains sur les genoux cachés de l'enfant et ce dernier la fixa aussitôt dans les yeux, figé.

-Tout va bien. murmura-t-elle à l'instar d'une mère rassurant sa progéniture.

Elle le sentit se détendre petit à petit et reprendre un souffle régulier. La Gardienne sourit face à sa victoire et profita de ce moment de paix pour examiner plus en détail le petit être. Une moue soucieuse se profila sur son doux visage alors qu'elle remarqua les cernes bien définis sous ses iris verts. Ce garçon était visiblement très fatigué et en état de choc.

-Tu te souviens de moi ?

Après quelques secondes d'hésitation, il acquiesça. Comment aurait-il pu oublier la créature qui lui avait sauvé la vie le matin même ? Fée montra une mine enjouée à sa réponse et recula pour lui laisser de l'espace. Bryan se redressa prudemment mais garda sa couverture bien serré autour de lui. Il donnait l'impression d'avoir des difficultés à se mouvoir, comme s'il n'avait pas bougé depuis un laps de temps assez long. Il observa attentivement le bras de la femme ailée lorsqu'elle le lui tendit. Le sourire de celle-ci s'agrandit lorsque les orteils du blondinet dépasser. Ses pieds suivirent et il se trouva au bord de l'armoire. Graduellement, sa main empoigna celle de la Fée des Dents et il descendit enfin de sa cachette, sa capuche de coton glissant au passage. Le jeune Davis garda le regard braqué sur la dame aux plumes si colorées.

-Ça va mieux ? demanda-t-elle.

A nouveau un hochement.

-Bien. fit-elle, satisfaite. Est-ce que tu as été blessé ? Je veux dire, tout à l'heure ?

Bryan secoua la tête. Fée soupira, soulagée. Au moins il n'avait rien…physiquement. La partie psychique restait à vérifier.

-Depuis combien de temps étais-tu dans le placard ?

Mais cette fois, aucune réponse. A la place le garçon retira timidement sa main et colla l'extrémité de son pouce à celle de son index, formant un cercle alors que les trois autres doigts se érigèrent, droits comme des piquets. La Gardienne cligna des yeux, prise au dépourvu. Elle ne comprenait pas. L'Esprit avait le don d'omni langage, bien utile dans ses tâches quotidiennes, lui permettant de comprendre n'importe laquelle de ses fées messagères gardant spécialement une parcelle du monde chacune, afin de lui transmettre les conditions météorologiques, et ne pas envoyer ses filles dans un orage ou un ouragan. Mais à nul moment elle n'avait pensé que la langue des signes lui ferait défaut. A sa connaissance, la seule personne muette était Sab. Et même là, la communication restait différente et…compréhensible.

-Je..je suis désolée, je ne… s'excusa-t-elle en haussant les épaules.

Le blond acquiesça puis baissa le regard au sol, comme honteux d'avoir pensé que quelqu'un aurait pu le comprendre. Un peu affolée par sa réaction, Fée s'empressa de poser une main affectueuse sur son épaule pour le calmer.

-Hé, non, ce n'est pas grave. C'est juste que je ne comprends pas. lui sourit-elle.

La Protectrice des Souvenirs était sans nul doute la plus douce des Légendes, mais l'époque où elle se contentait de s'acquitter de son travail dans son Palais, dépêchant les récolteuses chez les enfants, était encore proche. Et quatre cents quarante ans d'abstinence demeuraient bien pesant dans son esprit. Le plus à même de se débrouiller dans ce genre de situation serait Jack. Seulement l'adolescent avait déjà assez enduré pour aujourd'hui.

Elle fut tirée de ses pensées alors que l'enfant fit un curieux pas précipité en arrière. Elle pensait que son air soucieux avait inquiété le blond, mais elle n'en était pas la cause, ou en tout cas, elle n'était pas son centre d'attention. Suivant la direction de son regard, elle se retrouva face à la fenêtre où une ombre à la forme inhumaine disparaissait.

Ils n'avaient pas pu imaginer la chose tous les deux. Prudente, elle ordonna gentiment au petit de rester là et s'empressa d'aller se dissimuler près du vitrail, dos au mur. Une silhouette familière se dessina au-dessous d'un arbre mais les rayons de la lune faiblirent un instant, quelques nuages la camouflant. Quand la lumière revint, elle avait disparu. Un voile de panique couvrit le visage de la Gardienne avant que cette dernière ne reprenne une mine plus sérieuse. Pitch était là.

Elle ne s'attarda pas à le chercher. Le connaissant, il devait être en train de jouer avec elle. Pourtant, même en sachant que rentrer dans son jeu ne l'aiderait pas, elle allait bientôt en avoir l'obligation. Si elle ne sortait pas maintenant, le Roi des Cauchemars se lasserait rapidement, et n'hésiterait pas à s'en prendre au garçon. Mais comment avait-il su où la trouver ? Elle n'avait pas le temps d'y penser. Il fallait réfléchir, et vite !

oOo

Ce ne fut pas long avant que la Gardienne ne pointe le bout de son nez à l'extérieur. La faire suivre avait été un véritable jeu d'enfants. Ce qu'elle venait ici, en revanche, restait un mystère, mais ca n'avait pas tellement d'importance.

-Montre-toi espèce de lâche ! s'écria-t-elle une fois au dehors, près de l'endroit où elle l'avait aperçu une minute plus tôt.

-Lâche ? Vraiment ? Et moi qui te pensais la plus clairvoyante du groupe. Je suis un peu déçu. fit l'homme, prenant matière dans l'ombre d'un lampadaire.

Bien sûr qu'il ne se cachait pas. Elle en avait tout à fait conscience. Mais au moins, le ténébreux était fixé sur son égo et non sur le garçon.

La lumière dans son dos rendait son air plus malfaisant encore. Son sourire satisfait et mauvais ne rendait Fée que plus agacée.

-Qu'est-ce que tu veux ?

L'expression de Pitch passa d'une fausse déception à peine camouflée au sadisme en un clin d'œil.

-A vrai dire, tu es en possession d'une chose qui me serait grandement utile.

-Et qu'est-ce que ça pourrait être ? dit-elle sèchement.

-Voyons, je suis certain que tu peux le deviner par toi-même. répondit-il comme si tout cela était évident.

-Si tu t'avises de poser la main sur ne serait-ce qu'une seule de mes fées, je te-

-Ne sois pas stupide. lâcha-t-il avec un ton désespéré. Si tes esclaves m'intéressaient je ne serais pas là.

Outre l'insulte intolérable qu'il venait de formuler, Fée eut peur d'avoir compris. Elle tourna presque imperceptiblement la tête, visant du coin de l'œil le jeune Bryan Davis, partiellement observable à la fenêtre de sa chambre.

-Il ne s'agit en aucun cas de cet enfant non plus. Pourquoi un gamin sans importance retiendrait mon attention ? Hm ?

Toute cette discussion était superflue. Mais voir le déclic dans les yeux de la Protectrice des Souvenirs lui donnerait un tel sentiment de pouvoir. Il se délectait déjà de sa victoire prochaine. Et plus lorsqu'elle comprendrait qu'il n'y avait pas que cela.

-J'en ai assez de tes petits jeux Pitch ! Arrête ça ! Et rend-nous Sophie ! lança-t-elle en le pointant d'un doigt accusateur.

-Sophie ? fit-il curieux. Ah oui, il est vrai que ce cher Jack l'avait appelée ainsi. Quelle perte de temps. se moqua-t-il. D'ailleurs, comment va votre petit protégé ? Pas trop amoché ?

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre de se mêler de ses affaires. Mais elle devait se calmer. Elle avait beau ne pas supportait l'idée que l'Esprit s'en soit pris au Gardien de l'amusement, rentrer dans son petit manège ne ferait qu'empirer la situation.

-N'essaye pas de changer de sujet ! Je veux savoir pour quelle raison tu l'as enlevée. Pourquoi elle ? Et maintenant !

-Quelle impatience ! s'amusa-t-il.

Il fit quelques pas, dessinant un début de cercle autour de la fée, la scrutant comme un cuisinier vérifiant que la cuisson de son plat arrivait à son terme. Il sourit à cette pensée.

-Pitch ! s'énerva la Gardienne, prête à bondir. Si tu ne me réponds pas-

-Alors quoi ? dit-il, un sourcil levé. Proférer des menaces ne te va guère ma chère. A la limite, la peluche ne connait que ce type de fonctionnement. Mais jouer la rustre ne va pas empêcher quoi que ce soit. Surtout lorsqu'on ait la plus faible de la bande.

-De ta part, j'imagine que je dois le prendre comme un compliment. siffla-t-elle, essayant de le provoquer à son tour. Aux dernières nouvelles, tu as besoin d'elle pour augmenter tes pouvoirs, je me trompe ?

-Quel sens de l'observation ! s'exclama-t-il faussement surpris. A qui dois-je remettre le premier prix ?

Son rire résonna dans la nuit. Les nuages passaient de temps autre, cachant la lune un temps, puis repartaient, et ainsi de suite. L'air se rafraichissait, et la neige n'était pas entièrement fautive. Mais Fée n'y prêtait aucune attention particulière. Les poings serrés et le sang palpitant contre ses tempes. Certes, le fait de se battre seule face au Roi des Cauchemars demeurait inquiétant, mais pas impossible. Ce dernier continuait sa ronde, sans plus la regarder.

-Seulement, ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'elle ne me soit plus utile. il sourit face à l'air interloqué qu'affichait la femme ailée. Ne fais pas cette tête offusquée ! Tu ne me voyais quand même pas m'enticher de cette fille infiniment.

-Si elle ne te sera plus indispensable comme tu le dis, qu'est-ce qu'il va lui arriver ? Qu'est-ce que tu as l'intention de lui faire ?

A cet instant, Pitch s'immobilisa. Il tourna lentement, très lentement la tête vers la Gardienne alors qu'il dévoilait le plus affreux des sourire qu'il ait jamais montré. Le visage de Fée se décomposa, comprenant que peu importe comment il s'y prendrait, l'adolescente ne s'en sortirait pas vivante.

oOo

Ses pleurs lui échappaient sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Le bruit de ses reniflements couvrait le silence de la salle dans laquelle il s'était isolé. Il ne savait même pas depuis combien de temps il était là. Après sa fuite, Jack s'était réfugié dans l'une des pièces les plus éloignées du centre de l'atelier, là où personne n'allait en général. L'endroit était sombre. Aucune lumière, hormis celle de la lune éclairant seulement le centre des lieux, n'était pas suffisamment forte pour le distinguer du mur et meuble entre lesquels il s'était caché. Le jeune homme avait la tête sur les bras, eux-mêmes posées sur les jambes repliées vers son torse. Il laissait ses sanglots parcourir son corps, n'y prêtant plus vraiment attention.

Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

A vrai dire, il ne savait pas. Ou plus. Il connaissait les évènements, tout ce qui était arrivé repassait en boucle dans sa tête. Mais la migraine due à ses pleurs tambourinait contre son crâne. A tel point qu'il avait l'impression qu'on lui fracassait un marteau entre les tempes. Il ne parvenait plus à penser correctement. Seules des bribes, qui se mélangeaient un peu les unes aux autres lui venaient à l'esprit.

Le moment où il s'était précipité chez Pitch.

La blessure sur sa jambe.

La dispute.

La confrontation avec Pitch..

…et celle avec Bunny.

Il se souvenait de son regard lorsqu'il le tenait, presque à sa merci, ce qu'on pourrait dire s'il ne s'agissait pas du Lapin de Pâques. Il était tellement familier. Le seul que Jack ait eu en tête chaque fois qu'il pensait au Porteur d'Espoir. « Porteur d'Espoir », ce nom lui avait apporté différentes émotions au cours du temps. La première fois qu'il avait entendu des enfants parler de lui, il avait été totalement emballé à l'idée qu'un esprit pouvait apporter autant de joie autour de lui. Des décennies durant, il avait tenté de l'approcher, en vain. A chaque fête, il espérait pouvoir entrer en contact avec le lapin, mais les seules fois où il avait la chance de l'apercevoir, ce dernier disparaissait sans répondre à ses lointains appels. Ces mots étaient devenus des mots de frustration.

Le moment où cette impression changea de nouveau, fut lors de sa toute première rencontre avec le lapin. C'était en fin mars 1946. Cette année là s'annonçait bien triste. La terre presque toute entière se remettait difficilement d'évènements considérés comme les plus horribles de toute l'histoire. La famine, la guerre, la mort… Jack était épouvanté de voir à nouveaux les hommes s'entretuer pour des raisons aussi futiles que le pouvoir et la cupidité. Et par deux fois en à peine trente ans. Des gens mourraient devant ses yeux. Des enfants hurlaient de peur et pleurer toutes les larmes de leurs corps, devant son impuissance.

C'est ainsi qu'il connut Bunny. Même après la célébration de la fin de cette guerre atroce, tout n'était pas redevenu rose en un claquement de doigt. Et la quasi totalité de la population connaissait au moins la perte d'un proche. Mais le pire, c'était les enfants. Les enfants ne sortaient plus, ne jouaient plus, ne riaient plus. Les enfants étaient envoyés aux champs, à la mine,… Et certains, qui avaient encore plus de malchance, finissaient dans des hôpitaux, orphelins. En tant qu'autoproclamé comique et farceur du siècle, voire des siècles, il s'était promis de faire son possible pour leur venir en aide. Le Père Noël leur offrait des cadeaux, la Fée des Dents des pièces, le Marchand de Sable des rêves, et le Lapin de Pâques des œufs. Émerveillement, joie, rêves et espoir. Il devait pouvoir rivaliser.

Mais une fois là-bas, il avait vite déchanté…

Ce qu'il avait vu, lui avait fendu le cœur.

« Personne n'a besoin de toi ! »

Quoi ? Non, ce n'était pas… Ce n'était pas ce qui s'était passé.

« Tu es inutile ici ! »

Non ! Tout revenait en mémoire et se mélangeait. Les cris, les pleurs, la colère. Pâques 68, les enfants, l'hôpital. Sa réaction violente qui avait suivie cette tragédie, délivrant une tempête de neige en Europe. Involontairement !Et le lapin qui était venu, enfin, a sa rencontre. Mais loin de lui l'idée de réconforter l'adolescent, qui n'en demandait pas tant de toute manière, l'avait asséné de menaces sur le fait que ce genre de blizzard ne devait en aucun cas avoir lieu le jour de Pâques. Autant dire que l'Esprit de l'Hiver ne s'y attendait pas vraiment. Le fameux Porteur d'Espoir était un lapin géant à mauvais caractère, limite marginal et asocial qui se fichait pas mal des autres tant qu'on ne se mettait pas en travers de son chemin. Le jeune homme avait alors caché ses larmes, joué l'indifférent et offert sa meilleure frimousse en assurant que ca n'arriverait pas. Ce à quoi la Légende avait répondu d'un ton sans appel qu'il valait mieux qu'il n'entende jamais parler de lui. Et pourtant, même avec le chagrin résultant de cette confrontation, Jack estimait toujours le Gardien. Pas pour lui en particulier, mais pour le rire des enfants lorsqu'un matin, ils se réveillaient, et trouvaient au fond de leur jardin, de petits œufs en chocolat magnifiquement décorés. Aucun être insensible ne pouvait passer aussi longtemps à décorer si joliment ces cadeaux, afin d'apercevoir un sourire heureux. Bunny n'était peut-être pas si horrible comme kangourou finalement. Sans doute, voulait-il simplement redonner espoir après toutes les épreuves que l'humanité avait traversées. Et un gamin qui n'a de cesse de vouloir s'amuser, n'était probablement pas désiré. Ici, ou ailleurs.

«A quoi tu peux bien servir, hein ? Tu ne devrais même pas être là ! Voilà, c'est ça, t'es une erreur ! »

Il passa frénétiquement ses mains dans ses cheveux. Les frottant assez fort pour exercer une pression douloureuse sans se soucier de sa bosse encore bien présente. Sa capuche retomba en arrière. Non ! Il ne voulait pas se souvenir de ça ! Pourquoi son esprit se borner à lui renvoyer ces images ? Il ne voulait plus se rappeler.

-Arrête. gémit-il, continuant ses mouvements sur son visage à présent, ne pouvant chasser les images qui arrivaient les unes après les autres.

Personne ne lui répondit. Comme d'habitude… Il était seul avec ses démons.

« Tu n'aurais même pas dû exister ! »

-Non ! hurla le jeune homme.

Il ne se rendit même pas compte de son poing, violemment abattu sur le mur près de lui. Seule la douleur sur le côté de sa main, le fit revenir à la réalité. Il observa la pièce. La lumière de la lune avait disparu du sol, plongeant la salle dans une obscurité encore trop claire pour cacher l'adolescent du reste du monde. Le garçon fixa sa main un instant. Malgré la peine tenace, il ne chercha pas à plier ses doigts ou à les bouger. Il avait un air résigné et son regard semblait si lointain et si vide. Plus qu'il ne l'avait été en quelques dizaines d'années. Il recevait la douleur. Il acceptait la punition. Après tout, il n'y avait plus que ca à faire, non ?

La porte s'ouvrit soudainement. Il ne sursauta même pas, comme si cette scène ne se déroulait pas devant lui. Ou que lui-même n'était pas là. Il leva cependant la tête sans réellement se concentrer sur le nouvel arrivant. C'était un Yéti qui venait d'entrer, laissant la lumière du couloir pénétrer. L'adolescent pouvait aisément le deviner en voyant sa silhouette, malgré le contraste entre sa peau et l'éclairage. La créature sembla surprise. Elle resta immobile plusieurs secondes avant de pencher la tête en signe interrogateur. Ne faisant plus rempart entre le lustre et le jeune homme, les rayons lumineux l'atteignirent et lui brulèrent les yeux, habitués depuis peu à l'opacité de la nuit. Il amena vivement ses bras devant lui pour se protéger, mais cela ne fit qu'alerter encore plus le monstre poilu. Le géant se précipita, et releva, un peu à la hâte, l'Esprit de l'Amusement, tirant sur son corps courbaturé.

-Oh, oh ! Ça va ! Lâche-moi ! fit-il avec un peu de hargne, en voulant se dégager.

Le Yéti en resta interloqué. D'abord, le Père Noël avait un comportement suspect, et ensuite Jack. Et le garçon avait beau être un plaisantin digne de la liste des enfants considérés comme non sages, ce n'était pas dans son caractère de réagir ainsi.

A peine avait-il prononcé ces mots, qu'il les regrattait déjà. Pauvre petit Jack Frost qui n'arrivait même plus à se contrôler, ou à esquisser une parole sans faire de mal aux autres.

-S'il te plait… ? poursuivit l'adolescent, d'une faible voix.

La bête décala son regard sur celui de l'adolescent qui détourna les yeux, encore embués de larmes. Il desserra la grippe qu'il avait sur son bras et l'esprit massa plutôt lentement l'endroit. Pas vraiment dans le but de faire disparaitre un mal quelconque, mais pour lui donner plusieurs secondes de réflexion.

-Merci. murmura-t-il avec un ton si faible que le Yéti le prit pour une excuse.

La créature lui fit un sourire, ou une expression du visage qui y ressemblait, puis grommela quelques mots. Auxquels, même sans être bilingue pour un sou, notre jeune adolescent répondit.

-Tout va bien, je suis…juste fatigué. Les batailles, tout ca, tout ca ! finit-il avec un air qui se voulait jovial, mais il ne réussit pas à cacher les soubresauts qui le parcouraient de temps à autre.

Jack était excellent lorsqu'il s'agissait de cacher ses émotions. Alors le fait que n'importe qui pouvait le remarquer n'était pas très bon signe. Dévisagé de la tête aux pieds, l'Esprit de l'Hiver se sentit vite mal à l'aise sous les yeux perçant du monstre poilu. Inconsciemment, il se mit à triturer le bas de son sweat et fit mine d'examiner le contenu de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Pourtant, son niveau d'attention ne lui consentait pas à se concentrer sur ce qu'il voyait. Il ne savait même pas ce qu'il attendait. Il perçut soudainement un mouvement et discerna le bras de la bête se braquer vers la sortie. Le garçon écarquilla un peu les yeux sous la réalisation.

-Oh pardon, je n'avais pas compris que tu avais du travail à faire ici. Je vais y aller et te laisser à…tes occupations ! lança-t-il avec un sourire plus convaincant.

Il se dirigea alors vers la sortie et venait de passer le seuil quand le géant le fit se retourner d'une main sur l'épaule. Suspicieux, le jeune homme l'observa refermer la pièce pour enfin se mettre face à lui. Il était plutôt rare de voir un Bigfoot entièrement roux, mais celui-ci avait un pelage incroyable. Le rouquin ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit et le poussa gentiment mais avec fermeté dans le couloir. Et malgré les protestations de l'adolescent, la créature n'en démordait pas. Et son mal de crâne ne semblait pas vouloir le laisser de si tôt. Ce ne fut pas long avant qu'ils n'atteignent la salle principale, où l'effervescence régnait, et où l'Esprit de l'Hiver comprit bien vite le but du Yéti.

-Ah ! Jack ! Comment vas-tu ? Mieux, j'espère ! s'exclama Nord, le surprenant.

-Euh… Oui merci. répondit-il distraitement sans croiser le regard de l'homme.

Le Père Noël se stoppa dans ces gestes, examinant son interlocuteur un peu trop longtemps au goût du jeune esprit qui ne souhaitait pas que l'on s'attarde sur son cas. Et surtout pas en ce moment.

-Bien ! fit-il après un instant, sans aucune remarque sur le teint blafard et les yeux rougis du garçon.

Jack le remercia silencieusement pour cela. Ils partagèrent un sourire plein de compréhension jusqu'à ce que la situation reprit son côté gênant.

-Alors…du nouveau ? Est-ce que… Pitch a tenté quelque chose ou…? questionna le jeune esprit, autant pour le renseignement que le changement de sujet.

Le Père Noël se rembrunit et incita l'adolescent à le suivre vers la mappemonde. Jack lança un regard en arrière pour s'apercevoir que le Yéti n'était plus là. Ses lèvres s'étirèrent inconsciemment. On se faisait du souci pour lui, et il ne restait pas indifférent à cela. Puis il se hâta de suivre Nord vers le tableau de bord et observa le globe, aussi lumineux qu'avant.

-Les enfants continuent à croire en nous apparemment. Tout est sous contrôle, non ?

-Jusqu'à présent oui. Et Sophie aussi-

-En fait je crois qu'elle s'appelle Swann. le coupa le jeune homme en posant les mains sur le bord de la console, un fin sourire au visage.

Il était plutôt fier de cette information. Même si la concernée ne lui dirait probablement pas « merci » de si tôt.

L'homme en rouge et noir resta muet un peu trop longtemps au goût de l'adolescent qui releva la tête. Le Père Noël ouvrait la bouche, sans doute pour répondre, mais rien n'en sortait.

-Un problème ? s'enquit Jack.

-Swann…Leeb ? formula Nord presque dans un murmure.

Le garçon écarquilla les yeux avant de froncer les sourcils. Nord se serait-il renseigné ?

-Et bien..oui. Mais comment tu… ?

-La palme d'or reviendrait à Fée, mais j'ai tout de même une bonne mémoire malgré mon grand âge. se vanta-t-il joyeusement. Je me souviens de chaque lettre, de chaque cadeau, de chaque ville et de chaque enfant.

Il s'orienta vers son bureau. Jack le suivit de près, voulant savoir ce que le barbu avait en tête. Ils entrèrent, et encore une fois, l'Esprit de l'Hiver ne put s'empêcher de détailler chaque recoin de la pièce. Les murs de glace, les sculptures les plus surprenantes, le sapin gardant ses aiguilles tout au long de l'année. Et l'odeur de l'arbre mélangée à celle des cookies avait le don de calmer n'importe qui la flairant. L'image comique de soumettre Pitch avec cette senteur le fit rire intérieurement. Mais Noël arrivant, la pièce présentait un réel problème d'organisation. Feuilles volantes, glace pillée dans tous les coins, outils éparpillés,... Nord n'avait pas l'air d'être un homme d'intérieur lorsqu'il demeurait sous pression.

Le Père Noël s'éclipsa derrière l'une des cloisons froides sur la droite et l'on put entendre un bref brouhaha venant de là. L'adolescent ne savait même pas qu'il existait un quelconque passage à cet endroit.

-Je tiens un registre où j'écris les noms de tous les enfants. Ainsi que leurs adresses et dans certains cas, quelques remarques sur leurs comportements.

Le jeune Frost se sentit légèrement visé par la fin de la réplique et réprima rapidement le petit sourire que cela provoqua.

-Tu gardes aussi les lettres ? le questionna le garçon, bien qu'il connaissait la réponse.

-Bien sûr ! fit-il gaiement.

-Où ça ?

La tête de Nord apparut du côté gauche de la pièce, opposé à celui où le jeune homme avait vu le vieux barbu s'engouffrer. Étonné, il se demanda comment il n'avait pu le voir traverser la pièce, mais le Père Noël le fit sortir de ses pensées.

-Confidentiel ! annonça-t-il avec un clin d'œil, puis il repartit d'où il était venu.

Jack avança prudemment dans sa direction et chercha à le rejoindre. Mais à sa surprise, il n'y avait aucun couloir dans le mur. Il posa sa main, cherchant une poignée mais il n'y avait rien à cet endroit. Où avait-il pu passer ?

-Si les elfes apprenaient où je les cache, qui sait ce qu'ils en feraient ! informa l'homme en posant un ouvrage sur son bureau.

Le jeune Frost se retourna, stupéfié de la réapparition soudaine du Gardien, encore une fois, de l'autre côté. Son regard fit des allers-retours entre la cloison de glace et la Légende, les sourcils froncés.

-Mais…Comment tu… ?

-Voici le livre dont nous avons besoin. dit-il, ignorant l'état confus du garçon.

L'Esprit de l'Hiver laissa ce mystère de côté, le balayant de sa conscience en secouant la tête, et s'approcha de Nord. Le livre dont il avait fait mention était réellement imposant. Relié en cuir bordeaux avec le titre de la couverture tissé en fil d'or et d'une calligraphie à l'ancienne très élégante : « Orph. Silver-Sea »L'adolescent se posa un instant la question de savoir si le Père Noël avait, en plus de ses facultés de disparition, des dons pour la couture. Mais il outrepassa cette théorie, jugeant qu'il y avait plus important.

-Et…tous les noms des enfants de Silver-Sea sont là-dedans ?

-Silver-Sea ? Bien sûr que non ! démentit le barbu. Ce sont les noms des enfants qui ont vécu dans la même maison que Swann.

Jack écarquilla les yeux. La ville de Silver-Sea était une ville qui datait de deux siècles environ. Mais à la base, elle n'était pas aussi grande. La plupart des constructions n'étaient là que depuis quelques décennies. Pas suffisamment pour qu'autant d'enfants aient vécu là. Il fronça les sourcils lorsque ses yeux furent attirés par un détail.

-« Orph » ?

Le Père Noël le fixa, attendant qu'il lui rende son regard avant de répondre.

-C'est un orphelinat. affirma-t-il avec un ton dans la voix que le garçon ne put identifier clairement.

Oh. Ça pouvait expliquer pas mal de choses en effet. L'énorme bâtisse, le nombre important de pièces, le fait que la jeune fille revienne en ces lieux, apparemment sans se souvenir de ce que cette maison signifiait pour elle. Elle y était retournée. Sans savoir que c'était son foyer d'origine. Une expression de joie couvrit son visage, mais fut vite remplacer par un sentiment de contrariété.

-Elle n'est pas orpheline. fit Nord, lisant dans ses pensées.

Jack laissa échapper un soupir de soulagement sans même s'en rendre compte. Il ne se voyait pas lui apprendre qu'elle n'avait pas de famille. Quoi qu'elle ne lui laisserait probablement pas le temps de lui dire un seul mot.

-Alors… comment ca peut nous aider ? demanda-t-il, voulant éviter de penser à la situation.

-Et bien, commença le Père Noël, nous pourrions retrouver les enfants vivant là en même temps qu'elle, et essayer de comprendre ce qui a pu lui arriver.

Le garçon hocha la tête. Elle avait le droit de savoir. Et le plus tôt serait le mieux.

-C'est un bon plan. Et quand allez-vous lui dire ?

Gros silence.

-En fait…quand on l'aura récupérer. avoua l'homme avec un air interrogateur.

-Quoi ? Où est-ce qu'elle est ? s'alarma l'Esprit de l'Hiver.

Le Père Noël resta muet une fois de plus. Et vu son expression, il n'était pas au courant de l'ignorance du jeune Frost à ce sujet.

-Nord. dit-il d'une voix ferme et inquiète. Où est-elle ?

Le barbu était sur le point de lui répondre lorsqu'il fut coupé dans sa lancée.

-Avec Pitch.

Les deux êtres se tournèrent vers la porte laissé entrouverte. Sur le seuil, se tenait Bunny, presque impassible. Stature de guerrier fièrement dressé. Mais si l'on s'attardait sur son regard, on pouvait y lire un sentiment mélancolique et dévasté.

Jack détourna les yeux, autant pour la réalisation qu'il venait de faire, que le malaise que provoquait la présence du lapin. Finalement, le cas de Swann le préoccupa plus que le reste. Frustré, il claqua son poing pour la deuxième fois de la journée, sur le bureau. Il serra les dents et ferma les yeux, recevant des flashbacks de sa dernière confrontation avec la demoiselle. Perdre le contrôle n'avait pas suffit, il avait fallut qu'elle soit à nouveau la prisonnière du Roi des Cauchemars.

-Jack ! Calme-toi. On va la retrouver. tenta le Père Noël en s'approchant.

-Ne me demande surtout pas de me calmer ! s'énerva l'adolescent, esquivant la main amicale que l'homme voulut poser sur son épaule, choquant l'homme en rouge et noir. Elle n'était même pas… C'est moi qui ai…

Il souffla, tourmenté et désespéré. Il se mit dos aux deux Légendes et frotta ses mains sur ses yeux. Sa migraine, qu'il avait plus ou moins oublié jusque là, refaisait surface aussi fortement que s'il s'était de nouveau pris un coup sur la tête.

-Ce n'est pas ta faute. affirma l'Esprit de Pâques. Et si tu veux vraiment un responsable, ce serait plutôt à moi que tu devrais t'en prendre. fit-il en remarquant l'air blessé de Nord.

-Arrête ! On sait très bien ce qu'il s'est passé là-bas ! s'emporta le garçon en faisant volteface.

-Oui ! Pitch nous a manipulés. Il nous a tendus un piège, et on s'est tous fait avoir. Tu t'en veux, j'ai bien compris. Mais maintenant le but est de la retrouver et de la rapatrier ici. Cette fille a besoin de nous, qu'elle en soit consciente ou non. Alors ton speech, « Je porte toutes les fautes du monde sur mes épaules », tu le remballes pour le moment et on verra ca plus tard ! D'accord ? dit le lapin plus comme une affirmation qu'une question.

L'adolescent détestait l'admettre. Mais sur ce point, Bunny avait raison. Il fit donc la seule chose à faire, acquiescer et se montrer coopératif jusqu'à ce que cela soit terminé. Qu'il puisse repartir vivre sa lamentable existence, en oubliant toutes ces fantaisies sur la famille. Il avait une lumière à sauver. Une toute dernière. Et il userait de tous les moyens en sa possession pour y parvenir.

-Alors, fit-il après un temps de silence et un soupir. Par où on commence ? dit-il après long soupir, évitant de croiser le regard des Gardiens.

-Et bien je pense…que nous allons devoir prendre le traineau. annonça Nord d'une voix soucieuse.

Jack releva la tête vers lui, apercevant entre les mains de l'homme, une fiole en forme de canne à sucre en verre. Il put voir à l'intérieur, une quantité de sable doré scintiller fortement, ainsi qu'une flèche se former en son centre.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Un appel à l'aide. répondit l'Esprit de Pâques, visiblement tendu.

-L'un de nous a des problèmes. fit le Père Noël. Dépêchons-nous.

-Attends, mon bâton ! Je ne peux pas me battre sans lui. s'affola l'éternel adolescent.

-Je m'en charge. Vous deux, activez-vous, nous n'avons pas le temps.

Sur ce, il sortit presque en courant, laissant les deux autres plantés là. Le garçon le suivit et se stoppa en voyant l'animal qui semblait l'attendre près de la porte. Ils se jaugèrent un instant du regard puis l'adolescent quitta la pièce sans rien ajouter. Il n'y avait pas grand-chose à dire de toute façon.


Voilà mesdames et messieurs ! J'espère que ça vous a plu ^^

Bon je n'ai plus qu'à dormir une heure avant de me lever et d'aller prendre mon avion pour aller...aux USA ! *o* J'ai hâte !

Bonne nuit à vous et surtout JOYEUSE PÂQUES ! :D